‹ Grandeur et décadence de la guerreChapitre 24 sur 42 · IV. — Comment us i-kl r KiiPKciiER la glehkr kt »és.\kjib · texte numérisé non relu

IV. — Comment us i-kl r KiiPKciiER la glehkr kt »és.\kjib

LA PAIX K\ ElHOPK

(Publié par II Pvnsifro Itnlidiio, septembre i89i).

Notre Kurope civilisée offre aujourd'hui, aux regards du philosophe et de l'économiste, le spectacle étrange et douloureux de l'accroisscmentpour ainsi dire parallèle du besoin de la paix et de l'augmentation du risque de guerre entraînant le développement de l'appareil militaire destiné à assurer les populations contre ce risque. Que le besoin de la paix s'accroisse, c'est un phénomène dont on se rend aisément compte tjuand on examine les résultats des progrù:? accomplis surtout depuis un demi-siècle, à la

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fois dans les aits de la production et dans ceux de la destruction. Les progrès de l'industrie ont augmenté dans d'énormes proportions la puissance productive de l'homme, et suscite' un de'veloppement de la richesse sans précédent dans l'histoire, mais en perfectionnant le mécanisme producteur et distributeur de cette richesse, ils l'ont rendu plus délicat et plus sensible aux perturbations de tous genres. Lorsque la masse de la population de chaque pays subsistait au moyen d'industries purement locales, lorsque la sphère de ses échanges ne s'étendait que par exception au delà des limites de la province ou môme du canton, lorsque le commerce extérieur de l'ensemble des nations civilisées n'égalait pas en importance celui de la Belgique ou de la Suisse, — et tel était l'état de choses il y a moins de deux siècles, — les perturbations et les maux causés par la guerre se concentraient presque exclusivement sur le théâtre même de la lutte. Il n'en est plus ainsi aujourd'hui. La simple appréhension d'une guerre détermine une crise qui s'étend de proche en proche dans l'ensemble de la communauté civilisée désormais unie et solidarisée par les liens multiples et entrecroisés de l'échange, le monde des affaires s'inquiète, le crédit se resserre et il cesse de fournir à l'industrie et au commerce leurs aliments accoutumés, le travail menace de s'arrêter et de laisser sans moyens d'existence le peuple des ateliers. Lorsque la guerre éclate, elle exige aussitôt la mise en réquisition de toutes les forces et de toutes les ressources de la nation. Toute la population valide est appelée à y prendre part : les armées se chiffrent par millions et les sommes nécess'iires pour les mettre en mouvement avec leur matériel colossal se comptent par milliards. Les impôts ordinaires et, extraordinaires ne suffisent plus à y pourvoir : il faut ret-ourir aux emprunts et, à défaut des empiuuls vulontaire^s, à l'emprunt forcé et désastreux du papier-monnaie.

On s'explique assez, en examinant ces conditions nouvelles des luttes de nation cà nation, en tenant compte de rénornie accroissement des saciilices qu'elles exif^ent et des dommafj;es qu'elles causent, que la guerre soit aujourd'hui plus que jamais redoutée comme la pire des calamités et que le maintien de la paix soit l'objet de la demande universelle. Ce qu'on s'explique moins, c'est, en présence de cet accroissement manifeste du besoin de la paix, l'accroissement pour ainsi dire continu du risque de guerre, impliquant un développement correspondant des armements destinés à le couvrir.

Ce phénomène a cependant sa raison d'être, et on peut en trouver la cause principale sinon unique dans les progrès môme ([ui ont rapproché les peuples et multiplié leurs relations. Quand deux hommes n'ont que des rapports d'affaires intermittents et rares, ils n'ont que bien peu d'occasions de conflits et de procès; quand leurs rapports deviennent quotidiens et augmentent d'importance, les risques de conflits et de procès ne manquent pas de s'accroître. Il en est de mènie pour les nations, et comme il n'existe poini de tribunaux investis du pouvoir de juger leurs différends et d'y nieltre fin, elles sont bien obligées de se mettre en mesure de défendre elles-mêmes leur droit ou ce qu'elles considèrent comme leur droit. De là, l'accroissement naturel du risque de guerre et la progression non moins naturelle des armements destines à assurer les nations contre ce risfjue croissant. .\ cette cause générale et permanente, se joint actuellement en Kurope une cause accidentelle : le différend entre la France et l'Allemagne, causé par la funeste guerre de 1^70, mais, en admettant même que cette cause de l'aggravation du risque de guerre qui pèse sur la communauté civilisée, n'existât point ou vint à être éliminée, le risque ne disparaîtrait point. Si le niveau de ce risque venait à être abaissé momentanément, quelque autre querelle, quelque autre procès

international ne tarderait pas, selon toute apparence, ta le relever, et, après une courte période de diminution des armements, à déterminer le rétablissement du même pied de paix armée.

