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CANUT LE GRAND AU BORD DE LA NIEI

An 1030,

Qu'ils étaient hardis et qu'ils étaient fiers ces enfants du Nord, qui, aux dixième et onzième siècles, bravaient sur de frêles esqnifs les fureurs de l'Océan déchaîné ! Nulle mer n'échappait au sillage de leurs minces canots, nul rivage ne pouvait se promettre d'être affranchi de leurs pillages. Le vent soufflait-il du Nord ou de l'Ouest , ils descendaient le long des côtes de l'Europe; c'était la Frise ou la Flandre, puis 'a France , puis l'Espagne ou le Portugal , qui devaient endurer leurs ravages -, et si dans le voisinage des colonnes d'Hercule, aucune tempête n'avait encore brisé ou dispersé leurs embarcations, c'était l'Italie, c'était la Grèce, c'était l'Afrique qui devaient trembler.

Etait-ce le vent de l'Est ou du Midi qui gonflait leurs voiles, ils dirigeaient un jour la proue de leurs navires vers la Grande-Bretagne ou l'Hibernie ; un autre jour , vers l'île des volcans et des neiges éternelles. S'ils avaient dépassé cette

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dernière ile , si un vent violent avait continué à les pousser vers l'Occident et qu'un long temps se fût écoulé sans qu'ils eussent reparu , les compagnons qu'ils avaient laissés sur le continent , les croyant ensevelis dans les profondeurs de l'Océan , se réunissaient pour chanter leurs exploits et célébrer leurs funérailles , tandis qu'eux peut-être abordaient une terre inconnue d'où ils ne devaient plus revenir , et qui dans la suite des temps devait s'appeler l'Amérique.

Le plus courageux de ces hommes intrépides dont l'histoire ait légué le nom aux générations à venir, c'est Canut-le-Grand.

La vie de Canut offre à tout homme qui réfléchit un intérêt particulier , parce qu'elle est , pour ainsi dire , mi-partie d'ombre et de lumière , et qu'elle est de nature à inspirer aux hommes les plus criminels les plus consolantes espérances.

C'est sans doute une triste chose que de voir des hommes auparavant vertueux s'éloigner de la pratique du bien et passer peu à peu dans la société des méchants. Si ces hommes , surtout , avaient honoré le sacerdoce par leur sainteté ou ébloui le monde par l'éclat de leur génie , leur chute cause aux âmes sensibles des déchirements incroyables , des déchirements plus grands que ceux qu'endurait Rachel quand un fer meurtrier lui avait ravi ses enfants et qu'elle ne voulait pas être consolée.

Mais, d'un autre côté, c'est un spectacle bien doux et bien consolant que de voir des hommes abandonner les voies de l'iniquité pour entrer dans les sentiers de la vertu; et s'il est bon, pour se maintenir dans un saint tremblement, de jeter de temps en temps des regards d'effroi sur les hommes déchus , il faut jeter plus souvent des regards d'admiration sur les hommes réhabilités.

L'homme , en effet , ici-bas , doit toujours trembler , cela est vrai; mais si profonds pourtant que puissent être les abîmes dans lesquels il a été précipité par ses vices ou par ses crimes , il doit toujours plus espérer que trembler , et la

raison en est simple .- c'est que le désespoir est la négation la pins complète de Dieu qui se puisse imaginer. L'homme qui désespère est mille fois plus coupable que ne l'étaient les païens. Ceux-ci adoraient les démons ; mais on peut dire pourtant en un sens qu'ils détestaient leur nature , puisque ordinairement ils croyaient voir en eux des divinités bienfaisantes; et si parfois ils allaient brûler à regret quelques grains d'encens sur l'autel de dieux ou de génies qu'ils jugeaient malfaisants, c'étaient toujours les divinités dont ils attendaient du bien , qui avaient la plus large part dans leurs sacrifices.

