‹ Grandes ombres sur le sentier de la vieChapitre 7 sur 25 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Nous sauterons à pieds joints par dessus les quatre années suivantes et nous reprendrons le fil de notre récit à la fin de 1856. Nous retrouvons notre ami Arthur occupé à démêler patiemment le vrai du faux au milieu des témoignages contradictoires qui l'assaillent. Il est dans sa chambre de justice , entouré d'officiers, de cipayes, d'employés indigènes , de criminels auxquels il a fallu mettre les menottes. Arthur passe la main sur son front, d'un air de lassitude, car c'est là sa besogne de chaque jour depuis des semaines et des mois ; — il n'a point de vacances , les causes se succèdent les unes aux autres , et partout d'ans son district il est accompagné des malédictions

des oppresseurs et des bénédictions des opprimés. Tant de fatigues sous ce climat brûlant ont ébranlé sa robuste constitution ; auprès de sa femme et de son enfant, il retrouve sa gaieté, son élasticité d'esprit, son entrain d'autrefois, mais lorsqu'il est à ses affaires, on le dirait vieilli de dix ans , et Motè les mains jointes le supplie d'aller prendre quelques jours de repos dans les montagnes; mais saufune^ou deux excursions chez ses amis de Gwalior, Arthur est resté ferme à son poste. Il a un sentiment profond de sa responsabilité personnelle , il sait que l'influence qu'il a su acquérir par son caractère élevé et la fermeté de ses principes lui donnent des avantages que son remplaçant n'aurait pas; il attend donc avec patience, pour demander un congé, que les affaires soient moins pressantes. Mais ce n'est certes pas le cas maintenant; les mesures qu'un gouvernement de plus en plus impopulaire avait prises pendant l'année qui achevait de s'écouler, rendaient sa présence et son autorité nécessaires, son nom ayant encore le pouvoir de contenir l'esprit de mécontentement qui commençait à se manifester dans la contrée.

Sans être superstitieux , Arthur avait une crainte secrète de l'année qui s'ouvrait devant lui , il ne pouvait s'empêcher de prévoir les calamités qui, en effet, allaient fondre sur les Indes. Il savait que de toutes parts les Indous annonçaient que la domination- des Anglais devait cesser cette année-là ; il voyait surgir des éléments de désunion, et il savait que de là à un désastre la distance n'était pas grande ; les actes du gouvernement lui faisaient craindre que les autorités,

soit civiles, soit militaires , ne se fissent pas une idée juste de l'état des choses.

En prévision des événements futurs et sentant sa santé décliner, Arthur était animé d'un désir presque fiévreux de mettre en sûreté les chers objets de son affection. Il savait, et Lucie aussi, qu'ils ne devaient pas espérer d'élever leur enfant dans le climat meurtrier des Indes , et ils s'étaient à peu près décidés à se séparer de* lui avant la saison chaude qui s'approchait. Il y avait alors une joyeuse société d'enfants à Arden, et Lucie savait que Grâce serait une véritable mère pour son petit Edouard ; mais d'avance elle ne pouvait arrêter ses pensées sur le moment du départ, personne ne savait ce que son enfant était pour elle. Elle s'était dit que l'influence qu'elle pouvait exercer sur l'enfance de son garçon devait se concentrer sur quelques courtes années, et rien, si ce n'est son mari , ne la distraisait des soins qu'elle lui donnait. Cela peut paraître étrange, mais la religion de Lucie était infiniment plus vraie et plus fervente pour son enfant que pour elle-même, et elle demandait son salut avec une ardeur qu'elle n'apportait pas à ce qui la concernait personnellement.

Sa tendresse était trop vraie et d'une nature trop élevée pour lui permettre de gâter son petit garçon ; sa volonté faisait la loi, quoiqu'il en coûtât parfois un peu de lutte , car le caractère de l'enfant était fortement trempé , il mettait une extrême vivacité à tout ce qu'il faisait. De bonne heure Lucie lui avait donné l'habitude de considérer ses défauts et ses passions comme des ennemis qu'il fallait combattre, elle lui avait dit aussi que le Seigneur Jésus combattrait

avec lui. Cette idée ne déplaisait pas à ce jeune esprit plein d'énergie et tout disposé à la lutte. Souvent Lucie sentait une petite main se glisser dans la sienne :

— Maman, mon mauvais esprit est bien fort , demandez à Jésus de m'aider.

— Maman , dit-il une fois , j'ai prié Jésus aujourd'hui et II m'a aidé.

— Comment t'a -t-il aidé, Edda?1

— Il m'a aidé à ne pas murmurer.