Ce déplorable état de choses a éveillé la sollicitude des amis de la paix et celle des hommes d'Kfat, les uns à un point do vue purement philanthropique, les autres au point do vue plus pratique de la conservation du statit (jun politique do TKurope, et ils ont chorché en conséquence les moyens, ceux-là d'assurer la paix d'une manière permanente, tout en la désarmant, ceux-ci simplement d'éloigner, autant que possible, l'échéance, qu'ils considèrent d'ailleurs comme à peu près inévitable, du risque d'une guerre européenne.

Le moyen que s'accordent à préconiser les amis de la paix pour la garantir et aboutir au désarmement, vous le connaissez, c'est l'arbitrage et l'établissement d'un tribunal international, dont les décisions seraient sanctionnées par la force morale de l'opinion. Mais est-il bien nécessaire de démontrer l'inefficacité de ce procédé? 11 y a sans doute des différends ou des procès internationaux qui peuvent être vidés par la voie de l'arbitrage, et nous en avons fréquemment des exemples; en revanche, il y en a — et ce sont les plus graves et les plus dangereux — qu'aucune nation ne consentirait à soumettre à un arbitre; tel est le procès actuellement pendant entre la France et l'Allemagne, au sujet de la possession de l'Alsace- Lorraine. Quant à l'efficacité d'un tribunal international, dont les verdicts n'auraient pour sanction que la force morale de l'opinion, serait-elle plus grande que celle d'un tribunal ordinaire qui n'aurait point de gendarmes à son service ? La force morale est certainement très respectable, mais elle n'est respectée qu'à la condition de s'appuyer par une force matérielle suffisante. i,e bon sens pratique des nations ne s'y trompe pas, et c'est pourquoi,

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tout en se plaignant du fardeau écrasant que leur impose la paix armée, elles ne fournissent que de rares adhérents et de faibles subsides aux sociétés et aux conj-rès des amis de la paix.

Les hommes d'Ktat, conservateurs du slnlii quo européen, n'ont pas des visées aussi radicales, mais ont-ils mieux réussi à assurer la paix en constituant l'alliance austro-allemande, à laquelle s"est ralliée l'ilalie? Certes, on ne peut mettre en doute leurs intentions pacifiques, et on doit pleinement ajouter foi aux paroles de l'Kmpereur d'Allemagne, affirmant à la réception de Guild Hall que « son but est, avant tout, le maintien de la paix ». Mais, en dépit de ces affirmations pacifiques, si fréquemment renouvelées depuis la constifulion de la Triple-Alliance, ou de son autre nom : la « Ligue de la paix >, avons-nous vu s'abaisser le risque de guerre et diminuer le fardeau des armemonis? L'Europe n'a-t-elle pas continué à élre un vaste camp, et si la guerre a pu élre ajournée jus(|u'à présent, qui peut répondre que quelque événement imprévu ne la fera pas éclater demain ? La Triple-Alliance réunit un faisceau de forces imposantes, soit! mais si puissante qu'on la suppose, sa puissance dépasse-t-elle celle que pourraient déployer la France et la Russie alliées? Entre ces deux groupements formidables, la lutte est possible et l'issue en est douteuse. Faut- il donc s'étonner si la constitution et le renouvellement de la Triple-Alliance n'ont pas suffi à rassurer l'Europe, si le risque de guerre qu'elle subit et la prime d'assurance qu'elle se résigne à payer, sous forme d'armements, ont atteint leur maximum ?

