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MORT BE CONRAD

An 1268.

Ce fut une illustre lignée que celle des princes de la maison de Souabe, mais une lignée plus malheureuse encore qu'illustre, et l'on éprouve un immense déchirement de cœur , quand on songe à la fin tragique de son dernier rejeton , le jeune et, infortuné Conradin .

L'antique maison de Souabe avait déjà produit quantité de ducs valeureux , avant que la couronne impériale vînt l'élever , pour plus d'un siècle , au-dessus de toutes les maisons princières de l'Allemagne.

Le premier duc de Souabe qui porta cette couronne , fut le célèbre Frédéric, surnommé Barberousse , l'un des plus vaillants princes du moyen-âge, mais qui eut le grand tort de haïr ce que les grands princes devraient toujours aimer , la liberté religieuse et la liberté politique. Lui ou les siens livrèrent un nombre infini de batailles et de combats pour détrôner le pape Alexandre III, et pour écraser les république?

italiennes. Heureusement pour le monde, après vingt ans de luttes, Frédéric fut vaincu, et il allait expier noblement ses torts dans la Terre-Sainte, quand il mourut en Cilicie pour s'être baigné dans le Cydnus , dont les froides eaux faillirent aussi dans l'antiquité être fatales à Alexandre.

Les deux fils de Frédéric Barberousse portèrent également le sceptre impérial.

Le premier , Henri , qui fut empereur sous le nom de Henri VI , conquit le royaume des Deux-Siciles , et son nom eût pu rester glorieux, s'il n'avait pas eu la déloyauté de retenir captif le plus chevaleresque des rois anglais, Richard Gœur-de-Lion.

Le second fils de Frédéric Barberousse , Philippe , fut empereur à son tour . et sut allier dans son gouvernement la sagesse à la bravoure. Il mourut assassiné par un traître.

Après la mort de Philippe , le sceptre impérial resta dix ans entre les mains d'Othon IV, duc de Saxe; mais, après la mort d'Othon , il fut rendu à la descendance de Frédéric Barberousse dans la personne du fils de Henri VI , Frédéric IL

Ce n'est point à Frédéric II qu'eût pu venir la pensée de retenir prisonnier Richard Cœur-de-Lion ; car , comme Richard, il aimait autant la poésie que les coups d'épée , heureux si , par son inconstance et une licence d'esprit qui dégénérait manifestement en impiété, Frédéric II n'eût pas attiré sur lui les foudres de l'Eglise.

Suivant quelques historiens, Frédéric II, dont le poison vhâta la fin, mourut dans de grands sentiments de repentir; mais, au moment de sa mort , l'excommunication qu'il avait encourue n'avait pas été levée. Le pape prétendit donc qu'il avait encouru pour cause de félonie , la perle du royaume des Deux-Siciles qu'il tenait en tîef du Saint-Siège, et il donna, peu .le temps après, l'investiture de ce royaume à Charles d'Anjou , frère de Louis IX roi de France, Le pape appliquait en cela les principes du droit féodal, suivis alors dans toute l'Europe-

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Après la mort de Frédéric II, son fils Conrad, quoique fort jeune encore, fut à son tour élu empereur. Ce fut le quatrième empereur d'Allemagne de ce nom. Conrad IV ne tarda pas à passer en Italie pour se faire reconnaître roi des Deux- Siciles II obtint d'abord des succès, mais il mourut bientôt après, à peine âgé de vingt-six ans, laissant un fils qui n'en avait que trois. Ce fils fut l'infortuné Conradin.

Conrad IV , en mourant , avait laissé à son frère naturel , Manfred ou Mainfroi, la tutelle de Conradin. Mais le félon Manfred s'empara de l'héritage de son pupille, et avec une armée composée en grande partie de Sarrasins, il se mit A saccager les Etats de l'Eglise. Attaqué par Charles d'Anjou, il fut vaincu et tué dans une bataille livrée près de Rénovent, en Tannée 1266.

