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. y retrouve les poëmes brahnraniques, les religions et leurs
castes. En se heurtant contre livoire brut, il monte sur le
» dos des éléphants, dans une.cage-de mousseline, et y fait
l'amour comme le roi. de Lahore. Mais le petit commerçant ignore:d’où viennent:et où.croissent les produits sur lesquels il opère: Birotteau parfumeur ne.savait pas un iota
d'histoire naturelle nide:chimie. En regardant Vauquelin
comme:un grand: homme, il le considérait comme une exception, 1l était de la force de. cei épicier retiré. qui résumait ainsi une discussion sur la manière de faire venir le
thé : « Le thé ne vient: que de deux. manières, par cara-
vane ou par le Havre, » dit-il d'un air finaud. Selon Birotteau, l’aloès et: l’opium ne. se trouvaient que rue des Lombards. L’eau derose prétendue de. Constantinople se
faisait, comme. l’eau. de Cologne, à Paris. Ces noms de
lieux étaient des bourdes inventées pour plaire aux Fran çais, qui ne peuvent supporter les choses de leur pays. Un marchand français devait dire:sa découverte anglaise, afin de lui donner de la vogue; comme en Angleterre un dro-
guiste attribue la sienne à la France. Néanmoins, César ne
pouvait jamais être entièrement sot.ni bête : la probité,
la bonté, jetaient sur les.actes de sa vie un reflet qui les ‘rendait respectables, car une. belle. action fait accepter
toutes les ignorances: possibles. Son. constant succès lui
donna de l'assurance. A Paris, l’assurance est acceptée pour le pouvoir dont-elle est.le signe. Ayant. apprécié César
durant: les trois premières. années. de leur mariage, sa
femme fut en proie à des transes continuelles; elle repré-
sentait dans cette: union-la partie sagace et prévoyante,
le doute, l’opposition, la.crainte; comme César. y repré
sentait l’audace, l'ambition, l’action, le bonheur inouï de la fatalité. Malgré les apparences, le marchand était trembleur, tandis que sa femme avait en réalité de la patience
et du courage. Ainsi un homme pusillanime, médiocre, sans instruction, sans idées, sans connaissances, sans Ca-
ractère, et qui ne devait point réussir sur la place la plus glissante du monde, arriva, par son esprit de conduite, par le sentiment du juste, par la bonté d’une âme vraiment chrétienne, par amour pour la seule femme qu'il eût possédée, à passer pour un homme remarquable, courageux et plein de résolution. Le public ne voyait que les résultats. Hormis Pillerault et le juge Popinot, les personnes de sa société, ne voyant César que superficiellement, ne pouvaient le juger. — D'ailleurs, les vingt ou trente amis qui Se réunissaient entre eux disaient les mêmes niaiseries, répétaient les mêmes lieux communs, se regardaient tous comme des gens supérieurs dans leur partie. Les femmes faisaient assaut de bons dîners et de toilettes: chacune d'elles avait tout dit en disant un mot de mépris sur son mari. — Madame Birotteau avait seule le bon sens de traiter le sien avec honneur et respect en public : elle voyait en lui l'homme qui, malgré ses secrètes incapacités, avait gagné leur fortune, et dont elle partageait la considération. Seulement, elle se demandait
. parfois ce qu'était le monde, si tous les hommes prétendus supérieurs ressemblaient à son mari. Cette conduite ne
contribuait pas peu à maintenir l'estime respectueuse ac-
cordée au marchand dans un pays où les femmes sont assez portées à déconsidérer leurs maris et à s’en plaindre, Les premiers jours de l’année 1814, si fatale à la France
RE SPORE MNT ÉD EU A TN En MA ESS
impériale, furent signalés chez les Birotteau par deux événements peu marquants dans tout autre ménage, mais de mature à impressionner des âmes simples comme celles de César et de sa femme, qui, en jetant les yeux sur leur passé, n'y trouvaient que des émotions douces. Ils avaient Le pour premier commis un jeune homme de vingt-deux “ans, nommé Ferdinand du Tillet, Ce garçon, qui sortait : » d'une maison de parfumerie où l’on avait refusé de l’inté- “resser dans les bénéfices, et qui passait pour un génie, se “remua beaucoup pour entrer à la Reine des roses, dont les “êtres, les forces et les mœurs intérieures lui étaient connus. Birotteau l’accueillit et lui donna mille francs d’appointements, avec l'intention d’en faire son successeur. “Ferdinand eut sur les destinées de cette famille une si “grande influence, qu’il est nécessaire d'en dire quelques “mots. D'abord, il se nommait simplement Ferdinand, son .nom de famille. Cette anonymie lui parut un immense - avantage au moment où Napoléon pressa les familles pour
. y trouver des soldats. Il était cependant né quelque part,
par le fait de quelque cruelle et voluptueuse fantaisie.
Voici le peu de renseignements recueillis sur son état. 3 civil. En 1793, une pauvre fille du Tillet, petit endroit - situé près des Andelys, était venue accoucher nuitamment - dans le jardin du desservant de l’église du Tillet, et s’alla noyer après avoir frappé aux volets. Le bon prêtre re- 'cueillit l'enfant, lui donna le nom du saint inscrit au calendrier ce jour-là, ie nourrit et l'éleva comme son -enfant. Le curé mourut en 1804, sans laisser une suc- » cession assez opulente pour suffire à l'éducation qu’il avait commencée, Ferdinand, jeté dans Paris, y mena une exis-
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tence de flibustier dont les hasards pouvaient le mener. à? léchafaud ou à la fortune, au barreau, dans l’armée, aus commerce, à la domesticité. Ferdinand, obligé de vivre en. vrai Figaro, devint commis voyageur, puis commis parfa-à meur à Paris, où il revint après avoir parcouru la France. ‘étudié le monde, et:pris son:parti d'y réussir à:tout prix. \ En 1815, il jugea nécessaire de constater son âge et des se donner un état civil, en requérant au tribunal des’ Andelys: un jugement qui:fit passer son acte de baptême! des registres du presbytère:sur ceux de; la mairie, et il y! obtint une rectification en demandant qu'on y insérât.le" nom de du Tillet, sous lequel il s'était fait connaître, au-! torisé par le fait de son’exposition dans la commune. Sans père ni mère, sans autre tuteur que le: procureur. impé-} rial, seul dans le monde, ne devant: de comptes-à personne, il traita la société de Turc: à More en la os marâtre; il ne connut d'autre guide que son intérêr, et tous les moyens de fortune lui semblèrent bons: Ge: Normand, armé de capacités dangereuses, joignait à son envie” dé parvenir les âpres défauts reprochés, à tort ou à raison, aux natifs de sa province. Des mamières patelines faisaient - passer son esprit chicanier, car c'était le plus rude ferrailleur judiciaire; mais, s'il contestait audacieusement le droit d'autrui, il necédait rien sur le sien; il prenait. son adversaire par le temps, il le lassait par: une.inflexible volonté. Son principal mérite consistait en celui des Scapins dé la vieille comédie : il possédait leur fertilité. d ressources, leur adresse à côtoyer l’injuste, leur déman- geaison de prendre ce qui est bon à garder. Enfin, .i comptait’ appliquer à: son: indigence le: mot,que l'abbé
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CÉSAR BIROTTEAU,. NME à
Terray disait au nom de l'État, quitte à devenir plus tard. honnête homme. Doué d’une activité passionnée, d’une ‘intrépidité militaire à demander à tout le monde une . bonne comme une mauvaise action, en justifiant sa de-
mande par la théorie de l'intérêt personnel, il méprisait trop les hommes:en:les croyant. tous: corruptibles, il était.
