‹ Grandeur et décadence de César BerotteauChapitre 4 sur 23 · TT · texte numérisé non relu

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CÈSAH BinOlTEAU 118

dis que las jonmaux où il se donae un mal de galérien le nourrissent de couleuTres. Sont-ils jaloux dans cette parlielà! C'est comme dans V article Pari». Finot avait une superbe comédie en un acle pour mademoiselle Mars, la plus fameuse des fameuses, ah 1 en voilà une que j'aime I EU bien 1 oour se voir jouer, il a été forcé de la porter à k Gaiié. Ândoche connaît le prospectus, il entre dans les idées du marchand, il n'est pas fier, il Umousinera notre prospectus gratis. Mon Dieu, avec un bol de punch et des gâteaux on le régalera, car, Popinot, pas de farces; je voyagerai sans commission ni frais, vos concurrents paye-' ront^ je les dindonnerai. Entendons-nous bien. Pour moi, ce succès est une affaire d'honneur. Ma récompense est d'être garçon de noces à votre mariage ! J'irai en Italie, en Àll^ouigne, en Angleterre! J'emporte avec moi des affiches en toutes langues, les fais apposer partout, dans le& villages, à la porte des églises, à tous les bons endroits que je connais dans les villes de province) Elle brillera, elle s'allumera, cette huile, elle sera sur toutes les tètes. Ahl votre mariage ne sera pas un mariage en détrempe, mais un ma* riage à la barigoule 1 Vous aurez votre Césanne ou je ne m'appellerai pas I'illusteb ! nom que m'a donné le père Finot, pour avoir fait réussir ses chapeaux gris. En vendant ' votre huile, je reste dans ma partie, la tète humaine; l'huile et le chapeau sont connus pour conserver la chevelure publique.

Popinot revitft chez sa tante, où il devait aller coucher, dans une telle fièvre, causée par sa prévision du succès, que les rues lui semblaient être des ruisseaux d'huile. H dormit peu, rêva que ses cheveux poussaient follement, et vit deux anges qui lui déroulaient, comme dans les mélodrames, une rubrique où était écrit : EuiU Césarienne. Il se réveilla, se souvenant de ce rêve, et résolut de nommer ainsi l'hui^ie de noisette, en considérant cette fantaisie du sommeil comme un ordre céleste.

César et Popinot furent dans leur atelier au faubourg du Temple, bien avant l'arrivée des noisette»; en attendant les

de madane Mtdoa, Popinot raeonia trios^h»- Mi traâté d'alliance wpt GaadLasart.

18 ayons rilluatro Gaudiasart , nous flommea mil* I, É^éeria k futiamewr en tendant la main à aM le l'air que dut prendre Louis XIV «n accueiliant lal de YiilaffB au retour de Denain.

is ATtons biea autre chose encoce , dit l'henradx m sortant de sa poche une houteille à forma écrapon de citrouîUe et à côtes; j'ai trouTé diE mïk Kablables à ce modèle^ tout lalàriqués^ tant piélSi BOUS et iîx mois de terne, ^me, dit Bîrotteau contemplant la fome miôflacon, hier (il prit un ton grave), dans les Tuilepas plus taid qn'lûer, ta disais : Je réussirai. Maiy ourd'hui : Tu réussiras 1 Quatre aousl six mob de ine forme originale ! M acassar branle an manche» tte portée à rimile de Macassarl Ai-ie hien fiait de HT des senies noisettes qui soient àParial 06. dons inré ces flacons?

tendais l'heure de parler à Gaadianit et je Hâ^*

[Hne moi jadis, s'écria Blrottean.

descendant la me Aubry-îe-Bouchcr , f aperçms

renrier en grand , un marchand de Terres bombés

ges, qui a des magasins immenses , j'aperçois ee

Ah I il m'a creré les yeux comme une htmière so-

voîx m*a crié : Voilà ton affaire!

commerçant! il aura ma fille» dit César en grom-

itre, et je vols des milliers de ces flacons dans des

t'en informes!

is ne me croyez pas ai gnioUe, s'écria donioiirens»'

selme.

commerçant, répéta Bîrotteau.

iemande des cages à mettre des petits Jésus do cirs^

CtSAB BIBOTTBAA, il7

Tout «■ marchandani les cagea, je blâme la ionne de oca flacons. GoBdiHt à une confeasHm généraie, mon rnaveiianA 8f«ie de ûl en aiguille que FaiUe etBoudioty qûtmtwmÊL qné dermèremenl, aliaieol entreprendre un eotmélûpie et toidaient ée» flacons de forme étrange ; i se méfiait d'eux» il exige moiiié eomptant; Paiile et BoudK>t, dans Ytwpmr dt réussir, I&chent l'argent^ la faillite édate pendant la falnleatloe; les syndics, sommés de p«ftr, fenaient de transiger aiee lui en laissant lea flacons et l'argent touché, comme indiemnité d^uae fabrication prétendue ridicule ei sans plaeenent possible. Les floeon^coètest huit sous, il serait heansKi.de les donner i quatre, Dieu sait combien de temps il aanit en magasin une ferme qui n'est pas de vente. -^YontOBb-^OQS vous engager à en fournir par dix anlle à quatre oonst je puis vous débarrasser de vos flacons, je suis commis tba. moDsienr Birottean. Bt je ^entame, et je le mène, et je dûoiîne mon homme, et je k ehaufife, el il est à nous.

-^ Quatre sous, dit Birotteau. Sais-tu que nous pouvons mettre Fhuile à trois francs et gagner trente sons ra enlaisaant vingt à nos détaflhmts?

— L'Huile Césarienne î cria Popinot.

^- L'Huile Césarienne T... Ah! monsieur l'amoureux vous voulez flatter le père et la fille. Eh bien , soit , va pour fHuile Césarienne ! les Césars avaient le monde, ils devaient wnir de fameux cheveux.

— César était chauve, dit Popînot.

— Parce qu'il ne s'est pas servi de notre hnile, on le dira l k trois francs l'Huile Césarienne, l'huile de Hacassar coûte le double. Gaudisaart est là, nous aurons cent mille francs énss l'année, car nous imposons toutes les tètes qui se respectent de douze flacons par an, dix-huit francs! Soit dixbûl mille tètes t cent qu<ctre-vingt mille francs. Nous sommes millionnaires*

Les noisettes livrées, Bagpet, les ouvriers^ Popinot, César m épluchèrent mie quantité suffisante, et il 5 eut avant qnatce heures quelques livres d'huile. Popinot alla prâien-

1er le produit à Yauquelin, qui fit présent à Popinot d'ans formule pour mêler Tessenee de noisette à des corps oléagîneui moins chers et la parfumer* Popinot se mit aussitôt en instance pour obtenir un breyet d'invention et de perfectionnement. Le dévoué Gaudissart prêta l'argent pour le droit fiscal à Popinot, qui avait l'ambition de payer sa moitié dans les frais de l'établissement,

La prospérité porte avec elle une ivresse à laquelle les hommes inférieurs -ne résistent jamûs. Cette exaltation eut un résultat facile à prévoir. Grindot vint, présenta le croquis colorié d'une délideuse vue intérieure du futur appartement orné de meubles. Birotteau séduit consentit à tout. Aussitôt les maçons donnèrent les coups de pie qui firent gémir la maison et Constance. Son peintre en bâtiments, monsieur Lourdois , un fort riche entrepreneur qui s'enga-

feait à ne rien négliger, parlait de dorures pour le salon. In entendant ce mot. Constance intervint.

— Monsieur Lourdois , dit-elle, vous avez trente mille livres de rente, vous habitez une maison à vous, vous pouvez y faire ce que vous voulez ; mais nous autres...

— Madame, le commerce doit briller et ne pas se laisser écraser par l'aristocratie. Yoilà d'ailleurs monsieur Birotteau dans le gouvernement, il est en évidence...

-^ Oui, mais il est encore en boutique, dit Constance devanfses commis et les cinq personnes qui Técoutaient; ni moi, ni lui, ni ses amis, ni ses ennemis ne l'oublierons.

Birotteau se souleva sur la pointe des pieds en retombant sur ses talons à plusieurs reprises, les-mains croisées derrière lui.

— Ma femme a raison, dit-il. Nous serons modestes dans la prospérité. D'ailleurs, tant qu'un homme est dans le commerce, il doit être sage en ses dépenses, réservé dans son iuxe, la loi lui en fait une obligation, il ne doit pas se livrer à des dépenses excessives. Si l'agrandissement de mou local et sa décoration dépassaient les bornes, il serait imprudent à moi de les excéder, vous-même vous me blâmeriez, Lourdois. Le quartier a les veux sur moi, les (çens aui réussissent

CÉSAR BIROTTSA0 119

ont des jaloux, des enTîeux I Ah ! tous saurez cela bientôt, jeune homme^ dit-il à Grindot ; s'ils nous calomnient^ ne leur donnez pas au moins lieu de médire.

— Ni la calomnie, ni la médisance ne peuvent vous itteindre, ditLourdois, vous êtes dans une position hors ligne et TOUS avez une si grande habitude du commerce que vous savez raisonner vos entreposes, vous êtes un malin.

— C'est vrai, j'ai quelque expérience des aflfeires; vous savez pourquoi notre agrandissement ? Si je mets un for( dédit relativement à l'exactitude, c'est que...

— Non.

— Eh bienl ma femme et moi nous réunissons quelques amis autant pour célébrer la délivrance du territoire que pour fêter ma promotion dans Vordre de la Légion d'honneur.

— Comment I comment! dît LoLvdois, ils vous ont donné la croix?

— Oui ; peut-être me suis-je rendu digne de cette îndgne et royale faveur en siégeant au tribunal consulaire et en combattant pour la cause royale au 13 vendémiaire, à Saint- Roch, où je fus blessé par Napoléon. Tenez avec votre femme et votre demoiselle...

— Enchanté de l'honneur que vous daignez me faire, dit le libéral Lourdois. Mais vous êtes un farceur, papa Birotteau; vous voulez être sûr que je ne vous manquerai pas de parole, et voilà pourquoi vous m'invitez. Eh bien ! je prendrai mes plus habiles ouvriers, nous ferons un ieu d'enfer pour sécher les peintures; nous avons des procédés dessiccatifs, car il ne faut pas danser dans un brouillard exhalé par le plâtre. On vernira pour ôter toute odeur.

Trois jours après, le commerce du quartier était en émoi par l'annonce du bal que préparait Birotteau. Chacun pouvait d'ailleurs voir les étais extérieurs nécessités par h changement rapide de l'escalier, les tuyaux carrés en bois par où tombai^ent les décombres dans des tombereaux qui .atationnaient. Les ouvriers pressés qui travaillaient aux flam-

ISO 8CÂNEI» DE Ui V» PAMSIIRNI

beaux, ear il y €«1 deseirrrierB éejour d dwmiTrnfs ii .»:« '«^i^iieiii arrêter les oieifsy les curieux d«M la me, ei lérages s'appuyaient s«r ees préparant pour amuMi^ irmes somptuoeitéa,

aaache iiidû{iié pour la eondusioo de raffùre, meih madame Ragon, Fonde Pillerault, vinrent sur las eures, ^rès vêpres. Vu les démolitions, diaait 1 ne put inviter ce jour-là que Charles Glaparon, \ Roguin* Le notaire apporta le Journal de* Débats, leur de La Billardière avait fait insérer rartiele

s apprenons que la délivrance du territoire ivec enthousiasme dans toute la France , mais I les membres du corps municipal ont senti que le it était venu de rendre à la capitale cette splendeur ir un sentiment de convenance, avait cessé pendant lation étrangère. Chacun des maires et des adjoints [>ose de donner un bal, Thiver promet donc d'étie illant; ce mouvement national sera suivi. Pami les fêtes qui se préparent, il est beaucoup question i de monsieur Birotleau, nonuné chevalier de k d'honneur, et si connu par son dévouement à k royale. Monsieur Birotleau, blessé à Taf&ire de loch, au 13 vendémiaire, et Tun des juges cons les plus estimés, a doublement ménté cette . »

urne on écrit bien aujourd'hui, s'écria Gésar« L'on

nous dans le journal, dit^il à Pillerault.

bien! après? lui répondit son oncleà qui leJaiarml

U était particulièrement antipathique.

, article nous fera peut-être vendre de la Pâle ém

et de i'Ban Garminathre, dit tout bas mad .me César

le Ragon sans partager l'ivresse de son man.

le Ri^n, grande femme sèche el ridée, au nei

€ÈUBi BIR^TTEàU ftl

fâud^ aux lêvreB mînoet, wnAx ao fkux air dfn» mtrqoiae de rancienne eoiir. Le leur de se» yem étaU attendri sur une assez grande ciro^étrenee, coaune ceux des vidllea femmes qui ont épromré des chagriM. Sa contmanoe aérère et digne, quoique aflU)le, imprimail le raapecU BUe trait d'ailleurs en elle ee je ne sais quoi d'étrange qoi saisit sans «■citer le rire, ei qne sa mise, 9M feçon expliquaient; elle portait des mitaines, elle marebait eit tout temps airee une ombrelle ft eanne seml^able à celle domt se serrait la rdne Marie» Antoinette à Trianon ; sa robe, dont 1» couleur favo* rite était ce brun pâle nommé feoiBe morte, s'étalsdt aux hanches par des plis inimitables, el dont les douairières d'autrefois ont emporté le secret. Elle conservak la mendie noire garnie de dentelles noires ft grandes mailles carrées; ses bonnets, de forme antique, avaient des agréments qui rappelaient les déchiquetures des vieux cadres sculptés à jour. Elle prenait du tabac avec cette exquise propreté et en faisant ces gestes dont peuvent se souvenir les jeunes gens qui ont eu le bonbeur de voir leurs grand'tantes et leurs grand'mères remettre solennellement des bokes d'or «nprès d'elles sur une taUe, en secouant les graina de tabac égarés sur leur fichu.

Le sieur Ragon était un petit homme de cinq pieds au plna, à figure de casfe-n o is et t e , où l'on ne voyait que des yeux, deux pommettt saignés, un nez et un menton; sana dents, mangeant la moitié de ses mots, d'^uue conversation fluviale, galant, prétentieux et souriant toujours du sourire qu'il prenait pour recevoir les belles dames que différents hasards amenaient jadis à la porte de sa boutique. La poudre dessinait sur son crâne une neigeuse demi-lune bien ratiasée, flanquée de deux ailerons, que séparait une petite queue serrée par un ruban. Il portait l'habit bleu-barbeau, le gilet blanc, la culotte et les bas de soie, des souliers à boucles d^or, des gants de soie noire. Le trait le plus saillant de son caractère était d'aller par les mes tenant son chaf)eau à la main. H avait l'air d'un messager de hi Chambre des pairs, d'un huissier du cabinet du roi, d'un de ces gens qui sont

luprès d'un pouvoir quelconque de manière à recevoir et tout en restant fort peu de chose.

i bien 1 Birotteau, dit-il d'un air magistral, te repenâ* a garçon, de nous avoir écoutés dans ce temps-là ? lous jamais douté de la reconnaissance de nos bieniouvcrains?

DUS devez être Inen heureuse, ma chère petite, dit 3 Ragon à madame Birotteau.

ais oui, répondit la belle parfumeuse toujours sous ne de cette ombrelle à canne, de ces bonnets à pades manches justes et du grand fichu à la Julie que madame Ragon.

tsarine est charmante. Tenez ici, la belle enfant, dit 3 Ragon de sa voix de tète et d'un air protecteur. 3rons-nou8 les affaires avant le dîner? dit l'oncle dt.

ous attendons monsieur Glaparon, dit Roguin, je l'ai 'habillant.

onsieur Roguin, dit César, vous l'avez bien prévenu is dînions dans un méchant petit entre-sol.

le trouvait superbe il y a seize ans, dit Gonslanee murant.

