‹ Grandes figures d'hier et d'aujourd'huiChapitre 3 sur 16 · LA JEUNESSE DE BALZAC · texte numérisé non relu

LA JEUNESSE DE BALZAC

Madame de Surville, sœur de Balzac, a publié sur le grand écrivain un livre qui fait que son nom désormais restera attaché à celui de son frère. Par les confidences de l'homme on comprend l'intelligence de la femme qui a eu le courage de rester muette depuis dix ans devant les calomnies effrontées que des envieux — il existe même des envieux après la mort — cherchaient à jeter à la tête de l'illustre grand homme, enlevé dans la force de l'âge. Ces lettres intimes, écrites par le poète dans les divers greniers qu'il habita et qu'il meubla de ses rêveries, font connaître l'homme tout entier, bon, affectueux, enjoué et plein de cette naïveté précieuse, que la connaissance du mal qui dévore les sociétés ne doit pas enlever aux grands artistes. Ce ne sont pas des mémoires, ce sont, pour la plupart, des lettres, écrites par Balzac à l'âge où il ignorait si l'avenir répondrait à son ambition.

Madame de Surville a encadré cette correspondance dans un récit simple, sans prétention, d'un enthousiasme sincère, convaincu, et ainsi elle a donné un réel modèle de biographie. Ce récit est un chef-d'œuvre dont il n'y a pas un mot à retrancher ; les convenances y sont gardées si religieusement, qu'il eût pu être publié du vivant de Balzac. Nous aurons an jour d'autres communications sur Balzac et ses œuvres : le grand travailleur écrivait souvent aux personnes qu'il aimait; mais il sera difficile d'égaler l'œuvre de madame de Surville, qui me rappelle la justesse de mesure de madame de Vandeuil dans la notice sur Diderot.

La mode aujourd'hui est d'admirer démesurément l'auteur de la Comédie humaine; tout le monde le comprend, l'apprécie, le vénère. Les critiques qui ont empoisonné sa vie crient le plus haut : Merveille ! La biographie s'empare de M. de Balzac et le chante sur tous les tons ; des nombreux petits livres que la spéculation a enfantés à ce propos, il faut distinguer les spirituelles et piquantes études de M. Léon Gozlan. Elles n'ont pas l'intimité des souvenirs de madame de Surville ; c'est un ami littéraire frappé des excentricités du maître, qui en a fait un gros bouquet dans le petit jardin des Jardies. M. Gozlan est surtout impressionné par l'étrange et par le grotesque : quelquefois le paradoxe et l'amour du merveilleux l'entraînent et lui montrent un Balzac un peu fantastique, mais il n'en reste pas moins certains reflots du grand homme tourmenté que nous avons eu le malheur de perdre dans la force de l'âge (4).

(\) Depuis la publication de ces articles en 1856, il a paru un volume curieux de 11. Wcrdet, ancien éditeur de Balzac, sur ses rapports avec le grand homme.

A la mort de Balzac, appelé à jeter quelque ordre dans des OEuvres diverses considérables qui restent encore à publier, il m'a été permis de prendre des notes curieuses sur les débuts du jeune homme dans la vie littéraire ; à l'aide de ces notes j'essayerai de montrer : Balzac poète, — Balzac, imprimeur, — Balzac journaliste.

Livre mal composé, qui n'est pas d'un écrivain, mais rempli de faits curieux. Une étude plus littéraire a été celle de M. Théophile Gautier qui, il est bon de le repéter, fut avec MM. Léon Gozlan et Edouard Thierry, l'un des rares défenseurs du maître. (Note de 1859.)

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