‹ Grandes scènes de l'histoire moderneChapitre 5 sur 44 · IATA1LLE DE CHALONS · texte numérisé non relu

IATA1LLE DE CHALONS

An 451.

Lbs premiers barbares qui envahirent le monde romain , n'étaient barbares qu'à demi. Placés dans le voisinage du Rhin ou du Danube , qui servaient de limites à l'empire , ils avaient eu, avant l'invasion, des relations plus ou moins fréquentes avec les municipes ou les colonies des Romains établis à proximité des frontières , et ce contact avait naturellement adouci leurs mœurs.

On devait donc s'attendre à trouver beaucoup plus de férocité chez les barbares éloignés des confins de l'empire , qui n'avaient eu antérieurement aucun rapport avec les Romains , et c'est ce qui ne manqua pas d'arriver.

Les Goths , en effet , et les Germains étaient des peuples civilisés, comparés aux Huns, qui commencèrent à quitter leur patrie originaire, sise, à ce qu'il paraît, entre la mer Caspienne et l'Euxin, et à s'avancer vers l'Occident, dans la deuxième moitié du quatrième siècle.

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Jamais encore les Romains n'avaient vu des hommes aussi effrayants, ni des mœurs aussi étranges.

Un historien latin], Ammien Marcellin , dit que les Huns étaient dans l'usage de sillonner le visage aux enfants avec un fer chaud , pour empêcher plus tard leur barbe de pousser , ce qui laissait sur leurs joues de larges coutures. Ils avaient tous la tête grosse , percée seulement de deux petits trous pour la place des yeux, et engagée dans de larges épaules.

Quelques-uns d'entre eux poursuivant, dit-on, à la chasse une biche blanche, traversèrent derrière elle les Palus-Méotides, aujourd'hui la mer d'Azofj et voyant dans ce fait une sorte de présage , ils déterminèrent leurs compatriotes à venir s'emparer des terres qu'ils venaient de découvrir.

Ces barbares semaient partout l'horreur et l'effroi. Ils vivaient à la manière des peuples les plus sauvages , ne sachant pas même faire cuire leurs aliments, et se nourrissant de viandes crues qu'ils se contentaient de placer sous la selle de leurs chevaux pour les ramollir. Ils n'habitaient point des maisons, parce qu'ils considéraient toute enceinte de murailles comme un tombeau. Ils changeaient donc très-souvent de demeure, et transportaient sur des chars toute leur famille. Originaires de pays marécageux , ils avaient contracté l'habitude de ne descendre presque jamais de cheval où ils se tenaient également le jour et la nuit , ne faisant , quand ils voulaient dormir , que se pencher sur le cou de leur coursier.

Balamir, un de leurs rois, après avoir vaincu diverses tribus des Goths, dévasta, en 387, les provinces romaines situées au-delà du Danube.

Quarante ans après , un autre de leurs rois , Roïla , les mena en deçà du Danube, saccagea la Thrace et menaça Constantinople.

Mais le plus terrible des Huns , et l'un des plus redoutables conquérants qui aient jamais ravagé la terre , fut sans contredit Ezrel ou Attila , qui devint roi de sa nation en l'an-

née 433 . et qui , dès ses premières dévastations , ayant été appelé par un ermite Fléau de Dieu, s'empressa d'adopter ce surnom comme un présage des calamités inouïes dont il allait affliger le monde. Il répétait souvent avec orgueil, que l'herbe ne croissait plus où son cheval avait passé.

Attila subjugue d'abord tous les peuples barbares qui l'entourent. Suèves , Alains , Quades , Marcomans , Gépides, Ostrogoths , tous en peu d'années subissent son joug. Il ne marche plus désormais qu'entouré de rois détrônés ; et sept à huit cent mille guerriers attendent à chaque instant vers quel point de l'horizon il lui plaira de diriger leurs épées.

