‹ Grandeur et décadence de César BerotteauChapitre 14 sur 23 · SÉBASTIEN · texte numérisé non relu

SÉBASTIEN

Je n'aime point à regarder ce que je ne saurais voîrJ PHELLION, encbanÉi. '^

Bien dît t jeune homme.

YIMEUX.

Vous faites bi^a atteatioa à madame pu

diable t une femme charmante.

FLEURT.

Bah! des formes maigres. Je Tai vue aux Tuîleriei; j'aime bien mieux PercilUée, k maltresse de ballet, la victime à Castaing.

iPHELLiON.

Haisqi/ade eonniim one actvioe avecUieomie éeliunemî

©UTOCQ.

Toutes deux jouent la comédie*

PLEURY, regardant Dutocq de travers.

Le physique n*a rien à faire avec le moral, et si vous 6D- Hdez par là que...

DUTOCQ* Moi, je n'entends rien...

PLEURY.

Celui de tous les employés qui sera fait chef de barem, oulez-vous le savoir?

TOUS

Dites I

C'est CoUeville.

Pourquoi?

FLRURY.

THUILLIER

PLEURY.

Madame Golleyllle a fini par prendre le plus court •• le chemin de la sacristie...

THUILLIER, sèchement.

Je suis trop Fami de Golleville pour ne pas vous prier, monsieur Fleury, de ne pas parler légèrement de m femme.

PHELLION

Jamais les femmes^ qui n'ont aucun moyen de défense, ne devraient être le sujet de nos conversations...

VIMEUX

D'autant plus que la jolie madame Golleville n'a pas youla recevoir Fleury, et qu'il la dénigre par vengeance.

PLEURY.

Elle n'a pas voulu me recevoir sur le même pied qne

Thuillier, mais j'y suis allé...

THUILLIER

Quand?... où?... sous ses fenêtres?...

Quoique Fleury fût redouté dans les bureaux pour si erànerie, il accepta silencieusement le dernier mot de Thuillier. Gette résignation, qui surprit les employés, avait pour cause un billet de deux cents francs, d'une signature asses i douteuse, que Thuillier devait présenter à mademoiselle

Thuillier, sa sœur. Après cette escarmouche, un profond silence s'établit. Chacun travailla de une heure à trois heures. Du Bruel ne revint pas.

Vers trois heures et demie, les apprêts du départ^ le brossage des chapeaux, le changement dep ^«^^'^^ «'nt^sra simultanément dans tous les bureaux du chère demi-heure, employée à de petits se abrège d'autant la séante. En ce moment chaudes s'attiédissent, l'odeur particulière vapore, le silence revient. À quatre heures que les véritables employés, ceux qui pren sérieux. Un ministre peut connaître les tr ministère en faisant une tournée à quatre espionnage qu'aucun de ces graves personna

A cette heure, dans les cours, quelques c pour se communiquer leurs idées sur l'évém née. Généralement, en s'en allant deux trois, on concluait en faveur de Rabourdii routiers comme monsieur Clergeot branlaiei Hdbent sua sidéra lites. Saillard et Baud< ment évités, car personne ne savait quelle au sujet de la mort de La Billardière, et cl que Baudoyer pouvait désirer la place, que pas due.

Quand le gendre et le beau-père se troi iaine distance du ministère, Saillard rom disant : — Gela va mal pour toi, mon pau

— Je ne comprends pas, répondit le c Elisabeth qui a employé Godard à avoir da port pour Falleix ; Godard m'a dit qu'elle de poste d'après l'avis de mon oncle Mitra Falleix est en route pour son pays.

— Sans doute une affaire de notre commi

— Notre commerce le plus pressé dans de songer à la place de monsieur de La B

Us se trouvaient alors à la hauteur du ¥ la rue Saint-Honoré. Dutocq les salua et le

— Monsieur, dit-il à Baudoyer, si je pu

m qûi»\q^ cbase daia les circonstances oà vous ^mm Ivm -«dt disposez de moi, car je ne ifou» sois pas B&eias dévoué que monsieur Godcffd.

— Une semblahle dénurche est an moins consolante^ dit Bendoyer^ on a Festime de» honnêtes fgas.

-- et Toascbignez employer votre inânenoe pour aie plt» eet auprès de tous comme son»-dief es pnn»l Binou pev T«tre ehel» vous jCeries la fiortnne de dlœx honnies cqudte 4e tout pour votre élévaiioit.

— Vous railleB-votts de nous, mensieifft dit Stillardo lûsant de gros yeux hèles.

— Lomèe nu» celte pensée, dit Dntoe^ Je viens de Fin* primerie du journal y p(tf ter, de la part de moB»enr le se- <srétaire géaénd, le mot sur monsieur de La Billardière. L'article que j'y ai In m'a donné k plu» haute estime pour vos talents» Qu^a^ il faudra achever le Babourdin, je pu donner un fier coup de hadie, daignez vous en souvmiir.

Dutocq disparut.

— Je veux être pendu si j'y comprends un mot, dit le* caissier en regardant Baudoyer dont les petits yeux anoon faient une stupéfaction singulière» Il faudra faire adiet^le journal ce soir.

Quand Sûllard et son gendre mitrèrent dans le salon du rez-de-chaussée, ils y trouvèrent un grand feu, madaBW Saillard, Elisabeth, monsiem' Gandron, et le curé de Stàntr Paul. Le curé se tourna vers monûenr Baudoyer, à qm m femme fit un signe d'intelligence peu compris.

— Monsieur, dit le curé, je n'ai pas voulu tarder à venir vous remercier du magnifique cadeau par lequel vous avei embdli ma pauvre église, je n'osab pas m'endetter pe« acheter œ hd ostensoir, digne d'une cathédrale. Vous qui ête."^ un de nos plus pieux et assidus paroissiens, vous deviez plus que tout autre avoir été fkâppé du dénfkment de noti e matlre autel. Je vais voir, dans quelques moments, monseigneur le coadjuteur, et il voua témoignera bieniètst 4atisfactioiL

-— Je n'ai rien fait encore... dit Baudoyer.

*— Monsieur le curé, répondit sa. femme en lui eoupattt la

par^ je puis trahir son secret tout entier. Monsieur Baudoyer compte aeherer son œuvre en vous donnant un dais pour la prochaine Fête-Dieu. Mais cette acquisition tient un peu à Tétai de nos finances, et nos finances tiennent à notre •vaneement.

— Dieu récompense ceux qui Thonorent, dit monsieur GandroR en se retirant avec le curé.

— Pourquoi, dit Saillard à monsieur Gaudron et au curé, ne nous faite»>vous pas Tbonneur de manger avec nous la fortune du pot?

— Restez, mon cher vicaire, dit le curé à Gaudron. Youi me savez invité par monsieur le curé de Saint-Rocb, qui demain enterre monsieur de La Billardière.

— Monsieur le curé de Saint- Roeh peut-il dire un mot pour nous? demanda Baudoyer que sa femme tira violemment par le pan de sa redingote.

— Mai» tais toi donc, Baudoyer^ lui dit-elle en rattiram dans un coin pour lui souffler à Toreille : — Tu as donné

-à la paroisse uit ostensoir de cinq mille francs. Je t'expliquerai tout.

L'avare Baudoyer fit une grimace horrible et resta songeur pendant tout le dîner.

— - Pourquoi donc t'es-tu tant remuée à propos du passeport de Falleix? de quoi te mêles-tu? lui demanda-t-il enfin.

— Il me semble que les affaires de Falleix sont un peu les nôtres, répondit sèchement Elisabeth en jetant un regard à son mari pour lui montrer monsieur Gaudron, devant lequel il devait se taire.

— Certainement, dit le père Saillard en pensant à sa commandite.

— Vous êtes arrivé, j'espère, à temps au bureau du journal? demanda Elisabeth à monsieur Gaudron en lui servant un potage.

*- Oui, chère madame, répondit le vicaire. Aussitôt que le directeur du journal a vu le mot du secrétaire de la grande aumônerie, il n'a plus fait la moindre difficulté. La pétHe note a été mise par ses soins à la place la plus eon*

yenable, je n'y aurais jamais songé ; mais ce jeune homme du journal a Tintelligence éveillée. Les défenseurs de la religion pourront combattre l'impiété sans désavantage, il y a beaucoup de talents dans les journaux royalistes. J'ai tout lieu de penser que le succès couronnera vos espérances. Mais songez, mon cher Baudoyer, à protéger monsieur Colleville^ il est l'objet de l'attention de Son Eminence, on m'a recommandé de vous parler de lui...

. — Si je suis chef de division, j'en ferai l'un de mes che6 de bureau, si l'on veut! dit Baudoyer.

Le mot de l'énigme arriva quand le dtner fui fini. La feuille minislérielle. achetée par le portier, contenait aux faits-Paris les deux articles suivants, dits entre-filets.

c Monsieur le baron de La Billardière est mort ce matin, » après une longue et douloureuse maladie. Le roi perd un » serviteur dévoué, l'Église un de ses plus pieux enfants. » La fin de monsieur de La Billardière a dignement couronné sa iD belle vie, consacrée tout entière dans des temps mauvais » à des missions périlleuses, et vouée encore naguère aux y> fonctions les plus difficiles. Monsieur de La Billardière fut » grand prévôtdansun départementoù son caractère triompha » des obstacles que la rébellion y multipliait. Il avait ac- » cepté une direction ardue où ses lumières ne furent pas » moins utiles que l'aménité française de ses manières, pour » concilier les affaires graves qui s'y sont traitées. Nulles » récompenses n'ont été mieux méritées que celles par les- » quelles le roi Louis XYIII et Sa Majesté se sont plu à cou- » ronner une fidélilé qui n'avait pas chancelé sous l'usur- » pateur.Oette vieille famille revivra dans un rejeton héritier » des talents et du dévouement de l'homme excellent dont » la perte afflige tan^ d'amis. Déjà Sa Majesté a fait savoir, 9 par un mot gracieux, qu'elle comptait monsieur Benjamin » de La Billardière au nombre de ses gentilshommes ordl- » naires de la chambre.

» Les nombreux amis qui n'auraient pas reçu de billets de » faire part, ou chez lesquels ces billets n'arriveraient pas

LES EUPLaY&S ^T4

» à teaop% bont prévenus que lesobsèques «e feront demain » à ^uAtFe heures, à TégÛse de Saini-Ro^. Le dâscours i sera prononcé par morisieur Tabbé Foatanoa. »

^« MofBsiesr Isidore Baudeyer, rqjrésema&lé'wBedes plus » «lAciennes familles de la bourgeoisie parimeane;, et chef de » bureau dans la division La Btliardièfe, Tienl ée rsfvpeler » les vieilles traditiens de pi^é qui distinguaient ces ^n- ]> des familles, si jalouses de la splendeur de la teMgioo et » si annics de «es nieamneiits. L'église ée SaœtrPaul man- > qoait d'un ostensoir en rapport avec k magnificence de » cette basilique, due à la compagnie de Jésus. Ni la fa- » brique ni le onré n'étaient assez riches pour en ereer Fau- 9 tel. Monsieur Baudoyer a fait don à cette ptroisse de » l'ostensoir que plusieurs personnes otH «Nlmiré chez mon- » si^ir Gohier, orfévve àa roi. Grâce à cet homme pieux, m qui n'a pas recuite devant Ténomiilé du prix, l'église de » Saint-Paul possède aijottrd'hui oe chef -d'oeuvre d'orfèvre- » rie, dent les dessins sont dus à monsieur deSeunniefvsettx. » Nouis aimons à puèlier un fait qui preuve i^mabien sont » vaines les déclamatiotts du libéralisme sur l'esprit de la » bourgeoisvepsrisienne.Detout temfs^la haute botirgeoisie » fut reyidiste, elle le prMvera toujours dans Toceasion. »

— Le prix étaside cinq mille francs, dit l'abbé Gaudron; mais en faveur de l'argent comptant, l'orfèvre de la cour a modéré ses prétentions.

• • Beprésentant d'wu4e$plm anciennes familles de la bomrgeoisit paristenne! disait SaÂUard* C«st imf>râié, et dans le journal of âciel encore I

— Cher monsieur Gaudron, aidez donc umb père à composer une phrase qu'il pourrait glisser dans l'oreille de ma« dame la comtesse en lui portant le traitement du mois, une phrase qui dibe bien tout I je vds vous laisser, ie dois sortir avec mon oncle Mitral. Croiriez-vous qu'il n'a ^j6 impossible de trouver mon onde Bidault. Et daaa quel d^enil

tli SCÈNES DE LA. VIE PARISIENNE

der eure-t-il 1 Enfin, monsieur Mitral, qui cdnnatt ses Jures, dit qu'il a fini ses affaires entre huit heures et midi; que, passé cette heure, on ne peut le trouver qu'à un café nommé café Thémis, un singulier nom...

•—Y rend-on la justice? dit en riant Fabbé Gaudron.

— • Gomment va-t-il dans un calé situé au coin de la rue Dauphine et du quai des Augustins? Mais on dit qu'il y joue tous les soirs aux dominos avec son ami monsieur GobsecL 3e ne veux pas aller là toute seule, mon onde me conduit et me ramène.

En ce moment Mitral montra sa figure jaune plaquée de sa perruque qui semblait faite en chiendent, et fit signe i sa nièce de venir afin de ne pas dissiper un temps payé deux francs à l'heure. Madame Baudoyer sortit donc sans rien expliquer à son père ni à son mari.

—Le ciel, dit monsieur Gaudron à Baudoyer quand Elisabethfutpartie,vousa donné danscette femme un trésor de prudence et de vertus, un modèle de sagesse, une chrétienne en qui se trouve un entendement divin. La religion seule formedes caractères si complets. Demain je dirai la messe pour le succèsde labonne causel II faut, dans l'intérêt de la monarchie et de la reUgion, que voussoyez nommé. Monsieur Rabourdinest un libéral, abonné au c/buma/de^D^^a^^, journal funestequi fait la guerre à monsieur le comte de Yillèle pour servir tes intérêts froissés de monsieur de Chateaubriand. Son Eminence lira ce soirle journal, quand ce ne serait qu'àcause deson pauvre ami monsieur de La Biliardière, et monseigneur le coadjuteur lui parlera de vous et de Rabourdin. Je connais monsieur ie curé : quand on pense à sa chàre église, il ne vous oublie pas dans son prône; or, il a l'honneur en ce moment de dîner avec le coadjuteur, chez monsieur le curé de Saint- Roch.

Ces paroles commençaient à faire comprendre à Saillant et à Baudoyer qu'Elisabeth n'était pas restée oisive depuis le moment où Godard l'avait avertie.

— Est-elle fûtée, c'I'Ëlisabelh, s'écria Saillard en appréciant avec plus de justesse que ne le faisait l'abbé le rapide éiemin de taupe tracé par sa fille.

— Elle a envoyé Godard savoir à la porte de monsieur Rabourdin quel journal il recevait, dit Gaudron, et je Tai dit au secrétaire de Son Eminence , car nous sommes dans un moment où l'Eglise et le trône doivent bien connaitre quels sont leurs amis, quels sont leurs ennemis.

—^ Voilà cinq jours que je cherche une phrase à dire à la femme de Son Excellence^ dit Saillard.

— Tout Paris lit cela, s'écria Baudoyer dont les yeux étaient attachés sur le journal.

-^ Votre éloge nous coûte quatre mille huit cents francs, mon fbton I dit madame Saillard.

— Vous avez embelli la maison de Dieu, répondit Tabbé Gaudron.

