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CÉSAR BIROTTEAU. ne 89
— Mais à quelle somme pourront monter ces répara-, tions?
- — Un architecte chiffre une construction neuve à un time près, répondit le jeune homme; mais, comme je ne sais pas ce que c’est que d’enfiler un bourgeois. (par- ; don! monsieur, le mot m'est échappé), je dois vous prévenir qu'il est impossible de chiffrer des réparations et “des rhabillages. À peine en huit jours arriverais-je à faire un devis approximatif. ACCorüez-moi votre confiance : vous “aurez un charmant escalier éclairé par le haut, orné d’un joli vestibule sur la rue, et, sous le socle.
* — Toujours ce socle!
à — Ne vous en inquiétez pas, je trouverai la place d’une petite loge de portier. Vos appartements seront étudiés, “restaurés avec amour. Oui, monsieur, je vois l’art et non la fortune! Avant tout, ne dois-je pas faire parler de moi pour arriver ? Selon moi, le meilleur moyen est de ne pas tripoter avec les fournisseurs, de réaliser de beaux effets bon marché.
— Avec de pareilles idées, jeune 1omme, dit Birotteau d’un ton protecteur, vous réussirez. |
; — Ainsi, reprit Grindot, traitez directement avec vos “maçons, peintres, serruriers, charpentiers, menuisiers. Moi, je me charge de régler leurs mémoires. Accordez- “moi seulement deux mille francs d'honoraires, ce sera ‘de l'argent bien placé. Laissez-moi maître des lieux denain, à midi, et indiquez-moi vos ouvriers.
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90 SCENES DE LA si PARISIENNE.
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compte pas le mobilier, car vous le renouvelez sans doute., Vous me donnerez l'adresse de votre tapissier, je dois: ANSE avec lui pour assortir les couleurs, afin d’ar= river à un ensemble de bon goût. 5 — M. Braschon, rue Saint-Antoine, a mes ordres, dit le parfumeur en prenant un air ducal.
L'architecte écrivit l'adresse sur, un de ces petits souveairs qui viennent toujours d’une jolie femme. | — Allons, dit Birotteau, je me fie à vous, monsieur. Seulement, attendez que j'aie arrangé la cession du bail. des deux chambres voisines et obtenu la permission d’ouvrir le mur. ae N | — Prévenez-moi par un billet ce soir, dit l'architecte. Je dois passer la nuit à faire mes plans, et nous préférons. encore travailler pour les bourgeois à travailler pour. le: roi de Prusse, c’est-à-dire pour nous. Je vais toujourse prendre les mesures, les hauteurs, la dimension des’ tableaux, la portée des fenêtres. à — Nous arriverons au jour dit, reprit Birotteau:; sanss quoi, rien. ï — Il le faudra bien, répondit l'architecte. Les ouvriers" passeront les nuits, on emploiera des procédés pour sécher” les peintures; mais ne vous laissez pas enfoncer par les! entrepreneurs, demandez-leur toujours le prix d’avance,* et constatez vos conventions! 1 — Paris est le seul endroit du monde où l’on puisse | frapper de pareils coups de baguette, dit Birotteau en se. laissant aller à un geste asiatique digne des Mille et une
Nuits. — Vous me ferez l’honneur de venir à mon bal, À monsieur. Les hommes à talent n’ont pas tous le dédain:
* dont on accable le commerce, et vous y verrez sans doute sun savant du premier ordre, M. Vauquelin, de l’Institut! “puis M. de la Billardière, M. le comte de Fontaine, M. Le- * bas, juge, et le président du tribunal de commerce; des magistrats : M. le comte de Granville, de la cour royale ; et M. Popinot, du tribunal de première instance; M. Camusot, “du tribunal de commerce, et M. Cardot, son beau-père. ; “enfin peut-être M. le duc de Lenoncourt, premier gentilhomme de la chambre du roi.\Je réunis quelques amis “autant... pour célébrer la délivrance du territoire... que “ pour fêter ma. promotion dans l’ordre de la Légion « d'honneur.
4 Grindot fit un geste singulier.
….O — Peut-être... me suis-je rendu digne de cette... in- LA signe... et... royale... faveur en siégeant au tribunal con- “sulaire et en combattant pour les Bourbons sur les marches Ë “de Saint-Roch au 13 vendémiaire, où je fus blessé par Na- “poléon. Ces titres.