.trop peu délicat sur le choix des:moyens en les trouvant . ? tous bons, il regardait trop fixement le succès et l'argent t comme l’absolution: du: mécanisme. moral pour. ne pes réussir tôt ou tard: Unpareiïl homme, placé entre le,bagne - et des millions, devait être vindicatif, absolu, rapide dans - ses déterminations; mais: dissimulé comme un Cromwell . qui voulait couperla. tête: à la:probité: Sa profondeur était cachée sous un esprit: railleur etiléger. Simpie commis parfumeur, il ne-mettait point de. bornes à son ambitions.
il avait embrassé la société:par un coup d'œil haineux en se disant : « Tu seras à moil »Il:s’était juré à. lui-même de ne se marier qu’à quarante ans; il se tint parole. Au physique, Ferdinand était un jeune homme élancé, de taille agréable et de manières mixtes qui lui permettaient. de prendre au besoin le diapason de toutes les sociétés. Sa figure chafouine plaisait à la première vue ; mais, plus tard, en le pratiquant, on y surprenait des. expressions étranges qui se peignent à la surface des gens mal avec eux-mêmes, ou: dont là conscience: grogne; à certaines heures. Son teint, très-ardent:sous la peau molle.-des Nor: mands, avait une couleur:aigre. Le-regard de ses yeux vairons doublés: d’une:feuille d'argent: était fuyant, mais terrible quand:il l’arrêtait. droit. sur sa victime... Sa; voix semblait éteinte- comme: celle: d’un. homme, qui. a; long-
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temps parlé/ Ses lèvres minces ne manquaient pas de grâce; mais son nez pointu, son front légèrement bombé, irahissaient un défaut de race. Enfin ses cheveux, d’une coloration. semblable à celle des cheveux teints en noir, indiquaient un métis social qui tirait son esprit d’un grand seigneur libertin, sa bassesse d’une paysanne séduite, ses connaissances d’une éducation inachevée et ses vices de son état d'abandon. Birotteau apprit avec le plus profond étonnement que son commis sortait très-élégamment mis, rentrait fort tard, allait au bal chez des banquiers ou chez des notaires. Ces mœurs déplurent à César : dans ses idées les commis devaient étudier les livres de leur maison, et. penser exclusivement à leur partie. Le parfumeur se choqua de niaiseries, il reprocha doucement à du Tillet de porter du linge trop fin, d'avoir des cartes sur lesquelles son nom était gravé ainsi : F. pu Ticcer; mode qui, dans sa jurisprudence commerciale, appartenait exclusivement aux gens du monde. Ferdinand était venu chez cet Orgon dans les intentions de Tartuffe : il fit la cour à madame César, tenta de la séduire, et jugea son patron comme elle le jugeait elle-même, mais avec une cffrayante promptitude. Quoique discret, réservé, ne disant que ce qu'il voulait dire, du Tillet dévoila ses opinions sur les hommes et la vie, de manière à épouvanter une femme timorée qui partageait les religions de son mari, et regardait comme un crime de causer le plus léger tort au prochain. Malgré l'adresse dont usa madame Birotteau, du Tillet devina le mépris qu'il inspirait. Constance, à qui Ferdinand avait écrit quelques lettres d'amour, aperçut bientôt un changement dans les manières de son commis,
hé) ci Si ICS GERARD NE A EN PU RAT Gt SU S NICE CS Sn
“qui prit avec elle des airs avantageux pour faire croire à
Le renvoi du commis fut résolu. Trois jours avant de le scongédier, par un samedi soir, Birotteau fit le compte
“moins. Sa consternation fut affreuse, moins pour la perte “que pour les soupçons qui planaïent sur trois commis, “une cuisinière, un garçon de magasin et des ouvriers attitrés. À qui s’en prendre? madame Birotteau ne quittait F4 point le comptoir. Le commis chargé de la caisse était un “neveu de M. Ragon, nommé Popinot, jeune homme de dix- “huit ans, logé chez eux, la probité même. Ses chiffres, en bdésaccord avec la somme en caisse, accusaient le déficit bet indiquaient que la soustraction avait été faite après la balance. Les deux époux résolurent de se taire et de surveiller la maison.
“ Le lendemain dimanche, ils recevaient leurs amis. Les - familles qui composaient cette espèce de coterie se fes- “ioyaient à tour de rôle. En jouant à la bouillotte, Roguin le notaire mit sur le tapis de vieux louis que madame «César avait reçus quelques jours auparavant d'une nou- “velle mariée, madame d'Espard.
“ — Vous avez volé un tronc, dit en riant le parfumeur.
Roguin dit avoir gagné cet argent chez un banquier à
du Tillet, qui confirma la réponse du notaire, sans rougir. Le narfumeur, lui, devint pourpre. La soirée finie, au momeat où Ferdinand allait se coucher, Birotteau lemmena “dans le magasin, sous prétexte de parler affaires.