L'homme qui désespère est dans une erreur bien plus profonde , hélas! et plus laraenlable. — Plus infortuné que ces païens, qui croyaient au moins à la prédominance des divinités bienfaisantes , plus infortuné même que les manichéens, qui croyaient voir entre le principe du Bien et celui du Mal une sorte d'équilibre ; il croit, lui, à la prédominance de l'esprit du Mal , et , par le plus grand outrage qu'on puisse faire à Dieu , il accorde ainsi à Satan le sceptre du monde.

Combien différentes sont les croyances de l'homme qui espère ! Il ne nie point sans doute l'existence du Mal , mais il proclame que le Bien est infiniment au-dessus. Si étendu que soit le Mal , il le considère comme un point , perdu dans la durée entre deux éternités, celle que précéda le temps, et durant laquelle rien n'était sorti de l'ordre, et celle qui suivra le temps , durant laquelle tout sera de nouveau coordonné , car le châtiment du crime est une condition essentielle des grandes harmonies. Lui, donc, attribue l'empire universel â Celui qui l'exerce en réalité; lui ne fléchit le genou que devant le Maître véritable de la terre et des cieux.

L'espérance suppose nécessairement la foi dans le souverain Bien, et cette foi, sans doute, est toujours un don du ciel d'un prix inestimable. On ne s'étonne point , cependant. de la rencontrer dans les âmes qui vivent constamment au milieu des régions sereines de la vertu; car comment nier le

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soleil au moment même où l'on en reçoit les doux rayons ! Mais quand un homme criminel est entouré d'hommes aussi criminels que lui , quand il ne voit , ainsi , que ténèbres épaisses au -dehors de lui, et ténèbres plus épaisses encore audedans , qu'il puisse pourtant , par un jet merveilleux de sa volonté , traverser cette effrayante masse d'ombres pour arriver à la région éternellement lumineuse du Bien absolu, et se prosterner aux pieds du trône de Dieu , c'est certainement le chef-d'œuvre de la Toute-Puissance et de la Miséricorde divines , et l'on conçoit qu'un spectacle aussi admirable doive jeter tous les anges du ciel dans d'incroyables ravissements et faire entonner aux séraphins d'ineffables cantiques.

Ce grand spectacle qui réjouit à la fois les anges et les hommes , le inonde, au onzième siècle, îe contempla dans Canut-le-Grand. Dans la première partie de sa vie, Canut fut un monstre. Dans la seconde, ce fut un saint.

Canut était fils de Suénon ïer , roi de Danemark , prince brave , mais qui , bien qu'élevé dans la religion chrétienne , s'était fait haïr de son peuple par ses cruautés. Canut succéda à son père en l'année 1014 , et se montra à la fois plus brave et plus cruel que Suénon. Celui-ci avait conquis sur un indigne successeur d'Alfrcd-le-Grand , Elhelred , une partie de l'Angleterre ; mais Canut aspira à régner sur l'Angleterre tout entière. Il fortifia d'abord la ville d'Exeter , dont Suénon s'était emparé ; et s'élançanl de cette ville comme d'un repaire , il commença, avec de nombreuses fîotilles, à exercer sur les côtes méridionales et orienîales de l'Angleterre d'effroyables pillages. Ce n'était pas assez pour lui , cependant , que de conquérir du butin ; il voulait étendre bien avant dans les terres une domination resserrée jusque-là sur un étroit littoral, et il envahit bientôt, à la tète d'une armée, les contrées qui composent maintenant les comtés de Dorset , de Witts et de Somerset.

Ethelred pourtant , après un règne sans gloire , avait laissé

en mourant la couronne d'Angleterre sur une tète plus digne de la porter. Edmond II , son fils aîné , qui avait mérité par son courage le surnom de Côte-de-Fer , entreprit de résister à Canut , et livra à ce dernier deux grandes batailles ; mais chaque fois il fut vaincu par son redoutable adversaire.

