TERME
Le dieu Terme avait pour spécialité de conserver les limites des champs et des propriétés.
Lorsque Tarquin le Superbe voulut faire bâtir un temple sur le Capitole, il ordonna d'enlever les dieux installés sur cet emplacement.
Toutes les statues de dieux expropriées se laissèrent
haussmanniser sans résistance, sachant bien que n'importe où on les mettrait elles retrouveraient toujours assez d'idiots pour se faire une clientèle*
Seule la statue du dieu Terme demeura inébranlable.
Crics, poulies, leviers, cabestans, rien ne put la faire mouvoir. Plus on tirait dessus, plus on la poussait, moins elle bougeait.
Il fallut la laisser dans le temple.
Le dieu Terme affirmait ainsi, par une rigidité intransigeante, ses principes de loyauté et d'intégrité qui, depuis, ont fait de lui la risée des âmes en carton bitumé et des opportunistes.
GRANDE MVTHOLOGIE TINTA M ARRESQUE
En ce temps-là, le dieu Terme était l'emblème le plus pur de l'immobilité parfaite. Hélas ! tout dégénère !
Aujourd'hui le terme — et même le demi-terme — courent avec une effrayante rapidité.
SATYRES — FAUNES — NYMPHES 8YRÈNES, etc., etc.
Les Satyres et les Euunes étaient moitié hommes, moitié boucs.
Ce n'était peut-être pas très joli; maify avec un pantalon large, ou dans les courses en sacs, un FaUne produisait encore son petit effet.
Les Satyres, que l'on appelait quelquefois syl vains pour leur faire une petite douceur, vivaient dans les bois et étaient particulièrement chargés de protéger les bergers et de leur faire rencontrer des bergères.
Les Satyres sont une espèce à peu près perdue. Le dernier habite en ce moment Nice sous le nom d'Alphonse Karr.
Et encore il n'a pas de pieds de bouc.
Seulement, la partie supérieure du corps est admira-
blement conservée dans le caractère primitif, ainsi que notre dessinateur va avoir l'honneur de le démontrer.
Les Nymphes — qui se comptent par milliers — étaient subdivisées en nombreux groupes.
Il y avait d'abord les Néréides, tilles de Nérée et. de Doris, qui étaient les clames d'honneur cle la cour de Neptune.
Elles apparaissaient souvent — aux yeux enchantés des mortels — sur les rivages océaniques, n'ayant pour tout vêtement que la marée montante.
On prétend que lorsque la marée descendait, elles ne
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s'en inquiétaient pas outre mesure et continuaient à se promener sur la plage.
De là peut-être la mode des robes d'abord montant jusqu'au cou, puis descendant de quelques centimètres par siècle sans que les femmes fassent seulement le geste de se baisser pour rentrer dans leurs vêtements.
Quelques historiens ajoutent même — mais nous les croirions volontiers — que ce furent les Néréides qui imaginèrent ces bottines de femmes à talons énormes dont l'usage s'est transmis à nos chastes compagnes.
L'idée leur en vint toujours à propos de la marée montante, dont elles voulaient combattre les vertueux élans qui dérobaient deux fois par jour aux baigneurs des côtes la vue de la plus belle moitié de leurs formes.
Avec ces bottines-échasses qui les haussaient dans de grandes proportions, les Néréides de taille moyenne
amVaienf k n'être submergées, même par ies plus gros flots, que jusqu'à la cheville.
Le commerce des jumelles pour bains de mer prit dès ce moment un formidable essor.
Les Naïades — autre variété de Nymphes aquatiques — avaient leurs palais dans les fleuves, les rivières, les fontaines et les aquariums.
Elles faisaient un tas de niches aux pécheurs à la ligne.
Quand ceux-ci étaient jeunes et beaux, elles s'afla- . chaient à leur hameçon^ les attiraient doucement au fond de l'eau et les noyaient après leur avoir mis leur canne à pêche hors de service.
Quand, au contraire, ils étaient vieux et laids, elles s'amusaient à leur attacher de vieilles savates ou de vieux brochets faisandés au bout de leur ligne, jouissant avec une canaille perfidie des émotions immenses et décevantes qu'elles procuraient à ces hommes vertueux.
Les Dryades, nymphes des forets, veillaient sur les forêts; et les Ilamadryades avaient pour mission de protéger chacune un arbre — un seul, pas plus.
