‹ Grande ou Petite Propriété?Chapitre 15 sur 27 · STD · texte numérisé non relu

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d'exploitation au point de vue de leur capacité productive.

Mais d’abord il est nécessaire de définir ces termes tout relatits de grande, moyenne, petite culture. Passy est frappé de ce qu’aurait d'inexact une définition qui tiendrait seulement compte de la superficie. Suivant les productions, suivant les pays, une exploitation qui sera considérée ici comme grande, passera ailleurs pour moyenne , peut-être même pour petite. Sa remarque est très juste; malheureusement le critérium auquel il s'arrête n’est pas sensiblement meilleur que celui qu'il rejette. Il classe les cultures d’après l'importance des moyens de production qu’elles concentrent aux mêmes mains, et reprenant la définition d'Herrenschwand il appelle petites celles qui n’occupent pas à elles seules une charrue attelée ; moyennes celles qui en exigent d’une à deux, et grandes toutes celles qui en nécessitent davantage. Il sait bien luimême que son système de classement est insuffisant, il croit cependant pouvoir l’admettre comme correspondant aux réalités rurales ; au contraire, nous le croyons beaucoup trop imparfait pour être retenu, beaucoup trop incomplet, surtout, puisqu'il laisse de côté les pâturages et les prairies, les forêts, les cultures maraichères et la vigne. Dans la pratique, Passy considère comme petites les cultures qui embrassent moins de quinze hectares, comme moyennes celles dont la contenance est de quinze à quarante et comme grandes celles dont l’étendue est plus considérable. Nous ne voulons pas suivre dans ses détails, la discussion par laquelle l’auteur établit que la petite culture n’est pas inférieure à la grande et qu’on ne doit pas redouter de voir la terre passer aux mains des

Ont petits fermiers qui offrent pour sa location les prix les plus élevés. Contentons-nous d'indiquer rapidement quelle position Passy a prise dans le débat. — Après avoir rappelé les arguments fournis de part et d'autre et constaté que toutes les raisons données sont exactes par quelque côté, « car il n’est pas de régime rural qui n'ait à la fois des inconvénients et des avantages », 1l prend comme critérium de la puissance d’un système la quantité de produit net {c’est-à-dire le produit brut moins les frais de production) qu'il réalise sur une surface donnée. Il est certain que ce critérium serait excellent s'il n’était pas si difficile à appliquer. En fait, c’est dans le taux des rentes ou fermages qu’on en cherche l’expression et si l’on veut se rendre compte à quel point celle-ci est peu claire et significative par elle-même on n’a qu'à lire la discussion que Passy présente des chiffres de fermage pour diverses superficies et qualités de terre et pour divers pays qu'il a pris comme exemples. Cette discussion l'amène à penser que c'est la petite culture qui afferme aux plus hauts prix, qui réalise le produit net le plus considérable et que, par suite, elle est destinée à s’étendre encore.

La question est maintenant envisagée sous un nouvel aspect. Après l’avoir examinée d'un point de vue ‘purement économique, il faut se demander comment les systèmes de répartition et d'exploitation de la propriété foncière influentsur l’état social. Au fond, la question se ramène à ceci : il est certain que la petite culture exige une main-d'œuvre plus abondante; est-il avantageux pour un pays d'avoir, relativement à la population totale, une nombreuse population rurale ? Les partisans des grandes fermes pensent que la culture ne doit oceu-

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per que très peu de familleset l’industrie proportionnellement davantage. Passy pense, au contraire, que «ce n’estpas seulement la force et la puissance publiques qui croissent en raison dela quantité de familles réunies sur le territoire, c’est aussi l’activité et la richesse sociales ». De cette valeur attribuée à une nombreuse population résulte une nouvelle cause de supériorité en faveur de la petite culture. Quant à la question de savoir lequel des modes d'exploitation opposés contribue le plus au bien-être des travailleurs, elle ne doit pas être tranchée en faveur des grandes fermes, dans lesquelles il y a peu de maitres et beaucoup de journaliers. Le système des petites exploitations, au contraire, emploie des producteurs indépendants, d’une condition plus libre, pour lesquels on a plus d’égards; les journaliers des petites fermes sont des compagnons du travail plus que des salariés (1).

