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de.ces bagatelles souvent aussi importantes que de grandes choses. Le duc expliqua les intentions de la Billardière.
En apprenant le malheur qui accablait le filleul de la mar . quise d’Uxelles, Vandenesse alla sur-le-champ avec la Billardière chez le comte de Fontaine, en priant madame Birotteau de l’attendre.
M. le comte de Fontaine était, comme la Billardière, “un de ces braves gentilshommes.de province, héros presque inconnus qui firent la Vendée. Birotteau me lui était
pas étranger, il l'avait vu jadis à la Reine des roses. Les |
gens qui avaient répandu leur sang pour la cause royale jouissaient à cette époque de priviléges que le roi tenait secrets, pour ne pas effaroucher les libéraux. M. de Fontaine, un des favoris de Louis XVII, passait pour être dans toute sa confidence. Non-seulement le comte promit posi-
tivement une place, mais il vint chez le duc de Lenon-
court, alors de service, pour le prier de lui obtenir un moment d'audience dans la soirée, et de demander pour la Billardière une audience de Monsteur, qui aimait particulièrement cet ancien diplomate vendéen.
Le soir même, M. le comte de Kontaine alla des Tuileries chez madame Birotteau lui annoncer que son mari serait, après son concordat, officiellement nommé à une place de deux mille cinq cents francs à la Caisse d’amorissement, tous les services de la maison du roi se trouvant alors chargés de nobles surnuméraires avec lesquels on avait pris des engagements.
Ce succès n’était qu’une partie de la tâche de madame
Birotteau. La pauvre femme alla rue Saint-Denis, au Chat qui pelole, trouver Joseph Lebas. Pendant cette course,
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elle rencontra dans un brillant équipage madame Roguin, qui sans doute faisait des emplettes. Ses yeux et ceux de la belle-notaresse se croisèrent. La honte que la femme Leureuse ne put réprimer en voyant la femme ruinée donna du courage à Constance.
— Jamais je ne roulerai carrosse avec le bien d’autrui, se dit-elle.
Bien reçue de Joseph Lebas, elle le pria de procurer à sa fille une place dans une maison de commerce respectable. Lebas ne promit rien; mais, huit jours après, Césarine eut la table, le logement et mille écus dans la plus riche maison de nouveautés de Paris, qui fondait un nouvel établissement dans le quartier des Italiens. La caisse et la surveillance du magasin étaient confiées à la fille du parfumeur, qui, placée au-dessus de la première demoiselle, remplaçait le maître et la maîtresse de la maison.
Quant à madame César, elle alla le jour même chez Popinot lui demander de tenir chez lui la caisse, les écritures et le ménage. Popinot comprit.que sa maison était la seule où la femme du parfumeur pourrait trouver les respects qui lui étaient dus et une position sans infériorité. Le noble enfant lui donna trois mille francs par an, la nourriture, son logement qu'il fit arranger, et prit pour lui la mansarde d’un commis. Ainsi la belle parfumeuse, après avoir joui pendant un mois des somptuosités de son appartement, dut habiter l’effroyable chambre, ayant vue sur la cour obscure et humide, où Gaudissart, Anselme et Finot avaient inauguré l'huile céphalique.
Quand Molineux, nommé agent par le tribunal de com-
merce, vint prendre possession de l'actif de César Birotteau, Constance, aidée par Célestin, vérifia l'inventaire avec lui, Puis la mère et la fille sortirent, a pied, dans une mise simple, et allèrent chez leur oncle Pillerault sans retourner la tête, après avoir demeuré dans cette maison le tiers de leur vie. Elles cheminèrent en silence vers la rue des Bourdonnais, où elles dînèrent avec César pour la première fois depuis leur séparation. Ce fut un triste dîner. Chacun avait eu le temps de faire ses réflexiuns, de mesurer l'étendue de ses obligations et de sonder son courage. Tous trois étaient comme des matelots prêts à lutier avec le mauvais ‘temps, sans se dissimuler le danger. Birotteau reprit courage en apprenant avec quelle sollicitude de grands personnages lui avaient arrangé un sort; mais il pleura quand il sut ce qu’allait devenir sa fille. Puis il tendit la main à sa femme en voyant le courage avec lequel elle recommençait à travailler.
L'’oncle Pillerault eut pour la dernière fois de sa vie les yeux mouillés à l'aspect du touchant tableau de ces trois êtres unis, confondus dans un embrassement au milieu duquel Birotteau, le plus faible des trois, le plus abattu,
Jeva la main en disant :
— Espérons!
— Pour économiser, dit l’oncle, tu logeras avec moi, garde ma chambre et partage mon pain. Il y a longtemps que je m'ennuie d’être seul, tu remplaceras ce pauvre enfant que j'ai perdu. D’ici, tu n'auras qu'un pas pour aller, rue de l'Oratoire, à ta caisse.
— Dieu de bonté, s’écria Birotteau, au fort de l'orage une étoile-me guide.
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Et CÉSAR BIROTTEAU. | 82
En se résignant, le malheureux consomme son malheur.
La chute de Birotteau se trouvait dès lors accomplie, il y.
donnait son consentement, il redevenait fort. Après avoir déposé son bilan, un commerçant ne de-
vrait plus s'occuper que de trouver une oasis en France
ou à l’étranger pour y vivre sans se mêler de rien, comme
un enfant qu’il est : la loi le déclare mineur et incapable
de tout acte légal, civil et civique. Mais il n’en est rien. Avant de reparaître, il attend un sauf-conduit que jamais ni juge-commissaire ni créancier n’ont refusé, car, S'il était rencontré sans cet exeat, il serait mis en prison, tandis que, muni de cette sauvegarde, il se promène en parlementaire dans le camp ennemi, non par curiosité, mais pour déjouer les mauvaises intentions de la loi relaiivement aux faillis. L'effet de toute loi qui touche à la fortune privée est de développer prodigieusement les fourberies de l'esprit. La pensée des faillis, comme de tous ceux dont les intérêts sont contrecarrés par une loi quelconque, est de l’annuler à leur égard. La situation de mort-civil, où le failli reste comme une chrysalide, dure
trois mois environ, temps exigé par les formalités avant
d'arriver au congrès où se signe entre les créanciers et le débiteur un traité de paix, transaction appelée concordat. Ce mot indique assez que la concorde règne après la tempête soulevée entre des intérêts violemment contrariés.
Sur le vu du bilan, le tribunal de commerce nomme
aussitôt un juge-commissaire, qui veille aux intérêts de
la masse des créanciers inconnus et doit aussi protéger
le failli contre les entreprises vexatoires de ses créanciers irrités : double rôle qui serait magnifique à jouer, si les
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juges-commissaires en avaient le temps. Ce juge-com-
missaire investit un agent du droit de mettre la main sur les fonds, les valeurs, les marchandises, en vérifiant Pactif porté dans le bilan; enfin le greffe indique une convocation de tous les créanciers, laquelle se fait au son de trompe des annonces dans les journaux. Les créan-
ciers, faux ou vrais, sont tenus d’accourir et de se réunir
afin de nommer des syndics provisoires qui remplacent l'agent, se chaussent avec les souliers du failli, devien-
nent par une fiction de la loi le failli lui-même, et peu-
vent tout liquider, tout vendre, transiger sur tout, enfin fondre la cloche au profit des créanciers, si le failli ne s'y oppose pas. La plupart des faillites parisiennes s’arrétent aux syndics provisoires, et voici pourquoi :
La nomination d’un ou de piusieurs syndics définitifs est un des actes les plus passionnés auxquels puissent se livrer des créanciers altérés de vengeance, joués, bafoués, turlupinés, attrapés, dindonnés, volés et trompés. Quoi-
qu’en général les créanciers soient trompés, volés, din-.
donnés, attrapés, turlupinés, bafoués et joués, il n’existe pas à Paris de passion commerciale qui vive quatre-vingtdix jours. En négoce, les effets de commerce savent seuls se dresser, altérés de payement, à trois mois. A quatrevingt-dix jours tous les créanciers, exténués de fatigue par les marches et contre-marches qu’exige une faillite, dorment auprès de leurs. excellentes petites femmes. Ceci peut aider les étrangers àcomprendre combien, en France, le provisoire est définitif : sur mille syndics. provisoires, il n’en est pas cinq. qui deviennent définitifs. La raison de cette abjuration des haines soulevées par la faillite va se
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CÉSAR BIROTTEAU. ee 1
concevoir. Mais il devient nécessaire d’expliquer aux gens qui n’ont pas le bonheur d’être négociants le drame
* d’une faillite, afin de faire comprendre comment il con-
stitue à Paris une des plus monstrueuses plaisanteries légales, et comment la faillite de César allait être une énorme exception.
Ce beau drame commercial a trois actes distincts : l’acte de l'agent, l’acte des syndics, l’acte du concordat. Comme toutes les pièces de théâtre, il offre un double spectacle : il a Sa mise en scène pour le public et ses moyens cachés: il y a la représentation vue du parterre et la représentation vue des coulisses. Dans les coulisses sont le failli et son agréé, l’avoué des commerçants, les syndics et l'agent, enfin le juge-commissaire. Personne hors Paris ne sait et personne à Paris n’ignore qu'un juge au tribunal de commerce est le plus étrange magistrat qu’une société se soit permis de créer. Ce juge peut craindre à tout moment sa justice pour lui-même. Paris a vu le président de son tribunal de commerce être forcé de déposer son bilan. Au lieu d’être un vieux négociant retiré des affaires et pour qui cette magistrature serait la récompense d’une vie pure, ce juge est un commerçant surchargé d'énormes entreprises, à la tête d’une immense. maison. La condition sine qua non de l'élection de ce juge, tenu de juger les avalanches de procès commerciaux qui roulent incessamment dans la capitale, est d’avoir beau coup de peine à conduire ses propres affaires. Ce tribunal! de commerce, au lieu d’avoir été institué comme une utile transition d’où le négociant s’élèverait sans ridicule aux régions de la noblesse, se compose de négociants en
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exercice, qui peuvent souffrir de leurs sentences en rencontrant leurs parties mécontentes, comme Birotteau rencontrait du Tillet.
