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paysanne et aurait voulu lui confier le soin de relever l’agriculture irlandaise, si misérable. Il expliquait que sile système des petites fermes n'avait pas réussi en Irlande, que si le partage des immenses pâturages qui couvraient auparavant la plus grande partie de ce pays avait été suivi de la création d’un corps de petits fermiers pauvres, ignorants, dépourvus d'esprit d'entreprise et de plus en plus pauvres, de moins en moins entreprenants à chaque génération, cela tenait à une succession de circonstances funestes d’un caractère politique. Pour soutenir sa thèse il étudiait les systèmes de petite culture en divers pays eten montrait les avantages. Il est certain que les inconvénients attachés à la grande propriété, et qu’il n'avait que trop de raisons de signaler, devaient impressionner Stuart Mill. Il semble d’ailleurs que les abus dont les landlords anglais s'étaient rendus coupables ont eu un grand retentissement parmi les économistes et n'ont pas peu contribué à accroître le mouvement qui se produisit alors en faveur de la petite propriété. Remarquons pour notre partque, s'ils sont un argument contre l’appropriation individuelle du sol, ils prouvent beaucoup moins contre la grande culture, qui en était encore à ses débuts ou qui même n'était pas du tout appliquée sur ces domaines divisés en petites fermes. Le plus souvent elle se limitait à l'élevage du bétail et était toujours bien inférieure à la culture rationnelle et scientifique que l’on désigne aujourd'hui de ce nom.
Ce qui nous parait particulièrement intéressant chez Stuart Mill, c'est qu'il distingue fortement, et même sépare dans son exposé les deux parties du problème, l’une concernant la production, l’autre la
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distribution -des produits et le bien-être matériel et social des cultivateurs. Sur le premier point, parce qu'il étudie la question d’une façon tout à foit théorique, en supposant que le même capital qui est possédé par les grands fermiers, se trouve ‘disséminé parmi Îles petits et qu'il n'y a pas en thèse générale chez les paysans infériorité de talent et d'instruction, il admet que la petite culture n’est pas désavantageuse et que la supériorité des grandes exploitations ne peut en aucune façon s'établir aussi clairement pour l’agriculture que pour l'industrie manufacturière. [l s’appuie sur ce que, pour les opérations agricoles, 1l est difficile d'utiliser la division du travail (cette obsenvation devient peu à peu moins exacte), et sur ce que l'ardeur opiniâtre des paysans suffit à compenser les avantages inhérents aux grandes exploitations (bâtiments proportionnellement moins coûteux, meilleurs instruments, transports plus économiques). Cependant il reconnaît que le morcellement peut être excessif et que particulièrement en France «les fermes sont souvent trop petites, et, ce qui est pire, fractionnées en un nombre presque incroyable de morceaux de terre ou de parcelles, dispersées d’une façon très peu convenable et séparées les unes des autres » (1).
Nous ne pouvons songer à résumer les chapitres des Principes que Mill consacre à l'étude de la propriété au point de vue social. Elle est très importante et utile à relire, bien qu’il s'appuie sur des autorités qui nous paraissent aujourd'hui contestables (Young, Sismondi, Passy, etc.). Transcrivons seulement la phrase par laquelle il conclut : « Comme résultat de
(1) Principes, 1% vol., p. 173.
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cette enquête sur l’action directe et les influences indirectes qu'exerce la propriété possédée par les paysans, je crois qu'il est établi qu’il n’y a pas de relation nécessaire entre cette forme de la propriété foncière et un état plus parfait de l’art de la production ; » {c'est-à-dire que la grande culture n’est pas liée à la grande propriété, el que la petite n’est pas toujours le système des paysans), « que celle propriété est à tous égards aussi favorable que défavorable pour l'emploi le plus fructueux de la puissance productive du sol, qu'aucun autre état de l’économie agricole n’a des résultats aussi bienfaisants sur l’industrie, l'intelligence, les habitudes de tempérance et la sagesse de la population, et ne tend, dans une aussi grande proportion, à décourager un accroissement anormal de la population ; et que, conséquemment, aucun état de choses n’est aussi favorable à son bien-être physique et moral tout à la fois. Comparé au système anglais de culture par le travail salarié, on doit le regarder comme éminemment avantageux à la classe ouvrière » (1).
