PRISON ET MORT DE BOÈCE A PAVIE
An 524.
C'est toujours un beau spectacle que de voir un grand homme aux prises avec l'adversité.
Les artistes n'aiment guère les draperies , parce qu'ils partent de cette idée vraie , que les formes humaines sont les plus belles qui existent dans la nature, et qu'il est par conséquent impossible d'imprimer le même cachet de beauté aux étoffes plus ou moins traînantes qui les recouvrent et les effacent. La décence , au nom de la beauté morale, qui surpasse toujours la beauté physique, autant que l'esprit s'élève au-dessus de la matière , a le droit pourtant d'imposer de nombreuses exceptions à cette loi. Mais la loi n'a plus d'exceptions dans l'ordre moral. Les dignités, les honneurs, les richesses dérobent toujours aux regards une partie de la noblesse dune grande âme, qui ne brille de toute sa splendeur que lorsque ces voiles extérieurs sont tombés. Voilà pourquoi nous aimons à arrêter nos regards sur Boèce , prisonnier à Pavie ,
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plutôt que sur Boèce, décoré des honneurs du consulat romain.
Les Wisigoths n'étaient qu'une des branches de la grande famille gothique. Les Ostrogoths formaient l'autre branche, et la gloire de ceux-ci dépassa celle de ceux-là , quand à la fin du cinquième siècle, ils eurent pour roi Théodoric, fils de Thédomir , et neveu de Wélamir , le pi emier roi ostrogoth dont il soit fait mention dans l'histoire.
Le nom de Théodoric devait ainsi être également illustre chez les deux nations gothiques. Le Théodoric wisigoth s'était principalement illustré en combattant Attila à la bataille de Chàlons. Le Théodoric ostrogoth acquit une gloire plus grande encore en triomphant d'Odoacre, roi des Hérules et le destructeur de l'empire d'Occident.
Quand ce dernier prince fut mort , le roi ostrogoth se vit maître de toute l'Italie , et pour s'affermir dans ses nouveanx étals, il épousa une sœur de Clovis. Ayant fait ensuite la paix avec l'empereur d'Orient, Anastase, et avec les Vandales d'Afrique, qui , comme Odoacre, avaient ressenti souvent le poids de son épée , Théodoric ne songea plus qu'à policer son vaste royaume, et à déblayer les ruines dont les Huns, les Hérules et les Vandales avaient , depuis plus d'un demi-siède , couvert l'Italie. Théodoric , en effet , issu de la race des Amales, la plus illustre parmi les Goths, avait tous les goûts de la civilisation. Il avait pris ces goûts à la cour de l'empereur d'Orient Léon Ier, où il avait vécu longtemps en otage avant de saisir le sceptre.
La cour de Théodoric devint bientôt le centre de la politesse , et l'on y vit briller quelques derniers rayons de cette belle littérature latine qui avait rendu le siècle d'Auguste si mémorable. Là , se trouvaient réunis le poète Ennodius , qui fut d'abord l'époux d'une femme riche et belle, mais qui, après avoir brisé volontairement ce doux lien , était devenu évêque de Pavie, Cassiodore, qui devait conserver à la postérité le
souvenir des grandes actions des Golhs , le sénateur Syinmaque , le philosophe Boèce.
Théodoric protégeait les arts comme il protégeait les lettres. Rome lui dut la réparation de plusieurs de ses monuments . Pavie, dont il avait fait sa capitale , le commencement de sa splendeur.
Le roi ostrogoth était arien ; mais sa justice rigoureuse tenait une balance exacte entre l'arien et le catholique , comme entre le Goth et le Romain. Un ambitieux sans foi , comme il s'en trouve toujours à la cour des grands , quitta la religion catholique, et embrassa l'arianisme pour plaire à son souverain ; son lâche calcul fut trompé. Le sévère monarque, loin d'accorder de nouvelles faveurs à cet homme , qui était l'un de ses principaux officiers, prononça contre lui un arrêt de mort , en lui disant ces paroles remarquables : « Si tu n'as pas gardé la foi à ton Dieu , comment dans une occasion difficile me ia garderais-tu à moi , qui ne suis qu'un homme ? »
Cette droiture de Théodoric lui procura un honneur toutà-fait insigne. A la mort du pape Anastase II, il s'éleva un schisme dans l'église de Rome , et partant , dans toute la chrétienté. Une partie notable du clergé romain avait d'abord élu pour succéder à Anastase II , le saint prêtre Symmaque , adversaire déclaré d'une secte nouvelle , appelée la secte des acéphales , que l'empereur d'Orient, Anastase Ier, protégeait. LepalriceFestus, qui représentait à Rome l'empereur d'Orient, parvint pourtant, quelque temps après, à faire élire l'archiprètre Laurent, qu'il supposait apparemment plus favorable aux idées de l'empereur. Quoique Théodoric , on l'a dit , fût arien , les deux parties le choisirent pour juger cet important débat ; et le prince ostrogoth , s'inquiétant peu dans une question de justice , si sa sentence déplairait ou non à l'empereur d'Orient, n'hésita pas à se prononcer en faveur de Symmaque.