Un jour , le roi Hun précipite ses masses par-delà le Danube vers la frontière del'Illyrie, et ne s'arrête qu'aux bords de l'Adriatique, après avoir détruit de fond en comble toutes les villes qu'il a rencontrées sur ses pas. Incertain alors s'il attaquera Rome ou Byzance, il dépêche deux envoyés, l'un à l'empereur d'Occident Valentinien III , l'autre à l'empereur d'Orient Théodose-le-Jeune , pour leur porter à tous deux ce fier message : « Attila, mon maître et le vôtre, vous enjoint » d'avoir à lui préparer un palais. »

Les deux empereurs consternés songent à apaiser Attila par de riches présents , n'espérant pas pouvoir le repousser par le fer.

Théodose-le-Jeune lui envoie une ambassade composée de personnages éminents de sa cour , et ces ambassadeurs parcourent de vastes provinces désolées avant de savoir en quel endroit de la terre Attila a , dans ce moment , fixé sa tente (1).

Ils apprennent enfin qu'il campe entre le Danube et la Theiss. Ils arrivent , et reçus d'abord par des généraux d'Attila, ils sont éblouis par l'or et les pierreries qui brident de

(1) Un des personnages de l'ambassade, Priscus , nous en a laissé le récit.

tous côtés, clans l'ameublement de ces guerriers comme sur leurs vêtements et leurs armures.

Quant au maître, il méprise le luxe qu'il permet à ses esclaves. Il n'a, lui, d'autre parure que des armes finement trempées, et il se sert à table de coupes et de vaisselle de bois. Mais de belles femmes le servent en tremblant , et de jeunes hommes chantent, en s' accompagnant de harpes sonores : « Notre bonheur est de combattre avec l'épée : en nous voyant, » les aigles et les vautours poussent des cris de joie ; les vier- » ges tremblent et pleurent ; ainsi les heures de la vie s'écou- » lent, et quand il faudra mourir, nous sourirons. »

Les soumissions de Théodose-le-Jeune apaisent Ezrel , et c'est maintenant vers l'Occident que son cheval va hennir.

Riche cité que baigne le premier cours du Rhin et qui t'appeleras Bâle quand tu renaîtras de tes cendres, c'est en vain que tu portes maintenant le nom d'Augusta, qui lors de ta fondation semblait , dans la série des siècles , devoir te protéger : la torche d'Attila va consumer tes tours.

Trêves, c'est en vain que tu abrites ordinairement dans tes murs les représentants de l'autorité souveraine des empereurs: tu seras détruite aussi.

Pontife de Metz, n'attends point, pour baptiser le fruit des jeûnes femmes dont tu bénissais l'an dernier l'union , n'attends point le retour des fêtes solennelles ; car les barbares qui viennent égorger les mères égorgeront aussi les enfants.

0 Gaule, ma patrie, n'existe-t-il donc plus sur ton sol où Rome eut jadis à vaincre tant de héros , n'existe-t-il plus d'hommes valeureux qui puissent défendre tes villes et protéger leurs habitants? Que ces hommes, s'il en est, s'empressent d'oublier leurs discordes , qu'ils se hâtent de se réunir , ou l'univers entier ne sera bientôt plus qu'un désert !

Le péril commun réunit, en effet, les peuples divers qui depuis un demi-siècle s'étaient' déjà partagé plusieurs provinces des Gaules. Les Francs au nord , les Wisigoths au midi , à

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l'est les Bourguignons , au centre quelques peuples mêlés qui s'inclinent encore devant les aigles romaines , songent à réunir leurs efforts pour repousser Attila.

Mais il faudra des mois entiers pour que ces peuples confédérés puissent réunir des masses armées assez nombreuses pour soutenir le choc d'Attila. Qui arrêtera, durant ce temps, la marche du fléau de Dieu , rapide jusque-là comme l'aquilon? Ce seront les prières d'une vierge et le courage de deux évêques.