11 milieu des décombres et parmi les ouvriers, ih I vous allez voir un bon enfant qui n'est pas diffi* t Roguin.

û mis Raguet en faction dans la boutique, on ne ilus par notre porte , vous avez vu tout démoli, dit u notaire.

)urquoi n'avez-vous pas amené votre r*evcu? dit lU à madame Ragon.

i verrons-nous? demanda Gésarine.

DU, mon cœurj dit madame Ragon. Anselme travaille, enfant, à se tuer. Gettc rue sans air et sans soleil, lante rue des Ginq-Diamants m'effiraye ; le ruisseau jours bleu, vert ou noir. J'ai peur qu'il y périsse, land les jeunes gens ont quelque chose en tittt dit-

CÉSAR BIROTTBAU ifS

.elle à Géftarine en faisant nn geste qui expliquait le mot têk par le mot cœur.

— Ha d09c passé son bail ? demanda César.

— D'hier et par-devant notaire, reprit Ragon. D a obtemi dix-huit ans, mais on exige six mois d'avance.

— Eh bien ! monsieur Ragon, êtes-vous content de moi? fit le parfumeur. Je lui ai donné là le secret d'une découverte... enfin 1

— Nous vous savons par cœur, César, dit le petit Ragon en prenant les mains de César et les lui pressant avec une religieuse amitié.

Roguin n'était pas sans inquiétude sur l'entrée en scène de Claparon, dont les mœurs et le ton pouvaient effrayer de vertueux bourgeois ; il jugea donc nécessaire de préparer les esprits.

— Vous allez voîlr, dit-il à Ragon, à Pillerault et aux dames, un original qui cache ses moyens sous un mauvais ton effrayant ; car d'une position très -inférieure, il s'est fait jour par ses idées. II prendra sans doute les belles manières à force de voir les banquiers. Vous le rencontrerez peutêtre sur le boulevard ou dans un café, godaillant, débraillé, jouant au billard ; il a l'ûr du plus grand flandrin... Eh bien I non ; il étudie, et pense sdors à remuer l'industrie par de nouvelles conceptions.

-— Je comprends cela, dit Birotteau ; j'ai trouvé mes meilleurs Mées en flânant, n'est-ce pas, ma biche?

— Claoaron, reprit Roguin, regagne alors pendant la nuit le temps employé à chercher, à coii^biner des affiûres pendant le jour. Tous ces gens à grand lalent out une vie bizarre, inexplicable. Eh bien I à travers ce décousu, j'en suis témoin, il arrive à son but ; il a fini par faire oédar tous nos propriétaires, ils ne voulaient pas, fis se doutaient de quelque chose, il les a mystifiés, il les a lassés, il est allé les voir tous les jours, et nous sommes, pour le coup,

. les maître» du terrain.

Un ttugttlier broumt brauml particulier aux buveurs de

erres d-esor^de-tie el de liquears fortes annonça le lage le plus bizarre de cette histoire, et l'arbitre tîis destinées fotures de Gésar; Le parfumeur se prëaos le petit escalier ohscuv, autant pour dire à Ra- I fermer la boutique que pour faire à Claparon ses de le reeeroir dans la salle k tauï^et.

»mmenl donc 1 maïs on est très-bien là pour chiçTÊar . pour ehifPier^ veux-je dire, les afiPaires. é les haèiles préparations de Roguin, monneur et i Rsfon, ces bourgecûs du bon ton, robservateur It, Gésarine et sa mère furent d'abord assez désiraeot affectés par ce prétendu banquier de la haute

ge de mgt^huit ans environ, cet ancien commis r ne possédait pas un cheveu sur là tête, et portait ruqoe frisée en tire-bouchons. Gette coiffure exige eheur de vierge, une transparence lactée, les plus ites grâces féminines; elle faisait donc ressortir Dent un visage bourgeonné, brun rouge, échauffé seiui d'un conducteur de diligence, et dont les rides rées exprimaioit par les grimaces de leurs plis pxoplaqués une vie libertine dont les malheurs étaient ittestés par le mauvais état des dents et les pointe mes dans une peau rugueuse. Glaparon avait l'air oédien de province qui sait tous les rôles, fait la sur la joue duquel le rouge ne tient plus, érein&é fatigues, les lèvres pâteuses, la langue toujours léme pendant nvresse, le regard sans pudeur, enfin (lettant par ses gestes, Gette figure, allumée par ta flamberie du punch, démentait la gravité des afiidrei. lut-il à Glaparon de longues études mimiqaes avant iuir à se composer un maintien en harmonie arec >rtance postiche. Du Tillet avait assisté â la toilette uron, comme un directeur de spectacle inquiet du \ son principal acteur, car il tremblait que les habi- }8sières de cette vie insoucieuse ne vinssent à éclater face du banquier. — • Parle le moms possible, lui

GÉSAR BIBOTTEA0 iS

9mk4l ^L Jamais un banquier ne bayarde ; fla^t^pense^ médite^ écoute et pièse. Ainaif pour «roîr bien Tair d'an bas^pûer, ne dis rieji, on dis des dioses insignifianteik tlém ton <ûl égrillard et rends^e grave, an risque de h^ rendue bète. So politique, a^ pour le i;onTei»Baaentt, 0. j^le-loî dsois lesfénéraUtés, comme . Le budget eei lowr4^ Il n'y a pa$ de transactions possibles entre les partis^ La libéraux sont dangereux^ Les Bourbons doivent éviter tout eomfiiL Le UbéralisÊne est le manteau d'intérêts coalisés. Las Bourbons nous ménagent une ère de prospérité^ soutenon»^ le$, si iitous ne ks aimoms pas, La France « fait asms â^expérienees politiques^ etc. Ne te vautre pas sur toutes les tables, songe (que ta as à eonserrer la dignité d'un millionnaire. Ne renifle pas ton tabac comme fait un Invalide; jone avee ta tabatière» regarde souvent à tes pieds ou au pls^d avant de répondre, enfin donne-toi V^ profend. Surtont dé£HS-toi de fta malheureuse habitude de toncber k tout. Dans le monde, un banquier doit paraître las de toucher. Âh çà I tu passes lies niiils, les chiffres te rendent brut^il fait rasaembier tant d'ëlânents pour lancer une affaire I tlkt d'étiMiesl Surtont dis beameenp de mal des affaires. Les aftdres sent lourdes, pesaïUes, difficiles, épineuses. Ne sors pas de *là et ne spécifie rien. Ne va pas à table chanter tes faces de ftéranger, et ne bois pas trop. Si tu te grises, ta pénis ton avenir. Roguia te surveillera; tu vas te trouver aiBC 4es fHDfi meraux, des boui^oîs vertueux, ne les effraye pas en làdiant quelquesHins de tes prindpes d'e

Cette ott nennale avait produit sur l'espitt de CSiarJes Gla» pveA «n e£Eet pureil à celui fae produisaient aor sa persaime ses habite aeiif^ Ce joireux sass^souci, Taini de tout leiMnde, habitué à des vêtements débraillés, commodeSi et dans lesquels son corps n'était pas plus gêné que son esprit dans son langage, maintenu dans des habits neufs qie le tmll^ir avait ait attendre et cpi'il essayait, roide flOMie im iâquet^ inquiet de ses mouvements cooune de les phrases, iretmit sa oiain imprudemment avancée sur os

i2f> aCtoflS DE LA YIE PARISIENNK

flacon ou sur une bolte^ de même qu'il sVréUit au miliea d'une phrase, se signala donc par un désaccord risible à l'observation de Pillerault. Sa figure rouge, sa perruque à tirebouchons (égrillards démentaient sa tenue, comme ses pensées combattaient ses dires. Mais les bons bourgeois finirent par prendre ces continuelles dissonances pour de la préoo* cupation.

— Il a tant d'affaires, disait Roguin.

— Les affaires lui donnent peu d'éducation, dit madame Ragon à Gésarine.

Monsieur Roguin entendit le mot et se mit un doigt anr les lèvres.

— Il est riche, habile et d'une excessive probité, dit-il ci' se baissant vers madame Ragon.

— On peut lui passer quelque chose en faveur de cas qualités-là, dit Pillerault à Ragon.

— Lisons les actes avant le dtner, dit Roguin, nou; sommes^^seuls.

Madame Ragon, Gésarine et Gonstance laissèrent les cou * tractants, Pillerault, Ragon, Gésar, Rogum et Glaparon, écouter la lecture que fit Alexandre Grottat. Gésar signai au profit d'un client de Roguin, une obligation de quarante mille francs, hypothéqués sur les terrains et les fabriques situés dans le faubourg du Temple ; il remit à Roguin le bon de Pillerault sur la Banque, donna sans reçu les vi^ct mille francs d'effets de son portefeuille et les cent quarante mille, francs de billets à Tordre de Glaparon.

— Je n'ai pas de reçu à vous donner, dit Glaparon, vous agissez de votre côté chez monsieur Roguin comme nous dv nôtre. Nos vendeurs recevront chez lui leur prix en argent, je ne m'engage pas à autre chose qu'à vous faire trouTerito complément de votre part avec vos cent quarante Hiille firincs d'effets.

— G'est juste, dit Pillerault.

— Eh bien t messieurs, rappelons les dames, car il fait fr(nd sans elles, dit Glaparon en regardant Roguin < fOftr Mveir si la plaisanterie n'était pas trop forte*

'■■^îfEr

CÉSAR BIROTTEAU ItY

-— Mesdames t Oh 1 mademoiselle est sans doute TOtre demoiselle^ dit Glaparon en se tenant droit et regardam Birotteau, eh bien t vous n'êtes pas maladroit. Aucune des roses que vous avez distillées ne peut lui être comparée, et peut-être est-ce parce que vous avez distillé des rosts que...

— Ma foi, dit Roguin en interrompant, j'avoue ma film.

— Eh bien I dînons, dit Birotteau.

-*- Nous allons dtner par-devant notaire, dit Glaparon en se rengorgeant.

— Vous faites beaucoup d'affaires, dit Pillerault en fie mettant à table auprès de Glaparon avec intention.

— Excessivement, par grosses, répondit le banquier; BDais elles sont lourdes, épineuses, il y a les canaux. Oh I les canaux I Vous ne vous tigurez pas combien les canaux nous occupent t et cela se comprend. Le gouvernement veut des canaux. Le canal est un besoin qui se fait généralement sentir dans les départements et qui concerne tous les commerces, vous savez ! Les fleuves, a dit Pascal, sont des chemins qui marchent. U faut donc des marchés. Les marchés dépendent de la terrasse, car il y a d'effroyables terrassements, le terrassement regarde la classe pauvre, de là les emprunts qui, en définitive, sont rendus aux pauvres i Voltaire a dit : Canaitx, canards, canaille! Mais le gouver-* nement a ses ingénieurs qui l'édairent ; il est difficile de le mettre dedans, à moins de s'entendre avec eux, car la Ghambre !... Oh I monsieur, la Ghambre nous donne un mal I elle ne veut pas comprendre la question politique cachée sous la question financière. Il y a mauvaise foi de part et d'autre. Groirez-vous une chose ? Les Keller, eh bien ! François Keller est un orateur, il attaque le gouvernement à propos de fonds, à propos de canaux. Rentré chez lui, mon gaillard nous trouve avec nos propositions, elles sont favorables, il faut s'arranger avec ce gouvernement ditOj tout à l'heure insolemment attaqué. L'intérêt de l'orateur et eelui du banquier se choquent, nous sommes entre

1t9& SCÈNES DE LÀ VIE PAmSiENNE

4eux fètixf Y<>us comprenez mainteotnt commenl les affaires deviennent épineuses, il faut satisfaire tant de mnnHA ; les coHURis, les chamhres, les antichaaibreSf Iss

ministres T dit Pilleruilt fui voulait àkisolunient

:e coassocié.

monsieur, les ministres.

)ieii ! les journaux ont donc raison, ditPillerauIt

I mon oncle dans la politique, dit Biroiteau, m<m-

aron lui fait bouillir du lait.

)re de satanés farceurs, dit Glaparon, que ces Monsieur, les journaux nous embrouillent tout ;

errent bien quelquefois, mais ils me font passer

is nuits ; j'aimerais Riîeix les passer antiemeot ;

IX perdus i force de lire et de calculer.

nons anx ministres, dit PilleranH espérant des

ministres ont des exigences purement gouverne- Mais qu'est-ce <pie je mange là, de l'ambroisie ?

on en s'interrompant. Yoilà de ces sauces qu'on que dans les maisons bourgeoises, jamais les

)t, les fleurs du bonnet de madame Ragon san-

ime des béliers. Glaparon comprit que le mot était

; voulut se rattraper.

la baute banque, dit-il, on appelle gergotUn e cabarets élégants, Véry, le Frères Provençaux^ ni ces infâmes gargotiers ni nos savants cuisiniers lonnent des sauces moelleuses : les uns font laire acidulée par le citron, les autres de k

r se passa tout entier en attaques de PilIerauU ait k sonder cet bomme et qui ne rencontrait que le regarda comme un bomme dangereux.

va bÂea, dit Roguia à l'oreiUe de Charles Oa-

— /Lh I Je me déshabillerai sans doute ce soifi répondit Qaparon qui étouffait.

^ Monsieur, lui dit Birotteau^ si nous sonunes obligés de fidre de la salle i manger le salon, c'est que nous réunissons dans dix-huit jours quelques amis autant pour célébrer la délivrance du territoire...

— Bien, monsieur ; moi, je suis aussi Fhomme du gou« yemement. J'appartiens, par mes opinions, hm statu ^uodn grand homme qui dirige les destinées de la maison d'Autriche, un fameux gaillard I Gonsenrer pour acquérir, et surtout acquérir pour conserver... Yoilà le fond de mes opinions, qui ont l'honneur d'être celles du prince de Mettemich.

— Que pour fêter ma promotion dans l'ordre de la Légion dlionneur, reprit César.

— Mais, oui, je sais. Qui donc m'a parlé de cela? les Keller ou Nucingen ?

Roguin, surpris de tant d'aplomb, fit un geste admiratif.

— £h I non, c'est à la Chambre.

— A la Chambre, par monsieur de La Billardiére T demanda César.

— Précisément.

— Il est charmant, dit César à son oncle.

— Il lâche des phrases, des phrases, dit Pillerault, des phrases où Ton se noie.

— Peut-être me suis-je rendu digne de cette faveur.^i reprit Birotteau.

— Par vos travaux en parfumerie ; les Bourbons savent récompenser tous les mérites. Ah 1 tenons-nous-en à ces généreux princes légitimes, à qui nous allons devoir des prospérités inouïes... Car, croyez-le bien, la Restauration sent qu'elle doit jouter avec l'Empire ; elle fera des conquêtes en pleine paix, vous verrez des conquêtes t...

— - Iffonsieur nous fera sans doute l'honneur d'asûster â notre bal î dit madame César,

— Pour passer taxe soirée avec vous, madame, Je manquerais à gagner des millions.

