‹ Grande mythologie tintamarresqueChapitre 63 sur 72 · L'OREADE DE LA BUTTE MONTMARTRE · texte numérisé non relu

L'OREADE DE LA BUTTE MONTMARTRE

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMAKRESQLE

leurs péchés véniels et mortels commis ou à commettre. Il fallait ne pas avoir cinquante francs d'économies pour ne pas devenir actionnaire du Sacré-Cœur, etc., etc.

Pendant ce temps-là, qui est-ce qui riait dans son joli petit menton potelé à fossettes?... C'était l'Oréade de la butte Montmartre.

Elle savait bien ce qu'elle faisait, la coquine !...

Elle avait attendu que les fondations du Sacré-Cœur fussent arrivées à fleur de terre, puis, tout à coup... crac !... elle se mit à remuer doucement quelque chose, n'importe quoi, dans les profondes entrailles de sa petite butte, juste au-dessous de ces fameuses fondations.

Ce quelque chose en se dérangeant fit un bruit énorme qui réveilla les habitants du quartier, et lorsque ceux-ci accoururent pour se rendre compte de ce qui se passait, ils virent tous les moellons disloqués et enfoncés dans le sol comme des morceaux de fonte rouge qui seraient tombés sur une motte de beurre.

Tout était à recommencer : fondations, prières et

souscriptions. Les hommes noirs faisaient un nez qui allait presque jusqu'au fond du gouffre.

A différentes reprises,l'Oréade de la butte Montmartre renouvela cette nique cruelle envers les hommes noirs, lesquels, excessivement têtus de leur naturel, se remirent constamment au travail avec un acharnement digne d'une meilleure cause, mais indigne d'un meilleur sort.

L'affaire — au moment où nous écrivons — est encore pendante ■ — ou pour mieux dire : branlante — et l'on ne sait qui de Lympia ou des hommes noirs finira par triompher. — Mais on s'en doute bien un peu.

Certes, la ténacité des hommes noirs est grande et la bourse de leur clientèle bien garnie ; mais, d'un autre

côté, la résolution de Lympia parait invincible. Persuadée qu'elle défend sa butte contre une entreprise malfaisante, rien ne lui coûtera pour la faire échouer.

Quelqu'un qui connaît très intimement l'Oréade de Montmartre nous rapportait, il y a quelques jours à peine, ce que lui avait dit cette belle personne à propos du Sacré-Cœur.

— Je ne suis pas une mauvaise lille — aurait dit Lympia — mais je suis butée et je ne souffrirai jamais que l'on plante sur ma butte ce monument d'abrutissement public. Ils ont beau entasser pierres sur pierres, couler du ciment sur du béton et accumuler de la pierre meulière sur du ciment... je ne cesserai de remuer le fond de ma butte jusqu'à ce que tout craque et s'effondre... C'est mon droit... J'ai été nommée Oréade de la

butte Montmartre par Jupiter ; tant que l'on s'obstinera à hisser sur ma butte un Sacré-Cœur quelconque, je remuerai... Qu'on y bâtisse quelque chose de propre : une mairie,une école, un grand gymnase... et je me tiendrai tranquille!...

Pour qui connaît l'entêtement des femmes en général et des Oréades en particulier, nous croyons fermement que les actions du Sacré-Cœur sont appelées à rejoindre assez prochainement celles des Galions du Vigo.

Amen !...

11 nous reste, avant de clore ce chapitre, à dire un mot des Centaures, qui passaient pour être tils d'Ixioh et de la Nue.

Ixion, comme on le sait, avait été un vrai polisson.

Admis à la cour de Jupiter, il n'avait rien trouvé de mieux, pour remercier celui-ci de son hospitalité écossaise, que de faire la cour à Junon, sa femme.

Mais Jupiter — que nous avons toujours vu très roublard — s'était dérobé au cocuage en donnant à une nue la forme de sa femme et en l'envoyant à un rendezvous décisif qu'Ixion avait obtenu de Junon.