Théodoric avait donc une grande âme , mais une âme soupçonneuse , et la défiance chez les princes tourne bientôt à la cruauté.
Théodoric avait déjà terni sa gloire , en faisant, sur de vains soupçons , mourir Odoacre , avec lequel il avait consenti quelque temps avant à signer un traité de paix. Il la ternit encore bien davantage par l'injuste supplice qu'il fit subir à Symmaque et à Boèce.
Symmaque et Boèce étaient les derniers représentants de l'ancien patriciat romain , race illustre où la noblesse des sentiments égalait presque toujours celle de l'extraction.
Boèce appartenait à la famille des Anicius, l'une des plus anciennes de Rome. Il naquit , suivant l'opinion la plus probable , en 455.
La famille de Symmaque n'était pas moins distinguée. Symmaque lui-même fut quelque temps préfet de Rome , et les Romains virent avec joie la fille de Symmaque , s'unir au descendant des Anicius.
Quand Odoacre effaça de la terre le titre d'empereur d'Occident . il laissa aux Romains tous les autres souvenirs de leur grandeur passée, qui ne pouvaient point lui porter ombrage. Il leur laissa le sénat, dont Symmaque et Boèce étaient les membres les plus illustres. Il leur laissa aussi leur magistrature consulaire , et Boèce fut revêtu , en l'année 487 , de cette dignité, qui ne fut abolie que par Justinien , environ soixante, ans plus tard.
Symmaque et Boèce, qui remarquaient dans Théodoric plus d'amour pour les arts de la civilisation que n'en avait montré aucun autre chef barbare , crurent voir en lui le libérateur de l'Italie ; et quand , après avoir vaincu Odoacre , Théodoric fit sa première entrée à Rome , Boèce prononça dans le sénat un panégyrique du roi ostrogolh. Celui-ci comprit aussitôt les services que pouvait lui rendre un homme aussi éminent , et il ne tarda pas à en faire son principal ministre.
Tout le temps pendant lequel Théodoric s'inspira des conseils de Boèce , fut une époque de gloire pour le souverain comme pour le ministre ; et cette période du règne de Théodo-
rie, si heureuse pour l'Italie, se prolongea durant plus de trente ans.
Les Goths étaient pourtant jaloux de la faveur dont Boèce et Symmaque jouissaient auprès de Théodoric. Celui-ci avait été , dans l'origine , envoyé en Italie par l'empereur Zenon pour y combattre Odoacre ; car les empereurs romains n'avaient souvent d'autre ressource, que de renverser des barbares par d'autres barbares. Les batailles qu'avait gagnées Théodoric , il avait entendu les gagner pour son propre compte ; mais l'orgueil des empereurs d'Orient se plaisait à ne voir en lui qu'un lieutenant , et cette idée mensongère pouvait peutêtre rencontrer çà et là , dans l'Italie , quelques partisans.
Deux favoris de Théodoric , Trigille et Conigaste , virent là un moyen de perdre Boèce , qui s'était attiré leur inimitié en s'opposant à leurs concussions. Théodoric , on l'a dit , était défiant jusqu'à l'excès , et ses perfides favoris parvinrent à lui persuader que Boèce et Symmaque , comme les autres sénateurs de Borne, entretenaient des intelligences secrètes avec l'empereur d'Orient , Justin.
Il n'en fallut pas davantage pour changer les dispositions de Théodoric, qui fit jeter aussitôt Boèce et Symmaque dans un noir cachot.
Théodoric , en faisant subir à Boèce les tourments d'une dure captivité , voulait lui arracher les secrets d'une conspiration imaginaire ; il ne lui arracha qu'un livre sublime.
«< Noble successeur des consuls, quand, précipité du faîte des grandeurs où tu n'as jamais fait que le bien , tu sens tes mains chargées de fers, ton premier mouvement, je le vois, va être d'accuser la Providence. Arrête, avant qu'il ne soit délibéré, ce murmure qui serait impie ; bénis Dieu plutôt de ce qu'il te frappe , car l'univers n'avait jusqu'ici contemplé en toi que la grandeur de tes dignités, il va contempler maintenant la grandeur de ton âme.
« Durant de longues années de faveur , tu n'as pu parvenir
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qu'à grand peine à essuyer dans l'Italie quelques larmes. Dans les semaines de ta captivité , tu vas préparer un réservoir inépuisable de consolations pour une multitude innombrable d'infortunés, qui, durant la longue série des âges, auront à souffrir, comme toi, de l'injustice des hommes.