Le sort d'Augusta , de Trêves et de Metz a effrayé les habitants de Lutèce, qui se croient arrivés à leur dernière heure, et qui n'ont fait aucun préparatif de défense. Mais une bergère de Nanterre a prié. Après sa prière, elle annonce aux Parisiens découragés qu'Attila, qui se trouve aujourd'hui aux portes de leur ville , s'en éloignera demain ; et le lendemain , en effet, poussé par des motifs inconnus , Attila s'est éloigné»

Troyes a dû son salut au courage de saint Loup, qui a menacé Attila du courroux du ciel , s'il osait approcher de ses murs.

C'est alors vers Orléans que se dirigent les hordes barbares, parce qu'Attila veut faire de celte antique cité sa place d'armes ; mais son évêque Aignan n'a pas moins d'intrépidité que saint Loup. Il encourage les habitants à se défendre avec vigueur, afin de donner aux ennemis d'Attila le temps de se réunir et de venir le combattre. Encouragés par ses paroles plus que par la force de leurs remparts , les Orléanais se défendent, en effet, longtemps avec intrépidité.

Les murailles de la ville finissent pourtant par être ébranlées , les Huns occupent déjà les faubourgs , et le découragement commence à gagner les Orléanais, qui craignent de n'avoir retardé Attila que pour rendre plus terribles les éclats de ses vengeances.

L'évêque Aignan conserve seul tout son courage. Il fait monter un des siens au sommet d'une tour élevée et lui de-

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mande s'il n'aperçoit de mouvement à aucun point de l'horizon. L'émissaire répond : Non; et l'evêque lui dit alors : Priez avec foi.

Après un assez long intervalle, l'émissaire, interrogé une seconde fois , a fait la même réponse, et l'evêque lui a dit encore : Priez avec foi.

Interpellé une troisième fois, l'émissaire a répondu : J'aperçois au loin une petite nuée de poussière. — Courage , dit l'evêque, c'est le secours du Seigneur. C'était, en effet, le premier corps des confédérés qui approchait , et un grand nombre d'autres ne tarda pas à rejoindre celui-là.

Attila craignit alors que la partie de ses troupes qui avait dû passer la Loire pour investir Orléans ne fût acculée contre le fleuve par l'armée ennemie, qui de jour en jour devenait plus formidable. Il ramena donc toutes ses troupes sur la rive droite de la Loire,, leva le siège d'Orléans, et , repassant même la Seine , ne s'arrêta qu'aux bords de la Marne, dans la vaste plaine des champs Catalauniques , où il crut devoir attendre d'être attaqué , parce que cette plaine lui sembla convenir pour les manœuvres de son innombrable cavalerie, qui formait la principale force de son armée.

Attila avait gardé sous ses étendards la plupart des chefs barbares qu'il avait autrefois détrônés.

Mais quels sont les chefs intrépides qui vont maintenant se mesurer avec lui pour l'empêcher de saisir le sceptre du monde?

C'est d'abord le comte de l'Empire , Aëtius. Né dans la Mésie inférieure , d'une Italienne mariée à un Scythe , le sang romain et le sang barbare se sont mêlés dans ses veines , et il joint la prudence et l'astuce à la bravoure. Il a déjà versé son sang sur plusieurs champs de bataille , souvent vainqueur, quelquefois vaincu, toujours intrépide. Il amène à sa suite les derniers descendants des anciens Romains.

C'est ensuite le roi des Wisigoths , Théodoric , dont la vieil-

lesse n'a point diminué le courage. Ce successeur d'Ataulphe a choisi Toulouse pour sa capitale, mais sa domination s'étend par-delà les Pyrénées, dans une grande partie de l'Espagne. Il mène avec lui deux de ses fils , l'un qui s'appelle Thorismond, l'autre auquel il a donné son propre nom , et il est lier de commander à un peuple déjà civilisé , qui n'a rien perdu pour cela de son ancienne intrépidité.

Auprès des Wisigoths sont les Bourguignons, dont le chef, Gundicaire , a précédemment porté !e titre de roi. Mais vaincu naguère par Aëtius , on ignore s'il vient maintenant au combat comme sujet ou comme allié de l'empereur d'Occident.