— U est iMddémeiiC bien iMnrard, dH César è soft onde* Tandis que la gloire de la parfumerie, à soadéeKn, allait

jeter ses derniers fen, on astre se lerait fâblemenl à l'horizon esmmercial. Le pe^it Popinol posait à cette heur» même les féodanentê de sa fortune, rue des Cinq-Diamants. La rue des Cinq-JDiamants, petite rue étroite oà les voitures chargées passent & grand'peine, donne rue des Lombards d'un bout, et de l'autre rue Aubry-ls-Boucber, en face la rue Quineampoix, rue illustre du vieux Paris, où Thisloire de France en a tant illustré. Malgré ce désavantage, la réunion des marchands de drogueries rend cette rue £avo* rable, et, sous ce rapport, Popinot n'avait pas mal choi^ La maison^ la seconde du côté de la rue des Lombard^ était si sombre que, par certaines journées, il faillit de la lumière en plein jour. Le débutant avait pris possession, la veille au soir, des lieux les plus noirs et les plus dégoûtants. Son prédécesseur, marchand de mélasse et de sucre brut, avait laissé les stigmates de son commerce sur les murs, dans la cour et dans les magasins. Pigurez-vous une grande et spacieuse boutique à grosses portes ferrées, peintes en vert-dragon, à longues bandes de fer apparentes, ornées de clous dont les tètes ressemblaient à des champignons, garnie de grilles treillissées en fil de fer renflées par en bas comme celles des anciens boulangers, enfin dallée en grandes pierres blanches, la plupart cassées, les murs jaunes et nus comme ceux d'un corps de garde. Après venaient une arrière-boutique et une cuisine, éclairées sur la cour; enfin, un second magasin en retour, qui jadis devait avoir été une écurie. On montait, par un escalier intérieur pratiqué dansTarrière-boutique, & deux chambres éclairées sur la rue, où Popinot comptait mettre sa caisse^ son cabinet et ses livres. Au-dessus des magasin» étaient trois chambres étroites adossées au mur mitoyen, ayant vue sur la cour, et où il se proposait de demeurer. Trois chanïtoes délabrées, qui n'avaient d'autre aspect que celui de la

Ci&ÂR BIROTTBAU 191

GOUT ïrrégalièref sombre, enUmrëe de mundHes, où Thamidité, par le temps le plus tee , leur doutait Fait d'être feaicbmeil iMdigeonnées; ime cour entre les pavés de iMpielle il se tnravait «ne cimsse noire «t puante laissée par le séjour des mélasses et des sacres bruts. Une seule de ces cfaambrei «Tak une eneminée , toutes étaient sans papier et carrelées en carreaux. Depuis le matin, Gaudinart et Poptnot, aidés par un ourrier coHeur que le commis voyageur avait déniché, tendaient eux-mêmes un iNqsier à qûnze sovs dans celle horrible chambre , peinte i la colle par revvrier. Un Hl de collégien & couchette de bois leofe, une manvaâse table de nuit, une commode antique, me table, dcixfsutenilset six ch»ses, donnés par le juge Popinot à son neveu, composaient l'ameublement. Gaudissart avait mis sur la cheminée un trumeau garni d'une méchante glaœ achetée d'occasion. Vers huit heures du smr^ assis devant la dieminéeoù brillait une falourdeallumée, les deux amis allaient entamer le reste de leur déjeuner.

— Arrière le gigot froid 1 ceci ne conrient pas à une pendaison de CfémaSlêre, cria Gaudissart.

— Mais, dit Popinot en montrant Tunique pièce de vingt francs qu'il gardait pour payer le prospectus, je...

— Je... dit Gaudissart en se mettant une pièce de quarante francs sur Toeil.

Un coup de marteau retentit alors dans la cour naturellement solitaire et sonore le dimanche, jour où les industriels se dissipent et abandonnent leurs laboratoires*

— Voilà le fidèle de la rue de la Poterie, lloi» r^rit Fillustre Gau(tissart, fat ! et non pas je !

En effet, un garçon suivi de deux marxmtons apporta dans trois mannes un dîner orné de six bouteilles de vin choisies avec diacememeni.

— Mais comment ferons-nous pour manger tant de dmscs? dit Popinot

. rhomme de lettres ! s'écria Gaudissart. Rnot con-

pompes et les vanités, il va venir, enfant oalf t un prospectus ébouriffant. Le mot est joli^ heinî ospectus ont toujours soif. Il faut arroser les si Ton veut des fleurs. Allez, esclaves, dit^il aux ns en se drapant, voilà de l'or.

* donna dix sous par un geste digne de Napléon, le.

irci, monsieur Gaudissart, répondirent les ma^ plus heureux de la plaisanterie que de l'argent, i, mon fils, dit-il au garçon qui restait pour servir^ le portière, elle glt dans les profondeurs d'un antre ois elle cuisine, comme jadis Nausicaa faisait la par pur délassement. Rends-toi près d'elle, implore lur, intéresse-la, jeune homme, à la chaleur de ces i&>lui qu'elle sera bénie, et surtout respectée, trèse par Félix Gaudissart, fils de Jean-François Gao. petit-fils des Gaudissart, vils prolétaires fort an« îs aïeux. Marche et fais que tout soit bon^ sinon jt le un t4l m^eur dans ton Saint-Luc I tre coup de marteau retentit, ilà le spirituel Andoche, dit Gaudissart.

ros garçon assez joufflu, de taille moyenne et quî^ is à la tète, ressemblait au fils d'un chapelier^ ^ nds où la finesse était ensevelie sous un air gonrmontra soudain. Sa figure^ attristée comme celle mme ennuyé de misère, prit une expression d'hilaid il vit la table mise el les bouteilles à coiffes siires. Au cri de Gaudissart, son pâle œil bleu pétilla, e tète creusée par sa figure kalmouque alla de droite e, et il salua Popinot d'une manière étrange, sans ni respect, comme un homme qui ne se sent pas i ! et ne fait aucune concession. Il commençait alors lattre en lui-même qu'i^ ne possédait aucun talent i ; il pensait rester dans la littérature en exploiteur, iter sur les épaules des gens spirituels, à y faire des au lieu d'y faire des œuvres mal payées. En ce , après avoir épuisé l'humilité des démarche» et

CÉSAR 8IR0TTBAU ISS

n^umiliation des tentatives, il allait, comme les gens de haute portée financière, se retourner et devenir impertinent par parti pris. Mais il lui fallait une première mise de fonds, Graudissart la lui avait montrée à toucher dans la mise en scène de Thuile de Popinot.

— Tous traiterez pour son compte avec les journaux» mais ne le rouez pas, autrement nous aurions un duel à mort ; donnez-lui-en pour son argent I

Popinot regaida Y auteur d'un air inquiet. Les gens vraiment commerciaux considèrent un auteur avec un sentiment où il entre de la terreur, de la compassion et de la cariosité. Quoique Popinot eût été bien élevé, les habitudes de ses parents, leurs idées, les soins bêtifiants d'une boutique et d'une caisse avaient modifié son intelligence en la pliant aux us et coutumes de sa profession, phénomène que Ton peut observeç en remarquant les métamorphoses subies à dix ans de distance par cent camarades sortis à peu près semblables du collège ou de la pension. Andoehe accepta ee saisissement comme une profonde admiration.

— Eh bieni avant le dtner, coulons à fond le prospectus^ nous pourrons boire sans arrière-pensée, dit Gaudissart. Après le dtner, on lit mal. La langue aussi digère.

— Monsieur, dit Popinot, un prospectus est souvent toute une fortune.

—Et pour les roturiers comme moi, dit Andoehe^ la fortune n'est qu'un prospectus.

— Ah! très-joli, dit Gaudissart. Ce farceur d' Andoehe a de Fesprit comme les quarante.

-^ Comme cent, dit Popinot stupéfait de cette idée.

Uimpatient Gaudissart prit le manuscrit et lut à haute Toix et avec emphase : Huile GéPHALiQUB !

— - J'aimerais mieux Huile Césarierme, dit Popinot.

— « Mon ami, dit Gaudissart, tu ne connais pas les gens de province; il y a une opération chirurgicale qui porte ce Dom-lâ, et ils sont si bêtes qu'ils croiraient ton huile propre

SCÈNES DI LA TIS PARISIEimi

tes aceoachemoitf ; de il pour Iw nineiier aux il y ranit trop de tirage.

iTcraleîr défeodre mon met, dit Tsuteinr, je yoni rver que ffuile CéphaUpÊe ?e«t dire bulle poor résume vos idées.

oBsl ditPopioot mipatient.

le prospectus tel que le commerce le reçoit par leore aujourdlud. (Autre pièce ju$ti/leative.)

it>AKLLi >*oa à L'izfoiiiiaa ni iSit.

HIHU UfNAUQOS frerds dTmf ention et de perfeetioBBeMBt

M>smétique m» peut faire crette les cberen, de |tte nulle préparation chimique ae les teint sans pour le siège de rinteliigence. La scknee a dé- Scemment que les dieveux étaient une substance et que nul agent ne peut les empécber de tomber lanchir. Pour prévenir la Xérasie et la Calvitie^ de préserver le bulbe d'où ils sortent de toute se extérieure atmoiq[>hérique^ et de maintenir à la chaleur qui lui est propre. L'huilk céphauqui^ lur ces principes établis par l'Académie des acieor oduit cet important résultat, auquel se tenaient iens, les Romains, les Grecs et les nations dn nxquelles la chevelure était précieuse. Des r^ ss savantes ont démontré que les nobles» qui ne laient autrefois i la longueur de leurs ch^enx, >yaient pas d'autre moyen ; seulement leur prolabilement retrouvé par A. PùpinoC, inventeur de t CÉFBAUOVK^ avait été perdu, erver au lieu de chercher à provoquer me tfim impossible ou nuisible sur le derme qui eens bulbes, tdle est donc la destisatien de l'mvdji

etSAR BIROTTBAH 136

» ciPBALiQOi. Ra effet, cette huile, qui t'oppose à Feifo- 1^ liation des pellicnles, qui exhale une odeur suore, et qui, » par les substmees dont elle est composée, dans le»- » quelles entre comme principal élément fessencf de » noisette, empêche toute action de l'air extérieur sur les 9 tètes, prévient ainsi les rhumes, le eoryza et toutes les

• affections doulonreuses de l'encéphale en lui laissant sa » température intérienre. De cette manière, les bulbes qui » contiennent les liqueurs génératrices des dtereux ne » sont jamais saisis ni par le froid, ni par le chaud. La » dierelure, ce prodait mago^que, i laquelle hommes et » femmes attadient tant de prix, eoBserre alors, jusque » dans l'âge avancé de la personne qui se sert de l*biiiiji » cApHALiom, ce brillant, cette fin^se, ce lustre qui ren- » dent si charmantes les tètes des eninits.

» Là lUNiÈRS vn s'en sBBYim est jointe i diaqne flaeon

* et loi sert d'emrelq)pe.

miflàlB DE SE tÊMKfm nE L'HUILB CÉPHALlQini.

» n est tout à fait inutile d'oindre les cheveux ; ce n'est » pas seulement un préjugé ridicule^ mais encore une » habitude gênante, en ce sens que le cosmétique laisse par^ 9 tout sa trace. Il suffit tous les matins de tremper une » petite éponge fine dans rbnîle, de se faire écarter les

> cheveux avec le peigne, dfmbtber les cheveux i leur » racine de raie en raie, de manière à ce que la peau re- » çoive une légère couche, après avoir préalablementnettoyé » la tète avec la brosse et le peigne.

» Cette huile se vend par flacon, portant hi ngnatnre

> de finventeur pour empêcher toute contrefaçon, et du » prix de TROIS fbancs, chez A. PCPINOT, rue des Cinq- » Diamants, quartier des Lombards, à Paris.

» On est peib d'sceulb frakoo.

» Nota. La nmlMm A. Popinot tient ^Itraent le? hailM de la » irogitrie, eoHime aéroli, bafle d'atpic, hoMe i^maada doaee, » boilt da cacat, huile daa^é, de ricin tt aotriT :>

•^ Mon cher ami^ dit l'illustre Gaudissart à Finot, c'est parfaitement écrit. Saquerlotte , comme nous abordons It haute science 1 nous ne tortillons pas, nous allons droit au &it. Ah ! je vous fais mes sincères compliments, voilà de U littérature utile.

— Le beau prospectus, dit Popinot enthouâasmé.

— Un prospectus dont le premier mot tue Macassar, dit Gaudissart en se levant d'un air magistral pour prononcer les paroles suivantes qu'il scanda par des gestes parlementaires : On — ne — fait pas — pousser les cheveux I On — ne les — teint pas -* sans danger f Ah t ah I là est le succès. La science moderne est d'accord avec les habitudes des anciens. On peut s'entendre avec les vieux et avec les jeunes. Vous avez affaire à un vieillard : < Ah ! ah I monsieur, les anciens, les Grecs, les Romains avaient raison et ne sont pas aussi bétes qu'on veut le faire croire 1 > Vous traitez avec un jeune homme : « Mon cher garçon, encore ime découverte due aux progrès des lumières, nous progressons. Que ne doit-on pas attendre de la vapeur, des télégraphes et autres 1 Cette huile est le résultat d'un rapport de monsieur Yauquelinl » Si nous imprimions un passage du mémoire de monsieur Vauquelin à TAcadémie des sciences, confirmant nos assertions, hein! Fameux Allons, Finot, à table ! Chiquons les légumes I Sablons le Champagne au succès de notre jeune ami I

— J'ai pensé, dit l'auteur modestement, que l'époque du prospectus léger et badin était passée ; nous entrons dans la période delà science, il faut un air doctoral, un ton d'autorité pour s'imposer au public.

— Nous chaufferons cette huile-là; les pieds me démangent et la langue aussi. J'ai les commissions de tous ceux qui font dans les cheveux, aucun ne donne plus de trente pour cent ; il faut lâcher quarante pour cent de remise, je réponds de cent mille bouteilles en six mois. J'attaquerai les pharmaciens, les épiciers, les coiffeurs ! et en leur donnant quarante pour cent, tous enfarineront leur public.

CÉSAR BmOrfKAV 137

Les trois jeunes'^gens mangeaient comme des Uons^ bavaient comme des Suisses, et se grisaient du futur succès ûeYEuile Cépkalique.

— Cette huile porte à la tête , dit Finot en souriant, (jandissart épuisa les différentes séries de calembours

sur les mots huile, cheveux, tête, etc. Au milieu des rires homériques des trois amis, au dessert, malgré les toasts et les souhaits de bonheur réciproques, un coup de marteau retentit et fut entendu.

— C'est mon oncle ! Il est capable de venir me voir, s'écria Popinot.

— Un oncle? dit Finot, et nous n'avons pas de verre!

— L'oncle de mon ami Popinot est un juge d'instruction, dit Gaudissart à Finot, il ne s'agit pas de le mystifier, il m'a sauvé la vie. Ah ! quand on s'est trouvé dans la passe où j'étais, en face de l'échafaud, où : « Kouik, et adieu les dieveiix! fit-il en imitant le fatal couteau par un geste, on se souvient du vertueux magistrat à qui l'on doit d'avoir conservé la rigole par où passe le vin de Champagne ! On s'en souvient ivre-mort. Vous ne savez pas, Finot, si vous Q'aurez pas besoin de monsieur Popinot. Saquerlotte, il iisut des saluts, et des six à la livre encore.

Le vertueux juge d'instruction demandait en effet son neveu à la portière. En reconnaissant la voix, Anselme desicendit un chandelier à la main pour éclairer.

— Je vous salue, messieurs, dit le magistrat. L'illustre Gaudissard s'inclina profondément. Finot exa*

mina le juge d'un œil ivre, et le trouva passablement ga* nache.

— Il n'y a pas de luxe, dit gravement le juge en regardant la chambre; mais, mon enfant, pour être quelque chose de grand il faut savoir commencer par n'être rien.

-* Quel homme profond I dit Gaudissard à Finot«

— Une pensée d'article, dit le journaliste.