« Hâte-toi donc , pour adoucir les maux du genre humain , hâte-toi d'écrire ton beau livre de la Consolation. Ce livre restera le manuel des affligés , toujours si nombreux ici-bas , jusqu'à ce qu'un moine obscur, dont les âges futurs rechercheront vainement le nom durant plusieurs siècles, comme les âges passés ont cherché vainement à constater le lieu où naquit Homère, écrive un livre plus doux encore que le tien , qu'il appellera l'Imitation de Jésus-Christ. Ce livre effacera dans la plupart des esprits le souvenir du tien, parce qu'il aura plus de simplicité et d'onction , et que l'onction et la simplicité sont comme des clés d'or qui ouvrent la porte de tous les cœurs. Le tien pourtant restera toujours cher aux hommes à la fois lettrés; et pieux, qui, à la suite des Jérôme et des Augustin, aiment à mêler à l'odeur fortifiante de l'encens chrétien quelques parfums choisis de la païenne antiquité. »
Quand Boèce eut achevé son livre admirable, il pouvait mourir sans regrets ; car il avait accompli dignement sa tâche d'homme et de chrétien.
Ni lui, ni Symmaque n'eurent à faire aucune révélation à Théodoric, puisqu'ils ne l'avaient jamais trahi. Le roi goth aurait pu réparer sa faute en leur rendant la liberté; il l'aggrava en faisant trancher la tête de ces deux grands personnages , le 23 octobre de l'an 524.
Théodoric mérita, par ce crime odieux, que Bélisaire détruisît, quelques années plus tard, les nombreuses statues que l'Italie avait élevées au roi goth dans la première partie de son règne. Bélisaire ne laissa subsister à Bavenne que son tombeau, qu'on y voit encore aujourd'hui comme on voit à Pavie celui de Boèce; mais tandis que devant les restes du roi barbare
04 GRAxNDES SCÈNES
l'on n'éprouve que le sentiment d'admiration mêlée de frayeur que cause tout ce qui fut grand , devant les cendres du philosophe chrétien l'on ressent les émotions sympathiques que produit toujours chez les hommes , même les plus indifférents , le souvenir dune belle vie, consacrée tout entière au bonheur de l'humanité, et rehaussée par une grande infortune.
TRIOMPHE DE BELISAIRE.
An 534.
La plupart des souverains qui ont laissé un grand nom dans l'histoire , Alexandre, César, Charlemagne , Napoléon, étaient grands par eux-mêmes, et n'ont emprunté qu'un faible surcroît de gloire à leur entourage. Quant à l'empereur d'Orient , Justinien , il eut la rare fortune d'acquérir une grande gloire , sans qu'il y mît, pour ainsi dire, rien du sien. Le jurisconsulte ïribonien composait pour lui le vaste recueil de lois romaines , qui fait encore aujourd'hui l'admiration des savants , tandis que Bélisaire gagnait pour lui des victoires dans les trois parties du monde , les seules connues des anciens , l'Asie , l'Afrique et l'Europe.
Bélisaire naquit , dit-on , dans la Thrace , d'une famille obscure. Sous les empereurs qui avaient précédé Justinien , il s'était élevé par son seul mérite aux premiers rangs de l'armée.
Au commencement du règne de Justinien , il était général en chef de l'armée d'Orient. Trois fois, en trois ans, le roi de
Perse, Cavade, envoya contre les Romains des armées formidables , commandées par des généraux différents ; trois fois ces généraux furent vaincus par Bélisaire , qui ne se contentait pas de disperser leur armée, mais qui faisait périr la plupart de leurs soldats.
La troisième victoire avait été pourtant disputée , et le général des Perses se vantait auprès de son souverain de l'avoir gagnée. Le roi des Perses, qui doutait de ce prétendu succès, voulut vérifier l'étendue de ses pertes, et il avait un moyen facile pour cela. Il était d'usage, en effet, chez les Perses, qu'avant de partir pour une expédition , chaque soldat de l'armée lançât dans l'enceinte d'une tour une flèche , et allât pareillement en retirer une à son retour : les flèches qui n'étaient pas retirées marquaient le nombre des soldats morts ou prisonniers. Le roi de Perse ordonna que les flèches seraient retirées en sa présence, et que l'on compterait devant lui celles qui resteraient. Il en resta plus de la moitié.
Ces succès de Bélisaire ne tardèrent pas à amener un traité de paix avec la Perse , et Bélisaire put aller conquérir dans d'autres contrées de nouveaux lauriers.
Le nord de l'Afrique avait formé durant plus de cinq cents ans , l'une des plus belles parties de l'empire romain ; mais depuis plus d'un siècle , ces riches contrées en avaient été démembrées.