Le juge-commissaire est donc nécessairement un personnage devant lequel il se dit beaucoup de paroles, qui les écoute en pensant à ses affaires et s’en remet de la chose publique aux syndics et à l’agréé, sauf quelques Cas étranges et bizarres, où les vols se présentent- avec des circonstances curieuses, et lui font dire que les créan-
ciers ou le débiteur sont des gens habiles. Ce personnage,
placé dans le drame comme un buste royal dans une salle d'audience, se voit le matin, entre cinq et sept heures,
à son chantier, s’il est marchand de bois; dans sa boutique, si, comme jadis Birotteau, il est parfumeur, ou le soir après diner, entre la poire et le fromage, d’ailleurs toujours horriblement pressé. Ainsi ce personnage est généralement muet. Rendons justice à la loi : la législation, faite à la hâte, qui régit la matière a lié les mains
au juge-commissaire, et dans plusieurs circonstances il
consacre des fraudes sans les pouvoir empêcher, comme vous l’allez voir.
L'agent, au lieu d’être l’homme des créanciers, peut devenir l’homme du débiteur. Chacun espère pouvoir grossir sa part en se faisant avantager par le failli, auquel on suppose toujours des trésors cachés. L'agent peut s’utiliser des deux côtés, soit en n’incendiant pas les affaires du failli, soit en attrapant quelque chose pour les gens influents : il ménage donc la chèvre et le chou. Souvent, un agent habile à fait rapporter le jugement en rachetant les créances et en relevant le négociant, qui rebondit
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alors comme une balle élastique. L’agent se tourne vers le râtelier le mieux garni, soit qu’il faille couvrir les plus forts créanciers et découvrir le débiteur, soit qu’il faille immoler les créanciers à l’avenir du négociant. Ainsi, l’acte de l’agent est l’acte décisif. Cet homme,
ainsi que l’agréé, joue la grande utilité dans cette pièce
où, l’un comme l’autre, ils n’acceptent leur rôle que sûrs de leurs honoraires. Sur une moyenne de mille faillites, l'agent est neuf cent cinquante fois l’homme du failli. À l’époque où cette histoire eut lieu, presque toujours les agréés venaient trouver le juge-commissaire et lui présentaient un agent à nommer, le leur, un homme à qui les affaires du négociant étaient connues et qui saurait concilier les intérêts de la masse et ceux de l’homme honorable tombé dans le malheur. Depuis quelques années, les juges habiles se font indiquer l’agent que l’on désire, afin de ne pas le prendre, et tàchent d’en nommer un quasi vertueux.
Pendant cet acte se présentent les créanciers, faux ou vrais, pour désigner les syndics provisoires, qui sont, comme il est dit, définitifs. Dans cette assemblée électorale ont droit de voter ceux auxquels il est dû cinquante sous comme les créanciers de cinquante mille francs : les voix se comptent et ne se pèsent pas. Cette assemblée, où se trouvent les faux électeurs introduits par le failli, les seuls qui ne manquent jamais à l'élection, proposent pour candidats les créanciers parmi lesquels le juge-commissaire, président sans pouvoir, est tenu de choisir les syndics. Ainsi, le juge-commissaire prend presque toujours de la main du failli les syndics qu'il lui convient d’avoir :
autre abus qui rend cette catastrophe un des plus burlesques drames que la. justice puisse protéger. L'homme honorable tombé dans le malheur, maître du terrain, légalise alors le vol qu'il a médité. Généralement, le petit commerce de Paris est pur de tout bläme.. Quand un boutiquier arrive au dépôt de son bilan, le pauvre honnête homme a vendu le châle de sa femme, a engagé son argenterie, à fait flèche de tout bois. et a succombhé les mains vides, ruiné, sans argent même pour l'agréé, qui
| se soucie fort peu de lui.
La loi veut que le concordat qui remet. au négociant une partie de sa dette et lui rend.ses affaires: soit. voté par une certaine majorité de sommes et de personnes. Ce grand œuvre exige une habile diplomatie dirigée au milieu des intérêts contraires qui se croisent et se. heurtent, par le failli, par ses syndics et son agréé. La manœuvre habituelle, vulgaire, consiste à offrir, à la: portion des créanciers qui fait la majorité voulue. par lai loi, des primes à payer par le débiteur, en outre des dividendes consentis au Concordat. À cette immense fraude. il n’est aucun vemède : les trente tribunaux de commerce qui se sont succédé les uns aux autres. la connaissent pour l'avoir pratiquée. Éclairés par un Hong usage, ils ont. fini dernièrement par se décider à annuler les effets entachés de fraude: et, comme les faillis ont intérêt à se plaindre de cette eiorsion, les juges espèrent moraliser ainsi la faillites | mais ils arriveront à la rendre encore plus'immorale : les créanciers inventeront quelques actes encore plus:coquins, que les juges flétriront comme juges, et dont ils: profiteront comme négociants,
Une autre manœuvre extrêmement en usage, à la&uelle
on doit l’expression de créancier sérieux et légitime, con-
siste à créer des créanciers, comme du Tillet avait créé uné maison de banque, et à introduire une certaine quantité de Claparons sous la peau desquels se cache le failli, qui, dès lors, diminue d’autant le dividende des créanciers véritables, et se crée ainsi des ressources pour l'avenir, tout en se ménageant la quantité de voix et de sommes nécessaires pour obtenir son concordat. Les créanciers gais et illégitimes sont comme de faux électeurs introduits dans le collége électoral. Que peut faire le créancier sérieux ei légitime contre les créanciers gais et ilégitimes? S'en débarrasser en les attaquant! Bien. Pour chasser l'intrus, le créancier sérieux et légitime doit abandonner ses affaires, charger un agréé de sa cause, lequel agréé, n’y gagnant presque rien, préfère diriger des faillites et mène peu rondement ce procillon. Pour débusquer le créancier gai, besoin est d'entrer dans le dédale des opérations, de remonter à des époques éloignées, fouiller les livres, obtenir par autorité de justice l’apport de ceux du faux: créancier, découvrir l’invraisemblance de la fiction, la: démontrer aux juges du tribunal, plaider, aller, venir, chauffer beaucoup de cœurs froids; puis faire ce métier de don Qui-
chotte à l'endroit de chaque créancier légitime et gai,
lequel, s’il vient à être convaincu de gaieté, se retire en saluant les juges et dit : « Excusez-moi, vous vous trompez, je suis très-sérieux. » Le tout sans préjudice des droits
du failli, qui peut mener le don Quichotte en cour royale,
Durant ce temps, les affaires du don Quichotte vont mal, ël est. susceptible de déposer son bilan.
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Morale : Le débiteur nomme ses Syndics, vérifie ses créances et arrange son concordat lui-même.
D'après ces données, qui ne devine les intrigues, tours de Sganarelle, inventions de Frontin, mensonges de Mas- Carille et sacs vides de Scapin que développent ces deux Systèmes ? Il n’existe pas de faillite où il ne s'en engendre Fe pour fournir la matière des quatorze volumes de Clarisse Harlove à l’auteur qui voudrait les décrire. Un seul exemple suffira. L’illustre Gobseck, le maître des Palma, des Gigonnet, des Werbrust, des Keller et des Nucingen, s'étant trouvé dans une faillite où il se proposait de rudement mener un négociant qui l’avait su rouer, reçut en effets à échoir après le concordat la somme qui, jointe à celle des dividendes, formait l'intégralité de Sa créance. Gobseck détermina l’acceptation d’un concordat qui consacrait Soixante-quinze pour cent de remise au failli. Voilà les créanciers joués au profit de Gobseck. Mais le négociant avait signé les effets illicites de sa raison sociale en faillite, et il put appliquer à ces effets la déduction de soixante-quinze pour cent. Gobseck, le grand Gobseck, reçut à peine cinquante pour cent. Il saluait toujours son débiteur avec un respect ironique.
Toutes les opérations engagées par un failli dix jours avant sa faillite pouvant être incriminées, quelques hommes prudents ont soin d'entamer certaines affaires avec un Certain nombre de créanciers dont l'intérêt est, comme celui du failli, d'arriver à un prompt concordat. Des créanciers très-fins vont trouver des créanciers trèsniais ou très-occupés, leur peignent la faillite en laid et
leur achètent leurs créances la moitié de ce qu'elles vau-
dront à la liquidation, et retrouvent alors leur argent par le dividende de leurs créances, et la moitié, le tiers ou le quart gagné sur les créances achetées.