“leur bonne intelligence. Sans instruire son mari de ses draisons secrètes, elle lui conseilla de renvoyer Ferdinand. -Birotteau se trouva d'accord avec sa femme en ce point.
mensuel de sa caisse, et y trouva trois mille francs de
sa. SCÈNES. DE LA VIE PARISIENNE. :
— Du Tillet, lui dit le brave homme, il manque:troiss mille francs à ma caisse, et je ne puis soupçonner per-* sonne; la circonstance des vieux louis semble être irops contre vous pour:que je ne vous en parle point: aussi ne ; nous coucherons-nous pasisans: avoiritrouvé l’erreur, car, # après tout, ce ne peut être qu’une-erreur:. Vous pouvez” bien avoir pris quelque: chose en: compte sur vos appoin-* tements.
Du Tillet dit effectivement:avoir pris-les louis. Le parfumeur alla ouvrir'son grand-hivre, le compte de son.com- | mis ne: se trouvait pas ‘encore: débité. 4
— J'étais pressé, je devais: faire écrire la somme par | Popinot, dit Ferdinand... ;
— C'est juste, dit Birotteau, bouleversé par la froides insouciance du Normand, qui connaissait bien les: braves gens chez lesquels il était venu dans: l'intention d’y ‘faire’ fortune. ;
Le parfumeur et son commis passèrent la nuit en véri-. fications que le digne marchand:savait inutiles. Enallant. et venant, César: glissa trois: billets de: banque de mille. francs dans la: caisse en les collant contre la: bande du tiroir, puis il feignit d’être accablé de fatigue, parut: dormiret ronfla. Du:Tillet:le réveilla triomphalement et afñ-. Cha une joie excessive d’avoir éclairci l’erreur. Le lende-» main, Birotteau gronda publiquement le petit Popinot, sa . femme, et:se mit en colère à propos de leur négligence. - Quinze: jours après, Ferdinand: du .Tillet entra chez un agent de change. La parfumerie; ne lui convenait pas, dit-! il, il voulait étudier la banque: En:sortant de chez Birotteau, du Tillet parla de madame-César de manière àifaire.
Fa té Cafe, PACE, LA Nes DR ES PAS Ve RÉSULTE
croire que son patron l'avait renvoyé par jalousie. Quel- .ques mois après, du Tilletvint voir son ancien patron, et *réclama de lui sa caution‘ pour:vingt mille francs, afin de “compléter les garanties: qu'on lui demandait dans une 4 affaire qui le mettait sur le chemin de la fortune. En re- * marquant la surprise: que Birotteau manifesta de cette “effronterie, du Tillet fronça le sourcil et lui demanda s’il “n'avait pas confiance en lui: Matifat et deux négociants -en affaires avec Birotteau remarquèrent l’indignation du » parfumeur, qui réprima sa colère en leur présence. Du . Tillet était peut-être redevenu honnête homme, sa faute pouvait avoir été causée par une maîtresse au désespoir: Roupar une tentative au jeu, la réprobation publique d’un: - honnête homme allait jeter dans une voie de crimes et de. À . malheurs un homme encore jeune’et peut-être sur la voie:
du repentir. Cet ange prit alors la plume et fit un'aval sur | les billets de du Tillet, en:lui disant qu'ilrendait de grand | cœur ce léger service à un garçon qui lui avait été très-: - utile. Le sang lui montait au visage en faisant ce men-. . songe officieux. Du Tillet ne soutint pas le regard de cet. homme, et lui voua sans doute en ce moment cette-haine ; | sans trêve que les anges des ténèbres ont conçue contre . les anges de lumière. Du Tillet'tint si bien le balancier en. dansant sur la corde raide des spéculations financières,
qu'il resta toujours élégant:et riche en apparence avant ; . de l’être en réalité. Dès’ qu'il eut un cabriolet, il ne le quitta plus; il se maintint dans la sphère élevée des gens . qui mêlent les plaisirs aux affaires, en faisant du foyer de l'Opéra la succursale de la Bourse, les Turcarets de l’époque. Grâce à madame Roguin, qu’il connut chez Birot-
DL
teau, il se répandit promptement parmi les gens de finance les plus haut placés. En ce moment, Ferdinand du Tillet était arrivé à une prospérité qui n’avait rien de mensonger. Au mieux avec la maison Nucingen, où Roguin l'avait fait admettre, il s'était lié promptement avec les frères Keller, avec la haute banque. Personne ne savait d’où venaient à: ce garçon les immenses capitaux qu’il faisait mouvoir, mais on attribuait son bonheur à son intelligence et à sa probité.
La Restauration fit un personnage de César, à qui naturéellement le tourbillon des crises politiques ôta la mémoire
de ces deux accidents domestiques. L’immutabilité de ses
opinions royalistes, auxquelles il était devenu fort indifférent depuis sa blessure, mais dans lesquelles il avait persisté par décorum, le souvenir de son dévouement en vendémiaire, lui valurent de hautes protections, précisément parce qu'il ne demanda rien. Il fut nommé chef de
bataillon dans la garde nationale, quoiqu'il fût incapable
de répéter le moindre mot de commandement. En 1815, Napoléon, toujours ennemi de Birotteau, le destitua. Durant les Cent-Jours, Birotteau devint la bête noire des libéraux de son quartier; car en 1815 seulement commencèrent les scissions politiques entre les négociants, jusqu'alors unanimes dans leurs vœux de tranquillité, dont les affaires avaient besoin. À la seconde restauration, le gouvernement royal dut remanier le corps municipal. Le préfet voulut nommer Birotteau maire. Grâce à sa femme, le parfumeur accepta seulement la place d’adjoint, qui le mettait moins en évidence. Cette modestie augmenta beaucoup l'estime qu’on lui portait générale-
ment et lui valut l'amitié du maire, M. Flamet de la Bil- Jardière. Birotteau, qui l'avait vu venir à la Reine des roses au temps où la boutique servait d’entrepôt aux conspirations royalistes, le désigna lui-même au préfet de la Seine, qui le consulta sur le choix à faire. M. et ma- +: dame Birotteau ne furent jamais oubliés dans les invita- »tions du maire. Enfin madame César quêta souvent à : Saint-Roch, en belle et bonne compagnie. La Billardière servit chaudement Birotteau quand il fut question de - distribuer au corps municipal les croix accordées, en ap- - puyant sur sa blessure reçue à Saint-Roch, sur son atta- - chement aux Bourbons et sur la considération dont il » jouissait. Le ministère, qui voulait, tout en prodiguant la . croix de la Légion d'honneur afin d’abatire l'œuvre de . Napoléon, se faire des créatures et rallier aux Bourbons les différents commerces, les hommes d’art et de science, . comprit donc Birotteau dans la prochaine promotion. Cette faveur, en harmonie avec l'éclat que jetait Birotteau dans son arrondissement, le plaçait dans une situation où durent s’agrandir les idées d'un homme à qui jusqu'alors tout avait réussi. La nouvelle que le maire lui avait donnée de sa promotion fut le dernier argument qui décida le parfumeur à se lancer dans l’opération qu’il venait d'exposer à sa femme afin de quitter au plus vite la parfumerie, et s'élever aux régions de la haute bourgeoisie de Paris. César avait alors quarante ans. Les travaux auxquels il se livrait dans sa fabrique lui avaient donné quelques rides prématurées, et avaient légèrement argenté la longue chevelure touffue que la pression de son chapeau lusirait Circulairement, Son front, où, par la manière dont ils
