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sionné par la valeur sociale qu'il attribue aux classes paysannes pour que ses études sur la valeur économique de la petite propriété aient toute l'indépendance scientifique désirable. On sent chez lui la préoccupation de ne pas trouver inférieur aux autres un mode d'exploitation qui établit dans le pays une population nombreuse, espoir de ceux qui déplorent la dépopula- Hion, qui vit, dit-il, dans de bonnes conditions hygiéniques, économe, fournissant d'excellents soldats, d’esprit modéré, d’une admirable sagesse politique et qui doit nous seuver du formidable danger dont nous menace aujourd’hui le socialisme. Nous ne nous proposons pas de discuter ces affirmations, qui nous paraissent très discutables ; car nous ne croyoris pas que les conditions d'habitation et de travail soient très hygiéniques el nous sommes porté à nous demander s’il ne faut pas appeler ignorance et routine ce que M. Henry appele sagesse et modération.
Nous voulons seulement faire remarquer que par sa confiance dans les classes rurales il est poussé à diminuer l'importance des critiques que ‘l’on peut très légitimement faire à la petite culture. Il est bien forcé d'en constater généralement la justesse ; il en est une en particulier contre laquelle il lui est impossible de protester: dans lespetites propriétés on dépense presque autant pour l’organisation et pour l'outillage que dans les grandes et on y est moins bien organisé et outillé ; une autre critique à laquelle M. Henry essaie de répondre, c'est que l’assolement y est entravé. Il croit pouvoir prétendre que si, en effet, l’assolement est difficile sur une propriété peu étendue parce que les différentes espèces et qualités de terrains nécessaires pour varier les cultures se trouvent rarement réunies sur un
petit espace, la dispersion a justement pour utilité de permettre l’assolement. Nous avouons ne pas comprendre comment. Nous voyons bien que si une propriété se compose de plusieurs parties éloignées il y a des chances pour qu’elle soit plus variée et pour que le propriétaire puisse entreprendre des cultures diverses qui n'auraient pas été possibles sur un espace restreint ; il pourra, par exemple, avoir un bout de pré dans la vallée, une terre arable sur le plateau, quelques pieds de vigne sur les pentes des collines, mais cela ne suffira pas à lui permettre d'établir une rotation des cultures dans sa propriété ; ilne pourra éviter de faire des céréales deux fois de suite sur le même terrain qu'autant qu'il aura deux parcelles se prêtant toutes les deux à leur production, et alors nous ne voyons plus quel avantage il y à à maintenir ces parcelles éloignées.Par contre, nous sentons bien quelle perte de temps résulte des voyages fréquents et lents d’une terre à l’autre à travers les mauvais chemins des campagnes. De sorte que le raisonnement précédent semble pouvoir se résumer ainsi : dans la petite propriété l’assolement à pour condition nécessaire la dispersion... qui est un grave défaut que personne ne songe à nier.
Il est bien d’autres reproches que l’on peut faire à la petite propriété ; elle manque de capital, car elle ne peut s’en procurer que par le crédit hypothécaire qui est ruineux ; il n’y a pas dans son exploitation de direction d'ensemble. À ces critiques M. Henry ne veut faire qu'une réponse : en fait, la petite propriété produit autant que la grande ou, si elle envoie moins de produits au marché, elle nourrit, par rapport à la grande, un excédent de population.
Son opinion s'appuie sur deux études monographiques entreprises dans le canton de Nieul (Haute- Vienne), dont nous ne trouvons pas du tout légitime de généraliser les résultats. Dans chacune de ces études, M. Henry compare une grande propriété à un groupe à peu près égal en superficie de petites propriétés. Les résultats de cet examen ne peuvent être que très vagues et hasardeux. Réunir en un groupe 25 propriétés d’un village,additionner leur superficie, leur population, leur production en grains et en pommes de terre, le nombre des vaches nourries toute l’année et des porcs livrés au commerce et de là tirer des moyennes, cela nous paraît bien peu méthodique et bien peu probant. Tout dépend du choix qui a été fait. Comment M. Henry a-t-il constitué ces groupes de petits propriétaires ? Dans chacun d’eux figure un domaine de plus de 24 hectares (cela peut difficilement passer pour une petite propriété) ; dans le premier il y a, en outre, quatre exploitations de plus de 10 hectares, dans le second 1l y en a deux et dans ce même groupe la plus petite propriété a plus de 4 hectares ; dans ces conditions, est-il possible de généraliser les résultats obtenus ? En analysant le tableau fourni par le premier groupe, nous voyons que tantôt il manque la production en céréales d’une propriété, tantôt sa production de pommes de terre, quelquefois les deux ; l'addition de ces renseignements incomplets ne peut pas permettre l'établissement d’une moyenne, et quaäd M. Henry en déduit : on exporte dans la grande propriété 1 hectolitre de grains par 0 hectare 43 et dans la petite par { hectare 06, ou bien : dans la grande on envoie au marché un porc par 15 hectares et dans la petite par 1 hectare 79, et quand il conclut : « En
somme, au point de vue des exportations, la petite propriété est supérieure à la grande en ce qui concerne le bétail, mais lui est inférieure en ce qui concerne les grains et les pommes deterre », 1l nous semble que son affirmation ne s’appuie pas sur des observations suffisantes. — Nous sommes bien d'avis que la méthode monographique est la meilleure à employer pour les études d'économie rurale,mais il faut soigneu- : sement redouter les généralisations prématurées.