Quant à Mérovée qui commande aux Francs , et qui doit donner son nom à la première race de leurs rois , il ne reconnaît comme Théodoric aucune autorité sur la terre, devant laquelle il doive s'incliner , et il ne laisse le commandement généra! de l'armée à Aëtius, que parce que sa jeunesse voit dans Aëtius un général plus expérimenté.

Les deux armées qui ont déjà affamé des provinces entières se rapprochent pourtant déplus en plus, et sont également impatientes de combattre.

Jamais peut-être l'on ne vit concentrées en un seul point des masses plus formidables , et nul ne peut entrevoir de quel côté se déclarera la victoire.

L'armée d'Attila semble compter un plus grand nombre de combattants ; mais celle d' Aëtius est dirigée par une tactique plus savante. Quant au courage , il est égal des deux côtés.

Au moment de livrer bataille, Attila , si l'on en croit l'historien Frédégaire , aurait harangué ainsi les principaux chefs de son armée, groupés autour de lui pour recevoir ses derniers ordres : « Qu'avez-vous à redouter de ce ramas d'ennemis , si différents de langage et d'habitudes , et qu'une peur égale a seule rassemblés? Précipitez-vous sur les Wisigoths et les Francs ; les os une fois rompus , le corps ne saurait se soutenir. Montrez donc votre valeur accoutumée , car celui qui est

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destiné à vaincre ne saurait être atteint par aucune flèche , et celui qui est voué à la mort ne saurait s'y soustraire en se cachant honteusement auprès de son foyer. C'est moi qui dois lancer le premier dard contre l'ennemi • mais mort à quiconque restera les mains oisives tandis que je combattrai! »

Attila , suivi de ses compagnons les plus intrépides , se précipite alors sur les Wisigoths , qu'il regardait avec raison comme le principal soutien de l'armée ennemie ; mais la mêlée devient bientôt générale , et le sang ruisselle de toutes parts.

Les Wisigoths ont soutenu vaillamment le choc d'Attila , et leur roi Théodoric, couronnant par des prodiges de valeur une vie remplie d'exploits militaires, périt dans la mêlée. Ses deux fils , loin de concevoir le moindre effroi , ne songent qu'à venger leur père , et la soif de la vengeance augmente encore leur courage.

Le chef des Bourguignons, Gundicaire, périt comme Théodoric , après avoir combattu comme lui.

Mérovée brave aussi la mort et ne trouve que la gloire.

La cavalerie des Huns repoussée de toutes parts par ces vaillants hommes , commence à mettre un désordre effroyable dans l'armée d'Attila , et les troupes placées directement sous les ordres d'Aëtius s'ébranlent alors, moins pour combattre les Huns en déroute que pour égorger tous ceux que la rapidité de leur cheval n'emporte pas assez vite loin de la mêlée.

Ezrel, le fier Ezrel, apprit en ce moment, pour la première fois , qu'il pouvait être vaincu , et son armée fournit le plus grand nombre des cent cinquante mille cadavres qui jonchèrent le champ de bataille. Il s'attendait le lendemain à être encore poursuivi , et se sentant hors d'état de résister , il avait fait déjà préparer un bûcher sur lequel étaient amoncelées les selles et les housses de ses chevaux : sa pensée était de s'y brûler vif, plutôt que de subir la honte delà captivité. Mais Aëtius qui craignait que l'anéantissement complet des hordes d'Attila ne donnât aux Wisigoths, qui avaient eu la plus grande part à

la victoire , une trop grande prépondérance dans les Gaules , détermina Thorismond à retourner, dès le lendemain, dans ses états , en lui persuadant que sa présence y était nécessaire.

Attila put donc s'éloigner en liberté , mais il se retira comme se retire le lion auquel des chasseurs intrépides barrent le chemin qu'il avait d'abord suivi , c'est-à-dire qu'il alla porter le ravage et la mort en d'autres contrées.