Les deux batailles pourtant avaient été de part et d'autre si meurtrières , que les principaux chefs des Danois comme des Anglais résolurent de mettre fin à une guerre d'extermination qui menaçait d'être également fatale aux deux peuples. Ils obligèrent donc leurs rois respectifs à faire un accommodement et à se partager le royaume. Par ce traité , qui fut signé àGlocester, Canut, déplaçant habilement le centre de sa domination, se réserva le nord de l'Angleterre, plus rapproché du Danemarck d'où il pouvait à chaque instant tirer de nouveaux renforts, et laissa le midi à Edmond. Mais celuici ne survécut qu'un mois à ce traité. Il fut assassiné, à Oxford, par deux seigneurs de sa maison gagnés par le traître Edric, duc de Mercie , qui était lié à l'ambitieux Canut par des traités secrets.

Canut , pourtant , joignant la perfidie à la cruauté , voulut , avant de s'emparer de l'héritage qui appartenait aux deux fils d'Edmond, princes à peine sortis de l'enfance, voiler son usurpation sous des prétextes plausibles. Il convoqua donc une assemblée de seigneurs anglais , dans laquelle quelques-uns de ces seigneurs qu'il avait gagnés, prétendirent que dans le traité de Glocester il avait été secrètement convenu qu'à la mort d'Edmond Canut lui succéderait. Ce témoignage ne méritait assurément aucune créance ; mais la terreur qu'inspirait Canut était si grande , que l'assemblée convoquée par lui eut l'air d'y ajouter foi, et le proclama roi de toute l'Angleterre. Canut alors , pour se débarrasser des jeunes princes dépouillés, sans exciter l'indignation et l'horreur de ses nouveaux sujets, envoya ces infortunés au roi de Suède son allié, en lui recommandant de les faire mourir, et il ne

tint pas à lui que ce crime affreux ne fût exécuté. Il fit ensuite mourir plusieurs seigneurs anglais dont la fidélité lui était suspecte. De ce nombre fut le traître Edric, duc de Mercie, que Canut immola , dans la crainte peut-être qu'il ne fît connaître le premier instigateur de l'assassinat du roi Edmond. Maître désormais de toute l'Angleterre comme du Danemarck , Canut aspira bientôt à une troisième couronne. La Norwège avait alors pour roi un prince aussi brave que pieux , Olaùs IV (1). Canut , se prévalant d'une prétendue suprématie que le Danemarck avait exercée en des temps reculés sur la Norwège , envoie , en l'année 1028 , une ambassade à Olaùs , pour lui enjoindre de se regarder à l'avenir comme son vassal. Olaùs ayant rejeté cette prétention avec dédain , Canut arme contre lui tous ceux des Norvégiens qui étaient encore païens, et bientôt ces rebelles composèrent une armée deux ou trois fois plus nombreuse que celle des chrétiens restés fidèles à leur souverain. Olaiis pourtant, comptant sur la justice de sa cause, ne craignit pas d'attaquer l'armée ennemie qui avait arboré l'étendard de Canut. Ce prince intrépide avait , avant la bataille , appelé auprès de lui trois poètes islandais qui faisaient partie de sa suite , en leur recommandant de transmettre à la postérité le souvenir des actes de bravoure qu'ils verraient en ce jour. Malgré des prodiges de courage , il dut pourtant céder au nombre ; son armée fut taillée en pièces, et lui-même périt dans la mêlée , le 29 juillet 1030. Deux de ses poètes avaient été frappés avant lui; et le troisième, blessé à mort par une flèche, chanta, avant de l'arracher , un poème en l'honneur de son roi qui venait de succomber (2).

(1) Quelques historiens l'appellent Olaiis II, parce qu'ils révoquent en doute l'existence des deux premiers Olaiis , dont font mention les chroniques norwégiennes , et qui auraient régné, l'un au milieu du septième siècle, et l'autre au commencement du neuvième. ' (2) L'attachement d'Olaiis à la foi chrétienue ayant été la principale

Qlaûs mort, la Norwège tout entière, et l'Islande qui en dépendait, proclamèrent pour roi Canui-le-Grand , qui ne tarda pas à aller prendre possession de ses nouveaux étals. L'autorité de Canut s 'étendant désormais jusqu'au pôle arctique, cet homme ambitieux eût sans doute fait sentir bientôt à l'Europe centrale ou méridionale la pesanteur de son épéé, si la grâce ne fût venue toucher son cœur.