M. R. Henry aboutit à cette contradiction : la plupart des critiques adressées à la petite propriété sont en grande partie fondées, et cependant 1l pense avec M. de Foville que plus la terre se divise, plus sa fécondité augmente. Cette antinomie s'explique pour lui par l’amour du paysan pour la terre, et sans songer que c’est là l’argument le plus frappant contre les petites propriétés, il célèbre avec ardeur ces paysans que l’on peut voir au travail dès l’aube première et qui peinent encore au clair de lune. Nous ne saurions partager cet enthousiasme pour un mode de culture quine peut se maintenir qu’en épuisant le cultivateur.
La troisième partie de la thèse est consacrée à l'étude des statistiques; nous en reparlerons plus loin. M. Henry aboutit à ce résultat: la petite propriété occupe en France 16 millions d'hectares qui, répartis entre # millions de propriétaires, font vivre en tout ou en partie 16 millions de personnes.
‘Quant au jugement porté sur la dette hypothécaire, c'est le même que nous avons noté dans le discours de M. Deschanel: « de l’hypothèque résultent beaucoup plus de biens que de maux » ; «il est cependant une limite variable avec la vâleur de la propriété et l’initiative, le travail et les besoins de ses habitants, qu'il
ne faut pas dépasser sous peine de produire des malaises et des crises. »
Sur la question de l’évolution de la petite propriété, M. Henry affirme que le morcellement n’a cessé d’augmenter jusqu’en 1883 et qu'à cette date il n'y a pas recul mais arrêt dans le morcellement. Il établit ce point par la statistique agricole décennale et les statistiques des cotes foncières ; nous en renvoyons l’examen. La méthode monographique qu'emploie M. R. Henry lui fait constater que les terres déjà morcelées commencent à se concentrer sur certains points. Les ventes sur saisie portent pour la plupart sur des petites propriétés que de grands propriétaires achètent à défaut d’autres acheteurs ; car c’est pendant les périodes de crise que la grande propriété se constitue. Or, en dix ans, ces ventes sur saisie ont augmenté de 110 pour 100 ; pendant ce temps, les marchands de biens qui spéculaient sur ie morcellement se font de plus en plus rares. Naturellement M. Henry ne veut pas admettre que ces faits soient suffisants pour permettre d'affirmer que la petite propriété est condamnée sans retour. [l n'y veut voir que le signe de la crise que traverse la peüte propriété. Quelles sont les causes de cette crise? Ce ne sont pasles lois successorales, comme le veut l’école de Le Play, ni les entraves à la circulation ; ce sont deux causes permanentes : la crise agricole et le dégoût naissant pour la campagne et la terre, et une cause passagère : la liquidation hypothé- Caire que M. Henry croit à peu près terminée sans que nous puissions bien voir sur quoi il fonde cette espérance.
Nous ne nous proposions pas de discuter au fond la thèse que nous venons de résumer un peu longuement
parce qu’il nous à semblé qu'elle représentait bien les idées courantes ; nous avons seulement voulu montrer combien une étude de ce genre (où cependant presque tous les arguments habituels pour la défense de la petite propriété sont réunis) paraît insuffisante.
La plupart des manuels d'économie rurale font à la petite propriété une part très importante; 1l nous semble que, s’ils sont si nombreux à l’encourager et à désirer sinon une augmentation indéfinie du morcellement, au moins un partage harmonieux du sol entre grands, moyens et petils propriétaires, cela tient pour beaucoup à la difficulté que l’on éprouve à choisir entre les arguments qui sont avancés en faveur de chaque catégorie.
Il n’y a presque plus, en effet, de partisans d’un mode unique de division du sol, soit en grandes, soit en petites exploitations. Presque tous ceux qui manifestent une préférence pour l’une ou pour l’autre des catégories, reconnaissent en même temps les avantages des autres et pensent que le meilleur est d'établir un équilibre entre les divers groupes. Parmi ceux qui préfèrent les petites exploitations, mais reconnaissent le rôle important que les grandes ont à jouer, nous devons citer, outre ceux que nous avons déjà indiqués et sans essayer de donner une liste complète, MM. de Foville, F. Convert, Zolla, Fr. Bernard, Flour de St-Genis.
M. SoucHon, dans son livre récent sur la Propriété paysanne, prend une position aujourd'hui généralement abandonnée : il se fait le défenseur de la propriété moyenne. C'est celle-là qu’il désigne sous le nom de