CESAR
nièce Gésarine, qui me voit écrire cette lettre penque ma pauvre femme dort, se recommande à toi et oie ses tendresses. »
ost-scriptum fut ajouté à la prière de Gésarine, qui
i lettre à Raguet.
[on père, dit-elle en remontant, voici monsieur Lebas
it vous parler.
[onsieur Lebas, s'écria Gésar effrayé comme si son
e le rendait criminel, un juge I
ion cher monsieur Birotteau, je prends trop d'intérêt
, dit le gros marchand drapier en entrant, nous nous
»ons depuis trop longtemps, nous avons été élus tous
iges la première fois ensemble, pour ne pas vous dire
lommé Bidault dit Gigonnet, un usurier, a des effets
s passés à son ordre, sans garantie, par la maison
m. Ges deux mots sont non-seulement iin affront,
icore la mort de votre crédit.
[onsieur Glaparon désire vous parler, dit Gélestin en
itrant, dois-je le faire monter?
CltSAR BIROTTEAU
— Kofis allons savoir )s csase de cette iasulte, c
— Monsieur^ dit le parfumeur à Glaparon en entrer, voici monsieur Lebas, juge eu tribunal dis i edinon ami...
— Ah 1 monsieur est monsieur Lebas, dît €la interrompant, je suis enchanté de la circonstance, Lebas du tribunal, il y a tant de Lebas, sans co hauts et les bas...
— n a vu^ reprit Birotteau en interrompant 1( les effets que je vous ai remis, et qui, disiez-vous, leraient pas. Il les a vus avec ces mots : sans gare
— Eh bien I dit Glaparon, ils ne circuleront pas ils sont entre les mains d'un homme wvec qui je 1 coup d'affaires, le père Bidault. Voilà pourquoi j'ai garantie. Si les e££ets avment dû circuler, vous 1 faits à. son ordre directement. Ifonsieur le juge prendre ma situation. Que représentent ces effets d'immeuble, payé par qui ? par Birotteau. Pourquc TOUS que je garantisse Birotteau par ma s^natui devons payer, chacun de notre côté, notre part c prix. Or, n'est-ce pas assez d'être solidaire vis-à-i vendeurs? Chez moi la règle commerciale est infli ne donne pas plus inutilement ma garantie que je quittance d'une somme à recevoir. Je suppose signe-, paye. Je ne veux pas être exposé 4 payer tr
— Trois foisl dit César.
— Oui, monsieur, reprit Glaparon. Déjà j'ai gî rotteau à nos vendeurs, pourquoi le garantirais-je ( banquier? Les circonstances où nous sommes soi Roguin m'emporte cent mille francs. Ainsi, déjà s de terrains me coûte cinq cent mille au lieu de qu mille francs. Roguin emporte deux cent quarai francs à Birotteau. Que feriez-vous à ma place , i Lebas? mettez -vous dans ma peau. Je n'ai pas 1 d'être connu de vous, plus que je ne connais mon votteau. Suivez bien. Nous faisons une affaire ense
moitié. Vous apportez tout l'argent de votre part^ moi ]e règle la mienne en mes valeurs; je vous les offre, vous vous chargez, par une excessive complaisance, de les convertir en argent. Vous appreacz que Claparon, banquier^ riche, •onsidéré, j'accepte toeies les vertus du monde, que le vertueux Claparon se trouve dans une faillite pour six millions à rembourser ; irez-vous, en ce moment-là même, mettre votre signature pour garantir la mienne? Vous seriez fou I Eh bien I monsieur Lebas, Birotteau est dans le cas où je suppose Claparon. Ne voyez-vous pas que je puis alors payer aux acquéreurs comme solidaire, et être tenu de rembourser encore la part de Birotteau jusqu'à concurrence de ses effets, si je les garantissais, et sans avoir...
— A qui? demanda le parfumeur en interrompant.
— Et sans avoir sa moitié de terrains, dit Claparon sans tenir compte de l'interruption, car je n'aurais aucun privilège; il faudrait donc encore l'acheter I Donc je puis payer trois fois.
— Rembourser à qui ? demandait toujours Birotteau.
— Mais au tiers porteur, si j'endossais et qu'il vous arrivât un malheur.
— Je ne manquerai pas, monsieur, dit Birotteau.
— Bien, dit Claparon. Vous avez été juge, vous êtes habile commerçant, vous savez que Ton doit tout prévoir, ne vous étonnez donc pas que je fasse mon métier.
-^ Monsieur Claparon a raison, dit Joseph Lebas.
— J'ai raison, reprit Claparon, raison commercialement. Mais cette affaire est territoriale. Or, que dois-je recevoir^
de l'argent, car il faudra donner de l'argent à nos "S. Laissons de côté les deux cent quarante mille francs que monsieur Birotteau trouvera, j'en suis sûr, dit Claparon en regardant Lebas. Je venais vous demander la bagatelle de vingt-cinq mille" francs^ dit-ii en regardant Bi- '*)tteau.
— Yingt-cinq mille francs t s'écria César en se sentant de la glace au lieu de sang dans les veines. Mait> monsieur, k quel titre?
CÉSAR BtaOTTEAU 179
-^ Hé 1 mon cher monsieur, nous sommes obligés de réa» liser les ventes par-devant notaire. Or, relativement au prix, nous pouvons nous entendre entre nous; mai^ avec le fisc, irotre serviteur I Le iisc ne s*amuse pas à dire des pa* rôles oiseuses, il fait crédit de la main à la poche, et nous avons à lui cracher quarante-quatre mille francs de droits cette semaine. J'étais loin de m'attendre à des reproches en venant ici, car, pensant que ces vingt-cinq mille francs pouvaient vous gêner, j'avais à vous annoncer que, par le plus grand des hasards, je vous ai smivé...
— Quoi? dit Birotteau en idksant entendre ce cri de détresse auquel aucun homme ne se trompe.
— Une misère I les vingt-cinq mille francs à* effets $ur divers que Roguin m'avait remis à négocier^ je vous en ai crédité sur l'enregistrement et les frais dont je vous enverrai le compte; il y a la petite négociation à déduire, vous me redevrez six ou sept mille francs.
— Tout cela me semble parfaitement juste, dit Lebas. à la place de monsieur, qui me paraît très-bien entendru les affaires, j'agirais de même envers un inconnu.
— Monsieur Birotteau ne mourra pas de cela, dit Glaparon, il faut plus d'un coup pour tuer un vieux loup; j'ai vu des loups avec des balles dans la tète courir... et pardieu, comme des loups.
— Qui peut prévoir une scélératesse semblable à celle de Roguin? dit Lebas autant effrayé du silence de César que d'une si énorme spéculation étrangère à la parfumerie.
— Il s'en est peu fallu que je ne donnasse quittance de quatre cent mille francs à monsieur, dit Glaparon, et j'étais fumé. J'avais remis cent mille francs à Roguin la veille. Notre confiance mutuelle m'a sauvé. Que les fonds fussent à l'étude, ou fussent chez moi jusqu'au jour des contrats définitifs, la chose nous semblait à tous indifférente.
— Il aurait mieux valu que chacun gardât son argent à la Banque jusqu'au moment de payer, dit Lebas.
— Roguin était la Banque pour moi, dit César. Mais il est dans l'affaire, reprit-il en regardant Claparon.
190 SCENES 1« lA flE PâRISIENNE
— Om, pa«m<nuui, sur ptrolef rêpoaifil Clapsron. Après la sottâse de lui Imaset emporter iwm argent, il y ; peamée, œ senât ée lui en denner. S'a i cent «lie fr«Ks, et deux eent mille autres , alors nouB Terrons! Hais il se gardera bien [voyer pour mme affiiire qui demande cinq ans s avant de donner un premier potage. S'il Dmneon ledit, fœ trois «ont mâle tanes, il fvnBemOle lii^fcs de reirte pour^ifro eoni»l'étranger.
lut
»n Dieu, une passion a conduit lÀ Boguin, dit bel est le vieillard qui peut répondre de ne pas xniner, emporter par sa dernière fantaisie?
nous, qui sommes sages, ne sait comment R irnier amour, ehl c^est le plus violent 1 Yoyez es Gamusot, les Hatlfatl... tous ont des mali noiu sommes gobés, n'est-ce pas notre faute? nous sommes-nous pas défiés d'un notaire qui ns une spéculation? Tout noUire, tout agent out courtier faisant une aflEaiire, est suspect. JUa Dur eux une banqueroute frauduleuse, ils irdeni ;ises, ils préfèrent alors aller dans une cour I ne ferai plus pareille école. Eh bieni nous i fubles pour ne pas faire condasuier par consens chez qui nous sommes allés dîner, qui mé de beaux bals, des gens du monde enfin 1 se plaint, on a tort.
tort, dit Birotteau : la Uu sur les faillites et sor res est à refaire.
aviez besoin de inoi, dit Lebas à Birotteau, je
ur n'a besoin de personne, dit Tinfatigable nali du Tillet avait l&ché les édutes après y avoir ;]!laparon répétait une leçon qoi lui avait été ent soniiée par du TilieU) Son affiûre est claire :
CÈSMi BIROTTSAU 181
\m fittlMte et Hogoki donneni cûiqiNuite pour cent de difi» talée, à of qme le petit Greitat m'a dit. Ontre cedivideiyle^ iWMineiif Birottemi retronrB quarante mille fraMS que soa prêteur n'avait paa; piis i^ peut empranter si^ tes pr^ priétëa. Or, nous B'a?ow à pa]f«r deui eent mille fnncA à nos Yendtura que dam qui^e moia. I^id là, moaaieuT Birottean payera ses effels, ear memear ae éefiak pat compter sor ce que logvhi a «aporté pour les acquitter. Hm quand même moMieor Btrottaau aerak wm peu serré..* «kbienl avec qaelqoes eireoli^nis, il anima .