Tandis que Stuart Mill abandonne la théorie classique, — sans doute parce qu'il a regardé surtout ce qui se passait sur le continent et qu'il était frappé chez lui par l'attitude scandaleusement égoïste et brutale des grands propriétaires, — Léonce de Lavergne, qui étudie quelques années après lui l’agriculture anglaise, se montre partisan de la grande culture. Ses observations ingénieuses annoncent les opinions les plus
(4) Principes, 1° vol., p. 349.
récentes. Il prévoit le développement de l’agriculture industrielle et capitaliste et c’est seulement à la condition que la grande propriété soit riche en capitaux, habile à utiliser les procédés perfectionnés, qu'il lui garde ses préférences. « Partout ailleurs qu'en Angleterre, dit-il, les très grandes propriétés ont fait plus de mal que de bien à l’agriculture. On attribue assez généralement la supériorité de l’agriculture anglaise à la grande propriété; cette opinion est vraie à certains égards, mais il ne faut pas la pousser trop loin. — La deuxième cause qu'on donne généralement à la propriété agricole de l'Angleterre, c'est la grande culture; là encore il y a beaucoup d’exagération; le sol britannique n’est pas plus partagé en fermes immenses qu'en immenses propriétés. La véritable supériorité de la constitution agricole anglaise se manifeste par deux signes principaux : 1° l'usage à peu près universel du bail à ferme, qui fait de l’agriculture une industrie spéciale ; 2° la quantité de capital que possèdent les fermiers et qu'ils ne craignent pas d'engager dans la culture. — En France la culture n’est pas une industrie à proprement parler, on y compte peu de fermiers et la plupart de nos cultivateurs, qu'ils soient propriétaires, fermiers ou métayers, n’ont qu'un capital insuffisant (1). » La grande étendue des cultures ne suffirait pas à elle seule à constituer une supériorité. « Tout est dans ces deux mots, le capital et l’habileté. La grande culture sans habileté et sans capital vaut moins que la petite avec l’un et l’autre et réciproquement. Il peut y avoir des cas où Le capital
(4) £'conomie rurale de l’Angleterre, pp. 106, 115, 124,
et l’habileté se rencontrent surtout avec la grande eulture et d’autres où ils se rencontrent surtout avec la petite. Ces différences doivent décider. » La tendance de l’agriculture à s’industrialiser amènera certainement de profondes transformations dans la répartition du sol. «Il viendra certainement un moment où bon nombre de petits et moyens propriétaires français comprendront qu'il y a avantage pour eux à sortir plus ou moins de la propriété pour s’adonner davantage à la culture » (en devenant des fermiers). «Ce jour-là disparaîtront une foule de petites et moyennes propriétés qui sont aujourd'hui dans des conditions déplorables ; mais cette révolution ne sera jamais générale et il n’est pas utile qu’elle le soit ; la petite culture est comme la petite propriété plus conforme à notre génie. Les capitaux étant plus divisés chez nous qu'en Angleterre, il est convenable pour que le capital d'exploitation soit suffisant que les exploilations soient plus petites... » (1) L’étendue des fermes se détermine d’ailleurs par d’autres causes, comme la nature du sol ou du climat et les espèces de cultures dominantes. D'autre part, même dans les conditions les plus favorables à son développement, la grande culture a des bornes posées par la nature même des choses (pertes de temps à cause des grandes distances, difficulté de la surveillance).
« Ce qui caractérise l’économie rurale anglaise, c’est moins la grande culture proprement dite que l'érection de la culture en industrie spéciale, la quantité de capital dont disposent les cultivateurs de profession. Ces deux caractères dérivent l’un et l’autre de l'immense
(4) £'conomie rurale de l'Angleterre, p. 132.
débouché de la population non agricole. » Les causes principales du bon état de la culture anglaise sont le goût de la vie rurale, les institutions politiques et surtout les débouchés.
