‹ Grandeur et décadence de César BirotteauChapitre 7 sur 45 · L. TL · texte numérisé non relu

L. TL

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le rendit-intéressant.aux yeux des opposants, .et lui fit : w acquérir une certaine importance. :

Voici quel fut le sort de ce ménage,.constamment heu- : reux par les.sentiments, agité seulement par les anxiétés N commerciales. :

Pendant la première année, .Gésar.Birotteau mit sa * femme au.fait de la vente et du détail des parfumeries, i métier auquel elle .s’entendit admirablement bien; elle « semblait.avoir été créée et. mise au monde pour ganter les î chalands. Cette année finie, l'inventaire épouvanta l’am- * bitieux parfumeur : tous. frais prélevés, en vingt.ans à | peine aurait-il gagné le modeste capital de cent mille ; francs, -auquel.il avait chiffré son.bonheur. Il résolut alors \ d'arriver à la fortune plus:rapidement et voulut d’abord : joindre la fabrication au.détail. Contre l'avis de sa femme, il loua une baraque et.des terrains dans le faubourg du . Temple, et: y.fit peindre .en gros caractères : FABRIQUE DE « César Birorteau. Il débaucha -de Grasse un ouvrier avec : lequel il commença de..compte à demi quelques fabrica- . tions de'savon, d’essences et d’eau de Cologne. Son association avec cet ouvrier ne dura que six mois et se termina par des, pertes qu'il supporta seul. Sans se décourager, Birotteau voulut obtenir un résultat à tout prix, uniquement pour ne pas être grondé par sa femme, à laquelle il | avoua plus tard qu’en ce temps de désespoir la tête lui : , bouillait comme une marmite, etque plusieurs fois, n’était ses sentiments religieux, il se:serait jeté dans la Seine. | Désolé de quelques expériences infructueuses, il flânait un jour le long des boulevards en revenant diner, car le flâneur parisien est aussi souvent un homme au désespoir |

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CÉSAR BIROTTEAU. | 39 qu'unioisif. Parmi quelques livres à six sous étalés dans une manne, à terre, ses yeux furent saisis par ce titre jaune de poussière : Abdeker, ou l'Art de conserver la beauté. 11 prit ce prétendu livre arabe, espèce de roman fait par un médecin du siècle ‘précédent, et tomba sur une page où il.s’agissait de parfums. Appuyé sur un arbre du boulevard pour feuilleter ledivre, il lut une note où l’auteur expliquait la nature du derme:et de l’épiderme, et démontrait que telie pâte ou tel. savon produisait un effet souvent contraire à celui qu’on en attendait, si la pâte et le savon donnaient du ton à la peau qui voulait être relàchée, ou relàchaient la peau qui exigeait des toni- * ques. Birotteau acheia ce livre, où il vit une fortune. Néan-

moins, peu confiant dans ses lamières, il alla chez ur chimiste célèbre, Vauquelin, auquel il demanda tout naï- | vement les moyens de: composer sun :double cosmétique k À

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qui produisit des effets appropriés aux: diverses natures de l’épiderme humain. Les vrais-savants, ces hommes si réellement grands, en ce sens:qu'ils nobtiennent jamais de * leur vivant le renom par lequel leurs immenses travaux 4 . inconnus devraient être payés, sont presque tous serviables È et sourient aux pauvres d'esprit. Vauquelin protégea donc le parfumeur, lui permit de-se dire l'inventeur d’une pâte pour blanchir les mains-et dont il'lui indiqua la composi- ; tion. Birotteau appela ce. cosmétique la double pâte des sultanes. Afin de compléter l'œuvre, il appliqua le procédé de la pâte pour les mains à une:eau-pour le teint qu’il

fnomma l’eau carminative..ll imitar dans sa partie le sys- 1 | tème du Petit Matelot, il déploya, le premier d’entre les … parfumeurs, ce luxe d'affiches, d'annonces et de moyens

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de publication que l’on nomme peut-être injustement charlatanisme.

: La pâte des sultanes et l’eau carminative se produisirent dans l'univers galant et commercial par des affiches coloriées, en tête desquelles étaient ces mots : Approuvées par | l’Institut ! Cette formule, employée pour la première fois, eut un effet magique. Non-seulement la France, mais le continent, furent pavoisés d’affiches jaunes, rouges, bleues, par le souverain de {a Reine des roses, qui tenait, fournissait et fabriquait, à des prix modérés, tout ce qui concernait sa partie. À une époque où l’on ne parlait que de l'Orient, nommer un cosmétique quelconque pâte des sultanes, en devinant la magie exercée par ces mots dans un pays où tout homme tient autant à être sultan que la femme à devenir sultane, était une inspiration qui pouvait venir à un homme ordinaire comme à un homme d'esprit; mais, le public jugeant toujours les résultats, Birotteau passa d'autant plus pour un homme supérieur, commercialement parlant, qu'il rédigea lui-même un prospectus dont la ridicule phraséologie fut un élément de succès : en France, on ne rit que des choses et des hommes dont on s'occupe, et personne ne s'occupe de ce qui ne réussit point. Quoique Birotteau n’eût pas joué sa bêtise, on lui donna le talent de savoir faire la bête à propos. Il s’est retrouvé, non sans peine, un exemplaire de ce prospectus dans la maison Popinot et compagnie, droguistes, rue des Lombards. Cette pièce curieuse est au nombre de celles que, dans un cercle plus élevé, les historiens intitulemt pièces justificatives, La voici donc :

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