La faillite est la fermeture plus ou moins hermétique d’une maison où le pillage a laissé quelques sacs d'argent. Heureux le négociant qui se glisse par la fenêtre, par le
toit, par les caves, par un trou, qui prend un sac et grossit
sa part! Dans cette déroute, où se crie le sauve-qui-peut de la Bérésina, tout est illégal et légal, faux et vrai, honnête et déshonnête. Un homme est admiré s’il se couvre. Se couvrir est s'emparer de quelques valeurs au détriment des autres créanciers. La France a retenti des débats d’une immense faillite éclose dans une ville où siégeait une cour royale, et où les magistrats, en comptes courants avec les faillis, s'étaient donné des manteaux en caoutchouc si pesants, que le manteau de la justice en fut troué. Force fut, pour cause de suspicion légitime, de déférer le jugement de la faillite à une autre cour. Il n’y avait ni juge-commissaire, ni agent, ni Cour Souveraine possible dans l'endroit où la banqueroute avait éclaté.
Get effroyable gâchis commercial est si bien apprécié à Paris, qu’à moins d’être intéressé dans la faillite pour une somme Capitale, tout négociant, quelque peu affairé
qu’il soit, accepte la faillite comme un sinistre sans assureurs, passe la perte au compte des profits et pertes, et
ne commet pas la sottise de dépenser son temps; il con- tinue à brasser ses affaires. Quant au petit commerçant, harcelé par ses fins de mois, occupé de suivre le char de sa fortune, un procès effrayant de durée et coûteux à en-
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tamer l'épouvante; il renonce à y voir clair, imite le gros négociant, et baisse la tête en réalisant sa perte.
Les gros négociants ne déposent plus leur bilan, ils liquident à l'amiable : les créanciers donnent quittance en prenant ce qu'on leur offre. On évite alors. le déshonneur, les délais judiciaires, les honoraires d’agréés,. les dépréciations de marchandises. Chacun croit que la failiite donnerait moins que Ja liquidation. Il y a plus deliquidations que de faillites à Paris.
L'acte des syndics est destiné à prouver que tout syndic est incorruptible, qu'il n’y a jamais entre eux et le failli la moindre collusion. Le parterre, qui a été plus où moins Syndic, sait que tout syndic est un créancier couvert. Il écoute, il croit. ce qu'il veut, et arrive à la journée du concordat après trois mois employés à vérifier les créances passives et les créances actives. Les Syndics provisoires font alors à l’assemblée un petit rapport dont voici la formule générale :
« Messieurs, il nous était dû à tous en bloc un million. Nous avons dépecé notre homme comme une frégate sombrée. Les clous, les fers, les bois, les cuivres ont donné trois cent mille francs. Nous avons donc trente pour cent de nos créances. Heureux d’avoir trouvé cette somme quand notre débiteur pouvait ne nous laisser que cent mille francs, nous le déclarons un Aristide, nous lui votons des primes d'encouragement, des couronnes, et proposons de lui laisser son actif, en lui accordant dix. ou douze ans pour nous payer cinquante pour cent qu'il daigne nous promettre, Voici le concordat, passez au bureau, signez-le ! »
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À ce discours, les heureux négociants se félicitent et s’embrassent. Après l'homologation de ce concordat, le À failli redevient négociant comme devant ; on lui rend son : actif, il recommence ses affaires, sans être privé du droit de faire faillite des: dividendes promis, arrière-petite-faillite qui se voit souvent, comme:un enfant mis au jour par une mère neuf mois après le mariage de sa fille.
Si le concordat ne réussit pas, les créanciers nomment alors des syndics définitifs, prennent des mesures exorbitantes en s’associant pour exploiter les biens, le commerce de leur débiteur, saisissant tout ce qu'il aura, la succession de son père, de sa mère, de sa tante, etc. Cette rigoureuse mesure s'exécute au moyen d’un contrat d'union.
Il y a donc deux faillites : la faillite du négociant qui veut ressaisir les affaires, et la faillite du négociant qui, tombé dans l’eau, se contente d'aller au fond de la rivière. Pillerault connaissait bien cette différence. Il était, selon lui, comme selon Ragon, aussi difficile de sortir pur de la première que de sortir riche de la seconde. Après avoir conseillé abandon général, il alla s'adresser au plûs honnête agréé de la place pour le faire exécuter en liquidant la faillite et remettant les valeurs à la disposition des créanciers. La loi veut que les créanciers donnent, pendant la durée de ce drame, des aliments au failli et à sa famille. Pillerault fit savoir au juge-commissaire qu’il pourvoirait aux besoins de sa nièce et de son neveu.
Tout avait été combiné par du Tillet pour rendre la faillite une agonie constante à son ancien patron. Voici comment: Le temps est si précieux à Paris, que généralement, dans les faillites, de deux syndics, un seul s’oc-
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cupe des affaires. L'autre est pour la forme : il approuve, comme le second notaire dans les actes notariés. Le syn-
dic agissant se repose assez souvent sur l’agréé. Par ce :
moyen, à Paris, les faillites du premier genre se mènent si rondement, que, dans les délais voulus par la loi, tout est bâclé, ficelé, servi, arrangé! En cent jours, le jugecommissaire peut dire le mot atroce d’un ministre : « L'ordre règne à Varsovie. » Du Tillet voulait la mort commerciale du parfumeur. Aussi le nom des syndics, nommés par l'influence de du Tillet, fut-il significatif pour Pillerault, M. Bidault dit Gigonnet, principal créan- Ccier, devait ne s'occuper de rien. Molineux, le petit vieillard tracassier qui ne perdait rien, devait s'occuper de tout. Du T'illet avait jeté à ce petit chacal ce noble cadavre commercial à tourmenter en le dévorant. Après l'assemblée où les créanciers nommèrent le syndicat, le petit Moli-
neux rentra chez lui, honoré, dit-il, des suffrages de ses
concitoyens, heureux d’avoir Birotteau à régenter, comme un enfant d’avoir à tracasser un insecte. Le propriétaire, à Cheval sur la loi, pria du Tillet de l'aider de ses lumières, et il acheta le Code de commerce. Heureusement, Joseph Lebas, prévenu par Pillerault, avait tout d’abord obtenu du président de commettre un juge-commissaire Sagace et bienveillant. Gobenheim-Keller, que du Tillet avait espéré avoir, se trouva remplacé par M. Camusot, juge suppléant, le riche marchand de soieries libéral, propriétaire de la maison où demeurait Pillerault, et homme dit honorable.
Une des plus horribles scènes de la vie de César fut sa Conférence obligée avec le petit Molineux, cet être qu'il
NT, ere. ET 22 1: lande LI te en NL NOM URA F4 'L TA à
CÉSAR BIROTTÈAU © * 341
régardait comme si nul et qui, par une fiction de la loi, était devenu César Birotteau. Il dut aller, accompagné de son oncle, à la cour Batave, monter les six étages et rentrer dans l’horrible appartement de ce vieillard, son tuteur, son quasi-juge, le représentant de la masse de ses créanciers.
— Qu’as-tu? dit Pillerault à César en entendant une exclamation.
— Ah ! mon oncle, vous ne savez pas quel homme est ce Molineux!
— Il y à quinze ans que je le vois de temps en temps au café David, où il joue le soir au domino : aussi t’ai-je accompagné.
M. Molineux fut d’une politesse excessive pour Pillerault. et d’une dédaigneuse condescendance pour son failli. Le petit vieillard avait médité sa conduite, étudié les nuances de son maintien, préparé ses idées. R
— Quels renseignements voulez-vous? dit Pillerault. Il | n'existe aucune contestation relativement aux créances.
— Oh! dit le petit Molineux, les créances sont en règle, tout est vérifié. Les créanciers sont sérieux et légitimes ! Mais la loi, monsieur, la loi! Les dépenses du failli sont en disproportion avec sa fortune... Il conste que le bal...
— Auquel vous avez assisté, dit Pillerault en linterrompant.
— . À coûté près de soixante mille francs, ou que cette somme a été dépensée en cette occasion, l'actif du failli n'allait pas alors à plus de cent et quelques mille francs. Il y a lieu de déférer le failli au juge extraordinaire, sous l’inculpation de banqueroute simple.
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— Est-ce là votre avis? dit Pillerault en voyant l’abattement où ce mot jeta Birotteau.
— Monsieur, je distingue : le sieur Birotteau était officier municipal.
— Vous ne nous avez pas fait venir, apparemment, pour
nous expliquer que nous allons être traduits en police correctionnelle ? dit Pillerault. Tout le café David rirait ce Soir de votre conduite.
L'opinion du café David parut effaroucher beaucoup le petit vieillard, qui regarda Pillerault d’un air effaré. Le Syndic comptait voir Birotteau seul, il s'était promis de se poser en arbitre souverain, en Jupiter, Il comptait effrayer Birotteau par le foudroyant réquisitoire préparé, brandir sur Sa tête la hache correctionnelle, jouir de ses alarmes, de ses terreurs, puis s’adoucir en se laissant toucher, et rendre sa victime une âme à jamais reconnaissante. Au
lieu de son insecte, il rencontrait le vieux Sphinx com-
mercial.
— Monsieur, lui dit-il, il n°y a point à rire.
—— Pardonnez-moi, répondit Pillerault. Vous traitez assez largement avec M. Claparon ; vous abandonnez les intérêts de la masse afin de faire décider que vous serez privilégié pour vos sommes. Or, je puis, comme créancier, intervenir. Le juge-commissaire est là.
— Monsieur, dit Molineux, je suis incorruptible.
— Je le sais, dit. Pillerault: vous avez tiré seulement, comme on dit, votre épingle du jeu. Vous êtes fin, vous avez agi là comme avec votre locataire.