Les Vandales, peuple germanique qui habitait, à ce qu'il paraît, entre l'Elbe et l'embouchure de la Vistule, firent irruption dans la Gaule au commencement du cinquième siècle. Refoulés ensuite par les Wisigoths et les Francs, ils franchirent les Pyrénées vers l'an 409 , et restèrent quelque temps en Espagne, où ils commirent, comme ils l'avaient fait dans la Gaule , tant de dévastations , que leur nom est resté synonyme de destructeur impitoyable.
En l'année 429 , un proconsul d'Afrique , révolté contre l'empereur d'Occident Valentinien III , le comte Boniface , eut l'im-
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prudence d'appeler le roi des Vandales , Genséric , en Afrique, Le comte Boniface voulait faire du roi barbare un instrument de son ambition , mais il fut cruellement trompé dans ses calculs. Le roi Vandale voulut commander en maître. Le comte Boniface s'empresse alors de se réconcilier avec l'empereur d'Occident ; il était trop tard. Il veut combattre Genséric , mais il est battu , et Genséric , en l'année 430, s'empare de Carthage, qu'il livre au pillage de ses soldats.
La même année , saint Augustin eut la douleur de voir les Vandales venir assiéger Hippone. Dieu lui épargna pourtant la douleur de les voir entrer dans les murs de sa ville épiscopale , parce que la mort l'enleva pendant le siège.
Genséric fit de Carthage la capitale d'un vaste empire , qui s'étendait non-seulement dans tout le nord de l'Afrique jusqu'à l'Egypte , mais qui comprenait encore la Corse , la Sardaigne , la Sicile et les îles Baléares. Maître ainsi de nombreux navires , Genséric remonta le Tibre en l'année 455 , et alla piller Borne comme il avait pillé Carthage. Il eut ainsi le triste honneur d'avoir saccagé à la fois les deux capitales célèbres, dont la rivalité jalouse avait fait verser tant de sang dans l'antiquité.
Les successeurs de Genséric héritèrent de son courage , et l'empire fondé par le roi vandale se conserva intact jusqu'au temps de l'empereur Justinien.
La population romaine opprimée par ces barbares , aspirait pourtant à secouer le joug, et les empereurs d'Orient n'attendaient qu'une occasion favorable pour tâcher de rétablir leur domination en Afrique. Justinien jugea que cette occasion était arrivée, quand Gélimer eut détrôné Ildéric, petit-fds de Genséric, avec lequel les empereurs d'Orient avaient fait des traités d'alliance.
Gélimer était le plus habile capitaine des Vandales , qui espéraient, sous son commandement, aller piller de nouveau toutes les contrées civilisées du bassin de la Méditerranée. C'était pa.- conséquent un adversaire digne de Bélisaire.
Justinien avait armé une flotte nombreuse , qui sortit du port de Constantinople dans l'appareil le plus magnifique. Les chants de l'armée répondaient aux bénédictions du patriarche , qui , debout sur le rivage et environné de son clergé , conjurait le Tout-Puissant d'envoyer des vents propices, et d'accorder la victoire aux serviteurs de son Fils, car les Vandales étaient ariens.
L'expédition était placée sous les ordres de Bélisaire , qui débarqua son armée à quelques journées de marche de Carthage. A la nouvelle de ce débarquement , Carthage fut dans la plus grande confusion. Cette ville comptait , en effet, une nombreuse population catholique qui , loin d'être disposée à verser son sang pour la cause de Gélimer , faisait des vœux secrets pour le succès de Bélisaire.
Celui-ci parut sous les murs de Carthage , le 15 septembre , veille de la fête de saint Cyprien , le plus illustre évêque de cette grande cité. Profitant habilement de cette circonstance, qui ajoutait au courage de ses troupes l'enthousiasme religieux, Bélisaire donna tout aussitôt le signal de l'attaque , et en quelques heures il fut maître des remparts. Gélimer savait qu'il n'avait point les sympathies de la population carthaginoise; il dut donc alors se résigner à quitter sa capitale , qui accueillit Bélisaire , moins comme un vainqueur que comme un libérateur.
Le roi Vandale pourtant conservait tout son courage, et il se disposa à tenir la campagne , pour être prêt à ressaisir Carthage à son tour , si les circonstances lui devenaient plus favorables ; mais Bélisaire n'était pas homme à s'endormir après un premier succès. Ne laissant donc à Carthage que le petit nombre de soldats jugé nécessaire pour sa défense , il se met à la poursuite de Gélimer qu'il atteint, le bat en rase campagne, fait un carnage effroyable de ses soldats, et l'oblige à se retirer presque seul au fond de la Numidie , où le roi barbare essaie de se retrancher sur une montagne escarpée , dont les flancs dé-
cliarncs n'offraient çà et là que quelques filets d'eau , à peine suffisants pour étancher la soif du petit nombre de guerriers qui l'entouraient.
