‹ Grandeur et décadence de César BerotteauChapitre 10 sur 23 · IT-I · texte numérisé non relu

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iOO SCENES DE LA YIE PARISIENNE

souTerain aux yeux bleus, aux cheveux châtains ; mais tout ce qu'il y eut jadis d*ambitioQ ardente et noble dans les yeux de d'Arthez pvait été comme attendri par le succès. Les pensées dont son front était gros avaient fleuri, les lignes creuses de sa figure étaient devenues pleines. Le bienêtre répandait des teintes dorées là où, dans sa jeunesse, la misère avait mélangé les tons jaunes des tempéraments dont les forces se bandent pour soutenir des luttes écrasantes et continues. Si vous observez avec soin les belles figures des philosophes antiques, vous y apercevrez toujours les déviations du type parfait de la figure humaine auxquelles chaque physionomie doit son originalité, rectifiées par l'habitude de la méditation, par le calme constant nécessaire aux travaux intellectuels. Les visages les plus tourmentés, comme celui de Socrate, deviennent à la longue d'une sérénité presque divine. A cette noble simplicité qui décorait sa tête impériale, d'Arthez joignait une expression naïve, le naturel des enfants, et une bienveillance touchante. Il n'avait pas cette politesse toujours empreinte de fausseté par laquelle dans ce monde les personnes les mieux élevées et les plus aimables jouent des qualités qui souvent leur manquent, et qui laissent blessés ceux qui se reconnaissent dupés. Il pouvait faillir à quelques lois mondaines par suite de son isolement; mais conune il ne choquait jamais, ci parfum de sauvagerie rendait encore plus gracieuse l'afiFabilité particulière aux hommes d'un grand talent, qui savent déposer leur supériorité chez eux pour se mettre au niveau ftocial^pour, à la façon de Henri IV, prêter leur dos aux enfants et leur esprit aux niais.

En revenant chez elle, la princesse ne discuta pas plus avec elle-même que d'Arthez ne se défendit contre le charme qu'elle lui avait jeté. Tout était dit pour elle : elle aimait avec sa science et avec son ignorance. Si elle s'interrogea, ce fut pour se demander si elle méritait un si grand bonheur, et ce qu'elle avait fait au ciel pour qu'il lui envoyât un pareil ange. Elle voulut être digne de cet amour, le perpétuer, se l'approprier à jamais, et finir doucement sa vie de jolie femme dans le paradis qu'elle entrevoyait. Quant à

LES SECRETS DE LA PRINCESSE DE CADIGNAN 101 la résistance, à se chicaner, à coqueter, elle n'y pensa même pas. Elle pensait à bien autre chose f Elle avait compris la grandeur des gens de génie, elle avait deviné qu'ils ne sou* mettent pas les femmes cT élite aux lois ordinaires. Aussi par un de ces aperçus rapides,. particuliers à ces grands es prits féminins, s'était-elle promis d'être fai^'-î au premie désir. D'après Ij» connaissance qu'elle avait prise, à unf seule entrevue, du caractère de d'Arlhez, elle avait soupçonnf que ce désir ne serait pas assez tôt exprimé pour ne pas lu* laisser le temps de se faire ce qu'elle voulait, ce qu'elle devait être aux yeux de cet amant sublime.

Ici commence l'une de ces comédies inconnues jouées dans le for intérieur de la conscience, entre deux êtres dont Fun sera la dupe de l'autre, et qui reculent les bornes de la perversité, un de ces drames noirs et comiques, auprès desquels le drame de Tartuffe est une vétille ; mais qui ne sont point du domaine scénique, et qur, pour que tout en soit extraordinaire, sont naturels, concevables et justifiés parla nécessité, un drame horrible qu'il faudrait nommer l'envers du vice. La princesse commença par envoyer chercher les œuvres de d'Arthez, elle n'en avait pas lu le premier mot; et, néanmoins, elle avait soutenu vingt minutes de discussion élôgieuse avec lui, sans quiproquo I Elle lut tout. Puis elle voulut comparer ces livres à ce que la littérature contemporaine avait produit de meilleur. Elle avait une indigestion d'esprit le jour où d'Arthez vint la voir. Attendant cette visite, tous les jours elle avait fait une toilette de l'ordre supérieur, une de ces toilettes qui expriment une idée et la font accepter par les yeux, sans qu'oTï sache ni comment ni pourquoi. Elle offrait au regard une harmonieuse combinaison de couleurs grises, une sorte de demi-deuil, une grâce pleine d'abandon, le vêtement d'une femme qui ne tenait plus à la vie que par quelques liens naturels, son enfant peut-être, et qui s'y ennuyait. Elle attestait un élégant dégoût qui n'allait cependant pas jusqu'au suicide, elle achevait son temps dans le bagne terrestre. Elle reçut d'Arthez en femme qui l'attendait, et comme s'il était déjà venu cent fois chez elle; elle lui fit Thonneur de le traiter comme uqp.

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vieille connaissance, elle le mit à Taise par un seul geste en lui montrant une causeuse pour qu'il s'asstt, pendant qu'elle ichevait une lettre commencée. La conversation s'engagea le la manière la plus vulgaire : le temps, le ministère, la maladie de de Marsay, les espérances de la légitimité. D'arthez était absolutiste, la princesse ne pouvait ignorer les opinions d'un homme assis à la chambre parmi les qninze ou vingt personnes qui représentent le parti légitimiste; elle trouva moyen de lui raconter comment elle avait joué de Marsay; puis, par une transition que lui fournit le dévouement du prince de Gadignan à la famille royale et à Madame, elle amena l'attention de d'Arthez sur le prince.

— Il a du moins pour lui d'aimer ses maîtres et de leur être dévoué, dit-elle. Son caractère public me console de toutes les souffrances que m'a causées son caractère privé : — car, reprit-elle en laissant habilement de côté le prince^ n'avez-vous pas remarqué, vous qui savez toui, que les hommes ont deux caractères ; ils en ont un pour leur intérieur, pour leurs femmes, pour leur vie secrète, et qui est le vrai; là, plus de masque, plus de dissimulation, ils ne se donnent pas la peine de feindre , ils sont ce qu'ils sont, et sont souvent horribles; puis le monde, les autres, les salons, la cour, le souverain, la politique let voient grands, nobles, généreux, en costume brodé de vertus, parés de beau langage, pleins d'exquises qualités. Quelle horrible plaisanterie 1 et Ton s'étonne quelquefois du sourire de certaines femmes, de leur air de supériorité avec leurs maris, de leur indifférence...

Elle laissa tomber sa main le long du bras de son fauteuil^ sans achever, mais ce geste complétait admirablement son discours. Comme elle vit d^Arihez occupé d'examiner sa taille flexible, si bien pliée au fond de son moelleux fauteuil, occupé des jeux de sa robe, et d'une jolie petite fronsure qui badinait sur le buse, une de ces hardiesses de toilette qui ne vont qu'aux tailles assez minces pour ne pouvoir jamais nen perdre, elle reprit l'ordre de ses pensées comme si elle se parlait à elle-même.

«- Je ne continue pas. Vous avez fini, vous autres écii*

vains, par rendre bien ridicules les femmèsquise prétendenf méconnues, qui sont mal mariées, qm se font dramatiques intéressantes, ce qui me semble être du dernier bourgeois. On plie et tout est dit, ou Ton résiste et Ton s'amuse. Dans les deux cas, on doit se taire. Il est yrai que je n*ai su ni tout à fait pher, ni tout à fait résister; m^is peut-être était-ce une raison encore plus grave de gardei le silence. Quelle sottise aux femmes de se plaindre I Si elles n'ont pas été les plus fortes, elles ont manqué d'esprit, de tact, de finesse, elles méritent leur sort. Ne sont-elles pas les reines en France T Elles se jouent de vous comme elles le veulent, quand elles le veulent, et autant qu'elles le veulent. (Elle fit danser sa cassolette par un mouvement merveilleux d'impertineace féminine et de gaieté railleuse.) — J'ai souvent entendu de misérables petites espèces regretter d'être femmes, vouloir être bommes; je les ai toujours regardées en pitié, dit-^e en continuant. Si j'avais à opter, je préférerais encore être femme. Le beau plaisir de devoir ses triomphes à la force, à toutes les puissances que vous donneU des lois faites par vous I Mais quand nous vous voyons à nos pieds disant et faisant des sottises, n'est-ce donc pas un enivrant bonheur que de sentir en soi la faiblesse qui triomphe? Quand nous réussissons, nous devons doncgaiiier le silence, sous peine de perdre notre empire;. Battues, les femmes doivent ^c<ure se taire par fierté* Le silence de l'esclave épouvante le maître.

Ce caquetage fut sifflé d'une voix si doucement moquense, si mignonne, avec des mouvements de tête si coquets, qne d'Arthez, à qui ce genre de femme était totalementineonnn, ^restait exactement comme la perdrix charmée par le chien de chasse.

— Je vous en prie, madame, dit-il enfin, expliquez-moi comment un homme a pu vous faire souffrir, et soyez sûre que là où toutes les femmes seraient vulgaires, vous seriez distinguée, quand même vous n'auriez pas une manière de dire les«boses qui rendrait intéressant un livre de cuisine.

— Vous allez vite en amitié, dit-elle d'un son de voix grave qui rendit d'Arthez sérieux et inquiet.

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La conversation changea, l'heure avançait* Le pauvre homme de génie s'en alla contrit d'avoir paru curieux, d'avoir blessé ce cœur, et croyant que cette femme avait étrangeiffert. Elle avait passé sa vie à s'amuser, elle était ion Juan femelle, à cette différence près que ce n'est iper qu'elle eût invité la statue de pierre, et certes it eu raison de la statue.

impossible de continuer ce récit sans dire an mot e de Gadignan, plus connu sous le nom du duc de leuse ; autrement, le sel des inventions miraculeuses ncesse disparaîtrait, et les étrangers ne comprenrien à l'épouvantable comédie parisienne qu'elle ter pour un homme.

eur le duc de Maufrigneuse, en vrai fils du prince ;nan, est im homme long et sec, aux formes les gantes, plein de bonne gr&ce, disant des mots char* ievenu colonel par la grâce de Dieu, et devenu bon par hasard ; d'ailleurs brave comme un Polonais, à pos, sans discernement, et cachant le vide de sa têt€ argon de la grande compagnie. Dès l'&ge de trenteil était par force d'une aussi parfaite indifférence beau sexe que le roi Charles X son mattre ; rpuni (on maître pour avoir, comme lui, trop plu dans sa . Pendant dix-huit ans l'idole du faubourg Saint- , il avait, comme tous les fils de famille, mené une pée, uniquement remplie de plaisirs. Son père, r la Révolution, avait retrouvé sa charge au retour rbons, le gouvernement d'un château royal, des ats, des yensions; mais cette fortune factice, le ince la mangea très-bien, demeurant le grand sei-^ l'il était avant la Restauration, en sorte que, quand n d'indemnité, les sommes qu'il reçut furent absorlô luxe qu'il déploya dans son immense hôtel, le i quil retrouva, et dont la plus grande partie était par sa belle-fille. Le prince de Gadignan mourut temps avant la révolution de Juillet, âgé de quatrept ans. Il avait ruiné sa femme, et fut longtemps atesse avec le duc de Navarreins, qui avait épousé

uES SECRETS DE LA PRINCESSE DE CADI6NAN i^

sa fille en premières noces, et auquel il rendit difficilement ses comptes. Le duc de Maufrigneuse avait eu des liaisons avecla duchesse d'Uxelles. Vers 1814, au moment où monsieur de Maufrigneuse atteignait à trente-six ans, la duchesse le voyant pauvre, mais très-bien en cour, hii donna sa fille qui possédait environ cinquante ou soixante mille livres d€ rente, sans ce qu'elle devait attendre d'elle. Mademoiselle d'Uxelles devenait ainsi duchesse, et sa mère savait qu'elle aurait vraisemblablementlla plus grande liberté. Après avoir eu le bonheur inespéré de se donner un héritier, le duc laissa sa femme entièrement libre de ses actions, et alla s'amuser de garnison en garnison, passant les hivers à Paris, faisant des dettes que son père payait toujours, professant la plus entière indulgence conjugale, avertissant la duchesse huit jours à l'avance de son retour à Paris, adoré de son régiment, aimé du Dauphin, courtisan adroit, un peu joueur, d'ailleurs sans aucune affectation ; jamais la duchesse ne put lui persuader de prendre une fîlle d'Opéra par décorum et par égard pour elle, disait-elle plaisamment. Le duc, qui avait la survivance de la charge de son père, sut plaire aux deux rois, à Louis XVIII et à Charles X, ce qui prouve qu'il tirait assez bon parti de sa nullité; mais cette conduitt, cette vie, tout était recouvert du plus beau vernis; langage, noblesse de manières, tenue offraient en lui la perfection; enfin les libéraux Taimaient. Il lui fut impossible de continuer les Cadignan qui, selon le vieux prince, étaient connus pour ruiner leurs femmes, car la duchesse mangea ellemême sa fortune. Ces particularités devinrent si publiques dans le monde de la cour et dans le faubourg Saint-Germain, que, pendant les cinq dernières années de la Restau ration, on se serait moqué de quelqu'un qui en aurait parlé^ comme s'il eût ^oulu raconter la mort de Turenne ou cell^ de Henri lY. Aussi pas une femme ne parlait-elle de ce charmant duc sans ^n faire l'éloge; il avait été parfait pour sa femme, il était difficile à un homme de se montrer aussi bien que Maufrigneuse pour la duchesse, il lui avait laissé la libre disposition de sa fortune, il l'avait défendue et soutenue en toute occasion. Soit orgueil, soit bonté, soit che-

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T&lerie, Monsieur de Maufrignense avait sauvé la ëuèhesse en bien des circoBStances où toute autre femme eftt péri» malgré son entourage, malgré le crédit de la vieille duché^ d'Uxelles, du due de NavarreinSf de vov beau-père et de la tante de son mari« Aujourd'hui le prince de Cadiguan passe pourundesbeauK caractères de Taristr sratie. Peut être la fidélité dans le besoin est-elle «ne des plus belles victoires que puissent remporter les eourtisms sur euxmêmes.

La ducheaae d'Uxelles avait quarante-cinq ana quand elle maria sa fille au duc de Maufrignense, die assistait d<mc depuis longtenq» sans jalousie et même avec intérêt lax succès de son ancien ami. Au moment du mariage de sa fille et du duc, elle tint une conduite d'une grande noblesse et qui sauva Timmoralité de cette combinaison. Néanmoins, la méchanceté des gens de cour trouva matière à raiUer, et prétendit que cette belle conduite ne coûtait pas grand'chose à la duchesse, quoique depuis cinq ans environ die se fût adonnée à la dévotion et au repentir des femmes qui ont beaucoup à se faire pardonner.

Pendant plusieurs jours la princesse se montra de plus es plus remarquable par ses connaissances en littérature. Elle abordait avec une excessive hardiesse les questions les plus ardues, grâce à des lectures diurnes et nocturnes poursuivies avec une mtrépidité digne des phis grands éloges. D'Arthez, stupéfait et inoubliable de soupçonner que Diane d'Uxdles répétait le soir ee qu'elle avait lu le matin, comme font beaucoup d'écrivains, la tenait pour une femme supérieure. Ces conversatioas éloignaient Diane du but, elle essaya de se retrouver sur le terrain des confidences d'où son amant s'était prudemment retiré; mais il ne lui fut pas très-facile d'y faire revenif ïn homme de cette (rempe une fois efi&rouché. Cependant, après un mois de campagnes liuérdres et de beaux discours platoniques, d'Arthez s'enhardit H vint tous les jours à trois heures. U se retirait à six beures, et reparaissait le soir à ueuf heures, pour rester jusqu'à minuit ou une heure du matin, avec la régularité d'un amaat plein d'impatience. La princesse se trouvait habillée avee

fàas OU moios de recberciie à l'heure où d'Arthet se pré* «entait. Cette mutuelle fidélité, les soins qu'ils prenaient d'euxnmêmes, tout en eux exprimait des sentiments qu'ils n'osaient s'avouer, car la princesse devinait à merveille que ee grand enfant avait peur d'un débat autant qu'elle en avait envie. Néanmoins d'Arthez mettait dans ses constantes déclarations muettes un respect qui plaisa^ infiniment à la princesse. Tons deux se sentaient chaque jour d'autant plus unis que rien de conveiw ni de tranché ne les arrêtait dans la marche de leurs idées, conmie lorsque, entre amants, il y a d'un côté des demandes formelles, et de l'autre une défense ou sincère ou coquette. Semblable à tous les hommes plus Jeunes que leur âge ne le comporte, d'Arthez était en proie à ces «émouvantes irrésolutions causées par la puissance des désirs et par la terreur de déplaire, situation à laquelle une jeune femme ne comprend rien quand elle la partage, mais que la prii^esse avait trop souvent fait nattre pour ne pas en savourer les plaisirs. Aussi Diane jouissaitelfe de ces délicieux enfantillages avec d'autant plus de diarme qu'elle savait Yâcsl comment ^ faire cesser. Elle ressemblait à un grand artiste se complaisant dans les lignes indécises d'une ébauche, sûr d'achever dans une heure d'inspiration le chef-d'œuvre aocore flottant dans les limbes de renfanteroent. Combien de fois, en voyant d'Arthez prêt à s'avancer^ ne 8e plut-elle pas à l'arrêter par un air imposant! Bile refoukit les secrets orages de ce jeune cœur, elle les soulevait, les apaisait par un regard, en tendant sa mai» à baiser, ou par des mots insignifiants dits d'une voix émue et attendrie. Ce manège, froidement convenu m» «s divinement joué, gravait son image toujours plus avant dans l'âme de ce spirituel écrivain, qu'elle se plaisait à rendre enfant, confiant, simple et presque niais auprès d'elle; mais elle avai^ aussi des retours sur elle-même, cl •! lui était alors impossible de ne pas admirer tant de grandeur mêlée à tant d'innocence. Ce jeu de grande coquette l'attachait elle-même insensiblement à son esclave. Enfin , Diane s'impatienta contre cet Épiclète amoureux, et quand elle crut l'avoir disi>osé à la plus entière crédulité, elle se mit en de-

^^fzvr..

fOS SCÈNES DE LA VIE PARISfENNE

voir de lui appliquer sur les yeux le bandeau le plus épais. Un soir, Daniel trouva la princesse pensive, un coude sur une petite table, sa belle tête blonde baignée de lumièrt par la lampe; elle badinait avec une lettre qu'elle faisait danser sur le tapis de la table. Quand d*Artbez eut biea , vu ce papier, elle finit par le plier et le passer dans sa ceifr tare.

— Qu'avez-vousT dit d'Arthez, vous paraissez inquiète.

— J'ai reçu une lettre de monsieur de Gadignan, répondît-elle. Quelque graves que soient ses torts envers moi, je pensais, après avoir lu sa lettre, qu'il est exilé, sans famille^ sans son fils qu'il aime.

Ces ïjaroles, prononcées d'une voix pleine d'âme, révélaient une sensibilité angélique. D'Artbez fut ému au dernier point. La curiosité de l'amant devint pour ainsi dire une curiosité presque psychologique et littéraire. Il voulut savoir jusqu'à quel point cette femme était grande, sur quelles injures portait son pardon, comment ces femmes du monde, taxées de frivolité, de dureté de cœur, d'égoïsme, pouvaient être des anges. En se souvenant d'avoir été déjà repoussé quand il avait voulu connaître ce i>œur céleste, il eut, lui, comme un tremblement dans la voix, lorsqu'en prenant It main transparente, fluette, à doigts tournés en fuseau de la belle Diane, il lui dit : — Sommes-nous maintenant assez amis pour que vous me disiez ce que vous avez souffert? Yoi anciens chagrins doivent être pour quelque chose dans cette rêverie.

— Oui, dit-elle en sifflant cette syllabe comme la plus douce note qu'ait jamais soupirée la flûte de Tulou.

Elle retomba dans sa rêverie, et ses yeux se voilèrent. Daniel demeura dans une attente pleine d'anxiété, pénétré de la solennité de ce moment. Son imagination de poète lui faisait voir comme des nuées qui se dissipaient lentemeni en lui découvrant le sanctuaire où il allait voir aux piedi de Dieu l'agneau blessé.

— Eh bien?... dit-il d'iine voix douce et calme.

Diane rej^arda le tendre solliciteur; puis elle baissa les yeux lentement en déroulant ses paupières par un mouve^

ment qui décelait la plus noble pudeur. Un monstre seul aurait été capable d'imaginer quelque hypocrisie dans l'ondulation gracieuse par laquelle la malicieuse princesse redressa sa jolie petite tête pour plonger encore un regard dans les yeux avides de ce grand homme,

— Le puis-jeT le dois-je? fit-elle en laissant échapper u< geste d'hésitation et regardant d'Arthez avec une sublimi expression de tendresse rêveuse. Les hommes ont û peu de foi pour ces sortes de choses! ils se croient si peu obligés à la discrétion t

— Ah! si vous vous défiez de moi, pourquoi suis-je idî s'écria d'Arthez.

— Ehl mon ami, répondit-elle en donnant à son excla* mation la grâce d'un aveu involontaire, lorsqu'elle s'attache pour la vie, une femme calcule-t-elle? Il ne s'agit pas de mon refus (que puis-je vous refuser?), mais de l'idée que vous aurez de moi, si je parle. Je vous confierai bien l'étrange situation dans laquelle je suis à mon âge; mais que penseriez-vous d'une femme qui découvrirait les plaies secrètes du mariage, qui trahirait les secrets d'un autre? Turenne gardait sa parole aux voleurs; ne dois-je pas à mes bourreaux la probité de Turenne?

— Avez-vous donné votre parole à quelqu'un ?

— Monsieur de Cadignan n'a pas cru nécessaire de me demander le secret. Vous voulez donc plus que mon âme? Tyran ! vous voulez donc que j'ensevelisse en vous ma probité, dit-elle en jetant sur d'Arthez un regard par lequel elle donna plus de prix à celte fausse confidence qu'à toute sa personne.

-* Vous faites de moi un homme par trop ordinaire, si de moi vous craignez quoi que ce soit de mal, dit-il aeec une amertume mai déguisée.

— Pardon, mon ami, répondit-elle en lui prenant la main, la regardant, la prenant dans les siennes et la caressant en y traînant les doigts par un mouvement d'une excessive douceur. Je sais tout ce que vous valez. Vous m'avez raconté toute votre vie, elle est noble, elle est bellesi elle est sublime, elle est digne de votre nom; peut-être, en

liO SCÈNES DK LA ¥IB PARISIENNE

retour, voua dois-je la mienne. Mais j'ai peur en ce m^ ment de déclicir à vos yeux en tous racontant des secieto qui ne sont pas seulement les miens. Puis peut-être ne croirei-YOus pas, vous, homme de solitude et de ^poéaÂe^ aux horreurs du monde. Âhl vous ne savez pas qu'en kventant vos drames, ils sont surpassés par e&a qui se jouent dans les familles en apparence les plus urnes. Ywis ignorez retendue de certaines infortunes dorées.

— ie sais tout, s*écrit-t-il.

— Non, reprit-elle, vous ne savez rien. Une fille d«telle jamais livrer sa mère ?

En entendant ce mot, d'Ârthez se trouva comme im homme égaré par une nuit noire dans les AJpes, et qui, aux premières lueurs du matin, aperçoit qu'il en^an^ un précipice sans fond. Il regarda la princesse d'un air hébété, il avait froid dans le dos. Diane crut que cet homme de génie était un esprit faible, mais elle lui. vit un éclat dans le^ yeux qui la rassura.

— Enfin, vous êtes devenu pwir moi presque un juge, dit-elle d'im air désespéré. Je puis parler, en vertu du droit qu'a tout être calomnié de se montrer dans son innoceaice. J'ai été, je suis encore (si tant est qu'on se souvienne d'une pauvre recluse forcée par le monde de renoncer au monde) accusée de tant de légèreté, de tant de mauvaises dioses, cpi'il peut m'être permis de me poser dans le cœur où je trouve un asile de manière à n'en être pas chassée. J'ai toujours vu dans la justification une forte atteinte faite à l'innocence, aussi ai-je toujours dédaigné de parler. A qw d'ailleurs pouvais-je adresser la parole ? On ne doit ecmôer ces cruelles chose.» qu'à Dieu ou à quelqu'un qui nous semble bien près de lui, un prêtre, ou un autre nousHmôme. Eh bien! si mes secrets ne sont pas là, dit-elle en appuyant la main sur ie cœur de d'Àrtliez, comme ils étaient ici... (elle fit fléchir sous ses doigts le haut de son buse) vous ne serez pas le grand d'Arthez, j'aurai été trompée (

Une larme mouilla les yeux de d'Arthez, et Diane dévora cette larme par un regard de côté qui ne fit vaciller ni sa prunelle ni sa paupière. Ce fut leste et net como^ un gesid

LES SECRETS DE LA PaiNGBSSB DE GADIGNAN 111

ie chatte prenant une souris. D'Ârthez, pour la première fois, après soixante jours pleins de protocoles, osa prendre cette main tiède et parfumée, il la porta sous ses lèvres, il y nût un iùQt baiser traîné depuis le poignet jusqu'aux ongles avec une si délicate volupté que la princesse inclina sa tète en augui mt très-bien de la littérature. «Elle pensa que les hommes de génie devaient aimer avec beaucoup plus de perfection qvti n'aiment les fats, les gens du monde, les diplomates et même les nnlitaires, qui cependant n'ont que cela à faire. Elle était connaisseuse, et savait que le caractère amoureux se signe en quelque sorte dans des riens. Une femme instruite peut lire son avenir dans un simple geste, comme Cuvier savait dire en voyant le fragment d'une patte: Ceci appartient à un animal de telle dimension, avec ou sans cornes, Carnivore, herbivore, amphibie, etc., âgé de tant de mille ans. Sûre de rencontrer chez d'Arthez autant d'imagination dans l'amour qu'il en mettait dans son style, elle jugea nécessaire de le faire arriver au plus haut degré de la passion et de la croyance. Elle retira vivement sa main par un magnifique mouvement plein d'émotions. Elle eût dit: Finissez, vous allez me faire mourir ! elle eût parlé moins éttcrgiquement. Elle resta pendant un moment les yeux dans les yeux de d'Arthez, en exprimant tout à la fois du bonheur, de la pruderie, de la crainte, de la confiance, de la langueur, un vague désir et une pudeur de vierge. Elit n'eut alors que vingt ans ! Mais comptez qu'elle s'était préparée à cette heure de comique mensonge avec lin art inouï dans sa toilette ; elle était dans son fauteuil comme une fleur qui va s'épanouir au premier baiser du soleil. Trompeuse ou vraie, elle enivrait Daniel. S'il est permis de risquer une opinion individuelle, avouons qu'il serait délicieux d'être ainy trompé longtemps. Certes, souvent Talma, sur la scène, a été fort au-dessus de la nature.Mais la princesse deCadignan n'est-elle pasla plus grande comédienne de ce temps ? Il ne manque à cette femme qu'un parterre attentif. Malheureusement, dans les époques tourmentées par les orages politiques, les femmes disparaissent comme les lis des eaux, qui, pour fleurir et s'étaler à nos regards

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ravis, ont besoin d*un ciel pur et des plus tièdeâ zéphyrs»

L'heure était venue, Diane allait entortiller ce grand homme dans les lianes inextricables d'un roman préparé de longue main, et qu'il allait écouter comme un néophyte des beaux jours de la foi chrétienne écoutait i'épttre *d'un apôtre.

— Mon ami, ma mère, qui vit encore à Uxelles, m'a mariée à dix-septans, en 1814 (vousvoyezque je suisbien vieille), à monsieur de Maufrigneuse,non pas par amour pour moi, mais par amour pour lui. Elle s'acquittait, envers le seul hommequ'elle eût aimé, de tout le bonheur qu'elle avait reçu de lui. Oh! ne vous étonnez pas de celte horrible combinaison, elle a lieu souvent. Beaucoup de femmes sont plus amantes que mères, comme la plupart sont meilleures mères que bonnes femmes. Ces deux sentiments, l'amour et la maternité, développés comme ils le sont par nos mœurs, se combattent souvent dans le cœur des fenmes ; ii y en a nécessairement un qui succombe quand ils ne sont pas égaux en force, ce qui fait de quelques femmes exceptionnelles la gloire de notre sexe. Un homme de votre génie doit comprendre ces choses qui font l'étonnement des sots, mais qui n'en sont pas moins vraies^ et, j'irai plus loin, qui sont justifiables par la différence des caractères, des tempéraments, des attachements, des situations. Moi, par exemple, en ce moment, après vingt ans de malheurs, de déceptions, de calomnies supportées, d'ennuis pesants, de plaisirs creux, ne serais-je pas disposée à' me prosterner aux pieds d'un homme qui m'aimerait sincèrement et pour toujours? Eh bien! ne serais-je pas condamnée par le monde ? Et cependant vicgt ans de souffrances n'excuseraient-ils pas une douzaine d'années qui me restent à vivre encore belle, données à un saint et pur amour ? Gela ne sera pas, je ne suis pas assez sotte que de diminuer mes mérites aux yeux de Dieu. J'ai porté le poids du jour et de la chaleur jusqu'au soir, j'achèverai ma journée, et j'aurai gagné ma récompense...

— Quel ange 1 pensa d'Ârlhez.

—Enfin, je n'enai jamaisvoulu à la duchesse d'Uxelles d'avoir plus aimé monsieur de Maufrigneuse que la pauvrf

Diane que Toici. Ma mère nf avait très-pea vue; elle m'avail oubliée; mais elle sTest mal conduite enTers moi, de femme à femme ^ en sorte que ce qui est mal de femme à femme deriefit horrible de mèreà ÔHe. Les mères qui mènent une vie eoome ceHIs àe k duchesse d'fheTles tiennent leurs filles Min belles, je suis donc entrée dans le morfde quinze jours avant mon ananAge. Jugez de monr lunocenee 1 Je ne savais rien, j'étais incapdtyle de deviner le secret de cette alliance, /'arafs une befïe fortune, soixante mille livres de rente en forêts, que la Révottition avait oubKé de vendre en Nivernais ou tt^avait pu vendre et qui dépendaient du beau château d'^Anzy; monsieur de Maufngncuse était cribïé de dettes. Si plus tard f ai appris ce que c'était que (f avoir des dettes, fîgnorai» alors trop complètement la vie pour le soupçonner. Les écoRoraies faites sur ma fortune servirent à pacifier les aigres de mon mari. Ifonsieinr de Maafrfgneuse avait t/entehutl ans quand je Fépousai, mais ces années étaient comme celles des campagnes des militaires, elles devaient compter cfeuble. Aht il avait bien plus de soixante-seize ans. A quantité ans, ma mère avait encore des prétentions, et je me suis trouvée entredeux jalot»ies. Quelle vie ai-je menée pendant dix ans?,.. Ah! si Fou savait ce que sonftaît cette pauvre jwfite femme tant soupçonnée ! Être gardée par une mère jalouse de sa fille ! IMeuf... Vous autres quifisiites des drames» vwts n'en inventerez jamais un aussi noir, aussi cruel que €«liii-là. Ordinairement, d'après le peu (^e je sais de la Ht- Sératore, un drame est une suite d^ actions, de discours, de ttouvements qui se précipitent vers une catastrophe; mais €» dont je vous parle est la phis horrible catastrophe en ao« tîon I C'est favalanehe tombée le malin sur vous qui retombe le soir, et qui retombera le lendemain. J'ai firoid an moment oà je vous parie et oft je vous éclaire la caverne sams issue, froide et sombre dans laquelle f ai vécu. S'il faut tout vous dSfè, la naissance de mon pauvre enf-nit, qui d'ailleurs est tout moi-même... vous avez dû être fn^pé de st ressemblanee avec moi T c^est mes cheveux, mes yeux, b coupe de mon visage, ma bouche, mon sourire, mon men> too, mes dents. •• eh bien f sa naissance est un hasard ou le

iU SCÈNES DE LA VIE PARISIENNE

fail d'une convention de ma mère et de mon mari. Je sait restée longtemps jeune fille après mon mariage, quasi dé* laissée le lendemain, mère sans être femme. La duchesse se plaisait à prolonger mon ignorance, et, pour atteindre à ce but, une mère a près de sa fille d'horribles avantages, iloi, pauvre petite, élevée dans un couvent comme une rose inystique, ae sachant rien du mariage, développée fort tard je me trouvais très-heureuse; je jouissais de la bonne intelligence et de l'harmonie de notre famille. Enfin j'étais entiè* rcment divertie de penser à mon mari, qui ne me plaisait guère et qui ne faisait rien pour se montrer aimable, par les premières joies de la maternité ; elles furent d'autant plus vives que je n'en soupçonnais pas d'autres. On m'avait tant corné aux oreilles le respect qu'une mère se devait à ellemême I Et d'ailleurs, une jeune fille aime toujours èi jouer à la maman. A l'âge où j'étais, un enfant remplace alors la poupée. J'étais si fière d'avoir cette fleur, car Georges élaitbeau... une merveille 1 Comment songer au monde quand on a le bonheur de nourrir et de soigner un petit ange! J'adore les enfants quand ils sont tout petits, blancs et roses. Moi, je ne voyais que mon fils, je vivais avec mon fils, je ne Jlaissais pas sa gouvernante l'habiller, le déshabiller, le Càanger. Ces soins, si ennuyeux pour les mères qui ont des régiments d'enfants, étaient tout plaisir pour moi. Mais après trois ou quatre ans, comme je ne suis pas tout à fait sotte, malgré le soin que l'on mettait à me bander les yeux, Is lumière a fini par les atteindre. Me voyez- vous au réveil, quatre ans après, en 1819? Les Detix frères ennemis sont une tragédie à l'eau de rose auprès d'une mère et d'une fille placées comme nous le fûmes alors, la duchesse et moi ; je les ai bravés alors, elle et mon mari , par des coquetteries |>ubliques qui ont fait parler le monde... lAeu sait ^mmet Fous comprenez, mon ami, que les hommes «vec lesquels {étais soupçonnée de légèreté avaient pour moi la valeur lu poignard dont on se sert pour frapper son ennemi. Préoccupée de ma vengeance, je ne sentais pas les blessures que p me portais à moj-mème. Innocente comme un enfant, je passais pour une femme perverse, pour la plus mauvaise

femme du monde, et je n'en savais rien. Le monde estbieo sot, bien aveugle, bien ignorant; il ne pénètre que les secrets gui Tamusent, qui servent sa méchanceté; les choses les plus grandes les plus nobles, il se met la main sur les yeux pour ne pas ies voir. Mais il me semble que, dans ce lemps, j^ai eu des regards, des atiitudes d'innocence révoltée; des mouvements de fierté qui eussent été des bonnes fortuiies pour de grands peintres. J'ai dû éclairer des bals par les tempêtes de ma colère, par les torrents de mon dédain. Poésie perdue 1 on ne fait ces sublimes poèmes que dans l'indignation qui nous saisit à vingt ans ! Plus tard oq ne s'indigne plus, on est las, on ne s'étonne plus du vice, on est lâche, on a peur. Moi, j'allais, oh! j'allais bien. J'ai joué le plus sot personnage au monde; j'ai eu les charges du crime sans en avoir les bénéfices. J'avais tant de plaisir à me compromettre I Ah t j'ai fait des malices d'enfant. Je suis allée en Italie avec un jeune étourdi que j'ai planté là quand il m'a parlé d'amour; mais quand j'ai su qu'il s'était compromis pour moi (il avaii fait un faux pour avoir de l'argent!), j'ai couru le sauyer. Ma mère et mon mari, qui savaient le secret de ces choses, me tenaient en bride comme une femme prodigue. Oh! cette fois, je suis allée au roi. Louis XVIII, cet homme sans cœur, a été touché ; il m'a donné cent mille francs sur sa cassette. Le marquis d'Esgrignon, ce jeune homme que vous avez peut-être rencontré dans le monde et qui a fini par faire un très-riche mariage, a été sauvé de l'abîme où il s'était plongé pour moi. Cette aventure, causée par ma légèreté, m'a fait réfléchir. Je me suis aperçue que j'étais la première victime de ma vengeance. Ma mère, mou mari, mon beau-père avaient le monde pour eux, ils paraissaient protéger mes Colies. Ma mère, qui me savait bien trop fière, trop grande, trop d'Uxelles pour me conduire vulgairement, fut alors épouvantée du mal qu'elle avait fait. Elle avait cinquante deux ans, «lie a quitté Paris, elle est allée vivre à Uxelles. Elle se répent maintenant de ses torts, elle les expie par la dévotion la plus outrée et par une affection sans bornes pour moi. Mais, en 1823, elle m'a laissée seule et face à face avec monsieur de Maufrigneuse.

fi6 SCÈNES DB LA YIB ^ARISfËiffNE

OfaF MOD ami, vou» aulres hommes, ^ous ne pouvez savoir ce qu'est on Tieil bomme à bonae» fortunes. Qne! întérieor npateeeM A* un bemAie aiceoutiHné aux adorafroi» des femmes an mondes, qui ne tronve m encens, ni encen^Km* chez Im, mort à iauty et jadoax par eekt mêmet fsi TfHxm, quand mofisieup àe MiEHifrignetise a été totit à mot, j'aî Toaki être une bonse fanme; mais je me suis henrtée â tonte» les aspérités d'un esprit chagrin, à loatcs fes fentaBsie» âe f hnpnissanee, aux poériflicés de la niaiserie, â tontesi les Tanités de la «ifiisance, à un hcmme quf étarC enfin la plus ennuyeuse élé^gie du monde, et qtrr me traitait comme tme peiTfte ftlle, qui se plaisait à hamilier moir araonr-propre S towt proposv à m* aplatidP so«s. les coups de sott expérience, à me prouver que j'Ignorais lont. Il me WtessaH à chaque instant. Enfin il a tmit fait pour se faire prendre en détestation et me do»ner le droit de le trahir; mais f ai été la dupe de mo9 coeur et; de moa envie de bien faire pendant tnns ou quatre annexes 1 Sèvez-vems le mot inftfme qui m'a taât fah-e d'autres folie»! Inventerez-vous jamais le sublime des calomnies éSs monde t — La duchesse de Manfrignense est revenue à son mari, se disait-on. — Bah F c'est par dépravation , e^est un triomphe que de ranimer les morts , elle n'armât plto que cela à fahre, a répondu ma meilleure amie, une parente, cdle cher qui j^ai eu le bonheur de vous reneontrer.

— Madame d^spafd P s'écria^ Daniel en faisant un gesie d'horreur.

-— Oh ! je luf ai pardonné^, nvon ami. I]l*abord, le mot eai excessivement spirituel, et peut-être ai-je dit moî-méme ée plus cruelles éprgramtmes sur de pauvres féfmmes tout aussi pores que je l'étais.