ns PE
de foi en sa personne, il eût imprimé trop de respect ;
nonçait la simplicité de sa vie. ‘Ses gros sourcils n'ef- ‘frayaient point, car ses yeux bleus s'harmoniaient par leur
“homme. ! \Son nez, cassé à la naissance et gros du bout,
physionomie, le caractère ingénument. rusé du paysan
-et poilues, les grasses phalanges de ses doigts ridés, ss] -grands ongles carrés eussent attesté son origine, s'il n’en. ‘était pas resté des vestiges dans toute sa personne. IA ‘avait sur les lèvres le sourire de bienveillance que pren-4 “nent les marchands quand vous entrez chez eux; mais” ce sourire commercial “tait l'image de son contentement
“une ressemblance trop complète avec la plate figure du «
SU
étaient plantés, ses cheveux dessinaient cinq pointes, an-
‘Himpide regard toujours franc avec son front d’honnêté
ui donnait l'air étonné-des: gobe-mouches de Paris. Ses lèvres étaient très-ippues, et son grand menton tombait droit. Sa figure, fortement:colorée, à contours carrés, of” frait, par la disposition des rides, par l’ensemble de ja
La force générale du corps, la grosseur des membres, Ia carrure du dos, la largeur des'pieds, tout dénotait d'ail leurs le villageois transplanté dans Paris. Ses mains larges
intérieur et peignait l'état de son âme douce. Sa défiance” nedépassait jamais les affaires,:sa ruse le quittait sur lew seuil de la Bourse ou quand il fermait son grand-livre. Le soupçon était pour lui ce qu’étaient ses faciures imprimées, une nécessité de la vente elle-même. Sa figure offrait uné sorte d’assurance comique, de fatuité mêlée de bonhomie qui le rendait original à voir en lui épargnant «
bourgeois parisien. Sans ‘cet air de naïve admiration et :
il se rapprochait ainsi des hommes en payant sa quote-.
ti
| L | CÉSAR BIROTTEAU. is 189 P art de ridicule 7 AS «en parlant, il se croisaith les mains derrière le dos. Quand'il croyait avoir dit quel-} que ‘chose de galant ou desaillant ,il:se levait imper- [Mceptiblement sur .la pointe des pieds, à deux reprises, | et retombait sur ses talons lourdement,:comme ‘pour ap- [Mpuyer ‘sa: phrase. Au fort-d’une: discussion, on le voyait | |Pquelquefois tourner sur lui-même brusquement, faire (Mquelques: pas comme ss’il allait chercher:des objections et (revenir sur son adversaire par un mouvement brusque. : n'interrompait jamais, etse trouvait souvent victime de Rcette exacte observation des convenances, car les autres | S’arrachaient la parole, et lebonhomme quittait la place “sans avoir pu dire un «mot. Sa:grande expérience des affaires commerciales lui:avait donné des habitudes taxées de manies par quelques personnes. Si quelque billet | io pas payé, il l'envoyait à l'huissier, et ne s’en occupait plus que -pour recevoir le capital, l’intérêt et les “frais: l'huissier devait poursuivre jusqu'à ce que le négociant fût en ! faillite ;: César cessait:alors toute procédure, me comparaissait à aucune ‘assemblée de créanciers, et r gardait ses titres. Ce système et ‘son implacable mépris pour les faillis lui venaient de M. Ragon, qui, dans le cours “de sa vie commerciale, ‘avait ‘fini : par apercevoir une si grande perte de temps dans les affaires litigieuses, qu'il
regardait le maigre et ‘incertain dividende donné par les concordats comme amplement regagné par l'emploi du temps qu'on ne perdait point à aller, venir, faire des démarches et courir après les:excuses de l'improbité, -— Side failli est honnête homme et se refait, il vous Mpayera, disait M. Ragon, S'il reste sans ressource et qu'il
soit purement malheureux, pourquoi le tourmenter? S c'est un fripon, vous n'aurez jamais rien. Votre sévérité connue vous fait passer pour intraitable, et, comme il es impossible de transiger avec vous, tant que l’on peui payer, c’est vous qu’on paye.
César arrivait à un rendez-vous à l'heure dite; mais. dix minutes après, il partait avec une inflexibilité qué rien ne faisait plier : aussi son exactitude rendait-elle exacts les gens qui traitaient avec lui. Le costume qu'il avait adopté concordait avec ses mœurs et sa physionomie. Aucune puissance ne l’eût fait renoncer aux cravates de mousseline blanche dont les coins, brodés par sa femme ou sa fille, lui pendaient sous le cou. Son gilet de piqué blanc, boutonné carrément, descendait très-bas sur son abdomen assez proéminent, car il avait un léger em: bonpoint. Il portait un pantalon bleu, des bas de soie noire et des souliers à rubans dont ies nœuds se défaisaient souvent. Sa redingote vert-olive, toujours trop large, et son chapeau à grands bords lui donnaient l'air d’un quaker. Quand il s’habillait pour les soirées du dË manche, il mettait une culotte de soie, des souliers à boucles d’or et son inévitable gilet carré, dont les deux bouts s’entr'ouvraient alors afin de montrer le haut de son jabot plissé. Son habit de drap marron était à grands pans et à longues basques. Il conserva jusqu’en 1819) deux chaînes de montre qui pendaient art AC mais il ne mettait la seconde que quand il s’habillait” Tel était César Birotteau, digne homme à qui les mystères) qui président à la naissance des hommes avaient refusé. la faculté de juger l’ensemble de la politique et de la vies
. de s'élever au-dessus du niveau social sous lequel vit la classe moyenne, qui suivait en toute chose les errements | de la routine : toutes ses opinions lui avaient été comà muniquées, et il les appliquait sans examen. Aveugle mais . bon, peu spirituel mais profondément religieux, il avait
Fe CÉSAR BIROTTEAU. 61
» un cœur pur. Dans ce cœur brillait un seul amour, la.
le peu de connaissances qu'il avait acquises, tout venait
| lumière et la force de sa vie; car son désir d’élévation, - de son affection pour sa femme et pour sa fille.