Cerné aussitôt de tous côtés dans son repaire , le fier Gélimer voit bientôt sa troupe en proie à toutes les horreurs de la disette, et n'ayant d'autre ressource pour se sustenter que quelques racines amères. Cette disette effroyable lui enlevait journellement quelqu'un de ses guerriers. Il résista pourtant durant cinq mois entiers, jusqu'à ce qu'un jour, deux enfants étant morts de faim sous ses yeux en se disputant un dernier aliment, quelques larmes, pour la première fois de sa vie , vinrent baigner ses yeux farouches , et il envoya aussitôt à Bélisaire deux officiers , chargés de lui annoncer qu'il était disposé à se rendre avec tous les siens , s'il devait avoir la vie sauve.
Le général romain , qui admirait depuis longtemps la résistance héroïque du roi barbare , accepte avec empressement les conditions de la capitulation , et bientôt après il voit Gélimer désarmé se présenter à la porte de sa tente.
Depuis qu'Attila avait été vaincu dans les champs Catalauniques , jamais événement n'avait eu autant de retentissement dans toutes les contrées de l'ancien empire romain , que la prise de Gélimer. L'Afrique tout entière était soumise, et tous les rois barbares de l'Occident de l'Europe, durent trembler sur leur trône , dont les bases ne semblaient pas mieux assises que celles du trône du roi vandale.
Les habitants de Constantinople , en particulier , éprouvèrent une joie qui tenait du délire, quand ils apprirent que Bélisaire allait rentrer dans leurs murs, amenant à sa suite le roi captif; et quoique des sentiments de jalousie eussent déjà peut-être pénétré dans l'âme de Justinien , ce prince ne put , en présence de cet élan universel , refuser à Bélisaire les honneurs solennels du triomphe.
La Rome de Constantin ignorait encore la splendeur desfè-
les triomphales qui avaient donné à la cité de Romulus l'empire du monde en exallant outre mesure le courage de ses généraux; et pour la première fois, elle put croire assister au triomphe des Scipions, des Paul-Emile ou des Pompée.
L'entrée de Bélisaire à Constantinople fut, en effet , de tout point pareille à celle des anciens triomphateurs romains.
L'armée entière s'était auparavant réunie hors des murs, et tous les sénateurs , dont Justinien n'avait pas encore aboli l'ordre illustre, étaient allés aussi au-devant du général victorieux.
Au jour marqué, l'on vit d'abord paraître les sénateurs, qui s'avançaient majestueusement, revêtus de toges blanches.
Venait ensuite une foule innombrable de citoyens, tous en habits de fête.
Après ce long défilé, le triomphateur paraissait enfin , la tète ornée d'une couronne brillante dont les feuilles d'or imitaient les feuilles du laurier.
Quatre chevaux blancs traînaient son char magnifique.
On portail devant lui les trésors que Genséric et ses successeurs avaient ramassés, durant plus d'un siècle, dans la Gaule, l'Espagne, l'Afrique et l'Italie, c'est-à-dire dans les plus riches contrées du monde. Parmi ces trésors étaient les vases sacrés du temple de Jérusalem que Titus avait autrefois portés à Rome, et que Genséric, après les avoir pillés à Rome, avait transportés à son tour à Carthage.
Auprès du char de Bélisaire, marchait Gélimer enchaîné. Ce roi farouche remplissait , sans s'en douter, l'office de l'esclave qui, dans l'ancienne Rome, rappelait au triomphateur qu'il était mortel ; car de temps à autre on l'entendait répéter dédaigneusement ces paroles : Vanité des vanités.
Les principaux guerriers de Gélimer suivaient leur chef, enchaînés, mais fiers comme lui.
L'armée romaine terminait enfin la pompe triomphale. Le?
divers corps marchaient autour de leurs aigles victorieuses , et chaque soldat avait le front ceint d'une couronne de laurier,
Le cortège auguste s'avançait ainsi dans les rues de Gonstantinople, parsemées de fleurs odoriférantes , à travers les flots pressés d'une population ivre d'allégresse, dont les cris joyeux faisaient retentir les deux rivages de l'Europe et de l'Asie.
La marche triomphale de Bélisaire ne différait de celle des triomphateurs de l'ancienne Rome qu'en un point. C'est que tandis que ceux-ci se dirigeaient vers le Capitole pour y offrir un sacrifice à Jupiter , Bélisaire guidait son char vers un temple magnifique, élevé récemment par Justinien en l'honneur de la sagesse éternelle (1), pour aller s'y prosterner devant les autels du vrai Dieu.
Après cette fête mémorable , Bélisaire eut encore des jours de gloire; il n'eut plus de jours de bonheur.
Justinien n'avait point l'âme assez grande, pour n'être pas offusqué de la gloire d'un homme en qui tous ses sujets se plaisaient à saluer le restaurateur de l'empire. Il lui semblait que le général effaçait complètement le souverain.
