‹ Grandeur et décadence de César BerotteauChapitre 11 sur 23 · BAUDOYER · texte numérisé non relu

BAUDOYER

Oui, le digne homme expire. Les deux ministres y sont pour recevoir son dernier soupir, mon beau-père vient d'être averti de l'événement. Si vous voulez me rendre un signalé service, vous prendrez un cabriolet et vous irez prévenir madame Baudoyer^ car monsieur Saillard ne peut quitter sa caisse, et moi je n'ose laisser le bureau seul. Afettez-vous à sa disposition : elle a, je crois, ses vues, et pourrait voul(Hr faire faire simultanément quelques démarches. {Les deux foncti<,nnaires sortent ensemble.) GODARD.

Konsieur Bixiou, je quitte le bureau pour la journée ainsi remplacez-moi.

fiAUDOYER, à Bixiùu d'un air bénm.

Tous mr ocmsulterez, s'il y avait lieu*

BIXIOCJ.

Pour le coup, La Billardière est mortl

DUTOCQ, i ï&reilk de Bixiou.

Tenez un peu dehors me reconduire. {Bixiau 9t Duiœq

IrES EMPLOYÉS 239

§(nient dam le corridor et se regardent comme deux «»-

gures.)

DUTOCQ, parlmt duns Voreille de Bixiou.

Écoutez. Voici le moment de nous entendre pour ayancer. Que diriez-vous, si nous devenions vous chef et moi jwus-chef?

BIXïOU^ haussant les épaules* Allons, pas de farces !

DUTOCQ

Si Baudoyer était nommé, Rabourdin ne resterait pas, i] donnerait sa démission. Entre nous, Baudoyer est si incapable que si du Bruel et vous, vous ne voulez pas l'aider^ dans deux mois, il sera renvoyé. Si je sais compter, nous aurons devant nous trois places vides.

BIXIOU

Trois places qui nous passeront sous le nez, et qui seront données à des ventrus, à des laquais, à des espions, à des hommes de la congrégation, à Colleville dont la femme a fini par où finissent les jolies femmes... parla dévotion...

DUTOCQ

A vous, mon cher, si vous voulez une fois dans voire vie employer votre esprit logiquement. (// s'arrête comme pour étudier sur la figure de Bixieu l'effet de son adverbe.) Jouons ensemble cartes sur table.

BIXIOU, impassible.

Voyons votre jeu,

DUTOCQ

Moi, je ne veux pas être autre chose que sous-chef; je me connais, je sais que je n'ai pas, comme vous, les moyens d'être chef. Du Bruel peut devenir directeur, vous serez son c'aef de bureau, il vous laissera sa place quand il aura fait sa pelote, et moi je bouiotterai, protégé par vous, jusqu'à ma retraite.

BIXIOU

Finaud 1 mais par quels moyens comptez- vous mener 4 bien une entreprise où il s'agit de forcer la main au mi-

2i0 SCÈNES DE LA TIE PARISIENNE

nistre, et d'expectorer un homme de talent? Entre nous, Rabourdin est le seul homme capable de la division, et peut-être du ministère. Or, il s'agit de mettre à sa place le earré de la sottise, le cobe de la niaiserie, ia place Bauioyer.

DUTOGQ, 9t rengorgeant.

Mon cher, je puis soulever contre Rabourdin tous les bureaux! Vous savez combien Flcury l'aime? eh bien, Fleury le méprisera.

BIXIOU

Être méprisé par Fleury !

DUTOCQ

n ne restera personne au Rabourdin ; les empioyés en masse iront se plaindre de lui au ministre, et ce ne sera pas seulement notre division, mais la division Glergeot, la division Bois-Levant et les autres ministères.. .

BIXIOU

C'est cela I cavalerie, infanterie, artillerie et le corps des marins de la garde, en avant 1 Vous délirez, mon cher! E' moi, qu'ai-je à faire là dedans ?

DUTOCQ

Une caricature mordante, un dessin à tuer un hoinm%

BIXIOU

Lepayerez-vous?

DUTOCQ

Cent francs»

BIXIOU, en lui-même.

y a quelque chose.

DUTOCQ, continuant.

Il faudrait représenter Rabourdin habillé en boucher, mais bien ressemblant, chercher des analogies entre un bureau et une cuisine^ lui mettre à la main un tranchelard, peindre les principaux employés des ministères en volailles, les encager dans une immense souricière sur laquelle on écrirait : Exécutions administratives, et il serait censé leur couper le cou un à un. Il y aurait des oies, des canards à tètes conformées comme les nOtres, des portraits ngues.

LES EMPLOYÉS 9il

70118 eomprene^ ! il tieûdrait un volatiie à b mtls, Baudoyer, par exemple, fait en dindon.

BIXIOU

Ris d'aboyeur d'oie ! (Jl a regardé pendant longiemptD^ tocq.) Vous avez trouvé cela, vous?

DUTOGQ.

Oui, moi»

BIXIOU, se parlant à lui-ménti.

Les sentiments violents conduiraient-ils donc an même but que le talent I (A Dutocq.) Mon cher, je ferai cela... (Duiocq laisse échapper un mouvement de joie) quand (point d'orgue) je saurai sur quoi m'appuyer; car, si vous ne réussissez pas, je perds ma place, et il faut que je vive. Vous êtes encore singulièrement bon enfant, mon <àier collègue f DUTOCQ.

Et bien, ne faites la litograpfaie que quand le succès voua sera démontré. .•

BIXIOU

Pourquoi ne videï-vous pas votre sac tout de sttitet

DUTOCQ

Il faut auparavant aller flairer l'air du bureau, nousrepai^ lerons de cela tantôt (// s'en va.)

BIXIOU, seul dans le corridor.

Cette raie au beurre noir, car il ressemble plus à un pois- BOB qu'à un oiseau, ee Dutocq a eu là une bonne idée, je ne sais pas où il Ta prise. Si la place Baudoyer succède à La Billardière, ce serait drôle, mieux que drôle, nous y gagnerions ! (// rentre dans le bureau,) Messieurs, il va y avoir de fameux changements, le papa La Billardière est décidé* ment mort. Sans blague î parole d^honneur f ^oilà Godard eu course pour notre respectable chef Baudoyer, successeur présumé du défunt. (Minard, Desroys, Collevilie lèvent Im téie avec étonnement, tous posent leurs ptumes, Colleville $e numche.) Nous allons avancer, nous autres! Colleville sera sous-chef au moins, Minard sera peut-être commis principal, et pourquoi m le serait-il pas! il est aussi bête que moi. Heint llinard, sivousétiezàdeuxoùUe diiqcents, votre pettlefrawÀS

serait joliment contente et vous pourriez vous acheter des bottes.

GOLLEYILLE.

Mais VOUS ne les avez pas encore, deux mille dnq

cents.

BIXIOU

Monsieur Dutocq les a chez les Rabourdin , pourquoi ne les aurais-je pas cette année? Monsieur Baudoyer tes a eus.

CQLLEVlLLE.

Par l'influence de monsieur Saillard. Aucun commis principal ne les a dans la division Glergeot.

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