THON
scientifique et désintéressée, et il étudie en deux parties distinctes les aspects économiques et sociaux de la question. D'autre part, Passy se figure avoir les renseignements statistiques suffisants et il annonce modestement que s’il échoue dans son œuvre le tort lui en appartiendra tout entier. Nous verrons que c’est sur ce point qu’il se trompait et qu'il ne reste rien du travail qu'il avait établi avec des matériaux trop imparfaits ; ce qu'il en faut retenir, c’est seulement l’étude théorique pleine de remarques ingénieuses et nouvelles. Les questions étaient nettement posées : « Quelle influence exerce la répartition et la grandeur des fermes sur la richesse des récoltes ? Y a-t-il des contenances territoriales qui rendent les exploitations plus fécondes en leur assurant une supériorité réelle et constante ? Existe-t-1l entre les formes de la culture et celles de la propriété des rapports qui en déterminent l'assimilation ? A quelles causes tient la diversité des modes de l’organisation rurale ? » (1) Mais d’abord il importait de montrer que l’on ne peut pas parler de petite et grande culture, comme si à elle seule la superficie des terres exploitées établissait deux modes de production différents, comme si la grande ou la petite culture étaient toujours et partout semblables à elles-mêmes et comme s’il n'y avait pas pour l’un et pour l’autre d'infinies variétés. « Sur les modes d'exploitation territoriale ont influé des occurrences nombreuses. Etat des civilisations, condition des populations, distribution des richesses, systèmes de législation, nature des climats, qualité des terres, espèces des produits et des consommations, toutes
(1) Systèmes de culture, p. 2.
MST
ces causes de diversité ont opéré tantôt à la fois, tantôt successivement ou dans des mesures différentes, et il importe de constater comment se manifeste, se modifie et se combine leur influence respective. L'influence exercée par l’état plus ou moins avancé des populations sur les formes du travail agricole est considérable. Dans les pays arriérés et pauvres, les cultivateurs manquent des capitaux nécessaires et ne peuvent travailler de vastes superficies. Tous les produits ne réclament ni les mêmes quantités,ni les mêmes sortes de labeur. S'il en est qui n’exigent que peu de soin et de main-d œuvre, d’autres, au contraire, en nécessitent beaucoup ; et de là de nombreuses différences dans l’espèce et l’organisation des cultures. C’est parce que la moitié des terres qu’elles renferment est consacrée au lin, au chanvre, au houblon, au colza, à des plantes difficiles à cultiver, que les fermes de tant de parties de la Flandre, de la Belgique, de l'Allemagne et de la Suisse sont d’une contenance si bornée. Les produits exigés du sol sont-iis, au contraire, de ceux auxquels suffit l'emploi de peu de bras : tout seconde l'établissement de la grande culture, et il est rare qu’elle ne finisse pas par régner à peu près exclusivement. En Angleterre, où les fermes n'ont à fournir que des grains et du bétail, elles sont devenues immenses. L'influence des climats est, elle aussi, très importante. Partout cette influence est distincte, et partout elle contribue à déterminer la distribution des cultures. Les récoltes et les soins à donner à la terre varient avec les latitudes et les températures ; de même la qualité du terrain conditionnant les cultures exerce son influence sur la grandeur des exploitations. Passy l'explique avec des détails
qu'il est inutile de rapporter ici, mais qu'il est intéressant de lire.
On le voit, il ya là toute une série d’influences dont on n’avait pas tenu, dont on ne tient pas encore assez compte, pour attacher, au contraire, trop d'importance à celles que peuvent avoir les lois civiles. Passy s'élève contre l'erreur qui a fait considérer la constitution agricole comme le résultat forcé des lois qui régissent les héritages et la circulation des terres. « Quiconque, dit-il, examine attentivement les faits ne tarde pas à reconnaître combien sont rares les cas où les formes de la propriété déterminent celles de la culture. » Bien entendu, il n’est question ici que des dimensions des cultures. Passy ne nie pas que les régimes adoptés en matière d’héritage et d’aliénation territoriale n’aient une action sur l’état des campagnes. Les lois civiles affectent l’agriculture comme les autres parties de l'économie sociale. Mais il faut remarquer que tout d’abord la grande propriété ne constitue pas nécessairement la grande culture. De grands domaines peuvent se composer d’un grand nombre de petites exploitations appartenant au même propriétaire et remises à divers fermiers. Ceci dit — et l’on voit combien ces observations permettront de préciser la position du problème — quels sont les effets de la liberté des aliénations et du régime successoral ? ne tendent-ils pas à réduire progressivement la contenance des exploitations ? Distinguons bien maintenant entre propriété et exploitation : elles ne résident que rarement dans les mêmes mains. Nous pourrons voir alors que les aliénations partielles ne modifient pas nécessairement le système de culture établi. Si un domaine ne peut être divisé sans perdre