Lucie serra son enfant contre son cœur avec reconnaissance en lui demandant à quelle occasion il avait eu la tentation de murmurer. Phœbé expliqua qu'elle avait été obligée de le priver de sa promenade à cheval, de le forcer à marcher à côté d'elle , et qu'il avait supporté cette punition sans se plaindre, quoiqu'il y fût encouragé par les lamentations du porteur qui le suivait partout.

L'affection de cet enfant pour sa mère était l'enchantement perpétuel de sa vie. Lorsque son père était absent , il se considérait comme le protecteur naturel de sa mère ; elle lui avait dit un jour en riant et en lui montrant sa main gauche que c'était la main de papa, qu'elle la lui avait donnée et qu'il y avait placé cet anneau comme signe qu'elle lui appartenait.

Edda écouta comme toujours avec la plus sérieuse attention , puis il grimpa sur les genoux de son père.

— Qu'est-ce que c'est, Edda?

1 Petit nom d'origine saxonne inventé par Lucie pour réunir ses deux noms de baptême. « Edouard Anderson. »

— Papa, voulez-vous me donner un anneau, que je mettrai à l'autre main de maman pour montrer qu'elle est à moi.

Maman promit de lui donner cette main sans anneau , et à partir de ce moment il la couvrit de caresses :

— C'est ma main, n'est-ce pas, maman? l'autre est à papa.

En attendant, Arthur faisait tous ses préparatifs pour envoyer Lucie et son enfant en Europe ; il avait été convenu qu'Edda partirait avec une sœur de madame S..., de Gwalior, mais Arthur sonda Lucie pour savoir si elle ne serait pas disposée à conduire elle-même Edda à Arden, et d'y rester quelque temps pour juger de l'effet que produirait le changement de climat sur l'enfant.

— Sans vous, Arthur! vous laisser seul ici?

— Oui , ma bien-aimée , c'est notre unique enfant ; vous le ferez pour moi.

— Ne l'exigez pas , Arthur ! demandez-moi tout ce que vous voudrez , mais pas notre séparation; notre enfant m'est précieux, Dieu seul sait à quel point il l'est, et un rayon de tendresse vint illuminer sa charmante figure; je l'aime trop pour ne pas consentir à tout pour son bien, mais, Arthur, mon affection pour vous est d'une toute autre nature; promettez-moi que nous ne nous séparerons pas.

Que pouvait faire Arthur si ce n'est la prendre dans ses bras et lui accorder ce qu'elle demandait avec tant d'ardeur. Pouvait-il lui faire part de ses craintes relativement à l'état des Indes? Pouvait-il lui dire que sa santé devenait de plus en plus mauvaise et

qu'il lui manquerait peut-être bientôt? De semblables raisons pourraient-elles l'engager à le quitter, elle, Lucie? Cependant il murmura en la serrant contre son cœur :

— Nous ne serons pas séparés pendant notre vie, mais nous pourrions l'être par la mort.

On ne parla plus de départ, mais Arthur veilla avec plus de sollicitude que jamais aux événements qui se préparaient. Le gouvernement avait retiré des Indes une assez forte proportion de troupes européennes pour les envoyer en Perse , et il était plus nécessaire que jamais de s'assurer le bon vouloir des troupes indigènes ; ce fut le moment choisi par le gouvernement pour leur imposer l'usage des cartouches enduites de graisse , abomination aussi grande pour le Musulman que pour l'Indou.

— Yoilà qui va mettre le feu aux poudres , dit Arthur à Lucie, et il lui lut les dernières nouvelles de Calcutta en date du mois de janvier :

« On a commis la double erreur d'enduire de graisse des cartouches à l'arsenal de Calcutta, d'après la recette anglaise qui se compose surtout de suif, et d'en distribuer aux troupes de natifs, tandis qu'on aurait dû les réserver spécialement pour les troupes européennes. On n'a pas daigné se rappeler qu'ordonner aux Cipayes de toucher de leurs lèvres un papier enduit de graisse animale, eux qui jamais ne touchent à aucune viande , c'est les rendre soupçonneux, méfiants et les porter à la désobéissance. Il est bien connu qu'une fois quils auront déchiré ces cartouches, ils auront perdu leurs castes, personne ne voudra plus manger avec eux ; — le bruit de leur fu-

ture dégradation s'est déjà répandu avec la rapidité de l'éclair dans toutes les Indes. »

— Le gouvernement a-t-il perdu la raison? s'écria Arthur; jeter un pareil brandon de discorde au milieu d'éléments qui ne sont que trop disposés à prendre feu. N'apprendra-t-il jamais à connaître les gens à qui il a à faire , et comment les indigènes euxmêmes envisagent les choses? Donnez quelque argent à un brahmine et il composera volontiers un ouvrage oùil réfutera lui-même les erreurs de sa religion, mais offrez-lui un verre d'eau que vous n'aurez touché qu'au moyen d'un bâton de cent pieds de long , il ne le boira pas, quand bien même vous lui donneriez pour cela cent pièces d'or; en secret, je suis convaincu qu'il fera bien des choses contraires à sa religion, soit par intérêt, soit pour satisfaire ses passions, mais ostensiblement , jamais. Lucie, ma bien-aimée, attachons-nous plus fermement encore au Rocher des siècles; Dieuseul est juge, il élève l'un et abaisse l'autre. Nous sommes entre ses mains, par conséquent nous sommes en sûreté , mais je serais étonné qu'on pût éteindre facilement l'étincelle qui vient de s'allumer.