Constance, vêtue en matin, sortit dé la chambre à cou- “cher de Césarine, où elle s’était habillée; son premier coup “d'œil arrêta net la verve de son mari, qui cherchait à for- “muler une phrase normale pour apprendre avec modestie ses grandeurs au prochain.
-— Tiens, mimi, voici M. de Grindot, jeune homme distingué et possesseur d’un grand talent. Monsieur est l’ar- “chitecte que nous a recommandé M. de la Billardière, pour diriger nos petits travaux ici.
— Le parfumeur se cacha de sa femme pour faire un signe à l’architecte en mettant un doigt sur ses lèvres au mot petit, et l’artiste comprit.
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— Constance, monsieur va prendre les mesures, les hauteurs. — Laisse-le faire, ma bonne, dit Birotteau, ti s’esquiva dans la rue. | — Cela sera-t-il bien cher? dit Constance à l'architecte. — Non, madame, six mille francs, à vue de nez... — À vue de nez! s’écria madame Birotteau. Monsieur, je vous en prie, ne commencez rien sans un devis et des marchés signés. Je connais les façons de MM. les entrepre= neurs : six mille veut dire vingt mille. Nous ne sommes pas en position de faire des folies. Je vous en prie, monsieur, quoique mon mari soit bien le maître chez lui, laissez-lui le temps de réfléchir. | — Madame, M. l’adjoint m'a dit de lui livrer les lieux dans vingt jours, et, si nous tardons, vous seriez exposés, à entamer la dépense sans obte air le résultat. | — Il y a dépense et dépense, dit la belle parfumeuse.! — Eh! madame, croyez-vous qu’il soit bien glorieux, pour un architecte qui veut élever des monuments, des décorer un appartement? Je ne descends à ce détail qu pour obliger M. de la Billardière, et, si je vous effraye.. 11 fit un mouvement de retraite. À — Bien, bien, monsieur, dit Constance en rentrant) dans sa chambre, où elle se jeta la tête sur l’épaule de Césarine. — Ah! ma fille! ton père se ruine! Il a pris un. architecte qui a des moustaches, une royale, et qui pari} de construire des monuments! Il va jeter la maison par. les fenêtres pour nous bâtir un Louvre. César n’est jamais, en retard pour une folie; il m’a parlé de son projet cette, puit, il l’exécute ce matin.
— Bah! maman, laisse faire papa, le bon Dieu l’a tou- |
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jours protégé, dit Césarine en embrassant sa mère, et se. mettant au piano pour montrer à l'architecte que la fille d’un parfumeur n’était pas étrangère aux beaux-arts. : … Quand l'architecte entra dans la chambre à coucher, il ut surpris de la beauté de Césarine, et resta presque jnterdit. Sortie de sa chambrette en déshabillé du matin, : Césarine, fraîche et rose comme une jeune fille est rose et fraîche à dix-huit ans, blonde et mince, les yeux bleus, offrait au regard de l'artiste cette élasticité, si rare à Paris, 1i fait rebondir les chairs les plus délicates, et nuance d'une couleur adorée par les peintres le bleu des veines dont le réseau palpite dans les clairs du teint. Quoique tivant dans la lymphatique atmosphère d’une boutique barisienne, où l’air se renouvelle difficilement, où le soleil bénètre peu, ses mœurs lui donnaient les bénéfices de la vie en plein air d’une Transtévérine de Rome. D’abondants Cheveux, plantés comme ceux de son père et relevés de marière à laisser voir un cou bien attaché, ruisselaient én boucles soignées comme les soignent toutes les demoiselles de magasin à qui le désir d’être remarquées a inspiré les minuties les plus anglaises, en fait de toilette. sa beauté de cette belle fille n’était ni la beauté d’une lady, ni celle des duchesses françaises, mais la ronde et fousse beauté des Flamandes de Rubens. Césarine avait ile nez retroussé de son père, mais rendu spirituel par la finesse du modelé, semblable à celui des nez essentielle- “hent français, si bien réussis chez Largillière. Sa peau, comme une étoffe pleine et forte, annonçait la vitalité