— Nous pouvkms faire notre salut sans cela, rèprit-elle. Mais si Baudoyer a la place, elle vaut huit mille francs de plus, le sacritice ne sera pas grand. Et s'il ne l'avait pas?... Hein, ma mère I dit-elle en regardant son mari, quelle saignée t...

— Eh bien I dit Saillard enthousiasmé, nous regagnerions cela chez Falleix, qui va maintenant étendre ses affaires en se servant de son frère qu'il a mis agent de change exprès. Elisabeth aurait bien dû nous dire pourquoi Falleix s'est envolé. Mais cherchons la phrase. Voilà ce que j'ai déjà trouvé : Madame, »i vous voulies dire deux mots à Son Excellence.

— VoulieXy dit Gaudron, daigniez y pour parler plus respectueusement. D'sdlleurs, il faut savoir avant tout si madame la Dauphine vous accorde sa protection, car alors vous pourriez lui insinuer l'idée de ooopérer aux désirs de Son Altesse Royale.

— Il faudrait aussi désigner la place vacante, dit Baudoyer.

— Madame la vomtesse, reprit Saillard en se levant et regardant sa femme avec un sourire agréable.

— Jésus 1 Saillard, es-tu drôle comme çat Mais, mon fils, prends donc garde, tu la feras rire, e'te femmet

— Madame la comtesse.., Suis-je mieux ? dit-il en regardant sa femme.

276 SCÈNES BK UL ?iX PA.R1SIENNB

— 0«, moR ixmlet.

— La place ûe feu k digne momieur La MUle^âièft eei wMÊnte^ Mon ger^e^ monsieur JBmudgjfer,.»

— Smnme de Ment e4 de haute pié4é^ somfQa ^madtcm.

— Écris, Baudoyer, cm le père SaiOard, écris la ptmm. Baudo^ fNTÎt luuwœeBi une plume et écrivit sai^s rougir

«OH propre éloge, abs&ImneQtcomineeuasem fiaiâNathan^ Gattalif en r^daat «(«apte d'un de I^urs iiwes.

— Madame la comtesse... Yoia-tu, atia mère, c^ Sayi»â à sa foniiDe, je sopfiose que tu es la fenne éa ministre.

— Me preuds-tu pour une bote? je ie devine iàem, lé* pondit-elle.

— La place de feu le digne monsieur de La BiUemUèM est vacante ; mon gendre^ monskmr Baudêper^ homme d'un talent censommé et de haute piété... Après avoir reg»ndé :[nons»eur Ganéron qui réâéchissiût^ il ajouta : serait bien heureux s'U l'avait. Àh I ce n'est pas «lal, c'est bref et ça dit tout.

— Mais attends donCy Saillard, Ui veislnen ^e mesiâieur i'abbé rumine, lui dit «sa femme, ne le trouble dooc pas.

— Serait bien heureux si vous daigniei vous intéresser à iut, reprit Gaodroo, et en disant fueiques tnots à Sm Excellence^ vous seriez particulièrement agréable à madame ta Banphineypar laquelle il a le bonlieur d'être prêêégé.

— Ah I monsieur Gàudron, cette phrase vaut rosteascôr, je regrette moins les quatre mille huit cei^..« D'ailleurs, dis donc, Baudoyer, tu les payeras, mon garçon i As-la écrit?

— Je 4e ferai répéter cela, ma mère, dit madame Saîttanj^ et lu me la réciteras matin et soir. Oui, elle est iMon trous sée, ce^te phrase-là! Êtes-Yous heureux d'être ^ savant monsieur Gaudron 1 Voilà ce que c'est que d'étudier dans les sésninatres, on apprend à parler 4 Ddeu et à ses saints.

— Il est aussi bon que savant, dit Bandioyer e^ «errsit les mains «u prêtre. Est-ce vous qui avei rédigé l'article, demanda-t-il en montrant le iournal.

—- Non, répondit Gaudron. Cette rédaction est 4sa secrétaire de Son Ëmlncnce, un jeune abbé qui m'ai de grmndw

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obligations et qui intMresm ft nworfenr ColfeTîne ; aatrefois, j*ai payé sa pension au séminaire.

— Un bienfait a toujours sa réc<Mmpeiise« dit Baudoyer. Pendant que ces quatre personnes s'attablaient pour faire

eur boston, Elisabeth et son oncle Mitral atteignaient io café Thémis, après s'être entretenus en ehemin de l'affaire que le tact d'Elisal^'th lui avait indiquée comme le plus puissant levier pour forcer la main au ministre. L'oncle Mitral, Tancien Imissier fort en chicane, en expédients et précautions judiciaires, regarda Thooneur de sa famille comme intéressé au triomphe de son neveu. Son avance lui faisait sonder le coffre-fort de Gigonnel, et il savait que cette succession revenak à son neveu Baudoyer; il lui voulait donc une position en harmonie avec la fortune des Saillard et de Gigonnet, qui toutes écherraient à la petite Baudoyer. A quoi ne devait pas prétendre une fille dont la fortune irait à plus de cent mill» Fivres de rentes 1 II avait adopté les idées de sa nièce et les avait antendues Aussi avait-il accéléré led^ part de Falleix en lui expliquant comment on aUait vite ce poste. Puis il avait réfléchi pendant son dtner sur la eoiiiv> bure qu'il convenait d'imprimer au ressort inventé par Elisabeth. En arrivant au café Thémis, il dit à sa nièce que lui seul pouvait arranger l'affaire avec Gigonnet, et U la fit rester dans le fiacre, afin qu'elle n'intervint qu'en temps et lieu. A travers les vitres, Elisabeth aperçut les deux figure» de Gobseck et de son oncle Bidault qui se détachaient sur le fond jaune vif des boiseries de ce vieux café, comme deux têtes de camées, froides et impassibles dans l'attitude que le graveur leur a dennée* Ces deux avares Parisi^as étaient entourés de vieux visages où le trente pour cent d'escompte semblait écritdans les rides circulaires qui, partant du nex, retreossaient des pommettes glacées. Cea physionomies s'animèrent à l'aspect de Mitral, et les yeux brUièreai d'une curiosité tigresque.

-^ Hé, hé ! c'est le papa Mîtral t s'écria Ghaboisseaa^ Ce petit vieillard faisait l'escompte de la librûneb

— Oui, ma foi, répondit un marchand de papier Bcmmà Métivier. Ah ! c'est un vieux singe qui se connaît en grimaces.

— Et vous, vous êtes un vieux corbeau qui vous connaissez en cadavres, répondit Milraf.

— Juste, dit le sévère Gobseck. '

— Que venez-vMis faire ici, mon fil»? venez-vous saisir notre am| Métivier? lui demanda Gigonnet en lui montran/ le marchand Je papier qui avait une trogne de vieux portier,

— Votre petite-nièce Elisabeth est là, papa Gigonnet, lui dit Mitral à roreille.

— Quoi, des malheurs! dit Bidault.

Le vieillard fronça les sourcils et prit un air tendre eomme celui du bourreau quand il s'apprête à officier; malgré sa vertu romaine, il dut être ému, car son nez si rouge perdit un peu de sa couleur.

— Eh bien I ce serait des malheurs, n'aideriez-vous pas la fille de Saillard, une petite qui vous tricote des bas depuis trf nte ans? s'écria Mitral.

— S*il y avait des garanties, je ne dis pasi répondit Gigonnet. Il y a du Falleix là dedins. Votre F alleix établit son frère agent de change, il fait autant d'affaires que les Brézac, avec quoi? avec son intelligence, n'est-ce pas? Enfin Saillard n'est pas un enfant.

— Il connaît la valeur de Targent, dit Chaboisseau.

Ce mot, dit entre ces vieillards, eût fait frémir un artiste, car tous hochèrent la tête.

— D'ailleurs, ça ne me regarde pas, moi, le malheur de mes proches, reprit Bidault-Gigonnet. J'ai pour principe de ne jamais me laisser aller ni avec mes amis, ni avec mes parents, car on ne peut périr que par les endroits faibles. Adressez-vous à Gobseck, il est doux.

Les escompteurs applaudirent à cette doctrine par un mou* vement de leurs têtes métalliques; et qui les eût vus, aurait cru entendre les cris de machines mal graissées.

— Allons, Gigonnet, un peu de tendresse, dit Gbabois» s^uu, on vous a tricoté des bas pendant trente ans.

•^ Ahl ça vaut quelque chose, dit Gobseck.

— Vous êtes entre vous, on peut parler, dit Mitral après avoir examiné les êtres autour de lui. Je suis amené par une bonne afiaire...

TF

— Pourquoi venez-vous donc à nous, si elle est bonne? dit aigrement Gigonnet en interrompan' **•*--*'

— Un gars qui était gentilhomme de '.

chouan, son nom?... La Billardière est

— Vrai, dit Gobseck.

— Et le neveu donne des ostensoirs gonnet.

— Il n'est pas sf ^ète que de les donn reprit Mitral avec orgueil. Il s'agit d'avi sieur de La Billardière, et pour y arri^ de saisir...

— Saisir, toujours huissier, dît Méti^ calement sur Tépaule de Mitral. J'aime

— De saisir le sieur Chardin des griffes, reprit Mitral. Or, Elisabeth en et il est...

— Elisabeth ! s'écria Gigonnet en î Chère petite créature, elle tient de son pauvre frère! Bidault n'avait pas son l'aviez vu aux ventes de vieux meuh fil! Que veut-elle?

— Tiens, tiens, dit Mitral, vous reti entrailles, papa Gigonnet. Ce phénoii causes.

— Enfant t dit Gobseck à Gigonnet, -* Allons, Gobseck et Gigonnet me

besoin de des Lupeaulx, vous vous plumé , vous avez peur qu'il ne redeni duvet, dit Mitral.

— Peut-on lui dire l'affaire , dema gonnet.

— Mitral est des nôtres, il ne voudn vais trait à ses anciennes pratiques, réj bien, Mitral, nous venons, entre nous 1 de l'ancien huissier, d'acheter des cré sion dépend de la commission de liqui(

— Que pouvez-vous sacrifier? demao «— Rien, dit Gobseck.

tSQt SCÈNES DE LA VI£ PARISIENNE

^ On M 110118 aaU pis là, fit Gigoaael, Sammaii nom sert de paraTeat.

-^ ÉoouieZ'4MB^ GîfODiiet, dit Mkral. 1 fait fipâîd et TOtre petite-nièce attend. Vous me eosiprendreft en tioia nol& II faut envoyer entre vous deux, saas i»tér^ ietmi cent mquanie nUte francs à FaUeix, qui aaîmeaaat birùle la route à trente lieues de Paris, avec un courrier en «^i9aL

— PesBiblet ^i CMbseek.

— Où va-trilï »'<é«ia Gigowiet.

•^ Mais 'û se rftnd à la ma^îfi<iiM» terre 4es Lupeanb, reprit Mitral. Il connaît le pays, il va acheter autour 4e h yeoqme ém «eerétaûre général powr les^s deux eoit dnipiante mille francs d'ekoelkaûas terres <pû vaudroai too^ ymats bien towr frâL On a neuf joues pour Tenregislremcni ées i^es natariés («e perdez pas ceci à% T«e^ A.vec mtte petite augmentation, la terre des Lupeaulx payera ndtte francs d'we^^ôls. ErgOp des, Lupeaulx devient électeur du grand collège, ^Ugible, comtes ti tMoX ce qu'il YOiuka t T^mis savez qiiel*esl le député qui s'est coulé?

Les deux avares Arent un ûgne af&noattf.

— Des Lupeaulx se couperait une jambe pcwr ètue àâputé, isepril AIttraA. Mais il veui ai«ir ta ma non l^ contfats que ximb M montrerona;, «a les kyp^tb^équa&t, bieo entendu, de notre prêt avec subrogation dans les droits 466 vcndeuors^ (AA»I ah! v€ms f ètesi?««^) II unis lavl d'abord la place pour BMado^fier; ap^ès» bous ieoiis repassiins des Lupeauhil Failetx resli^au p^i» et pfépure kmaliène^k^ loiraie; aÂnst voi^ eeuebez des Lupeaulx m joue par Falleix pendant tout le temps de Télection, une étieetion, 4'wroadisseflMBl où ks mus é6 fallieix font la maj^té. T a-t-il du ^alleix, là dedans, papa Gigonnet?

-— Il y a aum en MknA^ rei^rii MéAivier. C'est hîeB joué.

-^ C'esBl fait, dh Gigeanet. Pas vrai, Gokiseek t Falleix OQs tàfgûBn des eoDlre^vid^ais, cl meltsa Thypellidqiie en mi nom ; nous itons voir des Lu^aulx en temps ntile*

— Et nous,, d't Gobseck, Denis sommes volés I *

— Ah ! papa, ëà Milral, je voudrais bien conKrîtxie le roleur.

*— Hé! sons ne pouvcms être volés que par r}iiaisMïê!au^ répondît Gigonaet* Nous avons cm bien faire les créances de tons les créanciers de des soixante pour cent de remise.

— Tous les hypothéquerez snr sa terre et vc drez encore pa 'les intérêts 1 répondit MltraL

— Possible, dit Gobseck.

Après avoir ichangé un fin r«^ard avec G dault dit GigonniBt vint à la porte du café.

— Elisabeth, va ton tr^, ma nièce,, dit41 Nous tenons ton homme, mais ne néglige pas Mires. C*est bien commencé, rusée î achève, ti de ton oncle 1... Et il lui frappa gaiement dans

— Mais, dit Mitral, Métivicr et Chaboisseau p donner UD coup de main, en allant ce soir 4 de quelque pumal de rc^posiiion y faire saisi bond, et rempoigner rarticle minisbériel. Va ma petite, je ne venx pas l&cher ces deux oon rentra dans le café.

— Demain les fonds pairtirom à leur des^ mot au receveur général, nous trouverons ch pour cent mille écus de papier, dit Gigonnetà i l'huissier vint parler à Teseomplcur.

Le lendemain, les nombreux abonnés d'un je lurent dans les premiers-Paris un article entre d'autorité par Chaboisseau et Méûvier, actioi deux journaux, escompteurs de la librurie, de ! de la papeterie, et à qui nul rédacteur ne pow fuser. Voici l'article.

c Hier, un journal ministériel indi^uaii.

« comme successeur du baron de La Billardi< « Baudoyer^ un des citoyens les plus reconuna « quartier populeux où sa bienfaisance n*es « comme que la piété sur laquelle appuie k «ministérielle; elle aurait pu parler de ses

i a-t-elle songé qu'en vantant l'antiquité bourgeoise de • monsieur Baudoyer, qui certes est une noblesse tout » comme une autre, elle indiquait la cause de Texclusiim » vraisemblable de son candidat? Perfidie gratuite î La » bonne dame caresse celui qu'elle tue, suivant son babi- » tude. Nommer monsieur Baudoyer, ce serait rendre bom- » mage aux vertus, aux talents des classes moyennes, don* » nous serons toujours les avocats, quoique nous voyions » notre cause souvent perdue. Cette nomination serait un » acte de justice et de bonne politique, le ministère ne ae » le permettra pas. La feuille religieuse a, cette fois, pins » d'esprit que ses patrons; on la grondera. »

Le lendemdn matin, vendredi, jour de dtner chez mtdame Rabourdin, que des Lupeaulx avait laissée à minuit, éblouissante de beauté, sur l'escalier des Bouffons, donnant le bras à madame de Camps (madame l^rmiani venait de se marier), le vieux roué se réveilla, ses idées de vengeance calmées ou plutôt rafralcbies : il était plein du dernier regard échangé avec madame Rabourdin.