Il arriva ce qui devait fatalement arriver : Ixion s'y

laissa prendre. En voyant Junon arriver sous cette forme, il s'écria :

— Elle est nue!... Plus de cloute! c'est elle !...

La nue, qui avait le mot fait par Jupiter, entretint de son mieux Ixion clans son erreur.

Mais ce qu'il y avait de drôle, c'était la tête que faisaient les cultivateurs clans les champs en voyant au firmament cette nue qui changeait sans cesse de forme et ne restait pas une minute dans la même position.

Les connaisseurs disaient :

— Nous allons avoir de l'eau ! . ..

Mais les savants, 'qui avaient de bons télescopes, les

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMARRESQL'K

braquèrent vers ce phénomène pour essayer de s'en rendre compte et, ayant vu de quoi il s'agissait, replièrent leurs lunettes en souriant.

Depuis ce temps, c'est un fait acquis à la science que la mobilité des nuages, attribuée à tort aux courants d'air qui les déforment, provient tout* simplement des différents gestes que se font, en se rencontrant dans l'azur, ces messieurs et ces dames de là-haut — déguisés en nues cm en nuages pour garder l'incognito.

Regardez ces nuages'avec attention.

Vous les verrez tantôt s'approcher les uns des autres, tantôt s'éloigner, tantôt s'allonger, se redresser, se cacher, s'enfuir, reparaître, etc., etc.

Ce sont les dieux, demi-dieux et déesses de l'Olympe

qui font leurs petites affaires, se saluent, se tirent la langue, se font des pieds de nez, se dissimulent pour éviter leurs créanciers, suivent une petite nuée au nez retroussé en lui tenant des propos lestes, reçoivent une gifle quand ils se sont par erreur adressés à une nuée du monde, courent après les omnibus, flânent devant les étalages, etc., etc.

Pour revenir à Ixion et à sa nue, ils intriguèrent tellement les cultivateurs d'ici-bas pendant la durée de leur rendez-vous qu'ils en eurent de nombreux enfants.

Ces enfants furent les Centaures, comme nous l'avons dit tout à l'heure.

Les Centaures étaient moitié hommes moitié chevaux. C'était peut-être assez commode pour eux quand ils

avaient des courses pressées à faire ; mais ça devait les gêner horriblement pour mettre des pantalons.

GRANDE MYTHOLOGIE TINTAMAURESQUE

Los Centaures, du reste, n'eurent pas le loisir de perpétuer leur charmante race. Ils périrent tous dans d'assez fâcheuses conditions.

Invités un jour au dîner de noces de Pirithoùs et d'Hippodamie, ils voulurent, au Champagne, marcher, par-dessous la table, sur les pieds des jolies Thessaliennes qui assistaient au repas.

Mais celles-ci, peu désireuses d'ébaucher avec ces gommeux aux formes bizarres des caresses et des bai-

sers d'amour qui leur semblaient sans issue tant il y

avait loin de la croupe aux lèvres, les repoussèrent avec perte.

Vexés, les Centaures voulurent user de violence et enlever les Thessaliennes. L'un d'eux se jeta le premier sur la fiancée de Pirithoûs, sans même être arrêté par le nom dTIippodamie que la jeune princesse portait.

Les compagnons du hardi Centaure — mais non sans reproche — imitèrent son exemple et se ruèrent sur les autres Thessaliennes.

Alors ce fut une mêlée indescriptible!... Pirithoùs, qui ne s'était pas préparé à cette nuit de noces à trois —

dont deux d'un côté, lui de l'autre — sauta sur sesar-

724 GRANDIS MYTHOI.OGTK TIXTAMAURKSOniC

mes, cl avec l'aide de Drya», Exodiiïs, Nestor et Thésée, ses quatre témoins, il tit des Centaures indélicats une purée abominable.

Ceux-ci cependant se détendirent vaillamment, boxant par devant en même temps qu'ils ruaient par derrière. Et il fallut tout le courage do Piritboûs et de ses amis pour avoir raison de ces singuliers invités qui cher* chaient un peu trop haut la jarretière' de la mariée et des demoiselles d'honneur.

Page 1