Conradin , qui n'avait que trois ans à la mort de son père Conrad IV, survenue en l'année 1254 , en avait quinze lors de la mortde Manfred. Le courage vient de bonne heure aux jeunes princes. Conradin crut pouvoir, à quinze ans, tenter de reprendre le royaume des Deux-Siciles , qui faisait partie du patrimoine héréditaire de ses pères. Sa jeunesse et les malheurs de sa famille lui concilièrent bientôt de nombreux partisans.

A Rome même, le jeune Conradin fut reçu avec autant • l'enthousiasme que s'il eût porté déjà le sceptre de Charlemagne; et les honneurs que les Romains lui rendirent auCapitôle, différèrent à peine de ceux qu'ils rendaient auxempereurs.

Les adhérents arrivaient à Conradin de toutes parts , et des camps les plus opposés. L'infant Henri , frère d'Alfonse X roi de Castille, était passé tout exprès en Italie pour y soutenir les droits du jeune prince , et toute la population sarrasine de l'Italie méridionale et de la Sicile s'armait également pour lui. Le roi de Tunis, de son coté, lui envoyait au même moment de l'argent cl des galères.

Charles d'Anjou . pourtant . qui avait éinhiené avec lui en

Italie bon nombre de soldats français , n'était pas homme à reculer devant une armée d'Italiens et de Sarrasins ramassés en toute hâte, et commandés par un chef qui atteignait à peine l'adolescence. Conradin , avec plus de bravoure que de prudence , ne craint pas de livrer bataille à ce redoutable ennemi dans la plaine de Tagliacozzo , voisine du lac Fucino ; mais la fortune des armes trahit sa vaillance , et après avoir perdu la bataille, il tombe entre les mains de Charles d'Anjou.

Le jeune prisonnier est conduit à Naples, et des rumeurs sinistres se propagent déjà sur le sort qui l'attend. Quelquesuns disent que Charles veut le traiter comme un rebelle , et comme un rebelle sorti des bas-fonds de la société, et qu'il lui réserve en conséquence une mort ignominieuse.

0 Charles ! rejette loin de ton esprit une aussi cruelle pensée. Souviens-loi que tu as dans tes mains le dernier descendant de quatre empereurs , qui tous ont porté le sceptre de Charlemagne avec gloire , et ne va pas apprendre aux peuples que le sang des descendants des rois, qu'il croyait ne pouvoir couler que sur les champs de bataille, peut aussi rougir les échafauds. Conradin, que tu viens de vaincre, a montré, il est vrai, dans les plaines du lac Fucin , le courage d'un homme; mais regarde ses traits , ce sont encore ceux d'un enfant, et les vierges nubiles qui demandent au ciel des époux oseraient à peine l'aimer. Si sa jeunesse et la noblesse de sa race ne peuvent l'attendrir , songe au moins à ce qu'exigent l'illustration et l'éclat de la tienne. Songe que tu es le fil s de Blanche de Caslille ; que tu es le frère du saint roi Louis IX, la gloire et le soutien de la chrétienté ; que tu dois réunir ainsi la générosité espagnole à l'honneur français ; eî ne va pas , le premier de la race , imprimer une tache sur les fleurs-de-lis.

Charles d'Anjou demeure inflexible.

Il nomme une commission pour juger son prisonnier.

Plusieurs des juges, dit-on , furent favorables à Conradin.

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Un seul opina formellement contre lui ; les autres se turent , et le silence de ceux-ci , contre toutes les règles , fut interprété dans le sens d'une condamnation.

Cette sentence inique va s'exécuter sans délai.

Un échafaud est déjà dressé sur la plus grande place de Naples , et tous ceux des habitants de cette immense cité qui avaient jugé impossible l'exécution deConradin, n'osent plus conserver l'espérance qu'ils avaient d'abord conçue.