Quant à madame César, alors âgée de trente-sept ans,
elle ressemblait si parfaitement à la Vénus de Milo, que tous ceux qui la connaissaient virent son portrait dans cette belle statue quand le duc de Rivière lenvoya. En quelques mois, les chagrins passèrent si promptement leurs teintes jaunes sur son éblouissante blancheur, creusèrent et noircirent si cruellement ie cercle bleuâtre où jouaient ses beaux yeux verts, qu’elle eut l'air d’une vieille madone; car elle conserva toujours, au milieu de ses ruines, une douce candeur, un regard pur quoique triste,
et il fut impossible de ne pas la trouver toujours belle :
femme, d’un maintien sage et plein de décence. Au bal prémédité par César, elle devait jouir d’ailleurs d’un dernier éclat de beauté qui fut remarqué.
Toute existence a son apogée, une époque pendant laquelle les causes agissent et sont en rapport exact avec les résultats. Ce midi de la vie, où les forces vives s’équi- librent et se produisent dans tout leur éclat, est non- seulement commun aux êtres organisés, mais encore aux cités, aux nations, aux idées, aux institutions, aux COm-
ue
. merces, aux entreprises qui, semblables aux races nobles
CRE RAS FO ne:
et aux dynasties, naissent, s'élèvent et tombent. D'où. vient la rigueur avec laquelle ce thème de croissance et « de décroissance s'applique à tout ce qui s'organise ici-bas? | car la mort elle aussi a, dans les temps de fléau, son” progrès, son ralentissement, sa recrudescence et son sommeil. Notre globe lui-même est peut-être une fusée un peu plus durable que les autres. L'histoire, en redisant :.les causes de la grandeur et de la décadence de tout ce. qui fut ici-bas, pourrait avertir l'homme du moment où ! il doit arrêter le jeu de toutes ses facultés; mais ni les . conquérants, ni les acteurs, ni les femmes, ni les auteurs * n’en écoutent la voix salutaire. César Birotteau, qui devait » se considérer comme étant à l'apogée de sa fortune, | prenait ce temps d'arrêt comme un nouveau point de départ. I] ne savait pas et d’ailleurs. ni les nations, ni les . rois, n’ont tenté d'écrire en caractères ineffaçables la cause de ces renversements dont rhistoire est grosse,-dont tant : de maisons souyeraines ou commerciales offrent de si grands exemples. Pourquoi de nouvelles pyramides ne rappelleraient-elles pas incessamment. ce principe, qui doit . dominer la politique des nations aussi bien que celle des : particuliers : Quand l'effet produit n’est plus en rapport direct ni en proportion égale avec sa cause, la désorganisation commence ? Mais ces monuments existent partout, : c'est les traditions et les pierres qui nous parlent du passé, qui consacrent les caprices de lindomptable destin, dont la main efface nos songes et nous prouve que les plus; grands événements se résument dans une idée. Troie et. ! Napoléon ne sont que des poëmes. Puisse cette histoire être le poëme des vicissitudes bourgeoises auxquelles nulle
CÉSAR BIROTTEAU, 63 voix n’a songé, tant elles semblent dénuées de grandeur, tandis qu’elles sont au même titre immenses : il ne s’agit. pas d'un seul homme ici, mais de tout un peuple de douleurs.
En s’endormant, César craignit que, le lendemain, sa femme ne lui fit quelques objections péremptoires, et s "ordonna de se lever de grand. matin pour tout résoudre. ‘Au petit jour, il sortit donc sans bruit, laissa sa femme au.lit, s’habilla lestement et descendit:au magasin au moment où le garçon en ôtait les volets numérotés. Biroteau, se voyant seul, attendit le lever de ses commis, et sc mit sur le pas de sa-porte:enexaminant comment son “garçon de peine, nommé-Raguet,.s’acquittait de ses foncions, et Birotteau s’y connaissait! Malgré le froid, le temps était superbe.
. — Popinot, va prendre ton chapeau, mets tes souliers, fais descendre M. Célestin, nous allons causer tous deux aux Tuileries, dit-il en voyant descendre Anselme.
. Popinot, cet admirable contre-pied de du Tillet, et qu'un. de ces heureux: hasards qui font croire à une sous-Proidence avait mis auprès de César, joue un si grand rôle dans. cette histoire, qu’il est nécessaire de le profiler ici. Madame Ragon était une demoiselle Popinot. Elle avait. ‘deux. frères. L'un, le plus jeune de la famille, se trouvait alors juge suppléant au tribunal de première instance de la Seine, L'aîné avait. entrepris le commerce des laines brutes, y: avait: mangé sa fortune, et mourut.en laissant à la charge des Ragon et de son frère le juge, qui n’await pas d'enfants, sonfils unique, déjà privé d’une mère morte en couche. Pour denner un.état à son neveu, ma-
T'1r Der at LEURS nr. fa
dame Ragon l'avait mis dans la parfumerie en espérant le voir succéder à Birotteau. Anselme Popinot était petit
: et pied bot, infirmité que le hasard a donnée à lord Byron, ! à Walter Scott, à M. de Talleyrand, pour ne pas décou- : rager ceux qui en sont affligés. Il avait ce teint éclatant
et plein de taches de rousseur qui distingue les gens dont
les cheveux sont rouges ; maïs son front pur, ses yeux de la couleur des agates gris veiné, sa jolie bouche, sa blancheur et la grâce d’une jeunesse pudique, la timidité que lui inspirait son vice de conformation, réveillaient à son profit des sentiments protecteurs : on aime les faibles.