Il eut pourtant encore recours à Bélisaire pour l'exécution d'un autre grand dessein , celui de reconquérir l'Italie, comme il avait reconquis l'Afrique.
Bélisaire alla , en effet , en Italie , où il s'empara d'abord de Naples. Il marcha ensuite vers Rome, qui lui ouvrit ses portes , dont il s'empressa d'envoyer les clés à Justinien. Assiégé peu après dans cette ville par le roi des Ostrogolhs Viligès, non-seulement il soutint vigoureusement le siège, mais ayant vaincu Viligès il l'obliga à son tour de se renfermer dans Ravenne, où le roi goth fut bientôt contraint de se rendre
(1) Sainte Sophie, l'un des plus beaux édifices qui existent dans le monde.
à discrétion, et Bélisaire eut la gloire de l'emmener captif â Gonstantinople , comme il y avait emmené le roi Vandale. Mais quoique sa campagne d'Italie se fût ainsi terminée aussi heureusement que celle d'Afrique , les honneurs du triomphe lui furent cette fois refusés.
Revenu en Italie pour combattre Totila , que les Ostrogoths avaient élu à la place de Vitigès, la victoire se montra encore fidèle au drapeau de Bélisaire ; mais chaque nouveau succès, en augmentant sa gloire, diminuait son crédit, et le vainqueur des Perses , des Vandales et des Goths ne tarda pas à tomber dans une disgrâce complète.
Il se résigna alors à vivre dans la retraite, qu'il ne quitta que lorsque les Huns firent , en 558 , une irruption qui sema l'épouvante dans tout l'empire. Ces barbares , en effet , après avoir franchi le Danube , ravagèrent toute la Thrace , et quelques-uns de leurs corps s'avancèrent jusqu'à cinq ou six lieues de Constantinople. Un seul homme pouvait rendre quelque courage aux habitants de cette capitale, plongés dans une consternation voisine du désespoir ; c'était Bélisaire. Ramassant, en effet, deux ou trois cents cavaliers qui avaient été habitués à vaincre avec lui , Bélisaire en fait le noyau d'une armée qu'il lève en toute hâte dans les provinces voisines de celle qu'occupaient les Huns ; et avec ces faibles troupes, à peine exercées à manier les armes , il manœuvre cependant si bien, qu'il parvient en peu de temps à rejeter les Huns au-delà du Danube.
Les précédents succès de Bélisaire n'avaient amené que sa disgrâce. Celui-ci, le plus utile, sinon le plus éclatant de tous ; lui valut la perte de sa liberté , parce que ses ennemis l'accusèrent, sans le moindre fondement, d'aspirer à l'empire.
De nos jours , il existe encore à Constantinople une prison nommée la Ton?- de Bélisaire, qui paraît avoir été appelée de ce nom , parce que ce grand général y passa les dernières années de sa vie dans la captivité. Peut-être arriva-t-il plus
d'une fois , au héros , prisonnier dans celte tour, de se croire, durant son sommeil , au milieu des splendeurs qui avaient entouré jadis son triomphe ; mais il se réveillait sans doute en sursaut, dès qu'il avait cru entendre le farouche Gélimer répéter à son oreille : Vanité des vanités !
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IJURATION DË8BOTHSAU r CONCILE DE TOLEDI
An 589.
Tolède est une antique cite, assise majestueusement sur les rives du |Tage, au milieu de la péninsule Ibérique. Celte ville fut habituellement la capitale de l'Espagne , jusqu'à ce qu'il plût, en l'année 1560, à l'un des souverains de cette belle contrée, de transporter capricieusement sa demeure dans un village bâti au bord d'un ruisseau , dont ie monde n'avait appris le nom que du jour où un roi de France , trahi par la fortune des armes , y fut conduit pour y tenir prison.
C'est à Tolède , que se passa , vers la fin du sixième siècle , la scène mémorable qui va faire le principal sujet de ce récit.
Quand Clovis Ier eut vaincu Àlaric II à la bataille de Vouglé , et l'eut tué de sa propre main , les Wisigoths , on l'a dit , transportèrent le centre de leur domination par delà les Pyrénées , ne conservant en deçà que la contrée située entre l'Aude et la Méditerranée, et connue sous le nom de Seplimanie.
Mais l'Espagne tout entière obéissait aux Wisigoths, depuis
de l'histoire moderne. 75
qu'Euric , père d'Alaric II, avait subjugué les Suèvcs, dont le dernier roi, Remismund, mourut en 469.
Les rois Wisigoths , après la défaite d'Alaric , ne laissèrent donc pas que de posséder un vaste royaume. Alhanagild fixa la capitale de ce royaume à Tolède , et gouverna son peuple avec tant de gloire , que deux petits-fils de Clovis recherchèrent son alliance. L'un d'eux , Sigebert , roi d'Austrasie , épousa l'une des filles d'Athanagild , la célèbre Brunehaut; l'autre , Chilpéric , roi de Soissons , épousa la fille aînée , l'infortunée Galswinlhe, que les machinations de Frédégondc , maîtresse de Chilpéric, devaient faire mourir.