Il retourna d'abord dans la Pannonie. L'année suivante , il fondit sur l'Italie, détruisit de fond en comble Aquilée qui ne devait plus se relever de ses ruines, saccagea successivement Padoue , Vicence , Vérone et Bergame , n'épargna Milan et Pavie que lorsque ces deux villes lui eurent livré toutes leurs richesses; et il allait assiéger Rome, quand le pape saint Léon alla courageusement au-devant de lui, et parvint à l'éloigner, comme l'avait fait dans la Gaule le saint évêque de Troyes , en le menaçant des vengeances célestes s'il osait attaquer la capitale du monde chrétien.

Attila dut reprendre alors le chemin de la Pannonie. Pendant qu'il opérait sa retraite , il lui prit envie , quoiqu'il eût déjà quantité de femmes , d'épouser une jeune fille nommée Hildegonde ; mais dans la nuit qui suivit cet hymen , il passa des joies nuptiales dans les bras glacés de la mort.

Ses funérailles devaient avoir le même caractère que ses victoires. Les Huns se coupèrent les cheveux et se balafrèrent le visage en signe de deuil , ils égorgèrent autour du cercueil d'Attila un grand nombre d'esclaves , et les chefs répétaient l'un après l'autre , en saluant le cercueil :

« Celui-ci est Attila , roi des Huns , seigneur de nations vaillantes , qui par une puissance inouïe posséda seul la Scythie et la Germanie, épouvanta les deux empires de Rome , qui n'échappèrent à une destruction totale qu'en lui offrant annuellement un tribut. Il avaiteonduit toutes ses entreprises à bonne lin , quand il mourut , non par le fer de l'ennemi , ni par la trahison des siens , mais au milieu des jouissances , sans avoir senti la douleur: »

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Ainsi chantaient les compagnons d'Attila. Ils ignoraient, ces guerriers farouches, que l'homme qui s'endort dans la volupté se réveille souvent dans l'enfer.

Attila mort, l'univers respira. Le laboureur reprit sa charrue , et les moissons crûrent encore aux lieux où le cheval d'Ezrel avait passé. Mais la poésie et l'éloquence latines, qui avaient alors leurs derniers interprètes dans Sidoine Apollinaire et dans Salvien , dont le génie s'était formé avant les dévastations d'Attila, ne purent secouer que plusieurs siècles après , les amas de décombres sous lesquels le roi des Huns avait enseveli la plupart des manuscrits précieux qui conservaient leurs chefs-d'œuvre.

OOiïERSION ET SACRE DE CLOV1S \lK

An 498.

Le pape saint Léon , qui gouvernait encore l'Eglise lors de la mort d'Attila, dut, sans doute, bénir le ciel d'avoir fait cesser les dévastations de cet homme redoutable ; mais la tristesse de ce grand pape devait pourtant être encore bien profonde, quand il jetait les yeux sur les vastes provinces où les barbares s'étaient établis en souverains. Quelques-uns de ces barbares , en effet , étaient encore idolâtres , et tous ceux qui professaient la foi chrétienne étaient ariens.

Pourquoi l'arianisme était-il la religion de tous les barbares convertis au christianisme ? Nous en apercevons deux raisons

La première , c'est que les empereurs Valentinien Ier et Théodose-le-Grand avaient poursuivi les ariens avec une extrême rigueur, et avaient ainsi contraint ceux qui s'obstinaient à ne pas rentrer dans le sein de l'Eglise, à s'exiler de l'empire. Ces hérétiques obstinés avaient dû alors chercher

an asile auprès des barbares, qui connurent ainsi leurs erreurs avant de connaître la vraie foi.

La seconde raison, c'est que l'arianisme . en niant l'égalité complète des personnes divines , niait par là même le mystère de la sainte Trinité . l'un des mystères de la religion qui confond le plus notre intelligence. Sous ce rapport . ridée d'une seule personne divine entrait plus facilement dans l'esprit grossier des peuples barbares , que l'idée de la sainte T. inilé.