D'Artliez rebaisa la main de cette sainte femmeqttt, ecprH «; o%.«î». gervi une mère hachée en morceaux, avoir Mt (fti Cadîgnan, que vous connaissez, su OtheUo à triple mettait eile-méme en capifotade et se donnait des de se donna* aux yeux du candidte écrivain eetie que la jrfus niaise des femmes essaye d^oflhr' i k son amant*

LES SECRETS DE LA PaiNCESSB DE CâDIGNAN 117

. — Vous coaipreaes^ mon «mi, <}«e je «ûs- rentréedans le jnonde arec éclat et j^wt y Caire des édaU. J'ai mùÀ là des IttUes nouvelles, il a faMn 40oqti^ir moii iiMié(«endMioe ^ii neutraliser monsieur de Tifaufrigoeuse. J'ai donc onené pur d'autres raisons une vie dissipée. Pour n'étourdir, pottr<wblier la vie réelle par une vie fiaatastâqM, j'ai iN'illé,, j'ai donné des fêles, j'ai fait la princesse, et j'ai fait des dettes. Chez moi, je m'oubliais dans le sommeil delaiati^e, je renaissais belle, gaie, folle pour le monde; mais, à cette trisie lutte de la fantaisie contre la r'^alité^ j'ai mangé ma fortune. La révolte de 1S30 est arrivée, au moment où je rencon» trais au bout de cette existence des Mille et une l!luits l'a* mour saint et pur que (je suis franche 1) je désirais connaître. Avouez-le 1 n'était-ce pas naturel chez une femme dont le coeur comprimé par tant de causes et d'accidents se réveillait à fâge où la femme se sent trompée* et où je voyais autour de moi tant de femmes heureuses par l'amour. Ah 1 pourquoi Michel Ghrestien fut-il si respectueux ? Il y a eu là encore une raillerie pour moi. Que voulez-vous? En tombant, j'ai tout perdu, je n'ai en d'illusion sur rien ; j'avais tout pressé, hormis un seul fruit pour lequel je n'ai plus ni goût, ni dents. Enfin, je me suis trouvée désenchantée du monde quand fl me fallait quitter le monde. Il y a là quelque ctiose de providaitiel, comme dans les insensibilités oui Doas f}Téparent à la mort. (Elle fît un geste plein d'oncttoo religieuse.) — Tout alors m'a servi, reprit-elle, les désastres de la monarchie et ses ruines m'ont aidée à m'enseveiir. Mon fis me eonsole de bien des choses. L'amour maternel nous rend tous les autres sentiments trompés) Et le monde s'étonne de ma retraite ; mais j'y ai trouvé la félicité. Oh ! si vous saviez combien esî heureuse ici la pauvre créature qui est 14 dev«at ;ous ! En sacrifiant tonti^ mon fils, jottblîe les bonheurs que j'ignore et que j'ignorerai toufours. Qui pourrait eroire que la vie se traduit, pour la prineesse de Cadignan, par une mauvaise suit de mariage ; et tomes les aventures qu'on kn pr^e, par un défi de petite fiUe à deux épouvantables passions? Mais personne. Aujourd'fatt j'ai feur de tout. Je fepousserai sans doute un senti-

il8 SCÈNES DE LA VIE PARISIENNE

ment vrai, quelque véritable et pur amour, en souvenir de tant de faussetés, de malheurs ; de même que les riches attrapés par des fripons qui simulent le malheur repoussent une vertueuse misère, dégoûtés qu'ils sont de la bienfai** sance. Tout cela est hbrrible, n'est-ce pas? mais, croyezmoi, ce que je vous dis est l^istoire de bien des femmes*

Ces derniers mots furent prononcés d'un ton de plaisanterie et de légèreté qui rappelait la femme élégante et mon queuse. D'Arthez était abasourdi. A ses yeux, les gens que les tribunaux envoient au bagne, qui pour avoir tué, qui pour avoir volé avec des circonstances aggravantes, qui pour s'être trompés de nom sur un billet, étaient de petits saints, comparés aux gens du monde. Cette atroce élégie, forgée dans Tarsenal du mensonge et trempée aux eaux du Styx parisien, avait été dite avec l'accent inimitable du vrai, L'écrivain contempla pendant un moment cette femme adorable, plongée dans son fauteuil, et dont les deux mains pendaient aux deux bras du fauteuil, comme deux gouttes de rosé e à la marge d'une fleur, accablée par cette révélation, abîmée en paraissant avoir ressenti toutes les douleurs de sa vie à les dire, enfin un ange de mélancolie.

— Et Jugez, fit-elle en se redressant par un soubresaut et levant une de ses mains et lançant des éclairs par les yeux OÙ vingt soi-disant chastes années flambaient, jugez quella impression dut faire sur moi l'amour de votre ami ; mais par une atroce raillerie du sort... ou Dieu peut-être... car alors, je l'avoue, un homme, mais un homme digne de moi, m'eût trouvée faible, tant j'avais soif de bonheur! Eh bieij, il est mort, et mort en sauvant la vie à qui?... à monsieur de Cadignant Étonnez-vous de me trouver rêveuse...

Ce fut le dernier coup, et le pauvre d'Arthez n'y tint pas ; il se mit à genoux, il fourra sa tète dans les mains de la princesse, et il y pleura, il y versa de ces larmes douces que répandraient les anges, si les anges pleuraient. Comme Daniel avait la tête là, madame de Cadignan put laisser errer sur ses lèvres un malicieux sourire de triomphe, un sourire qu'auraient les singes en faisant un tour supérieur, si les

singes riaient. — Ah I je le tiens, pensa-t-elle ; et elle le tenait bien en effet.

— Mais, vous êtes... dit-il en relevant sa belle léte et It regardant avec amour.

— Vierge et martyre, reprit-elle en souriant de la vulgarité de cette vieille plaisanterie, mais en lui donnant un sens charmant par ce sourire plein d'une gaieté cruelle. Si vous me voyez riant, c'est que je pense à la princesse que connaît Je monde, à cette duchesse de Maufrigneuse à qui Ton donne et de Marsay, et l'infâme de Trailles, un coupe-jarret politique, et ce petit sot de d'Esgrignon, et Rastignac, Rubempré, des ambassadeurs, des ministres, des généraux russes, que sais-je? l'Europe ! On a glosé de cet album que j'ai fait faire en croyant que ceux qui m'admiraient étaient mes amis. Ah ! c'est épouvantable. Je ne comprends pas comment je laisse un homme à mes pieds ; les mépriser tous, telle devrait être ma religion.

Elle se leva, alla dans l'embrasure de la fenêtre par une démarche pleine de motifs magnifiques.

D'Anhez resta sur la chauffeuse où il se remit, n'osant suivre la princesse, mais la regardant; il l'entendit se mouchant sans se moucher. Quelle est la princesse qui se mouche? Diane essayait l'impossible pour faire croire à sa sensibilité. D'Arthez crut son ange en larmes, il accourut, la prit par la taille, la serra sur son cœur.

— Non, laissez-moi, dit-elle d'une voix faible et en murmurant, j'ai trop de doutes pour être bonne à quelque chose. Me réconcilier avec la vie est une tâche au-dessus de la force d'un homme.

— Diane I je vous aimerai, moi, pour toute votre vie perdue.

— Non, ne me parlez pas ainsi, répondit-elle. En ce mofncnt je suis honteuse et tremblante comme si j'avais commis ies plus grands péchés.

Elle était entièrement revenue à l'innocence des petites filles, et se montrait néanmoins auguste, grande, noble autant qu'une reine. Il est impossible de décrire l'effet de co manège, si habile qu'il arrivait à la vérité pure sur une âme

120 êCtUEê DE Là. VII PARIfiJEUJIX

maure et franche comme celle àe d'Ârttiez. Le grand éeri* Tain resta muet d'admiration , passif dans cette embrasure de fenêtre, «Uendantun mot, tandis que ia |>rlncesse attendair un baiser; mais elle était trop sacrée pour luL Quand elle eut froid, la (yrincesse alla reprendre sa poàilk«,aar soiï fiauteiiU, elle «Tait les pieda gelés*

T- Ce sera bien long, pensai^elle em veg^^âsaol Danîd k front haut et la tète sublime de vertu.

-— Est-ce une femme? ee demandait ce pmfond obséda» tour du cœur humain. Coma ent s'y prendre avec elle ?

Jusqu'à deux heures du matin, ils passèrent le tempa à aa dire des bêtises que les femmes de génie, comme est la priacesse, savent rendre adorables. Diane se prétendit trop détruite, trop vieille, trop passée ; d'Arthez lui prouva, ce dont elle était convaincue, qu'elle avait la peau la plus délicate, la plus délicieuse au touclier, la plus blanche nu regard, la plus parfumée ; elle était jeune et dans aa fleur. Ils disputèrent beauté à beauté^ détaft à détail, par des : — Croyez-vous? — Voua êtes fbu- — C'est le déalr ! — Dana quinze jours, vous me verrez telle que je suis. — Enfin, je vais vers quarante ans. Peut*on aimer une ai vialle femme? ^^ D'Arthez lut d'une éloquence impétueuse et lycéenne, bardée des éplthètes les plus exagérées. Quand la princesse entendit ce spirituel écrivain disant des sottises de aouslieutenant amoureux, elle l'écouta d'un air absorbé, tout attendrie, mais riant en elle-même»

Quand d'Artbez fut dans la rue, il se demanda s'il n'aurait pas dû être moins respectueux. Il repassa dans sa mémoire ces étranges confidences qui naturellement ont été fort abrégées ici, elles auraient voulu tout un livre pour être rendues dans leur abondance melliflue et avec les façons dont elles furent aocompagnées. La perspicacité rétit>spective de cet homme ai naturel et si profond fut mise en défaut par le naturel de ce roman, par sa profondeur, par raoceat de la princesse.

— C'est vrai, se disait-il sans pouvmr dormir, il y a de ces drames-là dans le monde ; le monde wafre de semblables horreurs sous les fieui^ de son él^ance, aoua les

LCS SECRErs BE lA P&IMCfiSSG DE CABItGNAN ^21

bnoderies^e &es wédisaQeeft, sous Tespril^eses récite. Nous B'mTeBtQBS j«HUiig «que k yuai. Pauvi^ Oksie 1 Miehei avait pressenti cette énigme, il disait que sous cette couéhe de g]Ace il' y jèNsàl des vokansi fit Siaackaa, Basiigiuic, ont i^isMi ; ^fiiaiid Ha InmiiiBe peut ceafiondite les frasudeurs de fÂdéal «et les jouissances du <désir, en sâmmt tune feusme à ydies mauères, pleine d'esprit, de délkateese, 4)e doit être un bonheur sans «om. «^ Et il eoodait en lyt-mème son «rnour, «t il le trcMivait màni.

Le leadenudm, sur les deax beires, madame d'Ëspard, qui depuis plus d'un mois ne venait phis la princesse, et B'«vaii pas reçu d'elle vu seibl traltue mot, vint amenée par uae eseessive cvriosité. Rien de pdua faiâisant que la con- Tersation de ces deux fines «oiletiwes p^adant la preml^^ demi-heure. Diane d'Uxelles se gardait, comme de porter une r(^ jaune, idepcgrlez de d'Aitln^. Lainarquise tournait autour de eette question cdnune un Bédouin autour d'uae riche caravane. Diane s'amusait, la marquise enrsugeait. Diane attendait, elle voukût utiliser son amie, et s'en faire un chien de chasse. De «ces deux femmes «i célèbres dajas le Blonde actuel, l'uoe était pUs Sorte que l'aulre. La princesse dominait de toute la tête la* marquise, et la marquise i\bcoimaissait inténeiuremi^it cette supériorité. Là, peut-être, était le secret de eette amitié* La plus Caille se tenait tapie dans son faux attachement pour épier l'heure si longtemps attendue par tous les ailles, de sauter è. la ff>r^e des forts, et leur imprimer la marque d'une joyeuse morsure. Diane y Toyait clair. Le monde entier était la dupe des «âiineries de ees (i^iK amies. A l'instant où la princesse aperçut une interrogation sur les lèvi^s de sœ amie, elle lui dit : — £h iHen, ma «chère, je tous dois un iKuibeur complet, inunense^ îoéîni^ céleste.

— Que voulez-wus dire?

— Vous souvenez-vous de ee que nous rttniiniou&, tl y a tfimmois, <iansce petit jardin, sur,^t)iàac, au soleil, sous le jasmin? Ahl il n'y a <<p»e leâ gens de génie qui sadient aimer, i'ai^liquerais volontiers à mon grand Daniel d'Arthes le mot du duc d'Albe à Catherine de Médieis : La

iSS SCÈNES DE LA VIE PARISIENNE

tête d'uD seul saumon vaut celle de toutes les grenouilles*

— Je ne m'étonne point de ne plus vous v^ir, dit madame d'Espard.

— Promettez-mbi) si vous le voyez, de ne pas lui dire un mot de moi, mon ange, dit la princesse en prenant la main de la marquise. Je suis heureuse, oh I mais heureuse au delà de toute expression, et vous savez combien dans 1a monde un mot, une plaisanterie vont loin. Une parole tue^ tant on sait mettre de venin dans une parole ! Si vous saviez combien, depuis huit jours, j'ai désiré pour vous une semblable passion 1 Enfin, il est doux, c'est un beau triomphe pour nous autres femmes que d'achever notre vie de femme, de s'endormir dans un amour ardent, pur, dévoué, complet, entier, surtout quand on l'a cherché pendant ii longtemps.

— Pourquoi me demandez-vous d'être, fidèle à ma meilleure amie? dit madame d'Espard. Vous me croyez donc capable de vous jouer un vilain tour î

— Quand une femme possède un tel trésor, la crainte de le perdre est un sentiment si naturel qu'elle inspire les idées de la peur. Je suis absurde, pardonnez-moi, ma chère.

Quelques moments après, la marcpiise sortit; et, en la voyant partir, la princesse se dit : Comme elle va m'arranger! puisse-t-elle tout dire sur moi; mais pour lui épargner la peine d'arracher Daniel d'ici, je vais h lui envoyer.

À trois heures, quelques instants après, d'Ârthez vint. Au milieu d'un discours intéressant, la princesse lui coapa net la parole, et lui posa sa belle main sur le bras.

** Pardon, mon ami, lui dit-elle en l'interrompant, mais j'oublierais cette chose qui semble une niaiserie, et qû cependant est de la dernière importance. Vous n'avez pas mis le pied chez madame d'Espard depuis le jour miHe fois heureux où je vous ai rencontré ; allez-y, non pas pour vous ni par politesse, mais pour moi. Peut-être m'en aveavous fait une ennemie, si elle a par hasard appns que depuis 6on dtner vous n'êt^ pour ainsi dire pas sorti de chez moi.

D'ailleurs, mon ami, je n'aimerais pas à vous voir abandonnant VOS relations et le monde, ni vos occupations et vos ouvrages. Je serais encore étrangement calomniée. Que De dirait-on pas? je vous tiens en laisse, je vous absorbe, je crains les comparaisons, je veux encore faire parler de moi, je m'y prends bien pour conserver ma conquête, en sachant que c'est la dernière. Qui pourrait deviner que vous êtes mon unique ami ? Si vous m'aimez autant que vous dites m'aimer, vous ferez croire au monde que nous sommes purement et simplement frère et sœur. Continuez.

D'Arthez fut pour toujours discipliné par TinefFable douceur avec laquelle cette gracieuse femme arrangeait sa robe pour tomber en toute élégance. Il y avait je ne sais quoi de fin, de délicat dans ce discours qui le toucha aux larmes. La princesse sortait de toutes les conditions ignobles et bourgeoises des femmes qui se disputent et se chicanent pièce à pièce sur Ses divans, elle déployait une grandeur inoute; elle n'avait pas besoin de le dire, cette union était entendue entre eux noblement. Ce n'était ni hier, ni demain, ni aujourd'hui ; ce serait quand ils le voudraient l'un et l'autre, sans les interminables bandelettes de ce que les femmes vulgaires nomment un sacrifice ; sans doute elles savent tout ce qu'elles doivent y perdre, tandis que cette fête est un triomphe pour les femmes sûres d'y gagner. Dans cette phrase, tout était vague comme une promesse, doux comme une espérance et néanmoins certain comme un droit. Avouons-le î Ces sortes de grandeurs n'appartiennent qu'à ces illustres et sublimes trompeuses, elles restent royales encore là où les 'emmes deviennent sujettes. D'Arthez put alors mesurer la distance qui existe entre ces femmes et les autres. La princesse se montrait toujours digne et belle. Le secret de celte noblesse est peut-être dans l'art avec lequel les grandes dames savent se dépouillei de leurs voiles; elles arrivent à être, dans cette situation, comme des statues antiques, si elles gardaient un chiffon, elles seraient impudiques. La bourgeoise essaye toujours de s'envelopper.

Enharnaché de tendresse, maintenu par les plus splendides vertus, d'Arthez obéit et alla chez madame d'Espard

124 SC£JfE6 08 LA ViC PARItglllflIC

qui dépl4iya p^ur lui ses plus ebannaoleB co^etterieB. Li marquise se^rda bieo de dire â d'ArâM» un TB0t4e U princesse, elle le pria BeuleMBot à dioer ptur w pneekaBo jour.

D'Artbèz fit oe jo«r-ià Mmbremt twn y gw e . La iBarquise amt invité ftasdgiiac, Moadet, le marquis 4*Âdjnda Pioto, Maxime «de TraiHes, ie marquis d'Esgrignoii, les deux VMdeoease, du Tiilet , un des plus i^es besqvfters de Paris, èe banm de Kocingen, Naltian, tadyllhidley, éem des plus perfides aUacbé&d*ani1»aesade, el le èhevalKer d'Bspard, TuD deâ plus pneimids personnages de ce sth», la moitié de la politique de sa Mie-sœur.

Ce fut en riant que Maxime de Trailies dit à d'Ârthez :

— Vous voyez beaucoup la princesse de GadignanT

D* Arthez fit en répouse k celte question une sèche incli* nation de tCte. Maxime de Trailies était un bravo d'ua ordre supérieur, sans foi m loi, capable de tout, ruinant les femmes qui s'attachaient à lui, leur faisant mettre leurs diamants en gage, mais couvrant cette conduite d'un vemif brillant, de manières charmantes et d*un esprit satanique. Il inspirait à tout le monde une crainte et un mépris é^; mais comme personne n'était assez hardi pour lui témoi|gner autre chose que les sentiments les plus courtois, il ne pouvait s'apercevoir de rien, ou il se prêtait à la dissimulatioB générale. U devait au comte de Marsay le dernier de^ré (félévatton auquel il pouvait arriver. De Marsay, qui cod- Baissait Maxime de longue main^ l'avait jugé capable de remplir certaines fonctions secrètes et diplomatiques qu'il lui donnait, et desquelles il s'acquittait à merveille. D'Arthez était depuis quelque temps assez mêlé aux afiiedres po- Mtiques pour connaître à fond le personnage, et lui seul peut-être avait un caractère assez élevé pour exprimer tocC haut ce que le monde pensait tout bas.

— C'gsde sans titte bir elle que fut néclichn iaJmuiffe^ dit Ia baron de Nucingen.

— ^ Ah 1 la princesse esl nne des femmes les pl«s dangereuses chez lesquelles un homme puisse mettre le pied»

s'écria doucement le iH9P«|iil« dlEsgnfBDii^ je kn djois Tm* hmê de mon mma^*

— Dongereuaie f àH madismie df Bsf»f^. N^ parfez par séBSi de Ina mallcisre amie. Je nfsà janms rien su ni yu d» \m priiusene ip» ne me pararase tenir die» sentiments k» plosélevés^

*- Laisses ^tmc^dwe le iiMipq«iis> a^éem Rastignae. Quan4 m bannie a été désarçMiné par «wjeli chenal» îà kii trouve des fîee» et ilie "vend.

Piqué' pv ee mo^ le naipqnisé'Esgngttoii regarda Daniel df Afttaeoy el Im diit : -- Momieur #eii est) pas, f espère, avec la princesse, à un point qui nous empêche de parler d'elle.

iKÂtthez i^aidalc sîteBca» Ofls^ignoii, qui ne msmqnail pas d'e9pri% M esn téponaé à Itstigaae tm pertravt «pokr- ^tiqne) de Im prificease qui mîi la table* en l«ile humeur. Gomme ctttor laifierîe était eiceKivemeni oboeure pour d'ArtheZ) il se pencha vers madame de Montcornct, sa toiâne^ et ki deonida le seo» de ees piaisanteties.

— Mais^ excepté irmisy à en jagsr par )a banne epinien q«e Toaa «fesde la priaeesfi^ aoos lest axMnrifeatcHit été, (til- OB, dsRis ses bOBvea frâeest

— -lepBiavwOitsstirer qn'îl n^^i arien q«e de faux dms cette opinion, répondit Daniel.

-^ CepeaNbnft ^mcâ nionsseut d'Esgrignon, un gentil bamme du P^ahe, ^i s^esl «eoiplétenieni miné pour elle, ilry a dtouze ansy et qui^ poar elle, a failli monter aïof féchahxid.

— Je saiaralEMre, diid'Arthez. Madoine diaCadigiian est al2ée sauve» monaieBr d'Eagrigaen de la eanr dTassises, el voil^ emmena 'û Tea rtfeaaapense a»}o«rd^lim. ,

Madame de Montcornet regarda d'Artbea afeemiétoniiemem et une euriesité presque smpides, pniseBe reporta ses jeux 9wt aadame d'Bapard en lekri montrant comme pour dire : it ess eaaaneelé t

Pendant cette courte eonfersation, madame de Gadignan était protégée par iwadame d'Espard, dont la protection ressen&lait à eelle des paratonnerres qui attirent la foudre.

I!26 8CÈNES OB LA YIE PARISIENNE

Quand d'Artbez revint à la conversation générale, il ea» tendit Maxime de Trailles lançant ce mot : — Chez Dian» ia dépravation n'est pas un effet, mais une cause ; peut-ôtre doit-elle à cette cause son naturel exquis ; elle ne cherche pas, elle n'invente rien ; elle vous offre les recherches les plus raffinées comme une inspiration de Tamour le plus naïf, et il vous est impossible de ne pas la croire.

Cette phrase, qui semblait avoir été préparée par un homme de la portée de d'Arthez, était ai forte que ce fut comme une conclusion. Chacun laissa la princesse, elle parut assommée. D'Ârthez regarda de Trailles et d'^'^grignon d'un air railleur.

— Le phi8 grand tort de cette femme est d'aller sur les brisées des honunes, dii-il. Elle dissipe conune eux des biens paraphemaux, elle envoie ses amants chez les usuriers, elle dévore des dots, elle ruine des orphelins, elle fond de vieux châteaux, elle inspire et commet peut-être aussi des crimes, mais...

Jamais aucun des deux personnages auxquels répondait d'Artbez n'avait entendu rien de si fort. Sur ce mais, la table entière fut frappée, chacun resta la fourchette en l'air, les yeux fixés alternativement sur le courageux écrivain el sur les assassins de la princesse, en attendant la conclusion dans un horrible silence.

— Mais, dit d'Artbez avec une moqueuse légèreté, madame la princesse de Cadignan a sur les hommes un avantage : quand on s'est mis en danger pour elle, elle vous sauve, et ne dit de mal de personne. Pourquoi, dans le nombre, ne se trouverait-il pas une femme qui s'amusftt des hommes, comt te les hommes s'amusent des femmes? Pourquoi le beau sexe ne prendrait-il pas de temps eo temps une revanche?..*

«- Le génie est plus fort que l'esprit, ditBlondet à Nathan* Cette avalanche d'épigrammes fut en effet comme le feu d'une batterie de canons opposée à une fusillade. Où s'empressa de changer de conversation. Ni lo comte de TrailleSi ni le marquis d'Ësgrignon ne parurent disposés à querelldr d'Arthes. Quand on servit le café, Blondei et Nathan vin«

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renl trouver F écrivain avec un empressement que personne n'osait imiter, tant il était difficile de concilier Tadmiralion inspirée par sa conduite, et la peur de se faire deux puissants ennemis.

— Ce n'est pas d'aujourdliw que nous savons combien <otre caractère égale en grandeur votre talent, lui dit Blondet. Vous vous êtes conduit là, non plus comme un homme, mais comme un dieu; ne s'être laissé emporter ni par son cœur, ni par son imagination ; ne pas avoir pris la défense d'une femme aimée, faute qu'on attendait de vous, et qui eût fait triompher ce monde dévoré de jalousie contre les illustrations littéraires... Âhl permettez-moi de le dire, c'est le sublime de la politique privée.

— Ah I vous êtes un homme d'État, dit Nathan. Il est aussi habile que difficile de venger une femme sans )a défendre.

— La princesse est une des héroïnes du parti légitimiste, n'est-ce pas un devoir pour tout homme de cœur de la protéger quand même? répondit froidement d'Arthez. Ce qu'elle a fait pour la cause de ses maîtres excuserait la plus folle vie.

— Il joue serré, dit Nathan à Blondet.

— Absolument comme si la princesse en valait la peine, répondit Rastignac qui s'était joint à eux.

D'Arthez alla chez la princesse, qui l'attendait en proie aux plus vives anxiétés. Le résultat de cette expérience que Diane vivait favorisée pouvait lui être fatale. Pour la première fois de sa vie, cette femme souffrait dans son cœur et suait dans sa robe. Elle ne savait quel parti prendre au cas où d'Arthez croirait le monde qui dirait vrai, au lieu de la croire, elle qui mentait ; car, jamais un caractère si beau, un homme si complet, une âme si pure, une conscience si ingénue n^ s'éteint mis sous sa main. Si elle avait ourdi de si cruels mensonges^ elle y avait été poussée par le désir de connaître le véritable amour. Cet amour, elle le sentait poindre dans son cœur, elle aimait d'Arthez; elle était condamnée à le tromper, car elle voulait rester pour lui l'actrice sublime qui avait joué la comédie à ses

TT'v^;^"'*?»^

fSt 8CÈNC9 DB LA ?1B PARISIBlflfE

yeu^. Qttandl die eneendit le (las de Daaiel cians la salle â manger, elle éprouva une conmioiron, un tressaillement qm Fagita jusque dans les principes de sa yte. Ce mouTement, qu'ellen'ayait jamais eu pendant Texistence la plus ayenmrense pour une femme de son rang*, lui apprit atorsqa'èlle irait joué son bonheur. Ses yeux, qui regardaient âaos Fes* pace, embrassèrent d'Arthcz. tout entier, die Tit à trairers sa diaîr, elle lut dans son ftme; le soupçon ne Tarait donc même pas effleuré de son aile de diawre-souris. Le terrible mouvement de cette peur eut alors sa réaction, la joie faillît étouffer riieureuse Diane ; car if n'est pas de créature qui n'ait plus de force pour supporter le diagrin que pour résister à rextrôme félicité.

— Daniel, on m'a calomniée et tn nf as vengée 1 sf éeriai-elle en se levant et en lui ouvrant l'es bras.

Dans le profond étonnement que lui causa ce mot dont les racines étaient invisrbl'es pour lui, Daniel se laissa prendre la tète par deux belles mains, et la princesse le baisa saintement au front.

— Gomment avez-vous sn...

— niais illustre! ne vois-tu pas que je f'aime follement ?

Depuis ce joor, il n'a ph» été question de la princesse de Gadignan ni de d^Arthez. La princesse a hérité de sa mère .mrflimtft fortunc, elle passe tous les étés à Genève dans une

c le gnmd écrivain, et revient pour quelques mois

ï Paris. D^Arthez ne se montre qu'à la Chambre.

s publications sont devenues exccssiTement rares.

m dénoûment? Oui, pour les gens d^esprit; nco,

IX qui veulent tout savoir.

àm JsurâiQi» itta iar\

A U COMTESSE SERAFINA SAN-SEVEaiNO, NÉE PORCIi

Obligé de tout lire pour tâcher de ne rien répéter, je feuilletais, il y • quelques jours, les trois cents contes plus ou moins drolatiques de // BandellOf écriyain du seizième siède, peu connu en France, et publiés dernièrement en entier à Florence dans l'édition compacte des Conteurs italiens, votre nom, de même que celui du comte, a aussi librement frappé mes yeux que si c'était Yous-même, madame. Je parcourais pour la première fois // Bandello dans le texte original, et j'ai trouvé, non sans surprise, chaque conte, ne fût-il q«e de cinq pages, dédié par une lettre familière aux rois, aux princes, aux plus illustres personnages du temps, parmi lesquels se remarquent les nobles du Milanais, du Piémont, patrie de // Bandello, de Florence 0t de Gênes. C'est les Dolcini de Mantoue, les SanSeverini de Créma, les Viaconti de Milan, les Guidoboni de Tortone, les Sforza, U»D<nna,\esFrégose,\e8 Dante Alighieri (il en existait encore vn ), les Frascator, la reine Marguerite de France, l'empereur d'Allemagne, le roi de Bohême, Maximilien, archiduc d'Autriche, les Medici, les Sau/t, Pallavicinif Bentiviglio de Bologne, Soderini, Colonna, Scaliger, les Cardone d'Espagne. En France : les Marigny, Anne de Polignac, princesse de Marcignac et comtesse de la Rochefoucauld, le cardinal d'Armagnac, Tévéque de Cahors, enfin toute la grande compagnie du temps, heureuse et flattée de sa cor« respondance avec le successeur de Boccace. J'ai vu aussi combien // Bandello avait de noblesse dans le caractère ; s'il a orné son œuvre de ces noms 'llustres, il n'a pas trahi la cause do ses amitiés privées. Après la signora Gallerana comtesse de Bergame, vient le méde. cin à qui 11 a déAé son conte de Roméo et Juliette; après la signora molto tnagnifica Bipolita Visconti ed Àtellana, vient le simplt capitaine de cavalerie légère, Livio Liviano ; après le duc d'Orléans^ «n prédicateur ; après une Riario, vient messer magnifico Giro* Uvmo VngarOj mercante lucchese, un homme vertueux auquel il ra^ tonte éamm^it un geniiluomo navarese sposa una che era nta

■*ï^5Ff^

tùrella t ftgîiuola, non lo sapendo, sujet qui lai ayait été eoToyé fu la reine de Nayarre. J*ai pensé que je pouvais, comme // Barh dello, mettre va de mes récits .«OBs la ^[trotection Â^uma virtuosq, gentillissima, illustrisnma oorAessa Seraftna SanSevtrtno, et foi adresser des vérités que ron prendra pour des flatteries. Pourquoi ne pas avouer combien je '^uis fier d'attester ici et ailleur&, qu'anionrû'hni, comme au seizième siècle, les écrivains, A quelque étagi que les mette pour le moment la mode, sont consolés des calomnies, des injures, des critiques amères, par de belles et nobles amitiés dont kes suffrages aident à vaincre les ennuis de la vio littéraire ? Paris, cette «cervelle du monde,' vous ^a «tant iflu fper I^tation cotftimieUi de ses esprits, il a été si bien comjpiis par la délicatesse vénitiens le votre intelligence ; «vous avei tant aimé te Tidhe sdlon 'de Gérarè fue nous -avons perdu, et ob 'se voyaient, tomm» «dans Poefiivre de Il^andéllo, les illustratioDs enrofféennes de ce quart de siècle ; pitis les fêtes "brillantes, les inaugurations entihantées que lait tettet^ranite «tâangereuseâirène, vous ont tant émerveifiée, vousefûz d mfîvemeiit dit vos impres^ns, que voos prendrez sans doute sous ^rotre protection ^la peinture d'un inonde que vous n'avez pcs ^ «enntfltre, mais qdi ne maïque pas d'originalité. J'aurais vetflu afvoir quelque belle poésie à vous G/ffrir, "à vous qdi avez autant ûe p^ie dans rtoie let au cœur que votre personne en exprime ; mdis ^i tm pauvre prosateur ne peut donner que ce qu'il a, peut-être ra<ibèiera^t-ll à vos yeux la modicité du présent i)ar ies bommages Tespectueux d'une de eai profondjBus et sincères admiiratimis que vous insiftrei.

A PariSy.où les hommes d'étude et de pensée ont quelques analogies en AÛvant^dans le même milieu, vous smei dû rencontrar plusieurs i^gures semblables à celle de jnonsieur JlabonrdûQ, que ceoréoit prend au moment où il «est ^ef'de bur^eau à t^un des plus importants oranislièiies; quarante an, des cheveux gri» d'ane^i jeHie nnance que les fénimeB)ieii!V«dl à la rigueur les aim**" ainsi, et qui •adoucissent ime pbyswK no mie mélancoliqu^ des yeux bleus pleins d# feu, un teiif encore blanc> mais chaud et parsemé âe quelques ro^geui^ t iriolenies; .un front et un nez il la Louis XY, une J^oudltJ sérieuse,, une ^Ue élevée, maigre ou plutôt maigrie oomott» 8eUe4'ttii.4MMDmeiiiiii jreiè^ àe maladie, «nfin une Mmmkê

u:s c«rpi/€nriB YSl

eiiireTiiid£lnKedn(p«inBBneiir etila môditalîefAfde (^oanme œiwqié. ai ce ipontuait fait tpré^u^r mn iOHrac&ère, itei mise Jde ràoinmeaffiitRbBBU^êui^étvetà le méttte cmjieli^.fUâMmrdin ]H)iit8it iDAlntoeUBmeiit mm tgoandte T0itinigt)te âdlMift, ane cTAviCte «masu^ «n fîlet cvtmé à^ BMAMKpiffivre, cou fttmift* Ion iDBir 60i»iflim»^ie6s,«kBs?ba8ideffi6iefgm(êt dos aMi^«« décoirvfiDtfs. Aisé, Le^ de tn nasse 'lie ^««dfé ^è&>huil iNfftres dn matin, H aottudt «wec «ne esEWtituâe €%K)rlagiB, (et 4)a9sait {mr Jes sotees mes «n «e irendMit tsa iMDÎ6tèi<e; titrais 6i piroiwer ei^vMmpassë ipre vm l^MBieK fois (pour un AmigFâifi allant à-Btm ambassade. A ces traite firânclpinnc, yfam devinez le fpèFe de ^stmille Innassé f(ar*âes oootvani^és «a sein du méni^e^ t&nmnwalé !|]ar des eimuifs an «Mniëtôpe, «Ai» assez jpbilosnqpihe ponr ipreMdve ki ^vie 'comme elle edt*; im hennèie rhomnie ;aimaiiu'^*oii pays «et >k servant, «ans 'se éis» simula ks 'Abstmsles qne tl>on ireiiiHnitve & nrotiloir île bien , prudent pâme iqu'èl ooaniaU les %fo«nikye6, «d'une «exiqtn^e politesse mfoc îles ienaiies parce iq\M i^en ^attend rien, enfin, lun èamne gptem ^d<aoqvàs, ^al>le ^avec ses iifférienrs^ tenant à 'une (grande 'distanoe ses "égaux, eft d'une hadte digniité avec ses chefs^ dL Tépcrquie où de prend «ette ^tude, Y6US eussiez flpananqné lohez hù ^r^air fttovâement résigne ée Thomme q«û avait enteiiré leB «Husions de la 'ie!messe,xiui avait senonoé à de secrèleB iambiHiicafs ; ym& ;eu88iez reconnu riutfmne •dôoimragé mais encore sans dégoM et qui ^rsi^le dans ses ^premiers iprojels, filus pom* emploi ses facultés quedansrespoird'tfn'doatewK triomphe. 11 «i^était décodé d'aucun ardre, ^t s'aoonsait >comme d'une 'faiblesse d'avoir porté «oelni «du dis aux qfn*0mi0r8 jours de la Hestauration.

La v4e de «cet homme offrait des parfieulariftés mystérieuseSn il a'^aivaii jamaôs connu son père; sa mère, femme chez >qm (le luxe éclatait, ton)ours parée, tenijours en fete^ ayMftt un riche ^qmpqge, dont la beauté Ini parut merveH-^ leusepar seuvieinr, et qa'il voyait rarement^ hii laissa peu de diose^ mais -elle lui avak donné l'éihioatien vulgaire et in« cong>lète qui produit tant «d'ambitions^ si pen de capacitës. A. seize ans, quelques jours smmi la mon de sa mère, il était tmii 4n. lycée N«^^olé*n pour entrer comme surnuméraire

dans les bureaux, où quelque protecteur inconnu Tay^t promptement fait appointer. A vingt-deux ans, Rabourdin était sous-chef, et chef à vingt-cinq. Depuis ce jour, la maiv qui soutenait ce garçon dans la vie n'avait plus fait sentir son pouvoir que dans une seule circonstance; elle Tavait amené, lui pauvre, dans la maison de monsieur Leprince, ancien commissaire-priseur, homme veuf, passant pour trèsriche et père d'une fille unique. Xavier Rabourdin devint éperdument amoureux de mademoiselle Gélestine Leprince, alors âgée de dix-sept ans et qui avait les prétentions de deux cent mille francs de dot. Soigneusement élevée par une mère artiste qui lui transmit tous ses talents, cette jeune personne devait attirer les regards des hommes les plus haut placés. Grande, belle et admirablement bien faite, elle peignait, était bonne musicienne, parlait plusieurs langues et avait reçu quelque teinture de science, dangereux avantage qui oblige une femme à beaucoup de précautions si elle veut éviter toute pédanterie. Aveuglée par une tendresse mal entendue, la mère avait donné de fausses espérances à sa fille sur son avenir; à l'entendre, un duc ou un ambassadeur, un maréchal de France ou un ministre pouvaient seuls mettre sa Gélestine à la place qui lui convenait dans la société. Cette fille avait d'ailleurs les manières, le langage et les façons du grand monde. Sa toilette était plus riche et plus élégante que ne doit l'être celle d'une fille à marier; un mari ne pouvait plus lui donner que le bonheur. Et, encore, les gâteries continuelles de la mère, qui mourut un AU après le mariage de sa fille, rendaient-elles assez difficile la t&che d'un époux. Combien de sang-froid ne fallaitil pas pour gouverner une pareille femme. Les bourgeois effrayés se retirèrent. Orphelin , sans aulre fortune que sa place de chef de bureau, Xavier fut proposé par monsieui Leprince à Céleatine qui résista longtemps. Mademoiselle Leprince n'avait aucune objection contre son prétendu ; il était jeune, amoureux et beau ; mais elle ne voulait pas se nommer madame Rabourdin. Le père dit à sa fille que Rabourdin était du bois dont on faisait les ministres. Célestine répondit que jamais homme nommé Rabourdin n'arriverait

sotts le gouvernement des Bourbons, etc., etc. Forcé dans ses retranchements, le père commit une grave indiscrétion en déclarant à sa fille que son futur serait Rabourdin de quelque chose avant Tàge requis pour entrer à la chambre. Xavier devait être bientôt maître des requêtes et secrétaire général de son ministère. De ces deux échelons, ce jeune iiomme s'élancerait dans les régions supérieures de l'administration, riche d'une fortune et d'un nom transmis par certain testament à lui connu. Le mariage se fit.