Cependant, cette situation périlleuse et onéreuse peutelle se perpétuer? L'Europe peut-elle continuer indéfiniment à supporter les charges qu'elle lui impose? Ces charges sont telles, vous le saver,, qu'elles dépassent celles que les peuples rivili^és ont eu à supporter même aux

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cpnques où leur existence était menacée par les invasions barbares. Les effectifs militaires que l'Europe maintient sur pied en pleine paix s'élèvent au chiffre énorme de 3,860,000 hommes. Kii temps de guerre, ils peuvent être portés à 12,4oa,000. F, 'entrelien de ces effectifs, sans compter les frais de construction des forteresses et de la réfection périodique du matériel que nécessite le perfectionnement continu des instruments d'attaque et des appareils de défense, absorbe annuellement une somme de i>,600 millions de francs. I>es revenus ordinaires des Etats n'y peuvent pas suffire et, depuis 1870, les dettes des nations européennes se sont élevées, sous l'influence de cette cause, de 16 milliards à 120. Voilà le compte des frais de la paix armée.

Je n'ignore pas que le développement extraordinaire de la richesse, depuis l'avènement de la grande industrie, permet aujourd'hui à la communauté européenne de supporter des charges sous lesquelles elle aurait succombé à d'autres époques. Mais on peut se demander, en présence de la persistance de ses déficits budgétaires et de l'accroissement continu de ses dettes, si les dépenses des gouvernements n'augmentent pas dans une progression plus rapide encore que les ressources des populations. Ce qui semblerait l'attester, c'est le m(;conteiilement grandissant de .jour en jour dos classes inférieures qu' paient sans les voir, je le veux bien, mais non sans en sentir le poids, des impôts indirects alourdis et multipliés, c'est la clientèle de plus en plus nombreuse que ce m«!Contentement attire au collectivisme, à l'anarchisme et aux autres formes du socialisme, (^e péril intérieur, qui commence à alarmer sérieusement les esprits prévoyants, on ne peut le conjurer que par une amélioration substantielle de la condition de la multitude des travailleurs, et cette amélioration on la demandera en vain aux combinaisons factices et stériles du socialisme d'État, on ne l'obtiendra que [»ar

itHi. GKANhKUK KT DÉCAItKNCK KK LA <;L'KI<Kl!:

l'au^'inentation et la diffusion nalurolles de la richesse. Or, on ne saurait se dissimuler que depuis quelques ann(^es le mouvement ascendant de la production et de la richesse s'est sinon arrêté, du moins ralenti, et ce ralentissement il n'est pas bien malaisé d'en découvrir la oause principale, savoir l'augmentation des charges publiques, déterminée elle-môme par l'excès des d«''penses militaires; les gouvernements ont rté obligés d'agf;raver le poids des impôts qui grèvent la consommation et, par une inévitable répercussion, la production ; l'industrie a fait entendre des plaintes de plus en plus vives et a demandé à être protégée contre la concurrence étrangère, que l'accroissement de ses charges lui rendait plus diflicile h supporter. On a déféré à ses vœux, on a relevé les tarifs et on continue à les relever tous les jours; mais ai-je besoin de dire que la protection ne diminue pas les charges de l'industrie, au contraire ! qu'elle n'allège le fardeau des uns (|ue pour alourdir, dans une mesure plus forte, le fardeau des autres; bref, quel'Europe, redevenue protectionniste, sera moins capable de pourvoir aux dépenses de l'énorme appareil de la paix année (lu'elle ne l'était sous le régime de demi-liberté commerciale, issu des traités de lsr»0. Ce n'est pas tout. Jusqu'à présent, son industrie a été presque exclusivement en possession de l'approvisionnement des articles manufacturés du reste du monde. Aujourd'hui, l'industrie américaine commence à entrer en concurrence avec elle. Sous le régime de la protection, aggravé par le bill .Mac Kinley, cette concurrence peut n'être pas bien redoutable, mais si la réaction libre-échangiste vient, comme il y a apparence, à prendre le dessus aux Ktals- Unis, si l'industrie américaine, déjà exempte des charges du militarisme, vient à être débarrassée des charges de la protection qui élèvent artinciellemeni ses prix, ne supplantera-t-elle pas l'industrie européenne sur les marchés dont celle-ci possède acluellemenl le monopole?

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Que conclure de de là, sinon que TEurope, sous peine de voir s'aggraver le péril intérieur de socialisme et le péril extérieur de la concurrence de l'industrie grandissante des États-Unis et de s'exposer ainsi à une inévitable décadence, doit aviserj^ sans relard, aux moyens d'alléger le fardeau accablant de ses charges publiques, tout en se préservant plus efficacement de la ruineuse calamité de la guerre.