— Je m'assurerai Rabourdin en lui pardonnant d'abord et je le rattraperai plus tard ; pour le moment, s'il n'avait pas sa place, il faudrait renoncer à une femme qui peut devenir un des plus précietix instruments d'une haute fortune politique; elle comprend tout, ne recule devant aucune idée; et puis, je ne saurais pas avant le ministre quel plan d'administration a conçu Rabourdin I Allons, cher des Lupeaulx, il s'agit de tout vaincre pour votre Célestine. Tous avez eu beau faire la grimace, madame la comtesse, vous inviterez madame Rabourdin à votre première soirée intime.

Des Lupeaulx était un de ces hommes qui, pour satisfaûe une passion, savent mettre leur vengeance dans un coin de leur cœur. Ainsi son parti fut pris, il résolut de faire nommer Rabourdin.

•^ Je vous prouverai, cher chef, que je mérite une belle

place dans votre bagne diplomatique,, se dît-il en s'asseyant dans son cabinet et décachetant les journaux.

Il savait trop bien, à cinq heures, ce que devait contenir la feuille ministérielle, pour s'amuser à la lire; mais il rouvrit pour regarder Tarticle de La Billardière, en pensant à l'embarras dans lequel du Bruel Tavait mis en lui apportant la railleuse rédaction de Bixiou. Il ne put s'empêcher de rire en relisant la biographie de feu le comte de Fontaine, mort quelques mois auparavant, et qu'il avait réimprimée pour La Billardière, quand tout à coup ses yeux furent éblouis par le nom de Baudoyer. Il lut avec fureur le spécieux article qui engageait le ministère. Il sonna vivement et fit demander Dutocq pour l'envoyer au journal. Quel fut son étonnement en lisant la réponse de l'opposition I car, par hasard, ce fut la feuille libérale qui lui vint là première sous la main. La chose était sérieuse. Il connaissait cette partie, et le mattre qui brouillait ses cartes lui parut un grec de la première force. Disposer avec cette habileté de deux journaux opposés, à l'instant, dans la même soirée, et commencer le combat, en devinant l'intention du ministre I II reconnut la plume d'un rédacteur libéral de sa connaissance, et se promit de le questionner le soir à l'Opéra. Dutocq parut.

— Lisez, lui dit des Lupeaulx en lui tendant les deux journaux et continuant à parcourir les autres feuilles pour savoir si Baudoyer y avait remué quelque autre corde. Allez savoir qui s'est avisé de compromettre ainsi le ministère.

— Ce n'est toujours pas monsieur Baudoyer, répondit Du tocq, il n'a pas quitté son bureau hier. Je n'a\ pas besoin d'aller au Journal. En y apportant votre article hier, j'ai vu l'abbé qui frétait présenté muni d'une lettre de la grande aumônerie, et devant laquelle vous eussiez plié vous-même.

— Dutocq, vous en voulez à monsieur Rabourdin, et ce n'est pas bien, car il a deux fois empêché votre destitution. Mais nous ne sommes pas les maîtres de nos sentiments; on peut haïr son bienfaiteur. Seulement, sachez que si vous vous permettez contre Rabourdin la moindre traîtrise, avant

^i SCÈNES DE LA VIE PARISIENNE

que je tous aie dumviié la mot tordre, ce sem ▼ctce pcrt»^ TOUS me compterez eemme votre eBBeim. Q^mal an jcnr* Dal de mon ami, que ht grande anmdnerie loi prenae notre nombre d'abonnements, si elle veut sfen serrir exdos»vemcnt. Nous sommes à îa fin de Tannée, la cfuestittn de rabonnement sera bientôt discutée, el sens bo«s etùmdrons. Quant à la place de La Billardière, S y a m moyen d'en finir, c'est d*y nommer aujonrd^ui mème^

— Messieurs, dit Dutocq en rentrant au bavent et m s'adtessant à ses colTègues, je* ne sais pas si Bixion a le d«i de lire dans ravemr, mais si tous n'afre» pas tu Is j^umà ministériel, je voms engage à y écudief fartide Bwidofer; puis, comme monsieur Ffeury a la feuille de l^i y po oi tiei^ TOUS pourrez y voir la réplique. Certes, moosicwr Rabo»din a du talent, mais un bomme qm, parle temps q« «•art, donne aux églises des ostensoirs de m miOe fraoe», a diablement de talent aussi.

smou» entrant.

Que dites-vous de la première aux Corinthiens contenue dans notre joiUDal reUgieux, et de YJÊpttre aux ministres «p&i est daasJe jpurnal libéral? Commit va monsieur Rabou^ din, du Bruel?

MJBRUEL* arrivant.

le ne snispaa. (// emm^ie Bixiou dans son cabinet et îm dit, à vois basse:) Mon eber,, votre manière d'aider les gais ressemble aux façons du bourreaUy qui tous met les pieds sur les épaules pour vous plus promptement casser le co«. Yeus m'avez fak devoir a des Lupeaulx une chasse <|ue ma bêtise m'a méritée. Il était joU, l'article sur La Billardièrel le m'ouMÂerai pas ce ti:ait-là. La première phrase semblait éàre au roi i // faut mourir. Celle sur Qaiberor signifiait dairemeat<pie le roi était un^. Enfin tout étai/ ironique. msWBy se meUaM à rire.

Tiens, tous vous ^teiiez t On ne peut daac flm hlogmrf

DU BRUEL

Blague^ I blaguer! Quand vous tou^z être sau»*<hef^ aa tous répondra par des blagues, mon cber.

LKS EMPLOYES

Bixiou, d'wn t»n menaçanL Sonimes-QOQS fàebés ?

DU BRUEL* Oui.

BiXKNffy d'un mr40c.

Eh tieni tnt ps pour yw&.

DU BRUKL, songeur et inquiet.

Pardonnerîez-vous cela, vous?

Bixiou, câlin.

A un ami? je crois bien. {On entend la voi Toilà Fleury qui maudit Baudoyer. Hein 1 est- Baudoyer aura la place ÇConfidentiellemeni tant mieux. Du Bruel, suivez bien les conséqu< din serait un lâcbe de rester sous Baudoyer, démission, et ça nous fera deux places. Yc et vous me prendrez avec vous comme sous-i rons des vaudevilles ensemble, et je vous pi< sogne au bureau.

DU BRUEL, souriant.

Tiens, je ne songeais pas à cela. Pauvre ] me ferait de la peine, cependant.

BIXIOU

Abl voilà comment vous Taimez? (Chani Eb bien 1 je ne le plains pas non plus. Ap licbe ; sa femme donne des soirées, et ne m*i qui vais partout I Allons, mon bon du Bru< rancune ! (// sort par le hureœa,) Adieu, mess disàis-je pas hier qu'un homme qui n'avait et du talent était toujours bien pauvre, m jolie femme!

FLEURY* Vous êtes riche, vousl

BIXR>U.

Pas mal, her Gincinnatusl Mais vous me œr au Rocher de Ganeale.

286 SCENES DE LA YÎE FAAfS.'BNNB

POIRET

Il m est toujours impossible de comprendre monriear Bixiou.

PHELUON, d'un air éUgiaque.

Mouûeur Rabourdin lit si rarement les journaux, qu'il serait peut-être utile de les lui porter en nous en privant momentanément. {Fleury lui tend son journal, Virrunix celui du bureau^ il prend les journaux et sort,) •

En ce moment, des Lupeaulx, qui descendait pour déjeuner avec le ministre, se demandait si, avant d'eaiployer la fine fleur de sa rourie pour le mari, la prudence ne commandait pas de sonder le cœur de la femme, afin de savoir s'il serait récompensé de son dévouement. U se tàtait le pea de cœur qu'il avait, lorsque, sur Tescalier, il rencontra sod avoué qui lui dit en souriant : — Deux mots, monseigneur! avec cette familiarité des gens qui se savent indispensables.

— Quoi, mon cher Desroches? fit Thomme politique. Que m'arrive-t-il? Ils se fâchent, ces messieurs, et ne savent pas faire comme moi : attendre I

— J'accours vous prévenir que toutes vos créances sont entre les mains des sieurs Gobseck et Gigonnet sous le nom d'un sieur Samanon.

— Des hommes à qui j'ai fait gagner des sommes immenses I

— Écoutez, lui dit l'avoué à l'oreille, Gigonnet s'appelle Bidault, il est l'oncle de Saillard, votre caissier, et Saillard est le beau -père d'un certain Baudoyer qui se croit des droits à la place vacante de votre ministère. N'ai-je pas eu raison de vous prévenir?

— Merci, fit des Lupeaulx en saluant l'avoué d'un air fin.

— D'un trait de plume vous aurez quittance, dit Desroches^ en s'en allant.

-^ Voilà de ces sacrifices immenses ! se dit des Lupeaulx, il est impossible d'en parler à une femme, pensa-l-il. Gèlestine vaut-elle la quittance de toutes mes dettes? J'irai li voir ce matin.

Ainsi, la belle madame Rabourdin «liait être dans

f uelques heures l'arbitre des destinées de son mari, saps qu'aucune puissance pût la prévenir de Timportance de ses réponses, sans qu'aucun signal Tavertit de composer son maintien et sa voix. Et, par malheur, elle se croyait sûre du succès, elle ne savait pas Rabourdin miné de toutes parts par le travail sourd des tarets.

— Eh bien! monseigneur, dit des Lupeaulx en entrant dans le petit salon où l'on déjeunait, avez-vous lu les articles sur Baudoyer?

— Pour l'amour de Dieu, mon cher, répondit le ministre, cessons les nominations dans ce moment-ci. On m'a cassé la tête, hier, de cet ostensoir. Pour sauver Rabourdin, il faudra faire de sa promotion une affaire de conseil, si je ne veux point avoir la main forcée. C'est à dégoûter des affaires. Pour garder Rabourdio, il nous faut avancer un certain Colleviile...

- Voulez-vous me livrer la conduite de ce vî t

ne pas vous en occuper? Je vous égayerai tous j

par le récit de la partie d'échecs que je jouera t

grande aumônerie, dit des Lupeaulx.

— Eh bien, lui dit le ministre, faites le travail avec le chef du personnel. Savez-vous que rien n'est plus propre à frapper l'esprit du roi que les raisons contenues dans le journal de l'opposition? Menez donc un ministère avec des Baudoyer 1

— Un imbécile dévot, reprit des Lupeaulx, et incapable comme...

— Comme La Billardière, dit le ministre.

— La Billardière avait au moins les manières du gentilhomme ordinaire de la chambre, reprit des Lupeaulx. Madame, dit-il, en s'adressant à la comtesse, il y a maintenant nécessité d'inviter madame Rabourdin à votre première soirée intime, je vous ferai observer qu'elle a pour amie madame ie Camps; elles étaient ensemble hier aux Italiens, et je l'ai connue à l'hôtel Firmiani; d'ailleurs, vous verrez si elle est de nature à compromettre un salon.

— Invitez madame Rabourdin, ma chère, dit le ministre, et parlons d'autre chose.

tB% SCÈNES OS LA YI£ PARISIENNE

-» Gélestiiie est donc dans mes griiÎQSv dit des laipieaalz sa remontant chez lui pour Caire une toilette du matin.

Les ménages parisi^is soat dévorés par le besoin de se mettre en barmonâe avec ie luxe qui ks environne de toutes |»arta, aussi en eatr4] peu qui lûent la sa^^esse de oooformer leur situation ^Atérieure à leur budget intérieur. Mais ce vice tient peut-être à un patriotisme tout français ei qui a pour but de conserver à la France m suprématie en fait de costume. La France règne par le vêtement sur toute rEurope, chacun y sent k nécessité degarder un sceptre commercial qui fait de la mode en France ce qu'est la marine en Angleterre. €ette patriolâque fureur qui porte à tout sacrifier au |>ara;^^re, comme disait d'Aubigné sous Henri lY, est la cause de travaux secrets et immenses qui prennent toute la matinée des femmes psu-isiennes, quand eUes veulent^ ainsâ que le voulait madame Rabourdin^ tenir avec douze mille livres de rente le train que beaucoup de riches ne se donnent pas avec trente mille. Ainsi, les vendredis, jours de dîner, ma- ^me Eabourdin aidait la femme de chambre à faire les appartements ; car la cuisinière aUait de bonne heure à la halle, et le domestique nettoyait l'argenterie^ façonnait les serviettes, brossait les cristaux. Le malavisé qui, par une distraction de la portière, seraik mcnité vers onze heures ot midi chez madame Rabourdin, l'eût trouvée, au miliett du désordre le moins pittoresque, en robe de chambre, les pieds dans de vieilles pantoufles, mal coiffée, arrangeant elle-même ses lampes, disposant elle-même ses jardinières ou se cuisinant à la hâte im déjmmer peu poétique. Le visiteur à qui les mystères de la vie parisienne auraient été inoonnus eût 43ertes appris à ne pas mettre le pied dans les coulisses d« théâtre; bientôt signalé comime homme capable des plus grandes noirceurs, la femme surpdse dans ses mystères da matin aurait parlé de sa bêtise et de son indiscrétion de Hianière à le ruiner. La Parisienne, û indulgente poiu les curiosités qui lui profitent, est implacable pour oelles qui lui font perdre ses i»estiges. Aussi une pardlle invasion domiciliaire n'est-^lle pas, comme dit la poUce correctionnelle^ une attaque à la pudeur^ mais un vol avec e&action, le vol

de te qu'il y a de plus précieux, le crédit! Une femme se laisse Tolontiers surprendre peu vêtue, les cheveux tombants; quand tous ses cheveux sont à elle, elle y gagne, mais elle ne veut pas se laisser voir faisant elle-même son ippartement, elle y perd son paroistre. Madame Rabourdin était dans tous le» apprêts de son vendred» tu milieu des provisions pêchées par sa cuisinière dans Tocean de la halle, alors que monsieur des Lupeaulx se rendit sournoisement chez elle. Certes, le secrétaire général était bien le dernier que la belle Rabourdin attendît; aussi, en entendant craquer des bottes sur le palier, s'écria-t-clle : — Déjà le coiffeur I Exclamation aussi peu agréable pour des Lupeaulx que la vue de des Lupeaulx le fut pour elle. Elle se sauva donc dans sa chambre à coucher, où régnait un efiroyable gâchis de meubles qui ne veulent pas être vus, des choses hétéro* gènes en fait d'élégance, un vrai mardi gras domestique. L'effronté des Lupeaulx suivit la belle effarée, tant il la trouva piquante dans son déshabillé. Je ne sais quoi d'alléchant tentait le regard ; la chair^ vue par un hiatus de camisole, semblait mille fois plus attrayante que quand elle se bombait gracieusement depuis la ligne circulaire tracée sur le dos par le surjet de velours, jusqu'aux rondeurs fuyantes du plus joli col de cygne où jamais un amant ait posé son baiser avant le bal. Quand l'œil se promène sur une femme parée qui montre une magnifique poitrine, ne croit-on pas voir le dessert monté de quelque beau dtnerf mais le regard qui se coule entre l'étoffe froissée par le sommeil embrasse des coins friands, et s'en régale comme on dévore un fruit volé qui rougit entre deux feuilles sur l'espalier.

— Attendez, attendez 1 cria la jolie Parisienne en ver* rouillant son désordre.

Elle sObfla Thérèse, sa fille, la cuisinière, le domestique, implorant un châle et souhaitant le coup de sifflet du machiniste à l'Opéra. Et le coup de sifflet partit. El en un tour de main, autre phénomène I la chambre prit un air de matin fort piquant en harmonie avec une toilette subitement com- Dinée pour la plus grande gloire de cette femme, évidemment supérieure en ceci.