Le parfumeur avait repris courage fn entendant Clapsroa analyser son affaire, et la résumer en M traçant pour ainsi £re son plan de conduite. Aussi, sa contenance <levint<-efle ferme et décidée, et conçut- il une grande idée des moyens de cet ancfen voyageur. Du Tîllet avait jugé à propos de se fiure croire victime de Roguîn par Cïaparon. Il avait remis eent mflle francs k Cïaparon pour les donner à Rognln, qui les hrî avait rendus. Cïaparon inquiet jouak son rôle an nature}, il disait à quiconque voulaif Tentendre que R^uîn loi cofttatt cent mOte francs. Du TlHet n'avait pas jugd Cïaparon assez fort, î! lui croyait encore trop de principes d'honneur et de délicatesse pour lui confier ses plans dïïm toute leur étendue, et il le savait d'ailleurs incapable de le «cnnner.
— Si notre premier ami n'est pas notre première dupe, nous n'en trouverions pas une seconde, dît-il à Cïaparon le jour où recevant des reproches do» son proxénète commercial il lebriaa comme un instrument usé.
Monsieur Lebas et Clq^aron s'en allèrent ensemble.
— ie puis m^en tirer, se diâ Bîrotteau. M«i passif en efièta à payer s'élève à deux eeal trenle^einq nitte firaMS, à aavoir soixaaite-qoinze miille fîmes pour ma. maison, et cent soixanÉe-q^inze aûlle âranca pour lea terrains. Or, pQOt suffire à ces payements, j'ai le dividende Ragma qui sera peut-être de cei^ nalle franes, je puis faire annuler lfe«ppimi sur nss krraîns, en tout oeil quarante* U a'agH
^/TW
de gagner cent mille francs avec THuile Céphalique, «C d'at* teindre, avec quelques billets de service, ou par un crédit daez un banquier, îe moment où j'aurai reparé la perte, et où les terrains arriveront à leur plus-value.
Une fois que dans le malheur un homme peut se faire un romar^l'espérance par une suite de raisonnements plus ou moins justes avec lesquels il bourre son oreiller pour y reposer sa tête, il est souvent sauvé. Beaucoup de gens ont pris là confiance que donne l'illusion pour de Téncrgie* Peut-être Fespoir est-il la moitié du courage, aussi la religion catholique en a-t-elle fait une vertu. L'espérance n'a« t-elle pas soutenu beaucoup de faibles, en leur donnant le temps d'attendre les hasards de la vie ? Résolu d'aller chez l'oncle de sa femme exposer sa situation avant de chercher des secours ailleurs, fiirotteau ne descendit pas la rue Sainte Honoré jusqu'à la rue des Bourdonnais sans éprouver des angoisses ignorées et qui l'agitèrent si violemment qu'il crut sa santé dérangée. Il avait le feu dans les entrailles. En effet, les gens qui sentent par le diaphragme souffrent là, de même que les gens qui perçoivent par la tête ressentent des douleurs cérébrales. Dans les grandes crises, le physique est atteint là où le tempérament a mis pour l'individu le siège de la vie; les faibles ont la colique. Napoléon s'endort. Avant de monter à l'assaut d'une confiance en passant par-dessus tontes les barrières de la fierté, les gens d'honneur doivent avoir senti plus d'une fois au cœur l'éperon de la nécessité, cette dure cavalière I Aussi Birotteau s'étaitil laissé éperooner p Aidant deux jours avant de venir chez son oncle, il ne se décida même que par des raisons de famille : en tout état de cause, il devait expliquer sa situation au sévère quincailler. Néanmoins, en arrivant à la porte, il ressentit cette intime défaillance que tout enfant a éprouvée en entrant chez un dentiste; mais ce défaut de cœur embrassait la vie dans son entier, au lieu d'embrasser une douleur passagère. Birotteau monta lentement, ii trouva le vieillard lisant le Constitutionnel au coin de son feu, devant la petite table ronde où était son frugal déjeuner ;
CiSAR BIROTTEA0 183
un petit pain^ da beurre, du fromage de Brie et une tasse de café.
— Voilà le Yrai sage, dit Birotteau en enviant la vie de son oncle.
^ Eh bien t lui dit Pillerault en ôtant ses besicles, j'ai sa hier au café David l'afifaire de Roguin, l'assassinat de la belle Hollandaise sa maîtresse 1 J'espère que, prévenu par nous qui voulions être propriétaires réels, tu es allé prendre quittance de Gaparon ?
— Hélas! mon onclCy tout est là, vous avez mis le doigt sar la plaie. Non.
— Abl bouffre, tu es ruiné, dit Pillerault en laissant tomber son journal, ^que Birotteau ramassa quoique ce fût le ConttitutionneU
Pillerault fut si violemment frappé par ses réflexions, que sa figure de médaille et de style sévère se bronza comme le métal sous un coup de balancier; il demeura fixe, regarda sans la voir la muraille o'en face au travers de ses vitres, en écoutant le long discours de Birotteau. Évidemment il entendait et jugeait, il pesait le pour et le contre avec l'inflexibilité d'un Minos qui avait passé le Styx du commerce en quittant le quai des Morfondus pour son petit troisième étage.
— Eh bienl mon oncle? dit Birotteau qui attendait une réponse après avoir conclu par une pnére de vendre pour soixante mille francs de rentes.
— Eh bien! mon pauvre neveu, je ne le puis pas, tu es trop fortement compromis. Les Ragon et moi nous allons perdre chacun nos cinquante mille francs. Ces braves gens ont vendu par mon conseil leurs actions dans les mines de Yortschin : je me crois obligé, en cas de perte, non de leur rendre le capital, mais de les secourir, de secourir ma nièce et Gésarine. Il vous faudra peut-être du pain à tous, vous le trouverez chez moi...
-— Du paii, mon oncle?
— - Ch bien ! oui, du paio. Yois donc le^ ebose» comme
iU SCÈNES DB LA YII? PARISIENNE
elles sont : iu ne fen tireras pa$» De cinq mille six eesls francs de rente, je pourrai distraire quatre mille franes l^iir les partager entre tous et les Eagon. Ton malheur arrivé, je connais Constance, elle travaillera coame nom perdue, die se refusera tout^ et toi aussi. César 1
— Tout a*est pas désespéré, mon oade^
— Je ne vois pas comme toi.
— Je vous prouverai le contraire»
— Rien ne me fera plus de plaisir.
Birotteau quitta Pillerault sans rien répondre. Il était venu chercher des consolations et du courage , il recevait un second coup moins fort à la vérité que le premier; mais an lieu de porter sur la tète, il frappait au cœur; le cœur était toute la vie de ce pauvre homme. D revint après avoir descendu quelques mardtes.
— Monsieur, dit-il d'une voix froide, Ce«st«ice ne sait rien, gardez-moi le secret au moins, et pnez les Ragcm de ne pas m'ôter chez moi ht tranquillité dont j^ai besoin pour lutter contre le malheur.
Pillerault fit un geste de consentement.
— Du courage, César, ajouta-t-il, ^e te vois fâché contre moi, mais plus tard, tu me rendras justice en pensant à ta femme et à ta fille.