— Ah 1 vous voilà, monûeur, dit le juge en reconnaissant le commis voyageur. Et que faites-vous ici?

i38 SCÈNES DE LA TIS PAIIISIENNK

onsieitr, je veux eontribuer 4e tossmes petits moyens lime de Totjre cher neveu. Noos tokm» de méditer »rospeetu8 de son huile^ et tous ? oyez en monsieir ' de ee i^roipeetus, qui nous paratt un des plas beaux ui de eette litt<^raUire de perruques. — Le juge re» ^inoU — Monsieur, dit Gaudisart, est monveur An- ^inot, un des jeunes hommes les plus distingués de atnre, qui Itit dans les Journaux du gouvernement i politique et les petits théAtres^ ■■ ministre en d#- ^tre auteur.

l tira Gaudissart par le pan de sa redingote, ien, mes enfants, dit le juge à qui ees paroles expU* r Taspeet de la table où se voyaient les restes d*mi lien exensaUe. -— Mon ami, dit le juge à Popiooti toi, nous irons ee soir chez monsieur Birotteati, 4 lois une visite. Yous signerez vetre acte de société,

soigneusement examiné. Comme vous aurez la laie votre huile dans les terrainsdn faubourg du TempK t qu'il doit te faire bail de l'atelier, il peut avoir des Qtants, les choses bien en régît évitent les diseus- Ces murs me paraissent kumidea» Ansefane; élMe tes de paille à Tendroit de ton lit.

Tmetteannoi, monsewr le juge d'instmetion, dit art avec la patelinene d'un courtisan, nous avons us-mêmes les papiers aujourd'hui, eU«. Ss... ne sont les.

t Péconomiet bien, dit le juge, ïoutez, dit Gaudissart à l'oreille de Pinot, mon ami

est un jeune homme vertueux^ il va chex son <mde^ cbever la soirée chez nos cousines.*, umaliste montra la doublure de la poche de son gîlet. . vit le geste, il glissa vingt francs à l'auteur de son pro- , Le juge avait un fiacre au bout de la rue, il emmena reu chez B&rotteau. Pillerault, monsiesr et madame Roguin faisaient ua boatoo, et Césanne brodait u» fiand le jnge P(H[»net et Anselme se montrèrent. Ee-

CÉSAR BIROmàU 130

gain, le vîs-Ip-w de madmie RagoD^ auprès de Ucpielle se tenait Gésarine, remarqua le plaisir de û jeune fille quand die Tit entrer Aasefane, et par un signe il la montra rouge eomme une grenade à son premier clfflre.

— Ce sera d(«e la joimée aux actes? dit le parfumeur quand, après les sahitatîons, le juge lui eut dit le motif dt sa visite.

QtaMT^ ▲nselme et le juge allèrent au second, dans la ebamlire proinsoîre dn pttfûmeur, discuter le bail et Tade de société dressé par le magbtrat. Le bdlfut eonsenti pour dix*hnit années ain de le faire concorder k celui de la rue des Qnq-Diamants, câreonstanee minime en apparence, mais qui pins tard servit les intérêts de Btretteau* Quand César et le pige revimvnt à Tentre-ad, le magistrat, étonné du boukvmem^it général et de la présence des onvriers un dmaiBche chez un homme aussi religieux que le parfumeur» ett dennoda la eause^ ^ le parfumeur Fattendait là»

— Quoique y&m ne soyes pas mondain, monsieur, to«b ne trouTeres pas mautais que nous célâMrions la délivrance du territoire. Ce n'est pas tout. ^ je réunis quelques amis, ef est pour fêter ma promotion dans Tordre de la Légion d'honneur.

— Ah I fit le juge qui n'était pas décoré.

— Peut-être me suis-je rendu digne de cette insigne et royale &veur en siégeant au tribunal... oh! consulaire, et en combattant pour les Bourbons sur les marches...

—» Oui, dit le juge.

— De Saint-Roch, au 13 vendémiaire, où je fus blessé par Napoléon.

— Yolontiers» dit le juge. Si ma femme n'est pu souffrante, je ramènerai.

— Xindrot, dit Eoguin sur le pas de la porte à son clerc, le pense en aucune manière i épouser Gésarine, et dans six semaines tu verras que je t'ai donné un bon conseil.

— Pourquoit dit Grottal.

— lirotteau, moB d^r^ va éép^aer cent mille francs

iiO adfcNEs Di LÀ yns parisienni

pour son bal, il engage sa fortune dans cette aflhm des terrains malgré mes conseils. Dans six semaines ces genslà n'auront pas de pain. Épouse mademoiselle Lourdois, la fille du peintre en bâtiments, elle a trois cent miUe francs de dot, je t'ai ménagé ce pis-aller ! Si tu me comptes seulement cent mille francs en achetant ma charge, tu peux i'a^ Yoir demain.

Les magnificences du bal que préparait le parfumeur, annoncées parles journaux à TEurope^ étaient bien autre* ment annoncées dans le commerce par les rumeurs auxpelles donnaient lieu les trayauxde jour et de nuit. Ici Ton disait que César ayait loué trois maisons, là il faisait dorer ses salons, plus loin le repas devait offrir des plats inventés * pour la circonstance; par là, les négociants, disait-on, n'y seraient pas invités, la fête était donnée pour les gens du gouvernement; par ci, le parfumeur était sévèrement blâmé de son ambition, et l'on se moquait de ses prétentions politiques, on niait sa blessure! Le bal engendrait plus d'une intrigue dans le deuxième arrondissement ; les amis étaient tranquilles, mais les exigences des simples connaissances étaient énormes. Toute faveur amène des courtisans. Il y eut bon nombre de gens à qui leur invitation coûta plus d'une démarche. Les Birotteaux furent effrayés par lenonâbre des amis qu'ils ne se connaissaient point. Cet empressement effrayait madame Birotteau, son air devenait chaque jour de plus en plus sombre àrapjprochede cette solennité. D'abord, elle avouait à César qu'elle ne saurait jamais quelle contenance tenir, elle s'épouvantait des innombrables détails d'une pareille fête ; où trouver l'argenterie, la verrerie, les rafraîchissements, la vaisselle, le service? Et qui donc surveillerait tout? Elle priait Birotteau de se mettre à la porte des appartements et de ne laisser entrer que les invités, elle avait entendu raconter d'étranges choses sur les gens qui venaient à des bals bourgeois en se réclamant d'amis qu'ils ne pouvaient «nommer. Quand, dix jours auparavant, Braaehon, Grindot, Lourdois et Chaffiroux, l'entrepreneur en làtimenls, eurent affirmé que l'appartement serait prêt pour

CÉSAR BIROTTSiU Ut

le fameux dimanche da 17 décembre, il y eut ufie conférence lisible le soir, après dtner, dans le modeste peti: salon de Tentre-sol, entre Gésar, sa femme et sa fille, pour composer la liste des invités et faire les invitations, que le matin un imprimeur lui avait envoyées imprimées en belle anglaise, sur papier rose, et suivant la formule du code de la civilité puérile et honnête.

— Âh çà! n'oublions personne, dit Birotteau.

— - Si nous oublions quelqu'un, dit. Constance, il ne s'oubliera pas. Madame Derville, qui ne nous avait jamais fait de visite, est débarquée hier au soir en quatre bateaux.

— Bile était bien jolie, dit Césanne, elle m'a plu.

•» Cependant^ avant son mariage elle était encore moins que moi, dit Constance, elle travaillait en linge, rue Montmartre, elle a fait des chemises à ton père.

—Eh bien, commençons la liste, dit Birotteau, par les gens les plus huppés. Ëcris, Césarine : Monsieur le duc et madame la duchesse de Lenoncourt...

— Mon Dieu! César, dit Constance, n'envoie donc pas une seule invitation aux personnes que tu ne connais qu'en qualité de fournisseur. Iras-tu inviter la princesse de Blamont-Chauvry, encore plus parente à feu ta marraine, la marquise d'Uxelles, que le duc de Lenoncourt? Inviterais-tu les deux messieurs de Yandenesse, monsieur de Marsay, monsieur de RonqueroUes, monsieur d'Aiglemont, enfin tes pratiques? tu es fou, les grandeurs te tournent la tète.

— Oui, mais monsieur le comte de Fontaine et sa famille t Hein f celui-lA venait sous son nom de Grand-Jacques, avec LE Gars, qui était monsieur le marquis de Montauran, et monsieur de La Billardière, qui s'appelait Le Nantais, à la Reine des Roses^ avant la grande ^aire du 13 vendémiaire. C'était alors des poignées de main ! Mon cher Birotteau, du courage! faites-vous tuer comma nous pour la bonne cause ! Nous sommes d'anciens camarades de conspirations.

— - Mets-le, dit Constance^ Si monsieur de La Billardière el son fils viennent, il faut qu'ils trouvent à qui parler*

iii SGÈNBS DS LA YB PARISIIlflfl

*— terit, Césanne^ dît Birottetu. Primo, mondevr \m préfet de ht Seine : il viendra on ne Tiendra pasy mait il eommande le corps nmnicipal : à tout teignevr tout honneur !

— Monsieur de La Billardière et son fib, maire. Mets le Chiffre des inrités an bout. — Mon collègue monsieur Gra net, Tadjoint^ et sa femme. Elle est bien laide, mais é'est égal, on ne peut pas s^en. dispenser! •— Monsieur Gnrel, Torfévre^ le colonel de la garde nationale, sa femme et ses deux filles. Yoilà ce que je nomme les autorités. Viennent les gros bonnets I — Monsieur le comte et Madame la eom^ tesse de Fontaine, et leur fille mademoiselle Emilie deFoL^ Uune.

— Une imperUnente qui me fait sortir de ma boutique pour lui parler à la portière de sa voiture, quel que soit ]ê temps, <Ût madame César. Si elle vient, ce sera pour se moquer de nous.

— Alora elle viendra peut-être, dit César, qui voulait absolument du monde. Continue, Gésarine. •— Monûeur le comte et madame la comtesse de Grandville, mon proprié* taire, la plus fameuse caboche de la cour royale, dit Derville.

— Àb çà, monsieur de La Billardière me fàïi recevoir chevalier demain par monsieur le comte de Lacépède lui-même, n est convenable que je coule une invitation pour bal et 4bier au grand cbiuicelier. — • Monsieur Yaùquelin. Mets bal et dîner, Césarine. Et, pour ne pas les oublier, tous les Chiffreville et les Prêtez. — Monsieur et madame Popinot; juge au tribunal de la Seine, — Monsieur et madame Thi* rion, huissier du cabinet du roi, les amis des Ragon, et leur fille, qui va dit-on épouser Tun des fils du premier lit de monsieur Camusot.

— César, n'oublie pas le petit Horace BiindlM>&, le neveu de Bxnttieor Po{Haoi el comia d'Anselme, dit Constance. •

-«- Ah boidche I Césarine a bien rais un quatre au bout, des Popinot. — - Monsieur et madame Rabourdin, un des chefs de bureau dans la division de monsieur de La Billardière. — Monneur Cochin, du même ministère, sa femme oi

CCSAR BIROTTIAO lil

\ma fils» les eonmaaditaîres de Matifat» et menùeur, ma« ëame ci madeoMiselle Matifetf puisque nous y sommes.

— Les Mstifat, dit Gésarioe, ont fait des démarches po^r ntonàeur et madame GdlevUle, moasieitr et madame Tlmii- Jàfitj leoii amis, et les SaiUard.

,m^ Nous Terrons, dit César. Notre agent de ehasfe, mon* iéui et madame Jules Desmarets.

«- Ce seni In plus belle du bal, celle-là! dit Césarine; éOt me plaît, oh 1 mais, plus que toute autre.

— Derville et sa femme,

— • Mets donc monsieur et madame Coquelin, les successeurs de mon oncle Pillerault, dit Constance, Ds comptent si bien en être que la pauvre petite femme fait fiire par ma couturière une superbe robe de bal : par-dessous de satin blanc, robe de tulle t^rodée en fleurs de chicorée. Encore un peu, elle aurait pris une robe lamée eomme pour aller à la cour. Si nous manquions à cela, nous aurions en eux des easemis acharnés.

-« Mets, Césarine ; nous devons honorer le commerce, nous en sommes. -^ Monsieur et madame Roguin.

— Maman, madame Roguin mettra sa rivière, tous ses diamants et sa robe garnie de malines.

— Monsieur et madame Lebas, dit César, Puis monsieur le président du tribunal de commerce, sa femme et ses dcur filles. Je les oubliais dans les autorités. — Monsieur et madame Lourdois et leur fille. — Monsieur Claparon, banquier, monsieur du Tillet, monsieur Grindot, monsieur Molineux, Pillerault et son propriétaire, monsieur et madame Camusot, les riehes marchands de soie, avec tous leurs enfants, eehn de l'tcole polytechnique et Tavocat... Il va être, nommé juge à eaose de son mariage avec mademoiselle Thirion.

— - Mais 6C province, dit Césarine.

— Monsieur Cardot, le beau-père de Camusot^ et tous les enfants Cardot. Tiens I et les Guillaume, rue du Colombier, le beau-père de Lebas, deux vieilles gens qui feront tapisserie; — Alexandre Crottat, >— Gélestin...

lu SCÈlfBS DE LA VIE PARISIENNE

— Papa, n'oubliez pas monsieur Àndoehe Finot et moniieur Gaudissart, deux jeunes gens qui sont très-utiles à monsieur Anselme.

-— GaudissartT il a été pris de justice. Mais c'est ^al ; il part dans quelque jours et ya voyager pour notre huile, mets! Quant au àenr Àndoehe Finot, que nous est-il T

— Monsieur Anselme dit qu'il deviendra un personnage^ il a de l'esprit comme Yoltûre.

— Un auteur? tous athées.

-— Mettez-le, papa; il n'y a pas déjà tant de danseurs. D'ailleurs, le beau prospectus de yotre huile est de lui.

— U croit à mon hnile^ dit Gésar^ mets-le, chère enfant.

— Je meta aussi mes protégés, dit Césarine.

— Mets monsieur Mitral, mon huissier; monsieur Haudi^ notre médecin, pour la forme, il ne viendra pas.

— n viendra faire sa partie, dit Césarine.

— Ab çà^ j'espère. César, que tu inviteru au dtner mon- Tabbé Loraux?

— Je lui ai déjà écrit, dit César*

— Ohl n'oublions pas la belle-sœur de Lebas, madame Augustine de Sommervieux, dit Césarine. Pauvre petite femme, elle est bien souffrante, elle se meurt de chagrin, nous a dit Lebas.

— Yoilà ce que c'est que d'dpouser des artistes, s'écria le parfumeur. Regarde donc ta mère qui s'endort, dit-il tout bas à sa fille. Là, là, bien le bonsoir, madame César.

«*- Eh bieni dit César à Césarine, et la robe de ta mère?

— - Oui, papa, tout sera prêt. Maman croit n'avoir qu'une robe de crêpe de Clûne, comme la mienne; la couturière est sûre de ne pas avoir besoin de l'essayer.

— Combien de personnes ? dit César à haute vobc en voyant sa femme rouvnr ses paupières.

»-* Cent neuf avec les commis, dit Césarine.

