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reraient pas être modistes, on décidait que leur vocation absolue était d'entretenir sans cesse le feu sacré d'un petit brasier qui se trouvait clans le temple, et de rester filles pendant trente années consécutives.
Comme compensation aux sacrifices terribles qui leur étaient imposés, on donna à ces intéressantes victimes du nanterréat forcé le nom de Vestales.
Plusieurs trouvèrent que c'était maigre.
On en cite môme quelques-unes qui n'eurent pas la patience de faire leurs trente ans sans protester contre ces règles barbares et les enfreindre.
Quand ces choses-là arrivaient, cela faisait un bruit épouvantable dans les journaux.
On publiait le procès de ces malheureuses jeunes filles avec le plus de détails possible.
Et c'est grâce à cette publicité que nous avons pu — après de pénibles recherches à la Bibliothèque nationale — nous procurer le compte rendu d'un de ces procès émouvants dans l'ancienne Gazette des Tribunaux grecque.
GRANDE MYTHOLOGIE T I NT A M A II I UC S Q U E
Il s'agissait d'une très jeune et très jolie personne nommée Lutinestra. ».
Elle était vestale depuis près de deux ans.
Déjà elle n'avait plus que vingt-huit ans et cinq mois à faire pour avoir sa retraite lorsqu'elle succomba.
Voici comment la ravissante enfant se défendit ilevant la cour d'assises :
le président. — Lutinestra... vous reconnaissez avoir laissé s'éteindre l'allumc-pipe du temple sacré?
LUTL\IS3TRA; baissant les yeux. — Oui, monsieur le président. «
i.e président. — Vous reconnaissez également avoir couronné la flamme de votre cousin ErnestQcle?
lutinestra, rougissant. — Pas tout à fait, monsieur le président, mais...
le PRKsiDEXT, sévèrement. — Assez... c'est trop!...
vous n'ignoriez pas les devoirs que vous imposait votre condition.
lutinestra, naïvement. — Oui... monsieur le président... je les connaissais; mais ça ne me les rendait pas plus légers.
le président, regardant V accusée en dessous d'un air peu magistral. — Silence !... vous n'avez pas à faire ici la critique des lois constitutionnelles... Le crime existe; vous l'avez avoué... qu'avez-vous à dire pour votre défense ?
lutinestra, résolument. — J'ai à dire, monsieur le président, que je ne suis coupable en somme que d'une simple distraction.
le président, scandalisé pour la forme; mais Vœil brillant. — Une simple distraction! petite effrontée!...
lutinestra. — Oui, M. le président, une simple distraction comme peuvent en avoir toutes mes compagnes.
le président, rougissant de plus en plus et se tournant vers le sténographe pour ha recommander de constater que c'est d'indignation. — Voulez-vous bien vous taire, petite malheureuse!... Ou plutôt non... ne vous taisez pas. Expliquez à la Cour comment le double crime odieux que vous avez commis n'est à vos yeux qu'une simple distraction.
lutinestra. — Volontiers, monsieur le président. Voici exactement comment ça s'est passé : Vous savez
que la loi nous impose, à nous autres vestales, deux obligations simultanées : celle d'entretenir le feu sacré et celle d'éteindre nos feux profanes. Mon cousin Ernestocle est venu me voir au moment où j'allais remettre de la braise dans le fourneau divin, il m'a récité des vers où il était question cle sa flamme : ça m'a distraite, si bien que j'ai confondu les deux feux et qu'au lieu de souffler l'un et de laisser éteindre l'autre, j'ai fait tout le contraire... Vous voyez, monsieur le président, que ce n'est là qu'une simple absence, comme j'avais l'honneur de vous le dire tout à l'heure. Cela peut arriver à tout le monde. Que celui d'entre mes juges qui n'a jamais dit : Dieu vous bénisse! à sa bellemère , croyant parler à une femme ordinaire, me condamne, s'il l'ose !
Nous avons eu la douleur de constater dans la Gazette des Tribunaux grecque en question que, malgré cette défense intelligente, la jeune et intéressante Lutinestra avait été condamnée à mort.
La loi était formelle.
Toute vestale laissant éteindre le feu sacré ou en allumant un autre, devait être ensevelie vivante dans
un étroit cachot que l'on scellait sur sa tête après y avoir déposé une cruche d'eau et un pain. Lutinestra dut subir ce supplice.
de pauvres femmes à alimenter sans cesse une veilleuse et les exposaient à payer de leur vie la mauvaise qualité des allumettes, quelquefois incombustibles, de la Régie, quand il leur eût été si facile d'avoir un petit bec de gaz qui ne s'éteignît jamais, comme chez les débitants de tabac.
Mais ce qui nous semble pour le moins aussi barbare, c'est cette règle inflexible qui condamnait ces malheureuses créatures à un célibat de trente années.
Et nous avouons ne pas nous rendre un compte bien exact de la moralité de cette mesure en vertu de laquelle
les anciens traitaient les femmes comme les lentilles : en les cueillant vertes et en ne les mangeant que sèches.
