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CHAPITRE PREMIER

CAUSK ET OBJET 1»E LA GUERRE DANS LES TEMPS PRIMITIFS. LA CHASSE ET LA GUERRE

Les lois naturelles de Técouornie des forces et de la concurrence. — Comment elles se sont combinées pour produire le phénomène de la guerre. — Différence entre la chasse et la guerre. — Les profits de la guerre aux espèces concurrentes de l'animalité. — Cause déterminante de la chasse à l'homme. — Les sacrifices humains. — Cause déterminante de la guerre entre les variétés concurrentes de l'espèce humaine. — Profit qu'elle rapportait au vainqueur. — Quelle répondait à l'intérêt général et permanent de l'espèce, autrement dit qu'elle était utile.

C'est dans la nature de l'humine et dans les conditions d'existPncfi qui lui ont été faitos dès son apparition sur la terre qu'il faut chercher les causes du phénomène de la guerre. L'homme est, comme toutes les autres créatures, un composé de matière et dp

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forces. Comme elles encore, il est obligé de renouveler continuellement les matériaux de sa vitalité. Il les renouvelle par la consommation de matériaux cl de forces qui leur soient assimilables. Mais ces éléments de vitalité, il ne les obtient point gratuitement. Il doit les découvrir et les approprier à sa consommation. Cette découverte et cette appropriation exigent une dépense préalable de forces vitales. Or, toute dépense des forces constitutives de la vitalité cause une souffrance, une peine, tandis que toute acquisition de ces mêmes forces procure une jouissance. Si la somme de forces vitales dépensées dépasse la somme acquise, la différence constitue une perte, et dans le cas contraire un profil. Ces! en vue de l'excédent de jouissance sur la peine, représenté par le profit, que l'homme met en œuvre ses forces vitales, qu'il travaille et qu'il s'applique à obtenir, en échange d'un minimum de dépense, partant de peine, un maximum de matériaux do vitalité, partant de jouissance. Telle est la loi naturelle do l'écimomie des forces ou du moindre effort qui gouverne l'activité de l'homme aussi bien que celle de toutes les autres créatures.

Mais à cette loi qui dérive de la nature de l'homme s'en joint une autre qui dérive de l'état du milieu où il puise ses moyens d'existence, c'est la loi de la concurrence vitale. Le phénomène de la guerre est le

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produit de l'opération combinée de ces deux lois naturelles. Et sa raison d'être apparaît visiblement quand on examine les conditions auxquelles l'espèce humaine pouvait subsister.

Notre globe est peuplé d'une immense multitude de créatures vivantes, les unes formant le contingent des espèces végétales, les autres celui des espèces animales. Les végétaux sont les matériaux de subsistance des animaux herbivores, et ceux-ci alimentent les carnivores. L'homme, qui occupe le sommet de l'échelle de l'animalité, se nourrit des uns et des autres : il est omnivore. En conséquence, il a été dès l'origine en concurrence pour sa subsistance avec les espèces herbivores, qui la demandaient comme lui à la recherche des fruits naturels du sol, et avec les espèces carnivores, qui vivaient comme lui encore de la chasse aux variétés les plus faibles de l'animalité. Mais en même temps qu'il était un concurrent pour ces dernières, il était une proie pour celles qui lui étaient supérieures en force et se trouvaient mieux pourvues d'armes naturelles. 11 fallait donc ou qu'il se dérobât à leur poursuite ou qu'il engageât avec elles une lutte moi lello.

Sous l'excitation de cette nécessité do se défendre contre des animaux individuellement plus forts, l'homme s'est associé à ses semblables ; il a constitué des sociétés, sous les formes primitives de troupeaux,

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de clans ou de tribus. Kn cela, il ne s'est pas comporté autrement (|ul' la plupart des autres espèces, mais ce qui la élevé au-dessus du reste de raninialité, c'est Finvention d'un armement artificiel qui, en suppléant à rinsuffisance de son armement naturel, lui a permis k la fois do lutter sans désavantage contre les esp«'ces pour lesquelles il »''tail une proie et «l'atteindre avec moins do peine celles auxquelles il demandait sa subsistance.