Une population innombrable se presse alors pour assister à la dernière heure de Conradin .

Le voici , l'arrière petit-fils de Frédéric Barberousse; le voici, le dernier rejeton desHohenstauffen. 11 marche la tête nue , pour que le bourreau puisse accomplir plus facilement son œuvre ; mais les autres parties de son corps restent couvertes de leur armure. Il porte donc sa cuirasse et ses gantelets, car il ne conviendrait pas que le dernier descendant d'une longue suite de vaillants princes mourût autrement qu'en costume de guerrier.

Le noble jeune homme monte résolument les degrés de l'échafaud. Il prie d'abord, un moment, d'un air résigné. I! s'attendrit ensuite en pensant à sa mère , et il s'écrie .• « 0 « ma mère, quelle dure nouvelle on va vous apporter de « moi ! » Mais l'instant d'après il reprend toute sa fierté , et jette son gantelet au milieu de la piace. Un chevalier inconnu s'élance, relève le. gantelet , et se perd aussitôt au milieu de la foule attendrie , qui a refermé promptement ses rangs pour le cacher. Au même moment , la tête de Conradin est tombée; mais le chevalier qui a ramassé le gantelet de l'héroïque jeune homme va le porter à Jacques, roi d'Aragon, cousin par sa femme de Conradin, qui jure, dès ce jour, à Charles d'Anjou, une haine implacable, et dont les descendants finiront par expulser de l'Italie les descendants du prince français.

Le supplice de Conradin fut plus fatal à Charles d'Anjou ,

que n'aurait pu l'être la perte d'une bataille. Depuis ce tragique événement , l'Italie entière n'eut pour lui que de l'horreur , et tous les Français furent enveloppés dans la haine que les Italiens ressentaient pour leur chef. Dès ce jour , un observateur attentif eût pu voir les premiers symptômes du drame terrible qui épouvanta le monde quatorze ans après , quand, au premier coup de cloche qui annonçait les vêpres du jour de Pâques de l'année 1282 , plusieurs milliers de français qui habitaient Palerme , et au même moment , tous ceux qui se trouvaient dans les autres parties de la Sicile, furent impitoyablement massacrés par les partisans du roi d'Aragon , et que la Sicile tout entière fut désormais irrévocablement perdue pour Charles d'Anjou.

Ces représailles affreuses furent suivies pour Charles , d'autres calamités presque aussi grandes , qui , toutes , parurent méritées , parce que le prince français n'avait pas su respecter ce qui doit exciter le plus la commisération des hommes, savoir : la noblesse de l'extraction, unie à la jeunesse, au courage et à l'infortune.

La faiblesse est sans doute un grand défaut dans un souverain. Mais si l'histoire, cependant, cite çà et là quelques princes qui perdirent leur couronne par suite de leur débonnaireté , elle en cite un bien plus grand nombre qui la perdirent par l'effet de leur barbarie.

EXIL DE mih

au 1300.

La France est un immense cratère de courage, qui , de temps en temps , épanche au dehors ses laves guerrières qu'elle ne peut plus contenir. A l'entrée du moyen-âge, c'est Charlemagne qui promène ses Francs valeureux dans toute l'Europe ; plus tard , c'est le tour des gentilshommes normands; puis après, celui des princes français, des comtes d'Anjou , des Valois , des Bourbon ; au commencement du dix-neuvième siècle, de Bonaparte.

De tous les pays voisins , l'Italie est celui qui est le plus sujet à recevoir les éruptions de ce volcan. Au milieu du treizième siècle , ce fut Charles d'Anjou qui soumit l'Italie méridionale à son sceptre de fer ; à la fin du même siècle , ce fut Charles de Valois qui parcourut l'Italie du Nord en vainqueur.

Charles de Valois était l'un des fils du roi de France Philippe-le-Hardi ; frère , à ce titre , de Philippe-le-Bel , et , par

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