Découragé par Topinion de son oncle, auquel il reconnaissait une lucidité particulière, César tomba de toute la hauteur de son espoir dans les marais fangeux de Hncertituiie. Quand, dans ces horribles crises commerciales, un homme n'a pas une âme trempée comme celle de Pillerault, il devient le jouet des événements; il suit les idées d'autmi, les bîennes, comme un voyageur court api es des feux follets. Il se laisse emporter par le tourbillon au Heu d^ se coucher sans le regarder quand il passe, ou de s'élever pour en suivre la direction en y échappant. Au milieu de sa Couleur, fiirotteau se souvint du procès relatif à son emprunt. D alla rue Vivienne, chez Dervrlle, son avoué, pour eorameneer au plus tôt la procéAire, cbns le cas oà
GiSAil BIR«TTIAII 185
faToné verrait quelque chasse ëe faire annuler le contrat. Le parfiiBieur trouva Deryille envek>^pé dans sa robe dp ehambre ea molleton blanc, au eom de son feu^ calme et posé, comme tous les avoués rompus aux pkia terribles confidences. Birottcau remarqua pour la première fois cette froideiir nécessaire, qui |;laee Thomme passionné, blessA^ pris parla fièvre de l'intérêt en danger, et douloureusement atteint dans sa vie, dans son honneur, dans sa femme el ses enfiuBts^ eC^mme Fêtait Birotteau racontant son mai-
— S'il est prouvé, lui dit Derville i^près Tavoir écouté, que le préteur ne possédait plus chez Roguin la somme que Rogoin vous faisait lui prêter, comme il n'y a pas eu délivrance d'espèces, il y a lieu à rescision; le préteur aura son recours fur le eantimmenent, comme voua pour vos cent mille francs. Je réponds alors du procès autant qu'on peut en répondre, il m'y a pas de procès gagné d avance.
L'avis dTlm si fort jurisconsulte rendît un peu de cou^ nge an parfumeur, qui pria Derville d'obtenir jugement dùis kl qumzaine. L'houe répondit que peut-être il aurait avant trois mois un jugement qui annulerait le contrat.
— Dans trws moisi dît le parfumeur qui croyait avoir trouvé des ressources.
— Mais tout en obtenant une prompte mise au rôle, nous ne pouvons pas mettre votre adversaire à votre pas ; il usera des délais de la procédure, les avocats ne sont pas toujours îâ; qui sait si votre partie adverse ne se laissera pas coo* damner par défaut T On ne marcha pas comme on vent| mon cher maître t dit Derville en souriant.
"Mais au tribunal de commerce ? dit Krotteau.
— Obt dit Tavoué, les îagies consulaires et les jinges de première instance sont deux soortes de juges.. Yona antres, vous sabrez les affiiireal Au pahôs noua avens les formes. La forme est protectrice du droit Aimeriez-vous un jugement à brftleiE>eurpoint qui vous ferait perdre vos quarante mille firancsî £b bienl votre adversaire^ qui va voir cette
somme compromise, se défendra. Les délais sont des chevaux de frise judici aires.
— Vous avez raison, dit Birotteau qui salua DervUle et sortit la mort dans le cœur.
— Ils ont tous raison. De l'argent I de Targent 1 criait le parfumeur par les rues en se parlant à lui-même, comme font tous les gens affairés de ce turbulent et bouillonnant Paris, qu'un poète moderne comme une cuve. En le voyan entrer, celui de ses commis qui allait partout présentant les mémoires lui dit que, vu l'approche du jour de l'an, chacun rendait l'acquit de la facture et la gardait.
— Il n'y a donc d'argent nulle part, dit le parfumeur à haute voix dans la boutique.
Il se mordit les lèvres, ses commis avaient tous levé la léte vers lui.
Cinq jours se passèrent ainsi, cinq jours pendant lesquels firaschon, Lourdois, Thorein, Grindot, GhadSaroux, tous les créanciers non réglés passèrent par les phases camélëo» nesques que subit le créancier avant d'arriver de l'état paisible où le met la confiance aux couleurs sanguinolentes de la Bellone commerciale. A Paris, la période astringente de la défiance est aussi rapide à venir que le mouvement expansif de la confiance est lent à se décider : une fois tombé dans le système restrictif des craintes et des précautions commerciales, le créancier arrive à des lâchetés sinistres qui le mettent au-dessous du débiteur. D'une politesse doucereuse, les créanciers passèrent au rouge àe l'impatience, aux pétillements sombres des importunités, aux éclats du désappointement, au froid bleu d'un parti, pris , et à la noire insolence de l'assignation préparée. Braschon, ce riche tapissier du faubourg Saint-Antoine qui n'avait pas été invité au bal, sonna la charge en créancier blessé dans son amour-propre; il voulait être payé dans les vingt-quatre heures ; il exigeait des garanties, non des dé* pots de meubles, mais une hypothèque inscrite après les quarante mille francs sur les terrains du faubourg. Malgré
CÉSAR BIROTTIAU 187
la violence de leurs récriminations, ils laissèrent encore quelques intervalles de repos pendant lesquels Birotteaa respirait. Au lieu de vaincre ces premiers tiraillements d'une position difficile par une résolution forte, César usa son intelligence à empêcher que sa femme , la seule per* sonne qui pût le conseiller, ne les connût. Il faisait sentinelle sur le seuil de sa porte, autour de sa boutique. Il avait mis Gélestin dans le secret de sa gène momentanée, et Céleotin examinait son patron d'un regard aussi curieux qu'étonné : à ses yeux. César s'amoindrissait, comme s'amoindrissent dans les désastres les hommes habitués au succès et dont toute la force consiste dans l'acquis que donne la routine aux moyennes intelligences. Sans avoir Fénergique capacité nécessaire pour se défendre sur tant de points menacés à la fois, César eut cependant le courage d'envisager sa position. Pour la fin du mois de décembre et le 15 janvier, il lui fallait, tant pour sa maison que pour ses échéances , ses loyers et ses obligations au comptant, une somme de soixante mille francs^ dont trente mille pour le 30 décembre; toutes ses ressources en donnaient â peine vingt mille; il lui manquait donc dix mille francs. Pour lui, rien ne parut désespéré, car il ne voyait déjà plus que le moment présent, comme les aventuriers qui vivent au jour le jour. Avant que le bruit de sa gêne ne devint public, il résolut donc de tenter ce qui lui paraissait un grand coup, en s'adressant au fameux François Keller, banquier, orateur et philanthrope, célèbre par sa bienfaisance et par son désir d'être utile au commerce parisien, en vue d'être toujours à la Chambre un des députés de Paris. Le banquier était libéral, Birotleau était royaliste ; mais le parfumeur le jugea d'après son cœur, et trouva dans la différence des opinions un motif de plus pour obtenir un compte. Au cas où des valeurs seraient nécessaires, il ne doutait pas du dévouement de Popinot, auquel il comptait demander une trentaine de mille francs d'efiêts, qui aideraient à atteindre le gain de son procès, offert en garantie aux créanciers les plus altérés. Le parfumeur ex-
ttt SCÈNES DB UL TIE PARISIENNE
fMmsif , qui éàstii suf F#rei]ler à sa chère Goastance l€S mmadm émotions de soo existence, qm j puisait dn coi&r rage, qui y cherdoit les Immères de la eontradictm, ne peutait s'eDtreteaér de sa situation m «?ee son preoner eoainiis, ni avee isn onde, ai arec sa femme. S^ idéea lui pes^CBt douMsment» Mais ce gé né re u a i mKtjr anaatt nieuY souffrir que de jeter ee brasier daas Fâroe de m feunne: il Toubût kd raconter k danger qaaad i! serait passé. Peut-être reenlak41 devant cette horrible confidence. La peur qiae lui Bis|»rait sa feanne lui domail du courage. n aBak tons les nncius entendre une messe basse à Saint- Roch, et il preaait IKeu peur conidenU
— Si, en r e ntiau t de Sennt-Roch chez mot, je ne trouve pas de soldat, ma demande réussira. Ce sera la réponse de Dieu, sedisart-il après ayoîr prié Dieu de le secourir.
Et il était heureux de ne pas rencontrer de soldai. Cependant il avait le cœur trop oppressé, il lui fallut un autre oœur où il pût gémir. Césarine» à laquelle il s'était dé^à confié lors de la fatale nouvelle^ eut tout son secret. Il y eut entre eux des regards jetés à la dérobée» des reg^ds pleins de désespoir et d'espoir étouffés, des invocations lancées avec une mutuelle ardeur^ des demandes et des ré» penses sympathiques, des lueurs d'âme à âme. Birotteau se faisait gai, jovial pour sa femme. Constance faisait-elle une question, bah t tout allait bien, Popinot» auquel César ne pensait pas, réussissait! rhuile s'enlevait! les effets Claparon seraient payés, il n'y avait rien à craindre. Cette fausse joie était effrayante. Quand sa femme était endormie dans ce lit somptueux, Birotteau se dressait sur son séant, îl tombait dans la contemplation de son malheur. Césanne arrivait parfois alors en chemise,, un châle sur ses biancbas ^ules, pieds nus.