'MO SCÈNES Dfe LA yfE I^ARISIENNI

— Yotisl âlt-6lîe, et à cette tietnret 'Qife ^ ptss^t4l

-^ Les choses les plus graves du monde, réj|k)n(lit deslnpeaulx. Il s'agit aujourd'hui de bien nous comprendre.

Célesiine regarda cet homme à travers ses lunettes «t eomprit.

— Mon principale vice, répondit-elle, est d'être prodigieusement fantasque, ainsi je ne mêle pas mes affisolioss^ 4a politique; parlonspoliiique, affaires, et nous verrons aprds. Ce n'est pas, d'ailleurs, une fantaisie, mais une<;oii8équeBie 4e mon goût d'artiste, qui me défend de laire hurler \» couleurs, d'allier des choses disparates, et m'ordonne d'enter les dissonances. Nous avons notre politique aussi, jmmb autre femmes!

Déjà le son de la voix, la gentillesse des manières aweit produit leur effet et métamorphosé la brutalité 4hi secrélaiit général en courtoisie sentimentale; elle l'avait rappelé à ses obligatious d'amant. Une iolie femme habile se Mi comme une atmosphère où lesnerfe se déteodetiti où te sentiments s'adoucissent.

— Vous ignorez ce qui se passe, reprit biîitalMnettt é» Lupeaulx qui tenait à^e montrer brutal. Lisez.

Et il offrit à la graciei»e Rabourdin les deux jouraanx ol il avait entouré cbaqoe article en encre rouge. Bn lisant, ie chale se décroisa smis ^c Oélestine s'en aperçût oo pv l'effet d'ime voiomé bien déguisée. A Tftge où la forée ém fontaisies est en raison de leur rapidité, des Lupeaidz » pouvait pas plus garder 8onsang*ti>oid^e Gélestlne ne gardait le sien.

— Comment! dit-elle, mais c'est aflireux ! Qu'est-veiies ce BaudoyerT

— Un baudet, fit des Lupeaulx; mais, vous le voyez f 1 porte des reliques, il arrivera conduit par la main habile qâ tient la bride.

Le souvenir de ses dettes passa devant les yeux de maaame Rabourdin et l'éblouit, comme si elle eût vu deux éclairs consécutif; ses oreilles tintèrent à coup redoublés

LES EMPLOYÉS Mî

sons ]a pression du saqg ((ui baltait dans ses artères; elle Te^ tout hébétée, regardant une patère sans k voir.

— Vais vous nous êtes fidèle! dit-elle à des Lupeaukeo le caressant d'un coup d'odl de manière à se rattacher.

-^ C'est selon^ fît^I en répondant à cette œillade |)ar nn Tegard inqtiisîtif qui fit rougir cette pauvre femme.

— S'il vous faut des arrhes, vous perdriez tout le prix, dit-elle en riant. Je vous faisais plus grand que vous ne Têtes. Et "VOUS, vous me croyez bien petite, bien piansionnaire.

—Vous ne m'avez pas compris, reprit-il d'undr fin. Je >70t]daî!s dire que je ne pouvais pas servir un homme qui joue contre moi, comme l^tourdi contre Hascarille.

— Que signifie ceci^

— Yoici qui vous prouvera que je suis grand.

Et il présenta à madame Rabourdin Téut volé par thitocq, en le lui ofih»itt& Tendroit oûiBon mari l'avait analysé «isavamnvent.

^— Lisezl

Gélestine reconnut fécriture, Ictt, ift ^SRi sons ce coi^ ^â'Msommcir^

— > Toutes tes aâministmiioiis y sont, dit des Lnpeauli.

«^Maifs heureusement, dit-elle, vonsiseiil possédez ee tnk fail, que je «e puis m'expliquer.

— Celui qui Va, volé n'est pas si niais que de ne pas en avoir un double, il est trop mefitem* pour l'avcuer et trop «ileAligeiit éM» son métterpeinr 4e livrer, je n'ai mtoe pat tenté d'en parler.

— Quiest*ce?

— Votre commis principal.

— Dutocql On n'est jamais îjpmï ipw de ws Menfaitst Mais, reprit^elle, c^est mx chien qui veut un os*

— Savez-vous ee qn'op. veut m'offiôr A «ei, fMuvie Niable âe secrétaire gésépal.

— Quoi?

— Je dois trente et linéiques malheuveax nnlle Ipbbcs, ^ons ailes prendre une bien méchante opinion de moi en sachant que Je ne dois pas davanti^ge; mais enfini en edftf

je suis petit 1 Eh bien, Tonde de Baudoyer yient d'acheter mes créances et sans doute se dispose à m'en rendre les titres.

•— Mais c'est infernal, tout cela.

•^ Du tout, c'est monarchique et religieux, car la grandf aumônerie s'en mêle...

— Que ferez- vous ?

— Que m'ordonnez-vous de faire? dit-il avec une grâce adorable en lui tendant la main.

Gélestine ne le trouva plus ni laid , ni vieux , ni poudré à frimas, ni secrétaire général, ni quoi que ce soit d'hnmonde; mais elle ne lui donna ^pas la main; le soir dam son salon elle la lui aurait laissé prendre cent fois ; mais le matin et seule, le geste constituait une promesse un peu trop positive, et pouvait mener loin.

— Et Ton dit que les hommes d'Etat n'ont pas de cœorl s'écria-t-elle en voulant compens^x la dureté du refus par la grâce de la parole. Cela m'effrayait, ajouta-t-elle en prenant l'air le plus innocent du monde.

— Quelle calomnie! répondit des Lupeaulx; un des plus immobiles diplomates et qui garde le pouvoir depuis qu'il est né, vient d'épouser la fille d'une actrice, et de la faire recevoir à la cour la plus ferrée sur les quartiers de noblesse.

— Et vous nous soutiendrez?

— Je fais le travail des nominations. Mais pas de tricherie I

Elle lui tendit sa main à baiser ei lui donna un petit soufflet sur la joue.

Vous êtes à moi, dit-elle.

Des Lupeaulx admira ce mot. (Le soir, à l'Opéra , le M le raconta de cette manière : « Une femme ne voulant pas )) dire à un homme qu'elle était à lui, aveu qu'une fenune 9 comme il faut ne fait jamais, lui a dit : Vous êtes à moi. » Comment trouvez-vous le détour? »)

— Mais soyez mon alliée, reprit-il. Votre mari a parlé ao ministre d'un plan d'administration auquel se rattache l'état

dans lequel je suis û bien traité; sachez-le, dites-le-moi ce soir.

— Ce sera fait, dit-elle sans voir grande importance à ee qui avait amené des Lupeaulx chez elle si matin.

— Madame, le coiffeur, dit la femme de chambre.

— Il s'est bien fait attendre, je ne sais pas comment je m'en serais tirée, s'il avait tardé, pensa Célestine.

— Vous ne savez pas jusqu'où va moa dévouement , lui dit des Lupeaulx en se levant. Vous serez invitée à la première soirée particulière de la femme du ministre...

— Ahl vous êtes un ange, dit-elle. Et je vois maintenant combien vous m'aimez; vous m'aimez avec intelligence.

— Ce soir, chère enfant, reprit-il, j'irai savoir à l'Opéra quels sont les journalistes qui conspirent pour Beaudoyer, et nous mesurerons nos bâtons.

— Oui, mais vous dînez ici, n'est-ce pas? j'ai fait chercher et trouver les choses que vous aimez.

— Tout cela cepetidant ressemble tant à l'amour, qu'il ferait doux d'être longtemps trompé ainsi I se dit des Lupeaulx en descendant les escaliers. Mais si elle se moque de moi , je le saurai; je lui prépare le plus habile de tous les pièges avant la signature, afin de pouvoir lire dans son cœur. Mes petites chattes^ nous vous connaissons! car, après tout, les femmes sont tout ce que nous sommes 1 Yingt-huit ans et vertueuse, et ici, rue Duphot! c'est un bonheur bien rare, qui vaut la peine d'être cultivé.

Le papillon éligible sautillait par les escaliers.

— Mon Dieu, cet homme-là, sans ses lunettes, poudré, doit être bien drôle en robe de chambre, se disait Gélestine. P a le harpon dans le dos, et me remorque enfin là où je roulab aller, chez le ministre. Il a joué son rôle dans ma somédie.

Quand, à cinq heures, Rabourdin rentr» pour s'habiller, sa femme vint assister à sa toilette, et lui rapporta cet état que, comme la pantoufle du conte des Mille et une nuits, le pauvre homme devait rencontrer partout.

-— Qui t'a remis cela? dit Rabourdin stupéfait.

»- Monsieur des Lupeaulx I

29i SCENES »B LM VtE PARISIENNE

— ^ n est verni f * demainla. Robouràki en jeteitt à sa fei un de ces regarda qui certes auraient fait pâlir une coupable^ irais q«ti Urott]ra< ui^ f^oat de* maH)re> et on uir obîI rieur.

— Et il reviendiia dîner, répondHf-elte. POupqtm ^potft jdr efiFdreoché?'

^-^W^ obères dit Rd^ourdin^ des Lupeanl» est mortellement offensé par moi> ees geB»4à ne pardiofniiem pas, et il me earesse ! Ctx)!S-ttt que je ne^ voie pas pourquoit*

-^ Cei homme, reprit^Ue^ me* paratt avoir u» goù^trôsdélicat, je ne pvis lie blâmer. Enfin, je ne sais rien^ de plm flatteur pour une femme que do^ réveiller un palais U^. Après...

— • Tt*ôve de platsanterie, Ci^estinet Epar^eun homne aoeablé. Je ne^ pvi» rencoBlreF le ministre, et mon* branev est au jeu.

— Mon Dieu, non. Dutocq aura la promesse d'une' phei et tu seras nommé chef de division.

— • Je te devine, chère enfant, dit Rabourdin ; mais le |ea que tu joues est aussi déshonorant que la réalité. Le meiH songe est le mensongje, et une honnête femme....

-»* Laisse^moi donc me, servir des £^es employées contoe nous.

— - CélesUne, plus cet homme sa "sacnusoLlement pris. ai I^ég^v plus il s'aehamera. suc nuuu.

— El si jerle renveiîse?

Rabourdin regajrdai sai femme aveo: étonnenenL.

-*<• Je ne pense' qu'à te&t élévalkmv ot il étaîA temp% bkni panin»^ ami L... reprit C^^isetinei Mats tn pteodala-okianiéi cbasae pouit le gibier, dil^Ue>aprè8.une'paiis«.9iii8 «paU (pias^ joursr des Lupaaulx aurai tf)te«^ien aooomptti snai»» sion. Pendant que tu cherches à parler au minislcft^ et a^itattt que tu ne ^ste» leiKoir, moi je lai anoai pariéu To aftsué sang et eeuipour rntfmmrnn plnn qnn tinmm imnluii: el, âB, trois mois, ta femme aura fait plus dfouwrag8:qiie loi en six ans. Dis-moi tooi beau s^^me.

Rabourdin^ tout en se Msant la barb» c; après avaîmbtenu de sa femme de ne pas dire un se«l mol (te

ea Ift pnévenanl <pe ocmSer use seule idée à d^ IiUiii^udIx: <^éMt meure le d^at à nésie la^jaue ait laii^ Gooim^Bça fmqfdieetioii dd ses ts8iv«ttx«

-^ CoBNQdeDir, RetxHu^n , ne m'a»4tt pas perlé d» *eele<?' Célwstiiie en oQupaaA U parole à sao hmutî dès Ift cio^ qmèm^i pbiAse*. Mais, tu te serrn épargné: dea pekie» mutiles. Que YoUi 9oU aveuglé peadaut un. moiaeQt par ui^ jdi^ei ]f le coBÇois; OMIS peMiaut six m siH^ ans, veîlà ce que je^ m^ coo<^is pas. Tu veux réduire let budget <^'^t l' idée vulgaire et bourgeoise t Mais il faudrait arriver à un. ïmà(^ de. deux milUards, la Franfie seraiA deux fois plus gpsode. l^sysiiène nouf^ ce>.seraijL 4» touA foine immunt pat^ L'^ÔQ^uat, Qomm^ l6>Qrie mansi^un de Nuuikigeaii Le tréso»' 1» phis, pauvre est celui qui se trouve pletu d'éoas sans eiûr I^m; la uôssioi)) d'uui miotstère des ôsa^eest est; db$. jeter Vfff^i. pv les^feuttres, U \m rmire^ pa^r ses. caves, et tu yieax Itti^ fûpe eojtasseir dé& tpésorst Mais il tuttk omllÂplier lis empleisi au lieu de les réd}iiifev Àji lieu de reo^ousser to« rentes, ïk faudrait multiplier Les remMs. SI lesBour» hfim veuleoi régper en prâ, ikk doiveui ci^r des rentiersv dav^ les derDÂ^^.bouvgadesy e4 surioi^ ue pas^ laisser lest étrangers toucher des intérêts en France, ew ilS) nous e% (temaiuleffont un ioiir le ospM ; taadia q^ si toute«la rente aet en. France, ni la France ni le crédil ne p<^rentk Yoilà ce qak a, sauvé rAngleteetew T<m plaa est u» f\vk de petite bourgeoisie. Un homme ambitieUiX n'auit^ dà se psésenteo devant son ministre qu'en recommeiiçaoti Law sans ses obaaiees maumses» e& exf^uattt la piiissanoe dut crédit, en démontrant comme quoi nous ne devMis< pas amortir la>' eaptol^ mais les intérêts, comme font te& Anglais..*

-«-^AIhib», Célesliiike, dit Rabourdia, mêle toutes, les idée» €mmBBib\»i contffarîe^les; amusent' en comme de joujoux I j» ms babitoé à cela. Hais ne critique pas un travail que ta M'^oimais pa» eocoBe..

*«^ Ai-je besoki, ditr>^le, de conmtee u» plan dont Feaprit est d'adimnisirer la France avec six mille employés au lieu de vingt mille? Mais, mon ami, fût-ce un plan d'homme àmgfim»^ an roi de Franoa ae leiaît détiônereft voulant

Texécuter. On soumet une aristocratie féodale en abattant quelques têtes, mais on ne soumet pas une hydre à mille pattes. Non, Ton n'écrase pas les petits, ils sont trop plats sous le pied. Et c'est avec les ministres actuels, entre nous de pauvres sires, que tu veux remuer ainsi les honmies? Mais on remue les intérêts, et Ton ne remue pas les hommes; ils crient trop ; tandis que les écus sont muets.

— Mais, Gélestine, si tu parles toujours, et si tu fais de l'esprik à ^ôté de la question, nous ne nous entendrons jamais... i

— Ai> I je comprends à quoi mène F état où tu as classé les capacités administratives, reprit-elle sans avoir écouté son mari. Mon Dieu, mais tu as aiguisé toi-même le couperet pour te faire trancher la tête. Sainte Vierge ! pourquoi ne m'as-tu pas consultée? au moins je t'aurais empêché d'écrire une seule ligne, ou tout au moins, si tu avais voulu faire ce mémoire, je l'aurais copié moi-même, et il ne serait jamais sorti d'ici... Pourquoi, mon Dieu, ne m'avoir rien dit? Voilà les hommes! ils sont capables de dormir auprès d'une femme en g&rdanl un secret pendant sept ans! Se cacher d'une pauvre fenune pendant sept années, douter de son dévouement!

— Mais, dit Rahourdin impatienté, voici onze ans que je n'ai jamais pu discuter avec toi sans que tu me coupes li parole et sans substituer aussitôt tes idées aux miennes.- Tu ne sais rien de mon travail.

— Rien! je sais tout!

— Dis-le-moi donc ! s'écria Rahourdin impatienté pour b première fois depuis son mariage.