Lucie n'oublia jamais la ferveur et la foi vivante avec laquelle son mari pria ce même soir, demandant la paix s'il entrait dans les voies de Dieu de la donner, mais demandant surtout la grâce de le glorifier dans toutes les circonstances où il pourrait lui plaire de les faire passer. Il fit une allusion au bonheur dont ils avaient joui et bénit Dieu de tous ses bienfaits; il termina en se mettant lui et ceux qui lui étaient chers entre les mains de son Père céleste.

Lucie ne put s'empêcher de pleurer en se jetant dans ses bras, son courage défaillait en présence des événements qui se préparaient; Arthur se reprochant amèrement de l'avoir alarmée, lui prodigua les expressions de la plus vive tendresse et chercha à la rassurer. Aussi Lucie finit par oublier les craintes de l'avenir et ne songea plus qu'aux joies du présent.

Arthur souffrit toute la nuit d'une violente douleur au cœur, mais rien ne put le dissuader de se rendre à son devoir le lendemain matin.

— Grâce à vos soins , je suis beaucoup mieux , dit-il, et je ne suis pas assez malade pour me dispenser de mon service dans un moment où ma vigilance n'est pas de trop pour contrebalancer l'incroyable incurie de mes chefs.

Lucie inquiète pour son mari chargea Motè de ne pas le perdre de vue et de venir l'avertir s'il n'était pas bien. Le médecin le plus rapproché vivait à quelques milles de distance, elle lui dépêcha un messager pour le prier, si possible, de passer la journée à Ardenpoor. Arthur était à ses affaires depuis une heure environ , lorsqu'on le vit appuyer la main sur son cœur en poussant un gémissement étouffé ; il perdit connaissance au même instant et serait tombé sur la table si Motè ne se fût élancé pour le recevoir dans ses bras.

— Courez dire àMem-Sahib1 qu'il n'est qu'évanoui et que nous le rapportons; — oh! dites-le lui doucement, murmura le dévoué serviteur; qu'un seul d'entre vous y aille ! s'écria-t-il en voyant plusieurs personnes courir à la fois du côté d'Ardenpoor.

1 Maîtresse.

Le docteur était déjà auprès de Lucie , et d'après ce qu'elle lui raconta il jugea que les symptômes qui l'avaient alarmée n'avaient aucune importance; il avait à peu près réussi à la rassurer, lorsqu'il aperçut une, deux, trois personnes qui s'approchaient en courant du bungalow.

Le docteur sortit pour les recevoir en faisant signe à Lucie de rester.

— Vous avez raison , chère madame , dit-il en rentrant, il n'est pas bien ; on dit qu'il a eu un évanouissement et qu'on le ramène ; je vais aller à sa rencontre; vous, restez ici et préparez-moi les remèdes dont j'aurai besoin.

Lucie obéit machinalement , puis mettant sa main glacée dans celle d'Edda, elle alla attendre sous le vérandah.

L'enfant regarda sa mère, il ne l'avait jamais vue comme cela; il rougit jusqu'à la racine des cheveux : « Maman, répétait-il, «ïaman, parlez-moi ! »

Elle ne l'osait pas, elle sentait qu'une seule parole lui enlèverait la fermeté qu'elle conservait à grand peine; c'était le moment d'agir et non pas de pleurer. « Arthur n'est qu'évanoui, évanoui, répétait-elle; » mais son cœur démentait ses paroles.

Non , pauvre Lucie , ce n'est pas un évanouissement, c'est la vie qui s'en va. Arthur n'avait pas repris connaissance , il avait respiré deux ou trois fois avec difficulté , puis tout fut fini , et lorsque les porteurs du palanquin arrivèrent et virent que c'était sa dépouille qu'il fallait ramener chez lui, ils s'assirent et pleurèrent comme des enfants.

Le docteur les rencontra hors de l'enceinte du bun-

galow, un cotip-d'œil jeté sur cette belle figure endormie de l'éternel sommeil lui suffit : « Pauvre enfant , s'écria-t-il , c'est affreux ! Que faut-il faire ? »

Ah! il n'est pas nécessaire de rien dire, elle a tout compris, tout deviné. Elle pousse un cri déchirant et s'élance sur le palanquin. Les porteurs le déposent à terre et s'éloignent en sanglotant. Les domestiques accourent dans la galerie; Phœbé occupée ailleurs ne se doute de rien, jusqu'à ce que l'enfant, qui comprend à moitié ce qui se passe et qui ne sait pas si c'est papa ou maman qu'il faut secourir, court la chercher.