Ce problème, nous venons de voir que la Triple Alliance est impuissante à le résoudre, qu'elle a élevé le risque de guerre plutôt qu'elle ne l'a abaissé, et qu'en portant ce risque au maximum elle a porté aussi au maximum les frais de l'appareil d'assurance desliné à le couvrir. Recherchons donc s'il ne serait pas possible de recourir à quelque autre combinaison politique qui permette de réaliser ce desideratum universel : assurer économiquement la paix.

Kn dehors des puissances militaires. l'Allemagne, l'Autriche, l'Italie, la France et la Russie, qui jouent actuellement un rôle actif dans la politique de l'Kurope, et qui ont le pouvoir de déchaîner la guerre sans posséder celui de l'empêcher, il exisie une puissance de premier ordre, l'Angleterre, qui, obéissant au principe de la non inlervention, garde une attitude de neutralité dans les affaires continentales et une série de puissances secondaires, la Belgique, la Hollande, la Suisse, l'Kspagne, la Turquie, etc., qui ont un rôle purement passif et n'exercent aucune inllueuce appréciable sur les affaires générales de l'Europe. Ces puissances, les unes volontairement neutres, les autres passives, n'exercent qu'une bien faible influence sur la solution des questions qui intéressent la communauté, et dans le cas où un conflit viendrait à surgir entre les puissances engagées dans la Triple Alliance, d'une part, la France et la Russie, de l'autre, il ne dépendrait pas d'elles, dans leur état actuel d'isolement, d'empêcher une guerre,

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qui pourrait cependant compromettre rcxistcncc de quelques-unes et qui imposerait à toutes des dépenses extraordinaires, tout en leur infligeant les perturbations et les dommages de la crise de guerre. Ces puissances, neutres ou passives, pourraient être comparées à ces électeurs qui refusent de s'enrôler dans un parti politique, soit qu'ils veulent s'abstenir de prendre part aux luttes «''lectorales, soit qu'ils veulent conserver la liberté de voter à leur puise, lis ont beau (Hre nombreux, plus nombreux même que les électeurs enrôlés dans un parti, ils ne comptent pas. Les affaires de la nation se décident sans eux et cependant ces décisions auxquelles ils n'ont pas pris part, sur lesquelles ils n'ont exercé aucune influence, ils sont obligés de les subir, si contraires qu'elles puissent être à leur opinion, si nuisibles qu'elles soient à leurs intérêts.

Je veux bien qu'en refusant d'aller grossir les rangs des partis existants, ils cèdent à de justes répugnances, je veux bien qu'aucun de ces partis ne leur paraisse mériter leur concours, mais il n'en est pas moins vrai qu'en demeurant isolés et en suivant chacun sa fantaisie, ils sont comme s'ils n'existaient pas, tamlis qu'eu se réunissant, en s'associant, ils pourraient constituer une force avec laquelle les partis qui décident des affaires de la nation seraient obligés de compter.

Eli! bien, supposons que les puissances qui jouent actuellement le rôle de ces électeurs neuires ou passifs, en considérant les charges que leur impose et les périls que leur fait courir le partage de l'Europe politique en deux camps, se décident à sortir de leur isolement; supposons qu'elles s'associent en vue de maintenir la paix qui est devenue le premier besoin des peuples civilisés, et qu'elles constituent, par leur association, une force avec laquelle les puissances les plus belliqueuses seront obligées de compter; supposons que cette « Ligue de la paix » ne se