— Tiens, il est six heures et demie, fais ta barbe, habilletoi, répondit-elle comme répondent toutes les femmes quand on les presse sur un point où elles doivent se taire. Je vais achever ma toilette, et nous ajournerons la discussion, car je ne veux pas être agacée le jour où je reçois. Mon Dieu, là pauvre homme ! dit-elle en sortant, travailler sept ans pour accoucher de sa mortt Et se défier de sa femme!

Elle rentra.

-— Si tu m'avaÎL écoutée dans le temps» tu n'aurais pai

intercédé pour conserver ton commis principal, et il a sans doute une copie autographiée de ce maudit état! Adieu, homme d'esprit!

En voyant son mari dans une tragique attitude ae douleur» elle comprit qu'elle était allée trop loin, elle courut à lui* le saisit tout barbouillé de savon, et Tembrassa tendrement!

— Cher Xavier, ne te fâche pas, lui dit-elle, ce soir nous étudierons ton plan, tu parleras à ton aise, j'écouterai bien et aussi longtemps que tu le voudras I... est-ce gentil? Va, je ne demande pas mieux que d'être la femme de Mahomet!

Elle se mit à rire. Rabourdin ne put s'empêcher de rire aussi, car Célestine avait de la mousse blanche aux lèvres, et sa voix avait déployé les trésors de la plus pure et de la plus solide affection.

— Va t'habiller, mon enfant, et surtout ne dis rien à des Lupeaulx, jure-le-moi î voilà la seule pénitence que je t'impose.

— Impose?.., dit-elle, alors je ne jure rien !

— Allons, Célestine, j'ai dit en riant une chose sérieuse.

— Ce soir, répondit-elle, ton secrétaire général saura qui nous avons à combattre, et moi, je sais qui attaquer,

— Qui? dit Rabourdin.

— Le ministre, répondit-elle en se grandissant de deux

Malgré la grâce amoureuse de sa chère Célestine, Rabourdin, en s'habillant, ne put empêcher quelques doidoureuses pensées d'obscurcir son front.

— Quand saura-t-elle m'apprécier? se disait-il. Elle n'a pas même compris qu'elle seule était la cause de tout ce travail 1 Quel brise-raison, et quelle intelligence! Si je ne m'étais pas marié, je serais déjà bien haut et bien riche! J'aurais économisé cinq mille francs par an sur mes appointements. En les employant bien, j'aurais aujourd'hui dix mille livres de rente en dehors de ma place, je serais garçon, et j'aurais la chance de devenir par un mariage .. Oui, rqprit-il en s'interrompant, mais j'ai Célestine et mes deux en&nts. — Il se rejeta sur son bonheur. Dans le plus heureux ménage, il y a toujours des moments de regret. Il vint

29S SCÈNES D& LA TI£ PAftlSIENNB

au salon et contempla sod appartemeiit. •«« Il D'y a pA&daaHi Paris dcax femmes qui s'emcnclmt à la^w ctmme elle. Aivee 4ouze mille livres de rente faire tout celai diWl 6ar^u;4aat» les jardinière» piewes. d* fleura et songeant aux jouissanoes dé vanité que le monde allaiit lui doui^r.* Elle étaik faite pour être la femme d'uni ministre. QU9P4 }^ pense que c^le" du mien ne luit sert à tien; elle a l'air d'une, bonne grosse bourgeoise, et quand elle se trowi^ au ch&teffii, dans lei. salons^.. U se pinça les lèvres. Les bommesti'ès-occupés (HUt des idées si fausses, en. môaafev qu^'on peni ég^menl l^ir faire croire qu'ave« eent milii^ francs, on nfa nm^ evqu'avef douze mille francs on a tout.

Quoique très-impatiemment aitendu^ malgré les fiattedefr préparées pour ses appétits de gourmet émérite>,des Lupeank ne vint pas diner, il ne se nK»itra< que très4ard dans la soi- 1^, à minuit, heure à laquelle la causerier devient^ dans» tous les salons, plus intime et confidentielle. Ândoche^Finot,, le journaliste» était resté*

— Je sais tout, dit des Lupeaulx quand, il: fui bien assis snc la causeuse au coin du feu, sa tasse de thé à. la main, madame Rabourdin debout devant lui, tenant une assiettée pleine de sandwiches et de tranches d'un, g^au bieui justement nommé gâteau, de plomb Finot, mon cher et spirituel ami, vous pourrez rendre service à notre gracieuse rein# en lâchant quelques chiens après des hommes da qui oius causerons. Vous avez contre vous, dit-il à mon^ear Baboui<« din en baissant la voix pour n'être entendu que des tisois personnes auxquelles il s'adressaili, des usuriers et le deiné, Targent et l'église^ L'surticle du joumajl libéral a été ae« mandé par un vieil escon^leur à qiû l'on avait des obli||^ tioDfi, mais le petit bonbomme qui l'a fait s'en soucie peoi. La rédaction en chef de ce^ journal change dans trois jonGk ^ nous) revi^roBs, IMessus. L'opposiMok royaliste» cai nous avnns» grftce à M^ de CbàteauMandy une oppo^^oii ro^ajisteit. c'est-Mire qu'il > a des royalistes cpuù passent au lUÀéraux*, mais ne faisons paa de hanto politique; eeaassiir «ins de Cbades. X m'oni promis leur appui en mettao^.pMvr gm à votEO nomination noire awwebatioa à l'iMiditltim

LBâi KMAIiOYftd, 299

amendements. Toutes mes baUerîea sont, dressées. Si Ton nous* impose Baudoyer, nous dicons àiUi grande aumônerie: « Tel el tei journal et messieurs têU< et tels attaqueront la loi que vous Toultt^ et toute la. presse sera oontre ( car les journaux miûstériels que je tiens seront sourds etmuets, ils le sont assez, nfest)-oe pasFiaût?) Nommez Robourdin, et vous aurez rc^inioa pour vous. » BauvresBonifacesde gens de provinee qui* se carrent; dans leum fauteuils au coin du feu, très-heiireivi. del-indépméafluM des or^ianes de l'opinion, ah! 9àï\

— - Hi, bi, hi ! fit Andoche Finot.

— Ainsi, soyeK. tranquille, dit des Lupeaulx. J'ai tout arran^;^ ce soir. La grande aumOnerie pliera.

— J^aurais mieux aimé perdre tout e^oir et vous avoir à dîner, lui dit Gélestine à Toreille en le regardant d'un air fâché qui pouvait passer pour Texpression d'un amour fou.

— Voici qui m'obtiendra ma grâce, repril-il« en lui remettant une invitation pour la soirée de mardi.

Gélestine ouvrit la lettre, et le plaisir le plus rouge anima ses traits. Aucune jouissance ne peut se comparer à celle de la Vanité triomphante.

— Vous savez ce qu*est la soirée du mardi, reprit desLupeaulx en prenant un air mystérieux ; c'esi dans i: nistére comme le Petit-Château à la cour. Tous :

ccBur du pouvoir I II y aura la comtesse Féraud, qui jours en faveur malgré la mort de Louis XVIfl, Del Nocingen, madame de Listomère, la marquise d votre chère de Camps que j'ai priée afin que vous uu appui dans le cas où les femmes vous hlakholkr< veux vous voir au milieu de ce monde-là.

Gélestine hochait la tête comme un ptsr sang course, et relisait l'invitation comme Baudoyer et astaient relu Hurs articles dans les journaux, sans iexk rassasier.

— * Là d'abord, et un jour aux Tuileries, dit-ell Lupeaulx.

Des Lupeaulx fat effrayé du mot et de Tattitude, exprimaient d'ambition et de sécurité. — Neserais-

marchepied? se dit-il. Il se leva, s'en alla dans la chambrée coucher de madame Rabourdin, et y fut suivi par elle, car elle avait compris à un geste du secrétaire général qu'il voulait lui parler en secret. — Hé bien I le plan ? dit-Ù.

— Bah I des bêtises d'honnête homme I II veut supprimer quinze mille employés et n'en garder que cinq ou six mille ; vous n'avez pas idée d'une monstruosité pareille, Je vous ferai lire son mémoin» quand la copie en sera terminée. Il est de bonne foi. Son catalogue analytique des employés a été dicté par la pensée la plus vertueuse. Pauvre chei homme I

Des Lupeaulx fut d'autant plus rassuré par le rire vrâ qui accompagnait ces railleuses et méprisantes paroles, qu'il se connaissait en mensonges, et que pour le moment Gélestine était de bonne foi.

— Mais enfin, le fond de tout cela? demanda-t-il.

— Hé bien I il veut supprimer la contribution foncière en la remplaçant par des impôts de consommation.

— Mais il y a déjà un an que François Keller et Nucingen ont proposé un plan à peu près semblable, et le ministre médite de dégrever l'impôt foncier.

— Là^ quand je lui disais que ce n'était pas neuf ! s'écria Gélestine en riant.

— Oui, mais il s'est rencontré avec le plus grand financier de l'époque, un homme qui, je vous le dis entre nous, est le Napoléon de la finance ; il doit y avoir au moins quelques idées dans ses moyens d'exécution.

— Tout est vulgaire, fit-elle en imprimant à ses lèvres une moue dédaigneuse. Songez donc qu'il veut gouverner et administrer la France avec cinq ou six mille employés, tandis qu'il faudrait au contraire qu'il n'y eût pas en France une seule personne qui ne fût intéressée au maintien de 11 monarchie.

Des Lupeaulx parui satisfait de trouver un homme mé« diocre dans l'homme auquel il accordait des talents supérieurs.

— • Ëtes-vous bien sûr de la nomination? Youlez-vous u« conseil de femme ? lui dit-elle.

— Vous Yous entendez mieux que nous en trahisons élégantes^ fit des Lupeaulx en hochant la tête.

— Hé bien ! dites Baudoyer à la cour et à la grande aumônerie pour leur ôter tout soupçon et les endormir ; mais, BU dernier moment, écrivez Rabourdin,

— n y a des femmes qui disent oui tant qu'on a besoin d'un homme, et non quand il a joué son rôle, répondit des Lupeaulx.

— J'en connais, lui dit- elle en riant. Mais elles sont bien sottes, car en politique on se retrouve toujours ; c'est bon avec les niais, et vous êtes un homme d'esprit. Selon moi, la plus grande faute que Ton puisse commettre dans la vie est de se brouiller avec un homme supérieur.

— Non, dit des Lupeaulx, car il pardonne. Il n'y a ae danger qu'avec de petits eq)rits rancuniers qui n'ont pas autre chose à faire qu'à se venger, et je passe ma vie à cela.

Quand tout le monde fut parti, Rabourdin resta chez sa femme, et après avoir exigé pour une seule fois son attention, il put lui expliquer son plan en lui faisant comprendre qu'il ne restreignait point et augmentait au contraire le budget, en lui montrant à quels travaux s*empIoyaient les deniers publics, en lui expliquant comment l'État décuplait le mouvement de l'argent en faisant entrer le sien pour un tiers ou pour un quart dans les dépenses qui seraient supportées par des intérêts privés ou de localité ; enfin il lui prouva que son plan était moins une œuvre de théorie qu'une oeuvre fertile en moyeAs d'exécution. Gélestine, enthousiasmée, sauta au cou de son mari et s'assit au coin du feu sur ses genoux.

— Enfin j'ai donc en toi le mari que je rêvais, dit-elle. L'ignorance où j'étais de ton mérite t'a sauvé des griffes de des Lupeaulx. Je l'ai calomnié merveilleusement et de bon eœnr.

Cet homme pleura de bonheur. D avait donc enfin son Jour de triomphe. Après avoir tout entrepris pour plaire à sa femme, il était grand aux yeux de son seul public.

— Et, pour qui te connaît si bon^ si doux, si égal de ca-

MS SCENES 9m (LA VIÏ PlàHISIENNE

raaère,^ iaômsDt, tu es dix Idis pins grand. Ifeti8,^t<4^ vn homme de gém esit toujours (plus <m mcâns «eafam, iftH tsiin enfent, im entot tiei^almé. «-'Elle tira ma imitsûfm deFendroîtoû les fenrnies^neuemee qù'el1eSTe&l«iitiSttcib0r, tt la lui montra. — VoiM «e que je voulais, ilît-etfeB. Da Lupeaulx m'a mise en prince du ministèFe, «t fSil-îlde brame, <e6tte £xeeillenc8 «sem pendant tfiielqoe ten^ Wtt serviteur.

Dès le lendemaiD, Gi^estine Vo(5Ciipa de sa ^éseatatioD au cercle îmime 'ôa ministre. 'C'était *sib grande jetamée, I elle! Jamais 45ourtisane oe prit tant de soin ^'elleHnémeii» «ette honnête femme ti^m pdi ée sa personne. 9a»nis eoo* turière ne fut pkts tmrrmentée que la siemore, «t jnmois^cefr' tarière «e ^comprit imeuK IMmportantsede son ntt. enfin madame fRaboundin n'oublta mn. Elle alla i^e^^meme cbtt m loueur de voitures, pour <oboisir un eoopé qui ne fttt ni vient, ni bourgeois, ni insolent. Son domestique, comme les dlh «estiques de bonne maisoii, Itn t6Viu'â'«ffv^r4*air ti'miinAtre. Puis, vers di'x heures du soir, le fameux mardi, -elle «mk ^ dans une délicieime toilette <de deuil. Elle-^était ceiftieecm des grappes de raisin en jais du plus IseanHravaîl^ii&e'panK de mille écus -commandée cb^ *Possin par une Affi^aàe partie sans ia prendre. Les feuilles étaient ea lames de fsr tstampé, légères comme de véritables feuilles ée "vigne, « Tartisie n*«valt pas tmblié ces vnlles si gracieuses, «destàfée 4 s'entortiller âa»s les boucles, comme elles s'aecrochfaaii r.Mit rameau. Les bracelets, le ooHieret lespendanis â'oreiDft Itaient en fer dit de Berlin ; mais ces déliâtes trrobesqaa i^enaiesit de tienne, m sembkéent «voir ^été feites par tsa dées qui, dans les contes, sont chargées par quelque Car^ îosse jalouse d'amasser des yeux de fourmis, ou de filer des pièces de oile contenues dans une noisette. Sa tnMe amincie déjà par le noir savait 'été mise en reHe^ psr tme robe d'une coupe étudiée, et qui s'arrêtait à l'épaule dans la courbure, sans épaulettes; À > chaque iTiouvement, il semblait que la, femme, comme un papillon, allait sortir de son enveloppe, ^ néanmoins la robe tenait par une invention de la divine couturière. La robe était en mousseline de laine

LUS EMPU0YS8 80^

4H/Seqae WMfvimtiVn%ytài psstencGve envoyée A (IMs, une dMse^éftoife qui^pkiS'iardieut lœtiiiccès £(m.€e'Bu«eè»alia ipkis kfin^e ne imitieâ «odes^n France. yéCMomieipositWe fie la «lousseliiie ide kûie, 4fui ^ne «oftfiepas 4e blattelm8a(9e, «a nui pk» tard aux éloffes de<DOton, de manière à révc^utionner la (iabriqne é Romn. JLe f>ied de Oëlesiàiey chaussé d*iin bas à maiUes fines et d'4tti soulier de satin >tnvc, '€ar le grand deuil exohtait le satin de soie, avait une tonr» nure supérieure. Célestine fait bien belle '^insi. Son teint, Tavivé par un bain au son, avait un éclat doux. Ses yeux^ baignés par les ondes de Tespoir, étineelant d'esprit, attestaient cette supériorité 4lont parlait alors rheureux et fier dea Lupeaulx. Elle fit bien son entrée, et les femmes sauront apprécier le sans ée cette j^rase. Bile salua gracieusement la femme du ministre, en conciliant le respect qu'elle hii ^devait avec sa propre valeur à elle, et ne la choqua point tout en «se posant émos sa majesté, car chaque belle femme «st une reine. Aussi eut^eHe avec le minfôire cette jolie impertinence que les femmes peuvent «e permettre avec les hommes, fussent^ilsgvands-ducs. Elle examina le terrain en s'asseyant, et se trouva dans une de ces soirées choisies, peu nombrecses, où les femmes peuvent se toiser, se bien apprécier, où la moindre parole retentit dans toutes les oreilles^ où chaque regard porte coup, où la conversation est un duel avec témoins, eu ce qui est médiocre devient plat, mats où tout mérite est accueilli silencieusement, comme étant au niveau de chaque esprit. Rabourdin était al/é se confiner dans un salon voisin où Ton jouait, et il resta planté sur ses pieds à fédre gpderie, ce qui prouve qu^il ne manquait paa d'esprit.