Rabourdin et sa femme crurent à la mystérieuse puissance indiquée par le vieux commissaire^priseur. Emportés par l'espérance et le laisser-aller que les premières amours conseillent aux jeunes mariés, monsieur et madame Ra* bourdin dévorèrent en cinq ans près de cent mille francs sur leur capital. Justement effrayée de ne pas voir avancer son mari, Célestine voulut employer en terres les cent mille francs restant de sa dot, placement qui donna peu de revenu ; mais un jour la succession de monsieur Leprince récompenserait de sages privations par les fruits d'une belle aisance. Quand l'ancien commissaire-priseur vit son gendre déshérité de ses protections, il tenta, par amour pour sa îiWe^ de réparer ce secret échec en risquant une partie de sa for« tune dans une spéculation pleine de chances favorables; mais le pauvre homme, atteint par une des liquidations de la maison Nucingen, mourut de chagrin, ne laissant qu'une dizaine de beaux tableaux qui ornèrent le salon de sa fille, et quelques meubles antiques qu'elle mit au grenier. Huit années de vaine attente firent enfin comprendre à madame Rabourdin que le paternel protecteur de son mari devait avoir été surpris par la mort, que le testament avait été supprimé ou perdu. Deux ans avant la mort de Leprince, la place de ebef de division, devenue vacante, avait été donnée A un monsieur de La Billardière, parent d'un député de la droite, fait ministre en 1823. C'était à quitter le métier. Mais RaiM>urdin pouvait-il abandonner huit' mille francs de traitement avec gratifications, quand son ménage s'était accoutumé à les dépenser, et qu'ils formaient les trois quarts du revenu? lyaillciars, au bout de quelques années de patience, n'avait-

i34 SCÈNES Qft Uk YfiB PARISIENNE

doat lasi bauto» prâteatMWO» au' début éâ- Im iim: éiaîMi pcesqfia. ^^laf^ et (jyuîi pAasaiit^Diii! èti» uQtrfeniora^ ae*-

Madame} RaiMMudia atvaiiîiieyfifiâ'rttfrespémiieMf^erdoiH Q^iimademoiteHe'Lepiânoa;, ^le {M>0BiyBil^ le^ éUnumta^di rapiiareate 9a]^ocitâ^9ialliaiifmond9,.a»rvaatttimto<tfilian lui paEm^tiaitde i^m ài difumoiaoïit lanppraismlitoli étaient réels, elle manliml^ un. esprili indépeadimtt qU âevé; 8a;CQnye£satioEb aaptimiti atHaui pair sa ymriêAé-.qmpmt^éti!aog,et^.dc&idjâ«s. CD^^qai^it^ utitesot hieB- plaoéa^ehii une sou^^ecamô^ ehafi use ambaseadrica; aeirvanlt ài peuda cbese dans, \m mâaai^ oà UsaU doit aU«r teomr à tance^ Las pexsonuaef qiû- paclaiU^ bieih veuiiant^ um pui^kt aimaatu à P^ler longieiBpsret &ti^«iiti qiid(||ia£aiB. Bonr saiisfaim auoL besamarda aaai^itflv madaina'B^aitfdtix pf»utii»jQiin da réeeptioji par. seœaina,, otf atia boauoauptdao» lor mooda afîajd!^ goûieai Lea^jouls8aaaaalau&q|])eHeftSOQianiauI>-p^pI» l'hait babituéa.. CeuXi qui oanaiHflBaitti h met daiBanai aaur rontce qpe ^uiSraii unarfiammai da aalla.ti*eiiqKa(.aBsaaaiiiéa dans âûa intémeuri pan Femguïcé ia- ae8;maf ona pôouBiaioesi. Malgré tan^ daaiaiaes.ddolamaiions sur Fangaotï^ir fiuu^.tooh jpuxs, q^audvOB babilaiPaida^.ôtre afioaléauj piadi daa addtitions, raudKa hainma^auxichifirejB!aUbûsairla:tQaUei)QHUHdiue du veau d'cm..Qual prablômel dousa; miUa' livnBftdatcevte poiun défrayai ua méaageroampos^' diupjàr&.da Is^mèra^da deux^ enfautS), d/uue. fexaœa d& ebambre^ el.dfane; duiâiiièr^ le toutlogd rue.ûuphatf.au'Saaaad, danfliuniîqpartmnentrda cent, lauisi. Bcôleve^ la. toHaue att las^ wiituraa de madaraB avant. d*évaluec Lea.gji^afias, dépenses) da la oiaiaoïi^ mt la tûiIett£ïpas8%U. avant tout; vayez^ce (piiiraste paur réibiaaliaa dea enfanta ( uae ôlla da^ sept ana,, un/ ^r^gm da naaf ana^ <lùBi,Ueniti;atte% raalgfiémna^baarae'eniière^cajûitalt d^^jitideim mille. francs), vou» trouverez qime' madame Babaundiar.panivalt à* peina donom: tnsnla ftpancs. pan moia^àt aott manb Pcescpia toua las. mafia, pariaiens^ eni santt U^. saaai pâma d'êir^a desmanatresi. Geita famma^quls'éiaitf.Giniafdaalioëa à brJdleiidansJaiman^,;àilaTdominaiv,aa«vit.aa^fanaiâi»dh^

fiBS Bn PEOTBfS ÎSS

m nrteingQuce etf s^ fleuilés dson vak& lUtt^ ignoMe, im^lmidue, en sr mesurant corps ^ corps avec son* livre dé di^nse. Di^, grandé^scnifframm' d'àmour-propre î elle avait «congédié son* domestiqnemâlë; Ibrs db» Ik' mort' de son pèVe. Baplhpart'dëar fémmov se* fatiguent d^n»* cette lutte jbunoc Ifèirr, elles se^plaignent, et fiwssent^par se plier à leursort; mmmy liwp <ftp dëfehoir; Famttilian' dfe^Câfestinegrarafdltt avec Ife^cHificttlttar, et' ne pouvant pafflbsvdhcrc; elle* voulUf les enliefer. A ses^yeuse; eette'eomplieatiinr dims lés ressorts de Vbl fiB'fhV comme lëc nœud' gordien qui' n^ se ôS^mae pas et que» \^ génie* themtBe. Boih de consemirà' Ik mesquinerie ^ws destinée' boungeoise^^. elle s^impatiènta des ret&rdli qu'iépreuvaient^ Itepgmndes choses» die son avenir, en aceu^ sant^le' sort^d^ tmmperié. (S^ieistihe se crut dèr bronne' fdi uner* femme' supéineure; Pbut^ire avait-elle raison, peutétt>e* eflftVeilë étë^ grande dans (fep grandes* direonsitoces; pen^-êlre' n^ëiaitkiHë» pas à ap plàee. Këconnaissons-lle; i mnXe des vadélâsi dkns^ là' fenmie> comme dkns Thomme qoossftuQomiênt Ibs seciétt^ipouF Heure besoinsi Or, dtms lî^irth^ soeiiatl cmnme dtos l'ôrdbe naturel', ii se tkroiive plUs dejjeunes) pousses quiiii n'y a dfaiiirefl*) pilwdë' fl^ai que de pcBSBons wpmé» à tout' lëuf développement^ Beaucoup de oapxcilés^desAitiianaBsGraEison, dDivent^doncmourirétouf* fées^oomme? lesi grdoœ cpà tombent^ suf une ro^e nue; tiSerte^ il'ya) de», f^me» def ménage; des ftormes d^àgréim»Bt, dssi femnre» de luxev des^ femme» exclusivement Couses; ou nvères, ow amantes^ des fèmmesrpurement spi* litiielteBi aa puremsrati matérielles; oomme" il y a des' ar^ tistOH, desi soldat!^ des artinnss d^' mathéhiatlciens, (te& peâesi des négodanti^. dès» gens qui entendent imiquemeni l'argent^ r.a|^imiltur» oui Fadminiitlrationi Puis la bizarrerie desiévénements anièkiBxieB)OQfntre>-sens; beaunoup (Fappelës etpen d'éiiu esttunet^loi (te lii^eité' au8Brbien>que'da'ciel; Wa^Moet Btibounliaiv se* jugeaHi trèë^capable d'éclairer us fawnmœdîË^i (ëéchaufibr USlbne'^d'uB altiste', de servir liss întârétsd'unnBarffliiteupet'detPasBBter dtos ses-/ùttt3S', ée^m déwmer ai IW i^àMogm^ finanoièlv d^un Nucingen', de repré» atntcn avteéekrt^ uneoltiaitte fbitmn. Fèutt-âtt^ vouikit^eâks

ainsi s'expliquer à elle-même son horreur pour le livre d« blanchisseur, pour les contrôles journaliers de la cuisuief les supputations économiques et les soins d'un petit ménage. Elle se faisait supérieure là où elle avait plaisir à i'ôtre. Ea sentant si vivement les épines d'une position qui peut se comparer à'celle de saint Laurent sur son gril, ne devaitelle pas laisser échapper des cris? Âussi^ lans ses paroxysmes d'ambition contrariée, dans les moments où sa vanité blessée lui causait de lancinantes douleurs, Célestine s'attaquat-elle à Xavier Rabourdin. N'était-ce pas à son mari de la placer convenablement? Si elle était un homme, elle aurait bien eu l'énergie de faire une prompte fortune pour rendre heureuse une femme aimée I Elle lui reprochait d'être trop honnête homrne. Dans la bouche de certaines femmes, cette accusation est un brevet d'imbécillité. Elle lui dessina de superbes plans dans lesquels elle négligeait les obstacles qu'y apportent les hommes et les choses; puis, comme toutes les femmes animées par un sentiment violent, elle devint en pensée plus machiavélique qu'un Gondreville, plus rouée que Maxime de Trailles. L'esprit de Célestine concevait alors tout, et elle se contemplait elle-même dans l'étendue de ses idées. Au débouché de ces belles imaginations, Rabourdin , à qui la pratique était connuje, resta froid. Célestine attristée jugea son mari étroit de cervelle, timide, peu compréhensif, et prit insensiblement la plus fausse opinion sur le compagnon de sa vie ; d'£d)ord, elle l'éteignait constamment par le brillant de sa discussion; puis, comme ses idées ^ elle lui venaient par éclairs, elle l'arrêtait court quand il commençait à donner une explication, afin de ne pas perdre une étincelle de son e^rit. Dès les premiers jours de leur mariage, en se sentant aimée et admirée par Rabonrdin, Célestine fut sans façon avec lai ; elle se mit au-dessus de toutes les lois conjugales et de politesse intime, en demandant au nom de l'amour le pardon de ses petits méfaits ; et comme elle ne se corrigea^poinl elle domina constamment. Dans cette situation, un homme se trouve vis-à-vis de sa femme comme on enfant devant son précepteur, quand il ne peut ou ne veut pas croire qiM

ttS EMPLOYES iZl

Tenfant qa'il a régenté petit soit devenu grand. Semblable à madame de Staél, qui criait en plein salon L un plus grand homme qu'elle : « Savez-vous que vous venez de dire quelque choce de bien profond f » madame Rabourdin disait de son mari *. — Il a quelquefois de Fesprit. Insensiblement la dépendance dans laquelle elle continuait & tenir Xavier se manifesta sur sa physionomie par d'imperceptibles mouvements. Son attitude et ses manières exprimèrent son manque de respect. Sans le savoir, elle nuisit donc à son mari ; car en tout pays, avant de juger un homme, le monde écoute ce qu'en pense sa femme, et demande ainsi ce que les Genevois appellent un préavis (en genevois on prononce préaviss^. Quand Rabourdin s'aperçut des fautes que l'amour lui avait fait commettre, le pli était pris; il se tut et soufirit. Semblable à quelques hommes chez lesquels le sentiiçent et les idées sont en force égale, chez lesquels il se renëontre tout à la fois une belle ftme et une cervelle bien organisée, '1 fut l'avocat de sa femme au tribunal de son jugement; il se dit que la nature l'avait destinée à un rôle manqué par sa faute, à lui; elle était comme un cheval anglais de pur sang, un coureur attelé à une charrette pleine de moellons, elle souffrait; enfin il se condamna. Puis, à force de les répéter, sa femme lui avait inoculé ses croyances en ellemême. Les idées sont contagieuses en ménage; le neuf thermidor est, comme tant d'événements immenses, le résultat d'une influence féminine. Aussi, poussé par l'ambition de Gélestine, Rabourdin avait-il songé depuis longtemps au moyen de la satisfaire; mais il lui cachait ses espérances pour ne pas lui en infliger les tourments. Cet homme de bien était résolu de se faire jour dans l'administration en y pratiquant une forte trouée. Il voulait y produire une de ces révolutions qui placent un homme à la tête d'une partie quelconque de la société ; mais incapable de la bouleverser à son profit, il roulait des pensées utiles et rêvait un triomphe obtenu par de nobles moyens. Cette idée à la fois ambitieuse et généreuse, il est peu d'employés qjii ne rident conçue; mais chez les employés comme chez les artistes, il y a beaucoup plus d'avortements que d'enfan-

PS» SCENES mS'UJt VmS' VARISEENNK

t^aïaits^ C6*qut^ refâent: autmoi^dtt HiArf: Lm fg^BBO^. émt Ift patience;

Btift à^ portéiBr^ dféUtdier l'admiiiistnilicni tovguiiB! ^^m ob^rver le* rnébaonme^ RaBourdin oipêm éàeatÀBi nnitna oà le'hiffiardjamt fbit^ mouvoir sa prisée; oe-qui, paar por^oi^ thèse^.estile seerett de beaucoup d^csayras- humaiiiBS) et fl fmit par îiniroatBP' un nounoaui 9f8tôfniH dîadminiflteatiQiE Connaissanti les gens auxqueld^il^ aurait: attise; il srai^ra»peeté> lai machine qui fniclioiiDsit) aloim qui< fonçriicainB encore et quifbHeUoniiram]ongO»mqpi%c»xto»l^le>immd0a»B toujours' efirayë^ à^ \M&b de' Is refaire", mais peraoiiiiB*Be devait^ sehm BtaiHnjRdinv s» r^œep à> la amplifier;. £.er pm^ blême à! itâsoudue giàût^ à) son sens dan» >un> mcâlleuF emploi des mémesF fbpces.. A sa plus^ simplé> exprassion:, œr plan oonsistaitt ^ remania" le» iinpôte'de manfi^* à leo cBminuer âan&(|ne' IfÉtat perdH) ses^ retenus, W ë, obteimT, wec xm bud^t:^al!mi> builget^ quii soulevait albre tant d^iolles di»cussions, dBBS résuilteitsr deoK foie phxep considéraDlesi^ que les Féaultato astuelki ïïbeJOBiguo pratique amtf détnontt^l«Blife bourdin^ quîen tontes chosesilà^ porfoctlomesli produite" par ds! simpliss^ reviramentt^ Économisera q^8St:^mpiifiw..Sim>pltfien; c^eat:: suppiimen uff > nrasger inutOe*; ili y ai dono* déplacement* AuflBi^ son syst^ereposait^il^rTurdéelassement, \h se tnMhdsait:parune nouvelle^ nomendature' administra^ tiye^. Be'lù. psutspôtite 1» raison: de la bmne que^ s'attiraat les nowttairai Éesr soippressions* exigée» par* \é^ perfbetionne^ mentv^i'dfabopdi nmi éomprisea^ menaoentt^ dëst e»stenees quii neB s&résolTentipas fbdi^fnent à-cbuiger dé eonditios. Ce qmansnd^B^beurdintwaimcaiagpiand, est: d'avoir su oont> tenir I^eQtbQusiasme^qiùî saisiti tteus^ lès invramirs, &wm ebefohéf patiemF'ent- uw engrenage à elÉaque> mmum' afin dféviterleacinscs) &i lalseraitau' temps et. à^réxpéftencrie soin; du démontrer PejoceUenoe de'cbeque» chBng«n»at; fia gnamieurda résultitt fies^t croire à son imfLiQsâbilité, mV(m perdait(dB vue cette* pensée au milieu de Ift- rapide' analyse de ca' système; U niest doncp» indifférent. d'indiquen, d^ pnèa^ ses oonôdaaces^ quelque incomplètes^ qu'eilè8>fhF«iit, le pointidioù) il partit pouir embrasser* PboriEon adtnimsltvtff.

U» BSiPCGBYS'a tv^l

G0irëdt,,quitittU(djaBl(roiB)aiLOŒiu)dfl3rHitrig^ eipttquera j^euihétire aussi qpd<|U6ft malhenra^. das morars ppésente»

FcofondëmaïUr ému. pis le»' misons qu'il awtr peooniraes dâns^rexisteafie- des employés^ Xavier; s'était demanilé dfbù ^Miaitleur cooissaoladëfionsidératioii; ileir avaîttiieehenché k»^6M»es^ ^ lasj wmk.iTOnm^^dms «es. patates ré^liiiioi» partielles qui fureniitomme* le remmia <& Ûi tempête detTttl^ «yUqiift le» hialoiiittM' des* gnandSffflDunementa sociauv n^lifûnt> d'âiamioar;. quAMpi'ati défiaiiif dlés^ aient fait ne» ni€Q«i«oecpi\eUet amttw. «»

i«trelai8 sous, lai monarcUe^ les annéeB«lnff6Bwnratiques u'eiistaieni p(Hat;.7eu oamfaieux^. les employés^ obéissaient ài u»; pveimer ministre' tougouiften: comamnicalion aveele a«ui^9«û&',. et^ sarvaitnir. ainsn pnesque^ dicsctement' le ixii».Lesi cbefBi} de cas* aeinùteins ^iés^ étaienl^ simplement nommés dbftpfmmir&<}avi»tci. Daina.lesi parties ^i'administratiauiqiie le; mi net dloîge&it paa.lui^mûme^ cmmae le» fermes, ifi«em(Moyé!)) élaienl.ài leum; diefs ce^ que lea.oonuni» d^une maîaoadercaauBeroeiSonti âbleur» patnon8;ils*i apprenaient une floioncfir q^ domt leinr semîrr à^se faire* una fortune. AÎBSsL, letmoindne; point dalaidrconfénenoe serattacbait^ au centre çtr. en'reeeyaiti kcivi^i. Bt y avait donc ddfouement' et fûivBepnia-lIZfiâ, IfÉtatv.ls^ilMi^te'siiron ¥eut^ a remplacé lee ponce:. Auiliaui da ndever (Mreetement d'un pœnner magistrat» pdiiiique^.lesi cflanmisi sojsti die?v«nii8) msdgrér nos belles^ idéesi sur lac patrie^ dss mtf^lcyé^ dthgojmemementi et leur» chèfa^flottentià tona^ les venta, âun pauroir' appelé lemincf**ter», qui^nerseitpaslfr/neille sfili e»stemi le lendamaini Ute* counanti desi affinresi derwant toujouis. s^expédier, il snmage une certaine quantité de commis indispensables^ quoique^ cong^lahlesi è m&a^ et qu'yeulentrost^ en plao^ Labu» reauoratie^ pûiuroiii gtgnâeaqne' mis co) mouvement pm*- des* nains,. ttMi née ainaii.Si en auteindonnaut toute ohaae etitmit) faoBune ài sai volonté, Màpvlébn) avait retardé^ imurnm nw» ment L'inf)uefme;dia la bumauanttie^.ca rideau pesant* placé* entroîle: bimi lu faiocE ei^ oeluL qui praiti rocdbnneF; éilet MiaiMi défiKUivementf^.Vganîsôe sous la gourvennement'oenstitutio»» nel^. iiiévitabieni.eBt ami des médiamstéBi). grandi amatenrd*'

pièces probantes et de comptes, enfin tracassier comme une petite bourgeoise. Heureux de Toir les ministres en lutte constante avec quatre cents petits esprits, avec dix ou douze têtes ambitieuses et de mauvaise foi, les bureaux se hâtèrent de se rendre nécessaires en se substituant à l'action vivante par Vaction écrite, et ils créèrent une puissance d'inertie appelée le rapport. Expliquons le rapport.

Quand les rois eurent des ministres, ce qui n'a commencé que sous Louis XY, ils se firent faire des rapports sur les questions importantes, au lieu de tenir, comme autrefoiSi conseil avec les grands de FËtat. Insensiblement, les minis* très furent amenés par leurs bureaux à imiter les rois. Occupés de se défendre devant les deux chambres et devant la cour, ils se laissèrent mener par les lisières du rapport. Il ne se présenta rien d'important dans radministration,'que le le ministre, à la chose la plus urgente, ne répondît : — J'ai demandé un rapport. Le rapport devint ainsi, pour l'affaire et pour le ministre, ce qu'est le rapport à la chambre des députés pour les lois : une consultation où sont traitées les raisons contre et pour avec plus ou moins de partialité. Le ministre, de même que la chambre, se trouve tout aussi avancé avant qu'après le rapport. Toute espèce de parti se prend en un instant. Quoi qu'on fasse, il faut arriver au moment où l'on se décide. Plus on met en bataille de raisons pour et de raisons contre, moins le jugement est sain. Les plus belles choses de la France se sont accomplies quand il n'existait pas de rapport et que les décisions étaient spontanées. La loi suprême de Tnomme d'État est d'appliquer des formules précises à tous les cas, à la manière des juges et des médecins.

"^ ' ourdin, qui se disait : On est ministre pour avoir de la n« connaître les affaires et les faire marcher, vit le t régnant ei} France depuis le colonel jusqu'au madepuis le commissaire de police jusqu'au roi, depuis fets jusqu'aux ministres, depuis la chambre jusqu'à la s 1818, tout commençait à se discuter, se balancer et re-balancer de vive voix ou par écrit, tout prenait la ittéraire. La France allait se ruiner malgré de si beaux

LES EMPLOYÉS lii

rapports, et disserter au lieu d'agir. U se faisait en France on million de rapports écrits par année ! Aussi la bureaucratie régnait-elle 1 Les dossier», les cartons, les paperasses à Tappu: des pièces sans lesquelles la France serait perdue, la circulaire sans laquelle elle n'irait pas, s'accrurent, gran dirent et embellirent. La bureaucratie entretint dès lors 4 son profit la méfiance entre la recéiie ec la dépense, elle calomnia l'administration pour le salut de Tadministrateur. Enfin elle inventa les fils lilliputeins qui encbainent la France à la centralisation parisienne, comme si, de 1500 à 1800, la France n'avait rien pu entreprendre sans trente mille commis* En s'attachant à la chose publique, comme le gui au poirier, l'employé s'en désintéressa complètement, et voici comme.

Obligés d'obéir aux princes ou aux chambres qui leur imposent des parties prenantes au budget et forcés de garder des travailleurs, les ministres diminuaient les salaires et augmentaient les emplois, en pensant que plus il y aurait de monde employé par le gouvernement, plus le gouvernement serait fort. La loi contraire est un axiome écrit dans l'univers ; il n'y a d'énergie que par la rareté des principes a^ssants. Aussi l'événement a-t-il prouvé en juillet 1830 l'erreur du matérialisme de la Restauration. Pour implanter un gouvernement au cœur d'une nation, il faut savoir y attacher des intérêts et non des hommes. Conduit à mépriser le gouvernement qui lui retirait à la fois considération et salaire, l'employé se «emportait en ce moment avec lui comme une courtisane avec un vieil amant, il lui donnait du travail pour son argent; situation aussi peu tolérable pour l'administration que pour l'employé, si tous deux osaient se tàter le pouls, et si les gros salaires n'étouffaient pas la voix des petits. Seulement occupé de se maintenir, de toucher tes appointements et d'arriver à sa pension, l'employé se croyait tout permis pour obtenir ce grand résultat. Cet état àe choses amenait le servilisme du commis, il engendrait de perpétuelles intrigues au sein des ministères où les employés pauvres luttaient contre une aristocratie dégénérée qui venait |>&turer sur les communaux de la bour «reoisie, en exigeant des

142 SCÈNES DkEtLA MIS âP^yRIS^ENNE

placesîpeur flas<eB)£Enitfi miBéB.iDn bomme «i:q|)ârieur^|ioimil diffîdlemflnt^inaicher ile 'long cte (oesifaMœ ^tortueuseB, {^ier, ramper, .«e couler idaiiB;le fange jteoiEBiseiitmeB^ù les^dteB remarquab]06'^ftiB{f«£Bt tout tenmoiràB. (Unjgënie^aiilbitfcuK se tuieilUt ^our /Obtenir <la triple SDuroime, 4' nlimite^paB 'Siite-Quint pDur< devenir (Ohef ide bureau, il ne imBtaH'ou «e ivenait mue >àes tpareseeux, ides inoapafatoou (des miàis.<A.in8i ^élablissait lentement .la rmétoomté «Ae a'stUninitttBilm frauçaise. iBntièrementiCompoaéede petite tesprils/ia fts* ceauoBatie imattait im oJastaole èilafpnDfpévité^dnipeigSfVetardait^ept ans dans ses-oaitions de j^'ysi dtun (oanal qaiiéOt stimule la production d'une provmfle^ sfëpouwantaittjbettou^ perpéiuait .les ileBileufB, téteroisEutieB >abuB *qui da pevpë» tuaient et Féternisaient elle-même ; elle tenait tout m 4e mimistire môme en liaiôfie ; «enfin >e]le éloufiait ^les)homme6^de talent iUBez barxlis pourivouioir^ller «aao» Blle<ou I^luirer sur aefi sottises. tLe «IWiteides pensio» venait td^trepixfoMé, Eabourdin y wit un igançon de ibureau ismmi ^lour une :? e* traite supécieuneàicelledes ihbuk eolenete* criblas >de li)0»sures. L'histoire de la èureaucnitie se lisait M tout entière. Autre plaie eqgendrée par les .mœurs modernes, mi ftpîû comptait ipacmi la cause de cette secrète démoraiisHtien^ Tadmimstratiim à Paris fu'^iipoint desubordinatianirëelie,!! y. règne une égalité complète entre le lOhef dbne diviiioft importante ei leilemi6r^9(pëditionnaire<;>l^nBtest aesei ^nod que Tautre dans une arène d'où ron sort pour ^aUertiâner ^lleurs, car on y faisait un -«mple employé d'un p(^te,!dte artiste^ d'un comskerpant. L'tnslruoticm, tégalemaut diepen* sée aux masses, n'amène-t-^eklepas le «fils d'uacomneiijede ministère à prononcer sur le sertd'iun homme de. mônle«i d'un grand prqpniôtaire chez qax «on ipève a liné ke oondon de la porte? Le iemiier venu peut donc ilutteravac leiploB ancien. Un ricbe sumumérûipe léolabousse son chef len 9^ lant à Loi^gchamp dans un tilbury qui porte orne jolie feonni à laquelle U indice j>ar un mouvemiaitde «oniouet lepaih vre |kère de famille  pied, ^en disant : ¥oilà mon dhef 1 Lm abécaux nommaient cet état de choses le nao6ii8s,9iabeiir^ im f Yi^ak lUMAncBiB au^oaurcbi |MMHraic.Mcw«ynl4

pas £n wésitoti'dttiBferigueB.aiiitéeB, «ammecoeUeB du'séf ail, anéiBtdes eiiiiiqMB,tdes leimiieB cet àm sultans imdBéoî- 466, éeê ipetiteeieg t^e j>el^ioises, des xeiatîMB ^seimies, ides lyi?ann^€s de «^kigfs, (dasitoawaoK dqjlomeliqntfi à eSnssier un -amlMtsaadBiiir entiepdsfnuniiie ^iratiifiontionBuipour fime ougmentationv'ihesjsaiito de «piniBB «Matées \k mi.cbar <àe «capton; dfiBimaliees'âe iafegve âih» «a nmnstieUuHinèBie ,(pui8 les gens féellanmit uililes, les (tnrvalUBuis, lûotines des t^p» rasites:; îles «gmis fdôvûués A )lBm pays iqiii trancheitt idgou« iBusement sur tla masse des incHpMiHnés tauoocrmbaiit sow d'ignobles (tarahisonsil (Toutes îles hautes plaees idévohieB à rinfloeoce <pat!leneiitaife «t non iptes :ià ki nyaiité, ies employés devaient ttôt fOU ttord m {Irouyer «dans )lt «anditten >de rouages (viasés à nue «aobine ; il me s!agirait iplusipenirieux f[ae d^êtvephis -ou inoÎDs gvi^ssés. -Cette <falale c6K?iatroii déjà venue à de bons esprits étouffait Jsien Ées mémoines éonits (en JCsnBcienoe «nr les qDlaies aeoKàtes du *pay&^ désarmait (bien «des courages, ^oorradait îles probités îles plus séifères, fatiguées • de rinjustioe^Qt'eoiiyiées àrinsonoianoeipar de «disBoWants ennuis. Un ^oommis ides lirèves flothsobiid oorrespond tavec toute A'AngleieFre; un 'oaul «emfiloyéipourrait correspondre anrec Jtous les ipréfote; mais là où Tan yient apprendre les ^éléments de sa fortune, Tautnre perd inutilement «son temps, sa vie^it sasantéJDeià^ourdaitiemaL €eneB un pays ne semble pas (immédiatement menacé de H|0Pt parce qu'un ^employé de talent se retire et qu'un homme médiocre le remplace. Malheureusement pour les nations, aucun homme me paratt indispensable à deur euislenoe. Mais quand itoutts'estià la longue amoindri, les nations dispocai&sent. Qfaaoun peut, par instntolion, aller voir à -Venise, il Madvid, à Amsterdam, à iSlockholm «et à ilome les iplaces où ibrillôrent (d'immenses pou!K>irs, «Oi^ourd'hui détruits par ia ^^titesse qui s*y est in^rée en. gagnant les sommités, àax jour d'iune lutte, tout sCétant trouvé- dâ>ile l'État suscombadevaiit une ifaibleiattaque. Adorer le sot qui ïénssit, ne pas s'attrister à jla chute il' un liomme de talent fst le résultat de motre triste éducation et 4e nos mœunqui aoussent ks gens d'esprit à la n^krie eft ^e génie'ftu )âttK&-

fU SCÈNES OB LÀ VIS PARISIENNE

poir. Mais quel problème difficile à résoudre que celui éù h réhabilitation des employés, au moment où le libéralisme criait par ses journaux dans toutes les boutiques industrielles que les traitements des employés constituaient un vol perpétuel, quand il configurait les chapitres du budget en forme de sangsues, et demandait chaque année à quoi bon un mil- Sard d'impôts. Aux yeux de monsieur Rabourdin, l'employé, relativement au budget, était ce que le joueur est au jeu; tout ce qu'il emporte, il le m restitue. Tout gros traitement impliquait une production. Payer mille francs par an à un homme pour lui demander toutes ses journées, n'était-ce pas organiser le vol et la misère? Un forçat coûte presque autant et travaille moins. Mais vouloir qu'un homme auquel l'État donnerait douze mille francs par an se vouât à son pays, était un contrat profitable à tous deux, et qui pouvait tenter les capacités.

Ces réflexions avaient donc conduit Rabourdin à une refonte du personnel. Employer peu de monde, tripler ou doubler les traitements et supprimer les pensions; prend» les employés jeunes, comme faisaient Napoléon, Louis XI\^ Richelieu et Ximenès, mais les garder longtemps en leur réservant les hauts emplois et de grands honneurs, furent les points capitaux d'une réforme aussi utile à l'Etat qu'à l'employé. Il est difficile de raconter en détail, chapitre par chapitre, un plan qui embrassât le budget et qui descendit dans les infiniment petits de Tadministralion pour les synthétiser; mais peut-être une indication des principales réformes su£Qra-t-elle à ceux qui connaissent comme à ceux qui ignorent la constitutiou admmistrative. Quoique la position d'un historien soit dangereuse en racontant un plan qui ressemble à de la politique faite au coin du feu, encore est-il nécessaire de le crayonner, afin d'expliquer l'homme par l'œuvre. Supprimez le récit de sec Iravaux^ vous ne voudrez plus croire le narrateur sur parole, s'il se contentait l'affirmer le talent ou l'audace d'un chef de bureau.

Rabourdin divisait la haute administration en trois ministères. Il avait pensé que si jadis il se trouvait des têtes assez fortes pour embrasser l'Ao^emble des affaires inté*

LES EMPLOYÉS i45

rieureset extérieures, la France d'aujourd'Ëfui ne memqiierait jamais de Mazarin, de Suger, de Sully, de GhoiseuJ^ de tlolbert pour diriger des ministères plus vastes qjue les mi'listèresaetuels. D'ailleurs, constiiutionnellemeiil parlant, trois ministress'aceordentpiisiisusilement qpie septw Puis, il estmoins Itffîcile ausn de se tramper quant au choix, finfinv peut-être m royauté éviterait^elle ainsi se» perpétudle» oscillations ninistérielleS' qui ne pennettent de suivre aucuaplan de po« litique extérieure^ ni d'accomplir mieune améUopation inté^ rieure. En Autriidie, où des nations diverses réumes offîrent des iniéréts différents à concilier et à> conduire sous une^ même couronne, deux hommes d- Elat supportaient le poids des affaires publiques, sans en être accablés. La France étaitrelle plus: pauvre que TAllemagne en capacités politiques? Le jeu, assez niais de ce qu'on nomme : le» institua tions consiitutionnelles , développé outre mesure a fini, comme on sait, par exiger beaucsoup^ de ministres' pour satisfaire les ambitions multipliées de la bourgeoisie. D'abord il parut alors naturel à Rabourdin de réunir le ministère de la marine au ministère de la guerre. Pour lui, la marine était un des comptes courants du ministère de la guerre, comme Tartillerie, la cavalerie, ^infanterie et l'intendance. N'était-ce pas un contre-sens de donner aux amiraux et aux maréchaux une administration séparée, qumd ils marchaient yers un but commun : la défense du pays, l'attaque de l'ennemi, la protection des possessions nationales ? Le ministère- de l'intérieur devait réunir le commerce, la police et les finances, sous peine de mentir à son nom. An ministère des affaires étrangères appartenaient la justice, la maison du roi, et tout ce qui, dans le ministère de l'intérieur, concerne les arts, les lettres et les gràcesw Tonte protection doit découler immédiatconent du souverain* Ge ministère impliquait la présidence du conseil. Chacun de ce^ trois ministères ne comportait pas plus de deux cents employés k son< administration centrale, où Rabourdin les logeait tous, comme j Mis sous la monarchie. En prenant pour moyenne une somme de douze mille francs par tête, il ne comptait que âcpt millioiis pour des ehs^itres qui en comptent plus

iéê SCÈNES DE LA YIE PARISIENNE

de vingt dans le budget actuel. Bn réduisant ainsi les ministères à trois têtes, il supprimait des admipistrations entières devenues inutiles^ et les énormes frais de leurs établissements dans Paris. D prouvait qu'un arrondissement devait être administré par dix hommes, une préfecture par douze au plus, ce qui ne supposait que cinq mille employés pour toute la France (jusUce et armée à part), nombre que dépassait alors le chiiïre seul des employés aux ministères. Mais, dans ce plan, les greffiers des tribunaux étaient chargés du régime hypothécaire; mais le ministère public était chai'gé de l'enregistrement et des domaines. Rabourdin réunissait dans un même centre les parties similaires. Ainsi l'hypothèque, la succession, Uenregistrement ne sortaient pas de leur cercle d'aciton, et ne nécessitaient que trois surnuméraires par tribunal, et trois par cour royale. L'application constante de ce principe avait conduit Rabourdin à la réforme des finances. Il avait confondu toutes les perceptions d'impôts en une seule, en taxant la consommation en masse au lieu de taxer la propriété. Selon lui, la consommation était Tunique matière imposable en temps de paix. La contribution foncière devait être réservée pour les cas de guerre. Alors seulement l'Etat pouvait demander des sacrilices au sol, car alors il s'agissait de le défendre; mais, en temps de paix, c'était une lourde faute politique que de l'inquiéter au delà d'une certaine limite; on ne le trouvait plus dans les grandes crises. Ainsi Vemprunt pendant la paix, parce qu'il se faisait au pair et non à cinquante pour cent déporte, comme dans les temps mauvais; puis, pendant la guerre, la contribution foncière.

— L'invasion de 1814 et de 1815, disait Rabourdin à ses amis, a fondé en France et démontré une institution que ni Law m Napoléon n'ont pu établir : le crédit»

Malheureusement Xavier considérait les vrais principes de cettf» admirable machine comme encore peu compris, à l'époque de son travail commencé en 1820. RabounUn imposait la consomoiation ^ar le mode des contributions directes, en supprimant tout l'attirail des contributions indi- Jectes. La recette de l'impôt se résolvait par un rôle unique

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oomposé . de divers articles. Il abattait ainsi les gênantes narrières qui barricadent les villes auxquelles il procurait de plus gros revenus en simplifiant leurs modes actuels de perception énormément coûteux, Diminuer la lourdeur de Vimpôt n'est pas en matière de finances diminuer Timpôt, c'est le mieux répartir; Talléger, c'est augmente» /a mass« des transactions en leur laissant plus de jeu ;, IHndividu paye moins et l'État reçoit davantage. Cette réforme, qui peut sembler immense, reposait sur un mécanisme fort simple^ Rabourdin avait pris l'impôt personne) et mobilier comme la représentation la plus fidèle de la consommation générale. Le^ fortunes individuelles s'expriment admirablement en France par le loyer, par le nombre de domestiques, par les' chevaux et les voitures de luxe qui se prêtent à la fiscalité. Les habitations et ce qu'elles contiennent varient peu, et disparaissaient difficilement. Après avoir indiqué les moyens de confectionner un rôle de contributions mobilières plus sincère que ne l'était le rôle actuel, il répartissait les sommes que produisaient au trésor les impôts indirects en un tant pour cent de chaque cote individuelle. L'impôt est un prélèvement d'argent fait sur les choses ou sur les personnes sous des déguisements plus ou moins spécieux; ces déguisements, bons quand il fallait extorquer l'argent, ne sont-ils pas ridicules dans une époque où la classe sur laquelle pèsent les impôts sait pourquoi l'État les prend et par quel mécanisme il les lui rend. En effet, le budget n'est pas un coffrefort, mais un arrosoir; plus il puise et répand d'eau, plus un pays prospère. Ainsi supposez six millions de cotes aisées (Rabourdin en prouvait l'existence, en y comprenant les cotes riches), ne valait-il pas mieux leur demander directement ufi droit de vin qui ne serait pas plus odieux que l'impôt des portes et fenêtres et produirait cent millions, plutôt que de les tourmenter en imposant la chose même? Par cette régularisation dé l'impôt, chaque particulier payerait moins en réalité, l'État recevrait davantage, et fea consommateurs jouiraient d'une immense réduction dans le prix des choses que l'État ne soumettrait plus à des tortures infinies. Rabourdin conservait un droit de culture sur les vignobles,

afin drprot)égar eette industrie «ontre latlroph grande abond«ac& ie ses produits^ Pais^ pour attemdre* les eonsomma lions d«s cotes paavres , les patentes èes débitants étaient taxées d'après la population d^ lieux qu'ils habitaient. Ainsr, sous troi^ formes : droit de Tin, droit de'eulture et patente, le tréscMT <efvaiA une recette énorme sans frais ni Texatio*DSi là où pesait un impôt vexatoîre partagé entre ses employ^é^ et lui. Llirapôt frappait ainsi: sur le riche au lieu de tourmen-ter le pauvre. Un au^e exemple. Supposez, par cote, n» franc ou deux de droits de sel, vous obtener dix ou douze* miUions, la gdielle moderne disparaît, la populationr pauvre* respire, ragriouiture est soulagée^ VÈtsX reçoit tout autant, et nulle oote ne se plaint. Toute cote, plus ou moins industrielle (Hi propriétaire, peut reconnaître immédiatenïent les bénéfices d'un impôt ainsi réparti eu voyant au fbnd' des* campagnes la vie s'améliorant, et le commerce agrandi. Wa^ fin, d'aimée en année, TÉtat verrait le nombre âes cotes \aisée8 s'accroissant. En supprimante Fadministratron des con*» itributions indirectes, machine extrêmement coûteuse^ et qui bst un État dans l'État, le Trésor et les particuliers y gagnaient donc énormément , à ne considérer que Téconomie des frais de perception. Le tabac et la poudre s'affermaient 'en régie, sous une surveillance. Le système sur ces deux ré^es, développé' par dîàutres que par Rabourdin lors du renouvellement} de la loi sur les tabacs, fut si convaincant , que cette loi nfeût point passé dans une cham* bre à qui l'on n'aurait pas mis le marché à' la main, comme le fit alors le ministère. Gcfut alors moin» une question de finances qu'unequestion de gouvernement. L'État ne possédait plus rien en propre, ni forêts, ni mines, ni exploitations* Aux yeux de Rabourdin, l'État, possesseur de domaines, constituait un contre^sena administratif. L'État ne sait pas faire valoir et se prive de contributions, il perd deux produits à la fois. Quant aux fabriques du gouvernement, c'était le môme non-sens reporté dans la libère de l'industrie. L'État obtient des produits plus coûteux que ceux du com* merce, plus lentement confectionnés, et manque à percevoii ses droits sur les mouvements de l'industrie, à laquée 9

LISCMPXOYtS lit

retcancbe des alimentations. Est-ce administrer un pays que d'y fabriquer au lieu d'y faire fabriquer, d'y posséder au lieu de créer le plus de possessions diverses? Dans ce système, rÉtat n'exigeait plus un seul cautionnement en argent. Rabourdin n'admettait que des cautionnements hypothécaires* Voici pourquoL Ou l'État garde le cautionnement en nature, et c'est gêner le mouvement de l'argent ; ou il l'emploie k un taux supérieur à l'intérêt qu'il en doime, et c'est un vol ignoble; ou il y perd, et c'est une sottise; enfin, s'il dispose un jour de la masse des cautionnements, il prépare dans certains cas une banqueroute horrible. L'impôt territorial ne disparaissait pas entièrement, Rabourdin en conservait une faible portion, comme point de départ en cas de guerre; mais évidemment les productions du sol devenaient libres^ et l'industrie, en trouvant les matières premières à bas prix, pouvait lutter avec l'étranger sans le secours trompeur des douanes. Les riches administraient gratuitement les départements, en ayant pour récompense la pairie sous certaines conditions. Les magistrats, les corps savants, les officiers inférieurs voyaient leurs services honoraolement récompensés. Il n'y avait pas d'employé qui n'obtînt une immense considération, méritée par l'étendue de ses travaux et l'importance de ses appointements; chacun d'eux pensait lui-même à son avenir, et la France n'avait plus sur le corps le cancer def pensions. En résultat, Rabourdin trouvait sept cents milliom de dépenses seulement et douze cents mill:3ns de recettes Un remboursement de cinq cents millions annuelsjouait alort avec un peu plus de force que le maigre amortissement. don^ le vice était démontré. Là, selon lui, l'État se faisait encore rentier, comme l'État s'entêtait d'ailleurs à posséder et à fai^riquer. Enfin, pour exécuter sans secousses sa réforme et ^ur éviter une Saint-Barthélémy d'employés, Rabourdin iemandait vingt années.

Telles étaient les pensées mûries par cet homme depuis le jpur oùsaplacefutdonnéeàmonsieurdeLaBillardière, homme Incapable. Ce plan si vaste en apparence, si simple jeu réalité, qui supprimait tant de gros états-majors et tant de petitet places également inutiles, exigeait de continuels calculs^dat

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•tatistiques exactes, des preuves évidentes. Rabourdin avaîl pendant longtemps étudié le budget sur sa double face, celle ées voies et moyens, celle des dépenses. Aussi avait-il passé fcîen des nuits à Tinsu de sa femme. Ce n'était rien encore ipie d'avoir osé concevoir ce plan et de l'avoir supt;rposé sur Je cadavre administratif, il fallait s'adresser à un ministre capable de l'apprécier. Le succès de Rabourdin tenait donc à la tranquillité d'une politique alors encore agitée. Il ne considéra le gouvernement comme définitivement assis qu'au moment où trois cents députés eurent le courage de former une majorité compacte, systématiquement ministérielle. Une administration fondée sur cette base s'était établie depuis que Rabourdin avait achevé ses travaux. A cette époque, le luxe de la paix due aux Bourbons faisait oublier le luxe guerrier du temps où la France brillait comme un vaste camp, prodigue et magnifique parce qu'il était victorieux. Après sa campagne en Espagne, le ministère paraissait devoir commencer une de ces paisibles carrières où le bien peut s'accomplir, et depuis trois mois un nouveau règne avait commencé sans éprouver aucune entrave, car le libéralisme de la gauchetavait salué Charles X avec autant d'enthousiasme que la droite C'était à tromper les gens les plus clairvoyants. Le moment sembla donc propice à Rabourdin. N'était-ce pas un gage de durée pour une administration que de proposer et de mettre à fin une réforme dont les résultats étaient si grands?