Après Athanagild , Leuwigild tint longtemps le sceptre de la monarchie gothique, d'une main ferme, et l'histoire le classerait parmi les grands princes, s'il n'avait eu la cruauté de faire mourir son fils Herménigild, par la seule raison qu'il professait la foi catholique, tandis que Leuwigild était arien, comme l'avaient été tous les rois Goths ses prédécesseurs.
Leuwigild avait , à ce qu'il paraît , associé ses deux fils, Herménigild et Récarède, à la royauté. Herménigild , persécuté par son père , à cause de la religion qu'il avait embrassée , se décida à prendre les armes contre Leuwigild , qui ne tarda pas à le vaincre et à s'emparer de sa personne.
Si Leuwigild se fût alors contenté d'enlever à son fils les états qu'il lui avait donnés , il n'aurait point dépassé les droits que donne la victoire ; mais il voulut encore arracher à Herménigild la foi qu'il professait , et il agit en cela comme un tyran.
Pour obliger son fils à l'apostasie , Leuwigild le fit renfermer dans un cachot affreux , et ordonna qu'il y fût traité avec la plus grande dureté. Herménigild resta toujours inébranlable , accompagnant sa résistance invincible de tous les égards qu'il devait à un père. «Je conviens, écrivait-il au roi, que votre bonté pour moi a été très-grande , et que cette bonté doit m'inspirer autant d'amour, que votre puissance de roi et de
père me commande de respect ; mais pouvez-vous exiger que je préfère une grandeur périssable à mon salut éternel ? Je ne veux point, au prix d'une pareille lâcheté, ressaisir la couronne que vous mites autrefois sur mon front ; et je suis prêt nonseulement à la sacrifier , mais à sacrifier encore ma vie , plutôt que d'abandonner la vérité. »
Ce noble langage aurait dû toucher Leuwigild, mais il resta inflexible. La solennité de Pâques étant arrivée , il chargea un évêque arien d'aller trouver son fils pour lui offrir sa grâce , s'il consentait à recevoir la communion des mains du prélat. Herménigild rejeta cette proposition avec horreur , et reprocha même courageusement à l'évêque son attachement à une doctrine impie. Le roi, qui fut informé de ce qui s'était passé , devint plus irrité que jamais, et envoya des soldats dans la prison d'Herménigild avec ordre de le mettre à mort. Le généreux prince , en voyant ks soldats , comprit que sa dernière heure était arrivée. Loin d'opposer la moindre résistance , il présenta son corps aux soldats, dont le chef, Sisbert, lui fendit la tête d'un coup de hache.
D'après quelques historiens , notamment d'après Grégoire de Tours et saint Grégoire-le-Grand , Leuwigild aurait luimême cependant embrassé la foi catholique avant de mourir. Le silence complet des historiens espagnols contemporains , plus à même d'être bien renseignés , rend pourtant ce fait douteux ; mais ce qui est certain , c'est que le courage d'Herménigild fit la plus vive impression sur son frère , Récai ède , et fut apparemment la cause du plus grand événement qui signala le règne de ce dernier prince.
Récarède succéda à son père Leuwigild en l'année 587. Il avait , avant la mort de son père , obtenu de brillants succès sur les Francs dans la Septimanie, et prouvé qu'il était digne de commander à une nation courageuse. Son premier soin toutefois, en ceignant la couronne , ne fut point d'augmenter sa gloire militaire ; il méditait depuis longtemps un projet bien autrement important,
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Saint Léandre, évêquede Séville, avait converti Herménigild. Ses prédications avaient aussi touché Récarède, qui parvenu au trône , conçut la généreuse pensée de ramener tout son peuple à l'unité de la foi catholique.
Dès la première année de son règne , il appela à Tolède tous les évêques , tant ariens qu'orthodoxes, des pays soumis à sa domination , et ayant réuni d'abord les premiers dans son palais , il leur dit : « Pourquoi s'élève-t-il chaque jour des disputes entre les autres évêques qui se disent catholiques et vous? Pourquoi , tandis que la croyance de ces évêques leur fait , au vu de tous , opérer de nombreux miracles , êtes-vous dans l'impuissance de faire rien de pareil ? Réunissez-vous donc à eux pour discuter ensemble les croyances des deux partis , afin que mon peuple et moi puissions bien connaître de quel côté est la vérité. Alors, ou les autres évêques se rendront à vos raisons , et croiront ce que vous dites , ou bien vous reconnaîtrez qu'ils sont dans le vrai , et vous croirez ce qu'ils annoncent (1).