— Psq>a, le t'entends, tu {deures^ 4fisaît-elle en pleuiant dle-méme»
Bifotteaii fut dans ua tel état de torpeur ^rès avoir écri iakitiepar laqBelle il demasiAHl un laDdei-voas au. fonaé
GtSAli fiIROmULU li^
Fcanom S«Ucr, ipm afitte reanmadani Pturis. Il «perçai senknent tkm dam ks mes d'éaormes afikbet roig t, et 9tB m§a8àm ûveai bxfféê fw œs mM: HOILB CEPHà- UQUB.
Pendant les catastrophes occidentales de la Reine dos lèses, la mnson â. Popinot se levait radiense dans les flammes tnientales du snccès. Conseillé par Gaudissart et par Vinot^ Anselme sfiH lancé son huile avec andace. Deux Bâfle aficlies «raient été mises depuis trois jours aux en- AitHto les phis apparents de Paris. Personne ne pouvait érher tie se trouver ^ce à face avec THuile GéphaTique al de lire nne phrase concise, inventée par Finot, sur Fimpos* iSiilité de Ûre pousser les cheveux et sur le danger de les tmdre, accompagnée de la citation du mémoire lu à F Académie des sciences par Tauqnelin; un vrai certificat de vie pour les cheveux morts promis à ceux qui useraient de l'Huile CéphaKque. Tons les coiffeurs de Paris, les permqmers, les parfumeurs avaient décoré leurs portes de cadres dorés, contenant nn hel imprimé sur papier vélin, en tête dnqud brilUnt la gravure d'Héro et Léandre réduite, avec cette assertion en épigraphe: Les anciens peuples de tanti' quité conservaient kurs chevelures par Vemploi de V Huile CéphaHque.
— • n a inventé les cadres permanents^ Fannonce éteraelle^ se dit Birotteau qui demeura stupéfait en regardant la de> vanture de la Cloche d'Argent.
>- Tu n'as 4lonc pas vu chea toi, lui dit sa fille, «b cadre que monsieur Anselme est venu lui-même apporter, en dé> posant à Célestin trois cents bouteilles d'kuile?
— Non, <yt-t].
-^ Céles^ en a d^à vendu cinquante â des passants el soixante à des pratiques.
~ Ah I dit César.
Le parfumeur, étourdi par les mille cloches que la misère tinte aux oreilles de ses victimes, vivait dans un mouvement
Tertigineux ; la veille, Popinot Tavait attendu pendant une heure, et s'en était allé après avoir causé avec Constance et Césarine^ qui lui dirent que César était absorbé par sa grande affaire.
•^ Ah 1 oui, l'affaire des terrains*
Heureusement Popinot, qui depuis un mois n'était pas sorti de la rue des Cinq-Diamants, passait les nuits et tra* vaillait les dimanches<À la fabrique, n'avait vu ni les Ragoo, ni les Pillerault, ni son oncle le juge. Il ne dormait que deux heures, le pauvre enfant! il n'avait que deux commis, et au train dont allaient les choses il lui en faudrait bientôt quatre. En commerce, l'occasion est tout. Qui n'enfourche pas le succès en se tenant aux crins manque sa fortune. Popinot se disait qu'il serait bien reçu, quand après six mois, il dirait à sa tante et à son oncle : c Je suis sauvé^ ma fortune est faite ! » bien reçu de Birotteau quand il lui apporterait trente ou quarante mille francs pour sa part, après six mois. Il ignorait donc la fuite de Roguin^ les désastres et la gène de César, il ne put dire aucune parole indiscrète à madame Birotteau. Popinot promit à Finot cinq cents francs par grand journal, et il y en avait dix t trois cents francs par journal secondaire, et il y en avait dix autres ! s'il y était parlé trois fois par mois de THuile Céphalique. Finot vit trois mille francs pour lui dans ces huit mille francs, son premier enjeu à jeter sur le grand et immense tapis vert de la spéculation I II s'était donc élancé comme un lion sur ses amis, sur ses connaissances; il habitait alors les bureaux de rédaction; il se glissait au chevet du lit de tous les rédacteurs, le matin; et le soir il arpentait tous les foyers de tous les théâtres. < Pense à mon huile, cher ami, je n'y suis pour rien, affaire de camaraderie, tu sais I Gaudissart, un bon vivant. » Telle était la première et la dernière phrase de tous ses discours. Il assaillir le bas de toutes les colonnes finales aux journaux où il fit des articles en en laissant l'argent lux rédacteurs. Rusé comme un figurant qui veut passer acteur, alerte comme un saute-ruisseau qui gagne soixante francs par mois, il écrivit des lettres captieuses, il tlatta
CESAR BIROTTKAU 191
tous les amours-propret, il rendit d'immondes serrices aux rédacteurs en chef, afin d'obtenir ses articles. Argent, diners, platitudes, tout servit à son activité passionnée. 11 corrompit avec des billets de spectacle les ouvriers qui, vers minuit^ achèvent les colonnes des journaux en prenant quelques articles dan» les petits faits, toujours prêts, les en tas du journal. Finot se trouvait alors dans Timprimerie, occupé comme s'il avait un article à revoir. Ami de tout le monde, il fit triompher l'Huile Géphalique de la P&te de Regnauld, de la Mixture Brésilienne, de toutes les inv en* tiens qui, les premières, eurent le génie de comprendre l'influence du journalisme et l'efifet de piston produit sur le public par un article réitéré. Dans ce temps d'innocence, beaucoup de journalistes étaient comme les bœufs, ils ignoraient leurs forces, ils s'occupaient d'actrices, de Florine, de Tullia, de Mariette^ etc. Ils régentaient tout, et ne ramassaient rien. Les prétentions d'Ândoche ne concernaient ni une actrice à faire applaudir, ni une pièce à faire jouer, ni ses vaudevilles à faire recevoir, ni des articles à faire payer; au contraire, il offirait de l'argent en temps utile, un déjeuner à propos; il n'y eut donc pas un journal qui ne parlât de l'Huile Géphalique, de sa concordance avec les analyses de Yauquelin, qui ne se moquât de ceux qui croient que Ton peut faire pousser les cheveux, qui ne proclamât le danger de les teindre.
Ces articles réjouissaient l'âme de Gaudissart^ qui s'armait de journaux pour détruire les préjugés, et faisait sur la province ce que depuis les spéculateurs ont nommé d'après loi, la charge à fond de train. Dans ce temps-lâ, les journaux de Paris dominaient les départements encore sans organts ^ ^ malheureux 1 Les journaux y étaient donc sérieux lement étudiés, depuis le titre j<isqu'aunom de l'imprimeur, ligne où pouvaient se cacher les ironies de l'opinion persécutée. Gaudissart appuyé sur la presse, eut d'éclatants succès dèL les premières villes où donna sa langue. Tous les boutiquiers de province voulaient des cadres et des imprimés â gravure d'Héro et Léandre. Finot dirigea contre l'huile
192 SCENES DB LÀ Vn PARISIENNE
de Macusar «elle cbannanlB ^aaflterie yi ftiiuÉt tvitfm avx Fmmibules, quand Pierrot prend on vieix balai de erin 4Mit 4» ne voit que les trem, y aaet de rhsile de M*cassar, et rend ainsi le btlai foscslièreiMeiit tooffb. Getlt aeèûe ûromqne ezciuk un rire oniverael* Pitis tard, 9iaêi racontait gaienent qne, sans <ees mille éena, H sendt moit de misère et de donlewr. ?mr hn, mille ëeus étaient une foname. Dans celle caiif)acBe, il <devin«, lu, le premier, le ponvoir de ranaasce, dont il it un si frand et si savant usage. Trois mois après, il fut rédacteur en chef d'un petit journal) qu'il finit par acheter et qui fut la base de sa fortune. De même que la charge à Ibiid de traôi âite par l'illastreGandissart, le M ijffat des ^jingeurs, sur les départe- Hfônts et les fipontières, fit triompher cammgrcialement la maison A. Popsnot, de même die triompha dans l'opinion, grâce au famélique assaut livré aur joumaui et qui prodnistt cette vive publicité également olttenue par la Mixture BrésiHettne et par la PAte de Regnauld. A son début, cette prise d'assaut de ropinien publique engendra trots succès, trois fortunes, et valut rinv«sion des mille ambitions descendues depuis en bataillons épais dans Tarène d^ journaux où elles créèrent les annonces payées^ inunense rév(^ ktion ! En ce moment, la nmsûn A. Popwet et compagnie se pavanait sur les murs et dans toutes les devantures. Incapable de mesurer la portée d'une pareille publicité, Birotteau se contenta de dire à Gésarine: c Ce petit Popin'ot marche sur mes traces 1 » sans comprendre la diff^a^^edes temps, sans apprécier la puissance des nouveaux moyens d'exécution dont la ra|ndité, retendue^ embrassaient beanooup plus promptenMBt qu'mtrefois le monde commercîaL Birotteau n'avait pas mis le pied à sa fabrique depuis son bal: il ignorait le mouvement et l'activité que Pofnnot y déployait. Ansdme avait pris tous les ouvriers de Birotteau, il y couchait; il voymt Gésarine assise sur toutes les eusses, couchée dans toutes les expéditions, imprimée sur toutes les factures; il se disait: Elle sera ma femme I quand, la che- Bûse retroussa jusqu'aux coudes, habit bas, il enfonçait
CÉSAR BIROTTEÂU 193
courageusement les clous d'une caisse, à défaut de ses commis en course.