— Ma chère, dit la marquise d'Espard à la comtesse Péraud, la dernière maîtresse de Louis XYIII, Paris est unique t il en sort, sans qu'on s'y attende et sans qu'on sache d'où, des femmes comme celle-ci, qui semblent tout pou voir et tout vouloir.. •

— Mais elle peut et veut tout, dit des Lupeaulx en se rengorgeant.

En ce moment, la rosée Rabourdin courtisait la fomme

du ministre. Stylée, la yeille, par des Lupeaulx, qui eonnaissait les endroits faibles de la comtesse, elle la caressait sans avoir Tair d'y toucher. Puis elle garda le silence à propos, car des Lupeaulx, tout amoureux qu'il était, avait remarqué les défauts de cette femme, et lui avait dit la veille: Surtout ne parlez pas trop! Enorhitante preuve d'attachement. Si Bertrand Barrèrc a laissé ce sublime axiome : N'interromps pas une femme qui danse pour lui donner m avis, on peut y ajouter celui-ci : Ne reproche pas à wu femme de semer ses perles ! afin de rendre ce chapitre di code femelle complet. La conversation devint générale. De temps en temps^ madame Rabourdin y mit la langue comme une chatte bien apprise met la patte sur les dentelles de st maîtresse, en veloutant ses griffes. Gomme cœur, le ministre avait peu de fantaisi3s;la Restauration n'eut pas d'homme d'Etal plus fini sur l'article de la galanterie, et T opposition du Miroir^ de la Pandore, du Figaro ne trouva pas le ptos léger battement d'artère à lui reprocher. Sa maîtresse était l'ËTOiLE, et, chose bizarre, elle lui fut fidèle dans le malneur, elle y gagnait sans doute encore ! Madame Rabourdia savait cela; mais elle savait aussi qu'il revient des esprits dans les vieux châteaux, elle s'était donc mis en tête de rendre le ministre jaloux du bonheur, encore sous bénéfice d'inventaire, dont paraissait jouir des Lupeaulx. En ce moment, des Lupeaulx se gargarisait avec le nom de Célestine. Pour lancer sa prétendue maîtresse, il se tuait à faire comprendre à la marquise d'Ëspard, à madame de Nudngen et à la comtesse, dans une conversation à huit oreilles, qu'elles devaient admettre madame Rabourdin dans leur eoalition , et madame de Camps l'appuyait. Au bout d'imo heure, le ministre avait été fortement égratigné, Pesprit de madame Rabourdin lui plaisait ; elle avait séduit sa femme qui, tout enchantée de cette sirène, venait de Tioviter ^ venir quand elle le voudrait.

— Car, ma chère, avait dit la femme du ministre à Celestinc,' votre mari sera bientôt directeur, l'intention dt ministre est de réunir deux divisions et d'en faire nne direction, vous serez alors des nôtres*

I^IS EMPLOYBa 30i

VM^ceilmee emmena madame Rabourdin pour M moa^ trer une pièce det son appartement devenue célèbre par lem ppétendues profoùoiis que Toppositida lui 9Nm% reprochëeS) et âéoMHilTarlattaiseriedlajoiiiaisâûme.IL lui donn»

— En vérité, madame, vous devriez bien nous fwre la grâce, à. la comlesse et à mol, et venir souvenir. Et il lui débita des galanteries de ministre»

— Mais, monseigneur, dit-elle en lui lançant un de eei regards qae les femmes tiennent en réserve, il mo semble que cela dépend de vous;

— Gomment f

— Mais vQua^ pouvez m'ai donner le droit.

-— Expliquez-vous.

— Non, je me suis dit en venant ici que je n'aurais pas le mauvais goût de faire la solliciteuse*

— Parlez t les placets de ce genre ne sont pas déplacés, dit le ministre en riant.

n n'y a rien comme Le» bfttisesrda ee genre pooF amuaer ces bommes graves.

— Eé bien I il est ridicule à la femme d'ua cbef de bureau de paraître souvent ici, tandis que k femme, d'ui directeur n'y serait pas déplacée*

— Laissons cela, dit le ministre, votre mari est un homme indispensable, il est nommé.

— IKtes-vous votre vraie vérilé?

— Voulez-vous venir voir sa nomination dans^mon ea>binet? le travail est fiui.

— Hé bien I dit-elle en restasat dans un coin seule avee le ministre dont Tempressementavaii une vivacité suspecte^ laissez-moi vous dire que je puis vous em v<ktompenser...

Elle allait dévoiler le plan 6^ sob ma^i, lorsque des Lih peaulx, venu su\ la pointe du pied, fit un broum ! brawm ! dé colère qui annon^it qii'il ne vénkàit pas panUtre avoir entendu ce qu'il avait écouté» Le ministre lança un regaré plein de mauvaise humeur au vieux fat pris au piège. Impatient de sa conquête, des> Lupeaulx avait pressé oalrê. mesure le travail du personnel, l'avait remis au ministre,

et voulait venir apporter le lendemain la nomination à celle qui passait pour sa maîtresse. En ce moment, le valet de chambre du ministre se présenta d'un air mystérieux et dit à des Lupeaulx que son valet de chambre l'avait prié de lui remettre aussitôt cette lettre en le prévenant de sa haute importance.

Le secrétaire général alla près d'une lampe, et lut uo aot ainsi conçu :

Contre mon habitude, j'attends dans une antichambn, €t il n'y apoi «ii instant à perdre pour vous arranger axft

Votre serviteur,

Le secrétaire général frémit en reconnaissant cette signature qu'il eût été dommage de ne pas donner en autographe, elle est rare sur la place, et doit être précieuse pour ceux qui cherchent à deviner le caractère des gens d'après la physionomie de leur signature. Si jamais image hiéroglyphique exprima quelque animal, assurément c'est ce nom où l'initiale et la anale figurent une vorace gueule de requin, insatiable, toujours ouverte, accrochant et dévorant tout, le fort et le faible. Il a été impossible de typograpbier l'écriture, elle est trop fine, trop menue et trop serrée, quoique nette ; mais on peut l'imaginer, la phrase n'occupait qu'une ligne. L'esprit de l'escompte, seul, pouvait inspirer une phrase si insolemment impérative et si cruellement irréprochab?^^ elaire et muette, qui disait tout et ne trahissait rien. Gofiseck vous serait inconnu, qu'à l'aspect de cette ligne qui vous faisait venir sans être un ordre, voui eussiez deviné l'implacable argentier de la rue des Grès. Aussi, comme un chien que le chasseur a rappelé, des Lupeaulx quitta-t-il aussitôt la piste, et s'en alla-t-il chez lait songeant à toute sa position compromise* Figurez-vous ui

général en chef à qui son aide de camp vient dire: «Il arrivée r ennemi trente mille hommes de troupes fraîches qui nous prennent en flanc. «Un seul mot expliquera Tarrivée des sieurs Gigonnet et Gobseck sur le champ de ils étaient tous deux chez desLupeaulx. A huit h< Martin Falleix, >«nu sur l'aile des vents, en v francs de guides et d'un postillon en avant, i les actes d'acquisition à la date de la veille. Ai att café Tbémis par Mitral, les contrats avaient p mains des deux usuriers, qui s'étaient empressés au ministère, mais à pied. Onze heures sonnai peaulx tressaillit en voyant les deux sinistres nllonnées par un regard aussi direct que la ba tolet, et brillant comme la flamme du coup.

— Hé bien I qu'y a-t-il, mes maîtres?

Les usuriers restèrent froids et immobiles. Gi tra tour à tour ses dossiers et le valet de chan

— Passons dans mon cabinet, dit des Lupoi voyant par un geste son valet de chambre.

— > Vous entendez le français à ravir, dit Gig

— Venez-vous tourmenter un homme qui v< gner à chacun deux cent mille francs? dit-il échapper un mouvement de hauteur.

— Et qui nous en fera gagner encore, j'esp gonnet.

— Une affaire?... reprit des L{?peaulx. Si v soin de moi, j'ai de la mémoire.

— Et nous les vôtres, répondit Gigonnet.

— On payera mes dettes, dit dédaigneusen ^ eaulx pour ne pas se laisser entamer.

— Vrai, dit Gobseck.

— - Allons au fait, mon fils, dit Gigonnet. N pas comme ça dans votre cravate, avec nous Prenez ces actes et lisez-les.

Les deux usuriers inventorièrent le cabine peaulx, pendant qu'il lisait avec étonnement el CM eontrats qui lui semblèrent jetés des nues f

-» I>ra^z-vouft pas en nous des bommes d* affinres Hgents? dii GigOBiieU

— liais à <pioi dots-je vue si Mnk coopâm^M^t fit des Liqpcanlx inquiet.

•— Nous savions, il y s huit jours, oe <|ae^8aasno«Sy Yom ie sauriee cpie desaain; le préaideni du tribunal ée comsterce, député, se imi forcé de donner sa démiasien.

Les yeux de 'des Lupeaulx se dilatèrent eft deviniéiit grands comme des margnerites*

— Totre mtrâfere tous jouait ce toor^là^ dit le eoneii Goliseeli.

— - Yons ôtes mes nudtres^ dit le secrétaire giâaëral m s'inclinant avec wê profond respect empreint de nDioifiierie.

— Juste, dit Gobseck.

— Ifais TOUS aUes m'étmglert

— Possible»

~ Bh bïeaài, àiroanvre, bousreaux n^nt eit soamiii le secrétaire général.

— Vous voyez, reprit Gigonoet^ vos créance» sont insoritea avec Targeat pr^ pour racquisition.

— Yoici les titres, dit Gobseck en tinmt de la foéh% de sa redicgote verdâtre des dossiers d'avoué..

— Tous satez trois ans pour rembourser le tout^ dit (Hgonnet.

— Mais, dit des Lupeaulx effrayé de tant de complaisance et d'un arrangement si fantastique, que voulez-vous de moi?

— La place de La Billardière pour Baudoyer, (fit vivement Gigonnet.

— C'est bien peu de chose , quoique j'aie Timposaible à Mre, répond' t des Lupeaulx, je me suis lié les mains,

— Vous rongerez les oordep avec vos dmits, di^ Gi« gonnet,

— Elles sonl pointues I ajouta Gobseck.

— Esl-ce tout? dit des LupeaubL

— ^NiHis gardons les pièces juttpfà l'admisBion de ees eréaaces4à, dit Çigonnet en mettant un état sou» les yens du secrétaire général ; si elles ne sont pas reconnues par U

tiES EMPLOYÉS 309

eomniisnon dans six jours, vos noms sur cet ^ote seitoat remplacés par les miens.

— - Vous êtes habile, s'écria le secrétaire générak

*- Juste, dit Gobseck.

-* Voilà tout? iîl des Lupeaulx*

*- Vrai, dît (iobseck.

— Est-ce fait? demanda Gi^nnel.

Des Lc^peaiilx inclina la tête.

— Eh bien, signez cette procuration, dit Gigonnet* Dans deux jours la nomination de Baudoyer, dans six les créances reconnues, et...

— Et quoi? dit des Lupeanix* -— Nous vous garantissons...

— • Quoi? fit des Lupeaulx de plus en plus étonné.

— Votre nomination, répondit Gigonnet en se grandissant snr ses ergots. Nous faisons la majorité avec cinquante-deux ?oix de femners et d'industriels qui obéiront à votre préteur.

Des Lupeaulx serra la main de Gigonnet.

— D n'y a qu'entre nous que les malentendus sont imposnblesy dit-il, voilà ce qui s'appelle des affaires I Aussi vous ymettrai-je la réjouissance.

— Jûfte, dit Gobseck.

— - Que sera-ce? demanda Gigonnet.

— La croix pour votre imbécile de neveu.

— - Bon, fit Gigonnet, vous le connaissez bien. Les usuriers saluèrent alors des Lupeaulx, qui les recondBÎsit jusque «ur f^scdier.

— C'est donc les envoyés secrets de quelques puissances étrangères? se dirent les deux valets de chambre.

Dans la me, les deux usuriers se regardèrent en rianti à la lueur d'un réveii>ère.

— B nous devra neuf mille francs d'inirrôt par an, et la terre en rapporte à peine cinq net, s'écria Gigonnet.

— n est dans nos mains pour longtemps, dit Gobseck.

— Il bâtira, il fera des folies, répondit Gigonnet, Falleîx achètera la terre.

310 SCENES DE LA VIK PAlCISIBIfNB

•^ Son affaire est d'être dépulé, le loup se iLoque di reste, dit Gobseck.

— Hé,hél

Ces petites exclamations sèches servaient de rire aux dein usuriers, qui se rendirent à pied au café Thémis.

Des Lupeaulx revint au salon et trouva madame Rabourdin faisant très-bien la roue, elle était charmante, et le mioistre, ordinsdrement si triste, avait une figure déridée et gracieuse.

— Elle opère des miracles, se dit des Lupeaulx. Quelle femme précieuse I il faut la pénétrer jusqu'au fond du cœur.

— Elle est décidément très-bien, votre petite dame, dit la marquise au secrétaire général, il ne lui manque qœ Totre nom.

— Oui, son seul tort est d'êtv<; la fjlle d'un commissairepriseur, elle périra par le défaut de naissance, répondit des Lupeaulx d'un air froid qui contrastait avec la chaleur qu'il avait mise à parler de madame Rabourdin un instant auparavant.

La marquise regarda fixement des Lupeaulx.

•— Vous leur avez jeté un coup d'œil qui ne m'a pai échappé, dit-elle en montrant le ministre et madame Rsbourdin, il a percé le nuage de vos lunettes. Vous êtes amusants tous deux, à vous disputer cet os-là.

Gomme la marquise passait la porte, le ministre courut I elle et la reconduisit.

— Eh bien! dit des Lupeaulx à madame Rabourdin, q» pensez-vous de notre ministre?

— Il est charmant. Vraiment, répondit-elle en élevant la voix pour se faire entendre de la femme de l'Excellence, i! faut les connaître pour les apprécier ces pauvres ministres. Les petits journaux et les calomnies de l'opposition défigurent tant les hommes politiques, que l'on finît par se laisser influencer; mais ces préventions tournent à leur avantage quand on les voit.

— Il est très-bien, dit des Lupeaulx.

— Eh bien, je vous assure qu'on peut Faimer, diUelle avec bonhomie. #

— Chère enfant, dit des Lupeaulx, en prenant à son tout un air bonhomme et câlin, vous avez fait la chose impos* sible.

— Quoi? dit-elle.