Pauvre Phœbé ! quelle vue que celle qui se présente à ses regards ! le palanquin sur la pelouse, sa jeune maîtresse à genoux embrassant d'une étreinte passionnée celui qui lui était plus cher que la vie. Motè est le seul qui ait osé s'approcher d'elle, et lorsqu'enfin elle lève la tête et le voit prosterné à ses côtés , cette sympathie* silencieuse est la première goutte de consolation qui tombe dans sa coupe de douleur.

Elle n'avait pas pleuré ; le docteur redoutant pour elle ce chagrin sans larmes , se décida à ne pas la quitter. Lucie , sans force ni volonté , se borna à lui donner les noms de quelques familles , à Gwalior, à qui il fallait écrire, puis elle se laissa mettre au lit par Phœbé , et demanda à rester seule. Phœbé hésitait , mais elle ne put résister au regard de supplication que lui adressa sa maîtresse, et elle sortit.

Dès que la porte se fut refermée, Lucie s'assit sur son lit , elle suffoquait : « Seule ! et pourquoi pas seule! murmura-t-elle. Je serai toujours seule à pré-

sent; — il y a une si grande solitude ici , continuât-elle en posant sa main sur son cœur. »

Elle se sentait entourée d'épaisses ténèbres, le soleil avait disparu de son ciel : « Oh! si je pouvais prier, » disait-elle, mais son cœur était comme pétrifié. Elle comprenait tout maintenant, Arthur avait été son idole; Dieu ne veut pas que nous ayons des idoles, et il la lui avait ôtée. Pour un instant le nuage parut se soulever à l'horizon, elle entrevit son bien-aimé dans sa vraie patrie, elle se dit que son tour viendrait, bientôt peut-être. « Mais non , repritelle avec angoisse , c'est sa patrie , ce n'est pas la mienne ; je n'ai jamais été comme lui , je n'ai jamais eu une religion véritable , sans cela elle me consolerait à présent. »

Le soir vint, mais n'apporta ni larmes ni sommeil ; Phœbé lui avait demandé avec instance la permission de passer la nuit dans sa chambre, Lucie n'avait pas voulu refuser, mais dès que la fidèle femme de chambre , fatiguée de cette triste journée , se fut endormie et qu'elle n'entendit plus aucun bruit , Lucie se leva et se glissa dans la chambre où elle savait qu'on l'avait déposé.

Elle tomba à genoux au pied du lit et contempla ces traits déjà altérés par la mort , mais pour elle toujours chers et sacrés , et le cœur désolé et repentant , elle s'écria avec l'accent du désespoir : « Oh ! Dieu! aie pitié de moi qui suis un pécheur! »

Etait-ce une réponse à son cri? mais elle sentit qu'il la reconduisait par la pensée à la dernière soirée passée à Arden, lorsqu'elle s'était réfugiée dans la solitude de son cabinet et qu'elle s'était sentie triste

et isolée, quoique si richement entourée d'affection et de tendresse, parce qu'elle ne pouvait pas répondre à un amour plus grand que tous les autres. Elle crut sentir le bras protecteur d'Edouard l'entourer, et entendre sa voix tendre et sérieuse lui dire :

— Ne peux-tu pas te confier en Lui lorsqu'il dit : « Je t'ai aimée d'un amour éternel. » Puis un autre souvenir lui revint à la mémoire , lorsqu'Edouard lui avait raconté l'histoire de ses espérances trompées et les bénédictions que ce chagrin avait amenées avec lui.

— Oh! s'il en pouvait être ainsi pour moi ! dit-elle, et cette fois la prière de son cœur fut : « Oh ! Seigneur, révèle-toi h moi! »

Lucie retourna doucement dans sa chambre; Phœbé s'était réveillée, mais devinant où elle était ne l'avait pas suivie; elle arrangea ses oreillers, la remit au lit et murmura à son oreille : « Chère dame, que le Seigneur vous donne le sommeil ! »

Lucie se recoucha , elle s'empara de cette pensée que la sombre vallée par laquelle elle passait pourrait être pour elle la porte de l'espérance ; c'était comme les rayons d'une étoile solitaire qu'elle apercevait de sa fenêtre et qui venait de percer les nuages ; elle la contemplait avec une sorte de fascination en répétant plusieurs fois : « Seigneur, révèle-toi à moi ! » Il eut pitié de son pauvre enfant fatigué, et Phœbé s'aperçut , à son inexprimable satisfaction , lorsque vint le matin, que sa maîtresse dormait.

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