•- Où mettrons-nous tout ce monde là? dit madame Bî-

CiSàK BIBOTTIAV 145

aMDlr il y a«ni int kiAdi»

Rien ne peut se faire simplement chez le& gens qui montent d^m élage sêàtÀ à Taiitre.. NI madame Biroaean, ni César, ni personne ne powpwt s'introduire sons aucun prétests au premier étage* César ai¥sit promis à Ragoet^ son garçon de magasiay im habilkBMnt ncKif pour le jonr du bal, s'il faisait benne garde et s'il exécntaît bien sa consigne. Birotteau,. conmse l'empereur Napolécm à Comptègne lors de kL reslauradon d«t dîètean pour son mariage avec Marie- Lonise d'Autriche, ironlMl ne rien foir partiellement^ il voulût jouir de la mrpme. Ces deux ancien» adversaires se reneonirèrent encore une fois, à leur insu, non sur un champ de bsÉaiUcv miûs sur le terrain de la vanité bourgeoise» MonnenrGrindoidevaitdoncprendreCésarparlamainetlui montrer l'appartementy comme nn cicérone montre une galerie à an curieux. Cbftcun dans la maia^a »vm4 d'ailleurs inventé ta mÊtpirnt, Césanne^, la cbère enfonl, await employé tout son petit trésor, cent louia, à acheter des livres à son père. Monsieur Grindot lui afait nn malin confié <$a.'il y aurait deux corps de bibliothèque dana la chambre ds son père, laqndfle formait cabinet, une swptise d'architecte. Césarine satrait jjSlé toutes» ses économies de j^eune fille dana le comptoir d'un libraire,, pour offirir à son père : Bossaet,, Racine, Yoltaire, Jean- Jacques Reuaacau, Monlescpiiett , Molière, Buffon,, Fénelon, DeliUe, Bernardin de Saint-Pierre, La Fontaine, Corneille, Pascal, La Harpe, enfin cette bibliothèque vulgaire qui se trouve partout et que son père ne lirait jamais. Il devait y avoir un terrible mémoire de reliure. L'inexact et célèbre relieur Thouvenin avait promis de livrer les» vohmes le 16- à midi. Césanne avait confié son eraiMurraa à son oncle FillerauU, et l'oncle s'était chargé du mémeite. Ln surprise de César à sa femme était une robe de vekMirs cerise garnie de dentelles, dont il venait de parler à sa» fiUe^ sa complice. La surprise de madame Birotteau pour le aeirvean chevalier coosistaii en une paire de boucles d'or et un solitaire en épingle. Enfin il y avait pour

146 SU^lNIS DE LA Y» PARISUQmS

toute la ftmîUe la surprise de Tappartement, laquelle derail être suivie dans la quinzaine de la grande surprise des mémoires à payer.

César pesa mûrement quelles invitations devaient être laites en personne et qudles portées par Raguet, le soir. Il prit un fiacre, y mit sa femme enlaidie d'un chapeau à plumes et du dernier chale donné, le cachemire qu'elle avait désiré pendant quinze ans. Les parfumeurs en grande tenue s'acquittèrent de vingt-deux visites dans ime matinée.

César avait fait grâce à sa femme des difficultés que présentait au logis la confection bourgeoise des différents comestibles exigés par la splendeur de la fête. Un traité diplomatique avait eu lieu entre l'illustre Chevet et fiirotteau. Chevet fournissait une superbe argenterie, qui rapporte autant qu'une terre par sa location ; il fournissait le dîner, les vins, les gens de service commandés par un maître d'hôtel d'aspect convenable, tous responsables de leurs faits et gestes. Chevet demandait la cuisine et la salle à manger de l'entresol pour y établir son quartier général, il devait ne pas désemparer pour servir un dîner de vingt personnes à six heures, et à une heure du matin un magnifique ambigu. Birotteau s'était entendu avec le café de Foy pour les glaces frappées en fruit, servies sur de jolies tasses, cuillers en vermeÛ, plateaux, d'argent. Tanrade, autre illustration, fournissait les rafraîchissements.

— Sois tranquille, dit César à sa femme en la voyant un peu trop inquiète l'avant-vtriile, Chevet, Tanrade et le café d^ Foy occuperont l'enlre-sol , Virginie gardera le second, la boutique sera bien fermée. Nous n'aurons plus qu'à nous carrer au premier.

Le 16, à deux heures, monsieur de La Billardière vint prendre César pour le mener à la Chancellerie de la Légion d'honneur, où il devait être reçu chevalier par monsieur le comte de Lacépède avec une dizaine d'autres chevaliers Le maire trouva le parfumeur les larmes aux yeux. Constance venait de lui faire la surprise des boudes d'or et du solitaire.

CtSAR BIROTTBAU 147

— Il est bien doux d'être aimé ainsi, dit*il en montant en fiacre en présence de ses commis attroupés^ de Césanne et de Gonstanee. Tous^ ils regardaient César en culotte de soie noire » en bas de soie, et le nouTel babit bleu-barbean sar lequel allait briller le ruban qni, selon Molineux, était trempé dans le sang. Quand César rentra pour dîner, il était p&le de joie, il regardait sa croix dans toutes les glaces» car dans sa première ivresse ilnesecontoitapasdnrubani il fut glorieux sans fausse modestie.

— Ha fenmie, dit-il, monsieur le grand cbancelier est nn homme charmant; il a^ sur un mot de La Billardière, accepté mon invitation. Il vient avec monsieur Yauquelin. Monsieur de Lacépède est un grand homme, oui,auttmt que monsieur Yanquelin; il a fait quarante volumes! Mais aussi est-ce un auteur pair de France. N'oublions pas de lui dire : Votre Seigneurie ou monsieur le comte.

— Mais mange donc, lui dit sa femme. H est pire qu'un enfant, ton père, dit Constance à Césarine.

— Gomme cela fait bien à ta boutonnière, dit Césarine. On te portera les armes^ nous sortirons ensemble.

— On me portera les armes partout où il y aura des (actionnaires.

En ce moment, Grindot descendit avec Braschon. Après dîner, monsieur, madame et mademoisdle pouvaient jouir du coup d'oeil des appartements, le premier garçon de Braschon achevût d'y clouer quelques patères, et trois hommes allumaient les bougies.

— Il faut cent vingt bougies, dit Braschon.

— - Un mémoire de deux cents francs chez Trudon, dit madame César dont les plaintes furent arrêtées par un reg/àTô du chevalier Birotteau.

— Votre fête sera magnifique, monsieur le chevalier, dit Braschon.

Birotteau se dit en lui-même : — Déjà les flatteurs. L'abbé Loraux m'a bien engagé à ne pas donner dans leurs pièges el à rester modeste. Je me souviendrai de mon origine.

8€ÈNES DK LÀ YIE PARISIENNE

«iiprii.pis ceqneTOttlait dire le lidhe ta^Msier t-Aaiome* Braschoft â; oasetoitalnres iwiliies itéf lui, m femme, sa fillle^ n bcUe-mère et dion éénnt Vtimeàà de BirottCBu. Sur le pm i De FtppdiUqiiemoiiBÎisnr le ebeyalU».

OE c^énde eoamMBça» César, sa femme H awat de ki lieutique* et entirèreBt chez eux par le delà maiseBawt M réfute daBsu&gnmd vantaux, dhmés en penaen» épnm et carrés, iqaela se trovf mt mi evEement ercIrîleetiLral te H peinte, dette peetf^ de:vaiiie si cemmmw i aloss dans tonte sa aorreauté. An foné dn fOjait l'eualier éiyisé en deus rampe» droites kB se trerninait ce sod* dont s'inquiétait Birolformail nne espèce et iMitte oCi Ton ponvait aille femme. Ce vestiiail«v dalld en anrbie

peint en marbre,i était édmré par na» kMQpe Ire beea». L'architecte n?aii uni la ridiesse à la L étroit Upis ronge relevait la lalaMkeux des 'escalier en Ikis polL i la pierre ponce, iîln r donnait une entrée i Tentre-soL La porte des

était dans le genre de celle sur la me, mak s.

^râûel dit Gésarine. St c^Mindant tt n'y a rim

QÛL

oMit, mademoiselle, la grâce vient des prêtes entre les slylobates, les ptethcs, les corwnements; puia je n^ai lîen daré, lea eeiyeurs t n'offrent poîat de Um& éclatanCa.

m sdenee, fit Gésarine.

rent alors dans une antichambre de bon gott, laeicwe, simplement décorée. Me venait un croisées sur la rue, blanc et rouge, ft ce t m aentpvofiiéee, àpeîntarts fines, eà rien ne par une cheminée en marbre btec i coleanes niluee dunsèe avee^t, elle nfoffnitnen de

CiSAIl KROTTCàU 119

ndiori0, et «OMtidatt «nx autres éélaiii. Là vésMut enim eette suave lianBOM ^ne ies artîMes seals «nmi établir m pem-smvant us lyiii mÊ t de déeorttkm jnqoe dms les ptos petits aceoBeires, et que les JMMirgeois ignorent^ «iiii foi lei turpread. Umtestne à wioft-^pHitre boagiet fuBÎt leqtoidir lei^drapenes de soie foufe, le parquet aent ua m agaçast qui provaqua Césarine à danser. Ua boadair HKi^ àbiie donnait passage daas le eabiaet ^ César.

~ J'ai nos là «i IH, 4k Griadet en dépUant les portes dteeadeÔTebabScaMnt eacbëe entre les deaa bîbKotbèqnes. Tons 4m nadasM nous powez être inaMe, et alors ehaeini; aaadofldHre. ' -

«-UlttseetleiriUîeaièqae famîe de ttfies wéliéi. Obi an isanel asa feninet diit Césmr.

— Nea, oeci est la siirpme <4e Géserine.

— Pardonnes à l'éniotion d'an porc, dH-îl à Fardiiteele fli eiBDfBssant sa nlie*

— Mais faites, faites done, monsienr, dit Grindo^ tous êtes c^ex TOUS.

Dans lee cabinet dominaient les couleurs Inrunes, releyées par des agréments verts, car les plus babUes transitions de Tharmonie liaient toutes les pièces de Tappartement Vnne à Tautre. Àinn La couleur qui faisait le fond d'une pièce servût à l'agrément de fautré, et mee ner$ê. La gravure d'Hère et Léandre brillait sur un panneau dans le cabinet deCÊar*

— Tin« tu payeras tout cela, dit gaiement Birolteau*

— Cette belle estampe vous est deonée par maasieur ànirhnp» dit Césanne*

^sdne aussi s'était pemus «œ surprise.

•— Paavre ffahal, il a fait eoBunemai pour moèiiear Taoqvelia**

La ehuabn de andasM Bîn>tleM woait easaile. L^ar^ dniecte f «vail déplopédes maftâfioences deaature à plaire lUK bnnres fan ^u*!! vcMdait empaainer, <ar il avait.tena praole eai étudiant cette mUmraiHm. La diarnbre était

150 SCÈNES DE LA TIE PAItfSIENNE

tendue en soie bleue, ayec des ornements blancs^ le meuble étsit en Casimir blanc avec des agréments bleus. Sur la cheminée en marbre blanc, la pendule représentait «a Y/nus accroupie sur un beau bloc de marbre ; nn joli tapis ea moquette, et d'un dessin turc, unissait cette pièce à la chambre de Césarine, tendue en perse et fort coquette; un piano, nne jolie armoire à glace, un petit lit chaste à rideaux simples, et tous les peUts meubles qu'aiment les jeunes personnes. La salle à manger était derrière la chambre de Birotteau et celle de sa femme, on y entrait par l'escalier, elle avait été traitée dans le genre dit Louis XIY, avec lit pendule de Boulle, les buffets de cuivre et d'écaillé, les murs tendus en étoffe à clous dorés. La joie de ces trois personnes ne saurdt se décrire, surtout quand, en revenant dans sa chambre, madame Birotteau trouva sur son lit sa robe de velours cerise garnie en dentelles que lui offrait son mari, et que Yirginieiy avait apportée en revenant sur la pointe des pieds.

— Monsieur, cet appartement vous fera beaucoup d'honneur, dit Constance à Grindot. Nous aurons cent et quelques personnes demain soir, et vous recueillerez les éloges de tout le monde.

— Je ous recommanderai, dit César. Tous verrez la tête du comjierce, et vous sere^ connu dans une seule soirée plus que si vous aviez bSti cent maisons.

Constance émue ne pensait plus à la dépense ni à critiquer son mari. Voici pourquoi. Le matin, en apportant Héro et Léandre, Anselme Popinot, à qui Constance accordait une haute intelligence et de grands moyens, lui avait affirtné te succès de l'Huile Céphalique auquel il travaillait avec un acharnement sans exemple. L'amoureux avait promis que, malgré la rondeur du chiffre auquel s'élèveraient les folies de Birotteau, dans six mois ces dépenses seraient couvertes par sa part dans les bénéfices donnés par l'huile. Après avoir tremblé pendant dix-neuf ans, il était si doux de se livrer un seul jour à la joie, que Constance promit à sa fille de n'empoisonner le bonheur de son mari par au-

CÉSAR BIROTTEilU 151

eone réflexion, et de s'y laisser aller tout entière. Quand, Ters onze heures, monsieur Grindot les quitta, elle se jeta donc au cou de son mari et yersa quelques pleura de con* tentement en disant: — César I ah I tu me rends bien folle et bien heureuse.

— * Pourvu que cela dure, n'est-ce pas? dit çn souriant César.

— Cela durera, je n'ai plus de crainte, dit madame Bi« rotteau,

— A la bonne heure, dit le parfumeur, tu m'apprécies enfin.

Les gens assez grands pour reconnaître leurs faiblesses avoueront qu'une pauvre orpheline qui, dix-huit ans auparavant, était première demoiselle auPelit-Malelot, île Saint- Louis, qu'un pauvre paysan venu de Touraine à Paris avec un bâton à la main, à pied, en souliers fer'és, devaient être flattés, heureux, de donner une pareille fête pour de si louables motifs.

— Mon Dieu, je perdrais bien cent francs, dit César, pour qu'il nous vînt une visite.

— Voici monsieur l'abbé Loraux, dit Virginie.

L'abbé Loraux se montra. Ce prêtre était alors vicaire de Saint- Sulpice. Jamais la puissance de l'&me ne se révéla mieux qu'en ce saint prêtre, dont le commerce laissa de profondes empreintes dans la mémoire de tous ceux qui le connurent. Son visage rechigné, laid jusqu'à repousser la confiance, avait été rendu sublime par l'exercice des vertus catholiques: il y brillait par avance une splendeur céleste. Une candeur infusée dans le sang reliait ses traits disgracieux, et le feu de la charité purifiait les lignes incorrectes par un phénomène contraire à celui qni, chez Claparon, avait tout animalisé, dégradé. Dans ses rides se jouaient les grâces aes trois belles vertus humaines^ l'Espérance, la Foi, la Charité. Sa parole était douce, lente et pénétrante. Son costume était celui das prêtres de Paris, il se permet-

15f 8GÈNBS. DC LA TIS PAMtlENNE

lait It redinfole d'un brun muroo. Aacwe mlNâa» mm s'était i^iicée m ce cœur pur, q^e te» anges ^inrant apporter à DÂeii àkXMB Jt primi^e inn^ceiiee. li idàbâ. ia ûomoe viOflence daia Me de Louis X¥I pMr faire aoeepter «ae cure devParift.^encore,uae des plus modestes, à i'abbé Locaux. U rej;arda d'uD œil iiviiiiet toutes ceà ninnificfttftffl» soarit à ces trois commerçants enchantés et hocha, sa tête blanchie.

— Mes éi^nts, leur dit^il, mon rôle n'est pas d'assister à des fêtes, mais de consoler le» affligés. Je Tiens remer- * cier monsieur César, vous féliciter. Je ne yeux venir id que pour une aeule iMe, fowt le mariage de «ette hd\m enfant.

AjNnètM4iÉrtd'bewne« Tafaèé se retira, aaas que le parfumeur aiiaa femiie ooaagqit lui nostrcr les appartemeiUt. €eUe appa ri li on |^ve jeta qvel^ttea gouttes Cràidea dans k joie boMJilante de G^ar. Chacun te coucha dans «on luxe, en preMMl possession des boas et jolis petits neubles qu'il arait souhaités. Oésarîne déshabilla sa mërt deftni une toilette à glace en marbre blanc. César s'étail donné 4|tiûlques suporûuités dont U voiulul user aussitôt. Tous s'endormirent en se représentant par avance les joies du lendemain. Après être allées à la messe et avoir lu leurs vêpres^ Césarine et sa mère s'habillèrent sur les quatre heurea, après «voir livré f entre-sol «n bras séculier des gens de Chevet. Jmnais toâette n'alla mieux à madame César qne celite roi»e de velours cerise garnie en dentelles, à manches courtes ornées de jockeis; ses beaux bras, encore fr»s et jeunes, sa poitrine étincelante de blancheur, son col, ses épaules ^rm si jofi dessin, étaient rehaussés par cette riche étoie ^ par cette magnifique couleur. Le naïf contentement que lovte femme éprouve à se voir dans toute la puissance donna jf ne sais quelle suavité au profil grec 4e la parfumeuse, dent la beanlé parut dans toute aa finesse de aamée. Césarine, habitiée.en crêpe blanc, avait une couronne de roses Hanches sur la tète, une rose à son côté ; une écharpe lui couvrait chastement les épaules et le corsaga; elle temfitPopinot fou.