Jamais donc cet homme ne se montra plus qu'alors soucieux, préoccupé le matin quand il allait par les rues an ninistère, et le soir à quatre heures et demie quand il en revenait. De son côté, madame Rabourdin, désolée de sa rie manquée, ennuyée de travailler en secret pour se pro- •"-'*'• «.iûi/T«(js jouissances de toilette, ne s'était jamais monrement mécontente, mais, en femme attachée à e regardait comme indigne d'une femme supémteux commerces par lesquels certaines femmes uppléaient à l'insuffisance des appointements, lui fit refuser toute relation avec madame Colliée avec François Keller, et dont les soirées

cffkçaîent souvent celles de la rue Dupbot. Elle prit Timmobilité du penseur politique et la préoccupation du travailleur intrépide pour l'apathique abattement de Vemployé dompté par Tennui des bureaux, vaincu par la plus détestable de toutes les misères, par une médiocrité qui permei de vîvrC) et elle gémit d'être mariée à un homme sana énergie. Aussi, vers cette époque, résolut-elle de faire à elle seule la fortune de son mari, de le jeter à tout prix dans une sphère supérieure et de lui cacher les ressorts de ses machines. Elle porta dans ses conceptions cette indépendance d'idées qui la distinguait, et se complut à s'élever audessus des femmes en n'obéissant point à leurs petits préjugés, ennes'embarrassant point desentraves que la société leur impose. Dans sa rage, elle se promit de battre les sots avec leurs armes, et de se jouer elle-même s'il le fallait. Elle vit enfin les choses de haut. L'occasion était favorable. Bf onsieur de La Billardière, attaqué d'une maladie mortelle, allait succomber sous peu de jturs. Si Rabourdin lui succédait, ses talents, car Gélestine lui accordait des talents administratifs, seraient si bien appréciés, que la place de lïia!tre des requêtes, autrefois promise, lui serait donnée ; elle le voyait commissaire du roi, défendant les projets de loi aux chambres; elle l'aiderait alors I elle deviendrait, s'il était besoin, son secrétaire ; elle passerait des nuits. Tout cela pour aller au bois de Boulogne dans une charmante calèche, pour marcher de pair avec madame Delphine de Nucingen, pour élever son salon à la hauteur de celui d'une madame Colleville, pour être invitée aux grandes solennités ministérielles, pour conquérir des auditeurs, pour faire dire d'elle: Madame Rabourdin de quelque chose (elle ne connaissait pas encore sa terre), comme on disait madame Firmiani, madame d'Espar^, madame d'Aiglemont, madame de Garigliano; enfin pour effacer surtout l'odieux nom de Rabourdin.

Ces secrètes conceptions engendrèrent quelques changements dans l'intérieur du ménage. Madame Rabourdin commença par marcher d'un pas ferme dans la voie de la dette» Elle reprit un domestique mâle, lui fit porter une livrée insignifiante, drap bnm à lisérés rouges. Elle rafraîchit quel-

ques parties de son mobilier, tendil à uouiFeau son «i^panlement, Tembellit de fleurs souvent renouvelées, rencontoi des futilités qui devinrent alors la mode; puis,«Ue qui jadis avait quelques scrupules sur ses dépenses , n'hésita ^us à remettre sa toilette en harmonie avec le rai^ .auquel ^elle aspiraity et dont Jes bénéfices furent escomptés dans quel* ques magasins où elle fit ses psovisionv pour la gueisve. Pour mettre à la mode ses mercredis, eUe donna régulièiement un dtner le vendredi, les convives furent tenus à faire une visite en prenant une tasse de thé, le mercredi suivant. Elle choisit habilement ses convives parmi les* députés influents, parmi les gens qui, de loin ou de près,pouvaient servir ses intéF^ts. Enfin elle se fit un entoun^e ^ort convenable. On s'amusait beaucoup chez elle^ ou le disait du moins, ce qui suffît à Paris pour attirer le imonde. Eabourdin était si profondément occupé d'achever son grave et grand travail qu'il ne remarqua pas oette recrudâscence de luxe au sein de son ménage.

Ainsi la femme et le mari assiégèrent la même place, en opérant sur des lignes parallèles, à l'insu l'un de l'autre.

Au ministère , florisscût alors comme secrétaire général certain monsieur Clément Chardin des Lupeaulx, un de ces personnages que le flot des événements politiques met en saillie pendant quelques années, qu'il emporte en un jour d'orage, et que vous retrouvez sur la rive, à je ne sais quelle distance, échoués comme la carcasse d'une embarcation, mais qui semblcdoit être encore quelque chose. Le voyageur se demande si ee débcis n'a pas contenu des marchandises précieuses, ^servi dansde^grandes oirconstances, coopéré à quelque r^istance, supporté le velours d'un trône ou transporté le cadavre d'une rpyaiuté. £n<oe.moment,<Clémeia des Lupeaulx (les Lupeai^Lx absorbaient le Chardin) atteignait à son apogée. Dans ku existences les.plusillustrescomuie dans les plus obscurci;*, n'y a-t-il pas pour l'animalToomme pouf les secrétaires généraux un zénith et un nadir, ^une période où le pelage est magnifique , oii la fortune rayonne de tooL Bon éclat? Dans la nomenclature créée4mr lBSffabuliâies,>de« Lupeauk ^uppaslenait aujuenre des Bertmnd <et*ner6<QCca«

l.£S «MPLOYiB A&3^

.pail qu à troEver (des RaUm, et comme il fut un ^tes fniii- ^npaux aeteurs de ce drame, Û mérUe une (tesciiption d'au- •iant ]^us étendue <que k révolution de Juillet a sufipnmé >e poste éminemment utile à des ministres oonstitution- .nels.

Les moralisles déploient ordinairemefU leur vanre sur les abxvminatieos transcendantes. Pour eux, les «rimes sont à la cour d'assises ou à la police correctionnelle, mais les fine sses sociales leur échappent; Thahileté qui triomphe sous I s armes du Gode est au-dessus ouAu-dessous d'eux, ils n'ont ni loupe ni longue-vue ;^ il leur faut de bonnes grosses iiorreurs bien visibles. Toiiyours occupés des carnassier, ils négligent les reptiles; et heureusement pour les poëtes comiques, ils leur laissent les nuances qui colorent le Chardin des Lupeaulx. Sgoîste et vain, souple et fier, libertin et ^gourmand, avide à cause de ses dettes, discret cmnme ime tombe d'où rien nesort pour démentir l'inscription destinée aux passants, intrépide et sans peur quand il sollicitait^ aimable et spirituel dans toute l'accciption du mot, moqueur à propos, plein de tact, sachant vous compromettre par une •carieie comme «par un cou de coude, ne reculant devant aucuue ai^eur de ruisseau et sautant avec gràce^ effironté voltérrie et;allant à Jamesse à Saint-Thomas d'Aquin quand il s'y trouvait jàûe belle assemblée, ce secrétaire général ressemblait à toutes les médiocrités qui forment le noyau du monde politique. Savant de la science des autres, il avait pris la position d'écouteur, et il n'en existait p^t alors de plus attentif. Aussi, .pour ne pas éveiller le soupçon, était*il flatteur Jusqu'à la nausée, insinuant comme un parfum et

aressant .comme une femme, il aUait accomphr sa quarantième année. S Jeunesse l'avait désespéré pendant longtemps, car il sentait que r assiette de sa fortune politique dépendait de la députation. Gomment était-il parvenu,? se dira-t-on. Par un moyen bien simple ; Bonneau .politique, des Lupeaulx se chargeait des miasions délicates que f on ne peut donner ni à un homme qui se respecte, ni à ua homme qui ne se respecte pas, mais qui se confient à des éti;es sérieux et {apocryphes tout ensemble, que Ton peut

pr?"*

i54 SCÈNES DI LA TIB PARISIENNE

avouer ou désavouer à volonté. Son état était d'être tCMijours compromis^ mais il avançait autant par la défaite que par le succès^ Il avait compris que sous la Restauration^ temps de transactions continuelles entre les hommes, entre les choses, entre les faits accomplis et ceux qui se massaient à Thorizon, le pouvoir aurait besoin d'une femme de ménage. Une fois qij^e dans une maison il s'introduit une vieille qui sait comment se fait et se défak le lit, où se balayent les ordures, où se jette et d'où se tire le linge sale, où se serre l'argenterie, comment s'qmîse un créancier, quels gens doivent être reçus ou mis à la porte ; cette créature eût-elle des vices, fût-elle sale, bancroche ou édentée, mît-elle à la loterie et prît-elle trente sous par jour pour se faire une mise, les maîtres l'aiment par habitude, tiennent devant elle conseU dans les circonstances les plus critiques ; elle est là, rappelle les ressources et flaire les mystères, apporte à propos le pot de rouge et le chàle , se laisse gronder, rouler par les escaliers, et le lendemain, au réveil, présente gaiement un excellent consommée Quelque grand que soit un homme d'État, il a besoin d'une femme de ménage avec laquelle il puisse être faible, indécis, disputailleur avec son propre destin, s'interroger, se répondre et s'enhardir au combat. N'est-ce pas comme le bois mou des sauvages, qui, frotté contre du bois dur, donne le feu? Beaucoup de génies s'allument ainsi. Napoléon faisait ménage avec Berthier, et Richelieu avec le père Joseph ; des Lupeaulx faisait ménage avec tout le monde. Il restait l'ami des ministre déchus en se constituant leur intermédiaire auprès de ceux qui arrivaient, embaumant ainsi la dernière flatterie et parfumant le premier compliment. Il entendait d'ailleurs admirablement les petites choses auxquelles un homme d'État n'e pas le loisir de songer; il comprenait une nécessité, il obéissait bien ; il relevait -^ bassesse en ea plaisantant le premier, afin d'en relever tout le prix, et choisisssait toujours dans les services à rendre celui que l'on n'oublierait pas. Ainsi, qfuand il fallut franchir le fossé qui séparait l'Empire de la Restauration, quand chacun cherchait une planche pour le passer, au moment où les roquets de l'Smpire se ruaient éms

un dévouement de paroles, des Lupeaulx passait hi frontière après avoir emprunté de fortes sommes à des tisurienu Jouant le tout pour le tout^ il racheta les créances les plus criardes sur le roi Louis XVIII, et liquida par ce muyen, lui le premier, près de trois millions à vingt pour ce ni; car il eut le bonheur d'opérer à cheval sur 1844 et sur 4845. Les bénéfices furenl dévorés par les sieurs Gobseck , Werbrust et Gigonnet, croupiers de l'entreprise; mais des Lupeaulx les leur avait promis, il ne jouait pas une mise, il jouait toute la banque, en sachant bien que Louis XYIU n'était pas homme à oublier cette lessive. Des Lupeaulx fut nommé maître des requêtes, chevalier de Saint-Louis et officier de la Légion d'honneur. Une fois grimpé, l'homme habile chercha les moyens de se maintenir sur son échelon, car dans la place forte où il s^était introduit^ les généraux ne conservent pas longtemps les bouches inutiles. Aussi^ à son métier de ménagère et d'entremetteur, avait-il joint \î\ consultation gratuite dans les maladies secrètes du pouvoir.

Après avoir reconnu chez les prétendues supériorités de la Restauration une profonde infériorité relativement aux événements qui les dominaient, il imposa leur médiocrité politique en leur apportant, leur vendant au milieu d'une crise ce mot d'ordre que les gens de tarent écoutent dans l'avenir. Ne croyez point que ceci vint de lui-même ; autrement, des Lupeaulx eût été un homme de génie, et ce n'était qu'un J homme d'esprit. Ce Bertrand allait partout,' recueillait lesj avis, sondait les consciences et saisissait les sons qu'elles rendent. U récoltait la science en véritable et infatigable abeille politique. Ce dictionnaire de Bayle vivant ne faisait pas comme le fameux dictionnaire, il ne rapportait pas toutes les opinions sans conclure, il avait le talent de 1» mouche et tombait droit sur la chair la plus exquise, au milieu de la cuisine. Aussi passa-t-il pour un homme indispensable à des hommeis d'État. Cette croyance avait pris de si profondes racines dans les esprits, que les ambitieux arrivés jugeaient nécessaire de compromettre des Lupeaulx afin de l'empêcher de monter plus haut ; ils le dé-

156 SCENES De LA Y(fS PARISIENNE

dommageaîent par na crédit secret de son peu 'd'tmpoitaDûe publique. Néanmoins, «n se sentant appuyé $itr toiii Je monde, ce pécheur d'idées avait exigé des «rites. Eétnbtté par r^tat^major dans la garde naiiofialeoù il avait une sinécure payée par la vilie de Parts, commissatre du gouvernenent près d'une société anonyme, il avdt encore une Qspecûon dans la maisoii du roi. Ses deux places ofificteUes inscrites an budget étaient celles de secrétaire général el 4e maître des requêtes. Pour le moment, il voulait être commandeur ée la Légion d'honneur, gentilfaomsne de la chambre, comte et député. Pour éUre député, il fallait payer mille francs d'impôt, et la misérable bicoque de des Lupeaulx valait à peine cinq cents francs de rente. Où prendre Targeni pour y bâtir un cb&tean, pour f enl0urer de ^usieurs domaines respectables^ et venir y jeter de la poudre aiux yeis de tout un arrondissement? Quoique disant tous les jours en ville, quoique logé depuis neuf ans aux frais de TÉtat, qiioique voiture par le iministre, des Lupeaulx ne possédai! guère, au moment où cette scène commence, que trjOAte mille frimes de dettes franches et liquidas sur lesquelles personne n'élevait de contestation. Un mariage pouvait mettre cet ambitieux à flot, en éeopant sa ^barque pleine des eaux de la dette; mais le bon mariage dépendait de son avancement, et son avancement voulait la dépuration. En cherchant les moyens de briser ze cercle vicieux, il ne voyait qu'un immense service à rendre ou quelque bonne affaire à combiner. Mais, hélas I les conspirations étaient usées, et les Bourbons avaient en apparence vaincu les partis. Enfin malheureusement, depuis quelques années, le gouvernement était si bien mis à jour par les sottes discus^ons de la gauche, qui s'étudiait à rendre.tout gouvernement impossible en France, qu'on jie pouvait plus y faire d'afi&ûres ; les der-* nières s'étaient accomplies en Espagne, etoombien n'avait-OA pas crié I Puis des Lupeaulx multiplia les difficultés en croyani à l'amitié de son ministre, auquel il eut l'impirudenoe id'<€a« primer le désir d'être assis «ur les J}ancs ministériels. .Les ministres devinèrent d'où venait ce désir; des Jhnvpeaols voulait consolider une oositionnrécaire^t nei^ns èiêe 4

LB8 BnPLOYÈ» 157

leur dépendance. Le lévrier se révoltait contrei le chasseur, les ministres lui donnèrent quelques coups de fouet et 1« caressèrent tour à tour, ils lui suscitèrent des rivaux ; maif des Lupeaulx se conduisit avec eux comme an habile courtisan avec des nouvelles venues ; il leur tendit des pièges, ils y tombèrent, il en fit promptemeni /ustice. Plus il se sentit menac<w, plu» il désira remplir un poste inamovible; mais il' fallait jpuer serré 1 En un instam, il pouvait tout perdre. Un coup de plume abattrait ses épaulettes de colonel civil, son inspection, sa sinécure à la société anonyme, ses deux places et leurs avantages, en tout, six traitements conservés sous le feu de la loi sur le curaul. Souvent il menaçait son ministre comme une mattresse menace son amant, il se disais sur le point d'épouser une riche veuve ; le ministre cajolait alors le cher des Lupeaulx. Dans un de ces raccom^ modements, il reçut la promesse forraelle dfune place à TAcadémie (des inscriptions et bdl es-lettres., 1ers de la première vacance. C'était, disait-il^ le paân d'un cheval. Dans son admirable position. Clément Cliardin des Lupeaulx était comme un arbre planté dans- uti terrain favorable. 11 pouvait satisfaire ses vices, ses fantaisies, ses^ vertus et ses défauts.

Voici les fatigues de sa vie : entre cinq ou six invitations journalières, il avait à choisir la maison où se trouvait le meilleur dîner. Il allait laire rire le matin le ministre et sa femme au petit-lever, caressait les enfants et jouait avec eux. Puis il travaillait une heure ou deux, c'est-à-dire il s'étendait dans un bon fauteuil pour lire les journaux, dicter le sens d'une lettre, recevoir quand le ministre n'y était pas, expliquer en gros la besogne» attraper ou distribuer quelques jputtes d'eau bénite de cour, parcourir dei> pétitions d'un «coup de lorgnon ou les apostiller par une signature qui signifcit*. Je m* en moque y faites comme vous voudrez ! Chacun 9avait que quand des Lupeaulx s'iut^'^ressait à quelqu'un ou à quelque chose, il s'en mêlait personnellement, /l permetlait aux employés supérieurs quelques causeries intimes sur les affaires délicates, et il écoutait leurs cancans. De temps en temps il allait au château prendre le mot d'ordre. Enfin

158 SCÈNES DE LA VIE rA.RISIBlflfl

il attendait le ministre an retour de la chambre qi^and il y avait session^ pour savoir s'il fallait inventer ei diriger queî^^e iiHmœuvre. Le Sybarite ministériel s'habillait, dinait et visitaiv douze ou quinze salons de huit heures à trois heures du matin. A l'Opéra, il eau^it avec les journalistes, car il était avec eux du dernier bien ; il y avait entre eux un cpntinuel échange de petits services, il leur entonnait ses fausses nouvelles et gobait les- leurs; il les empêchait d'attaquer tel ou U\ iHîuifirc »ur. telle ou Me clioae qui ferait, disait-il uns vrai psîas à iouis femmes ou à leurs maîtresses.

— Dites que le projet de loi ne vaut rien, et démontrez-le si vous pouvez ; mais ne dites pas que Mariette a mal dansé* Calomniez notre affection pour nos proches en jupons, mais ne révélez pas nos farces de jeune homme. Diantre 1 nous avons tous fait nos vaudevilles, et nous ne savons pas ce que nous pouvons devenir par le temps qui court. Vous serez peut-être ministre, vous qui salez aujourd'hui les tartines du ConstituiionneL.,

En revanche, dans l'occasion il servait les rédacteurs, i? levait tout obstacle à la représentation d'une pièce, il lâchait à propos des gratifications ou quelque bon dtner, il protnet* tait de faciliter la conclusion d'une affaire. D'ailleurs il aimait la littérature et protégeait les arts; il avait des autographes, de magnifiques albums gratù^ des esquisses, des tableaux. Il faisait beaucoup de bien aux artistes en ne leur nuisent pas, en les soutenant dans certaines occasions où leur amour-propre voulait une satisfaction peu coûteuse. Aussi était-il aimé par tout ce monde ^e coulisses, de journalistes et d'artistes. D'abord tous avaient les mêmes vices et la même paresse; puis ils se moquaient si bien de tout entre deux vins ou entre deux danseuses 1 le moyeu de ne pas être amis? Si des Lupeaulx n'eût pas été secrétaire généraK il aurait été jour» naliste. Aussi, dans la lutte des qumze années où la batte de l'épigramme ouvrit la brèche par où passa l'insurrection, des Lupeaulx ne reçut-il jamais le moindre coup.

En voyant cet homme jouant à la boule dans le jardin du ministèrt avec les enfants* ds monseigneur,, le fretm des em-

ployés se creusait la^ervellè pour deviner le secret de son influence et la nature de son travail^ tandis quQ les talons rouges de tous les ministères le regardaient comme le plus • dangereux Méphistophélès, l'adoraientet lui rendaient avec usure les flatteries qu'il débitait dans la sphère supérieure. Indéchiffrable comme une énigme hiéroglyphique pour les petits, rutilité du secrétaire, général était claire comme une règle de trois pour les intéressés. Chargé de fner les conseils, les idées, de faire des rapports verbaux, ce petit prince de Wagram du Napoléon ministériel connaissait tousles secrets de la politique parlementaire, raccrochait les tièdes, portait, rapportait et enterrait les propositions, disait les non ou les oui que le ministre n'osait prononcer. Fait à recevoir les premiers feux et les premiers coups du désespoir ou de la colère, il se lamentait ou riait avec le ministre. Anneau mystérieux par lequel bien des intérêts se rattachaient au château et discret comme un confesseur, tantôt . il savait tout et tantôt il ne savait rien; puis, il disait du ministre ce qu'un ministre ne pouvait pas dire de soi-même. Enfin, avec cet Ëphestion politique, le ministre osait être luimême, ôter sa perruque et son r&telier, poser ses scrupules et se mettre en pantoufles, déboutonner ses roueries et déchausser sa conscience. Tout d'ailleurs n'était pas roses pour des Lupeaulx ; il flattait et conseillait son ministre, obligé de flatter pour conseiller, de conseiller en flattant et de dé- .guiser la flatterie sous le conseil. Aussi, presque tous les hommes politiques qui firent ce métier eurent^ils une figure assez jaune. Leur constante habitude de toujours faire ur« mouvement de tète affirmatif pour approuver ce qui se dit, DU pour s'en donner l'air, communiqua quelque chose d'étrange à leur tête. Ils approuvaient indifféremment tout ce qui se disait devant eux. Leur langage fut plein de mais, de cependanî, de néanmoins, de moi je ferais, moi à votre place (ils disaient souvent à votre place), toutes phrases qui préparent la contradictjpn.

Au physique. Clément des Lupeaulx était le reste d'un joli honune; taille de cinq pieds quatre pouces, embonpoint to- .érable, le teint échaafé par la bonne chair, un air usé,

160 SCÈNES Dff LA YTE PARISIENNE

ine titusf pondrée, de petites lunettes^ fines ; au moins blond^ fouleur indiquée par une main poleiée comme celle d'une Veille femme blonde, un peu trop carrée^ les ongles courts me main de satrape^ Le pied ne manquait pas de distinc* iion^ Passé cinq heures, des Lupeaulx étaif toujours en hai. 4e soie à jjMirv en soulterë, pantdon mnr; gilet de cachet mire, mouchoit de batiste sans parfums, chatne d'or, habit bleur de^rei k boutons ciselés^ et' sa brochette d'ordres. Le nontin, des bottes craquant sous un pantalon gris et la petite redingote courte et serrée des intrigants. Sa tenue ressemblait alors beaucoup plus à celle d'un avoué madré qu'à la contenance d'un ministre. Son œil miroité par l'usage des lunettes le rendait plus laid qu'il ne l'était réellement quand par malheur il les ôtait. Pour les juges habiles, pour les gens droits que le vrai seul met à l'aise, des Lupeaulsc était insupportable. Ses façons gracieuses frisaient le mensonge, «es protestations aimables, ses vieilles gentillesses toujours neuves pour les imbéciles, montraient trop la corde. Tout homn4& perspicace voyait en lui une planche pourrie sur la^^ quelle il fallait bien se garder de poser le pied. Dès que la' belle madame Rabourdin daigna s'occuper de la fortune administrative de son mari, elle devina Clément des Lupeaulx et l'étudia pour savoir si dans cette voligeil y avait encore quelques fibres ligneuses assez solides pour lestement passer dessus du bureau à la division, de huit mille à douze mille francs. La femme supérieure crut pouvoir jouer ce roué politique. Monsieur des Lupeaulx fut donc uil peu cause des dépenses extraordinaires qui se^firent et qui se continuaient dans le ménage de Rabourdin.

La rue Duphot, bâtiie sous l'empire, est remarquable par quelqu^^s maisons élégantes au dehors et dont les appartements ont été généralement bien entendus. Celui de madame Rabourdin avait d'excellentes dispositions, avantage qui entre pour beaucoup dans la noblesse de la vie intérieure. Une jolie àntichalibre assez vaste, étirée sur la cour, menait à un grand salon dont les fenêtres voyaient sur la rue. A. droite de ce salon, se trouvaient le cabinet et la chambre de Rabourdin, en retour desquels était la salle à man-

LES filfPLO^ÉS 161

^» ait Von entrait par Tantichambre; à gauche, la chambre à coucher de madame U son cabinet de toilette, en retour desquels était le petit appartement de sa fille. Aux jours de réception, b porte du cabinet de Rabourdin et celle de la chambre d^ madame restaient ouvertes. L'espace permettait de recevoir une assemblée choisie, sans se donner le ridicule qui pèse sur certaines soirées bourgeoises où le luxe s'improvise aux dépens des habitudes journalières et parait alors une exception. Le salon venait d'être retendu en soie jaune avec des agréments de couleur carmélite. La chambre de madame était vêtue en étoffe vraie perse et meublée dans le genre rococo. Le cabinet de Rabourdin hérita de la tenture nettoyée de l'ancien salon, et fut orné des beaux tableaur. laissés par Leprince. La fille du commissaire -priseur utilisa dans sa salle à manger de ravissants tapis %urcs, bonne occasion saisie par son père, en les y encadrant dans de vieux ébènes, d'un prix devenu exorbitant. D'admirables buffets de Boulle, achetés également par le feu commissairepriseur, meublèrent le pourtour de cette pièce, au milieu de laquelle scintillèrent les arabesques en cuivre incrustées dans l'écaillé de la première horloge à socle qui reparut pour remettre en hcsseur les chefs-d'œuvre du dix- septième siècle. Des fleurs embaumaient cet appartement plein de goût et de belles choses, où chaque détail était une œuvre d'art bien placée et bien accompagnée, où madame Rabourdin, mise avec cette originale simplicité que trouvent les artistes, se montrait comme une femme accoutumée à ces jouiscsauces, n'en parlait pas et laissait aux grâces de son esprit à compléter l'effet produit sur ses hôtes par cet ensemble. Grâce d son père, dès que le rococo fut à la mode, Gélcstine fit parler d'elle.

Quelque habitué qu'il fût aux fausses et t ftx réelles ma* gnificences de tout étage, des Lupeaulx fut i arpris chez madame Rabourdin. Le charme qui saisit cet Asmodée parisien peut s'expliquer par une comparaison. Imaginez un voyageur fatigué des mille aspects si riches de l'Italie, du Brésil^ des Indesy qui revient dans sa patrie et trouve sur son chemin un délicieux petit laci comme est le lac d'Orta au ])ied

162, SCÈNES Bfi, LA VIE PARlSIENlfl

du mqnt Eose, une lie bi^ jetée d^ns de^eaux c^^qi^ qq^ qpette. et siini||le,^ naive et cependant, j^arée,, solimjioQ et bi^ accompagnée ; élégants, bouquet^ d'arbj^, st;ituest,di;utt.bd* ^et, A reniour, dçs rive» à, la fois aiE^ivji^.etccum?ée»i^ le grandiose et ses tumultes au dehors au aedjip^ les^ pjry^ portions humay?es. Le monde que le voyageur. a i^s^rjQr trouve en i^eiï%, ipedcsie et pur; son &nn$ repo^ le^ convia 1^ rester là, car uq <*li')rme poétique) et mélodieux l<entpw^ ^ toutes les harmopies et réveille tout^ les idi^«, C'est. 1^ & fois une Chartreuse et la v^e !

Quelques jours auparayajot,. la bellQ madam« Finni^, l^ine des plus ravissaïUos, fermes, du faubourg S|intHG[^ main, qui aimait et i^ecevaîi madame ^abofirdm, ayait dit^|« des Lupeaulx invité tout e^rè^ pour entendre cette phra^^ IL Pourquoi n'allez-vous, donc pas chez madame? » B^..^(t, avait montré Célestine. «^ Madame a des soirées. djéUojie|:iysi^, «t surtout on y dtne... mieux que chqz mou »

Des Lupeaul)c s'éMiit laissé sjurprendre u^a promesap.pMC la-belje madame Rabourdlq, qui, pour la première fois» avait^ levé les yeux sur lui en parlaqt. Et il était allé rue Duphot,^ n'est-ce pas tout dire? La femme n'a qu'une ni^e, s',éci;io Figaro, mais elle est infaillible. En dînant chez ce simiflft chef dQ bureau^ des Lupeaulx se promit d'y dfper quelque^ fois. Grâce au jeu dépent. et convenable de la charmaata> femme qpe^sa rivale, madame CoUeville, surnomma laCéli^. mène deux rue DupnoU il y dînait tous les vendredis de^oia^ an mois, et revenait de son propre mouvemept prendre uq^, ta?se de thé le mercredi.

Depuis quelques jours, après de savantes et fines perquisitions, mfidame Rabourdin fîroyait avoir trouvé dai^ cette^ planche ministériellt la place d'y mettre une fois le flied. Elle ne doutait plus du succès. Sa. joiô intérieure ne peut être comprise que dans ces ménages d'employés où l'o», a»^ trois ou quatre ans durant, «calculé le bien-être résulta^H; d'une nomination espérée, caressée, choyée. CombicD d§ soufiTrances apaisées 1 combien de vœux élancés vers lea divinités ministérielles! combien de visites intéressées 1 Enfin, grâce â sa hardiesse, madame Rabourdin enteodail.

&Ba juiiPiiûflrÉ» 16ft

Upter l'haune o^ tUt^illiib afvolb^wtigt .imH^ finnop puian^an lieui déchoit mitla.

-«^ Et j^nwi&MaLliîeiiiCQnHiiMiti^ ae disttl^^fet JEal^foittiim peu de UépensQç mam(nfnifiinfi'8cnKm6B»pt&id«nftuMiétMM]tta& Dû Uon v«)Qher€i}erilQtkmértÉes>qQit9B(Cac1i0mvtMidi»qa'^n MmeUaiil) ea> fue^ amce&tiuntidiyasilei moadev e&iOttltmm: s6&wrelattaBa^eKslen,ftnieni»de!ii9|iyioileB^ iin^mmoAfimt. Après tout, les ministres et. le»» amis ne> s^stémattntL qtk'aim gei»;qti:il^ voieniV'et Bobottidincàeise! douta> pa»^dii monde ! Si je n'avais pas enioiiiUô 0Qs4rm8.dâpttté»,âl«»au4*• raienklpfiat^ûlV8*lr0llhtllltyp)a»ed^ Lattllaniiè»6; tandittqtte» reçus obes nMKÎv>li^iMrgogn»/lea>pyend^ ilat devicimifiti no» ' appuis au lieu d'être ADfluriya«ak.X''aifaiimi»{]gMi la ooquetta^ mais je suisitoiittute qne l^ipianûôrae^nkisarie^^^amirltequelles oa amus«< le&ihQraawsaient suffîi..

Le jour oàt Gominâaçaj récdlam^l. uaa Iv^ UtaÉtendnerJ^ propos de cette plaoei après le: dliiec:riii»liistértekqui«préié»^ dttttuiM* daiOeSiSoirée»KitteilefrmittMlresQOiasdèi!«Bi tiomme puhliquesv d«a JHufNeaulx.se tnMYmtàcila dieminée auprèSidEte la femme du minifttne* En prenantisa^ tasso* decaféy IL luiî «nrivft de oomprandre «ooorei une foi» madamer Ralpiauffdm parmi le» sepi on huit fajfnme»^véntableiiieiilis)ipén6ure» do« Pariai ^ plUsîeur» re|iri9«»v il: ami', déjà, mit auv jein madame RalftOttrdini comfue le* caporal 'UrinftjyiiBettaU^.aonr bMuieU

-•* Ne >le dites tpaaiitropf ctaenami» tous luiferieeidii tQarl(, lui dil la femme du ministre en riant à demôj

AucoBt femme' n*aiiRe àiemendrô faire devantiettcrrétoge diNine autre femna; toutes se résePYentoB^c&casil» parole* a^ devinaifçrer la'lQtta»g0.

Oe pauvftt' I^aiBiUârdflère; est est traîna de mourir^ repvitt sen^BKookenca^ savsucoession admimstrativei^vteQt à Hj^ hourdin, qui est un de nos plus habiles employeSy.et'eiiYeffr quinos-prédéeessefttrsoiesesout pas bien conduits, quoique l'und-âux ait4ûsa préfeeiure lie poiicesous rHmpire à oer» tainperw)nnagepaye pour s intéressera Rabourdin. Pran«^ cbemeBt, cberami^ vous èies-encore assez jeune pour élm aimé> pour vous^ méinei. .

«^ Si la place de La BQlardîère est acquise à Rabourdin, je puis être cru quand je Tante la supériorité de sa femme, répliqua des Lupeaulx en sentant l'ironie du ministre; mais si madame la comtesse veut en juger par elle-même. ..

— Je l'inviterai à mon premier bal, n'est-ce pas? Yotra femme supérieure arriverait quand j'aurai de ces dames qui viennent ici pour se moquer de nous, elles entendraient annoncer madame Rabouriin..,

— Mais n'annonce-t-cû pas madame Firmiani ohei Is ministre des affaires étrangères?

^ Elle est née Gadignan I ... dit vivement lenouveau comte en lançant un coup d'œil foudroyant à son secrétaire général, car ni lui ni sa feri^me n'étaient nobles.

Beaucoup de personnes crurent qu'il s'agissait d'affaires importantes, les sollidteurs demeurèrent au fond du salon. Quand des Lupeaulx sortit, la comtesse nouvelle dit à son mari : — Je crois des Lupeaulx amoureux.

— - Ce serait donc la première fois de sa vie, répondît-il en haussant les épaules comme pour dire à sa femme que des Lupeaulx ne s'occupait point de bagatelles.

Le ministre vit entrer un député du centre droit et laissa sa femme pour aller caresser une voix indécise. Mais, sous le coup d'un désastre imprévu qui l'accablait, ce député voulait s'assurer une protection et venait annoncer en secret qu'il serait sous peu de jours obligé de donner sa démission. Ainsi prévenu, le ministre pouvait faire jouer ses batteries avant l'opposition.

Le ministre, c'est-à-dire des Lupeaulx, avait invité à dlnei RU personnage inamovible dans tous les ministères, assez embarrassé de sa personne, et qui, dans son désir de prendre une contenance digne, restait planté sur ses deux jambes réunies à la façon d'une gatne égyptienne. Ce fonctionnaire attendait près de la cheminée le moment de remercier le secrétaire général, dont la retraite brusque et imprévue le surprit au moment où il allait phraser un compliment. G'é* tait purement et simplement le caissier du ministère, le seul employé qui ne trembl&t jamais lors d'un changement.

Dans ce temps, la chambre ne tripotait pas mesquinemeni

le budget comme dans le temps déplorable où nous vivons, elle ne réduisait pas ignoblement les émoluments ministériels, elle ne faisait pas ce qu'en style de cuisine on nomme des économies de bouts de chandelle, elle accordait ^ chaque ministre qui prenait les affaires une indemnité dite de dé~ placement II en coûte, ûélas, autant pour entrer au ministère que pour en sortir, et l'arrivée entraîne des frais de toute nature qu'il est peu convenable d'inventorier. Cette indemnité consistait en vingt'Ciuq jolis petits mille francs. L'ordonnance apparaissait-elle au Moniteur, pendant que grands et petits, attroupés autour des poêles ou devant les cheminées, secoués par l'orage dans leurs places, se difiaienl : « Que va-l-il faire celui-là? va-t-il augmenter le nombre des employés? va-t-il en renvoyer deux pour en faire rentrer trois? » le paisible caissier prensdt vingt-cinq beaux billets de banque, les atta^ chait avec une épingle, et gravait sur sa figure de suisse de cathédrale une expression joyeuse. Il enfilait l'escalier des appartements et se faisait introduirs chez monseigneur à son lever par les gens, qui tous confondent en un seul et même pouvoir l'argent et le gardien de l'argent, le contenant et le contenu, l'idée et la forme. Le caissier saisissait le couple ministériel à l'aurore du ravissement pendant laquelle un homme d'État est bénin et bon prince. Au : — Que vouleivous? du ministre, il répondait par l'exhibition des chiffons, en disant qu'il s'empressait d'apporter à Son Excellence l'indemnité d'usage; il en expliquait les motifs à madame étonnée, mais heureuse, et qui ne manquait jamais de prélever quelque chose, souvent le tout. Un déplacement est une affaire de ménage. Le caissier tournait son compliment; ei glissait à monseigneur quelques phrases * — Si Son Exeellence daignait lui conserver sa place; si elle était contrite it'nn service purement mécanique; si, etc. Gomme un homme qui apporte vingt-cinq mille francs est toujours un digne employé, le caissier ne sortait pas sans entendre sa confirmation au poste d'où il voyait passer, repasser et trépasser les ministres depuis vingt-cirq ans. Puis il se mettait aux ordres de madame, il appor ait les treize mille francs du mois en temps utile, il les avançait ou les retardait à

1196 SCÈNES D£ LA "VIE PA'RISIENNl

«onifmifiâ^mdm,et se tn^imgmtlt "ainsi, suivant ^une 'vîé% ^piteHsion«NiiM!diimie^ time irohcau^dnaipit]^.

«Émoidiiteneur^de^ifVQs au Trésor quatitl le fi^édor «vaU «te livres 4en«ft f«i ipaitties iloiibles, te «iùtiir Sa))lsrrtl^t tedâmmsé far ^ ^pla«e ^amuéHe' quand om y *mi<ni^. Oëudt im igmB'et'gi«iboah€rinrMeiti^è»ifbn snr^la tcfnBe'ttes IWros ^ trèB-faible ^(m toute ^anti%'«*.h««e, Todâ'cemmetttiii^éyo, •dnvple:«omme>fmiijotfr, qui venait *& pas ^eonyflt^ comfneuti «ël:éphant, et «'^n ^Itelk de «n^me-à la't^lacerRoyëte/eù^H^iemeQnaittdatiBleinM^deMe^tMséiî'â^un^ililidtél à'kii.nfl'uvaH iponr ^compagnon de /route monsieur feiidOTe BeaudDyer, jchef de bareau dam ïa dftiston de Tûiotosieur lia iBHtertlièft iet panant )BOirègue'de%ubouitliii, tequël >a<^ait«^pcu8é (Ëli- 'SeOrath SaiHard, «a ^He unique, ^et avait naturét^^meut pi4& •im appuptement au^dessuB du aieb. l^emsonnene'doUtahau ^iniatôye que le ptèrre "SanDardtie €ûft «une bdte,nMals*pei^ «onne n*wait jamais pu «af^oir ijtfsqu*bû rilîaît sa bêtise; 'elle oStak trop (oompaiîte^our 'étreiUterfqgée,^le nesonmtitfMte le 'oneux, (e»e absei>bait ttout 'sans rien <ifeuâre. Bi^oU'(tfn «nq)lfl9étditmt'il6era'bieiitôf quc^timi) «vëit^it la cbarge'du 'imiflsier, en mettant «une tête à-pei^raque 'sur ^le haut fftm (iBUf m deux tpmU^ Janlbes^dessoas, atee^eette inscription*. fi Né fpwïr payer et reeewir «atfs 'jafmaiis «eomméttre dNss M oreum. Un peu 'moins de ft)dnhemr, il «edtëi^ 'garçon de ^la iDdimuque de France; «n ^eu<plaB'â')anilbitio&, 'il ëtait mm meroié. »

(En %e motnem, le ministre iregardâlt «on caissier comme tenvegarde une paière 'Ou la icforniche, «âftns imag'mefqae ^ornement puisse 'OKVdndm ^<âisoaum,in'Oompi>endi« tiae innséeisecrète.

— 4e tiens ^autam "plus € tfe que lieras «r»ak%ioiM»foiU mrec ilc préfet 'dans lepkta tppiaftmd 'mystèt«e, que tlasl^uipeaulxia desipréten^onSftiisait letnin^tre au û&pmiéiâétal^ «ôiBpiiite ; m bii6oque«st dane<riQitre «n*oiidid8emeiit,<ël<iMitfs iieiMiuloiA pas de lui.

41 n'a )Di letcons, ni Pft^, dît le dépUO^.

-^idnii, mais ¥Oos 'savez ee qui« ëté dSkiiiiépourGaSfmti t^étfiot^ «daiifvtement 4 rage, ^uattt ^ fe'posse^ion «ointe,

déstiUpèaulï pofôède'qttcdqtrecboseqoi ne vaut t)as grand chose; mai^ îa'foi n'a pas prérvu lelB agrandrssemistits, éi il peùtUcqaéHl:. Ces tdmtnîssidn^ crï^tla ma^rn^e'lafgè pdttr fës déptitës du cénti^/et'iioUB ne pouïtions pas 'tiôus opposer ostenstbléhlëlit^à la 'bonne voloritè que Tdn û\tràii poUr (£é cher ami.

— IWafeOù prën&rait-^ll Tài^èteût pdtir fles atettui^îiîons^

— !Et ^otnmerit Manuel a-t-il été pôsâësô**ufr d*tme nmisoii èt^âris'? s'écria le miniètre.