— Vous avez ressuscité un mort, je ne lui croyais pas d^ cœur, demandez à sa femme I il en a juste de quoi défrayée une fantaisie ; mais profitez-en, venez par ici, ne soyez pas étonnée. Il amena madame Rabourdin dans le boudoir et s'assit avec elle sur le divan. — Vous êtes une rusée, et je vous en aime davantage. Entre nous, vous êtes une femme supérieure. Des Lupeaulx vous a conduite ici, tout est dit pour lui, n'est-ce pas ? D'ailleurs, quand on se décide à aimer par intérêt, il vaut mieux prendre un sexagénaire ministre qu'un quadragénaire secrétaire général: il y a plus de pro* fit s et moins d'ennuis. Je suis un homme à lunettes, à tète poudrée, usé par les plaisirs, le bel amour que cela ferait ! Oh ! je me suis dit cela! S'il faut absolument accorder quelque chose à l'utile, je ne serai jamais l'agréable, n'est-ce pas ? Il faut être fou pour ne pas savoir raisonner sa position. Tous pouvez m'avouer la vérité, me montrer le fond de votre cœur ; nous sommes deux associés et non pas deux amants. Si j'ai quelque caprice, vous êtes trop supérieure pour faire attention à de telles misères, et vous me le passerez; autrement vous auriez des idées de petite pensionnaire ou de bourgeoise de la rue Saint-Denis! Bahl nous sommes plus élevés que tout cela, vous et moi. Voilà la marquise d'Espard qui s'en va, croyez-vous qu'elle ne pense pas ainsi ? Nous nous sommes entendus ensemble il y a deux ans (le fatl), eh bien! elle n'a qu'à m'écrire un mot, et U n'est pas long: Mon cher des Lupeaulx, vous m'obligerez de faire Jelle ou telle chose! c'est exécuté ponctuellement; nous pensons en ce moment à faire interdire son mari. Vous «utrrs femmes, il ne vous en coûte que du plaisir pour avoir ..^e que vous voulez. Eh bien, donc, enjuponnez le ministre, chère enfant, je vous y aiderai, c'est dans mon intérêt. Oui^ je lui voudrais une femme qui l'influençât, il ne m'échap-

311 SCÈNES Dffi LA TfB PARISIENNE

perait fm; il m'échap|»e «quelquetbiB, et «oefla se 'ooaaçeit, je «e le tiens que par sa raison: en m'entendant avec une jc^e femme, je le tiendrais par «a folie, let c'est filns fort. Ainsiy restons boas anis, éi. partageons le crédit ^pe ^mos ornez.

Madame Eal)ourdib écouta dans le plus profond étonne- Vient cette singulière profession de rouerie. La naïveté 4n oommerçant politique excluait tonte idée de surprise

— ^Croyefr-vous qu'il ait fait attention 4 moi? Ini demanda- VeHe prise an piège*

— Je le connais, j*«Q snis sûr.

— Est41 vrai ^ne la nomination de Rabonvdin -aail rignée?

— Jelm ai remis le travail ee matin. Mais ce n^est nei «ncore que d'être directeur, 'H foat être maître des isfuêtes.-

— Oui, dit-elle.

— £h hknl retUf», eoqaetez «fec rEicellenoe.

^¥raîn%nt, (ttt^eUe, œ n'est que de ce soir que j*» pu

Ijien yoos^sonnattve. Vous a'aivez lien de vulgaire.

— Akisi donc, reprit des Lupeaulx, nous sommes deux vieux amis, et nous supprimons les ûrs tendres, famon? ennuyeux, ponr entendre la qnestion comme sons la Régence, «ù 'Peu avait beaucoup d'esprit.

— Vous êtes vraiment fort, et vous avez mon admiration, dit-^le en souriant et lui tendant la main. Vous aaufe2 que l'on fait plus pour son ami que pour son..*

Elle n'acheva pas et rentnt.

— Chère petite, se dit des Lupeaulx ft lui-même en k regardant aborder le ministre, des Lupeaoflx n'a plus derenords à se retourner contre toi 1 Demain soir, en m'offradt «ne tasse de thé, tu m'offrira^^ ce dont je ne veux plus... Tout est dit ! Ah I quand nous avons quarante ans, les femmes nous attrapent toujours, on ne peut pkis être aimé.

Il entra dans le salon après s^re toisé dans la glaoe et <être reconnu pour nn fort joli homme p(^tique, maisfov nn parfeit invalide de Cylhère. Bn ce moment, madame Rabourdhi se résumait. Elle méditaitde s'en aller et s'effiovçaK de laisser dais feaprit de cl»oun tunedeamière et gracieiiae

LES EMPLOYÉS 3lS

«mpression, elle y réussit Contre la coutume des salons, yaand elle ne fut plus là, chacun s'écria : « La charmante femme 1 » et le ministre la reconduisii jusqu'à la dernière porte.

— Je suis knen sûr que demain vous penserez à''moi,4iftil au ménage en faisant allusion à la nomination.

•— U y a si peu de hauts fonctionnaires dont les femmes soient ifgréabl^ que je suis tout content de noire acquisition, dit le ministre en rentrant,

— Ne Ia4rouvez-Yons pas un peu envahissante? dit des Lupeaulx d'un air piqué.

Les femmes échangèrent enU'e elles des regards expres- »£s, la rivalité du ministre et de son secrétaire général les amusait. Alors eut lieu Tune de ces jolies mystificaiioas auxquelles s'entendent si admirablement les Parisiennes. Les femmes animèrimt le ministre et des Lupeaulx en s'occupant de madame Rabourdin ; Tune la trouva trop apprêtée et visant à Te^rit ; Tautre compara les grâces de la bourgeoisie aux manières de la grande compagnie pim de critiq[uer Gélestine , et des Lupeaulx défendit sa prétendue maltresse, comme on défend ses ennemis dans les salons.

— Rendeznlui donc justice, mesdames t N'esl-il pas extraordinaire que la fille d'un commissaire-priseur soit si bien ! Voyez d'où elle est partie, et voyez où elle est ; elle ira aux Tuileries, elle en a la prétention, elle me Ta dit.

— Si elle est la fille d'un commissaire, dit madame d'Espard en souriant, en quoi cela peut-il nuire à l'avancement de son mari ?

—Par le temps qui court, n'est-ce pas T dit la femme du ministre en se pinçant les lèvres. *

— Madame, dit sévèrement le ministre à la marquise, avec des mots pareils, que malheureusement la cour n'épargne à personne, on prépare des révolutions. Vous ne sauriez croire combien l'a conduite peu mesovée de TaristocraUe d^lalt à certains personnages clairvoyants du diâteau. Si j'étais grand seigneur, au lieu d'être un petit gentilhomme de province qui semble être mis où je suis pour faire vos affaires, la monarchie ne serait pas aussi màï amm

que je la vois. Que devient un trône qui ne sait pas commn» niquer 'V)n éclat à ceux qui le représentent? Nous sommes loin du temps où le roi faisait grands par sa seule volonté les Louvois, lesColbert, les Richelieu, les Jeannin, les YUleroy et les Sully... Oui, Sully, à son début, n'était pas plus que je ne suis. Je vous parle ainsi parce que nous sommes entre nous et que je serais, en effet, bien peu de chose si je me choquais d*une pareille misère. C'est à nous et non aux autres à nous rendre grands.

— Tu es nommé, mon cher, dit Gélcstine en serrant la main de son mari. Sans le des Lupeanlx, j'eusse expliqué ton plan au ministre ; msds ce sera pour mardi prochain, et tu pourras ainsi devenir plus promptement maître des requêtes.

Dans la vie de toutes les femmes, il est un jour où elles ont brillé de tout leur éclat, et qui leur donne un étemel souvenir auquel elles reviennent complaisamment. Quand madame Rabourdin défit un à un les artifices de sa parure, die récapitula sa soirée en la comptant parmi ses jours de gloire et de bonheur ; toutes ses beautés avaient été jalousées^ elle avait été vantée par la femme du ministre, heureuse de l'opposer à ses amies. Enfin toutes ses vanités avaient rayonné au profit de l'amour conjugal. Rabourdin était nommé !

— N'étais-je pas bien ce soir ? dit-elle à son mari conmie si elle avait eu besoin de l'animer.

En ce moment Mitral, qui attendait au café Thëmis les deux usuriers, les vit entrer et n'aperçut rien sur ces deux figures impassibles.

— Où en sommes-nous? leur dit-il quand ils forent atta* Méft.

— Eh bien ! comme toujours, dit Gi^onnet en se frottant les mains, la victoire aux écus.

— Vrai, répondit Gobseck.

Mitral prit un cabriolet, alla trouver les Saillard et les Baudoyer, chez qui le boston s' était prolongé ; mais il ne restait plus que l'abbé Gaudron. Falleix, quasi-mort de fa* tigue, était ailé se coucher.

LES EMPLOYÉS Sl5

>— Vous serez nommé, mon neveu, et Ton tous résenre une surprise.

^ Quoi? dit Saillaid.

— La croix I s'écria Mitral.

— Dieu protège ceux qui songent à ses autels I dit 6audron.

On chantait ainsi le Te Beum dans les deux camps avee on égal bonheur.

Le lendemain, mercredi, monsieur Rabourdin devait travailler avec le ministre, car il faisait Tintérim depuis la maladie de défunt La Billardière. Ces jours-là, les employés étaient fort exacts, les garçons de bureau très-empressés, car les jours de signature tout est en Tair dans les bureaux, et pourquoi ? personne ne le sait. Les trois garçons étaient donc à leur poste, et se flattaient d'avoir quelque gratification, car le bruit de la nomination de monsieur Rabourdin s'était répandu la veille par les soins de des Lupeaulx. L'oncle Antoine et l'huissier Laurent se trouvaient en grande tenue, quand, à huit heures moins un quart, le garçon du secrétariat vint prier Antoine de remettre en secret à monsieur Dutocq une lettre que le secrétaire général lui avait dit d'aller porter chez le commis principal à sept heures.

— Je ne sais pas comment cela s'est fait, mon vieux, j'ai dormi, dormi, que je ne fais que de me réveiller. 11 me chanterait une gamme d'enfer s'il savait qu'elle n'est pas à son adresse; au lieur que, comme ça, je lui soutiendraique je l'ai remise moi-môme chez monsieur Dutocq. Un fameux secret, père Antoine ; ne dites rien aux employés ; parole ! ^1 me renverrait, je perdrais ma place pour un seul mot, a-t-i) ditl

— Qu*6st-ce qu'il y a donc dedans î dit Antoine.

— Rien. Je l'ai regardée comme ça, tenez.

Et il fit bâiller là lettre, qui ne laissa voir que du blanc.

— C'est aujourd'hui le grand jour pour vous, Laurent, dit le garçon du secrétariat, vous allez avoir un nouveau directeur. Décidément, on fait des économies, on réunit deux divisions en une direction» icare aux garçons 1

3t6 SGÈNRg DS LA Vl£ PARISIBNNE

«~ Uni, oeof emptoyés mis à la retrft^ ék Dalocq qù arrivait. Gomment savez-vous cela, vous autres?

Antoine présenta la lettre à Dutocq, qoà dégringola ks escaliers et courut au secrétariat après Tavoi' ouverte.

fiepuii le leur de la mort de monsiettr de La BiUardière» après avoir bien bavardé, les deux bureaux'' Rabourdin et Baudoy^ avaient fini par reprendre l^r physionomie accoutumée et les habitudes du dolce far niente adminîstratit Cependant la fin de Tannée imprimait dans les bureaux um sorte d'£q;>plieation studieuse, de même qu'elle donne quelle chose de plus onctueusement servile aux portiers. Chacun venait à llieure, on remarquait plus de monde après quatre heures, car la distribution des gratifications dépend des dernières impressions qu'on laisse de soi dans l'esprit des chefs. La veille, la nouvelle de la réunion des deux divisons La Billardière et Clergeot en une direction, sous une dénomination nouvelle, avait agité les deux divisions. On savait le nombre des enq)loy^8 mis à k retraite, nuds on ignorait leurs noms. On supposait bien que Poiret ne serait pas remplacé, on ferait l'économie de sa place. Le petit La Billardière s^èn était allé. Deux nouveaux surnuméraires arrivaient; et, circonstance efifrayantet ils étaient fils de députés. La nouvelle jetée la veille dans les bureaux, am moment où les employés partaient, avait imprimé la terreur dans les consciences. Ausd, pendant la demi-heure d'arrir Tée, y eut-il des causeries autour des poêles. Avant que personne ne fût arrivé, Dutocq vit des Lupeauix à sa toilette; et^ sans quitter son rasoir, le secrétaire général lui jeta k Mup d'œil du général intimant un ordre.

«—Sommes-nous seuls? lui dit-il*

— Oui, monsieur*

•^ Bh bien I marchez sur Rabourdia, en avant el fennel vous devez avoir gardé une copie de son étaL

— Oui.

— - Vous me comprenez : Inde irœ! Il nous Sant un MU fénéral. Sachez inventer quelque chose pour actiw lâê dameurs...

ttS BVPEOYtS 817

«--l&pms ûtirc faire ime caricature, irais je n*ai fêsisù% MBtB francs à donaer..

— Qui la fèrat

— Bixiou !

— II aura mille francs, et sert flons^dief sons Collège qui s'entendra avec kiû

— « Mais il E^me «noira pasL

•<-- V<Miles*i|oiisme eompromettrei^ par hasard? Allez, o« sjnon rien, entendez^vous?

— Si monsieur Baudoyer est direeteur^ il pourrait prêter lasGonme.^

— Oui^ il le sera» Laissez-moi^ dépêchez-nous, et n'ayeii p» Tair de m'avoir tu, descendez par la petit escalier*

Pendaftt que Dulocq revenait au bureaa le coeur palpitant de^^e, en se demandant par quels moyens il eiDciterait la ituncnr ecmire son chef ssheis trop se compromettre, J^iioii âaî&eiiirë dies les Rabourdin pour leur dire un petit bon- Î0ur..etoyact avoir perdu, le mystificateur trouva piaisaai 4e se poser conmae ayant gagné.

BIXIOU^ mitani la wix âè PhelHan.

Messieurs, je vous salue, et vous dépose un bonjour collectif. J'indique dimanche prochain pour un dîner au Rocher de Gancale; mais une question grave se présente : les^ employés supprimés en sont-ils f

PomET.

Même ceux qui prennent leur retraite.

BDUOU.

Ça m^est égal, ce n^est pas moi qm paye. (Sh^fifCiUm générale,) Baudoyer est nommé, je voudrais déjà l'entendre appelant Laurent ! (H copie Baudoyer,)

Laurent, lerrez ma hairt^ avee ma iHidpllnib

(Tous pouffent de rire.)

Ris d'aboyeur d'oie 1 Golleville a raison avec ses ana* grammes, car vous savez l'anagramme de Ximer Rabaur^ dm^ diefde hwrem^ c'est : D'abord rêva bureaiuXj E-u fi»

31S SCÈNES DE LA VIE PARISIBIflfl

riche. Si je m'appelais Charles X, par la grâce de Dkh^ m de France et de Navarre, je tremblerais de voir le deslûl que me prophétise mon anagramme s'accomplir ainsi.

THUILLIER

Âh çà, vous voulez rire I

BIXIOU^ Itti riant au nei.

Ris au laid (riz au lait) I II est joli celui-là, papa Thuilfier, car vous n'êtes pas beau. Rabourdin donne sa démission de rage de savoir Baudoyer directeur, VIMEUX^ entrant

Quelle farce ! Antoine, à qui je rendais trente ou quarante francs, m'a dit que monsieur et madame Rabourdin avaient été reçus hier à la soirée particulière du ministre et y étaient restés jusqu'à minuit moins un quart. Son Excellence a reconduit madame Rabourdin jusque sur l'escalier, il paraît qu'elle était divinement mise. Enfin, il est certainement directeur. Riffé, l'expéditionnaire du personnel, a passé la nuit pour achever plus promptement le travail : ce n'est plus un mystère. Monsieur Glergeot a sa retraite. Après trente ans de services, ce n'est pas une disgrftce. Monsieur Gochin, qui est riohe...