Un jour, Dieu seul connaît la date de ce jour, Canut eut horreur de tous les actes de cruauté et de perfidie qui avaient servi d'échelons à sa puissance ; et ce jour-là, sans qu'il en parût d'abord aucune marque sensible au dehors, Canut fut entièrement changé. Ses yeux lançaient toujours les mêmes éclairs , sa main brandissait avec la même vigueur la même épée , et pourtant ce n'était plus le même homme. Canut avait en effet résolu de n'user désormais de sa puissance que pour faire le bonheur de ses peuples et pour faire oublier ses crimes; et jusqu'à la fin de sa vie, il se montra complètement fidèle à cette magnanime résolution.

On le vit d'abord entreprendre un pèlerinage à Rome pour aller porter au tombeau des Saints Apôtres l'expression publique de son repentir. Puis, de retour dans l'Angleterre, qu'il ne cessa plus d'habiter jusqu'à sa mort , il excita l'admiration non-seulement de tous ses peuples , mais de la chrétienté tout entière, par la sagesse de son gouvernement et la sainteté de ses actes.

Ce monarque , jadis si fier , se trouvait un jour, entouré de (toute sa cour, sur les bords de la mer , non loin de Salisbury. Un poète danois se mit alors à chanter un poème en son honneur.

« Il est grand , s'éiria-t-il , le fds de Suénon ; il est plus

cause de la rébellion qui amena sa mort , il fut considéré par les chrétiens comme martyr , et il est honoré comme saint par l'église catholique, le 29 juillet.

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grand que son père. Suénon n'avait conquis sur la terre des Aaglo-Saxons qu'une seule ville ; Canut en a conquis des milliers. Les habitants de la Norwège avaient cru pouvoir défier Canut derrière les crêtes dentelées de leurs montagnes ; Canut a fait courber leur tête altière sous son sceptre, et vers les régions du Nord son pouvoir aujourd'hui n'expire plus qu'à l'endroit où la nature expire elle-même , couverte d'un manteau de glace que le soleil ne fondit jamais. Si les rois des autres parties de l'univers veulent maintenant conserver leur vie et épargner le sang de leurs sujets , qu'ils s'empressent d'envoyer à Canut des ambassadeurs et des tributs !

<c 0 Canut ! l'Angleterre a de larges fleuves ; mais ta générosité est plus large que 1 espace qui s'étend entre leurs rives. Le Jutland qui t'a vu naître a des lacs profonds ; mais ton âme a plus de profondeur que ses lacs. La Norwège que lu as conquise a des monts qui s'élèvent jusque dans les cieux , et ton cœur pourtant a plus d'élévation que leurs cimes les plus altières.

« Tu ne commandes pas seulement à la terre. La mer aussi est accoutumée à t'obéir. Qu'un ordre sorte de ta bouche , et des rames innombrables vont battre ses flots effrayés. Parle , et l'Océan que nous voyons monter maintenant n'osera plus s'avancer ; il s'arrêtera à tes pieds , et les habitants de ces côtes vont voir avec surprise le reflux, quand le flux commençait à peine. »

Ainsi chanta le poète Danois. Canut, en d'autres temps, eût été comme enivré par ces flatteries ; mais son cœur fidèle maintenant à la grâce , reste insensible à ces fades louanges , et veut donner à toute sa cour une preuve éclatante de leur insigne fausseté.

« Puisque la mer , dit-il , obéit à Canut , qu'on apporte surle-champ le siège sur lequel il s'assied quand il reçoit les hommages de ses peuples ; et toi , ô mer ! si tu ne veux pas ressentir les effets de son courroux , garde-toi bien de venir

mouiller le sable sur lequel reposent maintenant les pieds de ton roi »

L'Océan cependant s'avançait suivant sa marche accoutumée ; et au moment où Canut cessait de parler , une vague un peu plus forte que celles qui l'avaient précédée, vint toutà-coup couvrir d'écume le roi Canut et tous les personnages qui l'entouraient, et une seconde vague eût pu les engloutir s'ils ne s'étaient retirés précipitamment.