« Dès que la vente des denrées devient possible sur une grande échelle, l'attention du producteur se trouve appelée sur des questions tout à fait indifférentes jusque-là : quel est le produit qui se vend le plus cher relativement à son prix de revient? quels sont les moyens de réduire le prix de revient pour augmenter le profit net? Toute la révolution agricole est là. La première conséquence est l'abandon des cultures qui dans une situation donnée ne paient pas leurs frais et la concentration des efforts du producteur sur celles qui les paient le mieux ; la seconde est la recherche des méthodes qui peuvent abréger, simplifier le travail en le rendant plus productif... Les débouchés, voilà le plus grand, le plus pressant intérêt de notre agriculture ; les procédés à suivre pour augmenter la production, ne viennent qu'après. » (1)
À lire ces passages on serait tenté d'oublier qu'ils ont été écrits en 1854. La question est dès lors posée comme elle l’est aujourd’hui après toutes les discussions des socialistes ; cela est d’autant plus remarquable que l’évolution qui devait rapprocher l'agriculture de l’industrie ne faisait alors que débuter sur quelques points. Léonce de Lavergne à pu assister aux premières transformations, qui ont été d’ailleurs plus lentes qu'il ne devait le supposer. Malgré le courant d'opinions contraires, il à persisté à penser que la grande culture scientifique et riche avait pour
(1) £conomie rurale de l'Angleterre, p. 185, 193.
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elle l'avenir. Dans son livre sur l'Économie rurale de la France, dont la quatrième édition est de 1877, on peut lire: « Le progrès agricole a marché en France avec la division, pourvu qu’elle fût naturelle et volontaire. Qu'il en doive toujours être ainsi, c’est ce qui n'est pas aussi sûr; le morcellement excessif a ses inconvénients et les avantages de la grande culture commencent à frapper les esprits à mesure que les débouchés s’élargissent (1) ».
Pendant toute la durée du second Empire Is problèmes d'économie rurale préoccupent les économistes, mais on discute moins sur la répartition du sol que sur les causes et l'importance de la crise agricole ; ce sont les questions de pratique économique qui attirent surtout l'attention. On sait qu'une grande enquête est entreprise par le gouvernement impérial en 1866. Les observations que l’on peut faire alors sur la résistance des diverses catégories de propriétés doivent être favorables à la petite culture, soit qu’elle résiste mieux en effet, soit que les petits paysans parviennent plus difficilement que les grands propriétaires à faire entendre leurs réclamations. — Les études importantes que cette période nous laisse sont plutôt historiques qu'économiques ; on connait les travaux sur l’histoire des classes rurales de Doniol (2) et de Dareste de la Chavanne (3) en 1857 et 1858 ; quelques années auparavant, A. Blanqui, avait été chargé par l’Académie des sciences morales et politi-
(2) Histoire des classes rurales en France.
(3) Histoire des classes agricoles en France.
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ques d'étudier les conditions morales et économiques des populations agricoles de la France. Il n’a pu
terminer sa tâche et quelques articles seulement ont paru au Journal des Economistes (1).
Dans l’ensemble — et naturellement malgré des exceptions très tranchées — le mouvement dans les opinions se produit en faveur de la petite culture, non pas comme on l'entend aujourd’hui la très petite culture, celle qui utilise les moindres mottes de terre, mais celle que M. Souchon appellera la propriété paysanne ou qui, dans les dernières statistiques agricoles, est comprise entre 2 et 10 hectares. Il semble démocratique de défendre la petite ferme du paysan. On ne songe pas aux grandes exploitations sans penser aux privilèges politiques et sociaux dont jouissaient les gros propriétaires. Comme, d'autre part, l’agriculture traverse une période heureuse, que le développement des chemins de fer a donné la vie à des régions auparavant trop éloignées des marchés et que la petite culture profite merveilleusement decestransformations, on ne voit pas de raisons pour ne pas encourager la libre accession du plus grand nombre à la propriété. Enfin, les démocrates bourgeois de 1848 ne peuvent songer sans sympathie aux travailleurs des campagnes si calmes auprès des ouvriers turbulents des ateliers nationaux.