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CÉSAR MROmâU iSt

-* Cm fetts-ià noiii écrateni, dimftdaRie litfiin à mm nMuri^eft paroonraiit yappMlanent.

La eottresse était forieme ée ne pss être «mn bdie qae mftdanié César, tarUmte fiemme sait tonjonraen eHermème à quoi s'en tenk lar la supériorité tm rîoférîorîté d'un» rwaw*

^*- Bahl ça ne durera pas longtemps, et bientôt ta éd»bonseeras hi pauvre femme en la rencontrant à pied dan^ les mes, et minée! dit Rogoin bas à sa femme.

Yauquelin fut d'une ^rAce parfaite ; il vint avec monsieHr de juacépède, son collègue à Tlostitut, qui Tétait allé prendre en voiture. En voyant la resplendissante parfumeuse « les deux savants tombèrent dans le compliment scientifique.

-*- Tous avez, madame, un secret 91e la sdence igooner pour rester aiasi jeune et belle^ dit le chiniiste.

— YiH» êtes ici un pen <ehes vous, tnMsieiir Tacidén»cien, dit Burotteau. (M, «onsieur le comte, reprti-il m. se tournant vers le graad chancelier de la Ld^^m d'honnir; Je «lois tma {ortime à moMîeur Vîauqueltn. J'ai Hionneur de présenter à. Votre Seigneurie monsieur le présidât du tribunal de iCMmBeroe. C'est nokonsieur le comte .de Lacépède, pair de France, un des grands honmes de la France ; il a écrit tqnarairte v^ume, dit-ii âiosepliLebas^ acoompagnatt le président du tribunal.

Les eesiives toent exacts. Le dîner f«t <ee que sont les dtners des commerçants, extrêmement gai, ^in de bon* homîe, historié pu* de grosses plaisanteries qui font to»* jours rire. L'excdlence des mets, la bonté des vms furent hîeaa appréciées. Quand la société rentra dans les salons peur prendre le café, il était neuf heures et demie. Quelques fiacres avaient am^ié d'impatientes danseuses. Une bcwe après, le salon fut plein, et le bd prit un air de raout. Monteur de Lacépède et monsieur Tauqueft'm s'en afièrent, au grand désespoir de Birotteau, qui les suivit jusque sur Tescdier en les si^^pliant de vsrt^. «aïs eo

Tain. Il réussit à maintenir monsieur Popinot le juge et monsieur de La Billardière.Ârexception de trois femmes qui représentaient l'aristocratie, la finance et l'administration : mademoiselle de Foctaine, madame Jules, madame RabourdUn, et dont l'éclatante beauté, la mise et les manières tranchaient au milieu de cette réunion, les autres femmes offraient à l'oeil des toilettes lourdes, solides, ce je ne sais quoi de cossu qui donne aux masses bourgeoises un a^>ect commun, que la légèreté, la grftce de ces iTOl% femmes faisaient cruelleuent ressortir.

La bourgeoisie de la rue Saint-Denis s'étalait majestueu-. sèment en se montrant dans toute la plénitude de ses droits de bouffonne sottise. C'était bien cette bourgeoisie qui habille ses enfants en lancier ou en garde national, qui achète Victoires et Conquêtes, le Soldat laboureur, admire le Convoi du pauvre^ se réjouit le jour de garde, va le dimanche dans une, maison de campagne à soi, s'inquiète d'avoir l'sdr distingué, rêve aux honneurs municipaux; cette bourgeoi* sie jalouse de tout, et néanmoins bonne, serviable, dévouée, sensible, compatissante, souscrivant pour les enfants du général Foy, pour les Grecs dont les pirateries lui sont inconnues, pour le Champ d'asile au moment où il n'existe plus, dupe de ses vertus et bafouée pour ses défauts par une société qui ne la vaut pas, car elle a du cœur précisément parce qu'elle ignore les convenances; cette vertueuse bour^ geoisie qui élève des filles candides rompues au travail, pleines de qualités que le contact des classes supérieures diminue aussitôt qu'elle les y lance , ces filles sans esprit parmi lesquelles le bonhomme Chrysale aurait pris sa femme ; enfin une bourgeoisie admirablement représentée par les Matifat, rès droguistes de la rue des Lombards, dont la maison fournissait la Reine des Roses depuis soixajte ans.

Madame Matifat, qui avait voulu se donner un air digne» dansait coifiée d'un turban et vêtue d'une lourde robe ponceau lamée d'or, toilette en harmonie avec un air fier, un nez romain et les splendeurs d'un teint cramoisi. Monsieur Matifat, û superbe à une revue de garde nationale, où l'on

CESAR BIKOTTEAU 165

apercevaU à cinquante pas son yentre rondelet sur lequel brillaient sa ehatne et son paquet de breloques , était dominé par cette Catherine II de comptoir. Gros et court, . harnaché de bésides, maintenant le col de sa chemise à la hauteur du cervelet, il m fai3ait remarquer par sa voix de basae-taille et par la richesse de son vocabulaire. Jamais il ne disait Corneille, mais le sublime Corneille t Racine était le 4oux Racine. Voltaire I oh ! Voltaire, le second dans tous les genres, plus d'esprit que de génie, mais néanmoins homme de génie! Rousseau, esprit ombrageux, homme doué d'orgueil et qui a fini par se pendre. Il contait lourdement les anecdotes vulgaires sur Piron, qui passe pour un homme prodigieux dans la bourgeoisie. Maiifat, pas- Honné pour les acteurs, avait une légère tendance à Tobscénité. On disait même qu'à l'imitation du bonhomme Cadot et du riche Gamusot, il entretenait une maîtresse. Parfois madame Matifat, en le voyant prêt à conter quelque anecdote, s'empressait de l'interrompre en criant à tue-tête : f Mon gros, fais attention à ce que tu vas nous dire* » Elle le àommait familièrement son gros. Cette volumineuse reine des drogues fit perdre à mademoiselle de Fontaine sa contenance aristocratique, l'orgueilleuse fille ne put s'empêcher de sourire en lui entendant dire à Matifat : — Ne te jette pas sur les glaces, mon grosl c'est mauvais genre. Il est plus difficile d'expliquer la différence qui distingue le frand monde de la bourgeoisie qu'il ne l'est à la bourgeoisie de l'effacer. Ces femmes, gênées dans leurs toilettes, se savaient endimanchées et laissaient voir naïvement une joie qui prouvait que le bal était une rareté dans leur vie occupée ; tandis que les trois femmes qui exprimaient chacune une sphère du monde étaient alors comme elles devaient être le lendemain, elles n'avaient pas l'air de s'être habillées exprès^ elles ne se contemplaient pas dans les merveilles inaccoutumées de leurs parures, ne s'inquiétaient pas de leur effet, tout avait été accompli quand devant leur glace elles avaient mis la dernière main à ToBuvre de leur toilette de bal ; leurs figures ne révékdant

mm d'excessif, elèot ÔÊommi avec k giiee et 1» lateeraikr ^M des féniestDeonnvs <iiii 4siiBésà ^pelfses Aatoei WÊ$àqaesé Les aotasi, an otBtrtim, oMirfiiées ta soetu 4» miù^ fardaient leun pesés ▼olgaiKs^ili^iBusaeBl'Irsp ; Iflsrs regards étdàeaà noanudérémeiit emien, leurs -T«ix tte 0mÊtnmeai poist ee léger inaraim*e mai doaae ma esBuersalkMis éa liai im piquait ûnaitable ; eites s'atmeal pas siMclûHÊÊ, le aéneoz impertâaentqiii contîeBl f épignmnine ek^S^noû^ meelte traaguiBe attHidfce à bqaeUe ae toooii^ auflaent les geaa faabititésà conaervcrvn fruad tmipâ^m eujrinèmfii. Aussi madawie UbaboardiB, madame Iules «I flEiademdiaelle 4e Foitaine, qm a'étipeiit preins mit joie is» fuQÔe de ce ImI de parfumwr, se dessiBaseaWettes snr «eula U lK)urge()ésâi pac leurs gpsices molles, par le goiK expûa. de iears toileHes et par lenr jeu^ oamme trois preaaiers sshjflCs de rOfiém se détaduMii aar la lourde •cavalerie des cûn^nesu £Ues «étaîenl a fcac née s d'mi aeil faébélé, jidon. Madame Roguln, Oosstanee d Ctfsarîiie fsrmtioiit oomne va lien, ^oi iwtlacbait les JBguies Danmiales à oes tnois types d'aiifitoctatie fémÎMne. Comw dans tous les bals, ii • lint un BioiDCBt d'oBimaiion où IcKtarreols de àuaîère, k joie, la oiusîque et Veoinin de k daase «ansèrait «se ivresse qui fit di^arattre ces samioeB dans k mKtndo du UdtL Le bal i^ait devmiîr brayant, ■ndenoiselle de Pan* taioe voulut se retirer; mais^iiaad elle cbercha k bras du vâsérahle Yendées, Birottea»^ as kmme et aa ffile eee^i^ nueni poar empéeber k désflrtknéa toute Tarislocratkdfe lesr asseaiblée.

— Il y a dans cet appartement tm paifnn de bon go6t q«i Trahnent m'étonne, dît f impertinente fille aa parfiomeur, et je 1F0U8 en fois mon compliment*

Birotteau était û bien enivré par les fâîcitaUims publiques qu^l ne coiQprit pas; mais sa feouae rougit et ne sut qfut répondre.

.^ ?oilà «ne lète nalionak qd ipons benore, ki «disail Gamusot,

CtlAR llftOTTEAV iS7

— J'm vui rsuroneBi «& si beau baly diuttt moa^iir 4e La Billaidière, à qui ua sieBSonf» ^£<àeuz neooâl^ mik

Birotteau pf^aait tous les conpliineBts mê sérieux.

— Quel nrôsaat eoup* à*ed\ l et le bon orâieslre t Nous doBnercs-'fettft scHnenl des bals ? lui disdl maéame Lebas.

— QacA ehomaat ajpparlemeiil 1 «'^1 de iroli» geûtt kd disMi Hiadane Deanareift.

Birotteai& os» ment» e» lui lùssaaè eroire «pi'il eu état rardottsateuv. CéKime^ i|nl devait ètve mvitée pear toutes lis oQSlredaBsesy eosBaioeflibie& il y amt de ditiiciieaw dies.AMcdne.

— 1^ je n'éCQtttais tpie nea désir, lui dit4l à Toreilto en sertaivt de lable^îe voq» prierais de me faite la faifeardrune coBAredAMe; mais nea bonbeur eoAterail trop cberinelre maturd aoiour-pvopie»

Gésariue, §ai trouvait que les bommes Marcfaaioit sans grtee quand ils étaient droits sur leurs* jambesy Touhit e«yrir le bal avecPopinol. Popktoty eniwrdipor sa tante, qn lui avttt dit d'oser, osa parier de son anaur à cette durmante fîlk pendant la oontredasse,. mai» en se senwtt de détoovs que prônent les amaBtft.timldes.

— Ma fortune dépend de ^ous, maÉemonelle.

—» Et comment î

— nn*y a qu%n espoir qb» puisse me ïaftiirc faire,

— Espérez.

— Soves-vous bfen tout ee que tous venez de dire en un «enl mot ? reprit Poptaot.

— Espérex la fortune, dît Césffriae a»fee un sourire maficien.

— Gaudissart! Gaudissart ! ê^ après la contredise An« aelme ison ami en lui pressant le bras avec une forée herculéenne HnssiSf ou je me brtte la cervelle. Réussir, c'est épouser Gésarine, elle me Ta dit, et vois comme elle est belle.

— Oniy eUe est jolioaent ficelée^ dit GaidisBart, et lidie. Noos allons le frire dans Thuile.

La bonne intelligence de mademoiselle Uiuràote al d'Alexandre GrotUt, successeur désigné de Roguin, fui re» marquée par madame Birotteau, qui ne renonça pas sans de vives peines à faire de sa fille 'a femme d'un notaire de Paris. L'onde Pillerault, qui avait échangé un salut avec la petit Molineux, alla s'établir dans un fautsdl auprès de la bibliothèque ; il regarda les joueurs, écouta les conversations, et vint de temps en temps voir à la porte les corbeilles de fleurs agitées que formaient les tètes des danseuses au moulinet. Sa contenance était celle d'un vrai pl& losophe. Les hommes étaient affreux, à l'exception de da i avait déjà les manières du monde; du jeune Li 'e, petit fashionable en herbe ; de monsieur Julei s et des personnages officiels. Mais parmi toiftes s plus ou moins comiques auxquelles cette assemlit son caractère, il s'en trouvait une particulièfacée comme une pièce de cent sous républicaine, mais que le vêtement rendait curieuse. On a deviné la yranneau de la cour Batave, paré du linge fin jauni dans l'armoire, exhibant aux regards un jabot à dentelle de succession attaché par un camée bleufttre en épingle, portant une culotte courte en soie noire qui trahissait les fuseaux sur lesquels il avait la hardiesse de se reposer. César lui montra triomphalement les quatre pièces créées par l'architecte au premier de sa maison.

— Hé ! hé f c'est affaire à vous, monsieur, lui dit Molineux. Mon premier ainsi garni vaudra plus de mille écus.

Birotteau répondit par une plaisanterie , mais il fut atteint comme d'un coup d'épingle par l'accent avec lequel le petit vieillard avait prononcé cette phrase.

— Je rentrerai bientôt dans mon premier, cet homme se mine ! td était le sens du mot vaudra que lança Molineux comme un coup dégriffé*

La figure p&lotte, l'œil assassin du propriétaire frappèrent du Tillet, dont Tattentioà avait été d'abord excitée par une chaîne de montre qui soutenait uue livre de di-

dbyGo®gIe

CESAR BIROTTBAD 159

verset breloques sonnaDtes, et par un habit vert mélangé de blanc, à collet bizarrement retroussé « qui donnûent an yieillard Tair d'un serpent à sonnettes. Le banquier vint donc interroger ce petit usurier pour savoir par quel hasard il se gaudissait.

— Là, monsieur, dit Molineux en mettant un pied dans le boudoir, je suis dans la propriété de monsieur le comte de Grandville; mais ici, dit-il en montrant Tautre, je suis dans la mienne ; car je suis le propriétaire de cette maison.

Molineux se prétait si complaisamment à qui Técoutait que, charmé de Tair attentif de du Tillet, il se dessina, raconta ses habitudes, les insolences du sieur Gendrin, et ses arrangements avec le parfumeur, sans lesquels le bal n'aurait pas eu lieu.

— Aht monsieur César vous a réglé ses loyers, dit du Tillet, rien n'est plus contraire à ses habitudes.

— Ohl je l'ai demandé, je suis si bon avec mes locataires!

— Si le père Birotteau fait faillite, se dit du Tillet, ce petit drôle sera certes un excellent syndic. Sa poinlillerie est précieuse; il doit, comme Domitien^ s'amuser à tuer les mouches quand il est seul chez lui.