Popinot intéressait. Le petit Popinot, tout le monde l’ap-
pelait ainsi, tenait à une’famille essentiellement religieuse,
L £ RL EET PE) à vou AY er ORDRE NE OS CL ER", Ke Fr. 7e Re
où les vertus étaient intelligentes, où la vie était modeste .
et pleine de belles actions. Aussi l'enfant, élevé par son
oncle le juge, offrait-il en lui la réunion des qualités qui
rendent la jeunesse si belle : sage et affectueux, un peu . honteux, mais plein d’ardeur, doux comme un mouton, . mais courageux au travail, dévoué, sobre, il était doué de .
toutes les vertus d’un chrétien des premiers temps de l'Église. En entendant parler d’une promenade aux Tuileries, la proposition la plus excentrique que pût faire à cette
heure son imposant patron, Popinot crut qu’il voulait lui | parler d'établissement; le commis pensa soudain à Césa- . rine, la véritable reine des roses, l'enseigne vivante de | la maison, et de laquelle il s’éprit le jour même où, . deux mois avant du Tillet, il était entré chez Birotteau. :
En montant l’escalier, il fut donc obligé de s'arrêter, son cœur se gonflait trop, ses artères battaient trop violemment: il descendit bientôt suivi de Célestin, le premief
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CÉSAR BIROYTEAU 65
Ent de Birotteau. Anselme et son patron ct sminèrent
sans mot dire vers les Tuileries. Popinot avait alors vingt
et un ans, Birotteau s'était marié à cet âge, Anselme ne : voyait donc aucun empêchement à son mariage avec Césarine, quoique la fortune du parfumeur et la beauté de sa
; fille fussent d'immenses obstacles à la réussite de Vœux
-si ambitieux ; mais l'amour procède par les élans de les-
pérance, et plus ils sont insensés, plus il y ajoute foi;
aussi, plus sa maîtresse se trouvait loin de lui, plus ses | désirs étaient-ils vifs. Heureux enfant qui, par un temps | où tout se nivelle, où tous les chapeaux sé ressemblent, | réussissait à créer des distances entre la fille d’un parfumeur et lui, rejeton d’une vieille famille parisienne!
malgré ses doutes, ses inquiétudes, il était heureux : il
* dînait tous les jours auprès de Césarine! Puis, en s’appli-
quant aux affaires de la. maison, il y mettait un zèle,
: une ardeur qui dépouillait le travail de toute amertume ;
. en faisant tout au nom de Césarine, il n’était jamais fati-
- gué. Chez un jeune homme de vingt ans, l’amour se repaît
de dévouement.
— Ce sera un négociant, il parviendra, disait de lui César à madame Ragon, en vantant l’activité d’Anselme au milieu des mises de la fabrique, en louant son aptitude à comprendre les finesses de l’art, en rappelant l’âpreté de son travail dans les moments où les expéditions don-
naient, et où, les manches retroussées, les bras nus, le
boiïteux emballait et clouait à lui seul plus de caisses que les autres commis.
Les prétentions connues et avouées d’Alexandre Crottat, premier clerc de Roguin, la fortune de son père, riche
fermier: de la-Brie, formaient. des obstacles bien: grands. au triomphe delorphelin; mais ces difficultés n’étaient. cependant point encore les plus âpres à vaincre : Popinot ‘ensevelissait au fond de son cœur de tristes.secrets qui fagrandissaient l'intervalle mis entre Césarine et lui. La fortune des Ragon, sur laquelle il aurait. pu compter, était compromise; l’orphelin. avait le bonheur de les aider à vivre en leur apportant ses maigres appointements. Cependant, il croyait au: succès! Il avait plusieurs fois saisi quelques regards jetés avec un apparent orgueil sur lui par Césarine; au fond de ses yeux bleus, il avait osé lire une secrète pensée, pleine de caressantes espérances. Il. allait donc, travaillé par son espoir du moment, tremblant, silencieux, ému, comme pourraient l’être en semblable occurrence tous:les jeunes:gens pour qui la vie est en bourgeon.
—Popinot, lui dit le brave marchand, ta tante va-t-elle bien?
— Oui, monsieur:
— Cependant, elle me paraît soucieuse depuis quelque temps; y aurait-il quelque chose qui clocherait chez. elle? Écoute-moi, garçon, faut pas trop faire le mystérieux avec moi, je suis quasi.de la famille, voilà vingt-cinq ans que je connais ton oncle Ragon. Je suis entré chez lui en gros ‘souliers. ferrés, arrivant de mon, village. Quoique. l'endroit. s’appelle-les Trésorières, j'avais pour toute fortune un louis d’or que m'avait donné ma. marraine, feu ma-. dame la marquise d’Uxelles, une parente, à,M. le duc et. madame : la, duchesse. de Lenoncourt, qui sont de nos : pratiques. Aussi ai-je, prié tous: les dimanches pour. elle et
1 pour toute. sa famille; j'envoie en. Touraine à: sa nièce | madame de Mortsauf, toutes ses parfumeries. Il me vient”. - toujours des pratiques par.eux, comme. par. exemple M. de À + Vandenesse, qui. prend pour douze cents francs par an. : On. ne serait pas reconnaissant par bon cœur, on devrait l'être. par calcul: mais je te. veux du. bien sans arrière-. pensée et pour toi.
— Ah! monsieur, vous aviez, si.vous me permettez de » vous. le dire, une fière caboche!
— Non, mon garçon, non, cela ne, suffit point. Je ne . dis pas que ma caboche n’en. vaille,pas ‘une autre, mais » j'avais de la probité,. mordicus:! mais j'ai eu de la con- : duite, mais. je n'ai jamais aimé que ma femme. L'amour | est un fameux véhicule, un mot heureux qu'a. employé » hier: M. de Villèle. à la tribune:
» — L'amour! dit Popinot.. Oh! monsieur, est-ce que ?.… » — Tiens, tiens, voilà le père Roguin qui vient à pied - parle haut de la place Louis XV, à:hnit heures. Qu'est- - ce que le bonhomme fait donc là? se.dit César en oubliant, » Anselme Popinot et l’huile.de noisette. S
Les suppositions de sa: femme lui revinrent à.la mé- - moire, et, au.lieu d'entrer dans le: jardin des Tuileries, » Birotteau s'avança. vers-le: notaire pour le. rencontrer. - Anselme suivit son patron à dstanses sans pouvoirs’expli- » quer le subit intérêt qu’il: prenait à.une chose en apparence/si peu importante, mais très-heureux, des encoura- » gements: qu'il: trouvait. dans le: dire de César sur ses ; souliers ferrés,:.son louis: d’or et l’amour.,
», Roguinygrand et groshomme:bourgeonné, le front trèsdécouvert, à cheveux noirs, ne manquait pas jadis de
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physionomie; il avait été audacieux et jeune, car, de petit clerc, il était devenu notaire; mais, en ce moment, son visage offrait, aux yeux d’un habile observateur, les tiraillements, les fatigues de plaisirs cherchés. Lorsqu'un homme se plonge dans la fange des excès, il est difficile que sa figure ne soit pas fangeuse en quelque endroit : aussi les contours des rides, la chaleur du teint étaient-ils, chez Roguin, sans noblesse. Au lieu de cette lueur pure qui flambe sous les tissus des hommes continents et leur imprime une fleur de santé, l’on entrevoyait chez lui l’impureté d’un sang fouetté par des efforts contre lesquels regimbe le corps. Son nez était ignoblement retroussé, comme celui des gens chez lesquels les humeurs, en prenant la route de cet organe, produisent une infirmité secrète qu’une vertueuse reine de France croyait naïve-
ment être un malheur commun à l'espèce, n’ayant jamais
approché d'autre homme que le roi d'assez près pour reconnaître son erreur. En prisant beaucoup de tabac d’Espagne, Roguin avait cru dissimuler son incommodité, il en avait augmenté les inconvénients, qui furent la
principale cause de ses inalheurs.