En comparaison des sacrifices assez lourds que les lois imposent aux vestales, et pour les aider à porter pendant trente années leur vertu à bras tendu, on leur avait réservé des honneurs infinis.
Elles ne marchaient dans les rues que précédées de licteurs portant des faisceaux.
Quand le cortège passait devant un chalet de nécessité, les licteurs se retournaient pour voir s'ils devaient continuer leur chemin ou attendre un peu.
Si une vestale rencontrait sur son passage un criminel, elle avait le droit de lui faire grâce.
On cite une de ces jeunes filles qui, dans l'espace d'une semaine, commua plus de peines capitales à elle toute seule que la fameuse commission des grâces de 1871 en quinze mois.
Une chose qu'on ignore assez généralement, c'est que la dignité de vestale faillit être rétablie par Napoléon III, après le coup d'Etat de 1851, en faveur de généraux qui lui avaient prêté leur concours.
Un décret fut sur le point de paraître qui nommait Canrobert, Saint-Arnaud et plusieurs autres, vestales de première classe de l'Empire. Ce décret était ainsi motivé :
« Louis-Napoléon, par la grâce de Dieu, etc., etc.. .
« Attendu qu'à l'instar des vestales de l'antiquité, « les généraux dont les noms suivent ont, le 2 décembre « 1851, entretenu le feu sacré... de notre artillerie sur « tous les points de la capitale,
« Décrétons, etc., etc.. »
Le décret ne parut pas, de Morny ayant fait comprendre à Louis-Napoléon que cette mesure prêterait peut-être à quelques plaisanteries du Tintamarre.
On renonça à vestaliser les généraux en question et on leur donna leur part en argent.
Ils aimaient, du reste, mieux ça.
Pour donner une idée du prestige que les anciens accordaient aux vestales, dans des fêtes publiques et dans les cortèges officiels, les magistrats cédaient le pas à ces jeunes filles et les laissaient passer devant.
Lycurgue a insinué que c'était pour mieux voir leurs mollets quand elles montaient les escaliers d'honneur.
Il n'élait pas de prévenances dont les vestales ne fussent l'objet de la part des minisl ères et des préfectures.
D'abord, elles étaient richement entretenues aux frais des contribuables.
C'est la seule occasion que nous trouverons de les comparer à Marguerite Bellanger. Profitons-en.
Ensuite, on dit que, au théâtre, aux courses et clans tous les endroits publics, les meilleures places leur étaient réservées.
Les reporters des journaux mondains ne venaient qu'après.
Enfin, avaient-elles à comparaître devant un tribunal en qualité de témoin, leur simple parole faisait foi, comme celle d'un garde champêtre.
Aucune allégation opposée ne pouvait prévaloir sur la leur, ni même la contre-balancer.
Elles pouvaient impunément se permettre les dépositions les plus insensées, les plus invraisemblables.
Heureusement c'étaient d'honnêtes filles et elles n'abusaient pas de la situation. Sans quoi elles eussent pu être très dangereuses.
Une vestale fût venue devant les juges affirmer qu'elle avait vu un monsieur entrer au bureau de location du Vaudeville et y prendre un fauteuil pour le soir, les juges l'eussent cru.
Comme beaucoup de journalistes bonapartistes, Vesta avait plusieurs noms.
Mais, où cesse le rapprochement, c'est qu'elle les portait tous à la fois, tandis que les appointés de Chislehurst n'en prennent un nouveau que lorsqu'ils ont sali le précédent en le frottant sur les bancs de la police correctionnelle.
Vesta s'appelait donc au choix : Tellus Ops, Cybèle ou Rhéa.
Les étymologistes prétendent que le nom de vestibule, donné encore aujourd'hui à l'entrée de nos maisons, vient de Vesta.
Nous ne nous y opposons pas et sommes même tout disposé à croire que veston, vestige et vestiaire dérivent aussi du nom de cette déesse.
GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMARUESQUE 413
Quant au mot veste, nous avons le regret de ne pouvoir nous montrer aussi conciliant.
L'origine de veste remonte peut-être à Vesta; mais l'usage a fortement consacré que ce mot a été créé pour remplacer ceux de : drame de Xavier de Monlépin, qui étaient trop longs à prononcer.
Vesta est représentée dans un char traîné par des lions qu'elle a domptés en les menaçant de les atteler avec leurs belles-mères.
Elle tient dans ses mains la clef de la terre.
Cette clef fut cause un jour d'une violente discussion entre Vesta et Euterpe.
Euterpe, la Muse de la musique, prétendit que cette clef lui appartenait et porta sa réclamation devant Jupiter, s'appuyant sur cet argument que la clef de la terre était naturellement une clef de sol.
Jupiter daigna sourire du mot, et pour récompenser la jolie plaideuse, lui promit de la fiancer à un jeune calembouriste grec, qui jouissait alors d'une très grande vogue, sous le nom de Briollétas, l'ancêtre direct du célèbre et regretté Paveur en chambre du Tintamarre.