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Quand le prince Napoléon passait dans une forêt, chaque Hamadryade faisait des pieds et des mains pour l'attirer de préférence auprès de son arbre afin qu'il vînt lui donner une nouvelle vigueur.
L'une faisait une jolie place tout autour du tronc.
L'autre chassait les moustiques importuns qui auraient pu éloigner le noble visiteur.
Le prince, sollicité de toutes parts, ne savait où donner de la tête — ce qui est une manière de parler — et était souvent fort embarrassé pour se décider.
Ici, c'était une Hamadryade qui avait ménagé au pied de son frêne un petit trou très engageant, avec deux charmantes buttes gazonnées pour poser les pieds; mais le prince remarquait que les feuilles de cet arbre étaient un peu... petites.
Là... une Hamadryade offrait son arbre superbe dont le feuillage épais formait un immense parapluie; mais les feuilles, très larges cette fois, n'étaient pas à la portée de la main.
On cite une Hamadryade qui eut recours à un truc
horriblement canaille et qui frisait la concurrence déloyale :
Quand elle voyait flâner le prince-diviseur clans les environs de son arbre, elle plantait dans le tronc, à un mètre de terre, un fil de fer dans lequel elle enfilaif des petits carrés de papier très coquets en assez grande quantité.
De plus, elle disposait en porte-manteau une branche de son arbre afin. que le... visiteur pût y accrocher son chapeau et son pardessus.
Il était rare que le prince se montrât insensible à ce gracieux confortable. Aussi l'arbre de l'Hamadryade
roublarde fut-il bientôt un des plus vigoureux de la forêt, au violent dépit des autres Hamadryades qui n'avaient pas pensé à user de ce délicat stratagème.
Les Orôades avaient spécialement la garde des montagnes, qu'elles empêchaient les rôdeurs de nuit de soustraire pour les porter le lendemain matin au Monl-de- Piété.
Très soucieuses du dépôt qui leur avait été confié, les Oréades veillaient surtout à ce que les mortels ne lissent pas un mauvais usage des monticules qu'elles étaient chargées de garder.
Si des ingénieurs en perçaient un dans le bas pour y construire une route ou un tunnel de chemin de fer devant rapprocher deux peuples, elles laissaient faire, convaincues que c'était là un excellent travail, utile à l'humanité.
Mais les Oréades se montraient parfois intraitables quand on voulait faire servir leurs montagnes à des choses qui leur déplaisaient.
Ce fut ainsi que l'on vit — vers l'an 1873 après Jésus- Christ — ï'Oréade qui veillait sur la butte Montmartre,
près Paris, s'opposer de toutes ses forces, et par les moyens les plus canailles, à ce que les hommes noirs de l'époque établissent sur cette butte une église dite : du Sacré-Cœur, dont l'utilité ne se faisait pas sentir.
A peine le« terrassiers eurent-ils commencé les fouilles, que Lympia — l'Oréade de la butte Montmartre — se mit à leur jouer des tours pendables.
Tantôt elle plaçait sous leur pioche les corps les plus durs qui les arrêtaient pendant des mois entiers.
Tantôt, au moment où ils croyaient toucher le terrain solide, ils rencontraient un immense banc de sable mouvant dont le déblaiement coûtait des efforts considérables.
Puis, c'était une énorme nappe d'eau qui jaillissait tout à coup, venant inonder les travaux. Puis des éboulements.
Puis encore du sable.
Puis encore des couches de granit.
Puis encore de l'eau.
Les hommes noirs avaient beau faire des prières pour que ces carrières sevidassentetdesquctespourqueleurs
GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMAHRESQUE
caisses se remplissent, Lympia faisait tant et si bien que plus les terrassiers creusaient moins la besogne avançait.
Un jour, pourtant, Lympia parut se lasser. Les maçons ayant enfin trouvé un terrain solide, on apporta des moellons et ils se mirent à commencer les fondations du Sacré-Cœur.
Les hommes noirs, radieux, chantèrent des Te Deum
monstres pour encourager les fidèles riches à mettre de nouveau la main à la poche.
C'était décidément un excellent placement; rien que les messes donneraient de quoi distribuer aux actionnaires un dividende d'au moins quarante-huit pour cent. On ferait coteries Sacré-Cœur à la Bourse, avant dix-huit mois ils vaudraient quinze fuis le taux de l'émission ; de plus, les souscripteurs recevraient quittance de tous
ni! ANDE MYTHOLOGIE TINTAMAKRESQUE