—— Oh! monsieur, dit le syndic redevenant propriétaire comme la chatte métamorphosée en femme. court après
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CÉSAR BIROTTEAU. 343 uné souris, mon affaire de la rue Montorgueil n’est pas jugée. Il est survenu ce qu’on appelle un incident. Le locataire est locataire principal. Cet intrigant prétend aujourd'hui qu'ayant donné une année d’avance, et n’ayant plus qu’une année à...
Ici, Pillerault jeta sur César un coup d'œil pour lui recommander la plus vive attention.
— … Et, l'année étant payée, il peut dégarnir les lieux. Nouveau procès. En effet, je dois conserver mes garanties fusqu’à parfait payement, il peut me devoir des réparations.
— Mais, dit Pillerault, la loi ne vous donne de garantie sur les meubles que pour des loyers.
. — Et accessoires! dit Molineux attaqué dans son centre. L'article du Code est interprété par les arrêts rendus sur la matière; il faudrait cependant une rectification législative. J'élabore en ce moment. un mémoire à Sa Grandeur . le garde des sceaux sur cette lacune de la législation. Il serait digne du gouvernement de s'occuper des intérêts de la propriété. Tout est là pour l’État, nous sommes la souche de l'impôt.
— Vous êtes bien capable d'éclairer le gouvernement, dit Pillerault; mais en quoi pouvons-nous vous éclairer, nous, relativement à nos affaires ?
— Je veux savoir, dit Molineux avec une emphatique autorité, si M. Birotteau a reçu des sommes de M. Popinot.
— Non, mnonsieur, dit. Birotteau.
Il s’enswwvit une discussion.sur les intérêts de Birotteau dans la maison Popinot, d'où il résulta que Popinot avait le droit d’être intégralement payé de ses avances, sans en-
ue SCÈNES DE LA VIE PARISIENNE.
trer dans la faillite pour la moitié des frais d'établissement dus par Birotteau. Le syndic Molineux, manœuvré par Pil- Jerault, revint insensiblement à des formes douces qui prouvaient combien il tenait à l'opinion des habitués du café David. Il finit par donner des consolations à Birotteau et par lui offrir, ainsi qu’à Pillerault, de partager son modeste diner. Si l’ex-parfumeur était venu seul, il eût peutêtre irrité Molineux, et l'affaire sé serait envenimée. En cette circonstance, comme en quelques autres, le vieux Pillerault fut un ange tutélaire.
Il est un horrible supplice que la loi commerciale 1mpose aux faillis : ils doivent comparaître en personne, entre leurs syndics provisoires et leur juge-commissaire, à l’as- semblée où leurs créanciers décident de leur sort. Pour un homme qui se met au-dessus de tout, COMME pour le négociant qui cherche une revanche, cette triste cérémonie est peu redoutable; mais, pour un homme comme César Birotteau, cette scène est un supplice qui n’a d’analogue que dans le dernier jour d’un condamné à mort. Pillerault fit tout pour rendre à son neveu cel horrible jour supportable.
Voici quelles furent les opérations de Molineux, consenties par le failli. Le procès relatif aux terrains situés True du Faubourg-du-Temple fut gagné en cour royale. Les
+syndics décidèrent de vendre les propriétés, César ne S'y opposa point. Du Tillet, instruit des intentions du gouver- ‘nement concernant un canal qui devait joindre Saint-Denis à la haute Seine, en passant par le faubourg du Temple, acheta les terrains de Birotteau pour la somme de soixante et dix mille francs. On abandonna les droits de César dans
CÉSAR BIROTTEAU. 345 l'affaire des terrains de la Madeleine à M. Claparon, à la condition qu’il abandonneraïit de son côté toute réclamation relative à la moitié due par Birotteau dans les frais d’enregistrement et de passation de contrat, à la charge de payer le prix des terrains en touchant, dans la faillite, le dividende qui revenait aux vendeurs. L'intérêt du parfumeur dans la maison Popinot et compagnie fut vendu audit Popinot pour la somme de quarante-huit mille francs. Le fonds de la Reine des roses fut acheté par Célestin Crevel cinquante-sept mille francs, avec le droit au bail, les marchandises, les meubles, la propriété de la pâte des sultanes, celle de l’eau carminative, et la location pour douze ans : de la fabrique, dont les ustensiles lui furent également vendus. L’actif liquide fut de cent quatre-vingt-quinze mille francs, auxquels les syndics ajoutèrent soixante et dix mille francs produits par les droits de Birotteau dans la liquidation de l’infortuné Roguin. Ainsi le total atteignit à deux cent cinquante-cinq mille francs. Le passif montait à quatre cent quarante, il y avait plus de cinquante pour cent. La faillite est comme une opération chimique, d’où le négociant habile tâche de sortir gras. Birotteau, distillé tout entier dans cette cornue, donnait un résultat qui rendit du Tillet furieux. Du Tillet croyait à une faillite déshonnête, il voyait une faillite vertueuse. Peu sensible à son gain, Car il allait avoir les terrains de la Madeleine sans . bourse délier, il aurait voulu le pauvre détaillant déshonoré, perdu, vilipendé,. Les créanciers, à l'assemblée générale, allaient sans doute porter le parfumeur en triomphe. ‘A mesure que le courage de Birotteau lui revenait, son
oncle, en sage médecin, lui graduait les doses en l’initiant
aux opérations de la faillite. Ces mesures violentes étaient autant de coups. Un négociant n’apprend pas sans douleur la dépréciation des choses qui représentent pour lui tant d'argent, tant de soins. Les nouvelles que lui donnait son oncle le pétrifiaient.
— Cinquante-sept mille francs la Reine des roses! mais le magasin a coûté dix mille francs ; mais les.appartements coûtent quaranie mille francs; mais les mises de la fabrique, les ustensiles, les formes, les chaudières, ont coûté trente mille francs; mais, à cinquante pour cent de remise, il se trouve pour dix mille francs dans ma boutique; mais la péicet l’eau sont une propriété qui vaut une ferme !
Ces jérémiades du pauvre César ruiné n’épouvantaient guère Pillerault. L'ancien négociant les écoutait comme un cheval reçoit une averse à une porte, mais il était effrayé du morne silence que gardait le parfumeur quand il s'agissait de l’assemblée, Pour qui comprend les vanités et les faiblesses qui dans chaque sphère sociale atteignent . l'homme, n'était-ce pas un horrible supplice pour ce pauvre . homme que de revenir en failli dans le palais de justice commercial où il était entré juge? d'aller recevoir des ava- -nies là où il était allé tant de fois remercié des services /qu' ‘il avait rendus, lui, Birotteau, dont les opinions in- : flexibles à à l'égard des faillis étaient connues de tout le : commerce parisien; lui qui avait dit : « On est encore / honnête homme en déposant son bilan, mais l’on sort fripon d’une assemblée de créanciers? » Son oncle étudia les heures favorables pour le familiariser avec l’idée de comparaître devant ses créanciers assemblés, comme la loi le. voulait. Cette obligation tuait Birotteau. Sa muette rési-
F7] SE PE ET ave NAT US ans À D, cr. il
gnation faisait une vive impression sur Pillerault, qui sou- vent, la nuit, l’entendait à travers la cloison s’écriant : — Jamais ! jamais! je serai mort auparavant, * Pillerault, cet homme si fort par la simplicité de sa vie, comprenait la faiblesse. 11 résolut d’épargner à Birotteau les angoisses auxquellesil pouvait succomber dansla scène terrible de sa comparution devant les créanciers, scène inévitable! La loi, sur:ce point, est précise, formelle, exigeante. Le négociant quirefuse de comparaître peut, pour ce seul fait, être traduit.en police correctionnelle, sous Ja prévention de banqueroute simple. Mais, si la loi force.le failli à se présenter, elle n’a pas le pouvoir d’y faire venir le créancier. Une assemblée de créanciers n’est une céré- * monie importante que dans des cas déterminés : par exemple, s’il y a lieu de déposséder un fripon et de faire un contrat d'union, s’il ya dissidence entre des créanciers favorisés et des créanciers lésés, si le concordat est ultravoleur et que le failli ait besoin d’une majoriié douteuse. Mais, dans le cas d’une faillite où tout est réalisé, comme dans le cas d’une faillite où le fripon a tout arrangé, l’assémblée est une formalité. Pillerault alla prier chaque créancier, l’un après l’autre, de signer une procuration pour son agréé. Chaque créancier, du Tillet excepté, plaignait sincèrement César après l’avoir.abattu. Ghacun savait comment se conduisait le parfumeur, combien ses livres
étaient réguliers, combien ses affaires étaient claires. Tous : les créanciers.étaient contents de ne voir parmi eux aucur |
créancier gai. Molineux, d'abord agent, puis syndic, avait trouvé chez César tout ce que le pauvre homme possédait, même la gravure d'Héro et Léandre donnée par Popinot,
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ses bijoux personnels, son épingle, ses boucles d’or, ses deux montres, qu’un honnête homme aurait emportées sans croire manquer à la probité. Constance avait laissé son modeste écrin. Cette touchante obéissance à la loi frappa vivement le commerce. Les ennemis de Birotteau présen-. tèrent ces circonstances comme des signes de bêtise; mais : les gens sensés les montrèrent sous leur vrai jour, comme! | un magnifique excès de probité. Deux mois après, l’opinion à la Bourse ‘avait changé. Les gens les plus indifférents avouaient que cette faillite était une des plus rares curiosités commerciales qui se fussent vues sur la place. Aussi les créanciers, sachant qu’ils allaient toucher environ soixante pour cent, firent-ils tout ce que voulait Pillerault, Les agréés sont en très-petit nombre, il arriva donc que plusieurs créanciers eurent le même fondé de pouvoir. Pillerault finit par réduire cette formidable assemblée à trois agréés, à lui-même, à Ragon, aux deux syndics et au juge-commissaire. :
Le matin de ce jour solennel, Pillerault dit à son neveu :
— César, tu peux aller sans crainte à $on assemblée aujourd’hui, tu n°y trouveras personne.