'La.patère écoutait, mais bien à 'son cotp!s défendant. Ceft Tîves interloctilions, quoiique miltmUréfô, aboutissaient à l'oreille de Saillard par des éaprices d'acoustique encore mal observés. Savez- vous quel sentimems* empara du "bonhomme en entendant ces confidences politiques? une terreur cuisante. 'Il était de ces gens naïfs qiii ^e lléâespêrërit dé paraître écouter Ce qti*îls ne cloivént pas eliterittre, ii'eritrer là oh ils ne*Sonl pas appelés, de paraître hardis quanti ils sont timides, curieux quand îls sdnt discrets. Le Caisâiér se glissa sur le'ta;)îs de manière à se reculer, en Sorte que le ministre le trouva fort loin quand il l'aperotit. Saillard était un sé!fte ministériel incapable de la moindre indiscrétion; si le ïnînîstre l'avait cru dans son secret, il n'aurait eu qu'à lui dire : motus! Le caissier profita de Tafîluence des courtisans, regagna Un fiacre de son quartier pris à l'heure lors de ces (ioûieuses invitations, ^t reVirit à la place Royale.

k l'heure où le père Saillard voyageait dans Paris, son géndiiB et sa *hère Elisabeth étaient occupés avec rabT)ë GaudrOh, leur directeur, à'faire un vertUeux'bdéton éù compagnie de quelques Voisins et d'Uh Certain Ulanin iFîÛleix, fondeur en cuivre au ^faubourg Saint-Antbine, à qui Saillard avait prêté les fonds nécessaires pont di^er tin bétiéfi- Cieux établissement. Ce Falleil, honnête AaVéi<gnlàt venule (rtmudron sttrle dos, avait été'prompteWerit'femployé chez lesBréïac, grands dépecetirs de dhàteaux. Vers vingt-sept ans, altéré de bien-être tout^cc^ttifflfe tfn autre, Martin Pàlleix eut le botfheur d*être commandité par monsieur Saillard pour l'exploitation d'une découvefrte en fonderie. (Bre-» ^eft d'invention et médaille d'or à l'exposition de 1825,^

Madame Baudoyer, dont la fille unique marchait, suÎTantiiii mot du père Saillard, sur la queue de ses douze ans, avait \eté son dévolu sur Falleix, garçon trapu, noiraud, actif, de probité dégourdie, dont elle faisait l'éducation. Suivant ses dées. cette éducation consistait à apprendre au brave Aureir^nat à jouer au boston, h bien tenir ses cartes, à ne pas laisser voir dans son jeu, à venir chez eux rasé, les mains lavosnées au gros savon ordinaire, à ne pas jurer, à parler leur français, à porter des bottes au lieu de souliers, dei chemises en calicot au lieu de chemises en toile à sacs, à relever ses cheveux au lieu de les tenir plats. Depuis huit jours, Élisabeih avait décidé Falleix à ôter de ses -ceilles deux énormes anneaux plats, qui ressemblaient à dès cerceaux.

— Vous allez trop loin, madame Baudoyer, dit-il en la voyant heureuse de ce sacrifice, vous prenez sur moi trop d'empire: vous me faites nettoyer mes dents, ce qui les ébranle; vous me ferez bientôt brosser mes ongles et friser mes cheveux, ce qui ne va pas dans notre commerce : on n'y aime pas les muscadins.

Elisabeth Baudoyer, née Saiîîardf est une de ces figures qui se dérobent au pinceau par leur vulgarité même, et qui néanmoins doivent être esquissées, car elles offrent une expression de cette petite bourgeoisie parisienne, placée andessus des riches artisans et au-dessous de la haute classe, dont les qualités sont presque des vices, dont les défauts n'ont rien d'aimable, mais dont les mœurs, quoique plates, jue manquent pas d'originalité. Elisabeth avait en elle quelque chose de chétif qui faisait mal à voir. Sa taille, qui dépassait à peine quatre pieds, était si mince que sa ceinture comportait à peine une Jemi-aune. Ses traits fins, ramassés vers le nez, donnaient à sa figure une vague ressemblance r^vec le museau d'une belette. A trente an^ ^passés, die pa« raissait n'en avoir que seize ou dix-sept. Ses yeux d'unblec de faïence, opprimés par de grosses paupières unies à Tar^ cade des sourcils, jetaient peu d'éclat. Tout en elle étail mesquin : et ses cheveux d'un blond qui tirait sur le blanc,

son front plat éclairé par des plans où le jour i«mblait

s'arrêter, et son teint plein de tons gris presque plombés. , Le bas du visage plus triangulaire qu'ovale terminait irrégulièrement des contours assez généralemenr tourmentés. Enfin la voix offrait une assez jolie suite d'intonations aigresdouces. Elisabeth était bien la petite bourgeoise conseiNani son mari le soir sur ^oreiller, sans le moindre mérite da ns ^ les vertus et ambitieuse sans arrière-pensée, par le seul développement de l'égolsme domestique ; à la campagne, rlle aurait voulu arrondir ses propriétés; dans Tadminîs' Iration» elle voulait avancer. Dire la vie de son père et de sa mère, dira toute la femme en peignant l'enfance de la teune fille.

Monsieur Saillard avait épousé la fille d'un marchand de meubles, établi sous les piliers des halles. L'exiguïté de leur fortune avait primitivement obligé monsieur et madame Saillard à de constanteft privations. Après trente-trois ans de mariage et vingt-neuf ans de travail dans les bureaux, la fortune des Saillard ( leur société les nommait ainsi ) consistait en soixante mille francs confiés à Falleiz, l'hôtel de la place Royale acheté quarante mille francs en 1804, et Urente-six mille francs de dot donnés à leur fille. Dans ce capital, la succession de la veuve Bidault, mère de madame Saillard, représentsdt une somme de cinquante mille francs environ. Les appointements de Saillard avaient toujours été de quatre mille cinq cents francs, car sa place était un vrai eul-de-sac administratif qui pendant longtemps ne tenta personne. Ces quatre-vingt-dix mille francs, amassés sou à lou, provenaient donc d'économies sordides et fort inintelligcmmenl employées. En effet, les Saillard ne connaissaient pas d'autre manière de placer leur argent, que de le portet, par somme de cinq mille francs, chez leur notaire, monsieur Sorbier, prédécesseur de Gardot, et de le prêter à cinq pour cent par première hypothèque avec subiogation dans les droits de la femme quand l'emprunteur était marié t Madame Saillard obtint en 1804 un bureau de papier timbré dont le détail détermina l'entrée d'une servante au logis. En ce nioment l'hôtel, qui valait plus de cent mille francs, en rapportait huit mille. Falleix donnait sept pour cent de tes

^70 SCÈNES il^ fiA vie ^Vl'RISIENNE

toTtxmtB mille MmèSy ômr^ trta )Mîrtage égal 'dés bil^^^tos. jlltlisi )I^1^i11a[ftt|6Uhs8iiem d^U'hnfohlft '€ix-J6(Brpt iti&leliVM -êB fteaVB. toute 'i*<mbit!on du Ix^aThèÉi^tee ëtdt d^l»^ir<k

4La>}m}iie>É)lââ)Mhifat Htatravttil <éottdi(liït âtttte'iAieifitiBittie ^<m ]«s 'mœtirB «étaient !di'pëdiblés>ét lés idées'si ^in^i^les. ^ y>délH»émit «df r«(Gquiftiti<m d'ttti<^p«lan ptour 'SaiHard, ^n^imii^^iteollfibien d'^tioéès ttvaitditti^étfti htibit, Icis pdï»pltties'^tàiéflt (aci(^(yébdsf itr<^ baUt 'aU ^oyeta d'iitien[k>t]cle mi «suivre. Mpute #804, il ne s^ëMit ftis^faH'tlneTéparatiob é m^maiMn. ^s 'Saillait ^^dai^ntleM* fëz^e^bëusséedads Tétat où le précédent propriétaire le leur avait liVJré : les 4puiiia«dK^^tetit dédoréB, les peiirtuWBs des dessus 'dei«>rle me <voyaic«t*à peine sous la'couehe de pOUttiëfe tinu»!^ piùr ^ (temps, fis tcotiservaient dans<ces'gt'Gto<tes et beHes pièces ^chemiisicsc^nmrbre scul)^té/à plàfcfndB di^^ de eeuk Mie ¥«»r6ailles, les «neubles tfouvés ëhéfc la "^éuvé "BldauM. •C^était des fBku<eui)s eu bo^s de no^er disjohfts <et cot^péiis '^ên tapisseries, dés commodes «h bofe de rose, -des goétidom 4 galerie 'en cuimte et à mai^bres blanos fendus, «in superbe i«ecrétaireideBoalle auquel lamoden^Vait pâsent^orrercoiâtt ^wi valeur, enfin le >tobu^bolbu des ^boftnies obbaskMis Bàiskis ^ar te iwaircbaHdeïdete pfHers'des belles : lableattx aéhetés% Clause de la beauté dcMs tcadt-es ; vaiBsePle «d'ordre composite, ^€^est-ià-dtre tm detii^ert enifmignifi^aes assiettes du lapon, et ^le*rteste en tpdreelaine de'touteb les %briques; argentearie ^ëpareiVlée, "^ieuR'citistauk, beau l^ge damassé, lit en Mm- ■beau igami de pet^^ét à plumes.

Au ^milieu ée tottt<fe%es reliques, mbdiOne Saîllstrd %drâ- 4ait une bdrgèvfe dîtfCgjOu moderne, leb pi^ds surune dhauf- -ferette brûlée 'àichaquetf ou, ^rès d^titl^i^beminée plein» de mendres>et «atte^feu, «surMaqnelte ^ voyc^ietit un^rtel, é^ 4irome6 antiques, des'candéléÉifres^ 'fletits, mefis saâR boa- *gies, »ar ^Vto s'ëolairait avec lin martinet 'en <9tiivre 'd^^iù ts'élelpait'imebaiite chandelle cannelée par cHfférenftsckmldgeB. Ifadame iSailtod ^montyait un "visage où, malgré ses rides, ^ipeigimieift Uentétement et la sévérité, l'étroitesse ^ «es 44éeft, w» proHité qaiadr»^Éiaire, unie reHgion saas^îtié«

«itte'ttvflrUsae naïve et la paix d^ime «oiiâo)ra«e mette, ^anis Kcn^taiiHB tttbleaiix tfiamantlB, ^oiss voyez des ^femmes de l!rourgmefstres^lirmi'eom{)t)à^eis'y)8[r lamtUfie et Mon reipt 0ilûitfts par le pinceau*; ifiiate telles ^cMt de ibéRes (ndbes en i^elotiVB ou d'^crï9i»^pf^c)0im)^, tmdis'qtietinMlaiiie Sdllard i2'avak'p»B de robes,'iHaiBii(e ^teiiieiit'antiqtie'ttdiimië,'dam )a (Feirmineët diaim la'Pieirâie,(defcUMtt«B, Mfpltts igénër»' lemetît !en "Praime^'ddB 'coâllett», f^è^ de 'jiipes plisâéeb dervid^-efAUt lée^olnfo, omises ^^b unes «ur1eis^Mitr«s.'Soii dcmi^ ëtàit'Beti<é<âad8 iiti*ca6a({ttin,««tiie mede^d'un antre figent 'Eiie^enft^^ait'le iïonnét à paplDoib ^t les isonliers là tfalonshawis. Qaoiqfa^Ae éttt cinqnatiie^pt ^abs, et que seB travaux iobfttiués !iu sein du 'ménage 'lui ]^itniftsedi bien de ^ ^repoeet, ^lle Hrî(5était (les bas de>âon man/lessiems-ét deifx U*un ^nde, < comme trieotèiM 1ê6 L Jh^^s ^de hi campagne, en marchant, en parlant, en «e promeittnt dims le jardin, en allant voir ce qui "se passait à^ euialoe.

(Dfabord Infligée par 4a nécessité, fAVAriee ^tes Saillard était devenue 'une habitude. An retour du (bureau, le cais« «ier mettait h^it bas, il taisait lui-même le %Oau jardin fermé sur la cour par une grille, et quUl sMlait réser^. Pendant longtemps, 'Elisabeth était allée le matin au mftrcbé avec sa môre, et toutes' deux «suffisaient aux soins du ménage. La mère cuisait admirablementxm canard aux naveCs; mais, selon le père ^illnrd, Elisabeth n^vait pas sa pareille pomr '^voir accommodor ttuX'Oîgnons 'les teétes d'un gigot. * C^ «ait à inanger «on 'ongle sans s^en «percevoir. » Aussitôt :qu'tÊlisabeth>tfvaiteu4enir'une aiguille, sa mère lui ^vaii fait nraceommoéer le4inge delatmaison et lestVEOïifB de son père, ^ns cesae'ocimpée «iomme une servante, elle tie^Mirtait ja- '^âais^Miile. 'Quoique demeurant à deuxpas du botflevard do ^empie, ^ se iMUVaient tPraneoni, la Oaffté, l'Ambigu- Gomique, ^ 'plus loin J}a "Pone^Sidnt^artin, 4^sabetb n'é« tait jamais aiiée ^ la eoméêie, Quand<ell6 evft la lantaisie ds '^atr^ce que c^était^Wec la^permission de moriàieur^jaudron, loien en tendu, 'mansiourBaudoyer lamena, *parmiagnificenC6 «et afin de 'lui memtrer le plus beau de 'tous les spectacles, <1 WC^éra^'OùM â^miaititlors leLadïHiftfure/^ino^.^lisabôtb

trouva la comédie ennuyeuse comme les mouchas et n*j voulut plus retourner. Le dimanche, après avoii cheminé quatre fois de la place Royale à Féglise Saint-Paul^ car sa mère lui faisait pratiquer strictement les préceptes et le? devoirs de la religion, son père et sa mère la conduisaient^ devant le café Turc, où ils s'asseyaient sur les chaises placées alors entre *me barrière et le mur. Les Saillard se dépé^ chaient d'arriver les premiers afin d'être au bon endroit^ ^ se divertissaient à voir passer le monde. A cette époque. If jardin Turc fut le rendez-vous des élégants et élégantes d« Marais, du faubourg Saint-Antoine et lieux circonvoisins. Elisabeth n'avait jamais porté que des robes d'indienne en été, de mérinos en hiver, et les faisait elle-même ; sa mèrP ne lui donnait que vingt francs par mois pour son entretien; mais son père, qui l'aimait beaucoup, tempérait cette rigueui par quelques présents. Elle n'avait jamais lu ce que l'abbé Gaudron, vicaire de Saint-Paul et le conseil de la maison, appelait des livres profanes. Ce régime avait porté ses fruits. Obligée d'employer ses sentiments à une passion quelconqpie, Elisabeth devint âpre au gain. Quoiqu'elle ne manquât ni de sens ni de perspicacité, les idées religieuses et son ignorance ayant enveloppé ses qualités dans un cercle d'airain, elles ne s'exercèrent que sur les choses les plus vulgaires de la vie ; puis, disséminées sur peu de points, elles se portaient tout entières dans l'affaire en train. Réprimé par h dévotion, son esprit naturel dut se déployer entre les limites posées parles cas de conscience, qui sont un magasin de subtilités où l'intérêt choisit ses échappatoires. Semblable à ces saints personnages chez qui la religion n'a pas étouffé l'ambition, elle était capable de demander au prochain des actions blâmables pour en recueillir tout le fruit; dans roc* casion, elle eût été, comme eux, implacable pour son dû, sournoise dans les moyens. Offensée, elle eût obsenré ses adversaires avec la perfide patience des chats, et se serait ménagé quelque froide et complète vengeance mise sur 11 compte du bon Dieu. Jusqu'au mariage d'Elisabeth, lesSail* lard vécurent sans autre société que celle de l'abbé GaudroUv prêtre auvergnat, nommé vicaire de Saint-Paul lors de la

restatiration du culte catholique. A cet ecclésiastique, afni de feu madame Bidault, se joignait Toncle paternel de madame Saillard, vieux marchand de papier retiré depuis Tan II de la République, alors ftgé de soixante-neuf ans, el qui venait les voir le dimanche seulement, parce qu'on ne faisait pas d'affaires ce jour-là.

Ce petit vieillard à figure d'un teint verdfttre, prise presque tout entière paf an nez rouge comme celui d'un buveur et percée de deux yeux de vautour, laissait flotter ses cheveux gris sous un tricorne, portait des culottes dont les oreilles dépassaient démesurément les boucles, des bas de coton chinés, tricotés par sa nièce, qu'il appelait toujours la petite Saillardy de gros souliers à boucles d'argent et une redingote multicolore. Il ressemblait beaucoup à ces petits sacnstains-bedeaux-sonneurs-suisses-fossoyeurs-cbanlresde village, que Ton prend pour des fantaisies de caricaturiste jusqu'à ce qu'on les ait vus fonctionnant. En ce moment, il arrivait encore à pied pour dîner et s'en retournait de même rue Greneta, où il demeurait à un troisième étage. Son métier consistait à escompter les valeurs du commerce dans le quartier Saint-Martin, où il était connu sous le sobriquet de Gigonnet, à cause du mouvement fébrile etconvulsif par lequel il levait la jambe. Monsieur Bidault avait commencé Fescompte dès l'an II, avec un Hollandais, le sieur Werbrust, ami de Gobseck.

Plus tard, dans le banc de la fabrique de Saint-Paul, Saillard fit la connaissance de monsieur et madame Transon, gros négociants en poteries, établis rue deLesdiguières, qui s'intéressèrent à Elisabeth, et qui, dans l'intention de la marier, produisirent le jeune Isidore Baudoyer chez les gaillard. La lisison de monsieur et madame Baudoyer avec les Saillard se resserra par l'approbation de Gigonnet, qui, pendant longtemps, avait employé dans ses affaires un sieur Mitral, huissier, frère de madame Baudoyer la mère, lequel voulait alors se retiier dans une jolie maison à l'Ile-Adais. Monsieur el madame Baudoyer, père et mère d'Isidore, honnêtes mégissiers de la rue Gensier, avaient lentement M\ une fortune scu^i^re dans un commerce routinier. Après

VnU 9CENES DAtbAiVIA «^A^ISIENNK

iiïQir mméMm'fAs^ oj^iqiie, aiiqiuifl. ils dcmnômnlti

sirent, le,p9|% i^; ri)ei^Adw»toA.i)s a|,(inèrdAitBlilral;.mai« Ul» vinr^Bt friéq^t^moieiHià Paris,, où iU; co»mn^^t(Uii4iiitflr di.ri^vre dAD^*. ia maison de lame Qeji^ievdoiméeeni doit i* Isidore. Les Baudoyer jouissaient, eftcocei^ (te) imllOË és^u«u<^ reM«^ àfnfè» aH)mdo(éjlaur iil^

Mitralt.fa^moRQ à.pemiqu6 siQi9(re,.à\ vûaif 4»^faii ooiih. leund» la S^oei eM>ù l^rillaieQt^detix.yeux tf^ac'd'SapAfoei. fisoid ' comme imac^ride à,puit6vQVa(WitaQlJaâitii$in«f g^rdaitv l^.sQcrM.sur sa^jfQrM^^;: maiat il devait .opâjiair^aos$c»û«itL cpmme W<er|}ir«^ at.GigPRX^t. opénaieni. dftos, lei quaitier Saint-Mwii»*..

SiJe:(^ela(d»>Q«lto bmille ^jèUniït^ nxi^m idéea^i^ ses. n^OVfrs.oa Ql^og/^ipeRU On» fôiail^ leS: saiiKa, du pèn^ deltt ï^k^Qf du:§^dre^ deil«f.fill&et d&ila.peiiA^'fiUe,J)aiimv6i>*H siûrQ'd$&,naiwaiM)^o(.da3tUWiag^ Fâq]«esi^ Noêli lo pr^. mer jour d0.raaje( 1^> Roia< Qes ft^. oiBOAwanimiQii. d•^ g/rands l^alayag^^. ed uni naUcôemepUtuniverdel au Ic^ et^ qui ajoHUûtJ'uUliiâ aui(>'dQUfiQUF3,dA0^fecérâfiMmka>dQBh^ tiques. Pui^s'>ofjcBi€ffH,eaigrfaidefpompe^'et.ayfie a^ûOBiQai». gnement* de bouquet»,. de^hoadAiUu; utileatt*. uœiiftinAdeibm de soie ou uu^bouoet à; poil pour SaiUard^ desiba«elÊ6d'«p^ un, plat d'argent ppur Ëlisab«^h om poun si)u mm^ à^quUVM faisait peu à peu un service de vaisselle plate^ dèsiOMteft^e»soive à madanm:Ss^llardfqui lea^ gardwt' en^ piè<VQK. A< prtpos du, présantv.o» assoyait. le.groAifiédgodJunifMitmiUaQioii disant Pfendant'Ua oçrtoiat««a|]|s : -^Devine ofi qn0> num t'ailous doiuaef 1 Bnfin 8?eutamaUun4in^/spleadide,.daoinqt h^ure^ do dun§e^. auquel étaient^ convia, llaijtbé Qaudnon, FaUaix> Rabourdin^. mo^siieurt Giodandi jadi»^ so«8«-cbe£ dt! monsieur Qaudoyer, monsieMjr B«it«jiHe^ CApitaioa de laieon^ pagnie à, laquelle c^^Ni^enalent. le gçmire' etim heau-*p6nk. Monsieur Gardgit, n^ ^rié, fusait coyiuiie Rabourdia^ il:ae» optait unei invitAlion sur si](« ORcbantaît au.deeier^ Tos s'embrassait, avee^ entbousiasm& en se soubaitaottAHaJes bonheurs possibles^ et l'oa exposait les cadeaux:, en demandant leur avis à tous les invités. Le jour du bonnet à.pQil^

iM^im géAémJe, U soir,, le$. simDJ^a ccQWwisçi^nqf;»» i»5rv nsimW et ïï y a^ait l^^l. Oi^ dan^t lpw|[temB8,aja, ^pu d'ujoit imiqjift vU)lpn;,m»is depui»,six^a»s mpnsjiew: QocterA gr^tti jçueur d0 flûtft,,cpmribu£at.à.la fôteflai' ^^<tetiQ^.dL'uftlï)w^• çant Qageoleu U, qui^wère, et.la, bctane, 4b madawe,5çm^, doyer,,la vieille CmbeTOe,.wrywtôde,roadwnftSaiJlla)Pd«lï^ portier ou s^ féi^me faisaient, galerie, à* lç^,iiOï:t«.4<v> srioftt, lies domestiques recevaient uu. éc^de, iroisjiwes RQur^s'ar cheter du vin. et du café. Cette société. CQpwdéWjtJfeudoJiei; et.Sàillard coauxxe des homio^ transcendant^; ils. ét^ionk eïnï)loxés p£ir le gouvernemeni, ils.avAicpt, pjercé par km mente; il^ travaillaient, disait-on^ aye^o. leministne, ila, dpvftie^t leur fortune à lienrs talents^, ils étaient, de?^ hûnwïefr. politique^;, mais Baudoyer paç^itpowr le^lu^ capable, sft. p^e.de cbef de bureau.sw>pQsait dc$ tr^^wt beancpupplu*, cQinï)liqués,,plus ardn^qne ceuvde ifi, t^nu^. d'u^e, cieiisse. Puis,* quoique fîlsyd'un méfier dela,r,ue Gensier, I^doney a,vait eii le g^nie de faire des études, l'^dace de renoncer.^ l'établissement de sonpère.ïjonr. aborder leshureaux, oùJL était pj^venu à un poste éminent. BniBn,,ne^ cpnunnnicatif,. on le regardait comme un profond pengenr^ et,ï)ent-étre, diraient les Transon, deviendra- t-il q^elqjie jftwr le, députa du huitième arrondissement. Çn entendant cps, uropoçi, il arrivait souvent à Gigpnnel de pincer sps lèvres, à^ si. pincées,^ et de jetpr un coup d'œil à. sa, petite-nièdec £lisabetU.

Au physique, Isidore était un homme, à^ de trenter^^^ ans, grand, et gros, qjii transpirait facilement, et.donllaléjtif ressemblait à celle d'un hydrocéphale. GeUe tète énorme,, couverte de cbeveux, cbàlainSfCt coupés ras, Si^ rattachait, a\* eol par un rouleau de chair qui doublaitJe.coilet.de soï^ liabil. 11 avait des bras d'Uercule, desi main3 di^es de Do^ irhâen, un ventre que s^ sobriété, contenait m majjBSitueux, ftelon le mot de Brillât-Savarin. Sa figure tenait beaucoup de celle de- rempfcreur Alexandre. Le type tartare se retrouvait dans, ses petits yeux, dans son nez aplati releva du bout», dans sa bouche à lèvres froides et dans son menton courU

fit) GÈNES Dl LA TIE PARISIENNE

Le front était bas et étroit. Quoique d'un tempérament lymphatique, le dévot Isidore s'adonnait à une excessive passion conjugale que le temps n'altérait point. Malgré sa ressemblance avec le bel empereur de Russie et le terrible Domitien, Isidore était tout simplement un bureaucrate, peu capable comme chef de bureau, mais routinièren «nt formé au travail et qui cachait une nullité flasque sous une enveloppe si épaisse qu'aucun scalpel ne pouvait la mettre à nu. Ses fortes études, pendant lesquelles il déploya la patience et la sagesse d'un bœuf, sa tête carrée avaient trompeuses parents^ qui le crurent un homme extraordinaire. Méticuleux et pédant, diseur et tracassier, l'effroi de ses employés, auxquels il faisait d( continuelles observations, il exigeait les points et les virgu 'es, accomplissait avec rigueur les règlements, et se montrait si terriblement exact que nul à son bureau ne manquait à s'y trouver avant lui. Baudoyer portait un habit bleu barbeau à boutons jaunes, un gilet chamois, un pantalon gris et une cravate de couleur. Il avait de larges pieds mal chaussés. La chaîne de sa montre était ornée d'un énorme paquet de vieilles breloques parmi lesquelles il conservait en 1824 les graines d'Amérique à la mode en l'an Vil.

Au sein de cette famille, qui se maintenait par la force des liens religieux, par la rigueur de ses mœurs, par une pensée unique, celle de l'avarice qui devient alors comme une boussole, Élisabelh était forcée de se parler à ellemême au lieu de communiquer ses idées, car elle se sentait sans pairs qui la comprissent. Quoique les faits l'eussent contrainte à juger son mari, la dévote soutenait de son mieux l'opinion favorable à monsieur Baudoyer; elle lui témoignait un profond respect, honorant en lui le père de sa fille, son mari, le pouvoir temporel, disait le vicaire de Saint- Paul. Aussi (%urait-elle regardé comme un péché mortel d( faire un seùi ^este, de lancer un seul coup d'œil, de din une seule parole, qui eût pu révéler à un étranger sa vérita ble opinion sur l'imbécile Baudoyer ; elle professait .aéiH ' une obéissance passive pour toutes ses volontés. Tous 1^ bruits de la vie arrivaient à son oreille, elle les recueDlai^ les comparait pour elle seule, et jugeait si sainement dei

ES EMPLOYÉS îfl

dioseset des liommes, qu'au ntofoent ^ cette èi8t«ftre««mmeace, elle étak l'oiacle eeeret des deux fODClioimaires, ûh sensiblement arrivés tous deux à ne rien latre sans la ooomiter. Le père SaiUaDd dkait oajvenieut : <r Est-ello f ûtée, e't'£Ii6£dsieth? » liais fiaudo^, trop sut peoftrae pas êt^e goulié j^la Haussa j^éputation dont il ionissul dans le c^aa.f}' lier Saie t-ÀDloiine, niait l'es^iritde sa lenuifè, «ftui ea ie mettant à fM'olit. ÉJÂsafeetii a^ak deviné «fue son oacle Kdault dit CnJ^cooiket devait être rîcbe ei maniait des souimet énormes. Éclairée par Fintérêt, elle connaissait monseur dot Lupeaulx mieux ^e ne le connûsaait >le aiinistre. En se trouvant mariée à un imbécile, «lie jasait bien que la vâo aurait pu aller autrement pour elle, maïs elle soupçonnait le mieux sans voukûr le connaître. Toutes ses affections douces trouvaient un aliment dans son amour pour sa iille, À qin elle évitait les peines qu'dle avait supportées dans son enfance, et edie se croyait ainsi quiite envers le monde dei sentiments. Pour sa fille seule, elle avait décidé son père A l'acte exorbitant de son association avoc Falleix. Falleix avait éié présenté chez les Saillard par le vieux Bidault^ qu' lui prêtait de l'argent sur des marchandises. Falleix trouvait son vieux pays trop cher^ il s'était plaint avec candeur devant les Saillard de ce que Gigonnet prenait dix* huit pour cent à un Auvergnat. La vieille madame Saillard avait osé blâmer son oncle.

— C'est bien parce qu'il est Auvergnat que je ne lui prends que dix-huit pour cent! répondit Gigonnet.

Falleix, âgé d# vingt-huit ans, ayant fait une découverte et la communiquant à Saillard, paraissait avoir le cœur sur la main (expression du vocabulaire Saillard), et semblait promis à une grarde fortune ; Élis2d)eth conçut aussitôt d« le mitonner pour sa fille, et de former elle-même son gendre, en calculant ainsi à sept ans de distance. Martin Falleix rendit d'incroyables respects à madame Baudoyer, à laquelle il reconnut un esprit supérieur. Eût-il plus tard des millions, il devait toujours appartenir à cette maison, où il trouvait une famille. La petite Baudoyer était déjà stylée à lui apporter gentiment à boire et à placer son chapeau.

"'.^•nnrTTÉai^

AU moment où monsieur Saillard rentra du ministère, le boslon allait son train. Elisabeth conseillait Falleiz> Madame Saillard tricotait au coin du feu en regardant le jeu du vicaire de Saint-Paul. Monsieur Baudoyer, immobile comme un Terme, employait son intelligence à calculer où étaient les cartes et faisait face à Mitral, venu de rile-d*Adam pour les fêtes de Noël. Personne ne se dérangea pour le caissier, qui se promena pendant quelques instants dans le salon, en montrant sa grosse face crispée par une méditation insolite.

— Il est toujours comme ça quand il dtne chez le ministre, ce qui n'arrive heureusement qiie deux fois par an, dit madame Saillard, car ils me T extermineraient. Saillard n'était point fait pour être dans le gouvernement. — Ah çà, j'espère, Saillard, lui dit-elle à haute voix, que tu ne vas pas garder ici ta culotte de soie et ton habit de drap d'Elbeuf. Va donc quitter tout cela^ ne l'use pas ici pour rien, ma mère.

— Ton père a quelque chose, dit Baudoyer à sa femme quand le caissier fut dans sa chambre à se déshabiller sans feu.

— Peut-être monsieur de La Billardière est-il mort, dit simplement Elisabeth; et comme il désire que tu le remplaces, ça le tracasse.

— Si je puis vous être utile à quelque chose, dit en s'inclinant le vicaire de Saint-Paul, usez de moi; j'ai l'honneur d'être connu de madame la Dauphine. Nous sommes dans r.n temps où il faut donner les emplois à des gens dévoués et dont les principes religieux soient inébranlables.

— Tiens, dit Falleix, faut donc des protections aux gens de mérite pour arriver dans vos états? J'ai bien fait de me faire fondeur, la pratique sait dénicher les choses bien fabriquées...

— Monsieur, répondit Baudoyer, le gouvernement est U gouvernement, ne l'attaquez jamais ici.

— En effet, dit le vicaire, vous parlez là conune te Constitutionnel,

— • Le Constitutionnel ne dit pas autre chose, reprit Baudoyer qui ne le lisait jamais.

Le caissier croyait son gendre aussi supérieur en talents k Rabourdin qu'il croyait Dieu au-dessus de saint Grépin, disait-il; mais le bonhomme souhaitait cet avancement avec naïveté. Mû par le sentiment qui porte tous les employés à monter en grade, passion violente, irréfléchie, brutale, ii voulait le succès, comme il voulait la croix de la Légion d'honneur, sans rien faire contre sa conscience, et par la seule force du mérite. Selon lui, un homme qui avait eu la patience d'être assis pendant vingt-cinq' ans dans un bureau, derrière un grillage, s'était tué pour la patrie et avait bien mérité la croix. Pour servir son gendre, il n'avait pas • inventé autre chose que de glisser une phrase à la femme de Son Excellence, en lui apportant le traitement du mois.

— Eh bien ! Saillard, tu as l'air d'avoir perdu tous tes parents f Parle-nous donc, mon fils. Dis-nous donc quelque chose, M cria sa femme quand il rentra.

Saillard tourna sur ses talons après avoir fait un signe à sa fille, pour se défendre de parler politique devant, les étrangers. Quand monsieur Mitral et le vicaire furent partis, Saillard recula la table, se mit dans im fauteuil et se posa comme il se posait quand il avait un cancan de bureau à répéter, mouvements semblables aux trois coups frappés sur le théâtre de la Comédie-Française. Après avoir recommandé le plus profond secret à sa femme, à son gendre et à*a fille, car, quelque mince que fût le cancan, leurs places, iselon lui, dépendaient toujours dé leur discrétion, il leur raconta cette incompréhensible énigme de la démission d'un député, de l'envie bien \égitime du secré* taire général d'être nommé à sa place, de la secrète opposition du ministère au vœu d'un de ses plus fermes soutiens, d'un de ses zélés serviteurs ; puis Tafiaire de l'âge et du cens. Ce fut une avalanche de suppositions noyée dans les raisonnements des deux employés, qui se renvoyèrent l'un à l'autre des tartines de bêtises. Elisabeth, elle, fit trois questions.

leO SCENES DE LA YIE PARISIENNE

H— Si iB6insiear des Lirpeaubc est pour nous, mo n fe ag udoyer sera-t-il sûrement nomiiné?

— Qiden^ parbleu! b' écria le caiarâir.

— £n 1614, monoude fiic^aultet monsleiir Gobseck im wà l'ont ûlAigé, pensa-4-elle. A-t-il enoDre des dettes?

— Oui, fit le caissier en appuyant par nn «ifflemeot ^ teux et prolongé sur la derJBièare voyelle. Il y a eu des «pr |K>sitions sur le traitement, mais celles DOt léêé levées fnr ordr.e supérieur, un mandat à vue,

Où donc est sa terre des Lu^peaulxf

— Qaien^ parbleu ï dans le pays de ion ^and-père et 4e ion grand-oncle Bidault, de Faîleix, pas loioi de l'arpondisaement du député qui descend la garde.«.

Quand son colosse de mari fut couché, Élisaboth se pencha fiur lui, et quoiqu'il eût taxé tes iqueslions de lubies ?

— Mon ami, dit-elle, peut-être autait-tu la place de monsieur de La Billardière.

Te voilà encore avec tes imaginations, dit Baudoyer.

^aisse donc monsieur Gaudron parler à la Dauphine, et ne te môle pas des bureaux.

A onze heures, au moment où tout était calme à la place Royale, monsieur des Lupeaulx quittait l'Opéra pour venir rueDuphot. Ce mercredi fut un des plus brillants de madame Rabourdin. Phisieurs de ses habitués revinrent du théâtre et augmentèrent les groupes formés dans ses salons^ et où se remarquaient phisieurs célébrités : Canalis le poëte, le peintre Schinner, le docteur Bianchon, Luden de Rubempré, Octave de Camps, le comte de Granville, le vicomte de Fontaine, du Bruel le vaudevilliste, Andoche Finot le journaliste, Der^JÎie, une des plus fortes tôtes du palais, le comte du Chfttelet, ilcputé, du Tillet, banquier, des jeunes gens élégants comme Paul de Manerville et le jeune vicomte de Portenduère. Céiesline servait le thé quand \t secrétaire général entra. Sa toilette lui allait bien ce sr'ir-}à ; elle avait UBC robe de velours noir sans ornement, une écharpe de gaze noire, les cheveux bien lissés^ relevés par une natie « ronde, et de chaque côté les boucles tombant à l'anglaise. Ce qui distinguait cette femme était le laisser-aller italien de

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Fartîsie, une {àeil^ compréhension de toi^ chose, et la grâce avec Isiqudle elle souhaitait la bienvenue aa moincto désir de ses. asais. La nature lui avait donné une taille sveltt pour se retouim«r lestement au premier mot d'interrogation, des yeux noirs fendus à l'orientale et inclinés comme ceux de» Chinoise» pour voir de côté ; elle saivait mésager sa voix ûi»nuant«! et. douce de manière à répandre un charme ca*pessant sur toute parole^ même celle jet^ an hasard; elte avait de ces> pieds qiie Von ne voir que dans les portraits où \m peintres mentent à leur aise en flattant leur modèle, seule fiatlerie qui ne compromette pas Tanatomie. Som teint, on peu jaune am jour comme est celui des brunes, jetait uft vtf éclat aux lumières qiui faisaient briller ses cheveux et ses 3peux noirs. Ënfin^ ses formes minées et découpées rappe* laient à Tartâste celles de la Vénus du moyen âge trouvée par Jean Goujon, Tillustre statuaire de Diane de Poitiers.

Des Lupeaulx s'arrêta sur la porte en s'appuyantT épaulé au chambranle. Cet espion des idées ne se reftisa pas au plaisir d'espionner un sentknent, car cette femme l'intéresisait beaucoup plus qu'aucune de celles auxquelles il s'était attachée Des Lupeaulx arrivait à l'âge où les hommes ont des prétentions excessives auprès des femmes. Les premiers cheveux blancs amènent les dernières passions, les 'plus violentes parce qu'elles sont à cheval sur une puissance qui finit et SUIT une faiblesse qui commence Quarante ans est TâgB des folies, l'âge où l'homme veut être aimé pour lui, caD alors som amour ne se soutient plus par lui-même, commeaux premiers jours de la vie où Ton peut être heureux en ahnant à tort et à travers, à la. façon» de Ghérubini A quarante ans, on veut tout, tant on cramt* de ne rien obtenir, umdis qu'à vingt-cinq ans on a tant db choses qu^on ne sait rien vouloir. A vingt^^jinq ans, on marche avec tiint de forces qu'on les dissipe impunément; mais à quarante ans. on prend l'abus pour la puissance; Les pensées qui saisirent en ce moment des Lupeaulx furem 'sans doute mélimcoliques. Les nerfs de ce vieux beau se détendirent, le sourire agréable qui lui servait de physionomie et lui ikisait comme an masque en criant sa figure, sedisâpa; l'homme

Tw>yï-i

▼rai parut, il fut horrible; Rabourdin Ta^rçuletse dît: — Que lui est-il arrivé ? Est-il en disgrâce ? Le secrétaire général se souvenait seulement d'avoir été trop promptement quitté naguère par la jolie madame CoUeville, dont les intentions furent exactement celles de Gélestine. Rabourdin surprit ce faux homme d'État les yeux attachés sur sa femme, et il enregistra ce regard dans sa mémoire. Rabourdin était un observateur trop perspicace pour ne pas connaître des Lupeaulx à fond, il le méprisait profondément ; mais, comme chez les hommes très-occupés, ses sentiments n'arrivaient pas à la surface.L'emportement que cause un travail aimé équivaut à la plus habile dissimulation, les opinions de Rabourdin étaient donc lettres closes pour des Lupeaulx. Le chef de bureau voyait avec peine ce parvenu politique chez lui, mais il n'avait pas voulu contrarier sa femme. En ce moment, il causait confidentiellement avec im surnuméraire qui devait jouer un rôle dans Fintrigue engendrée par la mort certaine de La Billardière, il épia donc d'un regard fort distrait Gélestine et des Lupeaulx.

Ici, peut-être doit-on expliquer, autant pour les étrangers que pour nos neveux, ce qu'est à Paris un surnuméraire.