Du Tillet alla se mettre au jeu, où Glaparon était déjà par son ordre; il avait pensé que, sous le garde- vue d'un flambeau de bouillotte, son semblant de banquier échapperait à tout examen. Leur contenance en face l'un de l'autre fiit si bien celle de deux étrangers, que l'homme le plus soupçonneux n'aurait rien pu découvrir qui décelât leur intelligence. Gaudissart, qui savait la fortune de Glaparon, n'osa point l'aborder en recevant du riche commis voyageur le regard solennellement froid d'un parvenu q^i ne veut pas être salué par un camarade. Ce bal , comme une fusée brillante, s'éteignit à cinq heures du matin. Ven cette heure, des c^nt et quelques fiacres qui remplissaient la rue Saint-Honoré, il en restait environ quarante. A cette

160 9CÈNI8 WmiA'lïE PAMSIBNNB

heare, on éansail la bwlaagère^ cp» fU» tard ftit détrônée par le celilloii et le gale^ aaglaifl. Do Tillet, Ro({uîd, Gàrdot fili, le eomte de Gmidyille, Mes DesiaareU jonaîent à k b«iitUolte. Du TiUiet gagnail Ireis nulle francs. Les laeurs da jour arrivèrent, firent pftlir les bougies, et les joueurs assistèrent à lademière conlredanse. Dans ces maisons bourgeoises., cette jioie suprême ne s^accomplit pas sans quelques énonmtés.^ Les personnages imposants sont partis ; rivreaae du mousement, la clmleur conuaunicatii^e de l'air, les esprits cachés dans les boissons les plus innocentes ont amoli les callosités des vieilles femmes qui , par complaisance, entrent dians les quadrilTes et se prêtent à la folie d'un moment; les hommes sont échauffés, les chereux frisés s'allongent sur les visages,, et leur donnent de grotesques expressions qui provoquent le rire ; les jeunes femmes deviennent légères, quelques fleurs sont tombées dé leurs coiffures. Le Ifomus bourgeois apparaît suivi de ses farces 1 Les rires éclatent, chacun se livre à ta plaisanterie en pensant que le lendemain le travail reprendra ses droHs. Hatifat dansait avec un chapeau de femme sur la tête; Gélestin se livrait à des charges* Quelques dames frappaient dans leurs mains avec exagération qiKuid Kovdoniialt la igure de cette interminable eontredanse.

— Gomme ils s'amusent l (iRsait Pheureux Birotteau.

— Pourvu qu'ils ne cassent rien, dit Constance à son onde.

— Vous avez donné le plus magnifique bal que j'aie vu^ et j'en ai vu beaucoup, dit du Tillet à son ancien patron en le saluant.

Dans l'cBuvore des huât symphonies de Reethoveny il est une fffiilsîsie, grande comn^e un poème, qui domine le finale de la symphonie em ut mmeur. Quand,, après les lentes préparadons du sublime magicien si bien compris par Ik^)eneck, un fesie du chef d'onehestre enthousiaste \ète la riche toile de eetle décoration^ em appelant de son archet l'éblouissant moliC vers lequel toutes les puissances mu sicales ont

eontergé, les poètes dont le cœur palpite alors compr^ndront que le bal de Birotteau produisait dans sa vie Teffet que produit sur leurs &mes ce fécond motif, auquel la symphonie en ut doit peut-être sa suprématie sur ses brillantes lœurs. One fée radieuse s'élance en levant sa baguette. On entend le bruissement de rideaux de soie pourpre que des anges relèvent. Des portes d'or sculptées comme celles du baptistère Florentin tournent sur leurs gonds de diamant. L'œil s'abime en des vues splendides, il embrasse une enfilade de palais merveilleux d'où glissent des êtres d'une nature supérieure. L'encens des prospérités fume, Tautel dtt bonheur flambe, un air parfumé circule I Des êtres au sourire divin, vêtus de tuniques blanches bordées de bleu, passent légèrement sous vos yeux en vous montrant de» figures surhumaines de beauté, des formes d'une délicatesse inOnie. Les Amours voltigent en répandant les flammes de leurs torches I Tous vous sentez aimé, vous êtes heureux d'un bonheur oue vous asoirez sans le comprendiL^ en vous baignant dans les flots de cette harmonie qui ruisseUe et verse à chacun l'ambroisie qu'il s'est choisie. Tous êtes atteint au cceur dans ^os secrètes espérances qui se réalisent pour un moment. Après vous avoir promené dans cieuxy l'enchanteur, par la profonde et mystérieuse transition des basses, vous replonge dans le marais des réalités froides, ponr vous en sortir quand il vous a donné soif de ses divines mélodies, et que votre &me crie : Encore ! L'histoire psychique du point le nlus brillant de ce beau finale est celle des émotions prodiguées par cette fête à Constance et à César. Gollinet avait composé de son galoubet le finale de leur symphonie commerciale.

Fatigués, mais heureux, les trois Birotteau s'endormirent an matin dans les brutlsements de cette fête , qui, en constructions, réparations, ameublements, consommations, toilettes et bibliothèque remboursée à Gésarine, allait, sans que César s'en doutât, à soixante mille francs. Voilà ce que coûtait le fatal ruban rouge mis par le roi à la boutonnière ^m parfumeur. S'il arrivait un malheur à César Birotteau,

feNIS M LA TIE PAHKIINNB

le suffisait pour le rendre jasttdable de 11 nielle. Un négoeitnt est dans le eu <le la pie s^il fait des dépensas jugées ezeessiTes. ^his iMrrible d'aller à la âxième efaambre Migatelles on des maladresses, qu'en cour le immense fraude. Aux yeux de certaines wz être chmînel que sot.

CÉSAH ADX PBI8BS AVIC lE aAtHIDR

Huit jours après cette fête, dernière flanmêelie du fes d» pMe d'une prospérité de dix-huit innées prêt .de s'éCdndre. César reggrdait les passantoi à travers les glaces de sa boutique, en songeant à l'étendue de ses affaires qo'il trouvait lourdes ! Jusqu'alors tout avait été simple dans sa vie ; il fabriquait et vendait, ou achetait pour revendre. Àujonrdliui Tafiaire des terrains, son intérêt dans la maison A* PoMiiOT ET coMPAGNiB, le remboursement de cent soixante mille francs jetés sur la place^ et qui allait nécessiter ou des trafics d'effets qui déplairaient à sa femme, ou des succès iiKMâs chez Popinot, effrayaient ce pauvre homme par la multiplicité des idées, il se sentait dans la main plus de pelotons de fil qu'il n'en pouvait tenir. Gomment Anselme fOuv«rnerait-il sa barque î Brrocteau tndtatt Popinot comme un professeur de rhétorique traite un élève, il se défiait de tes moyens et regrettait de n'être pas derrière lui. Le coup de pied qu'il lui avait allongé pour le faire taire ehei Yau*

fiiki» nop mm 1

IM SGtNIS DB LA VU PAElSIENlfl

queHn explique les craintes que le jeune négociant inapirail au parfumeur. Birotteau se gardait bien de se laisser devi- ^emme, par sa fille ou par son commis \ mais il )mme un simple canotier de la Seine à qui, par ministre aurait donné le commandement d'una pensées formaient comme un biouiliarb dans nce peu propre à la méditation, et il restait delant à y voir clair. E j ce moment apparut dans gure pour laquelle il éprouvait une violente anti« û était celle de son deuxième propriétaire, le ux. Tout le monde a fait de ces rêves jdeiui Is qui représentent une vie entière, et où revient être fantastique chargé de mauvaises commisttre de la pièce. Molineux semblait à Birotteaa le hasard d'un rôle analogue dans sa vie. Cette grimacé diaboliquement au milieu de la fête, dant les somptuosités d'un œil haineux. En le Istat se souvint d'autant plus des impressions que isées ce petit pingre (un mot de son vocabulolineux lui fit éprouver un nouvelle répulsion imt au milieu de sa rêverie, eur, dit le petit homme de sa voix atrocement )us avons bftclé ni lestement les choses que iiblié d'approuver l'écriture sur notre petit sous-

prit le bail pour réparer l'oubli. L'architecte le parfumeur et tourna d'un air diplomatique li. ^

eur, lui dit-il enfin à Tordlle, vous savez commmencements d'un métier sont difficiles ; vous it de moi, vous m'obligeriez beaucoup en me es honoraires.

» qui Vêtait dégarni en donnant son portefeuille it comptant, dit à Gélestin de faire un efiet de francs à trois mois d'échéance, et de préparer

CKSAR BmorriAu iff

— J'ai été bien heureux que vous prissiez à toire eomptd le terme du voisin, dit Molineux d'un air soumoisemenl goguenard. Mon portier est venu me prévenir ee matin que le Juge de paix apposait les scellés par suite de la disparition du âeur Gayrcm.

— Pourvu que je ne sois pas pincé de Ânq mille franeSi pensa Birotteau.

— Il passait pour très-bien faire ses affaires, dit Umiw dois qui venait d'entrer pour remettre son mémoire au pa^ fumeur.

— Un commerçant n'est i l'abri des revers que quand il est retiré, dit le petit Molineux en pliant son acte avec une minutieuse régularité.

L'architecte examina ce petit vieux avec le plaisir que tout artiste éprouve en voyant une caricature qui confirme ses opinions sur les bourgeois.

— Quand on a la tête sous un parapluie, on pense généralement qu'elle est à couvert , s*il pleut, dit l'architecte.

Molineux étudia beaucoup plus les moustaches et la royale que la figure de Tarchitecte en le regardant, et il le méprisa tout autant que monsieur Grindot le méprisait. Puis il resta pour lui donner un coup de griffe en sortant. A. force de vivre avec ses chats, Molineux avait dans sa manière comme dans ses yeux quelque chose de la race féline.

£n ce moment Ragon et Pillerault entrèrent.

— Nous avons parlé de notre affaire au juge, dit Ragon à Foreille de César ; il prétend que, dans une spéculation de ce genre, il nous faudrait une quitunce des vendeurs et réaliser .4s actes, afin d'être tous réellement propriétaires indivis... *

— Ah I vous faites l'affaire de la Madeleine, dit Lourdoit, on en parle, il y aura des maisons i construire I

Le peintre, qui venait se faire promptement régler, trouva son intérêt à ne pas presser le parfumeur.

— • Je vous ai remis mon mémoire à cause de la fin da If année, dit-il à l'oreille de Gésar, je n'ai besoin de rien«

^fib bÎM I qtfss'to» César t dit PiMwmll en fe sM nrqwmt la sntprise àt son ntfta qui, stvpéfait par ht ?iie éa mi* MSim, ne réponda^ni à Ra|pm ni à Lswdoia.

-^ Ahf une tétille, f ai pris ciaq mfflt francs d'effets an marchand de parapluies mon voiaini qui fait foillite. S'il rti'afait donné des talenrs mantaises, je serais gobé comme on niais.

— Il y a potiTtant longtemps que je tons Taî dit, s'écria Sagon : celui qui se noie s'accrocherait à la jambe de son père pour se sauver, et il se noie avec lui. J'en ai tant observé^ de faillites f on n'est pas précisément fripon an comneneement du désastre, mais os le devient par nécessité.

•-• C'est vrai, dit Pillerault.

•«^ Ab ! si f arrive jamais à la Chambre des dépatés» on si f ai quelque influence dans le gouvernement... dit K- FOtteau se dressant sur ses pointes et retombant sur tes talons.

•—Que feries-^onsî dit Lourdois, cir tous étem safo,

Molineux, que tonte discussion sur Te droit intéretfslL resta dans la boutiqne; et comme f attention des antres rend attentif, Pillerault et Ragon, qui connaissaient les opinions de César, fautèrent néanmoins anssi graTentent que les trois étrangers.

— Je voudrais, dit le parfumeur, un tribunal de juges inamovibles avec un ministère public jugeant au cHn^eL Après une instruction, pendant laquelle un iage remplirait immédiatement les fonctions actuelles des agents, des syndics et juge-commissaire, le négociant serait déclaré failli réhahUitabk ou èan^u^roti^f^. Failli rébabilitable, il serait tenu de tout payer ; il serait alors le gardien de ses biens, de ceux de sa femme; car ses droits, ses béritages, tout appartiendrait ft ses créanciers; il gérerait pour leor compte ei «ms nne surveillance; enfin il eootinneiaii les all&ires en signant toutefois: tm tel, foM, jnsqa'an pailrit temboursemeat. Banqnerontier, il serait condamné, 4 aatrefoisv an pâeri dans la salle de Is Boursey eipoeè ]

CtSAA BlftOTTBAV iOl

dant deux hearei,'eoiflé du bonnet vert. S&ê biens^ eeui de aa frane et m droit» teraiciil aoqrâ aux oréandaes, et U serait banni du royaiane.

-— Le commerce serait na peu plus sûr, dit Loardois, et Ton regarderait à deux fois ayant de fidre des opérations.

-<->La loi actuelle n'est point suiyie, dit César exaspéré. Sur cent négociants, il j en a plus de cinquante qui sont de soixante-quinze pour cent tu-dessous de leurs i^lres, ou qui tendent leurs marchandises à vingt-Ksinq pour cent andessous du prix d'inventaire, et qui ruinent ainsi le commerce.

— Monsieur est dans le yrai, dit Holineux, la loi actuelle laisse trop de latitude. H faut ou Tabandon total ou Infamie.

, — Bh! diantre, dit César, un négociant, au tndn dont ^ont les choses, ya deyenir un voleur patenté. Avec sa signature, il peut puiser dans la caisse de tout le monde.

«— Tous n'êtes pas tendre, monsieur Bîrotteau, dit Lour-

— Il a raison, dit le vieux Ragon.

— Tous les faillis sont suspects, dit César exaspéré par «ite petite perte qui loi sonnait aux oreilles comme le premier cri de VhakUi à celles d'un cerf.

Eb ce moment le maStre d'hôtel apporta la facture de Cheyet. Puis un patromiet de Félix, un garçmi du café de Foj, la clarinette de Golliad arrivèrent avec les mémoires de laora maisoaa.

-^ Le quart d'heure de Rabektia, dk Ragon en souriant.

—•Ma foi, vous avez donné une belle fête, dit Lonrdoîs.

-^ le suis oeenpé, dit César à tous les gardons qui laisiàrent les feetures. ^

-«Monsieur ftiHidot, dit Lôurdeit en voyant rarehitecte pliant un effet que signa Birotieau, voustérlfierea et réglerez mon mémoire , il n'y a qu'à toiser, tous les prix sont convenus par vous att nom de M< KroHcMu

IfS» 8C£NI8 Dl LA TIB PARI8IINNI

Pilleiault regarda Lourdois et Gnndot.

— Des prix convenus d'architecte à entrepreneur^ dil "" ' " "oreille da neveu, tu es Yolé.

sortit, Molineux le suivit et l'aborda d'un air

leur, lui dit41, vous m'avez écouté, mais vous ne entendu : je vous souhaite un parapluie, saisit Grindot. Plus un bénéfice est illégal, plus tienU Le cœur humain est ainsi fait. L'artiste et étudié Tappartement avec amour, il y avait mis ience et son temps, il s'y était donné du mal pour rancs et se trouvait la dupe de son amour-propre ; eneurs eurent peu de peine à le séduire. L'argu- Lstible et la menace bien comprise de le desservir amant furent moins puissants encore que Fobsere par Lourdois sur TafiiEdre des terrains de la ; Birotteau ne comptait pas y bfttir une seule spéculait seulement sur le prix des terrains. Les et les entrepreneurs sont entre eux conune un e les acteurs, ils dépendent les uns des autres, largé par Birotteau de stipuler les prix, fut pour il métier contre les bourgeois. Aussi trois gros urs, Lourdois, Ghafifaroux et Thorien le charpen- >clamèrent-ils un de ces bons enfants avec lesquels ilaisir à travailler. Grindot devina que les mélesquels il avait une part seraient payés, comme ires, en effets, et le petit vieillard venait de lui \ doutes sur leur payement. Grindot allait être 3, à la manière des artistes, les plus cruels à Tenbourgeois.

fin de décembre. César eut pour soixante mille némoires. Félix, le café de Foy, Tanrade et les iciers qu'on doit payer comptant, avaient envoyé ;hez le parfumeur. Dans le commeree, ces niaient plus qu'un malheur, elles l'annoncent. Les lues sont définies, mais la panique ne connaît pat

CÉSAR BIROTTKAU 169

de bornes. Birotteau Tit la ctisse dégarnie. La peur saisit alors le parfumeur, à qui jamais pareille eliose n'était arrivée durant sa yie commerciale. Gomme tous les gens qui n'ont jamais eu à lutter pendant longtemps contre la misère et qui sont faibles, cette circonstance \ulgaire dans la vie de la plupart des petits marchands de Paris porta le trouble dans la cervelle de César. Le parfumeur donna l'ordre à Célestin d'envoyer les factures chez ses pratiques; mais avant de le mettre à exécution, le premier commis se fit répéter cet ordre inouï. Les clients, noble terme alors appliqué par les détaillants à leurs pratiques et dont César se servait malgré sa femme, qui avait fini par lui dire: nomme-les comme tu voudras, pourvu qu'ils payent ! ses clients donc étaient des personnes riches avec lesquelles il n'y avait jamais de pertes à essuyer, qui payaient à leur fantaisie, el chez lesquelles César avait souvent cinquante ou soixante mille francs. Le second commis prit le livre des factures et se mit à copier les plus fortes. César redoutait sa femme. Pour ne pas lui laisser voir l'abattement que lui causait le simoun du malheur, il voulut sortir.