M. Ragon voulut accompagner son débiteur. Quand l’ancien maître de la Reine des roses fit entendre sa petite voix sèche, son ex-successeur pälit; mais le bon petit vieux lui ouvrit les bras, Birotteau s'y précipita comme un enfant dans les bras de son père, et les deux parfumeurs s'arrosèrent de leurs larmes. Le failli reprit courage en voyant tant d’indulgence, et monta en fiacre avec son oncle. A dix heures et demie précises, tous trois arrivèrent dans le
cloître Saint-Merri, où dans ce temps se tenait le tribunal
de commerce. À cette heure, il n’y avait personne dans
la salle des faillites. L’heure et le jour avaient été choisis d'accord avec les syndics et le juge-commissaire. Les agréés étaient là pour le compte de leurs clients : ainsi rien ne pouvait intimider César Birotteau. Cependant, le pauvre homme ne vint pas dans le cabinet de M. Camusot, qui par hasard avait été le sien, sans une profonde émotion, et il frémissait de passer dans la salle des faillites.
— ]l fait froid, dit M. Camusot à Birotteau, ces messieurs ne seront pas fàchés de rester ici au lieu d’aller nous geler dans la salle, (Il ne dit pas le mot faillite.) Assevez-vous, messieurs.
Chacun prit un siége, et le juge donna son fauteuil à Birotteau confus. Les agréés et les syndics signèrent.
— Moyennant l’abandon de vos valeurs, dit Camusot à Birotteau, vos créanciers vous font, à l’unanimité, remise du restant de leurs créances, votre concordat est conçu en des termes qui peuvent adoucir votre chagrin; voire agréé le fera promptement homologuer : vous voilà libre. Tous les juges du tribunal, cher monsieur Birotteau, dit Camusot en lui prenant les mains, sont touchés de votre
‘position sans être surpris de votre courage, et il n’est per- - sonne qui n’ait rendu justice à votre probité, Dans le mal-
heur, vous avez été digne de ce que vous étiez ici. Voilà
vingt ans que je suis dans le commerce, et voici la seconde
fois que je vois un négociant tombé gagnant encore dans l'estime publique.
Birotteau prit les mains du juge et les lui serra, les larmes aux veux; Camusot lui demanda ce qu’il comptait
faire, Birotteau répondit qu'il allait travailler à payer ses créanciers intégralement.
— Si pour consommer cette noble tâche il vous fallait quelques mille francs, vous les trouveriez toujours chez moi, dit Camusot, je des donnerais avec bien du plaisir pour être témoin d’un fait assez rare à Paris.
Pillerault, Ragon et Birotteau se retirèrent.
— Eh bien, ce n’était pas la mer à boire, lui dit Pillerault sur la porte du tribunal.
— Je reconnais vos œuvres, mon oncle, dit le pauvre homme attendri.
— Vous voilà rétabli, nous sommes à deux pas de la rue des Ginq-Diamants, venez voir mon neveu, lui dit Ragon.
Ge fut une cruelle sensation par laquelle Birotteau devait passer que de voir Constance assise dans un petit bureau à l’entre-sol bas et sombre situé au-dessus de la boutique, où dominait un tableau montant au tiers de sa fenêtre, interceptant le jour et sur lequel était écrit : À. POPINOT.
— Voilà l’un des lieutenants d'Alexandre, dit avec la gaieté du malheur Birotteau en montrant le tableau.
Cette gaieté forcée, où se retrouvait naïvement l’inextinguible sentiment de la supériorité que s'était crue Birolieau, causa comme un frisson à Ragon, malgré ses soixante et dix ans. César vit sa femme descendant à Popinot des lettres à signer, il ne put ni retenir ses larmes ni empêcher son visage de pâlir.
— Bonjour, mon ami, lui dit-elle d’un air riant.
— Je ne te demanderai pas si tu es bien ici? dit César en regardant Popinot.
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— Comme chez mon fils, répondit-elle avec un air attendri qui frappa l'ex-négociant.
Birotteau prit Popinot, l’embrassa en disant :
— Je viens de perdre à jamais le droit de l’appeler mon fils.
— Espérons, dit Popinot. Votre huile marche, grâce à mes efforts dans: les journaux, à ceux de Gaudissart qui a fait la France entière, qui l’a inondée d'affiches, de prospectus, et qui maintenant fait imprimer à Strasbourg des prospectus allemands, et va descendre comme une invasion sur l'Allemagne. Nous avons obtenu le placement de trois mille grosses.
— Trois mille grosses! dit César.
— Et j'ai acheté, dans le faubourg Saint-Marceau, un terrain, pas cher, où l’on construit une fabrique. Je conserverai celle du faubourg du Temple:
— Ma femme, dit Birotteau à l'oreille de Constance; avec un peu d'aide, on s’en serait tiré.
Depuis cette fatale: journée, César, sa femme et sa fille se comprirent, Le pauvre employé voulut atteindre à un
résultat sinon impossible, du moins gigantesque : au paye- 5 ment intégral de sa dette! Ces trois êtres, unis par le lien * d’une probité féroce, devinrent avares et se refusèrent tout: un liard leur paraissait sacré. Par calcul, Césarine eut pour son commerce un dévouement de jeune fille. Elle passait les nuits, s’ingéniait pour accroître la prospérité dela maison, trouvait des dessins d’étoffes et déployait un génie commercial inné: Les maîtres étaient obligés de modérer son ardeur au travail, ils la récompensaient par des gratifications ; mais elle refusait les parures et les: bijoux
que lui proposaient sés patrons. De l’argent! était son cri. Chaque mois, elle apportait ses appoitements, ses petits gains à son oncle Pillerault. Autant en faisait César, autant madame Birotteau. Tous trois se reconnaissant inhabiles, aucun d'eux ne voulant assumer sur lui la responsabilité du mouvement des fonds, ils avaient remis à Pillerault la direction suprême du placement de leurs économies. Redevenu négociant, l'oncle tirait parti des ‘onds dans les reports à la Bourse. On apprit plus tard qu'il avait été se- . condé dans cette œuvre par Jules Desmarets et par Joseph . Lebas, empressés l’un et l’autre de lui indiquer les affaires Sans risques.
L'ancien parfumeur, qui vivait auprès de son oncle, n'osait le questionner sur l’emploi des sommes acquises par ses travaux et par ceux de sa fille et de sa femme. Il allait tête baissée par les rues, dérobant à tous les regards son visage abattu, décomposé, stupide. César se reprochait de porter du drap fin.
— Au moins, disait-il avec un regard angélique à son oncle, je ne mange pas le pain de mes créanciers. Votre pain me semble doux, quoique donné par la pitié que je vous inspire, en songeant que, grâce à cette sainte charité, je ne vole rien sur mes appointements.
Les négociants qui rencontraient l'employé n°y retrouvaient aucun vestige du parfumeur. Les indifférents concevaient une immense idée des chutes humaines à l’aspect de cet homme au visage duquel le chagrin le plus noir avait mis son deuil, qui se montrait bouleversé par ce qui n'avait jamais apparu chez lui, a pensée! N'est pas détruit qui veut, Les gens légers, sans conscience, à qui tout est
CÉSAR BIROTTEAU. 353 indifférent, ne peuvent jamais offrir le spectacle d’un dé- . sastre. La religion seule imprime un sceau particulier sur les êtres tombés : ils croient à un avenir, à une Providence ; il est en eux une certaine lueur qui les signale, un fair de résignation sainte entremêlée d'espérance qui cause une sorte d’attendrissement; ils savent tout ce qu’ils ont ‘perdu comme un ange exilé pleurant à la porte du ciel. Les faillis ne peuvent se présenter à la Bourse. César, chassé du domaine de la probité, était une image de l’ange soupirant après le pardon.
Pendant quatorze mois, plein des religieuses pensées que sa chute lui inspira, Birotteau refusa tout plaisir. Quoique sûr de l’amitié des Ragon, il fut impossible de le déterminer à venir diner chez eux, ni chez les Lebas, ni chez les Matifat, ni chez les Protez et Chiffreville, ni même chez M. Vauquelin, qui tous s’empressèrent d’honorer en César une vertu supérieure, César aimait mieux être seul dans sa chambre que de rencontrer le regard d’un créancier. Les prévenances les plus cordiales de ses amis lui rappelaient amèrement sa position. Constance et Césarine r’allaient alors nulle part. Le dimanche et les fêtes, seuls jours où elles fussent libres, ces deux femmes venaient, à l'heure de la messe, prendre César, et lui tenaient compagnie chez Pillerault après avoir accompli leurs devoirs religieux. Pillerault invitait l'abbé Loraux, dont la parole soutenait César dans sa vie d'épreuves, et ils restaient alors en famille. L'ancien quincaillier avait la fibre de la probité trop sensible pour désapprouver les délicatesses de César. Aussi avait-il songé à augmenter le nombre des personnes au milieu desquelles le failli
354 SCÈNES DE LA VIE PARISIENNE. à
pouvait se montrer le front blanc et l'œil à hauteur d'homme.