Le surnuméraire est à l'administration ce que l'enfant de chœur est à l'église, ce que l'enfant de troupe est au régiment, ce que le rat est au théâtre : quelque chose de naïf, de candide, un être aveuglé par les illusions. Sans l'illusion, où irions-nous? Elle donne la puissance de manger \sl vache enragée des arts, de dévorer les commencements de toute science en iious donnant la croyance. L'illusion est une M démesurée I Or, il a foi en l'administration, le sumumé« rairel il ne la suppose pas froide, atroce, dure comme elle esto U n'y a que deux genres de surnuméraires : les surnumé* raires richesi et les surnuméraires pauvres. Le sumumérairi pauvre est riche d'espérance et a besoin d'une place, le sur« nimiéraire riche est pauvre d'esprit et n'a besoin de rien. Une famille riche n'est pas assez niaise pour mettre un honnne d'esprit dans l'administration. Le surnuméraire riche est confié à un employé supérieur ou placé près du directeur

l^BS EMPLOYÉS 183

général, qui Tînitie à ce que Bilboquet, ce profond philosophe^^^ppellerail la haute comédie de Tadministration ; on lui adoucit les horreurs du stage jusqu'à ce qu'il soit nommé à quelque emploi. Le surnuméraire riche n'effraye jamais les bureaux. Les employés *.avent qu'iî ne les menace point; le sunmméraire riche ne vise que les hauts emplois de l'administration. Vers cette époque, bien des familles se disaient : « Que ferors-nous de nos enfants?» L'armée n'offrait point de chances de fortune. Les carrières spéciales, le génie civil, la marine, les mines, le génie militaire, le professorat étaient barricadés par des règlements ou défendus par des concours; tandis que le mouvement rotatoire qui métamorphose les employés en préfets, sous-préfets, directeurs des contributions, receveurs, etc., en bonshommes de lanterne magique, n'est soumis à aucune loi, à aucun stage. Par cette lacune, débouchèrent les surnuméraires à cabriolet, à beaux habits, à moustaches, tous impertinents comme des parvenus. Le journalisme persécutait assez le surnuméraire riche, toujours cousin, neveu, parent de quelque ministre, de quelque député, d'un pair très-influent ; mais les employés, complices de ce surnuméraire, en recherchaient la protection. Le surnuméraire pauvre, le vrai, le seul surnuméraire, est presque toujours le fils de quelque veuve d'^nployé qui vit sur une maigre pension et se tue à nourrir son fils jusqu'à ce qu'il arrive à la place d'expéditionnaire, et qui meurt le laissant près du bâton de maréchal, quelque place de commis rédacteur, de commis d'ordre, ou peut-être de sous-chef. Toujours logé dans ua quartier où les loyers ne sont pas chers, ce surnuméraire part de bonne heure ; pour lui, l'état du cie^ est la seule question d'Orient! Venir à pied, ne pas se crotter, ménager ses habits, calculer le temps qu'une trop forte averse peut lui prendre s'il est forcé de se mettre à l'abri, combien de préoccupations t Les trottoirs dans les rues, le dallage des boulevard^et des quais furent des bienfaits pour lui. Quand, par des causes bizarres, vous êtes dans Paris à sept heures et demie ou huit heures du matin, en hiver, que vous voyez, par un froid piquant, par une pluie, par un mauvais temps

Mé SCÈNES DB Lit ¥IK FARISIENNB

(pAleottque, poindre iw erainlif et pâle jewne bmmne, wam «iftre, utiles atientioo è ses pocliesl... iroo» y verrez ta e&i figuration d'une flàte que sa Bière l«t a dovnée, s&O: qu'à pu sse, um langer pour se» estomac franekir leà aeui kures q«i séparent son déjeuner é» son ëftier. La eanden l«s sunuMiéraires dure pea, d'ailleurs. Gb jeuse honmiev éclairé par les lueurs et la vie parisienne^ a bieniôl mesuré la éistaaceefroyable qui se trouve entre un sous-ehef etln^ cette distance qu^aaicuL malii^niaticien)^ ni Arefaimède, ni Newton^ nà Fsiseal, ni Leibnkz, ni Kepler, ni Laplaee, i^a pu éralner^ et qwi existe entre el le chiffre I, entre «m fratiôcatiim proUémaltque et mi trailment 1 Le sumnmé^ nire aperçoit donc assez proaapteneni les imfiaesibilités de la carrière^ il entend parier des pasR-droits par des «virfoyés qnâ les explifaôtt : il déeovne les intrigues de» b«» reaux, il ipoit les moyens exceptienneta par lesquels ses supérieurs 8on( parrenus; l*ua a épousé une jeune ersonne qui a fait une imite; Tantre, la fiUe neCuerelle d'uu ministre; eelui-d a endossé une gra^e responsabilité, eelui^à, piei» ée talent, a risqaé sa sancé dans de» travmtx forcés^ il avait one persétéranee de taupe, et Ton ne se sent pas toujours capable de tels prodiges i Tout se sait dans les bureaui^ L'homne incapable a use femme pleine de tète qni Yk poissé par là, qui Fa feit nommer député; s^il n'a pas de laknt dBSBs les bureaux^ il intrigaille à la chambre. Tel a pbnr ami intime de sa femme un homme d'Etat. T^ est le coHHOianditsiire d'un journalise puissaui. De» lors le snmu^ méraire dégoûté donne sa démission. Les trois quarts desF snmtimërairas quictest; Fadministration sans avoir été- em*^ ployés, il n'y restie que les jeunes gens entétésou lès imbé^ riles qui se dtoent: « J'y suis depuis trois ans, je finirai par Evoir ime place! » ou les jeunes gens qin se sentent une vocatioiu Evidemment, le sarnumérariat est, pour radmrhistratioiE,. %jt que le nomiat est dans les ordres religieux, une épreuive. Cette épreuve est rude. L'fitatydëQDUTreœter qui peuvent supporter la faim, la soif et Tindigenee sans y Euecomher, le travail sims s'en dégoûter, et dont le; tempé^ ramentt acocpÉent Fhorrible fflûstence, ou» aivou» voulei;

LIS I»l«P&0YfiS 185

kk msàsai&t ctes bHireauib De ee point de yv», le sornum^ra^ ml^ loin d'ôtriB une iniâin» spéeidatioii do gouTernement p«iiir«ilteiiiF du la-sufail gratisvse?ait ncie institulion bienM>>

Le jcuBe homiim à opii parlait Rabourdiv étail misarnamétdmei pauvre* Dommé Sébastien d<e La Roehe', irenu sur la poimt» de ses bottes de la me du Roi'-Doré au Marais, sang asdâr attrapé la moÎDdffeédaboussurei II disait maman et n^o* u^ lever les yeux SOIT' madanieRabourdin, dont la maison lui disait l'effet d'un Louvre. H montrait peu ses gants nettoyés à la gomme élastique; Sai pauvre mère lui avait mis cent sens dans sa poche au cas où il serait absolument nécessaire de joucp, ea lia recommandant de* ne rien prendre, de rester deèovt, et de- bien faire attention à ne pas pousser quelque lampe, «[uelque jolie bagatelle étalée sur une étagère. Sa mâse était le noir le plus strict. Sa figure blonde, ses yeux d'une belle* teinte verte à' reflets dorés étaient en hannoQie avec une belle chevelure d'un ton chaud. Le pauvreenftœtj regardait parfowmadame^abourdin à la dérobée, en disante « Quelle beUfe' femme! » A son retour, il devait penser à cette fée jusqu'au moment où. le sommeil lui clorait la paupièi^. Habourdm avait vu dans Sébastien' une voc^tion^ et, comme' il prenait Ife sumumérariat au sérieux, il s'étedt intéressé vifvement à ce pauvre enfant. H avait d'ailleurs deviné la misère qur régnait dans^ le ménage d'une pauvfe veave^ pensionnée à sept cents francs, et dont le fils, sorti du collège iepuis peu, avait nécesserrement abcorbé bien' des éeoraraiics*^ Aussi étïïlt-il tout paternel peur ce pauvre* sanmméraiite; il' se battait souvent au conseil afin de lui obtenk une gratilication^ et quelquefois il la prenait sur la sienne propre^ qa«»d la discussion devenait trop ardenife /ntre \e& <Ë8trii>uteurs desigrâces et lui'. P\ii& il accablait Sifoastien de travail^ il le formait; il M faisait remplir la place de du Bruel le faiseur de^ pièces de théâtre, connu dans la littérature driumatique et sur les affiches sous le nom de C ursy^ lequel laissait à Sébastien centécus sur son traitement. Rabonrdin, dans l'esprit de mudame de La RV)che et de son ôls, étoit àhifois un grand homme, un tyran, un* ange; à

lui se rattachaient toutes leurs espérances. Sébastien avail les yeux toujours fixés sur le moment où il devait passeï employé. Âh I le jour où ils émargent est une belle journée pour les surnuméraires 1 Tous ils ont longtemps manié Tar gent de leur premier mois, et ils ne le donnent pas tout en tier à leur mère! Vénus sourit toujours à ces prémices d. la caisse ministérielle. Cette espérance ne pouvait être réa Usée pour Sébastien que par monsieur Habourdin^ son seul protecteur; aus^ son dévouement à son chef était-il sans bornes. Le surnuméraire dtnait deux fois par mois rue Duphot, mais en famille et amené par Rabourdin ; madame ne le priait jamais que pour les bals où il lui fallait des danseurs. Le cœur du pauvre surnuméraire battait quand il voyait l'imposant des Lupeaulx qu'une voiture ministérielle emportait souvent à quatre heures et demie, alors qu'il déployait son parapluie sous la porte du ministère pour s'en aller au Marais. Le secrétaire général de qui son sort dépendait, qui d'un mot pouvait lui donner une place de douze cents francs (oui, douze cents francs étaient toute son ambition ; à ce prix, sa mère et lui pouvaient être heureux I), eh bien, ce secrétaire général ne le counaissait pas I A peine des Lupeaulx savait-il qu'il existât un Sébastien de La Roche. £t si le fils de La Billardière,le surnuméraire riche do bureau de Baudoyer, se trouvait aussi sous la porte, des Lupeaulx ne manquait jamais à le saluer par un coup de tète amical. Monsieur Benjamin de La Billardière était fils du cousin d'un minibtre.

En ce moment Rabourdin grondait ce pauvre petit Sébastien, le seul qui fût dans la confidence entière de ses immenses travaux. Le surnuméraire copiait et recopiait le fameux mémoire composé de cent cinquante feuillets de grand papier Tellière, outre les tableauic à l'appui, les résumés qui tenaient sur une simple feuille, les calculs avec accolades, titres à l'anglaise et sous-titres en ronde. Animé par sa . participatii^n mécanique à cette grande idée, l'enfant de vingt ans refaisait un tableau pour un simple grattage, ï\ mettait sa gloire à peindre les écritures, éléments d'une si noble entreprise. Sébastien avait commis l'imprudence d'em-

lis EMPLOYÉS 187

porter au bureau la minute du travail le plus dangereux, afin d'en achever la copie. C'était un état général des employés des administrations centrales de tous les ministères à Paris, avec des indications sur leur fortune présente et à venir, et sur leurs entreprises personnelles en dehors de leur em- - ploi.

A Paris, tout employé qui n'a pas, comme RaLdurdin, une patriotique ambition ou quelque capacité supérieure, joint les fruits d'une industrie aux produits de sa place afin de pouyoir exister. Il fait comme monsieur Saillard, il s'intéresse à un commerce en baillant des fonds, et le soir il tient les livres de son associé. Beaucoup d'employés sont mariés à des lingères, à des débitantes de tabac, à des directrices de bureau de loterie ou de cabinets de lecture. Quelques-uns comme le mari de madame Gollevilie, l'antagoniste deCélestine, sont placés à l'orchestre d'un théâtre. D'autres, comme du Bruel, fabriquent des vaudevilles, des opéras-comiques, des mélodrames, ou dirigent des spectacles. En ce genre, on peut citer messieurs Sewrin, Pixérécourt, Planard, etc. Dans leur temps, Pigault-Lebrun, Piis, Duvicquet avaient des places. Le premier libraire de monsieur Scribe fui un employé au Trésor.

Outre ces renseignements, l'état fait par Rabourdin contenait un examen des capacités morales et des facultés physiques nécessaires pour bien connaître les gens chez les- . quels se rencontraient l'intelligence, l'aptitude au travail et la santé, trois conditions indispensables dans des hommes qui devaient supporter le fardeau des affaires publiques, qui devaient tout faire vite et bien. Mais ce beau travail, fruit de dix années d'expérience, d'une longue connaissance des gommes et des choses, obtenu par des liaisons avec les prin- ^paux fonctionnaires des différents ministères, sentait l'espionnuge et la police pour qui ne comprenait pas à quoi il se rattachait. Une seule feuiUe lue, monsieur Rabourdin pouvait être perdu. Admirant sans restriction son chef et ignorant encore les méchancetés de la bureaucratie, Sébastien avait les malheurs de la naïveté comme il en avait toutes les grâces. Ausâ^ quoique déjà grondé pour avoir

'^TT^W/Ml-^^-?

ItS SCÈNES DE LA WïE PARISIENNE

«mportë ce travail, eulnt le coura^ d'avouer safaoUe-cn «itier : il avait serré niinuCe et copie daofi un eovtos oè personne ne poav»É ]«9 tpouftcer ; mai» en de^noaii* Tio^ portanee de s» fautev qnsl^es larmes roulèrent éatmwa yeux.

— Allons, monsieur, lui dit avec bonté Rabourdin, plue d^prudences, mais ne veus désolez pas* Rewdteff-vous demain au bureau de très-bonne heure^ veici» la clef d^iai caisse qui est dan» mon» secrétaire à cyiindfrei elle est; fepmée par une serrure à combinaison ; vous l'ouvrirez ai écrivant le mot ciely vous y serrerez copie et minute*

Ce trait de confiance sécha les larmes du gentil S1Im1^ méraire, que son chef voulut contraindre à prendre une tasse de thé et des gâteaux.

— Maman me défend de prendre du thé à cause de ma poitrine, dit Sébastien.

— Eh bien, cher enfant, reprit l'imposante madame Rabourdin, qui voulait faire acte public de bonté, voici des sandwiches et de la crème, venez là près de moi.

Elle força Sébastien à s'asseoir près d'elle à table, et le cœur du pauvre petit lui battit jusque dans la gorge en sentant la robe de cette divinité effleurer son habit. En ce moment la belle Rabourdin aperçut monsieur des Lupeaulx, loi sourit, et, au lieu d'attendre qu'il vint à elle, alla vers lui.

-^ Pourquoi restez-vous là comme si vous nous boudiez? dit-elle.

— Je ne boudais pas,' rcpmt<-iL Mais. en venant yous an^ noncer une bonne nouvelle^ je ne pouvais m'empécher de penser que vous seriez encore plus sévère pour moi» Je me voyais dans six mois d'id presque étranger pour vous» Oui) vous avez trop ^esprit, et mm trop d'expérience— àa touerie, si vous voulez I pour que nous nous trompionsrFoB et l'autre*. Votre but est atteint sans qu'il vous en coûte autre chose que des sourires et des paroles gracieuses*

— Nous tromper I que voulez-veua dire? sMeriaf4<el]a d'un air en apparence piqué.

*- Oui, monsieur de La Billardière va ce soir encore fâoi

LES EMPLOYBS 199

flttl qa'fater; «t, d'après oe qtte m'a éit ht ministre, irotnc mari sera nommé chef de division.

Il lui raconta ce -^'11 appelait sa «cène «^ez le ministre la jalousie de la eowtesse, et œ ^u'«Ue avait dit à propo de rinvitaAion qu'il oDaénageait à ai€ffl«ear Rabourdin.

— Monsieur des Lupeauk, répondit avec dignité ma dame Ba^tonndis, permettez-^noi de vous dire «foe mon mari est le plus ancien cbctf de bureau «t le plus capable, %iie la nonÎDatÂon 4e oe viewx La Billardière fat un passedroit qui a mis les bureaux en rumeur, que mon mari fait l'intérim depuis un an, qu'ainsi nous n'avons ni concurrent ni mal.

— Cela est vrai.

— Eh bien! reprit-elle en souriant et montrant les plus beUefi dents en monde, l'amitié que j'ai pour vous peut-elle être entachée par une pensée d^intérôt? M'en croyez-vou» eapatAe?

Des Lupeaulx fit un geste de dénégation admirative.

— Ah ! reprit-elle, le cœur des femmes sera toujours ub secret pour les plus habiles d'entre vous. Oui, je vous ai m venir ici avec le plus grand plaisir, Bi il y avait au fond jde mon plaisir une idée intéressée.

— Ahl

— Vous avez, lui dit-elle à Torâlle, un avenir sans Wnes,vous^rez député, puas ministre 1 (Quel plaisir pour HA ambitieux d'entendre dérouler ces paroler dans le tuyau de son oreille par la jolie voix d'une jolie f^iiisame ! ) Oh t js vous connaif^ nûeux que vous ne vous «onnaissez vous» même. Rabourdin est un homme qui vo\is sera d'une immense utiMté dans votre carrière il fera le travail quand vous serez à la chambre t De même que vous rêvez le nnidstère, moi, je veux pour Rabourdin le conseil d'État et une direction générale. Je uie s^nis donc mis en tète de ré»> nir deux hommes tpii ne se nuiront jamais l'un à l'autre, et qui peuvent se servir puissamment. N'est-ce pas là le rôle d'une femme? Amis, vous marcherez plus vite l'un et rautre, et il est temps pour tous deux de voguer 1 J'ai brCM

mes vaisseaux, ajouta-t-elle en souriant. Vous n'êtes pas aussi franc avec moi que je le suis avec vous.

— Vous ne voulez pas m'écouter, dit-il d'un a\r mélancolique malgré le contentement intérieur et profond que lui causait madame Rabourdin. Que me font vos promotions futures, si vous me destituez ici?

— Avant de vous écouter, dit-elle avec s» vivacité parisienne, il faudrait pouvoir nous entendre.

Et elle laissa le vieux fat pour aller causer avec madame de Chessel, une comtesse de province qui faisait mine de partir,

— Cette femme est extraordinaire, se dit des Lupeauli, je ne me reconnais plus auprès d'elle.

Et, en effet, ce roué qui, six ans auparavant, entretenait un rat, qui, grâce à sa place, se faisait un sérail avec les JO" lies femmes des employés, qui vivait dans le monde des journalistes et des actrices, fut charmant pendant toute la soirée pour Célestine, et quitta le salon le dernier.

— Enfin, pensa madame Rabourdin en se déshabillant, nous avons la place 1 Douze mille francs par an, les gratifications et le revenu de notre ferme des Grajeux, tout cela fera vingt mille francs. Ce n'est pas l'aisance, mais ce n'est plus la misère.

Célestine s'endormit en pensant à ses dettes, en supputant qu'en trois ans, par une retenue annuelle de six mille francs, elle pourrait les acquitter. Elle était bien loin d'imaginer qu'une femme qui n'avait jamais mis le pied dans un salon, qu'une petite bourgeoise criarde et intéressée, dévote et enterrée au Marais, ^ans appuis ni connaissances, songeait à emporter d'assaut la place à laquelle elle asseyait son Rabourdin par avance. Madame Rabourdin eût méprisé madame Baudoyer si elle avait su l'avoir pobv* antagoniste, car elle ignorait la puissance de la petitessb, cette force du ver qui ronge un ormeau en en faisant le lour sous l'écorce. ^

S'il était possible de se servir en littérature du microscope des Leuwenhoëk, des Malpighi, des Raspail, ce qu'a tenté Hoffmann le Berlinois, et si l'on grossissait et dessinait ces tarets qui ont mis la Hollande à deux doigts de sa perte en

LES BMF10YÉ8 i9î

rongeant ses digues, peut-être ferait-on voir des figures à peu de choses près semblables à celles des sieurs Gigonnet» Mitral, Baudoyer, Saillard^ Gaudron, Falleix, Transon, Godard et compagnie, tarets qui d'ailleurs ont montré leur puissance dans la trentième année de ce siècle.

Aussi voici le moment de montrer les tarets qui grouillaient dans les bureaux où se sont préparées les principales scènes de cette étude.

A Paris, presque tous les bureaux se ressemblent. En quelque ministère que vous erriez pour solliciter le moindre redressement de torts ou la plus légère faveur, vous trouverez >des corridors obscurs, des dégagements peu éclairés, des portes percées, comme les loges de théâtre,, d'une vitre, ovale qui ressemble à un œil, et par laquelle on voit des fantaisies dignes de Gallot, et sur lesquelles sont des indications incompréhensibles. Quand vous avez trouvé l'objet de vos désirs, vous êtes dans une première pièce où se tient le garçon de bureau, il en est une seconde où sont les employés inférieurs ; le cabinet d'un sous-chef vient ensuite à droite ou à gauche ; enfin plus loin ou plus haut, celui du chef de bureau. Quant au personnage immense nommé chef de division sous l'Empire, parfois directeur sous la Restauration, et maintenant redevenu chef de division, il loge audessus ou au-dessous de ses deux ou trois bureaux, quelquefois après celui d'un de ses chefs. Son appartement se distingue toujours par son ampleur, avantage bien prisé dans ces singulières alvéoles de la ruche appelée ministère ou direction générale, si tant est qu'il existe une seule direction générale ! Aujourd'hui presque tous les ministères ont absorbé ces administrations autrefois séparées. A cette agglomération, les directeurs généraux ont perdu tout leur lustre en perdant leurs hôtels, leurs gens, leurs salons et leur petite cour. Qui reconnaîtrait aujourd'hui, dans l'homme arrivant à pied av Trésor, y montant à un deuxième étage, le directeur général des forêts ou des contributions indirectes, jadis logé dans un magnifique hôtel, rue Sainte-Avoye ou rué Saint-Augustin, conseiller, souvent ministre d'État et pair de France? (Messieurs Pasquier et Mole, entre au-

■ ^-.?.?j^"rt.

§m SCÈNES DE Là VIS PARISIENNE

très, setOEt eottlentésde ëireotions générales api^ ttTom été minisdres, mettant ainsi en pratéqHc le mot eu duc d'Antia à Lcmis KIV : Sône, «fuaBd Jésm-Christ monrak le vendredi, il savait bien qa^il remadrait le dûnaBcfae.) Si, en perdant son luxe, If" diredenr général aidait gagné en étendue admnûstratiqre, le mal me serak f)as énorme ; mais aujourd'hui loe personnage se trouve à grand*pei&e maître des requôtesavec quelques malheureux vingt mille francs. Comme symbole de «on anciemie puissance, on lui tolère un Imissier en culotte, en bas de soie et en babit à la françasse^ «i tootefois rbuissier n'a pas été dernièrement r^rmé.

£n style administratif, un bureau se compose d'im garçon de bureau, de|>lusieais sureumérstresfaisant la besogne gratis pendant un «ertain nombre d'années, de Miples expéditôonnaires, 4e oonueis rédacteurs, <de «onnms d'«rére oa cfwmris prinoîpaiiK, d'un 80tt»*cb6f «tdHm dief. La division, ffoé «omprend ordinairement deuK #u trots bureaux , en compte parfois davantage. Les >titpes dénooikiatifiB varienl 8el(m les administrations : il penty avoir un vér^eatanr an lieu d'im commis d'ordre, un lenem* 4e livres^ etc.

Carrelée comme le corridor et tendue d'un papier mesquin, la pièce où se tient le garçon de bureau est meublée d'un poêle, d'nne grande table noire, phniies, encrii»i, qudquefois une fontaine, enfin ides iMmqueMes sans nattes pour les pieds^e»grues publics ; mais le -garçon de bureau, assb dans oin bon fauteuil, repose les siens sur un paiilj'^son. Le bureau des employés est une grande pièce plus on m^ns claire, rarement parquetée. Le parquet et la cheminée soit spécialement affectés aux chefs de bnreau et de division.^ ainsi que les armoires, les bureaux et les tables d'acajou, les fauteuils de maroquin rouge ou vert, les divans, les rideaux de soie et autres objets de luxe administratif. Le bnreau des employés ■% un poêle dont le tuyau donne dans une cheminée bouchée, s'il y a cheminée. Le pa{ner de tenture est uni, yeri ou brun. Les tables sont en bois noir. L'industrie des employés se manifeste dafns leur manière dp se caser. Le frileux a sous ses pieds une espèce de pupitre en bois, l'homme à tempérament bilieux -sanguin n'a qu'une

sparterie; le lymphatique qui redoute les vents <ioulis, l'ouverture des portes et autres causes du changemtmt de température, te fait un petit paravent avec des cartois. Il existe une armoire où chacun met Thabit de travail, 1 ss manches en toile, les garde-vue, casquettes, calotios t^recques et autres ustensiles tiu métier. Presque toujours 1 1 cheminée est garnie de carafes pleines d*eau, de verres < c de débris de déjeuner. Dans certains locaux obscurs, il y a les lampes. La porte du cabinet où se tient le sous-chef est ouverte, en sorte qu'il peut surveiller ses employés, les e» ;9pècher de trop causer, ou venir causer avec eux dans de § randes circonstances. Le mobilier des bureaux indiquerars au besoin à l'observateur la qualité de ceux qui les habiti nt. Les rideaux sont blancs ou en étoffe de couleur, en < oton ou en soie ; les chaises sont en merisier ou en acajou, garnies de paille, de maroquin ou d'étoffes ; les papiers se at plus ou moins frais. Mais, à quelque administration que toutes ces choses publiques appartiennent, dès qu'elles sort mt du ministère, rien n'est plus étrange que ce monde d t meubles qui a vu tant de maîtres et tant de régimes, qui ^. subi tant de désastres. Aussi, de tous les déménagementr, les plus grotesques de Paris sont-ils ceux des administr<aions. Jamais le génie d'Hoffmann, ce chantre de l'impotsible, n'a rien inventé de plus fantastique. On ne se rend p is compte de ce qui passe dans les charrettes. Les cartoni bâillent en laissant une traînée de poussière dans les rues. Les tables montrent leurs quatre fers en Tair ; les fauteuils rongés, les incroyables ustensiles avec lesquels on administre la France, ont des physionomies effrayantes. C'est à la fois quelque chose qui tient aux affaires de théâtre et aux ma- «bines des saltimbanques. De même que sur les o))é)isques, on aperçoit des traces d'intelligence et des ombres d'écriture qui troublent l'imagination, comme tout ce qu'on voit sans en comprendre la fin 1 Enfin tout cela est si vieux, si éreinté, si fané, que la batterie de cuisine la plus sale est infiniment plus agréable à voir que les ustensiles de la cuisine administrative.

Peut-être suffira-t-il de peindre la diviiûon de monsieur ds

IS

ÎH SCÈNES Dl LA TIB PAAISIEKNE

La Billftrdière, pour qae les étrangers •€! les gens qmifîiraBl en provinee aient des idées exactes sur les mamrs iatunes des bureaux, ear oes traits principaux sont swm deule«OBH munsâ loutes les «dministrattons «uropémmes*

D'd>ard, et avant tout, figures-vous à TOtie fantaïue ua homme unsi mbrtqué dans l'Annuaire:

CHEF DB DIVllM<m.

c Monsieur le baron PJamet de La Billardière (Athanase* » JeaB-François*Michel ), ancien grand préràt du départe* t ment de la Corrèze, gentilhomme ordinaire de la ^uûnfere, » mattre des requêtes en service extraordinaire, président » du grand eoUége du département de laDorcfôgne, officier » de la L^ion d'honneur, chevalier de Saiot^iOuis et des » ordres étrangers du Christ, d'Isabelle, de $aint-Wladimir, » etc., membre de l'Académie du Gers et de plusieurs » autres Sociétés ^savantes, viee-président de la Sociéié des » bonnes-lettres, membre de TAssociation de Saint-Josej^ » et de la Société des prisons, Tun des maires de Paris, « ^c., etc. »

Ce personnage, qui prenait un si grand dévelappemest typographique, occupait alorseinq pieds six pouees sur trente six lignes die large dans un lit, la tête ornée d'un bonnet de coton serré par des rubans couleur feu, visité par l'illustre Desplein, chirurgien du roi, et par le jeune docteur Bian- (^on, flanqué de deux vieilles parentes, environné de fioles, linges, remèdes et autres msirumeets mortuaéres, guetté par le curé de Saint-Roch qui lui insinuait de penser à son salut. Son fils Benjamin de La Billardière demandait toi» les matins aux deux docteurs : — Groyez^voi» que j'aie le bonheur de conseï ver mon père ? — Le matin même f hé* ritier avait iait une transposition en mettant le mot inalbeiii à la place du mot bonheur.

Or \a division La Billardière était située par soixante et onze marches de longitude sous la latitude des mansardes dans l'océan ministériel d'un magnifique h6tel, au nord-^est d'une oour, oii j adis étai^H des furies, alors oeeupéts par

lAB EMPLOYtS 19S^

k dmsion 'Clergeot. Un palier «éperaâit les deux bupeamE, dont les portes étaieot étiquetées, ie'Iong d'un vaste corridor éclairé par des jours de souffrance. Les cabinets et anti« ehambres 4e meaûeurs Rabourdin et Bandoyer étaient ait dessous, au deuxième étage. Après celui de flabourdin af 6rotf\'aieBt Vantichambre, le salon ati les deux cabinets 4 monsieur de L* Billerdière.

Au premier 6tage, coupé en deux par un entre-sol, étiÊ le logement et le bureau de monsieur Ernest de La Brière, personnage occulte et puissant qui sera décrit en quelque»phrases, car il mérite bien une parenthèse. Ce jeune homme fut, pendant tout le temps que dura le ministère, secrétaire particulier du ministre. Aus» son appartement communlquait*il par une porte dérobée au cs^inet réel de Son Excellence, car après le cabinet de travail il y en avait un autre en harmonie avec les grands appartements où Son Excellence recevait, afin de pouvoir travailler tour à tour avee son secrétaire particulier sans témoins, et conférer avec de grands personnages sans son secrétaire. Un secrétaire partôeulier est au ministre ce que dei Lupeaulx était au mini»* tère. Entre le jeune La Brière et des Lupeaulx, il y avait la différence de Taide de camp au chef d'état-major. Cet apprenti ministre décampe et reparaît quelquefois avec son protecteur. Si le ministre tombe avec la faveur royale ou avec des espérances parlementaires, il emmène son secrétaire pour le ramener ; sinon il le met au vert en quelque pâturage administratif, à la Cour des comptes, par exemple, cette auberge où les secrélaires attendent que Forage se dissipe. Ce jeune homme n'est pas précisément un homme d'État, mais c'est un homme politique, et quelquefois la politique d'un homme- Quand on pense au nombre infini de lettres qu'il doit décucheler et lire, outre ses occupations, n'est -il pas évident que dans un État monarchique on payerait cette utilité bien cher. Une victime de ce genre coûte à Paris entre dix et vingt mille francs ; mais le /eune homme pronte' des loges, dés invitations et des voitures ministérielles. L'empereur de Russie serait très-heureux d'avoir, pour cinquante mille francs par an, un de ces aimabloF

caniches constitutionnels, si doux, si bien frisés, si caressants, si dociles, si merveilleusement dressés, de bonne garde, et... fidèles 1 Mais le secrétaire particulier ne vient, ne s'obtient, ne se découvre, ne se développe que dans les serres chaudes d'un gouvernement représentatif. Dans la monarchie, vous n'avez que des courtisans et des serviteurs; tandis qu'avec une charte vous êtes servi, flatté, caressé par des hommes libres. Les ministres, en France, sont donc plus heureux que les femmes et que les rois ; ils ont quelqu'un qui les comprend. Peut-être faut-il plaindre les secrétaires particuliers à l'égal des femme» et du papier blanc; ils souffrent tout. Gomme la femme chaste, ils doivent n'avoir de talent qu'en secret, et pour leurs ministres. S'ils ont du talent en public, ils sont perdus. Un secrétaire particulier est donc un ami donné par le gouvernement. Revenons aux bureaux.

Trois garçons vivaient en paix à la division La Billardière, à savoir : un garçon pour les deux bureaux, un autre commun aux deux chefs, et celui du directeur de la division, tous trois chauffés et habillés par l'État, portant cette livrée si connue, bleu de roi à lisérés rouges en petitej tenue, et pour la grande larges galons bleus, blancs et rouges. Celui de La Billardière avait une tenue d'huissier. Pour flatter l'amour-propre du cousin d'un ministre, le secrétaire général avait toléré cet empiétement qui d'ailleurs ennoblissait l'administration.

Véritables piliers de ministères, experts des coutumes bureaucratiques, ces garçons, sans besoins, bien chauffés, vêtus aux dépens de l'État, riches de leur sobriété^ sondaient jusqu'au vif les employés ; ils n'avaient d'autre moyen de se désennuyer que de les observer, d'étudier leurs manies; aussi savaient-ils à quel point ils pouvaient s'avancer avec ux dans le prêt, faisant d'ailleurs leurs commissions avec plus entière discrétion, allant engager ou dégager au

nt-de-piété, achetant les reconnaissances, prêtant sans utérêt ; mais aucun employé ne prenait d'eux la moindre somme sans rendre une gratification, les sommes étaient légères, et il s'ensuivait des placements dits à Jn petite

iemaine. Ces serviteurs sans mattres avdent neuf cents francs d'appointements ; les étrennes et gratifications portaient ces émoluments à douze cents francs, et ils étaient en position d'en gagner presque autant avec les employés, car les déjeuners de ceux qui déjeunaient leur passaient par les mains. Dans certains ministères, le concierge apprêtait ces déjeuners. La conciergerie du ministère des finances avait autrefois valu près de quatre mille franc* au gros père Thuillier, dont le fils était un des employés de la division La Billardière. Les garçons trouvaient quelquefois dans leur paume droite des pièces de cent sous glissées par des solliciteurs pressés, et reçues avec une rare impassibilité. Les plus anciens ne portent la livrée de TÉtat qu'au ministère, et sortent en habit bourgeois.

Celui des bureaux, le plus riche d'ailleurs, exploitait la masse des employés. Homme de soixante ans, ayant des cheveux blancs taillés en brosse, trapu, replet, le cou d'un apoplectique, un visage commun et bourgeonné, des yeux gris, une bouche de poêle, tel est le profil d'Antoine, le plus vieux garçon du ministère. Antoine avait fait venir des Echelles en Savoie et placé ses deux neveux^ Laurent et Gabriel, l'un auprès des chefs, l'autre auprès du directeur. Taillés en plein drap, comme leur oncle ; trente à quarante ans, physionomie de commissionnaire, receveurs de contremarques le soir à un théâtre royal, places obtenues par l'influence de La Billardière, ces deux Savoyards étaient mariés à d'habiles blanchisseuses de dentelles qui reprisaient aussi les cachemires. L'oncle non marié, ses neveux et leurs femmes vivaient tous ensemble, et beaucoup mieux que la plupart des sous-chefs. Gabriel et Laurent, ayant à peme dix ans de place, n'étaient pas arrivés à mépriser le costume du gouvernement ; ils sortaient en livrée, fiers comme des auteurs dramatiques après un succès d'argent. Leur onele, qu'ils servaient avec fanatisme et qui leur paraissait un homme subtil, les initiait lentement aux mystères du métier. Tous trois venaient ouvrir les bureaux, les neltoysdent entre sept et huit heures, lisaient les journaux ou politiquaient à leur manière sur les affaires de la division avec d'autres

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i98[ SCÈNES nn lk vie parisienne

gaorçons, échangeant entre eux leurs renseignement&respei^ tifii. Aussi, comme les domestiques modernes qui sttvtenti parfaitement bien les affaires de leurs maîtres^ étaiettl-it dans le ministère comme des araignées au centre de leor toile, ils y sentaient la plus légère commotion.

Le jeudi matin^ lendemain de ia soirée ministérielle et de la soirée Rabourdin, au moment où ronde se faisait la barbe assisté de ses deux neveux dans Tantichambre de la division, ail second étage, ils furent surpris par rarrWéeimpréfued'un employé.

->-* C'est monsieur Dutoeq, dit Antoine, je le reconnais l« -son pas de filou. 11 a toujours l'air de patiner, cet homœlà ! Il tombe sur votre dos sans qu'on sache par où il esC venu. Hier, contre son habitude, il est resté le dernier dans le bureau de la division, excès qui ne lui est pas arrivé trois lois depuis qu'il est au ministère.

Trente-huit ans, on visage oblong à teint bilieux, des «heveux gris crépusf, toujours taillés ras ; un front bas, d'épais sourcils <fni se rejoignaient, uq nez tordu, des lèvres pincées, des yeux vert dair qui fuyaient le regard du prochain, une taille élevée, l'épaule droite légèrement plus forte que l'autre ; babit bmn, gilet noir, cravate de foulard, pantalon jaunâtre, bas de laine no^rs^ siouliers à nœuds bar'botants; vous voyez monsieur Dutoeq, oommis d'ordre dta bureau Rabourdin. Incapable et flâneur, il haïssait son dief. Rien de plus naturel. Rabourdin n'avait aucun vice àr flatter, aucun côté mauvais par où Dutoeq aurait pu se rendre utile. Beaucoup trop noble pour nuire à un employé, il était anssi trop perspicace ;^our se laisser abuser par aucun semocq n'existait donc que par la générosité de Radésespérait de tout avancement tant que ce ch^ a division. Quoique se sentant sans moyens poor i place supérieure, Dutoeq connaissait assez les our savoir que Tincapacité n'empédiie point d^^^ en serait quitte pour chercher un Rabourdin rédacteurs, car l'exemple de La Billardièrc était t funeste. La médianceté combinée avec l'intérêl é^aivaut à beaucoup d'esprit ; irèSH»éduini et

très-intëreaié, cet employé avait donc- lâché de consolider sa position ea se fa»ant l'espion des bureaux. Dès 181€, /^ prit une couleur religieuse tPès^'foncée en pressentant la f»* yeur dont jouiraèent les gens que^ dans ce temps, les niait comprenaient tous indistinctement sous ie nom de jésuites Appartenant à la congrégatioa sans être admis à ses mys» téares, Dutocq allait d'un bureau à l'autre, explorait les con<^ sdences en disant <les gaudrioles, et venait paraphraser ses rapporté à des Lupeaulx, qu'il instruisait des plus petits t^énements. Aussi le secrétaire général étonnait-il souvent le ministre par sa profonde connaissance des affaires intimes; Bonneau tout de bon de ce Bonneau politique, Dutooq bri^ guait l'homieur des secrets messages de des Lupeaulx, qui tolérait cet homme immonde en pensant que le hasard pou* vait le lui rendre utile, ne fût-<M qu'à le tirer de peine, Im ou quelque grahd personnage, par un honteui mariage. L'un et l'autre ils se comprenaient bien. DutOcq comptait sur cette bonne foi luar, vn y voyant uno bonne place, et il restait garçon. Dutocq avait succédé à monsieur Poiret ratné) retiré dans une pension bourgeoise, et mis à la re^ traite en i8i4, époque à laquelle il y eut de grandes ré^ formes parmi les employés. Il demeurait à un cinquième étage, rue Saint-Louis-Saint*Honoré, près du Palais^Royal, dans une maison à allée. Passionné pour les collections de vieilles gravures, il voulait avoir tout Rembrandt et tout Ghaplet, tout ^Ivestro, Audran, Callot, Albert Durer, etc. Gomme la plupart des gens à collections et ceux qui font ettx*mémes leur ménage, il prétendait acheter les choses à bon marché. Il vivait dans une pension rue de Beaune, et passait la soirée dans le Palais* Royal^ allant parfois au spectacle, grâce à du Bruel, qui lui donnait un billet d'auteur' par semaine. Un mot sur du Bruel.

Quoique suppléé par Sébastien auquel il abandonnait la pauvre indemnité que vous savez, du Bruel venait cependant au bureau, mais uniquement pour se croire, pour se dire soiis-chef et toucher des appointements. Il faisait les petits théâtres dans le feuilleton d'un journal ministériel, où il écrivait aussi les articles demandés par Ittsmmistres; posi»

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tion connae, définie et inattaquable. Du Bruel ne manquait d'ailleurs à aucune des petites ruses diplomatiques qui pouvaient lui concilier la bienveillance générale. U offrait une loge à madame Rabourdin à chaque première représentation, 1 1 venait chercher en voiture et la ramenait, attention à laqu aie elle se montrait sensible. Aussi, Rabourdin, trèstoléraut et très-peu tracasser avec ses employés, le laissaitil aller à ses répétitions, venir à ses heures, et travailler à ses vaudevilles. Monsieur le duc de Ghaulieu savait du Bruel occupé d'un roman qui devait lui être dédié. Yêtu avec le laisser-aller du vaudevilliste, le sous-chef portait le matin un pantalon à pied, des souliers-chaussons, un gilet mis i la réforme, une redingote olive et une cravate noire. Le soir, il avait un costume élégant, car il visait au gentleman. Du Bruel demeurait, et pour cause, dans la maison de Florine, une actrice pour laquelle il écrivait des rôles. Francine logeait alors dans la maison de Tullia, danseuse plus remarquable par sa beauté que par son talent. Ce voisinage permettait au sous-chef de voir souvent le duc de Rhétoré, fils atné du duc de Ghaulieu, favori du roi. Le duc de Ghaulieu avait fait obtenir à du Bruel la croix de la Légion d'honneur, après une onzième pièce de circonstance. Du Bruel, ou si vous voulez, Gursy travaillait en ce moment à une pièce en cinq actes pour les Français. Sébastien aimait beaucouD du Bruel, il recevait de lui quelques billets de paripplaudissait avec la foi du jeune âge aux endroits ruel lui signalait comme douteux; Sébastien le re- Dmme un grand écrivain. Ge fut à Sébastien que dit, le lendemain de la première représentation deville produit, comme tous les vaudevilles, pa: aborateurs, et où Ton avait sifflé dans quelques — Le public a reconnu les scènes faites à deui. rquoi ne travailles-vous pas seul ? répondit nalve> •astien.

