‹ Grandeur et décadence de César BirotteauChapitre 6 sur 45 · PAPE EE · texte numérisé non relu

PAPE EE

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auxquelles, comme toutes les filles de boutique, elle avait parfois rêvé : elle voulut être une honnête femme, une bonne mère de famille, et prit la vie suivant le religieux

programme de la classe moyenne. Ce rôle allait, d’ailleurs,

bien mieux à ses idées que les dangereuses vanités qui séduisent tant de jeunes imaginations parisiennes. D'une intelligence étroite, Constance offrait le type de la petite bourgeoise, dont les travaux ne vont pas sans un peu

d'humeur, qui commence par refuser ce qu’elle désire et

se fàche quand elle est prise au mot, dont l’inquiète acti-

vité se porte sur la cuisine et sur la caisse, sur les affaires

les plus graves et sur les reprises invisibles à faire au linge; qui aime en grondant, ne conçoit que les idées les ! plus simples, la petite monnaie de l'esprit, raisonne sur

| tout, a peur de tout, calcule tout et pense toujours à l'ave-

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nir. Sa beauté froide mais candide, son air touchant, sa. fraîcheur, empêchèrent Birotteau de songer à des défauts, « compensés d’ailleurs par cette délicate probité naturelle \ aux femmes, par un ordre extrême, par le fanatisme du | travail et par le génie de la vente. Constance avait alors ! dix-huit ans et possédait onze mille francs. César, à qui ! l'amour inspira la plus excessive ambition, acheta le fonds « de La Reine des roses et le transporta près de la place Vendôme, dans une belle maison. Agé de vingt et un ans seu- { lement, marié à une belle femme adorée, possesseur d’un ; établissement dont il avait payé le prix aux trois quarts, il dut voir et vit l’avenir en beau, surtout en mesurant les chemin fait depuis son point de départ. Roguin, notaire des Ragon, le rédacteur du contrat de mariage, donna deï sages conseils au nouveau parfumeur en l’empéchant:

» d'achever le payement du fonds avec la dot de sa femme. > — Gardez donc des fonds pour faire quelques bonnes - entreprises, mon garçon, lui avait-il dit.

Birotteau regarda le notaire avec admiration, prit l’ha- » bitude de le consulter, et s’en fit un ami. Comme Ragon et Pillerault, il eut tant de foi dans le notariat, qu’il se livrait alors à Roguin sans se permettre un soupçon. Grâce. à ce conseil, César, muni des onze mille francs de Constance pour commencer les affaires, n’eût pas alors échangé - son avoir contre celui du premier consul, quelque brillant que parût être l'avoir de Napoléon. D’abord, Birotteau n’eut qu'une cuisinière, il se logea dans l’entre-sol situé au-dessus de sa boutique, espèce de bouge assez bien - décoré par un tapissier, et où les nouveaux mariés enta- - mèrent une éternelle lune de miel. Madame César apparut comme une merveille dans son comptoir. Sa beauté célèbre . eut une énorme influence sur la vente, il ne fut question que de la belle madame Birotteau parmi les élégants de l’Empire. Si César fut accusé de royalisme, le monde rendit justice à sa probité; si quelques marchands voisins envièrent son bonheur, il passa pour en être digne. Le coup de feu qu’il avait reçu sur les marches de Saint- - Roch lui donna la réputation d’un homme mêlé aux secrets de la politique et celle d’un homme courageux, quoiqu'il n’eût aucun courage militaire au cœur et nulle idée politique dans la cervelle. Sur ces données, les honnêtes gens de l’arrondissement le nommèrent capitaine de la garde nationale; mais il fut cassé par Napoléon, qui, selon Birotteau, lui gardait rancune de leur rencontre en vendémiaire. ” - César eut alors à bon marché un vernis de persécution qui

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