Au mois de mai 182f, cette famille aux prises avec l’ad- . versité fut récompensée de ses efforts par une première. . fête que lui ménagea l'arbitre de ses destinées. Le dernier . dimanche de ce mois était l'anniversaire du consentement: donné par Constance à son mariage avec César. Pillerault
avait loué, de concert avec les Ragon, une petite maison de campagne à Sceaux, et l’ancien quincaillier voulut y pendre joyeusement la crémaillère.
— César, dit Pillerault à son neveu le samedi soir, démain nous allons à la campagne, et:tu y viendras.
César, qui'avait une superbe écriture, faisait le soir des copies pour Derville: et pour quelques: avoués. Or, le dimanche, muni d’une permission curiale,. il travaillait comme un nègre. |
— Non, répondit-il, M. Derville attend: après un compte de tutelle.
— Ta femme et ta fille méritent bien une récompense.
Tu ne trouveras que nos amis : l’abbé Loraux, les. Ragon, Popinot et son oncle. D'ailleurs, je le veux.
ésar et sa femme, emportés par le: tourbillon des affaires, n'étaient jamais revenus à Sceaux, quoique de temps à autre tous deux. souhaitassent y retourner pour revoir larbre sous lequel s'était presque évanoui le pre-
mier cominis de la Reine des roses. Pendant la route que
César fit en fiacre avec sa femme et saïfille, et Popinot qui les menait, Constance jeta à son mari des regards d’inelligence sans pouvoir amener sur ses lèvres un sourire. Elle lui dit quelques mots à l'oreille, il agita la tête pour
PT ee. + et UT CES OO NS 7e RAT De
CÉSAR BIROTTEAU "3 toute réponse. Les douces &ra '; us de cette tendresse,
inaltérable mais forcée, au ueu d’éclaircir le visage de César, le rendirent plus sombre et amenèrent dans ses
: yeux quelques larmes réprimées. Le pauvre homme avait
} . . À . . ° fait cette route vingt ans auparavant, riche, jeune, plein : d'espoir, amoureux d’une jeune fille aussi belle que l'était * maintenant Césarine; il rêvait alors le bonheur, et voyait
aujourd’hui dans le fond du fiacre sa noble enfant pâlie par les veilles, sa courageuse femme n’ayant plus que la beauté des villes sur lesquelles ont passé les laves d’un volcan. L’amour seul était resté ! L’attitude de César étouffait la joie au cœur de sa fille et d’Anselme, qui lui représentaient la charmante scène d'autrefois.
— Soyez heureux, mes enfants, vous en avez le droit, leur dit ce pauvre père d’un ton Géchirant. Vous pouvez vous aimer sans arrière-pensée, ajouta-t-il.
Birotteau, en disant ces dernières paroles, avait pris les mains de sa femme et les baisait avec une sainte et admirative affection qui toucha plus Constance que la plus vive gaieté. Quand ils arrivèrent à la maison où les attendaient Pillerault, les Ragon, l’abbé Loraux et le juge Popinot, ces cinq personnes d'élite eurent un maintien, des regards et des paroles qui mirent César à soniaise, car toutes étaient émues de voir cet homme toujours au lendemain de son imalheur.
— Allez vous promener dansles bois d’Aulnay, dit l’oncle Pillerault en mettant la main de César dans celle de Constance, allez-y avec Anselme et Césarine; vous reviendrez jà quatre heures.
— Pauvres gens, nous les gênerions, dit madame Ra-
mme
36 SUXERS DE LA VIE PYARISIENNE.
gon, attendrie par la dotiet kraie de son débiteur, il sera bien joyeux tantôt.
| — Cest le repentir sans la faute, dit l'abbé Loraux.
— Ïl ne pouvait se grandir que par le malheur, dit le juge.
Oublier est le grand secret des éxistences fortes et créatrices; oublier à la manière de la nature, qui ne se connaît point de passé, qui recommence à toute heure les - mystères de ses infatigables enfantements. Les existences faibles, comme était celle de Birotteau, vivent dans les douleurs, au lieu de les changer en apophthegmes d’expérience,; elles s’en saturent, et s’usent en rétrogradant chaque jour dans les malheurs consommés. Quand'les deux Couples eurent gagné le sentier qui mène aux bois d’Aulnay posés comme une couronne sur un des plus jolis coteaux des environs de Paris, et que la Vallée-aux-Loups se montra dans toute sa coquetterie, la beauté du jour, la grâce du paysage, la première verdure et les délicieux souvenirs de la plus belle journée de sa jeunesse détendirent les cordes tristes dans l’âme de César : il serra le bras de sa femme contre son cœur palpitant, son œil ne fut plus vitreux, la lumière du plaisir y éclata.
— Enfin, dit Constance à son mari, je te revois, mon
pauvre César! II me semble que nous nous comportons
assez bien pour nous permettre un petit plaisir de temps en temps.
— Et le puis-je? dit le pauvre homme. Ah! Constance, ton affection est le seul bien qui me reste. Oui, j'ai perdu
jusqu’à la confiance que j'avais en moi-même, je n’ai plus
de force, mon seul désir est de vivre assez pour mourir
dront à la liquidation, et retrouvent alors leur argent par le dividende de leurs créances, et la moitié, le tiers ou le quart gagné sur les créances achetées.
La faillite est la fermeture plus ou moins hermétique d’une maison où le pillage a laissé quelques sacs d'argent. Heureux le négociant qui se glisse par la fenêtre, par le toit, par les caves, par un trou, qui prend un sac et grossit sa part! Dans cette déroute, où se crie le sauve-qui-peut de la Bérésina, tout est illégal et légal, faux et vrai, honnête et déshonnête. Un homme est admiré s'il se couvre. Se couvrir est s'emparer de quelques valeurs au détriment des autres créanciers. La France a retenti des débats d’une immense faillite éclose dans une ville où siégeait une cour royale, et où les magistrats, en comptes courants avec les faillis, s'étaient donné des manteaux en caoutchouc si pesants, que le manteau de la justice en fut troué. Force fut, pour cause de suspicion légitime, de déférer le jugement de la faillite à une autre cour. I n°y avait ni juge-commissaire, ni agent, ni Cour souveraine possible dans l'endroit où la banqueroute avait éclaté.
Get effroyable gâchis commercial est si bien apprécié à Paris, qu'à moins d’être intéressé dans la faillite pour ‘une somme capitale, tout négociant, quelque peu affairé qu’il soit, accepte la faillite comme un sinistre sans assureurs, passe la perte au compte des profits et perles, et
ne commet pas la sottise de dépenser son temps; il con- . F
tinue à brasser ses affaires. Quant au petit commerçant, harcelé par ses fins de mois, occupé de suivre le char de sa fortune, un procès effrayant de durée et coûteux à en-
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j'avance ce jour-là de toute la force que donne l'amour. :
L'amant s'était bien gardé de dire ce secret à sa bellemère. Chez les amants les plus innocents, il y a toujours
le désir de paraître grands aux yeux de leurs mat: .
tresses.
— Et sera-ce bientôt? dit-elle.
— Bientôt, dit Popinot.
Gette réponse fut faite d’un ton si pénétrant, que la chaste et pure Césarine tendit son front au cher Anselme, qui y mit un baiser avide et respectueux, tant il y avait de noblesse dans l’action de cette enfant.
—- Papa, tout va bien, dit-elle à César d’un air fin. Sois :
gentil, cause, quitte ton air triste.
Quand cette famille si unie rentra dans la maison de
Pillerault, César, quoique peu observateur, aperçut chez * les Ragon un changement de manières qui décelait quel-
que événement. L'accueil de madame Ragon fut particulièrement onctueux, son regard et son accent disaient à César : « Nous sommes payés. »
Au dessert, le notaire de Sceaux se présenta, l'oncle
Pillerault le fit asseoir et regarda Birotteau, qui com- : mençait à soupçonner une surprise, sans pouvoir en ima-
giner l'étendue. | | — Mon neveu, depuis dix-huit mois, les économies de ta femme, de ta fille et les tiennes ont produit vingt mille: francs. Jai reçu trente mille francs pour le dividende de ma créance, nous avons donc: cinquante mille francs à donner à tes créanciers. M. Ragon a reçu trente mille francs pour son dividende, M: le notaire de Steaux
t’apporte donc une quittance du payement intégral, in- |
re TE
En Wa
térêts compris, fait à tes amis. Le reste de la somme est chez Crottat, pour Lourdois, la mère Madou, le maçon, le charpentier et tes créanciers les plus pressés. L'année prochaine, nous verrons. Avec le temps et la patience, On
La joie de Birotteau ne se décrit pas, il se jeta dans les bras de son oncle en pleurant.
— Qu'il porte aujourd’hui £a croix, dit Ragon à l'abbé Loraux.
Le confesseur attacha le ruban rouge à la su de l’employé, qui se regarda pendant la soirée à vingt reprises dans les glaces du salon, en manifestant un plaisir dont auraient ri des gens qui se croient supérieurs, et que ces bons bourgeois trouvaient naturel. Le lendemain, Birotteau se rendit chez madame Madou.
— Ah! vous voilà, bon sujet, dit-elle, je ne vous reconnaissais pas, tant vous avez blanchi. Cependant, vous ne pâtissez pas, vous autres : vous avez des places. Moi, je me donne un mal de chien caniche qui tourne une mécanique, et qui mérite le baptême.
— Mais, madame...
— Eh! ce n’est pas un reproche, dit-elle, vous avez quittance.