ût d'excellentes raisons pour que du Bruel ne tra- 3 seul. Il était le tiers d'un auteur. Un auteur dracomme peu de personnes le savent, se compose: l'un homme à iàées^ chargé de trouver les sujets et

LES EMFLOTÉS 201

de construire la charpente ou scénario du vaudeville ; puis d'un ptockeur^ chargé de rédiger la pièce; enfin d'un homme'fnémoire, chargé de mettre en musique les couplets, d'arranger les chœurs et les morceaux d'ensemble, de les chanter, de les supemoser à la situation. V homme-mémoire fait aussi la recette, o^st-à-dire veille à la composition de raffîche, en ne quittant pas le directeur qu'il n'ait indiqué pour le lendemdn une pièce de la société. Du Bruel, vrai piocheur, lisait au bureau les livres nouveaux, en extrayait les mots spirituels et les enregistrait pour en émailler son dialogue. Gursy (son nom de guerre) était estimé par ses collaborateurs, à cause de sa parfaite exactitude , avec lui, sûr d'être compris, l'homme aux sujets pouvait se croiser les bras. Les employés de la division aimaient assez le vaudevilliste pour aller en masse à ses pièces et les soutenir, car il méritait le titre de bon enfant La main leste à la poche, ne se faisant jamais tirer l'oreille pour payer dss glaces ou du nunch, il prétait cinquante francs sans jamais leâ redemander. Possédant une maison de campagne à Aulnay, rangé, plaçant son argent, du Bruel avait, outre les quatre mille cinq cents de sa place, douze cents de pension sur la liste civile et huit cents sur les cent mille écus d'encouragement aux arts votés par la chambre. Ajoutez à ces divers produits neuf mille francs gagnés par les quarts^ les tiers, les moitiés de vaudevilles à trois théâtres différents, et vous comprendrez qu'au physique, il fût gros, gras, rond et montrât une figure de bon propriétaire. Au mond, amant de cœur de Tullia, du Bruel se croyait préféré, comme toujours, au brillant duc de Rhétoré, l'amant en titre.

Dutocq n'avait pas vu sans effroi ce qu'il nommaitla liaison de des Lupeaulx avec madame Rabourdin, et sa rage sourde s'en était accrue. D'ailleurs, il avait un ceil trop fureteur pou^ ne pas avoir deviné que Rabourdin s'adonnait k un grand travail en dehors de ses travaux officiels, et il le désespérait de n'en nen savoir, tandis que le petit Sébastien était, en tout ou en partie, dans le secret. Dutocq avait Essayé de pe lier avec monsieur Godard, sous-chef de Baudoyer, collègue de du Bruei« et il y était parvenu. La haute

sot SCÈNES Dl LA VIB PARISIENNE

estime (ftios'laquelle Dutooq tenait Baudoyer tvait ménage son eœointanoe ayec Godard ; non que Dutoeq fût sincère^ maiô en yantant Baudoyer el ne disant rien de Rabourd^ il satisfaisait sa haine à sa manière des petits esf^rits*

Joseph Godard, cousin de Mitral par sa mère, ttvalt fondé sur cette parenté atec Baudoyer, quoiqu'assex éloignée, des prétentions à la main de mademoisdite Baudoyer; eonséquemment^ à ses yeux, Baudoyer brillait comme un génie.Il profesBait une haute estime pour Elisabeth et madame Sfôllard, sans s'être encore aperçu que madame Baudoyer mitonnait Falleix pour sa fille. Il apportait à mademoiaêUe Baudoyer de petits cadeaux, des fleurs artiicieUes, des bonbons au jour de l'an, de jolies bolles à ses jours de fête. Agé de vingt-six ans, travailleur sans portée, rangé comme une demoiselle, monotone et apathique, ayant les cafés, le eigare et Téquitation en horreur, couché régulièrement à dix heures du soir et levé à sept» doué de plusieurs talents de société, jouant des contredanses sur le flageolet, ee qui l'avait mis en grande faveur chez les Stillard et les Bau* doyer, fifre dans la garde nationale pour ne point passer les nuits au corps de garde, Godard cultivait surtout T histoire naturelle. Ce garçon faisait des collections de minéraux et de coquHl^es, savait empaslier les oiseaux, «mmagasi* ttdt dans sa^ du^nbre un tas de curiosités achetées à bon marché ; des pierres à paysages, des modèles de palais es liège, des pétrifications de la fontaine Saint^AUyre à Cler^ mont (Auver^), eto. H accaparait tous les flacons de pai^ fumerie pour mettre ses échantillons de baryte, ses sulfates, sels, magnésie, coraux, etc. Il entassait des papillons dans des cadres, et sur les murs des parasols de la Chine, des peaux de poissons séehées. Il demeurjût chez sa soeur, fleu« riste, rue de Richelieu. Quoique' très-&dmipé par les mères de famille, ce jeune homme modèle était méprisé par les ouvrièi^es de sa soeur, et surtout par la demoiselle du comp*toir, qui pendant longtemps avait espéré Ven§onter. Maigre et fluet, de taille moyenne, les yeux cernés, ayant peu de barbe, tuant, comme disait Bixiou, les mouches au vol, Joseph Godard avait peu de soin de luiHUéme ( ses ludMts

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étaient mal taillés, ses pantalons larges fonnaient le sec ; i( portait des bas blancs par toutes les saisons, wa, chapeau à petits bords et des souliers lacés. Assis au bureau^ dans ua fauteuil de canae> percé au milieu du siège et garni d'un rond en maroquir vert, il se plaignait beaucoup de ses digestions. Son principal vice était de proposer des parlies de campagne, le dimanche dans la belle saison, à MontmoreDC3S des dîners sur Therbe, et d'aller prendre du laitage sur le boulevard du Mont- Parnasse. Depuis six mois Dutocqcora* mençait à aller de loin en loin chez mademoiselle Godard, espérant faire quelques affaires dans cette maison, y déooihvrir quelque trésor femelle.

Ainsi, dans les bureaux, Baudoyer avait en Dutocq et Godard deux prôneurs. Monsieur Saillard. incapable déjuger Dutocq, lui faisait parfois de petites visUes au bureau. Le jeune LÀ Billardièro, mis suramiiérairc chez Baudoyer, était de ce parti. JiCS têtes fortes riaient beaucoup de cette alliance entre ces incapacités Baudoyer, Godard et Dutocq avaient été surnommés par Bixiou la T'-iBité sans esprit, et le petit La Billardière l'Agneau pascai.

— Vous vous êtes levé matin, dit Antoine à Dutocq en prenant un air riante

— Et ^ous, Antoine, répondit Dutocq, vous voyez biem que les journaux arrivent quelquefois plus tôt que vous ne nous les donnes

— Aujourd'hui, par hasard, dit Antoine sans se décon*certer ; ils ne sont jamais venus deux fois de suite à la même heure,

Los deux neveux se regardèrent à la dérobée comme pour se dire, en admirant leur oncle : — Quel toupet! — Quoiqu'il me rapporte deux sous par déjeuner, dit en murmurant Antoine quand il entendit Dutocq fermer la porte, j'y re* Boncerais bien pour ne plus l'avoir dans notre division.

— !• Ah ! vous n'êtes pas; le premier su4ottrd*hiii, monsieur Sébastien, dit ua quart d'heure après Antoine au sarmimé* raire»

•— Qui donc e^ arrivé? demanda le pauvre enfant eapi» lissant.

— Monsieur Dutocq, répondit Thuissier Laurent.

Les natures vierges ont plus que toutes les autres un mes*plicable don de seconde vue dont la cause gtt peut-être dans la pureté de leur appareil nerveux f n quelque sorte neuf. Sébastien avait donc deviné la haine de Dutocq contre son ^rénéré Rabourdir. Aussi à peine Laurent eut-il prononcé ee nom, que, saisi par un horrible pressentiment, il s'écria : — Je m'en doutais! et il s'élança dans le corridor avec te rapidité d'une flèche.

— Il y aura du grabuge dans les bureaux 1 dit Antoine eft branlant sa tête blanchie et endossant son costume officiel. On voit bien que monsieur le baron rend ses comptes ft Dieu... oui, madame Gruget, sa garde, m'a dit qu'il ne pas* serait pas la journée. Vont-ils se remuer icil le vont-ils t Alle;z voir si tous les poêles ronflent bien, vous autres I Sabre de bois, notre monde va nous tomber sur le dos.

— C'est vrai, dit Laurent, que ce pauvre petit jeune homme a eu un fameux coup de soleil en apprenant que ce jésuite de monsieur Dutocq l'avait devancé.

— Moi j'ai beau lui dire, car enfin on doit la vérité à un bon employé, et ce que j'appelle un bon employé, c'est un employé comme ce petit qui donne recta ses dix francs au jour de l'an, reprît Aiitoine. Je lui dis donc : Plus vous en ferez^ plus on vous en demandera et Ton vous laissera sans avancement! Eh bien! il ne m'écoute pas, il se tue à rester jusqu'à cinq heures, une heure de plus que tout le monde (il hausse les épaules). C'est des bêtises, on n'arrive pas comme ça!... A preuve qu'il n'est pas encore question d'ap* pointer ce pauvre enfant qui ferait un excellent employé. Après deux ans! ça scie le dos, parole d'honneur.

— Monsieur Rabourdin aime monsieur Sébastien, dit Laurent.

— Mais monsieur Rabourdin n'est pas ministre, reprit Antoine, et il fera chaud quand il le sera, les poules auront des dents, il est bien trop... Suffit! Quand je pense que je porte à émarger l'état des appointements à des farceurs qui restent chez eux, et qui y font ce qu'ils veulent, tandis que ce petit La Roche se crève, je me demande si Dieu pense

anx bureaux. Et qu'est-ce qu'ils vous donnent, ces protégés de monsieur le maréchal, de monsieur le duc? ils vous remercient (il fait un signe de tête protecteur) : « Merci, mon cher Antoine! » Tas de faignaniSy travaillez donc! ou voua serez cause d'une révolution. Fallait voir s'il y avait de ces giries-là dous monsieur Robert Lindet; car, moi tel que vous me voyez, je suis entré dans cette baraque sous Robeil Lindet. Et sous lui, l'employé travaillait! Fallait voir tous ces gratte-papier jusqu'à minuit, les ftoêles éteints, sans seulement s'en apercevoir; mds c'est qu'aussi la guillotine était là! et, c'est pas pour dire, mais c'était autre chose que de les pointer, comme aujourd'hui, quand ils arrivent tard.

— Père Antoine, dit Gabriel, puisque vous êtes causeur ee matin, quelle idée, là, vous faites-vous de l'employé?

— C'est, répondit gravement Antoine, un homme qui écrit, assis dans un bureau. Qu'est-ce que je dis donc là? Sans les employés, que serions-nous? Allez donc voir à vos poêles et ne parlez jamais en mal des employés, vous autres! Gabriel, le poêle du grand bureau tire comme un diable, il faut tourner un peu la clef.

Antoine se plaça sur le palier, à un endroit d'où il pou- Tait voir déboucher les employés de dessous la porte cochère; il connaissait tous ceux du ministère et les observait dans leur allure, en remarquant les différences que présentaient leurs mises. Avant d'entrer dans le drame, il est nécessaire de peindre ici la sihouette des principaux acteurs de la division La Billardière qui fourniront d'ailleurs quelques variétés du genre commis et justifieront non-seulement les observations de Rabourdin, mais encore le titre de cette étude, essentiellement parisienne. En effet, ne vous y tromr pez pas! Sous le rapport des misères et de Toriginalité, il f a employés et employés, comme \i y a fagots et fagots. Dis ûnguez surtout l'employé de Paris de l'employé de province. £c province, l'employé se trouve heureux; il est logé spacieusement, il a un jardin, il est généralement à Taise dans son bureau; il boit de bon vin, à bon marché, ne consomme pas de filet de cheval, et connaît le luxe du dessert. Au lieu de faire des dettes, il fait des économies. Sans savoir préci-

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•ément ce qu'il mange, tout le monde vous dira qu'i/ fie thange pas ses appointements î S'il est garçon, les mères de famille le saluent quand il passe; et, s'il est marié, sa femnoe •t lui vont au bal chez le receveur général, chez le préfet, le sous-préfet, l'intendant. On s'occupe de son caractère, il a des bonnes fortunes, il se fait une renommée ^'esprit, il t des chances pour être regretv\ toute une ville le connaît, t'intéresse à sa femme, à ses eik^mis. Il donne des soirées; et, s'il a des moyens, un foeau-fv^re dans l'aisance, il peut devenir député. Sa femme est surveillée par le méticuleux espionnage des petites villes, et s'il est malheureur dans sob intérieur, il le sait; tandis qu'à Paris un employé peut n'^ rien savoir. Enfin, l'employé de province est quelque chose, tandis que l'employé de Paris est à peine quelqi/un.

Le premier qui vint après Sébastien était un rédacteur du bureau Rabourdin, honorable père de famille, nommé monsieur PhelHon. Il devait à la protection de son chef une demi-bourse au collège Henri IV pour chacun de ses deux garçons; faveur bien placée, car Phelli Dn avait encore une fillâ élevée gratis dans un pensiounat ( ù sa femme donnait des leçons de piano, où il faisait une ( lasse d'histoire et de géographie pendant la soirée, élommc de quarante-cinq ans, sergent-wajor de sa compagnie dans la garde nationale, trèscompatissant en paroles, mais hors d'état de donner un liardi le commis rédacteur demeurait rue du Faubourg-Saint Jacques, non loin des Sourds-Muets, dans une maison à jardin où son local (style Phellion) ne coûtait que quatre cents francs. Fier de sa place, heureux de son sort, il s'appliquait à servir le gouvernement, se croyait utile à son pays, et se vantait de son insouciance en politique, où il ne voyait jamais que LE POUVOIR. Monsieur Rabourdin faisait plaisir à Phellion en le priant de rester une demi-heure de plus pour achever quelque travail, et il disait alors aux ciemoiselles La Grave, car il dînait rue Notre-Dame-des-Champs dans le pensionnat où sa femme professait la musique : a Mesdemoiselles, les alfôires ont exigé que je restasse au bureau. Quand on appartient au gouvernement on n'est pas son mal» trel » Il avait composé des livres par demandes etnar ré-

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paii06iy à fiisage des pen^ion^ets déjeunes demoiselles. Ge» ^Ht$ trmités »ubsiantkUf commb U les nommait, se vea* dai.eni chez le libraire de l^UnHersité, soas le nom de Ga* léciiisme hisUriqne et géographique. Se croyant obligé d'of-* IrVir à fnadame'Raboupdin un ex<empla«re papier vélin, relié en iiBftnx^in rouge, de chaque nouveau catéchisme, il les apporuit en ^ande tenue : culotle de soie, 6as de soie, souliers à boucles d'or, etc. Monsieur Phellion recevait le jeudi soir, après le coucher des pensionnaires, il donnait de la bière et des gâteaux. On jouait la bouillotte à cim sous la cave. Malgré celte médiocre mise, par certains jeu^ dis enragés, monsieur Laudigeois, employé à la mairie, pei»o daitsesdix francs. TeBdu de papier vert américain à boro dures rouges, ce salon était décoré des portraits du roi, de la Dauphine et de Madame, des deux gravures de Mazeppa d'après Horace Yemet, de celle du Convoi du pauvre d'après Vigneron, a tableau sublime de pensée, et qui, selon Phellion, devait consoler les dernière classes de la société en leur prouvant qu'elles avaient des amis plus dévoués que les hommes et dont les seniimenU- allaient plus loin que la tombe! » A ces paroles, vous devines l'homme qui tous les ans conduisait, le jour des Me .*ts, au cimetière de l'Ouest ses trois enfants, auxquels il montrait les vingt mètres de terre achetés à perpétuité, dans lesquels son père et la mère de sa femme avaient été enterrés. « Nous y viendrons tous, » leur disait-il pour les familiariser avec l'idée de la mort. L'un de ses plus grands plaisirs consistait à explorer les en* ^ virons de Paris, il s'en était donné la carte. Possédant déjà à fond Antony, Arcueil, Bièvre, Fontenay-aux-Roses, Anl* nay, si célèbre par le séjour de plusieurs grands écrivains, 1 espérait avec le teo«»|)s connaître toute la partie ouest des environs de Paris. Il destinait son fils aîné è l'administration et le second à TËcoie polytechnique. Il disait souvent à son aîné : < Quand tu auras l'honneur d'être employé par l€ gouvernement 1 » mais il lui soupçonnait une vocation pcui les sciences exactes qu'il essayait de réprimer, en se réser« vaut de l'abandonner à lui-même, s'il y persistait. Phellion n'avait jamais osé prier monsieur Rabourdin de lui faire

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l'honneur de dtner chez lui, quoiqu'il eût regardé ce jo« comme un des plus beaux de sa vie. D disait que s'il pouvait lûsser un de ses fils marchant sur les traces d'un Rabourdin, fi mourrait le plus heureux père du monde. U rebattait si bien l'éloge de ce digne et respectable chef aux oreilles des demoiselles La Grave, qu'elles désiraient voir le grand R»bourdin comme un jeune homme peut souhaiter de voir monsieur de Chateaubriand. « Elles eussent été bien heu« reuses, disaient-elles, d'avoir sa demoiselle à élever I » Quand, par hasard, la voiture du ministre sortait ou rentrait, qu'i* y eût ou non du monde, Phellion se découvrait très-respectueusement, et prétendait que la France en irait bien mieux si tout le monde honorait assez le pouvoir pour l'honorer Jusque dans ses insignes. Quand Rabourdin le faisait venir en bas pour lui expliquer un travail, Phellion tendait son intelligence, il écoulait les moindres paroles du chef comme un dileUante écoute un air aux Italiens. Silencieux au bureau, les pieds en l'air sur un pupitre de bois et ne les bougeant point, il étudiait sa besogne en conscience. Il s'exprimait dans sa correspondance administrative avec une gravité religieuse, prenait tout au sérieux, et appuyait sur les ordres transmis par le ministre au moyen de phrases solennelles. Cet homme, si ferré sur les convenances, avait en un désastre dans sa carrière de rédacteur, et quel désastre 1 Malgré le soin extrême avec lequel il minutait, il lui était arrivé de laisser échapper une phrase ainsi conçue : Vous vous rendrez aux lietix indiqués^ avec les papiers nécessaires. Heureux de pouvoir rire aux dépens de cette innocente créature, les expéditionnaires étaient allés consulter à son insu Rabourdin, qui« songeant au caractère de son rédacteur, ne put s'empêche de rire, et modifia la phrase en marge par ces mots : Vous vous rendrez 5u- le terrain avec toutes les pièces indiquées. Phellion, à qui Ton vint montrer la correction, l'étudia, pesa la différence des expressions, ne craignit pas d'avouer qu'il lui aurait fallu deux heures pour trouver ces équivalents, et s'écria : « Monsieur Rabourdin est un homme de génie I » {l pensa toujours que ses collègues avaient manqué de procédés à son égard en recourant ai

promptement au chef; mais il avait trop de respeet àm% la hiérarchie pour ne pas reeonnaUre leur droit d'y reeourir^ d'autant pJus qu'alors il était absent; cependant, à leur place, il aurait attendu^ la cireulaire ne pressait pas. Cette affaire lui fit perdre le sommeil pendant quelques nuits. Quand on voulait le fAcher, on n'avait qu'à faire allusion à la mau^ dite phrase en lui disant quand i\ sortait : « Aves-vous les papiers nécessaires? » Le digne rédacteur se retournait, lançait im regard foudroyant aux employés, et leur répandait : « Ce que vous dites me semble fort déplacé, messieurs. » fi y eut un jour à ce sujet une querelle si forte que Rabourdin fut obligé d'intervenir et de défendre aux employés de rappeler cette phrase. Monsieur Phellion avait une figure de bélier pensif, peu colorée, marquée de la petite vérole, de grosses lèvres pendantes, les yeux d'un bleu clair, une taille au-dessus de la moyenne. Propre sur lui comme doit l'être un maître d'histoire et de géographie obligé de paraître devant de jeunes demoiselles, il portait de beau linge, un jabot plissé, gilet de casimir noir ouvert, laissant voir des bretelles brodées par sa fille, un diamant à sa chemise, habit noir, piiotalon bleu. U adoptait l'hiver le carrick noisette à trois collets et avait une canne plombée nécessitée par U profonde solitude de gtielque^ parties de son quartier. Il s'était déshabitué de priser et citait cette réforme comme un exemple frappant de l'empire qu'un homme peut prendre sur lui-même, il montait les escaliers lentement, car il craignait un asthme, ayant ce qu'il appelait la poitrine grasse. U saluait Antoine avec dignité.

Immédiatement après monsieur Phellion, vint un expéditionnaire qui formait, un singutier contraste avec c€^ vertueux bonhomme. Yimeux était un jeune homme de vingt-cinq anSyà quinze cents francs d'appointements, men>fait, cambré, d'une figure él<!gaûtcet romanesque, ayant les cheveux, la barbo, les yeux, les sourcils noirs comme du jais, de belles dents, des mains charmantes, portant des moustaches si fournies, si bien peignées, qu'il semblait en faire métier et marchandise. Yimeux avait une si grande S4)titude à soft travail qu'il l'expédiait plu» prumptement ^e personne.

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« Ce jeune homme est doué 1 n disait Phellion eo le voyant se croiser les jambes et ne savoir àquoi employer le reste de son temps, après avoir fait son ouvrage. «Etvoyezlc'estperlél i disaitle rédacteur àdu Bruel. Yimeux déjeunait d'une simple flûte et d'un verre d'eau, dfnaitpourvingtsouschezKatcomb et logeait en garni à douze francs par moiS' Son bonheur, son seul plaisir était la toilette. Il se ruinait en gilets mirifîquef| en pantalons collants, demi-collants, à plis ou à broderic^| en bottes fines, en habits bien faits qui dessinaient sa tailki en cols ravissants, en gantsfrais, en chapeaux. La main ornée d'une bague à la chevalière mise par-dessus son gant, armé d'une jolie canne, il tâchait de se donner la tournure et lesma. nièresd'un jeune homme riche. Puis, il allait, un cure-dent à \ bouche, se promener dans la grande allée des Tuileries, i>solument comme un millionnaire sortant de table. Dans l'espérance qu'une femme, une Anglaise, une étrangère quelconque, ou une veuve pourrait s'amouracher de lui, il étudiait l'art de jouer avec sa canne, et de lancer un regard à la manière dite américaine, par Bixiou. Il riait pour montrer ses belles dents. Il se passait de chaussettes, et se faisait friser tous les jours. Yimeux, en vertu de principes arrêtés, épousait une bossue à six mille livres de rente, à huit mille une femme de quarante-cinq ans, à mille écus une Anglaise. Ravi de son écriture et pris de compassion pour ce jeune homme, Phellion le sermonnait pour lui persuader de donner des leçons d'écriture, honorable profession qui pouvait améliorer son existence et la rendre même agréable; il lui promettait le pensionnat des demoiselles La Grave. Mais Yimeux avait son idée si fort en tête, que personne ne pouvait l'empêcher de croire à son étoile* Donc, il continuait à s'étalera jeun comme un esturgeon de Chevet, quoiqu'il eût vainement exposé ses énormes moustaches depuis trois uns. Endetté de trente franco pour ses déjeuners, chaque fois que Yimeux passât devant Antoine, il baissait les yeux pour ne pas rencontrer son regard ; et cependant, vers midi, il le priait de lui aller chercher un< flûte. Après avoir essayé de faire entrer quelques idéei justes dans cette pauvre tête, Rabourdin avait fini par y re«

dby G oo^e

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ttoneer. Monsieur Yimeux père était greffier d'une justice de paix dais le département du Nord. Adolphe Vimeux avait dernièrement économisé Katcomb et vécu de petits pains, pour s't^heter des éperons et une cravache. On l'avait appelé le pigeon- Yilliaume pour railler ses calculs matrimoniaux. On ^e pouvait attribuer les moqueries adressées à cet Amadi» à vide qu'au génie malin qui créa le vaudeville, car il était bon camarade, et ne nuisait à persQnn€ qu'à lui-même. La grande plaisanterie des bureaux à son égard consistait à parier qu'il avait un corset Primitivement casé dans le bureau Baudoyer, Yimeux avait intrigué pour passer chez Rabourdin, à cause de la sévérité de Baudoyer relativement aux Anglais, nom donné par les employés à leurs créanciers. Le jour des Anglais est le jour où les bureaux sont publics. Sûrs de trouver là leurs débiteurs, les créanciers affluent, ils viennent les tourmenter en leur demandant quand ils seront payés, et les menacent de mettre opposition sur leur traitemect. L'implacable Baudoyer obligeait ses employés à rester. « C'était à eux, disait-il, à ne pas s'endetter. » B regardait sa sévérité comme une chose nécessaire au bien public. Au contraire, Rabourdin protégeait les employés contre leurs créanciers, qu'il mettait à la porte, disant que les bureaux n'étaient po'mt ouverts pour les affaires privées, mais pour les affaires publiques. On s'était beaucoup moqué de Yimeux dans les deux bureaux, quand il avait fait sonner ses éperons à travers les corridors et les escaliers. Le mystificateur du ministère, Bixiou, avait fait passer dans les deux divisions Glergeot et La Billardière une feuille en tête de laquelle Yimeux étai( caricaturé sur un cheval de carton, et où chacun était invité à souscrire pour lui acheter un cheval. Monsieur Bau' , doyer était marqué pour un quintal de foin, pris* sur sa consommation particulière, et chaque employé mit une épi< gramme sur son voisin. Yimeux, en vrai bon enfant, souscrivit lui-même au nom de miss Fairfar

Les employés beaux hommes dans le genre Yimeux ont leur place pour vivre, et leur physique pour faire fortune. Fidèles aux bals masqués dans le temps de carnaval, ils y

Sfi SCÈNES DE LA VIE PARISIENNE

TOtttefaeréber les bonnes fortunes qtd les fuient souvent encore là. Beaneoup finissent par se marier soit avec des ciodistes qu'ils aceeptent de guerre lasse, soit ave<; de vieilles femrae^ soit aussi avec de jeunes personnes anx- ^pieDes leur pk^tqne a pin, et avec lesquelles ils ont filé mi roman émaillé de lettres stupides, mais qui ont prodnk lesr efet. €es commis son' quelquefois hardis, ils voieiil passer une femme en équipage aux Champs-Elysées^ ils se pocurent son adresse, ils lancent des épftres passionnées i tout hasard, et rencontrent une occasion qui malhenreose ment encourage cette ignoble spéculation.

Ce Bixion (prononcez Msiou) était un dessinateur qm se moquiût de Dutocq aussi bien que de Rabourdin, surnommé par hii la vertueuse Rabeurdiu.. Pour exprimer la vulgarité de son dief, il rappelait la place Baudeyer^ il nommait le vaudevilliste Fltm^Flon. Sans contredit l'homme le plus spirituel de la division et du minislère, mais spirituel à fa façon dû singe, sans portée ni suite, Btxiou était d'une si grande utilité à Baudoyer el à Godard qu'ils le protégeaient malgré sa malfaisance ; il expédiait leur besogne par-dessous la jambe. Eixiou désirait la place de Godard ou de du Bruel ; mais sa conduite nuisait à son avancement. Tan* t6t il se moquait des bureaux, et c'était quand il venait de faire une bonne affaire, comme la publication des portraits dans le procès Fualdès. pour lesquels il prit des figures au hasard, ou celle des débats du procès de Castaing ; tantôt saisi par une envie de parvenir, il s'appliquait au travail ; puis il le laissait pour un vaudeville qu'il ne fini» sait point. D'à* ileurs égoïste, avare et dépensier tout ensemble, c'est-à-dire ne dépensant son argent que pour lui ; cassant, agressif et indiscret, il faisait le mal pour le mal; -'il attaquait surtout les faibles, ne respectait rien, ne cro^/^iit * ni à la France, ni à Dieu, ni à l'art, ni aux Grecs, ni aux Turcs, ni au Champ d'asile, ni à la monarchie, insultant surtout ce qu'il ne comprenait point. Ce fut lui qui, le premier, mit des calottes noires à la tête de Charles X sur les pièces de cent sous. Il contrefaisait le docteur Gall à son cours, de manière à décravater de rire le diplomate le mieux

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bouloiiBé. La plaisanterie principale de «e terrible inventeur de chargets consistait à chauffer les poéks outre mesure, afin de procurer des rhunies à ceux qui sortaient impru* déminent de son étuve, et il avait de plus la satisfacti<m de consommer le bois du gouvernement. Remarquable dam ses mystifications, il les variait avec tam d'habileté qu'il j prenait toujours quelqu'un. Son grand secret en ce genre étsàt dt deviner les désirs de chacun ; il connaissait le cbe* min de tous les châteaux en Espagne, le rêve où Tbomme est mystifîable parce qu'il cherche à s'attraper lui-même, et il vous faisait p^ser pendant des heures entières. Ainsi, ce profond observateur, qui déployait un tact inouï pour une raillerie, ne savait plus user de sa puissance pour em* ployer les hommes à sa fortune ou à son avancement* Celui qu'il aimait le plus à vexer était le jeune La Biiiardière, sa bête noire, son cauchemar, et que néanmoins il patelinait constamment, afin de le mieux mystifier; il Im adressait des lettres de lemme amoureuse signées comtesse de M..« ou marqilise de B..., l'attirait ainsi aux jours gras dans le foyer de l'Opéra devant la pendule et le Whait à quelque gr luette, après l'avoir montré à tout le monde. Allié de Dutocq (il le considérait comme un mystificateur sérieux) da&s sa haine contre Rabourdin et dans ses éloges de Baudoyer, il l'appuyait avec amour. Jean-laeques Bixiou était petit-fils d'un épicier de Paris. Son père, mort colonel, l'avait laissé à la charge de sa grand'mère, qui s'était mariée en secondes nooes à son premier garçon, nommé Descoings, et qui mourut en lS2â. Se trouvant sans état au sortir du coi^ége, il avait tenté la peinture, et malgré l'amitié qui le liait à iosepb Bridau , son ami d'enfance, il y avait renoue*, pour se livrer à la caricature, aux vignettes, aux dessins de livres, connus, vingt ans plus tard, sous le nom d*iUmtrations, La protection des ducs de Maufrigueuse, de Rhétoréy qu'il connut par des danseuses, lui procura sa pliftOf^ en 4819. An mieux avec des Lupeaulx, avec qui, dams le monde, il se trouvait sur un pied d'>égalité, fnto^nuH du Bruel, il offrait la preuve vivante des observations de RaiiouidÎB relsiivemâQt à la destruction constante de la

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hiérarchie adminislrative à Pans, par la valeur personnelli qu'un homme acquiert en dehors des bureaux. De petiu ^ille, mais bien pris, une figure fine, remarquable par une vague ressemblance avec celle de Napoléon, lèvre minces, menton plat tombant droit, favoris châtains, \ingt-sept ans, blond, voix mordante, regard étincelant, voilà Bixiou. Ce homme, tout sens et tout esprit, se perddt par une fureur pour les plaisirii de tout genre qui le jetait dans une dissipation continuelle. Intrépide chasseur de grisettes, fumeur, amuseur de gens, dtneur et soupeur, se mettant partout an diapason, brillant aussi bien dans les coulisses qu'au bal des grisettes dans l'allée des Veuves, il étonnait autant i table que dans une partie de plaisir; en verve à minuit dans la rue, comme le matin si vous le preniez au saut du lit; mais sombre et triste avec lui-même comme la plupart des grands comiques. Lancé dans le monde des actrices et des acteurs, des écrivains, des artistes, et de certaines femmes dont la fortune est aléatoire, il vivait bien, allait au spectacle sans payer, jouait à Frascati, gagnait souvent. Enfin cet artiste, vraiment profond, mais par éclairs, se balançait dans la vie comme sur une escarpolette, sans s'inquiéter du moment où la cord& casserait. Sa vivacité d'écrit, sa prodigalité d'idées le faisaient rechercher par tous les gens accoutumés aux rayonnements de l'intelligence ; mais aucun de ses amis ne l'aimait. Incapable de retenir un bon mot, il immolait ses deux voisins à table avant la fin dn premier service. Malgré sa gaieté d'épiderme^ il perçait dans ses discours un secret mécontentement de sa position sociale, il aspirait à quelque chose de mieux, et le fatal démou caché dans son esprit l'empêchait d'avoir le sérieux qui en impose tant aux sots. Il demeurait me de Ponthicu, à un second étage où il avait trois chambres livrées à tout le désordre d'un ménage de garçon, un vrai bivouac. U par* lait souvent de quitter la France et d'aller violer la fortune en Amérique. Aucune sorcière ne pouvait prévoir l'aTenir d'un jeune homme chez qui tous les talents étaient incomplets, incapable d'assiduité, toujours ivre de plaisir, et croyant que le monde finissait le lendemain. Gomme cos-

tunie, i! avait la prétention de n'être pas ridicule, et peutêtre était-ce le seul de tout le ministère de qui la tenue ne fît pas dire : a Yoilà un employé I » H portait des bottes élégantes, un pantalon noir à sous-pieds, un gilet de fantaisie et une jolie redingote bleue, un col, éternel présent de la grisette, an chapeau de Bandoni, des gants de chevreau couleur sombre. Sa démarche ,cavalière et simple à la fois ne manquait pas de grâce. Aussi, quand il fut mandé par des Lupeaulx pour une impertinence un peu trop forte dite sur le baron de La Billardière et menacé de d( se con tenta- t-il de lui répondre; « Vous me repr cause du costume. » Des Lupeaulx ne put s'empêcher de rire. La plus jolie plaisanterie faite par Bixiou dans les bureaux, est celle inventée pour Godard, auquel il offrit un papillon rapporté de la Chine que le sous-chef garde danssa collection et montre encore aujourd'hui sans avoir reconnu qu'il est en papier peint. Bixiou eut la patience de pourlécher un chef-d'œuvre pour jouer un tour à son souschef.

Le diable pose toujours une victime auprès d'un Bixiou. le bureau Baudoyer avait donc sa victime, un pauvre expé- Jitionnaire, âgé de vingt-deux ans, aux appointements de quinze cents francs, nommé Auguste-Jean-François Minard. Minard s'était marié par amour avec une ouvrière fleuriste, fille d'un portier, qui travaillait chez elle pour mademoiselle Godard et que Minard avait vue rue de Richelieu dans la boutique. Étant fille, Zélie Lorain avait eu bien des fantaisies pour sortir de son état. D'abord élève du Conservatoire, tour à tour danseuse, chanteuse et actrice, elle avait songé à faire comme font beaucoup d'ouvrières, mais la peu»» de mal tourner et de tomber dans une effroyable misère favail préservée du vice. Elle flottait entre mille partis, lorsque Minard s'était dessiné nettement, une proposition de mariage à la main. Zélie gagnait cinq cents francs par an, Minard en avait quinze cents. En croyant pouvoir vivre avec deux mille francs, ils se marièrent sans contrat, avec la plus grande économie. Minard et Zélie étaient allés se loger auprès de la barrière de Courcelles, comme deux

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tourtereaux, dans un appartement de cent écus, am troisièine . des rideaux de calicot blanc aux fenêtres, sur let murs un petit papier écossais à quinze sous le rouleau, carreau frotté, meubles en noyer, petite cuisine bien proore; d'abord une première pièce où Zéhe faisait ses fleurs, puis un salon meublé de chaises foncées en crin, une »able ronde au milieu, une glace, une pendule représentant une fontaine à cristal tournant, des flambeaux dorés enveloppés de gaxe; enfin une chambre à coucher blancne et bleue; lit, commodç et secrétaire on acajou, petit tapis rayé an bas du lit, six fauteuils et quatre chaistis : dans un coin, le berceau m merisier où dormaient un fils et une fille. Zélie nourrissait ses enfants elle-même, faisait sa cuisine, ses fleurs et soi ménage.. Il y avait quelque chose de touchant dans cette heureuse et laborieuse médiocrité. En se sentant aimée par Minard^ Zélie Faima sincèrement. L'amour attire rameur, c'est Vabyssiis abyssum de la Bible. Ce pauvre homme qoîttait son lit le matin pendant que sa femme dormait, et lui allait chercher ses provisions. Il portail les fleurs terminées en se rendant à son bureau, en revenant il achetait les matières premières; puis, en attendant le dîner, il taillait oi estampait les feuilles, garnissait les tiges, délayait les couleurs. Petit, noaigre, fluet, nerveux, ayant des cheveux rouges et crépus, des yeux d'un jaune clair, un teint d'nne éclatante blancheur, mais marqué de rousseurs, il avait on éourage sourd et sans apparat. II possédait la science de l'écriture au même degré que Vimeux. Au bureau, il se tenait coi, faisait sa besogne et gardait l'attitude recueillie d'un homme souffrant et songeur. Ses cils blancs et son pei de sourcils l'avaient fait surnommer le lapin blanc par Tirania/»<»h]<» Rîxiou. Minard, ce Rabourdin d'une sphère infé- )ré fW W^sir de mettre sa Zélie dans une heuion, cherchait dans l'océan des besoins du luxe ustrie parisienne une idée^ une découverte, un ement qui lui procurât une prompte fortune. Sou élise était produite par la tension continuelle de il allait de la double pâte des sultanes ^ l'huilt des briquets phosphoriques au gaz portatif, des

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socques articulés aux lampes hydrostatiques, embrassanl ainsi les infiniment petits de la eiviiisatioa jnatériolle. H supportait les plaisanteries de Bixiou comme un homme occupé supporte les bourdonnements d'un insecte, il ne s'en impatientait même point. Malgré son esprit, Bixiou ne devinait pas ie profond mépris que Minard avait pour lui. Minard se souciait peu cT une querelle, il y voyait une perte de temps. Aussi avait-il fini par lasser son persécuteur. Il venait au bureau habillé fort simplement, gardait le pantalpn de coutil jusqu'en octobre, portait des souliers et des guêtres, un gilet en poil de chèvre, un habit de castorine eo hiver et de gros mérinos en été, un chapoau de paille ou un chapeau de soie à onze francs, selon les saisons, car sa gloire était sa Zélie ; il se serait passé de manger pour lui acheter une robe. II déjeunait avec sa femme et ne mangeait, rien au bureau. Une fois par mois il menait Zélie an spectacle avec un billet donné par du Bniel ou par Bixiou, car Bixiou faisait de tout, même du bien. La mère de Zélie quittait alors sa loge et venait garder les enfants. Minard avait remplacé Yimeux dans le bureau de Baudoyer. Madame et monsieur Minard rendaient en personne leurs visites du jour de Tan. En les voyant, on se demandait comment faisait la femme d'un pauvre employé à quinze cents francs pour ^laintenir son mari dans un costume noir, et porter des chapeau^ de paille d'Italie à fleurs, des robes de mousseline brodée, des pardessous en soie, des souliers de prunelle, des fichus magnifiques, une ombrelle chinoise, et venir en fiacre et rester vertueuse; tandis que madame CoUeville ou teUe autre d4ime pouvaient à peine joindre les deux bouts, elles qui avaient deux mille quatre cents francsl

Dans chacun de ces bureaux, il se trouvait un employé ami l'un de l'autre jusqu'à rendre leur amitié ridicule, cal on rit de tout dans les bureaux. Celui du bureau Baudoyer, nommé Colleville, y était commis principal, et, sans la Res* tauration, il eût été sous-chef ou même chef depuis longtemps. Il avait en madame Colleville une femme aussi supérieure dans son genre que madame Rabourdin dans la

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sien. Colleville, fils d'un premier violon de l'Opéra, s'était amouraché de la fille d'une célèbre danseuse. Flavie Minerel, une de ces habiles et charmantes Parisiennes qui savent rendre leurs maris heureux tout en gardant leur liberté, faisait de la maison de Colleville le rendez-vous de nos meilleurs artistes, des orateurs dA la chambre. On ignorait presque chez elle l'humble place <5ccupée par Colleville. La conduite de '''lavie, femme un peu trop féconde- Qffrait tant de prise à la médisance, que madame Rabourcfm avait refusé toutes ses invitations. L'ami de Colleville, nommé Thuîllier, occupait dans le bureau Rabourdin une place absolument pareille à celle de Colleville, et s'était vu par les màateê motifs arrêté dans sa carrière administrative comme Colleville. Qui connaissait Colleville connaissait Thuillier, et réciproquement. Leur amitié, née au bureau, venait de la coïncidence de leurs oKbuts dans l'administration. La jolie madame Colleville avait, disait-on dans les bureaux, ac-cepté les soins de Thuillier, que sa femme laissait sans enfants. Thuillier, dit le beau Thuillier, ex-homme à bonnes fortunes, menait une vie aussi oisive que celle de Colleville était occupée. Colleville, première clarinette à TOpéra-Comique, et teneur de livres le matin, se donnait beaucoup de mal pour élever sa famille, quoique les protections ne lui manquassent pas. On le regardait comme un homme très-fin, d'autant plus qu'il cachait son ambition sous une espèce d'indifférence. En apparence content de son sort, aimant le travail, il trouvait tout le monde, même les chefs, disposés à protéger sa courageuse existence. Depuis quelques jours seulement madame Colleville avait réformé son train de maison, et semblait tourner à la dévotion ; aussi disait-on vaguement dans les bureaux qu'elle pensait à prendre dans la congrégation uii point d'appui plus sûr que le fameux orateur François Keller, un de ses plus constants adorateurs, dont le crédit n'avait pas jusqu'à présent fait obtenir une place supérieure à Colleville. Flavie s'était adressée, et ce fut une de ses erreurs, à des Lupeaulx. Colleville avait la passion de chercher l'horoscope des hommes célèbres dans l'anagramme de leurs noms. II passait des mois entiers

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à décomposer des noms et les recomposer afin d'y déeoHvrii un sens. Un corse la finira trouvé dans révolution française* — Vierge de son mari dans Marie de Vigneros, nièce du eardinal de Richelieu. — Eenrici mei casta dea dans Caihor fina de Medicis, — Eh c'est large nei dans Charles Genest, ïàbbé de la cour de Louis XIY, si connu par son gros nez qui amusait \t duc de Borgc^e ; enfin tous lestida^^rammes connus avaient émerveillé Golleville. Erigeant Vanagramme en science^ il prétendait que le sort de tout homme était écrit dans la phrase que donnait la combinaison des lettres de ses nom, prénoms et qualités. Depuis l'avènement de Charles X, il s'occupait de Tanagramme du roi. Thuillier, qui lâchait quelques calembours, prétendait que Tanagramme était un calembour en lettres. Golleville, homme plein de cœur, lié presque indissolublement à Thuillier, le modèle de Tégolste, présentait un problème insoluble et que beaucoup d'employés de la division expliquaient par ces mots : « Thuillier est riche et le ménage Golleville est lourd I » En effet, Thuillier passaiV pour joindre aux émoluments de sa place les bénéfices de l'escompte; on venait souvent le chercher pour parler à des négociants avec lesquels il avait des conférences de quelques minutes dans la cour, mais pour le compte de mademoiselle Thuillier sa sœur. Gette amitié consolidée par le temps était basée sur des sentiments sur des faits assez naturels qui trouveront leur place ailleurs (voyez les Petits bourgeois) et qui formeraient ici ce que les critiques appellent des longueurs. Il n'est peut-être pas inutil/^ défaire observer néanmoins que si l'on connaissait beaucoup madame Golleville dans lesbureaux, onignoraitpresque l'exis tence de mada/oe Thuillier. Golleville, l'homme actif, charge d'enfants, étaii gros, gras, réjoui; tandis que Thuillier, It beau de l'Empire^ sans soucis apparents, oisif, d'une taille svelte, offrait aux regards une fignre blême et presque mélancolique- « Nous ne savons pas, disait Rabourdin en parlant de ces deux employés, si nos amitiés naissent plutôt des contrastes que des similitudes. »

Au contraire de ces deux frères siamois, Ghazelle et Paulmi^r étaient deux employés toujours en guerre; l'unfu*

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mait, rantre prisait, et ils se disputaient sans cesse â ^a praticpiait le meilleur mode d'absorber le tabac. Un défaut qui leur était commun et qui les rendait aussi ennuyeux l'on que l'autre aux employés, consistait à se qoereller à propoi des valeurs mobilières, du taux des petits pois, du prix des toaquereaux, des étoffes, des parapluies, des habits, «hapeaux, cannes et gants te leurs collègues. Ils vantaient k Tenvi Tun de Tautre fes nouvelles découvertes sans jamais y participer. Chazelle colligeait les prospectHs de librairie, les affiches à lithographies et à dessins; mais il ne souscrivait à rien. Paulmier, le collègue de Gfaazelle ea bavardage, passait son temps à dire que^ s'il avait telle ou telle fortune, il se donnerait bien telle ou telle chose. Un jour Paulnfier alla chez le fameux Dauriat pour le complimenter d'avoir amené la librairie à produire des livres satinés avec couvertures imprimées, l'engager à persévérer dans sa voie d'amélioraticHis, et Paulmier ne possédait pas un livre! Le ménage de Chazelle, tyrannisé par sa femme et voulant paraître indépendant, fournissait d'étemelles plaisanteries à Hulmiér; tandis que Paulmier, garçon, soirvent à jeun comme Tîmeux, offrait à Chazelle un texte fécond avec ses habits râpés et son indigence déguisée. Chazelle et Paulmier prenaient du ventre; celui de Chazelle, rond, petit, pointu, avait, suivant un mot de Bixiou, l'impertinence de toujours passer le premier; celui de Paulmier flottait de droite à gauche ; Bixiou le leur faisait mesurer environ une fois par trimestre. Tous deux ils étaient entre trente et quarante anç; tous deux, assez niais, ne faijsant rien en dehors du bureau, présentaient le type de l'employé pur sang, hébété par les paperasses, par l'habitation des bureaux. Chazelle s'endormait souvent en travaillant; et sa plume ^'il tenait toujours, marquait par de petits points ses aspirations. Paulmier attribuait alors ce sommeil à des exigences conjugale'i. En répoifôe à cette plaisanterie, Chazelle accusait Paulmier de boire de la tisane quatre mois de Tannée sur les douze et lui disait qu'il mourrait d'une grisette. Paulmier démontrait alors que Chazelle indiquait sur un almauftcH ^ jours où madame Chazdle le trouvait avnudile.