Le lendemain, après avoir étudié pendant toute la nuit tout ce qu'il devait dire et ne pas dire à l'un des grands hommes de ia haute banque, César arriva me du Houssaye, et n'aborda pas sans d'horribles palpitations l'hôtel du ban* quier libéral qui appartenait à cette opinion accusée^ â si juste titre, de vouloir le renversement des Bourbons. Le parfumeur, comme tous les gens du petit commerce parisien, ignorait les mœurs et les hommes de la haute banque. A Paris, entre la haute banque et le commerce, il est des maisons secondaires, intermédiaire utile à la Banque, elle y trouve une garantie de plus. Constance et Birotteau, qui ne s'étûent jamais avancés au delà de leurs moyens, dont la caisse n'avait jamais été à sec et qui gardaient leurs effets en portefeuille, n'avaient jamais eu recours à ces maisons de second ordré ; ils étaient, à plus forte raison, inconnus dans les hautes régions de la banque. Peut-être est-ce une faute de ne pas se fonder un crédit même inutile : les avis sont partagés sur ce point. Quoi qu'il en ^oit, Birotteau regrettait beaucoup de ne pas avoir émis sa signature. Mais, connu comme adjoint et comme homme politique, il crut n'avoir qu'à se nommer et entrer; il ignorait l'affluence quasi royale qui distinguait l'audience de ce banquier. Introduit Hians le salon qui précédait le cabinet de l'homme célèbre à tant de titres, Birotteau s'y vit au milieu d'une société nombreuse composée de députés, écrivains, journalistes, agents de change , hauts commerçants, gens d'affaires, ingénieurs, surtout de familiers qui traversaient les groupes et frappaient d'une façon particulière à la porte du cabinet où ils entraient par privilège. — Que suis-je au milieu de cette machine? se dit Birotteau, tout étourdi par le mouvement de cette forge intellectuelle où se manutent tionnait le pain quotidien de Toppo^tion, où se répétaien les rôles de la grande tragi-comédie jouée par la gauche. B entendait discuter à sa droite la question de l'emprunt poux l'achèvement des princî-pales lignes de canaux nro-
hbi^
IM SCÈNES DE U. fa FàRISIKNNE
posé ptr la ^Urection des pcmts et diaussées^ H'ût^mjttaaâi de millions I Â sa gauche, des jourualistcs à la curée de Famour-pr^HOre du banquier s'aOretenaienl de la séance d'hier et de l'impioyisation du patrai. Dttmat d^ix heures d'attente, Birotteau aperçut trois foirJe banquier politique, reconduisant à trois pas an delà de son cabinet <teshonuiies considérables. François Keller alla jusqu'à l'aiHi^aaibr» pour le dernier, le général Foy.
... Je suis peidu 1 se dit Birotteau dent le ooeur je
serra»
Qiumd le banquier revenait à son eabuiet, la tsoupe des eourtisans» des amis, des intéressés rasBalUalt eonune des chiens qui poursuivent une ytÀm chienne. Quelques hardis roquets se glissaient malgré lui dans le sanctuaire. Les conférences durai^t cinq minutes, dix mmutes, un quart d'heure. Les uns s'en allaient contrits, les autres affichaient un air satisfait ou prenaient des ain Importante. Le tempe s'écoulait , Rirotteau r^ardait arec anxiété la pendule. Personne ne faisait la moindre attention à eette douleur cachée qui gémissait sur un fouteuil dcuré au coin deladie^ mmée, à la porte de ce cabinet où résidait la panacée uniyerselle, le crédit I César pensait dottlonreusement qu'H atait été un moment chez lui roi, comme cet homme étidt roi tous kn matins, et il mesurait la profondeur de Fablme où il était tombé. Amère pensée! Combien de larmes rentrées durant cette heure passée là 1... Combien de fois Birotteau ne sup|dia-t*il pas Dien de hii rendre cet homme faTorable, car il lui tronvait, sous nie grosse enveloppe de bonhomie populaire, une insdencOt une tyrannie colérique, une brutale entie de dominer qui épouvntait son Sme douce. Enfin, quand il n'y eut plus que dix ou douze personnes, Birotteau se résdut, quand la porte extérîenre dn cabinet grognerût, de se dresser, de se mettre an niTean du grand orateur en Im disant : Je sois Birotteau J Vegro-' Btdiet «(tti s'élança le {Nremier dans la redoute de la MoajLowa ne déploya pas plus de courage que le parfmnenr n'en rassembla pour se litrer à cette mancnivre.
XÈêAM, MÊtOTTËÂV 115
•— Apfèt (o«t, je SUIS •oa44ioùit, §e dîM m m lovmt Dour décliner son nom.
La physionomie de François Keller détint aceorte, ilTonlat éfidenQinenI èlre timible, il regarda le roban rou^ du pir&uotenr, se recala, onnît la porte de son cabinet, lui mDntra le chemin, et resta pendant quelque temps è eau* ser avec deux personnes qui s*élancèrent de Tésodier. a?ec la Tioleaee d'une trombe.
— Decaais veut vous parler, dit Tune des deux.
— - Il s'agit de tuer le parillon Marsan ! le roi voit clair, il wtnt à nous ! s'écria l'autre.
— Nous irons ensemble à la Cbambre, dit le banquier en rentrant dans l'attitude de la grenouille qui veut imiter lebcent
— Comment peut-il penser k ses aflaires? se demanda Krotteau tout bouleverté.
Le soleil de la supériorité sdntîUait, éblouissait le parfumeur comme la lumière aveugle les insectes qui veulent un jour doux ou les demi-ténèbres d'une belle nuit. Sur une immense table il apercevait le budget, les mille imprimés de la Chambre, les volumes du Moniteur ouverts, consultés et marqués pour jeter k la tète d'un ministre ses précédentes paroles oubliées et lui fûre chanter la palinodie aux applaudissements d'une foule niaise, incapable de comprendre que les événements modifient tout. Sur une autre table, des cartons entassés, les mémoires, bs pn^ets, les mille renseignements confiés à un homme dans la caisse auquel toutes 1m industries naissantes essayaient de piûser. Le luxe royal de ce cabinet pldn de tableaux de statues, d'œuvres d'art; l'encombrement delà cheminée, Fentassement des intérêts nationaux ou étrangers amoncelés comme des ballots, tout frappait Birotceau, l'amoindrissait, augmentait sa terreur et lui glanait le sang. Sur le bureau de François Keller gisaient des liasses d'effets, de lettres de change, de circulaires commerciales. Keller s'assit et se mit â ^gner rapidement les lettres qui n'exigeaient aucun examen.
— Monsieur, à quoi dois*je rhonneur de votre visite T lui dit-il.
A ces mots^ prononcés pour lui seul par cette voix qui parlait à rEurope, pendant que cette main avide allait sur le papier, le pauvre parfumeur eut comme un fer chaud dans le ventile. Il prit un air agréable que le banquier voyait prendre depuis dix ans à ceux qui avaient à Tentortiller d'une affaire importante pour eux seuls, et qui déjà lui donnait barre sur eux. François Keller jeta donc à César un regard qui lui travers la tête, un regard napoléonien. L'imi tation du regard de Napoléon était un léger ridicule que se permettaient alors quelques parvenus qui n'ont même pas été le billon de leur empereur. Ce regard tomba sur Birotteau^ homme de la droite, séide du pouvoir, élément d'é lection monarchique, comme un plomb de douanier qui marque une marchandise.