Les écrits de LE PLAY ont beaucoup contribué à pousser les économistes à attacher une grande importance
(1) Tableau des populations rurales de la France en 1850. Journal des Economistes, 15 janvier et 15 septembre 1851.
au rôle social de la propriété paysanne. Ses idées sur l’organisation de la famille et du travail ont répandu dans le publie la croyance au caractère conservateur des classes rurales. A vrai dire, on pourrait plutôt trouver aujourd’hui dans les ouvrages de le Play de solides arguments pour critiquer la petite propriété, car il n’en devient partisan qu'à des conditions qui sont de moins en moins réalisées. Il ne lui reconnait un caractère bienfaisant qu'autant qu'elle est liée à une organisation particulière de la famille qui est sans doute complètement disparue. Mais c’est là un point qu'on a oublié,et parce qu'il semble que chez les paysans les conditions de vie patriarcale qu'il recommandait sont ie plus près d’être réalisées, on a attaché sans distinction à la propriété paysanne les avantages et les qualités que Le Play n'avait indiquées que pour une forme particulière. On sait à quelle organisation familiale nous faisons allusion: c’est à ce qu'il a appelé la famille-souche, fondée sur l'autorité du père de famille et la transmission intégrale de son bien à un héritier qu'il choisit soit librement, soit d'après la coutume locale. À cette constitution de la famille doit correspondre une certaine forme territoriale : le domaine agoloméré ; par là il entend une exploitation dans laquelle les terres sont groupées autour de la maison d’habitalion et comprennent toutes les sortes de culture, de façon que la famille trouve en elle-même tous ses moyens d'existence. À vrai dire, il ne s’agit plus de petite culture ni de petite propriété, puisque le Play, après avoir indiqué que le domaine de la famille-souche comprend, outre les bâtiments et les enclos : un verger, des prairies naturelles, des terres arables fournissant céréales, fourrages artiliciels ,
graines oléagineuses et matières tinctoriales, des taillis d'arbres pour le chauffage et la construction,des vignes ou pommiers, une chènevière, un jardin maraicher, etc., ajoute : « Les champs à céréales donnant un emploi suffisant au travail d’une nombreuse famille, peuvent avoir chacun, même dans les assolements les plus perfectionnés, une étendue de trois à cinq hectares, assez grande par conséquent pour que les méthodes anciennes de labourage, de semailles et de récolte s’exécutent dans les meilleures conditions. Cette étendue répond également aux exigences des charrues à vapeur et des machines à semer ou à récolter, moyens d'action essentiels à la nouvelle agriculture .» (1) Qu’après cela il puisse dire : « Les petits domaines ruraux répondent, dans ces conditions, à toutes les exigences de la technologie », cela est bien évident. [l ne reste plus, dans son système, aucun des défauts généralement attachés à la petite propriété
les parcelles culturales ne sont pas dispersées ; elles ne sont pas trop petites ; on y peut employer les machines; les bras de la famille sont nombreux ; l'élevage du bétail est possible ; la direction de l’exploitation est forte et se maintient sans changement même après la disparition du chef de famille, puisqu'il a lui-même choisi et dressé son successeur. Il est très clair encore que cette organisation peut avoir une influence morale bienfaisante en développant l'esprit de discipline et le désir de la stabilité sociale ; peut-être seulement pourrait-on craindre que ce système favorisât la routine
(1) Une note plus loin, page 386, indique que ces domaines agglomérés ont de 10 à 20 hectares. C’est ce que les statistiques agricoles donnent comme des propriétés moyennes.
et queles progrès culturaux y fussent plus lents que dans un autre. Mais il est bien certain que nous serions là en présence d’un type supérieur de répartition et de production s’il n’avait pas à supporter le poids d’une objection qui dispense de l’étudier davantage. Tout est très bien dans le système imaginé par le Play, seulement c'est encore une fois l’histoire de la célèbre jument de Roland qui avait toutes les qualités,un seul défaut : elle était morte. Si les domaines agglomérés des familles- souches ont existé autrement qu’à titre exceptionnel, serait-il possible d'en trouver encore aujourd’hui dans les contrées soumises à l’agriculture moderne ? Nous croyons bien pouvoir répondre que non.