« Vous le voyez , dit Canut , je ne suis point décidément le roi de la mer, [puisqu'elle se joue de mes ordres. Cette royauté n'appartient qu'à Celui qui exerce dans les cieux l'empire suprême , et devant la majesté duquel tous les êtres créés ne sont rien. Ne cessons donc jamais de nous tenir prosternés en esprit devant lui. »

Après avoir donné à sa cour cette grande leçon , Canut se leva , et , suivi de tous ceux qui l'environnaient, il se dirigea vers Winchester. Arrivé dans l'église principale de cette ville , il mit sur la tête du crucifix le diadème qu'il avait coutume de porter . en déclarant que Celui-là seul mérite de porter la couronne , à qui toutes les créatures obéissent. Il n'en voulut jamais user dans la suite, et mourut peu après cette belle action , dans le monastère de Shastesbury où il s'était retiré.

La plupart des hommes auraient grand besoin de penser fréquemment à la leçon donnée par Canut. Presque tous , en effet , oublient leur petitesse et leur néant. L'ambitieux qui ne rêve que de nouveaux honneurs , l'avare qui ne pense qu'à augmenter ses trésors , le savant qui s'enorgueillit de mesurer les astres, ne songent pas qu'ils ne sont eux-mêmes que des points imperceptibles, perdus dans le gouffre immense de l'espace et dans le gouffre plus immense encore de la durée. L'orgueil est donc ce qu'on peut imaginer de plus

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contraire à la vérité, puisque rien ne peut être plus extravagant que la prétention d'un être fini qui croit être par lui-même quelque chose, et l'on ne saurait être surpris qu'à l'origine des temps une sevde pensée d'orgueil [ait [suffi pour précipiter Satan et les autres anges rebelles dans des abîmes sans fond , où ils sont séparés par des intervalles infinis du bonheur, qui est la grande réalité des êtres intelligents.

Pour trouver la félicité suprême, l'homme donc n'a qu'à suivre la marche diamétralement contraire à celle que suivit Lucifer. Il n'a qu'à s'humilier et à s'humilier encore , parce que plus il s'humilie, plus il rentre dans la vérité , ou ce qui est la même chose, plus il se rapproche de Dieu. Il ne saurait donc y avoir de salut que pour l'homme à qui , dans une mesure suffisante, pourront être appliquées les paroles dont se sert le grand apôtre à l'égard du divin Maître , quand il dit qu'il s'était ici-bas réduit à rien , en acceptant la forme d'un esclave.

0 humilité ! tu es donc bien véritablement la reine de toutes les vertus. Sans toi, toutes les autres vertus ne sont que de vaines apparences. Dès que tu fuis, ces diamants de l'âme deviennent à l'instant de vils charbons ; si tu reparais avec le repentir et l'amour qui suivent naturellement tes pas , les noirs charbons redeviennent aussitôt des diamants. Que d'autres donc, jouets d'un songe décevant, aiment à contempler des femmes qui rehaussent l'éclat fragile de la jeunesse, et l'éclat plus fragile encore de la beauté, par des colliers de perles ou des bracelets d'or , je ne veux , moi , m'appliquer qu'à te fixer dans mon âme. Si je marche vers l'Orient, sois ma compagne ; si ie me dirige vers l'Occident , sois ma compagne aussi. Que je pense à toi, quand le sommeil vient appesantir mes paupières , et que je te cherche dès mon premier réveil! Car quiconque se trouve débarrassé par toi de l'attachement aux biens périssables, est comme un corps léger qui ne saurait tomber dans les

profondeurs de l'Océan et qui demeure nécessairement à la surface des eaux , ou comme les vapeurs légères et odorantes de l'encens , qui ne peuvent rester captives sur la terre et qui s'élèvent naturellement vers les cieux.

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