— Monsieur, je ne veux pas abuser de vos moments, je serai court. Je viens pour une affaire purement commerciale, vous demander si je puis obtenir un crédit chez vous. Ancien juge au tribunal de commerce et connu à la Banque, vous comprenez que, si j'avais un portefeuille plein, je n'aurais qu'à m'adresser là où vous êtes régent. J'ai eu rhonneur de siéger au tribunal avec monsieur le baron Thibon, chef du comité d'escompte, et il ne me refuserait certes pas. Mais je n'ai jamais usé de mon crédit ni de ma signature; ma signature est vierge, et vous savez combien alors une négociation présente de difficultés... Keller agita la tête, et Birotteau prit ce mouvemenl pour un mouvement d'impatience. — Monsieur, voici le fait, reprit-il. Je me suis engagé dans une affaire territoriale, en dehors de mon commerce...
François Keller, qui signait toujours et lisait, sans avoir Tair d'écouter César, tourna la tête et lui fit un signe d'adhésion qui l'encouragea. Birotteau crut son affaire en bon chemin^ et respira.
— Allez, je vous entends, lui dit Keller avec bonhomie.
CÉSAR BIROTTSàU 197
—Je suis acquéreur pour moitié des terrains situés autour de la Madeleine*
— Oui, j'ai entendu parler chez Nudngen de cette immense affaire, engagée par la maison Glaparon.
— £h bien I reprit le parfumeur, un crédit de cent mille francs, garanti par ma moitié dans cette affaire, ou par mes propriétés commerdales, suffirait à me conduire au moment où je réaliserai des bénéfices que doit donner prochainement une conception de pure parfumerie. S'il était nécessaire, je vous couvrirais par des effets d'une nouvelle maison, la maison Popinot^ une jeune maison qui...
Keller parut se soucier fort peu de la maison Popinot^ et Birotteau comprit qu'il s'engageait dans une mauvaise voie; il s'arrêta, puis, effrayé du silence, il reprit : — Quant aux intérêts, nous...
— Oui, oui, dit le banquier, la chose peut s'arranger, ne doutez pas de mon désir de vous être agréable. Occupé comme je le suis, j'ai les finances européennes sur les bras, et la Chambre prend tous mes moments, vous ne serez pas étonné d'apprendre que je laisse étudier une foule d'affaires à mes bureaux. Allez voir, en bas, mon frère Adolphe, expliquez-lui la nature de vos garanties:^! approuve l'opération, vous reviendrez avec lui demain ou après-demain à l'heure où j'examine à fond les affaires, à cinq heures du matin. Nous serons heureux et fiers d'avoir obtenu votre confiance, vous êtes un de ces royalistes conséquents dont on peut être l'ennemi politique, mais dont l'estime est flatteuse...
— Monsieur^ dit le parfumeur exalté par cette phrase de tnbune, je suis aussi digne de l'honneur que vous me faites que de l'insigne et royale faveur... Je l'ai méritée en siégeant au tribunal consulaire et en combattant* ••
— Oui, reprit le banquier, la réputation dont tous jouis» sez est un passe-port, monsieur Birotteau. Yous ne devez proposer que des affaires faisables,* vous pouvez compter sur Bcrtre wneour >
i9S SCÈNES te LA y&E PARISIENNE
Une femmes mtdame Keller» me en deux ftlles du tomie de Gondreyille, ouvrit une porte que KretteMi n'»^ T»t pas me»
-i- Mob ^i» j'espère te mr tmi U Gbsmbre, dil-elle*<
-*• II est deux beures, s'éeria le baiu|uier, la bttaiUe est ^DUunée. BxeusM^moiy monsiettr, il s'agît de culbuter ua imnistère^. Toyez moa frère*
U recoiuluisit le parfumeur jus<pi'à la porte du selon et dit A Tun de ses genst — > Menez monsieur cher monsieur Adolphe»
A travers le labyrintlie d'esealiors où le fûdaît un homme en livrée vers un cabinet moins somptueux (pie celui du chef de la maison, mais plus utile, le parfumear^ i cheval sur un it, la plus douce monture de respéranca, se caressait le menton en trouvant de très-bon augure les flatteries d'un homme célèbre. Il regrettait qu'un ennemi des Bourbons fftt si gracitnx, si capable, si grand orateur.
Hein de ces ifinsions^ 9 entra dans un cabinet nu, froid^ meublé de deux secréCairM à c:srftndre, de meiqains fiuteuil% orné de rideaux très-négligés tl d'un maigre tapîs. Ce estbînet était è Fautre ce qu'est une cmûne à la salle à masgeii la fabrique i k boutique. Là sf éventratent les affaires de banque et de commerce, s'anahfsaient les entreprises et s'arrachaient les prélèvements de la banque sur tous le^ bénéfices des industries jugto proitables. U se combiniîeBt ces coups audacieux par lesquels ils se créaient peadant quelques jours un monopole rapidement expittté. Là s^ëtn* diaienf les défimts de la législatîott, et se- stipulôent sans honte ce que la Bourse nomme les parts à goinfre^ easmth stons exigées pour les moindres services, comme d'appuyer une entreprise de leur nom et de la créditer. Là -s'our»saient ces tromperies fleurttées de légalité qui coasi^nt à commanditer sans e ng a g ement des entrc^nrisés (*initea8e% ain d^efi attendre le sneeès et de les l«er pour »'et> emparer en redemandant les capitaux dans ma moment critique; hov* rible maoeeuvre par laquelle forent eiivelq^)éa la»t d'aetionnaires.
CÉSAR BmOTTIAU 199
Les deux frères s'étaienl distribué leurs rôles* Eu haut, François^ homme hrillant et politique, se conduisait en roi, distribuait les grâces et leftpronestes^ se rendait i^gréable à tous. H^ec M t^ était ficile ; tt engageait noblement lea affaires, il grisait les nounreaax débarqués et les spéculateurs de fratihe' date a? ec le ^ de sa faneur et sa capiteuse parole, en leur déYeleppant leurs prepret idées. En bas, Adolphe eneusaît son frère sur ses préoccupations po- Etîquea, et il pasHût habileaient le râteau smr le tapis; il était le fr^re eompreoiis, Thonme diffiette* Il fallait donc sfoîr deux paroles pour eenelure ayec cette maison perfide* SouYent le giaeienx oui du cabinet somptueux de?enait un non sec dans le cabinet d'Adolphe* Cette suspensire manœuvre permettait la réfiexion, et serrait souvent â amuser d'inhdoiles concurrents» Le frère du banquier causait alors avec le fameux Palma, le conseiller intime de la maison Keller, qui se retira à l'apparition du parfiimeur. Quand Birotteau se fut expliqué^ Adolphe, le plus fin des deux frères, un rrai loup-cenrier, à l'œil aigu, aux lèvres minces^ au teint aigre, jeta sur Birotteau, par-deuus ses lunettes et en baissant la tète, un regard qu'il faut appeler le regard du banquier, et qui tient de celui des vautours et des avoués,' il est avide et indifiiérent, clair et obscur, éclatant eSsmi^re.
— Veuillez m'envoyer les actes sur lesquels repose l'afftûre de îa lladeleine, dit-il, là gît la garantie du compte, il faut les examiner avant de vous l'ouvrir et de discuter les intérêts. Si l'afl^re est bonne, nous pourrons, pour ne pas vous grever, nous contenter d'une part dans les bénéfices au lieu d'un escompte.
— Allons», si dit Birotteau en revenant chex lui, je vois ee dont il s'agit. Ck>mme le castor poursivi, je dois me débarrasser d'une partie de ma peau* Il vaut mieux se laisser tondre que de mourir,
B remonta ee jour^lâ chez lui très-riant» et sa gaieté fui de bon alot.
— Je suis sauvé, dit- il à Gésarine, J'aurai un crédit chez les Ke]Ier.
Le 29 décembre seulement, Birotteau put se trouver dans le cabinet d'Adolphe Keller. La première fois que le parfumeur revint, Adolphe était allé visiter une terre à six lieues de Paris, que le grand orateur voulait acheter. La seconde fois, les deux Keller étaient en affaires pour la matinée ; il s'agissait de soumissionner un emprunt proposé aux Chambres^ ils priaient monsieur Birotleau de revenir le vendredi suivant. Ces délais tuaient le parfumeur. Mais enfin ce vendredi se leva. Birotteau se trouva dans le cabinet, assis au coin de la cheminée, au jour de la fenêtre, et Adolphe Keller à Tautre coin.
— C'est bien, monsieur, lui dit le banquier en lui montrant les actes, mais qu'avez-vous payé sur les prix des terrains ?
— Cent quarante mille francs,
— Argent?
— Effets.
— Sont-ils payés?
— Ils sont à échoir.