Aiusi, tandis que les Francs établis au nord de la Gaule étaient encore païens, les Bourguignons, les Wisigoth;, les Suèves d'Espagne , les Vandales d'Afrique . professaient tous la religion d'Arius , et les populations catholiques soumises devaient craindre , à chaque instant , d'être troublées par leurs féroces conquérants dans l'exercice de bur culte.

La conversion des chefs barbares devait être dès-lors un des plus grands désirs des catholiques de l'Occident , et la première de ces conversions, ce fut une femme qui l'opéra.

Clovis Ier, petit-fils de Hérovée qui avait combattu glorieusement à la bataille de Châlons , devint roi des Francs en l'année 481. Les ancêtres de Clovis n'avaient jamais donné aux empereurs d'Occiden' que quelques vaines marques de déférence: mais Clovis n'eut pas mèm? l'occasion de donner ces légers signes de sujétion . puisque l'empire -d'Occident avait été définitivement détruit par le roi des Hérules , Odoacre , en l'année 476.

Clovis, jeune roi plein de bravoure, était païen; mais il avait eu le bonheur d'épouser Clotilde . nièce du roi bourguignon Gondebaud, qui professait la religion catholique . quoiqu'elle vécût dans une cour arienne. Gondebaud avait trempé ses mains barbares dans le sang du père . de la mère et des frères de Clotilde , qui devait des-lors ressentir une aversion naturelle pour la religion du meurtrier de tous les siens.

Clovis . en épousant Clotilde . avait promis qu'il lui laisse-

rait toute liberté de professer sa religion ; mais le zèle de 3 a reine ne se contenta pas d'user de cette permission ; elle aspira bientôt à convertir son mari.

Le roi barbare ne fit point d'abord grande attention aux instances de sa femme ; mais celle-ci ne se rebutait point et saisissait toutes les occasions qu'elle jugeait propres à désabuser Clovis du culte des idoles.

Après quelques années d'instances , toujours entremêlées de caresses, Clotilde avait convaincu Clovis de l'absurdité de l'idolâtrie ; mais le roi hésitait encore à prendre une détermination. Il craignait, en embrassant le christianisme, de se voir abandonné de ses compagnons; car l'autorité du roi des Francs sur sesleudes était plutôt alors celle d'un chef sur des soldats qui ont consenti librement à le servir, que celle d'un souverain sur ses sujets.

Le jour fixé dans les décrets du ciel pour la conversion de Clovis, n'était plus pourtant éloigné. Le roi Franc était en guerre avec une autre tribu germanique qui avait déjà franchi le Rhin et menaçait d'envahir ses états; c'était la tribu des Allemands.

Un jour , les deux armées en viennent aux mains dans un lieu appelé Tolbiac , non loin de Cologne. Les Allemands attaquent les premiers, avec une si grande vigueur, que l'infanterie des Francs est tout d'abord mise en déroute; la cavalerie commandée par Clovis soutient mieux le choc , mais elle finit aussi par être ébranlée, et elle commençait à s'enfuir de toutes parts , quand Clovis s'écrie tout-à-coup : «Dieu de Clotilde, je te reconnais pour mon Dieu , si tu me donnes la victoire. » A ces mots , les fuyards s'arrêtent , reviennent sur leurs pas avec une intrépidité plus grande que celle qu'ils avaient montrée au premier choc; ce sont alors les Allemands qui sont enfoncés , et la bataille , qui un instant avant paraissait perdue , est maintenant complètement gagnée.

Un prodige aussi étonnant ne pouvait qu'exercer une vive

impression sur l'esprit des Francs; et Clovis, lié désormais par la promesse solennelle qu'il a faite, ne songe plus qu'à l'accomplir. C'est d'abord à saint Vaast de ïoul qu'il s'adresse pour se faire instruire des mystères de la religion catholique, puis à 1 evêque de Reims, saint Rémi, l'un des évoques les plus savants et les plus respectables de toute la Gaule, qui comptait pourtant alors plusieurs autres évèques éminents par leur science et leurs vertus, tels que saint Eone , d'Arles, saint Avit, de Vienne, saint Apollinaire, de Valence.