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borne pas à dire, comme le faisait récemment sir James Fergusson, de l'Angleterre, que « ses sympathies seront avec la puissance qui voudra maintenir la paix contre celle qui voudra la rompre », mais que toute la force matérielle dont elle dispose appuiera ses sympathies, bref, qu'elle joindra ses armées et ses Hottes à celles de la puissance attaquée contre celles de la puissance attaquante, ce poids qu'elle menacera de jeter dans la balance des forces ne rendra-t-il pas la lutte impossible, en en rendant d'avance l'issue certaine? Si l'Ilalie se détachait de la Triple Alliance pour s'unir à l'Angleterre, à la Turquie, à l'Espagne et aux autres puissances actuellement neutres ou passives pour former une « Ligue de la paix » cette fois véritablement digne de ce nom, cette Ligue ne disposerait-elle pas d'une force telle qu'aucune puissance ou même aucune Ligue constituée en vue d'une guerre ne pourrait désormais, sans commettre un acte de folie, attenter au repos de l'Europe. Mais alors n'arriverait-il pas dans la communauté européenne ce qui est arrivé au sein de chaque nation lorsqu'un pouvoir armé d'une force suffisante s'est constitué pour mettre fin à l'anarchie féodale : c'est que les seigneurs les plus puissants et les plus querelleurs, ne pouvant plus vider leurs différends eux-mêmes sous peine de s'exposer à une répression certaine, ils ont renoncé à conserver à leur solde une troupe coûteuse d'hommes d'armes, ils ont laissé tomber en ruines les murs de leurs forteresses pour aller habiter des demeures ouvertes et confortables, et il a suffi d'un petit nombre de gendarmes et de sergents de ville pour assurer la paix intérieure. N'en serait-il pas de même pour la paix extérieure si elle était garantie par une force défensive, qui dépasserait n'importe quelle force agressive? Le désarmement qui est impossible aujourd'hui, comme il Tétait à l'époque anarchique du moyen âge, ne s'opérerait-il pas de lui-même lorsque l'armement serait devenu inutile, et le problème

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de l'assurance économique de la paix ne serait-il pas résolu?

Je ne me dissimule pas les difficultés que présenterait, dans Télat présent des esprits, cette constitution d'une Ligue de la paix. Je comparais tout à l'heure les puissances qui pratiquent la politique de non intervention, à ces électeurs abstenants, soit par indifférence, soit parce qu'aucun des partis existants ne satisfait leur opinion. Chacun sait combien il est difficile de les réunir pour former un parti autonome, ayant son programme et résolu à agir pour le faire prévaloir, l/entreprise n'est cependant pas impossible, et nous avons vu récemment aux Ktals- Unis se constituer en dehors des vieux cadres, une alliance des fermiers qui, en s'alliant au parti démocrate, a infligé une défaite signalée à la coalition républicaine et protectionniste. Serait-il davantage impossible d'associer dans un intérêt commun, les non interventionnistes et les autres abstenants de la communauté européenne ? Il faudrait vaincre sans doute, chezeuf, des habiludt's d'inertie sinon d'indifférence enracinée, pour les déterminer à abandonner leur attitude passive et à jouer un rôle actif dans le règlement des affaires générales de l'Europe. Mais quelle que soit leur inertie, peuvent-ils n'être point préoccupés du danger croissant de la situation aciuelle? » supportentils pas leur part des charges écrasantes que nécessite la paix armée? Et si une guerre vient à éclater, ne souffrirontils pas de la crise générale qui l'accompagnera, sans parler du péril qui pourra menacer la neutralité et même l'existence de quelques-uns des petits Ktiits, tels que la Hollande, la Belgique et la Suisse? Kniin, si l'Europe, minée par le socialisme et atteinte^ dans ses débouchés, par la concurrence américaine, ploie sous le poids de ses charges, ne seront-ils pas englobés dans sa décadence?

Il s'agirait donc de rassembler ces membres isolés, et impuissants dans leur isolement, de la communauté euro-

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péenne pour associer leurs forces et en faire un tout puissant instrument de paix. Je me demande pourquoi l'Italie, cette nouvelle venue parmi les nations, justement ambitieuse de s'y faire une place digne de son passé glorieux, ne prendrait pas cette initiative bienfaisante. Dans la Triple Alliance, où elle s'est hâtivement engagée, l'Italie ne jouera jamais qu'un rôle subordonné, elle sera obligée de suivre l'impulsion qui lui sera donnée par ses deux puissants alliés, et, en attendant, elle sera condamnée à supporter, sans terme, un fardeau disproportionné d'armements qui empêche le développement naturel de ses ressources. En se dégageant de la Triple Alliance pour prendre l'initiative de la constitution d'une Ligue destinée à assurer la paix, n'acquerrait-elle pas une autorité morale supérieure et une inlluence politique qui seraient la juste récompense du plus grand service qui puisse être rendu aujourd'hui au monde civilisé ?

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