— Mais si vous avez surpayé les terrains^ eu égard à leur valeur actuelle, où serait notre garantie T die ne reposerait que sur la bonne opinion que vous inspirez et sur la considération dont vous jouissez. Les affaires ne reposent pas sur des sentiments. Si vous aviez payé deux cent miUe francs, en supposant qu'il y ait cent mille francs de donnés en trop pour s'emparer des terrains, nous aurions bien alors une garantie de cent mille francs pour répondre de cent mille francs escomptés. Le résultat pour nous serait d'être propriétaires de votre part en payant à votre place, il faut alors savoir si l'affaire est bonne. Attendre cinq ans pour doubler ses fonds, il vaut mieux les fainB valoir en banque. n y a tant d'événements 1 Vous voulez faire une circulation pour payer des billets à échoir , manœuvre dangereuse I •n recule pour mieux sauter. L'affaire ne nous va pas.
Cette phrase frappa Birotteau comme si le bourreau lui avait mis sur l'épaule son fer à marquer, il perdit la tète.
— Voyons, dit Adolphe, mon frère tous porte un vif intérêt, il m'a parlé de tous* Examinons tos affaires, dit-il en jetant au parfumeur un regard de courtisane pressée de payer son terme.
Birotteau devint Molineux, dont il s'était moqué si supérieurement. Amusé par le banquier, qui se complut à dévider la bobine des pensées de ce pauvre homme, et qui s'entendait à interroger un négociant comme le juge Popinot à faire causer un criminel, César raconta ses entreprises; â mit en scène la Double P&te des Sultanes, l'Eau CarminatiTC, l'affaire Roguin, son procès à propos de son emprunt hypothécaire dont il n'avait rien reçu. En voyant l'air souriant et réfléchi de Keller, à ses hochements de tète, Birotteau se disait : < Il m'écoute 1 je l'intéresse t j'aurai mon crédit ! » Adolphe Keller riait de Birotteau comme le parfumeur avait ri de Molineux. Entraîné par la loquacité par^ ticulière aux gens qui se laissent griser par le malheur, César montra le vrai Birotteau ; il donna sa mesure en proposant comme garantie l'Huile Céphalique et la maison Popinot, son dernier enjeu. Le bonhomme, promené par un faux espoir, se laissa sonder, examiner par Adolphe Keller, qui reconnut dans le parfumeur une ganache royaliste près de faire faillite. Enchanté de voir faillir un adjoint au maire de leur arrondissement, un homme décoré de la veille, un homme du pouvoir, Adolphe dit alors nettement à Birotteau qu'il ne pouvait ni lui ouvrir un compte ni rien dire en sa faveur à son frère François, le grand orateur* S! François se laissait aller à d'imbéciles générosités en secourant les gens d'une opinion contraire à la sienne et ses ennemis politiques, lui, Adolphe, s'opposerait de tout son pouvoir à ce qu'il fit un métier de dupe, et l'empêcherait de tendre la main à un vieil adversaire de Napoléon, un blessé de Sdnt-Rocb. Birotteau exaspéré voulut dire quelque chose de l'avidité de la haute banque, de sa dureté, de ta fensse philanthropie ; mais il fut pris d'une si violente
Sœ SCÈNES DE LA TIS PAiUSlKFflfB
douleur qM put à peine balbutier quelques phrases sur riustUution de la Banque de Franee oà les Kelkr puisaiem.
-^ Maïs, dit Adolplie Keller, la Banque ne fem jamata un escompte ^'on sinf^e baafuîer refose*
^ La Baftqve, dit Biratteau^ m'a toi^flwr* pan» manquer à sa destination quand elle s'applaudit, en présentant le compte de ses bénéâccsy de n'avoir perdu que ceat Ou deux eent mille frasca «fOC le eoiameree parisien, elle en est k tutrice.
Adolpfie se prit à sourire en S3 levant par un ges€i d%omme ennuyé*
— Si la Banque se mêlait de conmandHer les gens embarrassés sur la place la plus friponne et la plus glissante du monde financier, elle déposerait son bflan au bout d'un an. Elle a âé^ b eaowm p de peine à se défendre contre les circulations et les fausses valeurs, que serait-ce s'il fallait émdier les af&ires de Ceux qui voudraient se faire aider par
— Où trouver dfx mille francs qui me manquent pour démain, samedi fiSKK T se disait Birotteau en traversant bi cour.
Suivant la coutume, on paye le trenk quand le trente at un est un jour férié.
En atteignant à la perte cogère, les yeux baignés de larmes, le parfumeur vit à peine un beau cheval anglais en sneur qui arrêta net à la porte un des plus jolis cabriolets qui roulassent en ce moment sur le pavé de Paris. Il aurait bien voulu être écrasé par ce cabriolet, il serait mort par ac- <Hdent^ et le désordre de se* affaires eût été mis sur le compte de cet événement. U ne reconnut pas du Tillet qui, svelte et dans une élégante mise du matin, jeta les guides à son. domesilqua et une couverture sur le dos* en sueur de soa cbeval pur sang.
— Et par quel hasard icit dit du Tillet à aon «ndai patron.
î>m nilai le savait bi«i, \m Keller avaient dmaaaài dc9
GÉUift BmaTTBAU 203
MDsrtgBtments à Glapwon qui, aTen réfénot i eu Tilleft, wnàt dénoli la tleflle réputation du parfomeur* Qaoiqoa MbitCBM&t restrétt, les larmes du paaine oéfocknt por^ Uint énergiquemest.
— Seriez-Toas tcbh deaaider yie tq is serrices à est orelMi, dit da Tille^ à ee& éforgew» da ccnraMree, en oot fait des tours infilmes, comiae de knsMr les indigos iqprès les SToir aeeaparés, baisser leria pow lorcer le» détenteurs è Teidre \t leur à bas prix «iis de to«l afoir ei temr ]m marslid, i oes atroess pMM^ qm s'oat mi foi, m kn, ni âmel Too» ne sairea donepa» et doit is Mnt ca^ pd[»lesT Be tous owrreBt m erddit qnaod tonaa^rci «ne beUe affiÉre, et tous le feiM s at m momcal oè tons êtes ffBfag0 dans les reaiys de l'aivre, el il» yrnn fovee»t ^ers àJa leur eéder à ttl ptix^Le Bam, lordean el Mar** we^èe fous en direaSde beUsa satrlearcoHipte; La politiqw le«r sert à coavrir bîett des sakrkéa». attes 1 Aussi les expèoité- Je sans scnqiale \ Praiaenoiis^Boas, mon cher Birottean t iesepli I promenés mon che? al, il a trop cband. Diable ! ^est iiB capital que mille é«asw Btil se dirifeaTefS le bol^ lefard. — YoTons, non dier patron, ear tous a?es été ■iSD patro», avesHToas besoin d'argentTIIs Toas oni demandé des garaaiies, lea ouséndylea. Moi je ?oiis sonnais^ }e vous offire de l'argcol sor tos simples eflets. J'ai fait bonorablement ma Itmme atec des psiaes monles. Je sais allé la dMreàker ea Ââemagne, la fortune 1 Je puis tous le dire s^îouEd'bai : j'ai acheté les créances sur l« roi à soixante peur cent de rennse^ alors ratre caution xn*a été biei utile, et fat de la reoonaaîssanee, moi I Si tous aTOz besoin de &. attlle francs^ ils sont à voua*
— Quoi, du Tillety s'écria César, est-ce Trait ne tous jooei-Toaa pas de moi f Oal, je suis un peu gêné, mais œ af est que pouruB moment.
— le l^saisy l'affiire is Regain, répondit du Tillet« Hé! f y sais de dis millefruMaque le Tîeux drôte niM empruntés pour s'en aller ; mais madiinie Roguin me les rendra sur
J*ai eonseillé à eetia paume féanne de se pas
£airc la sottise de donner sa fortune pour payer des dettes f&ites pour une ÔU^ ce serait bon si elle acquittait tout, mais comment favoriser certains créanciers au détriment des autres? Vous n'êtes pas un Roguin, je vous connais, dit du Tillet, vous vous brûleriez la cervelle plutôt que de me faire perdre un sou. Venez, nous voilà rue de la Chausséed'Antin, montez chez moi.
Le parvenu prit plaisir à faire passer son ancien patron par les appartements au lieu de le mener dans les bureaux, et il le conduisit lentement afin de lui laisser voir une belle et somptueuse salle à manger, garnie de tableaux achetés en Allemagne, deux salons d'une élégance et d'un luxe que Birotteau n'avait encore admirés que chez le due de Lenoncourt. Les yeux du bourgeois furent éblouis par des dorures, des œuvres d'art, des bagatelles folles, des vases précieux, par mille détails qui faisaient pâlir le luxe de l'appartement de Constance; et sachant le prix de sa folie, il se disait : — Où donc a-t-il pris tant de millions !