N'est-ce pas une flatterie sociale un peu trop prolongée que de toujours peindre les hommes sous de fausses couleurs, et de ne pas révéler quelques-uns des vrais principes de leurs vicissitudes, si souvent causées par la maladie? Le mal physique, considéré dans ses ravages moraux, examiné dans ses influences sur le mécanisme de Ja vie, a peut-être été jusqu'ici trop négligé par les historiens des mœurs. Madame César avait bien deviné le secret du ménage.
LÉ A ARTE SRE ar ES ENS
Dès la première nuit de ses noces, la charmante fille : unique du banquier Chevrel avait conçu pour le pauvre notaire une insurmontable antipathie, et voulut aussitô requérir le divorce. Trop heureux d’avoir une femme riche de cinq cent mille francs, sans compter les espérances, Roguin avait supplié sa femme de ne pas intenter une - action en divorce, en la laissant libre et se soumettant à » toutes les conséquences d’un pareil pacte. Madame Roguin, | devenue souveraine maîtresse, se conduisit avec son mari comrne une courtisane avec un vieil amant. Roguin trouva » bientôt sa femme trop chère, et, comme beaucoup de » maris parisiens, il eut un second ménage en ville. D’a- L bord contenue dans de sages bornes, cette dépense fut médiocre. | |
Primitivement, Roguin rencontra, sans grands frais, des grisettes très-heureuses de sa protection ; mais, depuis - trois ans, il était rongé par une de ces indomptables - passions qui envahissent les hommes entre cinquante et » soixante ans, et que justifiait l’une des plus magnifiques créatures de ce temps, connue dans les fastes de la prostitution sous le sobriquet de la belle Hollandaise, car elle } allait retomber dans ce gouffre où sa mort l’illustra. Elle avait été jadis amenée de Bruges à Paris par un des » clients de Roguin, qui, forcé de partir par suite des évé- ” nements politiques, lui en fit présent en 1815. Le notaire avait acheté pour sa belle une petite maison aux Champs- Élysées, l'avait richement meublée et s'était laissé entraî- … ner à satisfaire les coûteux caprices de cette femme, … dont les profusions absorbèrent sa fortune.
…. L'air sombre empreint sur la physionomie de Roguin,
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et qui se dissipa quand il vit son client, tenait à des événements mystérieux où se trouvaient les secrets de la fortune si rapidement faite par du Tillet. Le plan formé par du Tillet changea dès:le premier dimanche où il put observer, chez son patron, la situation respective de M. et madame Roguin. Il était venu moins pour séduire madame César que pour'se faire offrir la main de Césarine en dédommagement d’une passion rentrée, et il eut d'autant moins de peine à renoncer à ce mariage, qu’il avait cru César riche et le:trouvait pauvre: Il espionna le notaire, s’insinua dans sa confiance, se fit présenter chez la belle Hollandaise, y étudia dans quels termes ‘elle était avec Roguin, et apprit qu’elle menaçait de remercier son amant s’il lui rognait son luxe. La belle Hollandaise était de ces femmes folles qui ne s'inquiètent jamais d’où vient : l'argent ni comment il s’acquiert, et qui donneraient une : fête avec les éeus d’un parricide. Elle ne pensait jamais | « le lendemain à la veille. Pour elle, l'avenir était son après- | dinée, et la fin du mois l'éternité, même quand elle avait des mémoires à- payer. Charmé de rencontrer un premier : levier, du Tillet commença per obtenir de la belle Hollandaise qu’elle: aimât Roguin pour trente mille francs par an au lieu de cinquante mille, service que les. vieillards passionnés :oublient rarement:
Enfin, après un souper'très-aviné, Roguin s'ouvrit à du | Tillet sur sa crise: financière. Ses immeubles étant ab-. sorbés par l’hypothèque légale de sa femme, il avait été | conduit par'sa passion à prendre dans les fonds de ses . clients une somme déjà supérieure à la moitié de sa : charge: Quand le reste serait dévoré, l’infortuné Roguin
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| CÉSAR BIROTTEAU. Lu se brûlerait la cervelle, car il croyait diminuer l’horreur de la faillite en imposant la pitié publique. Du Tillet
aperçut une fortune rapide et ‘sûre qui brilla comme un éclair dans la nuit de l'ivresse, il rassura Roguin et le paya de sa confiance:en lui faisant tirer ses pistolets en h l'air. |
— En se hasardant ainsi, lui dit-il, un homme de votre portée ne doit passe conduire comme un ‘sot et marcher à tâtons, mais opérer hardiment.
Il lui conseilla de prendre dès à présent une forte Ésomme, de la lui confier pour être jouée avec audace dans une partie quelconque, à la Bourse, ou dans quelque spé- Culation choisie entre les mille qui s’entreprenaient alors. En cas de gain, ils fonderaient à eux deux une maison de banque où l’on tirerait parti des dépôts, et dont les bénéfices lui serviraient à contenter sa passion. Si la chance tournait contre eux, Roguin irait vivre à l'étranger au lieu de se tuer, parce que son du Tillet lui serait 4 jusqu’au dernier sou. C'oii une cürde à > portée de
L qui pas que le commis parfameur % Jui passait autour du cou.