Nous apercevons ici la dillerence qui existe entre la chasse et la guerre. Lhomme fait la chasse aux. animaux dont il se nourrit. Il fait la guerre k ceux auxquels il sert de nourriture. Mais ce n'est pas seulement on vue d'assurer sa sécurité qu'il s'efforce de les exterminer, c'est atin de se débarrasser de la concurrence qu'ils lui font comme chasseurs.

Sans doute, cette extermination des concurrents k la subsistance impliquait une lutte, partant une dépense de forces et un risque. Cette lutte, les hommes ne trouvaient avantage k l'engager qu'autant qu'ils avaient ou croyaient avoir des chances suffisantes d'en sortir vainqueurs. Ces chances dépendaient de la force, de l'intelligence et surtout du courage dont ils étaient doués, comme aussi de l'efficacité de l'armement artificiel qu'ils pouvaient opposer à l'armement naturel de leurs concurrents. Selon toute apparence, ce fut seulement après avoir inventé les premiers

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engins de chasse et de guerre qu'ils entreprirent une lutte demeurée jusqu'alors trop inégale. Celte lutte entre les hommes les plus forts et les plus courageux et leurs concurrents des grandes espèces de l'animalité se poursuivit durant la longue période des temps primitifs, et les annales de tous les peuples nous en ont transmis les épisodes. C'est Hercule, armé de sa massue, qui triomphe du lion de Némée et de l'hydre de Lerne; c'est Thésée qui perce de ses flèches le minotaure de Crète. Le profit que cette guerre engagée avec les monstres procure à 1 homme est de deux sortes : c'est d'abord la sécurité qu'elle lui assure; c'est ensuite l'économie de travail et de peine qu'il réalise dans l'acquisition du gibier qu'il n'est plus obligé de partager avec des concurrents faméliques. Ce double profit compense et au delà la somme de forces vitales qu'il a dépensée, le risque qu'il a couru, en un mot la peine que la lutte lui a coûtée.

Telle est la cause qui a déterminé la première guerre, celle que l'homme a entreprise contre les animaux pour lesquels il était une proie et qui lui faisaient concurrence pour l'acquisition de sa subsistance.

Mais le même besoin qui a donné naissance à l'industrie de la chasse et le même mobile qui a excité l'homme à faire la guerre à ses concurrents de l'ani-

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mfilité devaient siiscifor la chasse et la guerre aux hommes eux-mêmes.

La chasse d'ahord. La chair humaine est nn aliment, et, dans les régions où les animaux comestibles étaient rares, elle pouvait «^tre acquise avec moins de peine que celle des autres espèces. Cependant, la chasse à l'homme n'aurait point présenté un profit suffisant si tous les hommes avaient été égaux en forces et en aptitudes de combat ; mais les variétés de l'espèce sont ji cet égard «'ssentiellemenl inégales. Les unes tiennent de la nature des animaux carnassiers; elles possèdent les facultés combatives du lion, du tigre, du loup, du renard, les autres reproduisent les types et les aptitudes paisibles des herbivores. Dépourvues des facultés de combat, celles-ci étaient une proie facile pour les variétés carnassières de l'espèce.

Les sacrifices humains, qui se perpétuent chez les peuples en voie de civilisation juscju'à l'époque où rélevage du bétail leur fournit une alimentation moins coûteuse et probablement aussi plus salubre, attestent, sans parler des autres témoignages que nous apportent les traditions des temps primitifs, l'existence d'une période où la chasse à l'homme était la principale sinon l'unique industrie alimentaire des variétés supérieures de l'espèce. Une partie des produits de cette chasse était offerte aux divinités pro-

tectrices des tribus et servait à la subsistance de leurs prêtres. C'était la première l'orme de la Dime. Quand cette sorte de nourriture fut abandonnée pour des aliments rendus plus abondants et obtenus avec moins de peine par l'élève du bétail, on substitua peu à peu aux victimes humaines le bétail qui les avait remplacées dans l'alimentation générale. Toutefois, dans certaines circonstances, lorsqu'il s'agissait par exemple d'obtenir la coopération des Divinités pour quelque entreprise importante, on continuait h leur offrir des sacrifices humains que l'on estimait devoir leur être plus agréables, en raison delà supériorité de la valeur de cette sorte d'aliment en comparaison de celle du bétail.