Il entra dans une chambre à coucher auprès de laquelle celle de madame Birotteau lui parut être ce que le troisième étage d'une comparse est à l'hôtel d'un premier sujet de l'Opéra. Le plafond, tout en satin violet, était rehaussé par des plis de satin blanc. Une descente do lit en hermine se dessinait sur les couleurs violacées d'un tapis du Levant. Les meubles, les accessoires offraient des formes nouvelies et d'une recherche extravagante. Le parfumeur s'arrêta devant une ravissante pendule de l'Amour et Psyché qui venait d'être faite pour un banquier célèbre, du Tillet avait obtenu de lui le seul exemplaire qui existât avec celui de ^n confrère. Enfin l'ancien patron et son ancien commis arrivèrent à un cabinet de petit-mattre élégant, coquet, sentant plus l'amour que la finance. Madame Roguin avait sans doute offert, pour reconnaître les soins Jonnés à sa fortune, un coupoir en or sculpté, des serre-papiers en malachite garnis de ciselures, tous les coûteux colifichets d'un luxe effréné. Le tapis, un des plus riches produits de la Belgique, étonnait autant le regard, qu'il surprenait les
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pieds par la molle épaisseur de sa haute laine. Du Tillet fit asseoir au coin de sa cheminée le pauvre parfumeur ébloui, suions, confondu.
— Voulez-vous déjeuner avec moi ?
Il s«nna. Vint un valet de chambre mieux mis que Birotteau.
— Dites à monsieur Legras de monter, puis allez dire à Joseph de rentrer ici, vous le trouverez à la porte de la maison Keller, vous entrerez dire chez Adolphe Keller qu'au lieu d'aller le voir je l'attendrai jusqu'à l'heure de la Bourse. Faites-moi servir et tôt !
Ces phrases stupéfièrent le parfumeur,
— Il fait venir ca redoutable Adolphe Keller, il le siffle comme un chien ! lui, du Tillet I
Un tigre, gros comme le poing, vint déplier une table que Birotteau n'avait pas vue tant elle était mince, et y apporta un pâté de foie gras, une bouteille de vin de Bordeaux, toutes les choses recherchées qui n'apparaissaient chez Birotteau que deux fois par trimestre, aux grands jours. Du Tillet jouissait. Sa haine contre le seul homme qui eût le droit de le mépriser s'épanouissait si chaudement que Birotteau lui fit éprouver la sensation profonde que causerait le spectacle d'un mouton se défendant contre un tigre. Il lui passa par le cœur une idée généreuse : il se demanda si sa vengeance n'était pas accomplie, il flottait entre les conseils de la clémence réveillée et ceux de la haine assoupie.
— Je puis anéantir commercialement cet homme, pensait-il, j'ai droit de vie et de mort sur lui, sur sa femme qui m'a roué, sur sa fille dont la main m'a paru dans nn temps tonte une fortune. J'ai son argent, contentons-nous alors de laisser nager ce pauvre niais au bout de la corde que je tiep,^ drai.
Les honnêtes gens manquent de tact, ils n'ont aucune mesure dans le bien, parée que pour eux tout est sans détour ni arrière-pensée. Birotteau consomma son malheur, il irrita
205 scxNBs M LA TU TàJmuoom
le tigre, le perça «« eonr tan» le etfoir, si le tmM m^ cable par un mot, par vu éloge, par une eapretnen Tertueuse, par la benhomîe même de k prelnté. QofSùd le «ôs sîervint, du TiUet lui aMMlrt Céiar^
— Moufiieiir Legras, appûrtea-nu>i dis mille fraoeeet im billet de cette somme fait à mon ordre et à quatre vingMtf
Jours- par monûeiir(|ui est monstêttr BiiMeau, tous savezl Du Tilltlserfitda fkié, versa un vecre deiin deBoideia au parfumeur qui, se voyant «une, se livrail à 4es rira eoeWlsHs; il caressait sa diatoe démontre «tnemettaituiie bouchée dans sa bouche que quand ton aneiea commis 1j» disait : — Yons ne manges paaT Birotteau déveîlak ainsi la pn^ndeurde Tabtnieoà la main de du^TlIlet TaTait plongé, d'où elle le retirait, où elle pouvait 1^ replonger* Lorsqas le caissier revînt, qu'après avoir signé Td&t, César sentit les dix billets de hwque dans aa poâie, il ne m contint plus. Un instant auparavant, son quarti^^ la Bantpie allaient savoir qu'il ne payait pas, et il lui faâait avouer sa rume à sa femme; maintenant, tout était réparél Le bonheur de la délivranœ égalait en intensité les tortures de la déCaile* Les jreux du pauvre homme s'humectèrent malgré lui.
— Qu'avex-votts donc, mon cher patronT dit4itt Tillet Ne feriex-veua.^ pour moi demain ce que je £ais aujourd'hui pour vouSt N'est-ce pas simple comme bonjour?
— Du Tillet, dit avec emphase et .gravité le bonhomme en se levant et prenant la main de aon ancien commis, je te rends toute mon estime.
-— Gemment I l'avais^ je perdue? dit du Tillet on m sentant al vigooreusement attehut au sein de m preap^té, qa^il rmigit.
— Patiné... pas précisément, dit le parfomenr Idvdrojé par sa bêtise , on mVait dit èea ehoees snr votce Itaison avec madame. Roguin. Diable t prendre la femme (f nn autre...
— Tu bats la brdoque, mon vieux, pensa du Tillet en m servant d'un mot de son premier métier. En se dismt cette
CÉSAR BnomAu lOT
phnMêy tt rerenait à son pvoj/êi dfabftttrt mUê Tartu, de h fouler taU piads, de rendre mépmeble«ir la place dis Paria l'homme tertueux et honorable par lequel il availt éU pria laeaaU daiiale aae.Toiilaaleshaifiea,p(riitîqiieaonpritées, de femme à femme, d'homme à liomnie, n'ont paa d'antre fait qa'une semblable surprise. On ne ae bail pas pour des întéréta eompromiat ponr «ne bleeettie, ni mime pour un aoofBet; tout eat réparable. Mais avoir été Miai en flagrant dâît deUebelél Le duel fui s'ensuit entre le crimÉMl et le témoin du crime ne se termine que par la mort de l'un ou de l'autre.
— < Ohl madame Roguin» dit railleusement du Tillet; maîa n'est-ce pas an contraire une plume dans le bonnet d'un jeune homme? Je tous comprends, mon cher patron; on TOUS aura dit ijpa'elle m'atait prêté de l'argent. Eh bienl an contraire, je ka rétablis sa fortune étrangement compromise dans les affiûrts de son mari. L'orijpoe de ma fortune eat pure,' je viens de voua le dire. Je n'avais rien, vous lé savez! Les jeunes gens se trouvent parfois dans d'affreuses néces^ sites. On peut se laisser aller au sein de la misère. Mais si Ton a fût, comme la République, des emprunts forcés, eh bienl on les rend, et l'on est alors plus probe que la France.
— Cest cela, ditBirotteau. Mon enfant... Dieu... N'eatee paaYoltaire qui a dit:
n fit du repentir U ? erta des mortels.
— Pourvu, reprit du TiUet encore assassiné par cette citation, pourvu qu'on n'empprte pas la fortune cte son voisin, lâchement, bassement, comme, par exemple, si vous veniez à faire faillite avant trois mois et que mes dix mille francs fiissent flambés...
— Mol faire faillite I <fit Bhrotteau qui avait bu trois verres de vin et que le plaisir grisait. On connaît mes opinions sur la faillite 1 La faillite est la mort d'un commerçant, je mour* raisl
208 SCÈNES DE LA YIE PARISIBNNI
— A votre sanié, dit du Tillet.
— A ta prospérité, reprit le parfumeur. Pourquoi ne vous f^m.««;«cg2-vous pas chez moi?
i foi, dit du Tillet, je l'avoue, j'ai peur de madame
;lie me fait toujours une impression I et si vous n'é-
mon patron, ma foil je...
1 1 tu n'es pas le premier qui la trouve belle, et bean-
nt désirée, mais elle m'aime I Eh bien! du Tillet^
irotteau, mon ami, ne failes pas les choses à demi.
mmentT
eau expliqua TafTaire des terrains à du TiUet, qui
e grands yeux et complimenta le parfumeur sur sa
:ion, sur sa prévision, en Vantant Tafiaire.
I bien I je suis bien aise de ton approbation, vous
our une des fortes têtes de la banque, du Tillet !
fant, vous pouvez me procurer un crédit à la Banque
ce afin d'attendre les produits de l'Huile Céphalique*
puis vous adresser à la maison Nucingen, répondit
t en se promettant défaire danser à sa victime toutes
es de la contredanse des faillis.
land se mit à son bureau pour écrire la lettre sui*