D'ailleurs, si Le Play les présente comme la forme la meilleure, il ne dit pas qu’ils soient très répandus de son temps ; il en constate et en regrette vivement la disparition, et précisément dans son dernier ouvrage, l'Organisation de la famille, il nous fait assister à la destruction et à la ruine de la famille-souche des Mélouga, qu'il avait prise vingt ans auparavant comme type pour une étude monographique. Il est assez vraisemblable que toutes les familles semblablement constituées qui existaient encore vers 1860 dans quelques régions reculées, ont disparu de même dès qu’elles se sont trouvées en contact avec des conditions nouvelles de vie économique et sociale. De plus en plus s’est développé le type de la famille instable, contre laquelle Le Play a élevé des critiques acharnées et souvent exactes. On sait qu’elle était pour lui le produit de notre régime successoral. C’est un point que nous n'avons pas à étudier ici. Faisons seulement remarquer que les critiques de Le Play contre le Code
civil sont généralement tenues pour excessives, et que les dispositions de la loi n’auraient pas suffi à exagérer le morcellement si les mœurs ne les avaient fait considérer comme une réaction de justice au profit des cadets contre les aînés, et des filles contre les garcons. Dans un compte rendu de la Réforme sociale (4), Jules Duval fait remarquer que notre système successoral n’est pas nécessairement celui du partage forcé, comme le disait Le Play, et comme preuve, il indique que dans l’île de la Réunion, où le Code civil est en vigueur, bien loin de lui imputer tous les maux du morcellement, on l’accuse d'amener une concentration excessive, le phénomène tenant simplement à un sentiment public et à une interprétation du Code autres qu'en France.
Quoi qu'il en soit, la critique de nos lois de succession est le fonds même de tous les écrits de Le Play, et quand il se trouve en présence de la petite propriété divisée à l'extrême par les partages, il la considère comme une institution déplorable. Elle entraîne une déperdition de forces et oblige les petits propriétaires qui n’ont pas sur leur sol l’emploi complet de leurs bras, à
chercher du travail au dehors en qualité de salariés ; «ils subissent ainsi dans le classement social une véritable déchéance ». Les bâtiments ruraux sont mal appropriés aux besoins des terres dont ils dépendent ; ils sont trop grands pour l'héritier qui les a conservés avec un sol réduit par le partage, tandis que les autres héritiers ont dû sur leurs lots en construire de nouveaux, le plus souvent grâce à des emprunts, ce qui entraine le
(1) Compte rendu du livre de Le Play: La Réforme sociale en France. — Journal des Economistes, t. 45, p. 410.
développement de l’hypothèque. S'il y a eu partage des bâtiments d'exploitation, il en résulte un désastreux enchevêtrement d'intérêts. Ce régime de la petite propriété a pour conséquence encore de faire abandonner l'exploitation en domaines et de pousser les paysans dans des agglomérations que Le Play appelle villages à banlieue morcelée, ce qui est aussi détestable pour l'hygiène que pour la morale. Le territoire autour du village est subdivisé en parcelles qui se comptent par milliers. « Celles-ci conservent, dans le sens de la longueur, au moins quelques décamètres, car c’est seulement à cette condition que le travail des animaux de labour, en se continuant sans interruption pendant quelques minutes, reste plus économique que l'emploi de la bêche. Mais le morcellement est, pour ainsi dire, sans limites dans le sens de la largeur ; en sorte que celle-ci se réduit parfois à l’espace de quatre où cinq traits de charrue. » Les propriélaires ne sont pas intéressés à réunir les parcelles parce qu’un bien disséminé peut tenter un plus grand nombre d’acquéreurs, et pourtant cette organisation est rebelle à toute culture méthodique. Pour une même surface de terre cultivée, les transports sont huit fois plus considérables que sur les domaines aggiomérés. Ces banlieues morcelées sont impropres à l'emploi des machines. D'autre part, sous ce régime on ne trouve pas celte union intime de l’homme et du sol, si bienfaisante ailleurs. La propriété des parcelles devient aussi mobile que celle des valeurs de Bourse. Loin de produire l'égalité des conditions, ce système a abaissé celle des classes inférieures en multipliant les salariés. Ainsi se recrute dans les campagnes un