… Maître du secret de Roguin, du Tillet s’en servit pour “établir à la fois son pouvoir sur la femme, sur la maitresse et sur le mari. Prévenge d’un désastre qu’elle était loin de soupçonner, madame Roguin accepta les soins de du ‘Tillet, qui sortit alors de chez le parfumeur, sûr de son avenir. Il n’eut pas de peine à convaincre la maitresse de risquer une somme, afin de ne jamais être obligée de recourir à la prostitution s'il lui arrivait quelque rnal-
gamme
M de pie ‘ COS NT Eu) -d lié) VIE he LL RS an Te 44 Wets [a "2 a AR'N Te RE EE RAC PR D RE D LE a jt ue 4 { DES PNR TEEN LR PAPE ET MNT ANENET SEE QAR UE. à s s M R - à Fa
heur. La femme régla ses affaires, amassa promptement un petit capital, et le remit à un homme en qui son mari se fiait, car le notaire donna d’abord cent mille francs à son complice. Placé près de madame Roguin de manière à transformer les intérêts de cette belle femme en affection, du lTillet sut lui inspirer la plus violente passion. Ses trois commanditaires lui constituèrent naturellement une part; mais, mécontent de cette part, il eut l’audace, en les faisant jouer à la Bourse, de s'entendre avec un adversaire qui lui rendait le montant des pertes supposées, car il joua pour ses clients et pour lui-même. Aussitôt qu’il eut cinquante mille francs, il fut sûr de faire une grande fortune; il porta le coup d'œil d’aigle qui le caractérise dans les phases où se trouvait alors la France : il joua la baisse pendant la campagne de France, et Ia hausse au retour des Bourbons. Deux mois après la ren: trée de Louis XVIII, madame Roguin possédait deux cen! mille francs, et du Tillet cent mille écus. Le notaire aux yeux de qui ce jeune homme était un ange, avai rétabli l'équilibre dans ses affaires. La belle Hoilandaist dissipait tout, elle était la proie d’un infâme cancer! nommé Maxime de Trailles, ancien page de l’empereur
Du Tillet découvrit le véritable nom de cette fille e faisant un acte avec elle. Elle se nommait Sarah Gobseckl Frappé de la coïncidence de ce nom avec celui d’un usu rier dont il avait entendu parler, il alla chez ce vie! -escompteur, la providence des enfants de famille, afin d reconnaître jusqu'où pourrait aller sur lui le crédit de s parente. Le Brutus des usuriers fut implacable pour s petite-nièce, mais du Tillet sut lui plaire en se posar
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comme le banquier de Sarah, et comme ayant des fonds à faire mouvoir. La nature normande et la nature usurière se convinrent l’une à l’autre. Gobseck se trouvait avoir besoin d’un homme jeune et habile pour surveiller une petite opération à l'étranger. Un auditeur au conseil d'État, surpris par le retour des Bourbons, avait eu l’idée, pour se bien mettre en cour, d’aller en Allemagne racheter les titres des dettes contractées par les princes pendant leur émigration. Il offrait les bénéfices de cette affaire, pour lui purement politique, à ceux qui lui donneraient les fonds nécessaires. L’usurier ne voulait lâcher les sommes qu’au fur et à mesure de l'achat des créances, et les faire: examiner par un fin représentant. Les usuriers ne se ‘ fient à personne, ils veulent des garapties; auprès d'eux, l’occasion est tout : de glace quand ils n’ont pas besoin d’un homme, ils sont patelins et disposés à la bienfaisance quand leur utilité s’y trouve. Du Tillet connaissait le rôle immense sourdement joué sur la place de Paris par les Werbrust et Gigonnet, escompteurs du commerce des rues Saint-Denis et Saint-Martin; par Palma, banquier du faubourg Poissonnière, presque toujours intéressés avec Goh- -seck. Il offrit donc une caution pécuniaire en se faisant accorder un intérêt et en exigeant que ces messieurs employassent dans leur commerce d'argent les fonds qu’il leur déposerait : il se préparait ainsi des appuis. Il accompagna M. Clément Chardin des Lupeaulx dans un voyage en Allemagne qui dura pendant les Cent-Jours, et revint à la seconde restauration, ayant plus augmenté les éléments de sa fortune que sa fortune elle-même. Il était entré dans les secrets des plus habiles calculateurs de C)
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Paris, il avait conquis l'amitié de l’homme dont il était le surveillant, car cet habile escamoteur lui avait mis à nu les ressorts et la jurisprudence de la haute politique. Du Tillet était un de ces esprits qui entendent à demi-mot, il acheva de se former pendant ce voyage. Au retour, il retrouva madame Roguin fidèle. Quant au pauvre notaire, il attendait Ferdinand avec autant d’impatience qu’en témoignait sa femme, la belle Hollandaise l'avait de nouveau ruiné. Du Tillet questionna la belle Hollandaise, et ne retrouva pas une dépense équivalente aux sommes dissipées. Du Tillet découvrit alors le secret que Sarah Gobseck lui avait si soigneusement caché, sa folle passion pour Maxime de Trailles, dont les débuts dans sa carrière de vices et de débauche annonçaient ce qu'il fut, un de ces garnements politiques nécessaires à tout bon gouvernement, et que le jeu rendait insatiable. En faisant cette découverte, du Tillet comprit l’insensibilité de Gobseck pour sa petite-nièce. Dans ces conjonctures, le banquier du Tillet, car il devint banquier, conseilla fortement à Roguin de garder une poire pour la soif, en embarquant ses clients les plus riches dans une affaire où il pourrait se réserver de fortes sommes, s’il était contraint à faillir en recommençant le jeu de la banque. Après des hauts et des bas, profitables seulement à du Tillet et à madame Roguin, le notaire entendit enfin sonner l’heure de sa déconfiture. Son agonie fut alors exploitée par son meilleur ami. Du Tillet inventa la spéculation relative aux terrains situés autour de la Madeleine. Naturellement, les cent mille francs déposés par Birotteau chez Roguin, en atten- : dant un placement, furent remis à du Tillet, qui, voulant
ie CN PEN NIORT NE JEU ROC LA TR RIM
perdre le parfumeur, fit comprendre à Roguin qu’il cou- rait moins de dangers à prendre dans ses filets ses amis :
intimes.
— Un ami, lui dit-il, conserve des ménagements jusque dans sa colère.
Peu de personnes savent aujourd’hui Abe S peu Valais