Pressés ainsi par leur souverain , les évêques ariens acceptèrent des conférences , dont i'issue'ne pouvait être douteuse , quand même les évêques catholiques n'auraient point compté dans leurs rangs des hommes aussi éclairés que saint Léandre de Séville. L'erreur arienne fut dès-lors complètement mise à nu ; mais le roi Récarède voulut que la condamnation publique de l'hérésie se fît dans une assemblée solennelle , composée non-seulement des évêques , mais encore de tous les principaux seigneurs de la nation.
Il ne put point réunir cette assemblée l'année suivante , parce que le roi Franc , Gontran , depuis longtemps en guerre avec les Wisigoths , avait envoyé une armée formidable dans la Septimanie pour conquérir cette belle province. Cette
(1) Grégoire de Tours, liv. 9, n» XVI.
armée , au rapport des historiens contemporains des deux nations, ne comptait pas moins de soixante mille combaltans, et elle était commandée par Boson , général plein de courage.
Récarède ne put envoyer en Seplimanie que des forces bien inférieures ; mais il en confia le commandement à Clautlius , général habile , qui s'était élevé par son mérite aux plus hauts rangs de la hiérarchie militaire , quoiqu'il ne fût pas de la race des Goths, et qu'il appartînt par son origine à la population conquise. Récarède ne pouvait faire un meilleur choix. Claudius, en effet, sut attirer l'armée de Boson dans un défilé où il l'extermina presque tout entière.
Rassuré par cette éclatante victoire , Récarède ne songea plus qu'à l'exécution de son grand dessein. Il fit convoquer à Tolède , pour les premiers jours de mai de l'année 589 , les évêques et les principaux seigneurs de tous les pays de son obéissance , de la Septimanie , par conséquent, comme de l'Espagne.
Soixante-quatorze évêques , dont cinq métropolitains , se rendirent à Tolède , et six autres évêques y envoyèrent des députés.
L'ancienne population de l'Espagne était à peu près toute catholique, tandis que jusque-là la plupart des Goths étaient restés ariens. Cette différence de religion rendait plus marquée la différence des races , et contribuait par là même à rendre plus pesant le joug des vainqueurs.
Ce fut donc un grand jour, non-seulement pour l'antique cité de Tolède , mais pour toute l'Espagne , que le 8 mai 589 , jour où se réunit l'imposante assemblée convoquée par Récarède.
Le roi Golh qui était présent , fit lire une profession de foi signée de lui , et de la reine Badda , sa femme , dans laquelle ils déclaraient tous deux abjurer à tout jamais l'hérésie d'Arius.
Un des évêques demanda ensuite aux ecclésiastiques et aux
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seigneurs présents , si ceux d'entre eux qui avaient précédemment professé l'arianisme étaient dans les mêmes sentiments que le roi. Tous , sans exception , répondirent qu'ils n'admettaient plus qu'une doctrine, celle de l'église catholique.
L'abjuration de Récarède produisit ainsi un effet plus immédiat chez les Golhs, que la conversion de Clovis n'en avait produit chez les Francs. Un grand nombre de Francs , en effet , avaient suivi l'exemple de Clovis , mais un grand nombre aussi étaient restés attachés à l'idolâtrie, qui ne disparut complètement de la Gaule que longtemps après ; tandis qu'après l'abjuration de Récarède , l'Espagne ne compta plus un seul arien , et depuis cette époque mémorable , cette nation est restée inviolablement attachée à la foi catholique. Au commencement du huitième siècle, les musulmans la conquirent presque tout entière ; mais la population chrétienne resta inébranlable dans sa foi, et cette foi a produit , durant huit cents ans , tant d'exploits militaires , que leur nombre déconcerte la mémoire en même temps que leur éclat fatigue l'imagination.
Aujourd'hui l'Espagne est déchue de sa splendeur ; mais c'est peut-être pour la reprendre bientôt.
Quand le voyageur traverse les campagnes , il ne doit point mépriser comme stériles , les champs sur lesquels il ne voit ni labours ni moissons. Quelquefois ces champs ne se reposent que pour produire ensuite des récoltes plus abondantes.
C'est pour nous l'état de l'Espagne. Cette noble contrée est une terre en jachère. Elle est déchue de son rang, non point parce que les grands caractères y sont rares , mais peut-être parce qu'ils y sont trop nombreux , et que divisés d'opinion ils s'équilibrent et se font mutuellement obstacle.
Mais que Dieu donne à l'Espagne un seul homme dont la grandeur dépasse la grandeur commune et s'approche de l'héroïsme , qu'il lui donne un autre capitaine comme Gonsalve de Cordoue , un autre roi comme Charles-Quint, un autre moine
comme Ximénès , elle reprendra aussitôt son rang parmi les puissances de premier ordre, parce qu'elle a conservé les deux qualités qui opère ■ dans le monde les grandes choses , la foi et le courage.
VJ