— Bonjour, monsieur, dit Grindot en entrant avec cet air dégagé que prennent les artistes pour parler des intérêts auxquels ils se prétendent absolument étrangers. Je ne puis trouver aucune espèce de monnaie avec votre papier, je suis obligé de vous prier de me l'échanger contre desécus, je suis lliomme le plus malheureux de cette démarche, mais je n'ai pas parlé aux usuriers, je ne voudrais pas colporter votre signature, je sais assez de commerce pour comprendre que ce serait l'avilir; il est donc dans votre intérêt de...

— Monsieur, dit Birotteau stupéfait, plus bas, s'il vous plaît, vous me surprenez étrangement.

Lourdois entra.

*- Lourdois, dit Birotteau seuriant, comprenez-vous?...

Birotteau s'arrêta. Le pauvre homme allait prier Lourdois de prendre l'effet de Grindot en se moquant de l'architecte avec la bonne foi du négociant sûr de lui-même; mais il aperçut un nuage sur le front de Lourdois, et il frénût de

ilO SCÈNES M LÀ VIB PARISIENNE

«m imfmidenee. Cette imipoente rilll«ridélàît la iB<Mt <f«Q «redit sofufçmiBé. Bn pareil cas, uû riehe négociast reprettd soo biUel, et il ne Yeffre pas. Birotteao te sentait la tétc agitée tomokô s'il eût regardé le Umd d: uft abfaM tittUé t 'pic*

•^ Mon dier monsiear Birotleati, dit Lourdois en fe»menant au fond dn magasin, mon inémoire est toisé, réglé, térifié, jetons prie do me tenir ^argent prêt demain. Je marie ma fille au petit Grottat, il lai faut de l'argent, les notairts ne négocient point, d'aiHeurs on n'a jamais yu ma ngnaturo.

-^ Entoy^ après-demain, dit fièrement Birottean^ qtd compta sur les payements de ses mémoires. Et yons amû^ monsieur, dît-il à l'architecte.

-« Et pourquoi pas tout de suite? dit l'architecte.

-— r^ù la paye de mes ouvriers au* faubourg, ditCéte <pii n'avait jamais menti.

n prit son chapeau pour sortir avec eux. Mais le maçcm, Thorein et Ghafiaroux l'arrétôrent au moment où il fermait la porte.

— Monsienr, lui dit Chaiauroux, nous avons bien basoili 4fargent.

^Ehljen'aî pas les mines du Péroot dit César impatienté cftti sfen alla vivement à cent pas d'eux. — Il y a quelcpie c^ose là-dessotts. Maudit bail tout le monde vous ^oit des millions. Néanmoins l'air de Lourdois n'était pas naturel, pensa-t-il^ il y a Quelque anguille sous roche.

Il marêhait dans la me Sainl-Honoré sans direction, eirse sentant eemme dissous, et se heurta contre Alexandre an ^oin d'une rue« comme un bélier on comme un mathématiden absorbé par la solntkmd'un proÛème en aurait henrié un autre.

•^ Ahl monsievi dit le* futnrnotaire, une queslion! Rognto ^4Al donné vos ^pMtre eem mille francs à monsieur 'Claparont

•^ L'aCsire s'est faite devant vous ; monsàsnr Glaparon •èai'en a fiil aucun re^... mes valeurs étaient à««« né-

CâSAft BIROTTfiAi; 171

^oeier««. Regmo a dû lui reni«Urt«.« mei deux cent qua* nmte mille firaoct d'éeai*.. D a élé dit qu'on réaliserait d^ finiti¥einea& les actes de vente*.* Monsieur Popinot le juge 9irélend««. La quittance.** Mais... pourquoi cette question? — Pourquoi puis-je vous faire une semblable question? ^ow savoir Si vos deux cent quarante mille francs sont cbex Sofuîû. Rofuin était lié depuis si longtemps avec vous, il Mirait pu par délicatesse les avoir remis à Claparoni et vous réchapperiez belle I Mais je suisbéte!... il les emporte avec Faffent de monsieur Glaparon, qui heureusemeni n'avait «Bvoyé que cent mttle francs sur ma charge, dont je n'ai pas la qniUance; je les hii ai donnés comme je vous confierais ma bourse. Yos vendeurs n'ont pas reçu un liard, ïk aeitent de ches mou L'argent de votre emprunt sur vos teirains n^existait ni pour vous ni pour votre préteur, Eoguin Favail dévoré comme vos cent mille francs... qu'il... n'avait pins depuis ieiigten^>s... Ainsi vos centderniers mille francs seul pris, je me souviens d'être allé les toucher à la Banque. Les pupilles de Gésar se dilatèrent ai démesurément qu'i ae vit plus qu'une iamme rouge.

•» Vos cent miUe francs sur la Banque, mee cent mille francs sur se charge, cent mille francs à monsieur Gli^aron, tiottà trois eeni mille francs de siffles, sans les vols qui vont se découvrir, repril le jeune notaire. On désespé deme Eoguin, monsieur da Tillet l'a échappé bell guin l'a tourmente pendant un mw pour le foi cette affiûre des terrains, et heureusement il ava fsnds dans une spéculation avec la maisui Nucingi a écrit à sa femme une lettre épouvantable I je i lire. Il tripotait les fonds de ses cliente dq>uis cî pourquoi? pour une maltresse, la belle fialland quittée quinae jours avant de faire son coup. Gel leuse élsit sans an liard^ on a vendu sm meubles éqpé des lettres de change. Afin d'échapper aux f elle iTélait réfugiée dans une maison du Palais-Ro] a été assasnnée Uer au soir par un capitaine, fille tét punie par Dieu, elle qui certes a dévoré la i

172 SCilNES DE LA VIS PARISIENNE

Roguin. Il y a des femmes pour qui rien n'est sacré ; dévorer une charge de notaire 1 Madame Roguin n'aura de fortune qu'en usant de son hypothèque légale, tous les biens àxk gueux sont grevés au delà de leur valeur. La charge esi vendue trois cent mille francs! Moi qui croyais faire une bonne affaire, et qui commence par/>ayer l'étude cent mille francs de plus; je n'ai pas de quittance, il y a des faits de charge qui vont absorber charge et cautionnement, les créan- . ciers croiront que je suis son compère si je parle de mes cent mille francs, et quand on débute, il faut prendre garde à sa réputation. Vous aurez à peine trente pour cent. A mon âge, boire un pareil bouillon 1 Un homme de cinquante-neuf ans payer une femme!... le vieux drôle! Il y a vingt jours qu'il m'a dit de ne pas épouser Césanne, que vous deviez être sans pain, le monstre 1

Alexandre aurait pu parler pendant longtemps, Birotteau était debout, pétrifié. Autant de phrases, autant de coups de massue. Il n'entendait plus qu'un bruit de cloches mortuaires, de même qu'il avait commencé par ne plus voir que le feu de son incendie. Alexandre Grottat, qui croyait le digne parfumeur fort et capable, fut épouvanté par sa pâleur et par son immobilité. Le successeur de Roguin ne savait pas que le notaire emportait plus que la fortune de César. L'idée du suicide immédiat passa par la tête de ce commerçant si profondément religieux. Le suicide est dans ce cas un moyen de fuir mille morts, il semble logique de n'en accepter qu'une. Alexandre Grottat donna le bras à César et voulut le faire marcher, ce fut impossible : ses jambes se dérobaient sous lui comme s'il eût été ivre.

— Qu'avez-vous donc? dit Crottat. Mon brave monsieur César, un peu de courage! ce n'est pas la mort d*ùn homme. D'ailleurs, vous retrouverez quarante mille francs, votre prêteur n'avait pas cette somme, elle ne vous a pas été délivrée, il y a lieu à plaider la rescision du contrat.

— Mon bal, ma croix, deux cent mille francs d'effets sur la place, rien en caisse. Les Ragon, Pillerault... Et rot femme qui voyait clair I

CiSAR BIROTTBAU 173

Une pluie ée paroles confuses qui réreillaient des masses d'idées accablantes et des souffrances inouïes tomba comme une grêle en hftchant tontes les fleurs dn parterre de la Reine des Roses.

-* Je Toudrais qu'on me coupât la tête, dit enfin R^ rottean^ elle me gêne par sa masse, elle ne me sert à rien...

«— PauTre père Rirotteau, dit Alexandre, mais vous êtes éoùt en péril?

— Péril!

^— Eh bien I du courage, luttez.

— Luttez ! répéta le parfumeur.

— Du TiUet a été votre commiSi il a une fière tête, il vous aidera.

— DuTillet?

^ Allons, venez !

^ Mon Dieu ! je ne voudrais pas rentrer chez moi comme je suis, dit Rirotteau. Vous qui êtes mon ami, s'il y a des amis, vous qui m'avez inspiré de l'intérêt et qui dtniez chez moi, au nom de ma femme, promenez-moi en fiacre, Xan • drot, accompagnez^moi 1 Le notaire désigné mit avec beaucoup de peine dans un fiacre la machine inerte qui avait nom César. -^ Xandrot, dit le parfumeur d'une voix troublée par les larmes, car en ce moment les larmes tombèrent de ses yeux et desserrèrent un peu le bandeau de fer qui lui cerclait le crâne, passons chez moi, parlez pour moi à Gélestin. Mon ami, dites-lui qu'il y va de ma vie ^ de celle de ma femme. Que sous aucun prétexte personne ne jase de la disparition de Roguin. Faites descendre Gésafine et priez-la d'empêcher qu'on ne parle de cette affaire I sa mère. On doit se défier de nos meilleurs amis, Pillerault, les Ragon, tout le monde.

Le changement de la voix de Rirotteau frappa vivement Crottat, qui comprit l'hnportance de cette recommandation. La rue Saint-Honoré menait chez le magistrat ; il remplit 4onc les intentions du parfumeur, que Célestin et Gésarine

m SCÈNES W 14 T»S Fi^IilENNC

tIivbI ai«e 6iM ttm ^obt» pÉl««l «onni hMlâ m tad dttfiatre.

— Gardo^aioi le aeeret d» c«tt» affaiM» dit le paifmev».

-* Ah I se dit Xandrot, il revient I je le eroyais perdu.

La conférence d'Alexandre Grottat et dn magistrat dort longtemps; on envoya diercher le président de la chambre des notaires ; on transporta partout César comme un paquet, il ne bougeait pas et ne disml mot Ters eepl heures du soir, Alexandre Crottat ramena le parfumeur ehei lui. L'idée de comparaître devant Constance rendit du ton à César. Le jeune notaire «ut la ehapité de le prdeéderpoiur prévenir madame Birottean que ans mari vcMît d'avoir une e^pdee de coup de aai^.

— Il a les idées troubles^ dit-il en faisant un g eatft eah» ployé pour peindre rembrouillement du cerveau, il ùndiait peut-être le saigner ou lui mettre les sangsues.

-» Gela devait aniver, dit Constance À mille lieues d'un désastre, il n'a pas pris sa médecine de précaution à l'en» trée de Tbiver, et il se donne, depuis deux mois, un mal de galérien, comme s'il n'avait pas son pain gagné*

César fut supplié par sa femme et par sa fiUe de se metbns m lit, et Ton envoya cbercher le vieux docteur Haudr|!, médecin de Birotteaut Le vieux &udry était un médectn de l'école de VoHère, g^nd praticien et ami des anciennes formules de Vapotbicairene, droguant ses malades ni plu» ni moins qu'un médicastre, tout consultimt qu'il était H vint, étudia le faciès de César, ordonna l'application immécbate de sinapismes à la plante des pieds : il voyait les symptômes d'une congesti(m cérébrale*

*— Qui a pu lui causer cela? dit Constance.

«- Le temps bnmide, répondit le docteur à qui Césariae vint dire un mot.

B y a souvent obligation pour les médecins de Mcber sciemment des niaiseries afin de sauver l'bonneur ou la vie des gens qui sont autour du malade. Le vieux docteur avdt vu tant de choses, qgm'il comprit à demi-mot Gésarine le

R'BmOTTKAU i»

irifit OTT YtÊcaim «o loi denuiiidaiit «m règle 4t eon* . daite.

— * DiieidiMetdtttikBM, puisllM•n•qttercn•iteif4M^ lifiaIlto qmiid la tte lert dégagée.

Madame César passa d«sx joars an ch«v«i 4a Ih de aan mari, qui lui parut souTent avoir le délire. Mis dans la belle chambre bleue 4e m iémme» il disait des ehoset iieompréhensibles pour Constance, à Taspeet des draperies, des meubles et de ses coûteuses magniflcenceei

— - Il est fou^ disait^Ue à Césarine en un moment où César e'éUit dressé sur son sé«it el citait d'une voix solennelle les artides du Code de corameroe par bribes.

— Si les dépenses soot Jugées excessives I... Otei les^htK peries!

Après trois terribles jours, pendant lesquels la raison de César fut en danger, la nature forte du paysan tourangeau tFiompba; sa tète fot dégagée; monsieur Haudry loi fit prendre des cordiaux, une nourriture énergique, el, ainrès une tasse de café donnée à temps, le négociant fut sur se» pieds. Constance fatiguée prit la place de son mari..

— Pauvre femme, dit César quand 11 la vit endormie.

— Allons, papa, du courage I Yous êtes un homme si 8q>érieur que vous triompberez. Ce ne sert rien. Monsieur Anselme vous aidera.

Césarine dit d'âne voix douée ces vi^es paroles que la tendredse adoucit encore, et qui readent le courage aux plut abattus, comme les chants d'une mère endorment les dosleurs d'un enfant tourmoité par la dentition.

— Oui, mon enfant, je vais lutter; mais pas un mot A qui que ce soit au monde^ ni à Popinot qui nous aime, ni à ton oncle PiUerault. Je vais d'abord écrire à mon frère; il est, je crois, chanoine, vicaire d'une cathédrale ; il ne dépense rien, il doit avoir de Fargent. A mille éeus d'écono» mie par an^ depuis vingt ans, il doit avoir eent mille francs. En province, les prêtres ont du crédit.

Césarine, empressée d'apporter à son père une petite. table

et tout te qu'il fallait pour écrire, lui donna le reste des înTÎtations imprimées sur papier rose pour le bal.

~rûle tout Çhj cria le négociant. Le diable seul a pu

rer de donner ce bal. Si je succombe, j'aurai Tair

ipon. Allons, pas de phrases.

LETTIE DE CÉSAR A FRAKÇOIS BIROTTBAU.

« Mon cher frère,

me trouve dans une crise commerciale si difficile, je te supplie de m'envoyer tout l'argent dont tu pourlisposer, fallût-il même en emprunter.

» Tout à toi,

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