Cependant, les tribus qui vivaient de la chasse aux animaux et aux hommes se trouvaient en concur rence pour l'acquisition de la subsistance. A mesure (jue leur population s'augmentait, elles ressentaient davantage le besoin d'agrandir leurs terrains de chasse et elles ne pouvaient les agrandir qu'aux dépens les unes des autres. De là des luttes inévitables et continuelles. Au témoignagne des missionnaires qui parcouraient l'Amérique du Nord aux xvr" et xvir siècles, les tribus de chasseurs qui occupaient ce vaste continent étaient perpétuellement en guerre, et leurs luttes avaient toujours le même objet : la conquête ou la défense des cantons giboyeux néces-

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saires à leur subsistance. Les vainqueurs exterminaient les vaincus et prenaient leur place.

On voit par là ce qui diiïérenciait la chasse de la guerre. La chasse consistait dans la poursuite d'un gibier, en vue de la satisfaction immédiate du besoin de nourriture. La guerre avait pour objet la suppression des concurrents, en vue de rendre cette satisfaction plus facile. Le profit de la chasse était direct, le profit de la guerre était indirect, et il se résolvait, en dernière analyse, en une augmentation du rendement de l'industrie alimentaire, l'ne tribu de chasseurs qui obtenait difficilement, dans les limites devenues trop étroites de son domaine, la quantité de subsistance nécessaire h la nourriture de sa population en voie d'accroissement, pouvait, en s'emparant d'un canton giboyeux occupé par une autre tribu, se procurer la même quantité en échange d'une moindre somme de travail et de peine. A la vérité, cette conquête impliquait une lutte dans laquelle elle devait dépenser une certaine somme de forces et courir un certain risque. Si elle était vaincue, elle risquait d'être dépouillée du domaine qui lui fournissait ses moyens d'existence et même d'être exterminée. En revanche, si elle remportait la victoire, elle réalisait un gain égal à la différence de la somme de force vitale dépensée dans la lutte et do celle que l'agrandissement de son domaine alimen-

taire lui permettait d'acquérir ou d'épargner. Elle pouvait augmenter sa population en proportion de l'accroissement de ses moyens de subsistance, et, en devenant ainsi plus puissante, étendre encore ses terrains de chasse par des conqu>*'tes ultérieures. Cependant, si l'on songe que la perte résultant de la défaite dépassait singulièrement le gain que pouvait procurer la victoire, on conçoit qu'une guerre ne devait être entreprise qu'après une mûre délibération et une connaissance aussi exacte que possible des forces ennemies. Si la tribu, dont les moyens d'existence devenaient insuffisants, par le fait de l'accroissement de sa population ou de la diminution de ses ressources alimentaires, se trouvait trop faible pour engager une guerre de conquête avec des chances raisonnables de succès, le soin de sa conservation l'obligeait à ralentir par l'infanticide l'essor de sa population ou bien encore à limiter le nombre des bouches k nourrir par le sacrifice des vieillards. Telle a été la raison d'être de coutumes qui nous semblent k bon droit barbares, mais qui étaient commandées par une impérieuse nécessité.

En résumé, dans cette première période de l'existence de l'humanité, où l'homme dépendait absolument pour sa subsistance des ressources alimentaires que lui offrait la nature, la guerre seule lui fournissait le moyen de les augmenter. Il devait en être

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ainsi jusqu'à ce qu'il eût réussi à les multiplier par son industrie. Kn attendant, la guerre était utile en ce qu'elle donnait la victoire aux plus forts, c'est-àdire aux plus capables d'assurer l'existence de l'espèce humaine, en lutte avec les espèces pour lesquelles l'homme était un concurrent et une proie. Mais est-il nécessaire d'ajouter que ce caractère d'utilité générale, les hommes forts et courageux, qui luttaient pour agrandir aux dépens les uns des autres leur domaine alimentaire, ne l'apercevaient point. Ils obéissaient simplement à la loi naturelle de l'économie des forces, en s'efîorçant d'obtenir une quantité plus grande de matériaux de jouissance en échange d'une moindre somme de travail et de peine.

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