— Je viens vous annoncer que je vous payerai chez maître Crottat, notaire, aujourd’hui, le reste de voire créance et les intérêts.
— Est-ce vrai? |
— Soyez chez lui à onze heures et demie...
— En voilà de l’honneur, à la bonne mesure et les quatre au cent, dit-elle en admirant avec naïveté Birot-
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teau. Tenez, mon cher monsieur, je fais de bonnes affaires À avec votre petit rouge, il est gentil, il me laisse gagner gros sans chicaner les prix afin de m'indemniser ; eh bien, je vous donnerai quittance, gardez votre argent, mon
pauvre vieux! La Madou s'allume, elle est piailleuse, mais elle a de ça,'dit-elle en se frappant les plus volumi- ‘à neux coussins de chair vive qui aient été connus aux 1 Halles. À 4
— Jamais! dit Birotteau; la loi est précise, je veux : vous payer intégralement. |
— Alors, je ne me ferai pas prier longtemps, dit-elle. Et demain, à la Halle, je cornerai votre honneur. Ah! elle est rare, la farce! | ;
Le bonhomme eut la même scène chéz le peintre en 4 bâtiments, le beau-père de Crottat, mais avec des va- ; riantes, Il pleuvait. César laissa son parapluie dans un # coin de la porte. Le peintre enrichi, voyant l’eau faire * son chemin dans la belle salle où il déjeunait avec sa femme, ne fut pas tendre.
— Allons, que voulez-vous, mon pauvre père Birotteau ? dit-il du ton dur que beaucoup de gens prennent pour Parler aux mendiants importuns. |
— Monsieur, votre gendre ne vous a donc pas dit?
— Quoi? interrompit Lourdois impatienté, en croyant à quelque demande.
:. —.… De vous trouver chez lui ce matin, à onze heures et demie, pour me donner quittance du payement intégral] de votre créance?
— Ah! c'est différent. Asseyez-vous donc là, mon- Sieur Birotteau : mangez donc un morceau avec nous...
— Faites-nous le plaisir de partager notre déjeuner, dit madame Lourdois.
— Ça va donc bien? lui demanda le gros Lourdois.
— Non, monsieur, il a fallu déjeuner tous les jours d’une flûte à mon bureau pour amasser quelque argent; mais, avec le temps, j'espère réparer les dommages faits à mon prochain.
— Vraiment, dit le peintre en avalant une tartine chargée de pâté de foies gras, vous êtes un homme d'honneur.
— Etque fait madame Birotteau? dit a Lourdois.
— Elle tient les livres et la caisse chez M. Anselme Popinot.
— Pauvres gens! dit madame Lourdois à voix basse à son mari.
— Si vous aviez besoin de moi, mon cher monsieur Birotteau, venez me voir, dit Lourdois, je pourrais vous aider.
— J'ai besoin de vous à onze JÉMES monsieur, dit Birotteau, qui se retira.
Ce premier résultat donna du courage au failli, sans lui rendre le repos; le désir de reconquérir l'honneur agita démesurément sa vie; il perdit entièrement la fleur
| qui décorait son visage, ses yeux s’éteignirent et ses joues . se creusèrent. Quand AntRnnes connaissances rencon-
traient César le matin à huit heures, ou le soir à quatre heures, allant à la rue de l’Oratoire ou en revenant, vêtu de la redingote qu’il avait au moment de sa chute et qu'il ménageait comme un pauvre sous-lieutenant mé-
nage son uniforme, les cheveux entièrement blancs, pâle,
craintif, quelques-uns l’arrétaient malgré lui, car son œil était alerte, il se coulait le long des murs à la façon des voleurs.
— On connaît votre conduite, mon ami, disait-on. Tout le monde regrette la rigueur avec laquelle vous vous trai- . tez vous-même, ainsi que votre fille‘et votre femme.
__ — Prenez un peu plus de temps, disaient les autres, plaie d'argent n'est pas mortelle,
— Non, mais bien la plaie de l'âme, répondit un jour à Matifat le pauvre César affaibli.
Au commencement de l'année 1823, le canal Saint- Martin fut décidé. Les terrains situés dans le faubourg du Temple arrivèrent à des prix fous. Le projet coupa précisément en deux la propriété de du Tillet, autrefois celle de César Birotteau. La Compagnie à qui fut concédé le. canal accéda à un prix exorbitant si le banquier pouvait livrer son terrain dans un temps donné. Le bail consenti par César à Popinot empêchait l'affaire. Le banquier vint rue des Cinq-Diamants voir le droguiste. Si Popinot était indifférent à du Tillet, le fiancé de Césarine portait à cet homme une haine instinctive. Il ignorait le vol et les infâmes combinaisons commises par l’heureux banquier, mais une voix intérieure lui criait : « Cet homme est un voleur impuni, » Popinot n’eût pas fait la moindre affaire avec lui, sa présence lui était odieuse. En ce moment surtout, il voyait du Tillet s'enrichissant des dépouilles de son ancien patron, car les terrains de la Madeleine commençaient à s'élever à des prix qui présageaient les valeurs exorbitantes auxquelles ils atteignirent en 1827. Aussi, quand le banquier eut expliqué le motif de sa visite,
-Popinot le regarda-t-il avec une indignation concentrée.
— Je ne veux point vous refuser mon désistement du bail, mais il me faut soixante mille francs, et je ne ra-
battrai pas un liard. À
— Soixante mille francs! s’écria du Tillet en faisant un mouvement de retraite.
— J'ai encore quinze ans de baïl, je dépenserai par an trois mille francs de plus pour me remplacer une fabrique, Ainsi, soixante mille francs, ou ne causons pas davantage, dit Popinot en rentrant dans la boutique, où le suivit du Tillet.
La discussion s’échauffa, le nom de Birotteau fut prononcé, madame César descendit et vit du Tillet pour la première fois depuis le fameux bal. Le banquier ne put retenir un mouvement de surprise à l’aspect des chan-
gements qui s'étaient opérés chez son ancienne patronne, et il baïssa les yeux, effrayé de son ouvrage.
— Monsieur, dit Popinot à madame César, trouve de vos terrains trois cent mille francs, et il nous refuse soixante mille francs d’indemnité pour notre bail. | — Trois mille francs de rente, dit du Tillet avec emphase. à — Trois mille francs! répéta madame César d’un ton simple et pénétrant.
Du Tillet pälit, Popinot regarda madame Birotteau. Il y eut un moment de silence profond qui rendit cette Ra encore plus inexplicable pour Anselme,
— Signez-moi votre désistement que j'ai fait préparer
. par Crottat, dit du Tillet en tirant un papier timbré de sa
poche de côté, je vais vous donner un bon de soixante mille francs sur la Banque.
Popinot regarda madame César sans dissimuler son profond étonnement, il croyait rêver. Pendant que du Tillet ‘ signait son bon sur une table à pupitre élevé, Constance disparut et remonta dans l’entre-sol. Le droguiste et le banquier échangèrent leurs papiers. Du Tillet sortit en saluant Popinot froidement.
— Enfin, dans quelques mois, dit Popinot, qui regarda du Tillet s’en allant rue des Lombards où son cabriolet était arrêté, grâce à cette singulière affaire, j'aurai ma Césarine. Ma chère petite femme ne se brülera plus le sang à travailler. Comment! un regard de madame César a suffi! Qu’y a-t-il entre elle et ce brigand ? Ce qui vient de se passer est bien extraordinaire.
Popinot envoya toucher le bon à la Banque et remonta pour parler à madame Birotteau; mais il ne la trouva pas à la caisse, elle était sans doute dans sa chambre. Anselme et Constance vivaient comme vivent un gendre et une belle-mère, quand un gendre et une belle-mère se conviennent ; il alla donc dans l'appartement de madame César avec l’empressement naturel à un amoureux qui touche au bonheur. Le jeune négociant fut prodigieusement surpris de trouver sa future belle-mère, auprès de laquelle il arriva par un saut de chat, lisant une lettre de du Tillet, car Anselme reconnut l'écriture de l’ancien premier commis de Birotteau. Une chandelle allumée, les fantômes noirs et agités de lettres brûlées sur le carreau firent frissonner Popinot, qui, doué d’une vue perçante, avait vu sans le vouloir cette phrase au commencement
de la lettre que tenait sa belle-mère : Je vous adore! ! vous le savez, ange de ma vie, et pourquoi.
— Quel ascendant avez-vous donc sur du Tillet, pour lui faire conclure une semblable affaire? dit-il en riant de ce rire convulsif que donne un mauvais soupçon réprimé.
— Ne parlons pas de cela, dit-elle en laissant voir un horrible trouble.
— Oui, répondit Popinot tout étourdi, parlons de la fin de vos peines.
Anselme pirouetta sur ses talons et alla jouer du tambour avec ses doigts sur les vitres, en regardant dans la cour.
—- Eh bien, se dit-il, quand elle aurait aimé du Tillet, pourquoi ne me conduirais-je pas en honnête homme?
— Qu’avez-vous, mon enfant? dit la pauvre femme.
— Le compte des bénéfices nets de l'huile céphalique se monte à deux cent quarante-deux mille francs, la moitié est de cent vingt et un, dit brusquement Popinot. Si je retranche de cette somme les quarante-huit mille francs donnés à M. Birotteau, il en reste soixante-treize mille, qui, joints aux soixante mille francs de la cession du baïl, vous donnent cent trente-trois mille francs.
Madame César écoutait dans des anxiétés de bonheur qui la firent palpiter si violemment, que Popinot entendait les battements du cœur.