LES EMPLOYAS SSI

Ces ée\x% employés, è forée de layer leur Hnge sale en s'&postrophant à propos des plus menus détails de leur vie privée, avaient obtenu la déconsidération qn^ls méritaient. c lie prenez-vous pour un Chazelle? » élaA un mot qui servait à clore une discussion ennnyense.

Monsieur Poiret jeune, pour le distinguer de son frère, Poiret Talnë, retiré dans la maison Tauquer, où Poiret jeune 4dlait parfois d!ner, se proposant d'y finir également ses jours, avait trente ans de service. La nature n'est pas si invariable dans ses révolutions que le pauvre homme f étaii dans les ades de sa vie; il mettait toujours ses effets dans* le même endrœt, posait sa plume au même fil du bois, s'as» seyait à sa place à la même heure, se chauffait au poêle à la même minute, car sa seule vanité consistait à porter une montre infaillible, réglée d'ailleurs tous les jours sur l'Hôtel de Ville devant lequel il passait, demeurant rue du Martroi, De six heures à huit heures du matin, il tenait les livres^ d'une forte maison de nouveautés de la rue Saint- Antoine, el de six heures à huit heures du soir ceux de la maison Gamusot, rue des Bourdonnais. Il gagnait ainsi' mille écus, y compris les émoluments de sa place. Atteignant, à quelques mois près, le temps voulu pour avoir sa pension, il montrait une grande indifférence aux intrigues des bureaux. Semblable à son frère à qui sa retraite avait porté un coup lEUal, il baisserait sans doute beaucoup quand il n'aurait plus à venir de la rue du Martroi au ministère, à s'asseoir sur sa ^aise et à expédier. Chargé de faire la collection du journal auquel s'abonnait le bureau et celle du Moniteur^ il avait 1& fanatisme de cette collection. Si quelque employé perdait un Diiméro, l'emportait et ne le rapportait pab, Poiret jeune se faisait autoriser à sortir, se rendait immédiatement au bureau du journal, réclamait le numéro manquant et revenait eBthonsiasmé de la politesse du caissier. Il avait toujours eu affaire à un charmant garçon ; et, selon lui, les journalistes élaieni décidément des gens aimables et peu connus. Homme de taille médiocre, Poiret avait des yeux à demi éteints, un r^ard faible et sans chaleur, une peau tannée, ridée, grise ée ton, parsemée de petits grains bleuâtres, un nez camard

<t une bouche rentrée où flânaient quelques dents gâtées. Aussi Tbuillier disait-il que Poiret avait beau se regarder dans un miroir, il ne se voyait pas dedans (de dents). Ses bras maigres et longs étaient terminés par d'énormes mains sans aucune blancheur. Ses chevcux gris, collés par la presâon de son chapeau, lui donnaient Tair d*un ecclésiastique, ressemblance peu flatiisuse pour lui, car il baissai* les prêtres et le clergé, sans pouvoir expliquer ses opinions religieuses. Cette antipathie ne Fempêchait pas d'être extrêmement atta* ché au gouvernement quel qu'il fût. Il ne boutonnait jamais sa vieille redingote verdâtre, même par les froids les pins violents ; il ne portait que des souliers à cordons, et un pantalon noir. D se fournissait dans les mêmes maisons depuis trente ans. Quand son tailleur mourut, il demanda un congé pour aller à son enterrement, et serra la main au fils sur la fosse du père en lui assurant sa pratique. L'ami de tous ses fournisseurs, il s'informait de leurs affaires, causait avec eux, écoutait leurs doléances et les payait comptant. S'il écrivait à quelqu'un de ces messieurs pour ordonner un changement dans sa commande, il observât les formules les plus polies, mettait Monsieur en vedette, datait et faisait un brouillon de la lettre qu'il gardait dans un carton étiqueté : Ma corres^ pondance. Aucune vie n'était plus en règle. Poiret possédait tous ses mémoires acquittés, toutes ses quittancés même minimes et ses livres de dépense annuelle enveloppés dans des chemises et par années, depuis son entrée au ministère. Il dînait au même restaurant, à la même place, par abonnement, au Veau qui tette, place du Ghâtelet ; les garçons lui gardaient sa place. Ne donnant pas au Cocon d'or^ la fameuse maison de soierie, cinq minutes au delà du temps dû, à huit heures et demie il arrivait au café David, le plus célèbre du quartier, et y restait jusqu'à onze heures; il y venait, comme au Veau qui teite^ depuis trente ans, et prenait vue bavaroise à dix heures et demie- Il y écoutait let discussions politiques, les bras croisés sur sa canne, et k menton dans sa main droite, sans jamais y participer. Lt dame du comptoir, seule femme à laquelle il parlât avec plaisir, était la confidente des petits accidents de sa vie, car

il possédait sa place à la table située près du comptoir. D jouait au domino, seul jeu qu'il eût compris. Quand ses partenaires ne venaient pas, on le trouvait quelquefois endormi, le dos appuyé sur la boiserie, et tenant un journal dont la planchette > jposait sur le marbre de sa table. Il s'intéressait à tout ce qui se faisait dans Paris, et consacrait le dimanche à surveiller les constructions nouvelles. Il questionnait Finvalide chargé d'empêcher le public d'entrer dans Tenceint^ en planches, et s'inquiétait des retards qu'éprouvaient les b&tisscs, du manque de matériaux ou d'argent, des difficultés que rencontrait l'architecte. On lui entendait dire : a J'ai yu sortir le Louvre de ses décombres, j'ai vu naître la place du Châtelet, lu quai aux Eleurs, les marchés! » Lui et son frère, nos à Troyes d'un commis des fermes, avaient été envoyés à Paris étudier dans les bureaux. Leur mère se fit remarquer par une inconduite désastreuse, car les deux frères eurent le chagrin d'apprendre sa mort à l'hôpital de Troyes, nonobstant de nombreux envois de fonds. Non-seulement tous deux jurèrent alors de ne jamais se marier, mais ils prirent les enfants en horreur ; mal à leur aise auprès d'eux, ils les craignaient comme on peut craindre les fous, et les examinaient d'un œil hagard. L'un et l'autre, ils avaient été écrasés de besogne sous Robert Lindet. L'administration ne fut pas juste alors envers eux, mais ils se regardaient comme heureux d'avoir conservé leurs têtes, et ne se plaignaient qu'entre eux de cette ingratitude, car ils avaient organisé le maximum. Quand on joua le tour à Phellion de faire réformer sa fameuse phrase par Rabourdin, Poirel prit Phellion à part dans le corridor eu sortante! lui dit : « Croyez bien, monsieur, que je me suis opposé de tout mon pouvoir à ce qui a eu lieu. » Depuis son arrivée à Paris, il n'était jamais sorti de la ville. Dès ce temps, il avait commencé un journal de sa vie où il marquait les événements saillants de ^a journée; du Bruellui apprit • que lord Byron faisait ainsi. Cette similitude combla Poiref de joie, et l'engagea à acheter les œuvres de lord Byron, traduction de Chastopalli, à laquelle il ne comprit rien df lout. On le surprenait souvent au bureau dans une pose mé< lancolique, il avait l'air de penser profondément et n« son*

224 8GÈNE8 DE LA VIE PARISIENNr

geait à rien, fi ue connaissait pas un seul des lœataîret de sa maison, et gardait sur lai la clef de son domicile. Au jour de Fan, il portait lui-même ses cartes chez tous les «mployét de la division, et ne faisait jamais de visites. Bixiwi s'avisa, par un Jour de canicule, de graisser de saindoux rintérieiir d'un vieux chapeau que Poiret jeune (il avait ciuifuante^eai ans) ménageait iepuis neuf années. Bixiou, qui n'avait jamais vu que ce ehapeau-là sur la tête de Poiret, en rêvait, il le voyait en mangeant; il avait résolu, dans Tintérêtde ses digestions, de débarrasser les bureaux de cet immonde chapeau. Poiret jeune sortit vers quatre heures. En s'avaoçant dans les rues de Paris, où les rayons du soleil réfléchis par les pavés et les murailles produisent des chaleurs trofncales, il sentit 8& ]ête inondée, lui qui suait rarement. S'ep- Umant dès lers malade ou sur le point de le devenir^ au lieu d'aller au Veau qui tetie, il rentra chez lui, tira de son secrétaise le journal de sa vie, et consigna le fait de la manière suivante :

Aujourd'hui, 3 juillet 4823, surpris par une sueur étrange et annonçani peut-être la suette, maladie particulière à la Champagne y je me dispose à consulter le docteur Haudry^ Uinvasion du mal a commencé à la hauteur du fuai de l'École.

Tout à coup, éumt sans chapeau, il reconnut que la prétendue sueur avait une cause indépendante de sa personne. B s'essaya la figure^ examina le chapeau, ne put rien découvrir, car il n'osa découdre la coifife. Il nota donc ceci sor son journal:

Porté le cliapeau chez le sieur Tournan, chapelier ne Saint- Martin, vu que je soupçonne une autre cause à cetU ^Ur^qui ne. serait pas alors une si^ur^ muts bien l'effet d'une addition' quelconque nouvellement ou anciennement faite au chapeau^

Monsieur Touman notifia sur-le-champ à sa pratique la présence d'un corps gras obtenu par la distillation d'un pore ou d'une truie. Le lendemain Poiret vint avec un chapeau prêté par monsieur Touman en attardant le neuf; mais il

ne s'était pas couché sans ajouter cette phrase à son journal : Il est avéré que mon chapeau contenait du saindoux ou graisse de porc. Ce fait inexplicable occupa pendant plus de quinze jours Fintelligence de Poiret , qui ne sut jamais comment ce phénomène avait pu se produire. On l'entreint au bureau des pluies de crapauds et autres aventures odniculairea^ de la tète de Napoléon trouvée dans une racine d'ormeau, de mille bizarreries d'histoire naturelle. Yimeux ki dit qu'un jour son chapeau, à lui Yimeux, avait déteint en noir sur son visage, et que les chapeliers vendaient des drogues. Poiret alla plusieurs fois chez le sieur Tournan, afin de s'assurer de ses procédés de fabrication.

Il y avait encore chez Rabourdin un employé qui faisait Thomme courageux, professait les opinions du centre gauche et s'insurgeait contre les tyrannies de Baudoyer pour le compte des malheureux esclaves de ce bureau. Ce garçon, nommé Fleury, s'abonnait hardiment à une feuille de l'opposition, portait un chapeau gris à grands bords, des bandes rouges à ses pantalons bleus, un gilet bleu à boutons dorés, et une redingote qui croisait sur la poitrine comme celle d'un maréchal des logis de gendarmerie. Quoique inébranlable dans ses principes, il restait néanmoins employé dans les bureaux ; mais il y prédisait un fatal avenir au gouvernement s'il persistait à donner dans la religion. Il avouait ses sympathies pour Napoléon, depuis que la mort du grand homme faisait tomber en désuétude les lois contre les partisans de l'usurpateur. Fleury, ex-capitaine dans un régiment de la ligne sous l'empereur, grand, beau brun, était contrôleur au Cirque-Olympique. Bixiou ne s'était jamais permis de charge sur Fleury, car ce rude troupier, qui tirait très-bien le pistolet, fort à l'escrime, paraissait capable dans l'occasion de se livrer à de grandes brutalités» Passionné souscripteur des Victoires et Vonquétes, Fleury refusait de payer, tout en gardant les livraisons, sefondant sur ce qu'elles dépassaient le nombre promis par le prospectus. U adorait monsieur Aabourdin, qui l'avait empêché d'être destitué. B lui était échappé de dire que, si jamais il arrivait malheor à, monsieur Bal)ourdin par le fait de quelqu'un, il tuemit co

SS6 SCÈNES DE LA ^lE PARISIENNE j

ipielqu'un J>utocq caressait bassemeui Pleury , tant il le red<«* ttit. Fleury , cnb]é de dettes, jouait inille tours à seseréancienL Expert en légi^ation, il ne signait point de lettres de eliaage, d a^ait lui-même mis sur son traitemem des oppositions aoof te nom de créancier» -«supposés, en s-^r*! qu'il le touchait peeeque en entier. Lié très-iaUmemeut avec une corapane de la Porie-Saint-Mardn, chez laquelle étaient ses BBcoMgi^ il jouait heureusement Técarté, faisait le charme îles réi* Bioas par ses talents ; il buvait un verre de via de Chaspagne d'un seul coup .sans mouiller ses lèvres , et ssfut toutes les chansons de Béranger par cœur. U se nontnit fier de sa v<^x pleine et sonore. Ses trois grands homma étaient Napoléon, Bolivar et Béranger. Foy, Laffitte et Casimir X>elavigne n'avaient que son estime. Fleury , vous k devinez, homme du midi, .devait fmir par être éditeur respcmsable de quelque journal libéral .

Desroys, l'homn^ mystéiieux de la division, ne frspà tvec personne, causait peu, cachait si bien sa vie que Toi igmorait son domicile, ses protecteurs et ses moyens d'existence. En cherehaut des causes à ce silence, les uns faisaient de Desroys un carbonaro, les autres un orléaniste ; ceux-ci «n espion, ceux-là un homm profond. Desro3rs était tout uniment le ôls d'un conventionnel qui n'avait pas voté la mort. Froid et discret par tempérameq^ il avait jugé le monde et ne eomplsdt que sur lui-môme. Républicain en ao* eret, admirateur de Paul-Louis Courier, ami de MidMi Chrestien, il attendait du temps et de k raison puMiquele triomphe de ses opinions en Europe. Aussi r^vait-U la jenoe Allemagne et la jeune Italie. Son cœur s'enflait de oe stnpide amour collectif qu'il faut nommer Ykwntiniiarisme^ fils aîné de défunte philanthropie, et qui est à 1* divine charité catholique ce que I^ système est à l'art, le raisonnemenl substitué à l'œuvrf» Ce consciencieux puritain de la Uber^ eet ap6lre d'une impossible égalité, regrettait d'être foreé par la misère de servir le gouvememeiU, et faisait des démarches pour entier dans quelque adminisU-ation de mcsoageries. Long, sec, filandreux et grave comme un hooiBie fui te eroyait appelé à donner un jour sa tète pour le gnnd

LES EMPUaYiS 9S1

œuvre, il yiyait d'une page de Yolney, étudiait Samt4ii8t et s'occupait d'une réfaabilitalion de Robespierre, considéré comme le continuateur de Jésus^Ilhrist.

Le dernier de ces personnages qui n^rite un coup de &rayor est le petit La Billardièr^. Ayant, pour son malheur, perdu sa mère^ protégé par le ministre, exempt des rebuffades de la place Baudoyer, reçu dans tous les salons ministériels, il était bal de tout le nM>Bde à cause de son impertinence et de sa fatuité. Les chefs se montraient polis mec lui, mais les employés l'avaient mis en dehors de leur camaraderie par une politesse grotesque inventée pour lui» Bellâtre de vingt- deux ans, long et 0uet,ay2mt les manières d'un Anglais, insultant les bureaux par sa tenue de dandy, frisé, parfumé, coUeté, venant en gants jaunes, enchapeaia à coiffes toujours neuves, ayant un lorgnon, allant déjeuner ail Palais-Royal, étant d'une bêtise vernissée par des manières qui sentaient l'imitation. Benjamin de La Billardière se croyait joli garçon, et avait tous les vices de la haute société saiis en avoir les grâces. Sûr d'être fait qwlqm chose, il pensait à écrire un livre pour avoir la croix comme litt^ rateur et l'imputer à ses talents administratifs. Il cajolait d<Msic Bixiou dans le dessein de l'exploiter, mais sans avoir encore osé s'ouvrir à lui sur ce projet. Ce noble cœur attendait avec impatience la mort de son père pour succéder à uo titre de baron accordé récemment ; il mettait sur ses cartes le chevalier de La Billardière, el avait exposé dans son ca* binet ses armes encadrées {chef d*azur à trois étoiles, et deux épées en sautoir sur un fond de sable, avec cette devise : A TOUJOURS FIDÈLE I). Ayant la manie de s'entretenir de l'art héraidique, il avait demandé au jeune -vicomte de Portenduère pourquoi ses aimes étaient si chargées, et s'était attiré celte jolie réponse : « Je ne les ai pas fait faire. » Il parlait de son dévouement â la monarchie, et des bontés que la Daupbine avait pour lui. Très-bien avec des Lupeaulx, il déjeunait souvent avec lui, et le croyait non ami. Bixiou, posé comme son mentor, espérait débarrasser la division et la France de ce jeune fat en le Jetant dans la débaucbe, ol il «vouait hautement son projel.

Telles étaient les principales physionomies de la diviâot. La Billardière, où il se trouvait encore quelques autres em ployés dont les mœurs ou les figures se rapprochaient ci s'éloignaient plus ou moins de celles-ci. On rencontrai dans le bureau Baudoyêr des employés à firent chauye, fri* leux, bardés de flanelles, perchés à des cinquièmes étapes, y cultivant des fleurs, ayant des cannes d'épine^ de viem habits rftpés, le parapluie en permanence. Ces gens, qui tiennent le milieu entre les portiers heureux et les ouvriers gênés, trop loin des centres administratifs pour songer àna avancement quelconque, représentent les pions de Téchiquier bureaucratique. Heureux d'être de garde pour ne pas aller au bureau, capables de tout pour une gratification, leur existence est un problème pour ceux-là mêmes qui les emploient, et une accusation contre l'État, qui, certes, engendre ces misères en les acceptant. A Taspect de ces étranges physionomies, il est difficile de décider si ces mammifères à plumes se crétinisent à ce métier, ou s'ils ne font pas ce métier parce qu'ils sont un peu crétins de naissance. Peut-être la part est-elle égale ^tre la nature et le gouvernement. « Les villageois, a dit un inconnu, subissent sans » s'en rendre compte, Taction des circonstances atmosphé-

> riques et des faits extérieurs. Identifiés en quelque sorte » avec la nature au milieu de laquelle ils vivent, ils se pé- » nètrent insensiblement des idées et des sentiments qu'elle » éveille et les reproduisent dans leurs actions et sur leur » physionomie, selon leur organisation et leur caractère in-

> dividuel. Moulés ainsi et façonnés de longue main sur les » objets qui 'es entourent sans cesse, ils sont le livre le » plus intéressant et le plus vrai pour quiconque se sent a^ » tiré vers cette partie de la physiologie, si peu connue et si » féconde, qui explique les rapports de l'être moral avec les » agents extérieurs de la nature. Or, la nature, pour l'employé, c'est les bureaux ; son horizon est de toutes partsbomé pardes cartons verts ; pour lui, les circonstances atmosphériques, c'est l'air des corridors, les exhalaisons masculines contenues dans des chambres sans ventilateurs, la senteur desiMh "^rs et des plumes i son terroir est un carreau, ou im

parquet ëmaillé de débris singuliers, humecté par Tarro- •oir du garçon de bureau ; son ciel est un plafond auquel il adresse ses bâillements, et son élément est la poussière. L'observation sur les villageois tombe à plomb sur les employés identifiés avec la nature au milieu de laquelle ils vivent. Si plusieurs médecins distingués redoutent Tinfluence de cette nature, à la fois sauvage et civilisée, sur l'être moral contenu dans ces affreux compartiments, nommés bureaux, où le soleP pénètre peu, où la pensée est bornée en des occupations semblables à celle des c>?e* vaux qui tournent un manège, qui bâillent horriblement et meurent promptement; Rabourdin avait donc profondément raison en raréfiant les employés, en demandant pour eux et de forts appointements et d'immenses travaux. On ne s'ennuie jamais à faire de grandes choses. Or, tels qu'ils sont constitués, les bureaux, sur les neufs heures que leurs employés doivent à l'État, en perdent quatre en conversations, comme on va Icvoir, en narrés, en disputes, et surtout en intrigues. Aussi faut-il avoir hanté les bureaux pour reconnaître à quel point la vie rapetissée y ressemble à celle des collèges; mais partout où les hommes vivent collectivement, cette similitude est frappante; au régiment, dans les tribunaux, vous retrouvez le collège plus ou moins agrandi. Tous ces employés, réunis pendant leurs séances de huit heures dans les bureaux, y voyaient une espèce de classe où il y avait des devoirs à faire, où les chefe remplaçaient les préfets d'études, où les gratifications étaient comme des prix de bonne conduite donnés à des protégés, où l'on se moquait les uns des autres, où Ton se haïssait et où il existait néanmoins une sorte de camaraderie, mais déjà plut froide que celle du régiment, qui elle-même est moins forte que celle des collèges. A mesure que l'homme s'avance dans la vie, l'égoïsme «e développe et relâche les liens secondaires en s^ection. Enfin, les bureaux, n'est-ce pas le monde en petit, avec ses bizarreries, ses amitiés, ses haines, son envie et sa cupidité, son mouvement de marche quand même! ses frivoles discours qui font tant de plaies, et son espionnage incessant?

En te moment, la division de monsieur le baron de La Billardière était en proie à uBe agitation extraordinaire bien lustiôée par révéncment qui allait sV accomplir, car les chefs de division ne ineurent pas tous les jours, et il n*y t pas de tontine où les probabilités de vie et de mort se ôdculent avec plus de sagacité que dans las bureaux. L'intérél y étouffe toute pitié, comme chex les e»^ants; mais les employés ont rhypocrisie de plus.

Vers huit heures, les emp.oyés du bm'eau Baudoyer arriment à leur poste, tandis qu'à neul heures ceux de Et» bourdin commençaient à peine à se mcmtrer, ce qm vtem^ péchait pas d'exfédier la besogne beaucoup plus rapidement chez Rabeurdin qne chez Baudoyer. Duiocq avait de graves raisons pour être venu de si bonne heure. Entré furtivement la veille dans le cabinet où travaillait Sébastien, il l'avait suipris copiant un travail pour Rabourdm : il s'était caché, el avait vu sortir Sébastien sans papiers. Sur alors de tronver cette minute assez volumineuse et la copie cachées en un endroit quelconque, en fouillant to«s les cartons l'nB après l'autre, il avait fini par trouver ce terrible état. Il sTétait empressé d'aller chez le (Mrecteur d'un établissement autograpliique faire tirer deux exemplaires de ce travail an moyen d'une presse à copier, et possédait ain» récriture même de Rabourdin. Pour ne pas évdller le soupçon, U l'était h&té de replacer la minute dans le carton, en se rett' dant le premier au bureau. Retenu jusqu'à minuit rue Dopbot, Sébastien fut, malgré sa diligence, devancé par là haine. La haine demeurait me Saint-Louis-Saint-Honoré, tandis que le dévouement demeurait rue du Roi-Doré an Marais. Ce simple retard pesa sur toute la vie de Rabourdin. Sébastien, pressé d'ouvrir le carton, y trouva sa copie inachevée, la minute en ordre, et les sena dans la caisse de son chef. Vers la ^n de décembre, il fait souvent peu clair le malin (kns les bureaux, il en est même plusieurs où Ton gardait des lampes jusqu'à dix heures. Sébastien ne put donc remarquer la pression de la pierre sur le papier. Mais quand, à neuf heures et demie Rabourdin examina sa minute, il aperçut d'autant mieux l'effet produit par les pro-

lES EMPLOYÉS ^ t3t

flédés de l'autographie, qu'il s'en était beaucoup occupé poiM vârîfier si les presses autographicpies remplaceraient k» «qpéditionnaires. Le chef de bureau s'assit dan» son fau-. teuily prit ses pinoectes et se mit à arranger méthodiquement son feu, tant il fut absorbé par ses réflexions; puis, curieux de savoir entre les mains de «pn se trouvait son secret, â manda Sc^bastien.

— Quelqu'un est venu arvant vous au bureau? lui de- Boanda-i-il.

— Oui, dit Sébaideo, monsieur Dutocq.

— Bien, il est exact. Envoyez-moi Antoine.

Trop grand pour affliger inutilement Sébastien en lui refNTOChant un malheur consommé, Rabourdin ne lui dit pa? autre chose. Antoine vint. Rabourdin lui demanda si la veille Âl n'était pas resté quelques employés après quatre heures ; lo garçon de bureau lui uomma Dutocq comme ayant trawllé plus tard que monsieur de La Roche. Rabourdin congédia le f^çOB par un signe de tète, et reprit le cours de ses réâexioos.

— A deux fois j'sd eiB|»ôehé sa destitution, se dit-il, voilà ma récompense.

Cette matinée devait être pour le chef de bureau comme le moment solennel où les grands capitaines décident d'une balaille en pesant toutes les dianoes. Connaissant mknx que persofioe l'esprit des bureaux, il savait qu'on n'y pardonne pfts plus là qu'on ne le pardonne au collège, au bagne, on à l'armée, œcpii ressemble à la déiadoo, à l'espionnage. Un homme capable de fournir des noies sur ses camarades est honni, perdu vilipendé ; les ministres abandonnent en ce eas lairs propres instruments. Un employé doit alors donaer sa démissfeon et quitter Paris, son hoixieur est à jamais lâché; les explications sont inutiles, personne n'en demande Bi n'en vent écoi^er. . « ce jeu, un ministre est un grand tomme, il est censé cbossir les hommes; mais un simple employé pa>se pour un espion, qnels que soient ses motifs* Tout en mesurant le vide de ces sottises, Rabourdin les savait immenses et s'en voyak accablé. Plus surpris qu'atterré, il ch'^rcha la meilleure conduite à tenir dans cette

drconstance, et resta donc étranger au mouvement des bureaux mis en émoi par la mort de monsieur de La Billardière ; il ne Tapprit que par le petit de La Brière, qui savait apprécier l'immense valeur du chef de bureau.

Or donc, dans le bureau des Baudoyer (on disait les Baudoyer, les Rabourdin), vers dix heures, Bixiou racontait les derniers moments du directeur de la division à Minard, à Desroys, à monsieur Godard qu'il avait fait sortir de ses cabinet, à Dutocq accouru chez les Baudoyer par un doubl( moiif. Golleville et Ghazelle manquaient.

BIXIOU, debout devant le poêle, à la bouche duquel il présente alternativement /« semelîe de chaque botte pour la sécher.

Ce matin, à sept heures et demie, je suis allé savoir des nouvelles de notre digne et respectable directeur, chevalier du Christ, etc., etc. Eh I mon Dieu, oui, messieurs, le ba- Fon était encore hier vingt etcœtera;mms aujourd'hui il n'est plus rien, pas même employé. J'ai demandé les détails de sa nuit. Sa garde, qui se rend et ne meurt pas, m'a dit que, le matin dès cinq heures, il s'était inquiété de la famille Foyale. Il s'était fait lire les noms de ceux d'entre nous qui venaient savoir de ses nouvelles. Enfin, il avait dit : c Emplissez ma tabatière, donnez-moi le journal, apportez-moi mes besicles ; ch9:3gez mon ruban de la Légion d^honneur, il est bien sale. » Vous le savez, il porte ses ordres au lit. U avait donc toute sa connaissance, toute sa tête, toutes ses idées habituelles. Mais, bah 1 dix minutes après, l'eau avait g^gQ^) g^n^) gSLgné le cœur, gagné la poitrine; il s'était senti mourir en sentant les kystes crever. En ce moment fatal, il a prouvé combien il avait la tête forte et combien était vaste son intelligence t Ahl nous ne l'avons pas apprécié, nous autres! Nous nous moquions de lui, nous le regardons comme une ganache, tout ce qu'il y a de plus ganache, n'est-ce pas, monsieur Godard?

GODARD

Moi, j'estimais les talents de monsieur de La Billardièra mieux que qui que ce soiU

BIXIOU

Vous vous compreniez I

GODARD

Enfin, ce n'était pas un méchant ho &it de mal à personne.

BIXIOU

Pour faire le mal, il faut faire que âdsait rien. Si ce n'est pas vous qui Ta Acapable, c'est donc Minard?

MINARD^ en haussant les i Moil

BIXIOU

Hé bien, vous, Dutocq? (Dutocq fait dénégation.) Boni allons, personnel II é tout le monde ici pour une tète herc vous aviez raison; il a fini en hommi de tête, enfin comme un grand homme

DESROYS, impatient Mon Dieu, qu'a-t-il fait de si grand?

BIXIOU

Oui, monsieur, et il a voulu rcce ments. Mais pour les recevoir, savezest pris? il a mis ses habits de gentilh chambre, tous ses ordres, enfin il s'est a serré sa queue (pauvre queue) dans je dis qu'il n'y a qu'un homme de be qui puisse se faire faire la queue au m< nous voilà huit ici, il n'y en a pas un s ferait faire. Ce n'est pas tout, il a dit, ( mourant tous les hommes célèbres fc (mot anglais qui signifie tartine parle\ Gomment a-t-il dit cela ? Ah . Je dois recevoir le Roi du ciel, moi qui me iui mon quarante et un pour aller ches le comment a fini monsieur de La Billard

t34 SCÈNES DE La TIE PARISIENNE

de justifier ce mot de Pythagore : « On ne connaît bien les hommes qu'après leur mort. »

COLLEVILLE, entrant.

Enfin, messieurs, je vous annonce une fameuse nouvelle...

TOUS

Nous la savons.

COLLEVILLE

Je vous en défie bien, de la savoir! J*y suis depuis l'avé- B^nent de Sa Majesté aux trônes cellectifs de France et de Navarre. Je Tai achevé cette nuit avec tant de peine, qae madame GoUeviUe me demandait ce que j'avais à me tant tracasser.

DUTOCQ

Croyez-vous qu'on ait le temps de s'occuper de vos anagrammes quand le respectable monsieur de La Billardière vient d'expirer?...

COLLEVILLE

Je reconnais mon Bixiou ! je viens de chez monsieur La Billardière, il vivait encore ; mais on l'attend à passer... ( Godard comprend la charge et s'en va mécontent dans son cabinet,) Messieurs, vous ne devineriez jamais les événements que suppose Tanagrarame de cette phrase sacramentale (i7 montre un papier) : Charles dix, par la grâce de Bitu, roi de France et de Navarre.

GODARD, reverumL

Dites-le tout de suiie, et n'amuses pas ces messieuck GOLLEViLLB, triomphant et développant la parUe cachée de sa femlk de papier.

AH. V. il cédera De S. C. 1. d. partira. En nauf errera.

Decede à Gorix,

Toutes les lettres y sont 1 (// répète.) A Henri cinq eêëerL (sa couronne), de Satnt-Oloud partira : en naut (esquif, vaisseau, felouque, corvette, tout oe que vous vMidNB, cfest un vieux mot français) eirera...

LES EMPLaYftf f3&

DCTOGQ

Qael tissu d'absurdités t Comment Toulez-youf que le rai cède la couronne à Henri ?, qui dans votre hypothèse serait son petit-fils, quand il y a monseigneur le Dauphia î Vous prophétisez déjà la mort du Dauphin.

Bixiou.

Qu'est-ce que Gorix? un nom de chat.

COLLEVILLE, piqué.

L'abréviation lapidaire d'un nom de ville, mon cher amî, je Tai cherché dans Malte-Brun : Goritz, en latin Gorixia, situé en Èohôme ou Hongrie, enfin en Autriche... BIXIOD.

Tyrol, provinces basques, ou Amérique du Sud. Vous 9x^ riez dû chercher aussi un air pour jouer cela sur la clari" nette.

GODARD^ levant les épaules et s'en allarUm Quelles bêtises 1

COLLEVaLE.

Bêtises! bêtises! je voudrais bien que vous vous donnasnez la petne d'étudier le fatalisme, religion de Tempereur Napotécm.

GODARD^ piqué du ton de Colleville,

Monâeur Colleville, Bonaparte peut être dit empereur par les historiens, mais on ne doit pas le reconnaître en cette qualité dans les bureaux.

BIXIOU^ souriant.

Cherchez cet anagramme-là, mon cher ami! Tenez, en fait d'anagrammes, j'aime mieux votre femme, c'est plus facile à retourner. (A voix basse.) Flavie devrait bien vous faire faire, à ses moments perdus, chef de bureau, ne fût-ce que pour vous soustraire aux sottises d'un Got^d!... DUTOCQ, fxppuyant Godard.

Si ce n'était pas des bêtises, vous perdriez votre place» «ar vous prophétisez des événements peu agréables au roi; iout bon royaliste doit présumer qu'il a eu assez de deux séjoun à l'étranger.

COLLEYILLE.

Si Ton m'était ma place, François Keller secouerait drôlement votre ministre. {Silence profond.) Sachez, maître Dutocq, que tous les anagrammes connus ont été accomplis. Tenez, vous 1... Eh bien, ne vous mariez pas: on trouve coqu dans votre nom I

BIXIOU

D, t, reste alors pour détestable»

DUTOCQ, sans paraître fâché.

J'aime mieux que ce ne soit que dans mon nonu

PAULMIER, tout bas à Desroys.

Attrape, mous GoUevilIe.

DUTOCQ, à Collefjille. Avez-vous fait celui de : Xavier Rabourdin, chef de bih reau?

COLLEVILLB.

Parbleu!

BIXIOU, taillant sa plumem Qu'avez «vous trouvé?

COLLEVILLE

n fait ceci : D'abord rêva bureaux^ E^u... Saisissez-vous bien?... et il eut! E~u fin riclie. Ce qui signifie qu'après avoir commencé dans Tadministration, il la plantera là, pour faire fortune ailleurs. (Il répète.) D'abord rêva bureauXf E'U fin riche.

DUTOCQ

G*est au moins singulier.

BIXIOU

Et Isidore Baudoyer?

COLLEVILLE, ovec mystère.

Je ne voudrais pas le dire à d'autres qu'à Thuiliier,

BIXIOU

Gage un déjeuner que je vous le dis.

COLLEVILLE

Je le paye, si vous le trouvez*

BIXIOU

Vous me régalerez donc ; mais n'en soyez pas f&cfaé :

LES EMPLOYAS 237

itux artistes comme nous s'amuseront à mortl... Isidorr Baudoyer donne Ris d'aboyeur d'oie!

COLLEYILLE, frappé d*étonnement* Tous me Favez volé,

BIXIOU, cérémonieusemenU Monsieur de Colleville, faites-moi Thonneur de me croire flftsez riche en niaiseries pour ne pas dérober celles de mon prochain.

BAUDOYER, entrant un dossier à la main.

Messieurs, je vous en prie, parlez encore un peu plus haut, vous mettez le bureau en très-bon renom auprès des administrateurs> Le digne monsieur Glergeot, qui m'a fait l'honneur de venir me demander un renseignement, entendait vos propos. [Il passe chez monsieur Godard,) BlxioUy à voix basse.

L'aboyeur est bien doux ce matin, nous aurons un changement dans l'atmosphère.

DUTOCQ, bas à Bixiou, J'ai quelque chose à vous dire.

BIXIOU, tâtant le gilet de Dutocq.

Vous avez un joli gilet qui sans doute ne vous coûte presque rien. Est-ce là le secret?

DUTOCQ

Gomment, pour rien I je n*ai jamds rien payé de si cher. Gela vaut six francs Faune au grand magasin de la rue de la Paix, une belle étoffe mate qui va bien en grand deuil*

- BIXlOU.

Vous vous connaissez en gravures, mais vous ignorez les lois de l'étiquette. On ne peut pas être universel. La soie n'est pas admise dans le grand deuil. Aussi n'ai-je que de la laine. Monsieur Rabourdin, monsieur Glergeot, le ministre sont tout laine ; le faubourg Saint-Germain tout laine. Il n'y a que Minard qui ne porte pas de laine, il a peur d'être pris pour un mouton, nommé laniger en latin de bucolique; il s'est dispensé, sous ce prétexte, de se mettre en deuil de Louis XVIU, grand législateur, auteur de la chart

et homme d'esprit, un roi qui tiendra bien sa pkee dam rhistoire, comme il la teaail sur le Irâne, comme il ht tenait bien partout ; carsavez-vous le plus beau tfait de sa vie? non. £h bien, à sa seconde rentrée, en recevant tous lea fiûii*orains alliés, il a passé le premier en allant à table* PAULMIER, regardant Duiocq, Je ne vois pas...

DUTOCQ, regardant Paulmier.

Ni moi non plus.

3IXI0U.

Vous ne comprenez pas? £h bien, il ne se regardait pas eomme chei lui. C'était spirituel, grand et épigrammatique. Les souverains n'ont pas plus compris que vous, môme en se cotisant pour comprendre ; il est vrai qu'ils étaient presque tous étrangers...

(Baudoyer^ pendant cette conversation, est au coin de la cheminée dans le cabinet de son sous-chef, et tous deux ils parlent à voix basse.)

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