JASON
Jason était fils d'/Eson,roi d'Iolchos, qui avait été détrôné par son frère Pélias. Il venait de naître juste au moment où ce dernier avait usurpé le trône.
Sa mère, Alcimède, avait été tellement effrayée par cet événementviolent survenupendantsagrossesse, que son fruit en porta les marques : Jason vint au monde avec une envie de régner sur le cou.
Pour sauver son fds de la colère de Pélias — qui n'eût pas manqué de supprimer un neveu menaçant, héritier légitime du trône qu'il avait fait à la tire, — Alcimède feignit de pleurer le trépas de Jason et le porta en secret sur le mont Pélias au centaure Chiron, en recommandant à ce dernier de bien l'élever et de lui
apprendre tout ce qui concernait le métier de prétendant.
Le centaure Chiron s'acquitta à ravir de la commission, et à vingt ans Jason n'avait pas son pareil pour monter à cheval et le coup à ses concitoyens, tirer à l'arc et des carottes à tout le monde, découper proprement une liste civile, tripler les vieux impôts et en inventer de neufs, etc., etc.
Enfin, lorsqu'il se sentit mûr pour le métier auquel il s'était destiné, il se présenta devant son oncle Pélias, se fit reconnaître et réclama la couronne.
Pélias, qui était un malin, ne refusa pas de la lui rendre, craignant que le peuple prît fait et cause pour Jason.
Seulement il conseilla à celui-ci de ne pas remonter sur le trône avant d'avoir repris la Toison d'or.
Or, la Toison d'or était une sale peau de mouton pendue à un arbre depuis un temps infini et à laquelle les cléricaux du temps attribuaient le pouvoir de donner à tout prince qui la posséderait dans ses Etats, gloire et abondance pour tout son peuple.
Cette peau de luxe était placée sous la garde de plusieurs taureaux effrayants armés de cornes en acier
trempé, et d'un dragon ailé muni de longues griffes en fer forgé et de plumes en tôle galvanisée taillées en lames de scie. Enfin l'idéal du voisin d'omnibus !...
Envoyer Jason reprendre la Toison d'or à ces concierges-là, c'était une blague à froid dans le genre de celle qui consisterait à envoyer quelqu'un demander au Sénat la liberté de la presse ou toute autre.
Et Pélias était convaincu que Jason n'en reviendrait pas.
11 se trompait. Jason ne fit qu'une bouchée des taureaux, tua le dragon et rapporta la peau de mouton.
Il faut dire qu'il avait dû cette facile victoire à une certaine sorcière dont il avait fait connaissance en route
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et qui lui avait procuré le moyen d'endormir les taureaux et le dragon à la condition qu'il l'épouserait.
Jasori tint son serment et épousa Médée — c'était le nom de la magicienne.
Mais quelque temps après, séduit par la belle Creuse, princesse de Corinthe, il fit rompre son mariage avec Médée pour épouser sa nouvelle conquête.
Le malheureux!... Il ne savait pas à quoi on s'expose en se mariant avec une femme qui fait mariner des entrailles de lapin vierge dans du vitriol double pour connaître à l'avance les quines qui doivent sortir à la loterie !...
Médée fit semblant d'être enchantée de ce mariage et dit à Jason en lui tapotant les joues :
— Ne te gène pas pour moi, mon gros chienchien !... tu as bien raison de t'amuscr pendant que tu es jeune !...
Elle assista même à la noce et chanta gaiement au
dessert une petite chanson de circonstance dont le refrain était :
« Chacun son tour, nom de (Via! c'est pas d'trop !... »
Mais en trinquant avec la mariée elle lui glissa dans son verre le contenu d'un flacon d'acide prussique, et Créuse tomba raide morte.
Jason, devinant sans peine d'où part ce coup, se précipite sur Médée pour la massacrer.
Mais celle-ci, furieuse, horrible de haine et de colère, semblable en un mot à une ex-étoile fie café-concert
que l'on vient de prendre pour la mère de son nouveau mari, immole les enfants de Jason sous les yeux de leur père abruti, et disparait dans les airs en jetant ce cri de vengeance assouvie :
— Ça t'apprendra!... sale mufle !...