— Eh bien, j'ai toujours considéré M. Birotteau comme mon associé, reprit-il, nous pouvons disposer de cette somme pour rembourser ses créanciers. En l'ajoutant à celle de vingt-huit mille francs de vos économies placés
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par notre oncle Pillerault, nous avons cent soixante et un mille francs. Notre oncle ne nous refusera pas quittance de ses vingt-cinq mille francs. Aucune puissance humaine ne peut m'empêcher de prêter à mon beau-père, en compte sur les bénéfices de l'année prochaine, la somme
nécessaire à parfaire les sommes dues à ses créanciers.
Et il... sera... réhabilité. :
— Réhabilité, s’écria madame César en pliant le genou sur sa chaise.
Elle joignit les mains en récitant une prière, après avoir lâché la lettre.
— Cher Anselme! dit-elle après s'être signée, cher enfant!
Elle le prit par la tête, le baisa au front, le serra sur son cœur et fit mille folies.
— Césarine est bien à toi! ma fille sera donc bien heureuse. Elle sortira de cette maison où elle se tue. :
— Par amour, dit Popinot,
— Oui, répondit la mère en souriant.
— Écoutez un petit secret, dit Popinot en regardant la fatale lettre du coin de l'œil, J'ai obligé Célestin pour lui
faciliter l'acquisition de votre fonds, mais j’ai mis une con-
dition à mon obligeance. Votre appartement est comme vous l'avez laissé. J'avais une idée, mais je ne croyais pas que le hasard nous favoriserait autant. Célestin est tenu de vous sous-louer votre ancien appartement, où il n’a pas mis le pied et dont tous les meubles seront à vous. Je me suis réservé le second étage pour y demeurer avec Gésarine, qui ne vous quittera jamais. Après.mon mariage, je viendrai passer ici les journées, de huit heures du
matin à six heures du soir. Pour vous refaire une fortune,
j'achèterai cent mille francs l'intérêt de M. César, et vous
aurez ainsi, avec sa place, dix mille livres de rente, Ne serez-vous pas heureuse?
— Ne me dites plus rien, Anselme, ou je deviens folle.
L’angélique attitude de madame César et la pureté de ses yeux, l'innocence de son beau front, démentaient si magnifiquement les mille idées qui tournoyaient dans la cervelle de l’amoureux, qu’il voulut en finir avec les monstruosités de sa pensée. Une faute était inconciliable avec la vie et les sentiments. de la nièce de Pillerault.
— Ma chère mère adorée, dit Anselme, il vient d'entrer malgré moi dans mon âme un horrible soupçon. Si vous voulez me voir heureux, vous le détruirez à linstant même.
Popinot avait avancé la main sur la letire et s’en était emparé.
— Sans le vouloir, reprit-il effrayé de la terreur qui se peignait sur le visage de Constance, j'ai lu les premiers mots de cette lettre écrite par du Tillet. Ges mots coïncident si singulièrement avec l'effet que vous venez de produire en déterminant la prompte adhésion de cet homme à mes folles exigences, que tout homme l’expliquerait comme le démon me l’explique malgré moi. Votre regard, trois mots ont suffi...
— N’achevez pas, dit madame César en reprenant la lettre et la brûlant aux yeux d’Anselme. Mon enfant, je suisbien cruellement punie d’une faute minime. Sachez donc tout, Anselme. Je ne veux pas que le soupçon inspiré
par la mère nuise à la fille, et, d’ailleurs, je puis parler Sans avoir à rougir : je dirais à mon mari ce que je vais vous avouer. Du Tillet a voulu me séduire, mon mari fut aussitôt prévenu, du Tillet dut être renvoyé. Le jour où
mon mari allait le remercier, du Tillet nous a pris trois
mille francs!
— Je m'en doutais, dit Popinot en exprimant toute sa haine par son accent.
— Anselme, votre avenir, votre bonheur, exigént cette confidence; mais elle doit mourir dans votre cœur, comme eïle était morte dans le mien et dans celui de César. Vous devez vous souvenir de La gronde de mon mari à propos d’une erreur de caisse. M. Birotteau, pour éviter un procès et ne pas perdre cet homme, remit sans doute à la caisse trois mille francs, le prix de ce châle de cachemire que je n’ai eu que trois ans après. Voilà mon exclamation expliquée. Hélas! mon cher enfant , je vous avouerai mon enfantillage. Du Tillet m'avait écrit trois lettres d'amour, qui le peignaïent si bien, dit-elle en Soupirant et baissant les yeux, que je les avais gardées... comme Curiosité. Je ne les ai pas relues plus d’une fois. Mais enfin il était imprudent de les conserver. En revoyant du Tillet, jy ai songé, je suis montée chez moi pour les brûler, et je regardais la dernière quand vous êtes entré. Voilà tout, mon ami.
Anselme mit un genou en terre et baisa la main de madame César avec une admirable expression qui leur fit venir des larmes aux yeux, à l’un et à l’autre. La bellemère releva son gendre, lui tendit les bras et le serra sur son cœur.
area GES 5; ER nant
Mamie nas as noie
Ce jour devait être un jour de joie pour César. Le secrétaire particulier du roi, M. de Vandenesse, vint au bureau lui parler. Ils sortirent ensemble dans la petite cour de la Caisse d'amortissement.
— Monsieur Birotteau, dit le vicomte de Vandenesse, vos efforts pour payer vos créanciers ont été par hasard connus du roi. Sa Majesté, touchée d’une conduite si rare, et sachant que, par humilité, vous ne portiez pas l’ordre de la Légion d'honneur, m'envoie vous ordonner d’en reprendre l’insigne. Puis, voulant vous aider à remplir vos obligations, elle m'a chargé de vous remettre cette somme, prise sur sa cassette particulière, en regrettant de ne pouvoir faire davantage. Que ceci demeure dans un profond secret. Sa Majesté trouve peu royale la divulgation officielle de ses bonnes œuvres, dit le secrétaire intime en remettant six mille francs à l'employé, qui pendant ce discours éprouvait des sensations inexprimables.
Biroiteau n'eut sur les lèvres que des mots sans suite
à balbutier, Vandenesse le salua de la main en souriant. Le sentiment qui animait le pauvre César est si rare dans Paris, que sa vie avait insensiblement excité l'admiration. … Joseph Lebas, le juge Popinot, Camusot, l’abbé Loraux, Ragon, le chef de la maison importante où était Césarine, Lourdois, M. de la Billardière en avaient parlé. L'opinion, déjà changée à son égard, le portait aux nues.
« Voilà un homme d'honneur! » Ge mot avait déjà plusieurs fois retenti à l'oreille de César quand il passait dans la rue, et lui donnait l'émotion qu'éprouve un auteur en entendant dire : Le voilà ! Cette belle renommée assac= sinait du Tillet. Quand César eut les billets de banque
: cien parfumeur dit :
“envoyés par le souverain, sa première pensée fut-de les
employer à payer son ancien commis. Le bonhomme alla rue de la Chaussée-d’Antin, en. sorte que, quand le banquier rentra chez lui de ses courses, il s'y rencontra dans l'escalier avec, son ancien patron.
— Eh bien, mon pauvre Birotteau! dit-il d’un air patelin.
— Pauvre? s’écria fièrement le débiteur. Je suis bien riche. Je poserai ma.tête sur mon oreiller ce soir avec la satisfaction de: savoir que je vous ai payé. |
Cette parole: pleine .de probité fut une rapide torture pour du Tillet. Malgré l'estime générale, il ne s’estimait pas lui-même, une voix inextinguible lui criait: « Cet homme est sublime! »
— Me payer! quelles affaires faites-vous donc?
Sûr que du Tillet n’irait pas répéter sa confidence, l’an-
— Je ne reprendrai jamais les affaires, monsieur. Aucune puissance humaine ne pouvait prévoir ce qui m'est arrivé. Qui sait si je ne serais pas victime d’un autre Roguin? Mais ma conduite a été mise sous les yeux du roi, son cœur a daigné compatir à mes efforts, et il les a en-
couragés en m'envoyant à l'instant une somme assez im-
\ portante, qui...
— Vous faut-il une quittance? dit di Tillet en RE
. rompant, payez-vous?…
— Intégralement, et même les intérêts; aussi vais-je vous prier de venir à deux pas d'ici, chez M. Crottat. — Par-devant notaire!
— Mais, monsieur, dit César, il ne m’est pas défendu
de songer à la réhabilitation, et les actes authentiques sont alors irrécusables ?.…
à — Allons, dit du Tillet qui sortit avec Biroiteau, allons, il n’y a qu’un pas. Mais où prenez-vous tant d'argent? reprit-il.
— Je ne leprends pas, dit César, je le gagne à la sueur de mon front.
— Vous devez une somme énorme à la maison Claparon.
— Hélas oui, là est ma plus forte dette, je crois bien mourir à la peine.
— Vous ne pourrez jamais le payer, dit durement du 1 Pilot:
— Il a raison, pensa Birotteau.
Le pauvre homme, en revenant chez Jui, passa par la rue Saint-Honoré, par mégarde, car il faisait toujours un détour pour ne pas voir sa. boutique ni les fenêtres de son appartement. Pour la première fois, depuis sa chute, il revit cette maison où dix-huit ans de bonheur avaient été effacés par les angoisses de trois mois.
— Favais bien cru.finir là mes jours, se dit-il.
Et il hâta le pas, car il avait aperçu la nouvelle enseig'ie :