ENSEMBLE DE L’OUVRAGE
Art. 4. — \ îaducs. — La beauté d’un viaduc est dans le rapport de la portée à la hauteur, dans ses arêtes montantes et sa courbe d’intrados. Il faut que rien ne coupe les piles : pas de socles, pas de cordon aux naissances» pas de tailloirs aux contreforts, pas de chaînes d’angles aux arêtes des piles, pas de saillie des bandeaux sur la douelle ; pas d’autres lignes horizontales que celles du couronnement 4.
Art. 5. — Il ne faut pas se trop laisser conduire par les calculs. — Le projet fait, on s’assure qu'il tient : la science doit aider l’art, mais non pas l’étouffer. S’il manque de la matière quelque part, on en ajoute, mais sans blesser l’œil ; au besoin, on ne lui fait pas voir tout ce qu’il faut pour la stabilité : ainsi on cachera derrière un tympan plein une voûte trop épaisse aux reins ; s’il y en a trop, on en retranche, mais seulement ce que permet l’œil.
Art. 6. — Si on copie, ne pas faire de faute de copie. — Quand on se borne à copier, tout au moins faut-il faire s’accorder ce qu’on a emprunté: par exemple, ne pas juxtaposer des éléments d’un pont lourd et d’un pont léger.
On a trop copié depuis quelque cent ans.
Art. 7. — Se préoccuper toujours de l'aspect. — De tous les ouvrages, — je dis de tous, même des petits, — l’aspect importe : il n’est pas permis de faire laid.
C’est une étrange opinion que d’estimer cher ce qui est beau, bon marché ce qui est laid : on a fait laid et cher, beau et bon marché.
C’est dans les tracés qu’on économise : après, on ne fait plus que glaner, que grappiller. Ce qu’on gagne sur les ouvrages est misérable, et c’est faire voir bien peu de goût que les gâter pour si peu.
\rt. 8. — Travailler toujours au progrès de l'art dos ponts.
Tout n’a pas été fait, depuis quelque deux mille ans qu’on bâtit des ponts. Dans une grande ville, dans une capitale, on n’a pas le droit de faire un grand pont qui ne marque un progrès.
« Il en résultera peut-être un surcroît de dépense, mais l’art des Ponts ne « saurait être trop perfectionné et il ne peut l’être que par de grands exemples; « il en coûte plus pour l’ouvrage qu'on entreprend, mais il en coûte moins pour « ceux qui suivent 5. »
On a maintenant d’excellents mortiers ; on se joue des difficultés de fondations. Avec de plus grands moyens, a-t-on fait mieux que les anciens Ingénieurs ?
Art. 9. — Les Ingénieurs doivent savoir f Architecture. — Les Savants qui ont fondé l’Ecole Polytechnique : Laplace, Monge,.... y ont institué un Cours d’Architecture.
A l’Ecole des Ponts et Chaussées, elle est aussi enseignée, — et fort bien.