BIXIdD.

Selon Gollcville, il fait cochenille»

VIMEUX

Mais il est dans la cochenille, car il est associé de la mai son Matifat, rue des Lombards. Eh bien ! il a sa retraite. Poiret a sa retraite. Tous deux, ils ne sont pas remplacés. Yoill le positif, le reste n'est pas connu. La nomination de monsieur Rabourdin vient ce matin, on craint des intrigues.

BIXIOU

Quelles intrigues?

FLEURT.

Baudoyer, parbleu f le parti prêtre l'appuie, et voilà m nouvel article du journal libéral : il n'a que deux lignes, Aiais il est drôle. (// lit.)

c Quelques personnes parlai^it hier au foyer des Italiens * de la rentrée de monsieur Gh&teaubriand au ministère,

» et se fondaient sur le choix que Ton a fait de monsieur » Rabourdin, le protégé des amis du noble vicomte, pour » remplir la place primitivement destinée à monsieur Bau- » doyer. Le parti prêtre n'aura pu reculer que devant une » transaction avec le grand écrivain. » Canailles I DUTOCQ, entrant après avoir entendu.

Qui, canaille? Rabourdin? Vous savez donc la nouvelle?

PLEURY, roulant des \feux féroces.

Rabourdin?... une canaille ? Êtes-vous fou, Dulocq, et Youlei-vous une balle pour vous mettre du plomb dans la cervelle?

DUTOCQ

Je n'ai rien dit contre monsieur Rabourdin, seulement on vient de me confier sous le secret dans la cour qu'il avait dénoncé beaucoup d'employés, donné des notes, enfin que sa faveur avait pour cause un travail sur les ministères où chacun de nous est enfoncé...

PHELLION, d'une votj:/brte.

Monsieur Rabourdin est incapable...

BIXIOU

C'est du propre ! dites donc, Dutocq? {Ils se disent im mot à l'oreille et sortent dans le corridor.^ BIXIOU.

Qu'est-ce qu'il arrive donc ?

DUTOCQ

Vous souvenez-vous de la caricature?

BIXIOU

Oui, eh bien ?

DUTOCQ

Faites-la, vom êtes sous-chef, et vous aurez une femeuse gratification. Voyez-vous, mon cher, il y a zizanie dans les région? supérieures. Le ministère est engagé envers Rabourdin: mais s'il ne nomme pas Baudoyer, il se brouille avec le clergé. Vous ne savez pas? le roi, le dauphin et la dauphme, la grande aumônerie, enfin la cour veut Baudoyer le ministère veut Rabourdin. '

8M^ SCÈNES m Li. YUB PABISIENNI

MXIOH.

Boni

R>up po^woir se nqpproefaer, car le imnistre a va lir cecessité de f!éder, yeux tner la diffîcultcr. U faut une eaose pour se défaire da Rabourdia. On a donc déniché un ancien travail fait par loi sur les adminis^trations pour les épuiw. et il en circule quelque .chose. Du moins, voilà conunent j'essaye de m'expliquer là chose. Faites le dessin, vous entrez dans le jeu des sommités, vous servez à la fbis lie ministère, la cour, tout le monde, et vous êtes nommé. Gdmprenez-vous?

Bixiocr.

Je ne comprends pas comment Tonr fouvez saToir tout cela, ou bien vous Finventez.

DUTOGQ.

Voulez-vous qu« je vous montre votre artîclteT

Bixion.

Oui.

DUTOCQ

Eh bien ! venez chez moi, car je veux remettre ce travafl en des mains sûics.

BIXIOU

Allez-y tout seul. (Il rentre dans le bureau des Rahour- Un.) Il n'est question que de. ee que vous a dit Dutooq, parole d'honneur. Monsieur Rabourdin aurait donné des notes peu flatteuses sur les employés à réformer. Le seciet de son élévation est là. Nous vivons dans un temps où rien Bretonne. (Il se drape comme Talma,)

Vous avex tu tomber les plus illastre» têtes, Et vous vous étonaez, insensés gaa voua êtes I

de trouver un^; cause de ce genre à la faveur d'un honunef Mon Bai'doyer est trop bête pour réussir par des moyeaûÈ semblables ! Agréez mon compliment, messieurs, vous êtes sous un illustre chef. {Il sort,)

POIRET

Je quitterai le ministère ^aiis avOT jamais pu comprendre

ane seule phrase e ce moDsieur-là. Qu'est-ce Bvec ses tét tombées?

FLEURT.

Parbleu 1 les quatre sergents de la Rochelle, Garon, les frères Faucher, tous les massacres

PHELLION

U avance légèrement des choses hasardées,

FLEURT.

Dites donc qu'il ment, qu'il blague! et que i le vrai prend la tournure du verl-de-gris.

PHELLION

Yos paroles sont hors la loi de la politesse que Ton se doit entre collègues*

YIMEUX.

Il me semble que si ce qu'il dit est faux, < des calomnies, des diffamations, et qu'un di rite des coups de cravache.

FLEURY) s'animant, Exû les bureaux sont un endroit public^ c< police correctionnelle.

PHELLION, voulant éviter une querelle, esioy la conversation.

Mesâeurs, du calme* Je iravaille à un nouv sûr la morale, et j'en suis à l'&me*

FLEURY, l'interrompant.

Qu'en dites-vous, monsieur Pheliion?

PHELLION, lisant.

D. Qu'est-ce que Vdme de l'homme?

. R. C'est une substance spirituelle quipense e

THUILLIER

Une substance spirituelle, c'est comme si moellon immatériel.

POIRET

Laissez donc dire.*.

PHELUON, reprenant.

D. ly où vient l'âme?

E. Elle vient de Dieu, qui Va créée d'une

3n SCÈNES DE Là YIE PARISIENNE

H mâivisibk, et dont par eon$éfuent oh ne peut iestmctibilité, et il a dit...

VQVBSBt.ttupéfaiU IHeu?

PHELLIOll.

Oui, monsiear. La traditiofB est là.

FLEURT, à Poiret.

N'interrompez donc pas, vous-même I PflELLiON, reprenant.

Et il a dit quil favait créée immortétky t^est-k-im qu'elle ne mourra jamais.

D. A quoi sert Vdme ?

R. A comprendre, vouloir et $e souvenir; ce qui eonstitm Ventendementf la volonté^ la mémoire.

D. A quoi sert V entendement?

R. A eowMàtre. C'est l'osil de l'âme >

FLEURT.

Et Tâme est l'œil de quoi?

PHELUON^ centintLoni.

B. Que doit connaître l'entmdementf R. La vérité.

D. Pourquoi l'homme a-i-tiune volonté f R. Pour aimer le bien et hoir le mal.

D. Qu'est-ce que le bien?

R. Ce qui rend heureux.

Et vous écrivez cela pour des demoîsellesf

IfiBBLUON.

Oui. {Continuant.)

D. Combien y Ort-il de sortes de biens?

FLEURT.

C'est prodigieusement leste !

PHELLION indigné.

Oh I monsieur I (Se calmant.) Voici d'aillean la J'en suis là. (// lit.)

R. Il y a deux sortes de 6teni, le bien étemel et le umporeU

tss KiiPunrÊs

I*0IIŒT, il fait une mine de mépm.

Bt cela se vendra beaucoup ?

PHSLUON.

J*ose Pespërer. Il faut une grande contenu

éUd)Iir le sy^ème des demandes «i des répoi

quoi je vous priais de me laissa penser, oai

THïJILUER, irUerrampiaU,

Au reste, les réponses pourrunt se veiidr

POIIIET.

Est-ce un calesibour?

THUILLiraU

Oui, on en fera de la aaiade (jàe raifwue,

PHELUON.

J'ai eu le tort grave de vous interrompre la tête dans ses cartons,) Mais (en lui-mênm plus à monsieur Rabourdiu.

En ce moment il se passait entre des Lu] nistre une scène qui décida du sort de Rabc déjeuner, le secrétaire général était venu lence dans son cabinet, en s'assurant que h -vait rien entendre.

— Votre £iLcellence ne joue pas francben

— Nous voilà brouillés, pensa le ministi maîtresse m'a fait des coquetteries hier.— moins odfafit, mon cber ami, reprit-il à haï

— Ami, reprit le secrétaire général, je vai Le ministre regarda fièrement des Lupea

— Mous sommes entre nous, et nous pc pliquer. Le député de rarrondisscment ot terre des Lupeaulx...

— C'est donc bien décidément une tarrel ministre pour cacher sa surprise.

— Augmentée de deux cent mille francs leprit négligemment des Lupeaulx. Vous co mission de ce député depuis dix jours, et point prévenu, vous ne le deviez pas; mais ^ bien que je désire m'asseoir en plein cen songé ^ue je puis me rejeter dans la Doctrii

YOrera vous et la monarchie, si l'on continue à laisser ce parti recruter les hommes d*un certain talent méconnu? Safe^-vous qu'il n'y a pas dans une nation plus de cinquante ou soixante tètes dangereuses, et où l'esprit soit en rapport avec l'ambition? Savoir gouverner, c'est connaître ces tétes-là pour les couper ou pour les acheter. Je ne sais pa« si j'ai du talent, mais j'ai de l'ambition, et vous conmiettet la faute de ne pas vous entendre avec un homme qui ne vous veut que du bien. Le sacre a ébloui pour un momenti mais après?... Après, la guerre des mots et des discus* sions recommencera, s'envenimera. Eh bien 1 pour ce qui vous concerne, ne me trouvez pas dans le centre gauche, croyez-moi I Malgré les manœuvres de votre préfet^ à qui sans doute il est parvenu des instructions confidentielles contre moi, j'aurai la majorité. Le moment est venu de nous bien comprendre. Après un petit coup de Jamac on devient quelquefois bons amis. Je serai nommé comte, et Ton ne refusera pas à mes services le grand cordon de la Légion. Mais je tiens moins à ces deux points qu'à une chose où votre intérêt seul se trouve engagé... Vous n'avez pas encore nommé Rabourdin, j'ai eu des nouvelles ce matin, vous satisferez bien du monde en lui préférant Baudoyer...

— Nommer Baudoyer ! s'écria le ministre, vous le connaissez?

— Oui, dit des Lupeaulx, mais quand son incapacité sera prouvée, vous le destituerez en priant ses protecteurs de l'employer chez eux. Vous aurez ainsi pour vos amis une direction emportante à donner, ce qui facilitera quelque transaction pour vous défaire de quelque ambitieux.

— Je lui ai promis.

— Oui, mais je ne vous demande pas de changer aujour» d'hui même. Je sais le danger de dire oui et non dans la même journée. Remettez les nominations, vous pourrez let signer après-demain. £h bien ! après-demain vous recon^ naîtrez qu'il est impossible de conserver Rabourdin, de qui, d'ailleurs, vous aurez reçu une belle et boane démissiom

•*- Sa démission ?

— Oui,

— Pourquoi ?

— Il est Thomme d'un pouvoir inconnu poi fût l'espionnage en grand dans tous les min ehose a été découverte par une inadvertance ; les employés sont furieux. De grâce, ne travî iourd'hui avec lui, laissez-moi trouver un bi en dispensera Allez chez le roi, je suis sûr qi verez des personnes contentes de votre concei de Baudoycr, vous obtiendrez quelque chosi Puis, vous serez bien fort plus tard en dest puisqu'on vous l'aura pour ainsi dire imposé.

— Qui vous a fait changer ainsi sur le ce bourdin?

— Âideriez-vous monsieur de Gh&teaub un article contre le ministère ? Eh bien ! v Rabourdin me traite dans son état, dit-il e note au ministre. H organise un gouvememei sans doute au profit d'jme société que noui sons pas. Je vais rester son ami pour le crois que je rendrai quelque grand service nera à la pairie, car la pairie est le seul ( désirs. Sachez-le bien, je ne veux ni ministèi ce soit qui puisse vous contrarier, je vise à la permettra d'épouser la fille de quelque niais( avec deux cent mille livres de rente. Ainsi, lai rendre quelques grands services qui fassent d fai sauvé le trône. Il y a longtemps que je h falisme ne nous livrera plus de bataille rani joncé aux conspirations, au carbonarisme J'armes, il mine en dessous et se prépare à ui toi de là que je m'y mette ! Croyea-vous que le courtisan de la femme d'un Rabourdin pour non, j'avais des renseignements I Ainsi,' deux d'hui: l'ajournement des nominations, et vot] nncère à mon élection. Vous verrez si vers la ûon je ne vous aurai pas largement payé ma

Pour toute réponse, le ministre prit le travs nel et le tendit à des Lupeaulx.

326 SCÈNES DK LA TrE PARISIENNE

lis faire dire à Rabourdin, reprit des Lupe^ralx,

émettez le travail à samedi.

itreeoDsentit par an signe de tète. Le garçon d»

traversa bientôt les cours et vint chez Rabourdin

évenir que le travail était remis à samedi, jour où

e ne s'occupait que de pétitions et où le minisM

! sa journée. En ce moment môme, Saillard glis-

ise à la femme du ministre, qui Im répondit avee

'elle ne se mêlait point d^afifaires d*Éiat et que

elle avait entendu dire que monsieur Rabourditt

[)é. Saillant épouvanté mmita chez Baudoyer et

tooq, Godard et Bixioo dans un état d'exaspéra-

le à d'écrire, car ils parcouraient la terrible mt-

svail de Rabourdin sur les employés.

[XIOU, en montrant du doigt Un pcantge.

ilà, père Saillard.

D. La caisse est à supprimer dam tous les mi»

ui doivent avoir leurs comptes courants au Trésor,

st riche et n'a nul besoin de pension,

vous voir votre gendre? {Il feuillette,) Voilà.

ER. Complètement incapable. Remercié sans pei^

\ riche.

Godard ?(///«n7feae.)

. A renvoyer ! une pension du tiers de son traite»

)us y sommes tous. Moi je suis un artiste à faire lar la liste civile, à l'Opéra^ aux Menus-Plaisirs^ n. Beaucoup de capacité, peu de tenue, incapable an, eeprit remuant, Ah 1 je t'en donnerai de Tar-

SAILLARO.

ler les caissiers I.«. Ceslua monstcel

MXIOU.

^y d6 notre mystérieux Desroys? ( Il /kuHkiiè

s. Somme dangereux en ce qv^il est inébranlable icipes contraires à tout pouvoir monafchiqfte^ FH$

LM» BVPL0T6#

4r ettwentùmnelf H admire la ConvetUiah,^ «1 «n pernicieux publiciste.

BAUDOTSa.

La police n'est pas si habile 1

GODARD

Mais je vais au secrétariat général porter ui règle; il faut nous retirer tous en masse si un ] est nommé.

DUTOCQ

Écoutez-moi, messieurs t de la prudence, i souleviez d'abord, nous serions accusés de d'intérêt personnel I Non, laissez courir le bi cernent. Quand l'administration entière sera démarches auront l'assentiment général.

BIXIOU

Dutocq est dans les principes du grand air ; sublime Rossini pour Basilio, et qui prouve compositeur est un homme politique! Ceci tm et convenable. Je compte mettre ma carte g Rabourdin demain matin, et je vais faire gi puis, comme titres, au-dessous : Peu de ter^ d'application, esprit remuant,

GODARD

Bonne idée, messieurs. Faisons faire nos ca Rabourdin les ait toutes demain matin.

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