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ÉOLE

Eole était un petit bonhomme sans aucune importance, presque un roturier, fils d'Egiste et d'un simple fleuve nommé Crinise.

Mais, grâce à la haute protection de Junon, dont il sut se faire bien venir, on ne sait comment, il obtint bientôt le poste important de dieu des vents.

Cependant tous les auteurs ne sont pas d'accord sur l'origine de la fortune d'Eole.

Quelques-uns nient qu'il l'ait due exclusivement à la protection delà Montijo de l'Olympe.

Et ils affirment que l'emploi de dieu des vents étant devenu vacant, il l'obtint au concours.

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Voici d'ailleurs comment ils racontent la chose : Jusque-là, on ne connaissait pas le vent. Le tempo

était toujours calme. Jamais le moindre zéphir.

Un jour, les mortels s'aperçurent qu'il leur manquait

quelque chose.

Cette placidité de l'atmosphère les privait d'une masse de douceurs.

Ce furent d'abord les vieux libertins qui se plaignirent que jamais une seule bourrasque ne vint soulever les jupes des promeneuses des boulevards, de façon à ce que l'on pût voir de temps en temps leurs mollets.

Ensuite les canotiers d'Asnières et de Bougival réclamèrent avec une certaine amertume contre un calme plat qui rendait impossible toute course à la voile.

Enfin, ce fut le tour des gendres. Ils trouvèrent, à juste raison, que les dieux ne faisaient rien pour eux en n'organisant aucun de ces coups de vent qui, précipitant les cheminées et les persiennes sur les trottoirs, eussent eu chance de rencontrer de temps à autre une belle-mère.

Le mécontentement ne tarda pas à devenir général. Un vaste pétitionnement s'organisa chez tous les marchands de vins.

Et l'Olympe fut bien forcé de donner satisfaction à des vœux si unanimement exprimés.

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMARRESOUE

On chargea donc Mercure de faire afficher partout l'avis suivant :

« Habitants de la terre,

« Le gouvernement olympérial se rend à vos désirs. « Vous voulez du vent, vous en aurez.

« A partir de lundi prochain, un grand concours « national de lentement naturel ou artificiel est ouvert « clans l'Olympe.

« Tous les citoyens sont admis à concourir.

« Il y aura trois épreuves :

« L'épreuve du vent doux et léger pour moulins à « farine, cerfs-volants, bruit poétique dans les feuilles, « etc., etc..

« L'éprouve du vent moyen pour canotage, chute de c< tuyaux de cheminées, balayages dans les villes des « miasmes figarotiques, etc..

« Et, enfin, l'épreuve du vent violent pour tempêtes, « naufrages... enlèvement de chapeaux d'hommes sur « le Pont-Neuf, etc., etc..

« Le citoyen qui trouvera le moyen le meilleur et le « plus économique d'obtenir ces différents genres de « vents, sera proclamé : Dieu des vents !...

« Ce titre lui vaudra de droit la concession et le mono- « polo d'exploitation de tous les vents que consommera « l'humanité.

« Jupiteh. >'

Aussitôt que cet avis fut placardé, tous les mortels se mirent au travail et montèrent des millions de machines à produire le vent.

Il y en avait de très ingénieuses, et dont la conception prouvait presque du génie.

Le jour du concours arriva.

La veille, on avait installé sur une butte très élevée de l'Olympe tous les instruments qui devaient servir. Au petit jour, le concours commença.

L'un avait imaginé un grand soufflet mu par une forte machine à vapeur.

L'effet fut assez satisfaisant.

Au premier coup de soufflet, un vent assez corsé se répandit sur la terre, enflant toutes les chemises que les blanchisseuses avaient tendues sur des ficelles dans la plaine Saint-Ouen.

Un murmure de satisfaction s'éleva.

Un autre concurrent prit ensuite place sur la butte avec son appareil.

C'était une grande seringue à air qui donnait d'assez jolies bourrasques, mais qui ne se manœuvrait qu'avec beaucoup d'efforts.

Déplus, on constata que le courant d'air sortant par

une ouverture trop étroite ne portait naturellement que sur un point très restreint, et que, pour aérer suffisamment la terre, il faudrait une trop grande quantité de seringues, ainsi qu'un personnel très coûteux pour les manœuvrer.

Les épreuves durèrent jusqu'à midi.

On allait donner lè prix au système n° 815, qui avait réuni le plus de suffrages, lorsqu'un nouveau concurrent se présenta les mains vides.

C'était Eole.

Jupiter lui dit sévèrement :

— Jeune mortel, tu ne peux concourir si tu n'as pas apporté ton appareil.

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