Enfin la petite culture affermit dans le pays des populations plus robustes, plus saines, plus stables que les populations manufacturières, qui sont plus inquiètes et qui ont moins de valeur au point de vue physique et même moral. En outre, l'existence de fortes populations agricoles a pour résultats l’extension et la sûreté du marché. Elles sont la condition du développement industriel.

Le livre se termine par un appendice dans lequel Passy essaie de se rendre compte des variations survenues dans la répartition de la propriété territoriale. Depuis cinquante ans les successions et les aliénations étaient réglées par ces lois dont on discutait les effets :

(4) Rappelons encore ici que nous exposons les idées sans les discuter.

il était tout naturel de chercher à voir ce qu'elles avaient produit. Il est évident que s’il était possible de se renseigner exactement là-dessus, bien des discussions seraient closes ; malheureusement il est loin d'en être ainsi, et en particulier Passy n’a pas eu à sa disposition des documents suffisants pour pouvoir apporter une réponse satisfaisante. Nous n'indiquerons pas en ce moment à quels résultats il arrive en examinant les transformations du nombre des cotes foncières au moyen de statistiques du Ministère des finances et des indications fournies pour quelques communes par la réfection du cadastre. Il sera préférable d’en parler à propos du livre de de Foville, qui étudie surtout ces statistiques et en discute la valeur. Indiquons seulement que Passy persévérait encore dans son idée que le morcellement avait cessé d'augmenter et que même relativement à la population totale le nombre des propriétaires avait diminué.

La publication du livre de Passy fut accompagnée d’une production très abondante d'articles de revues dont il ne reste que peu de chose à retenir. Les quelques pages que Wocowskt publie dans la Revue des Deux-Mondes (1° août 1857) sur la Division du sol peuvent être considérées comme le type de ce genre de travaux. L'analyse théorique est moins ingénieuse et moins profonde que celle de Passy, la documentation insuffisante n’est qu'une interprétation douteuse de statistiques mal faites et vagues.— ILserait bien monotone et peu profitable de rendre compte avec quelques détails de tous ces écrits souvent semblables. Dans la

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plupart des cours d'économie politique on retrouve des résumés de la question. Rossr lui fait une place importante dans le cours qu'il professe en 1856-37. L’exposé est clair et brillant avec un souci visible de ne pas prendre une opinion exagérée et extrême et un parti-pris d’optimisme. La distinction entre propriété et culture ést bien faite ; l'association des petits propriétaires pour la grande culture est recommandée.

Auirement intéressante et profitable est l'étude de SruarT Mic dans ses Principes d'Economie politique (ch. 1x du livre [ et ch. vi à x du livre Il). Il y a là l'exposé le plus net des questions d'économie rurale qui se présentaient alors à l’altention des économistes. Noasn’avons pas à résumer ces chapitres ; nous devons supposer qu'on les a lus. Nousrappelons seulement que Stuart Mill a abandonné la croyance classique à la supériorité de la grande culture et que sous l'influence des écrits de Thornton et de Passy 1l défend les petites propriétés.

L'ouvrage de THoRNTON, auquel nous faisons allusion, (1) avait pour but de dénoncer les abus de la grande propriété en Angleterre et les véritables crimes qu’elle permettait trop souvent aux landlords d'accomplir (fermiers renvoyés en masse et abandonnés sans ressources, terres cultivables transformées en terriloires de chasse). Fortement ému par ces scandales, 1l espérait trop peut-être de la petite propriété

(1) Plaidoyer en faveur des paysans propriétaires, avec esquisse d'un plan pour leur établissement en Irlande, 1" édition. John Murray, Londres 1848 ; 2v° édition augmen tée. Mac Millens, Londres 1875.

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