Les leudes de Clovis , instruits de son dessein qu'il ne tient plus caché, prennent pour la plupart la résolution d'abjurer le paganisme, à l'exemple de leur roi, et se font instruire comme lui ; ils étaient , dit un historien, au nombre de trois mille.

Ce fut certainement un grand jour pour l'humanité, que celui où cette multitude d'hommes courageux reçut le baptême à la suite de son chef. L'évèque de Reims et Clolilde ne négligèrent rien pour que le souvenir d'une aussi grande action ne pût plus sortir de l'esprit des nouveaux chrétiens.

Les rues qui conduisaient du palais du roi à la grande église, furent ornées de riches tapisseries. L'odeur des parfums les plus précieux remplissait l'église et le baptistère, où une multitude de cierges répandaient en même temps des flots de lumière. A l'heure marquée, le roi , qui n'avait conservé de tous les ornements royaux que la longue chevelure , marque chez les Francs du suprême commandement , s'achemina vers l'église , suivi de tous les autres catéchumènes, qui portaient des croix et chantaient des hymnes pieux. Arrivé auprès des fonts baptismaux , il s'incline devant saint Rémi , qui lui adresse ces nobles paroles : « Humilie-loi devant Dieu, fier Sicambre, et brûle maintenant ce que (u as adoré,» voulant lui faire entendre par là combien il était essentiel pour lui de ne pas retomber dans l'idolâtrie.

Après avoir baptisé Clovis, le saint évêque fit sur lui des onctions particulières pour le sacrer roi, comme dans l'ancienne loi, le prophète Samuel sacra Saùl et David.

Les leudes de Clovis et plusieurs de leurs femmes ou de leurs lilles furent baptisés après , et une sœur du roi , Albotlède , fut au nombre des femmes qui reçurent le sacrement.

Clovis, avant son sacre, avait été constamment en guerre sans que sa puissance se fût accrue notablement. Après son sacre , il devint en peu de temps le plus puissant monarque de S Occident.

La guerre , en effet , ne tarda pas à s'allumer entre Clovis et le roi des Wisigoths, Alaric, qui possédait la plus grande partie de la Gaule, puisque sa domination s'étendait depuis les Pyrénées jusqu'à la Loire. Mais le roi Franc battit si complètement le roi Wisigotb à la bataille de Vouglé , près Poitiers . livrée en Tan 506 , que ce dernier prince fut obligé d'abandonner Toulouse, qui avait été jusque-là la capilale de son royaume, et de transporter le centre de son empire en Espagne, ne conservant plus en-deçà des Pyrénées, qu'une partie de l'ancienne Gaule narbonnaise, appelée Septimanie.

Clovis vainquit ensuite le roi des Bourguignons , Gondebaud, et il aurait pu aussi ajouter les états de ce prince à ses propres états , qui eussent été dès-lors aussi étendus que la France de nos jours; mais cédant, disent les bistoriens, aux prières de Clotilde , il se contenta d'imposer au roi vaincu un tribut annuel.

Heureux, Clovis , s'il eût toujours montré la même modération! Malheureusement il n'en fut pas ainsi. Il lui arriva plus d'une fois de faire égorger sans pitié des ennemis vaincus. Ce fut pourtant un grand prince, non pas tant parce qu'il joignit constamment une politique habile à un grand courage, que parce que la vérité religieuse est le don le plus précieux qu'un roi puisse procurer à son peuple.

Il est, en effet, des bienfaits éphémères qui passent plus vile que les parfums du printemps. D'autres, au contraire, semblables aux canaux qui fertilisent les prairies , se renouvellent indéfiniment , et les vérités religieuses forment ineon-

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testablement le premier groupe de celte dernière classe. 11 est naturel que ceux-ei excitent chez les peuples une reconnaissance proportionnée à la durée du bienfait , c'est-à-dire une reconnaissance éternelle.

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