JOSÉPHE, A. /,, XVII
(2) Bxdl. Corresp. Hell., 7, 18S3, p. Qi.
romanopbile avait élu roi Artavasde, l'oncle du défunt. Rome devait dire si elle voulait ou non le reconnaître (1), Le roi de Paphlagonie, lui aussi, était mort et sa succession présentait des difficultés, probablement parce qu'il n'y avait pas d'héritiers légitimes (2). En Germanie toutes les tribus étaient soumises^ mais il fallait donner aux territoires conquis la forme et l'organisation d'une province. Devant tout ce travail, Auguste s'appliqua à faire de son mieux. Il envoya en Germanie un de ses parents, Lucius Domitius Ahénobarbus, qui n'était pas un homme sans mérite, malgré son orgueil, sa violence et ses bizarrereries (3) : mais il n'imposa aucun tribut, n'introduisit aucune loi romaine, laissa les Germains sujets de nom, mais en réalité libres de se gouverner comme il leur plairait. Il est évident que, privé des conseils de Tibère qui connaissait à fond les affaires de Germanie, Auguste n'osa plus innover; il préféra s'en tenir au dangereux expédient de laisser la nouvelle conquête dans une situation incertaine, qui ne faisait d'elle ni une province romaine, ni un pays libre. 11 confia à Asinius Gallus (4) le soin d'étudier l'affaire de Cnyde; il se décida à faire reconnaître par le sénat le nouveau roi
(1) Tacite, Annales, II, 3-4; Dion, LV, x a, 6; mais la date est très incertaine.
(2) L'annexion de la Paphlagonie à l'empire eut lieu entre l'an 6 et l'an 5 avant J.-C. Voy. C. I., Gr., 4154; Doublet dans le Bull. Corr. Hell., 1889, p. 306; Ramsay dans la Revue det études grecques, 1893, p. 251. La raison de l'annexion ne nous est pas connue : je suppose que ce fut, comme pour la Galatie, le manque d'héritiers légitimes.
(3) Suétone, Nér., 4. Les textes, à dire vrai, ne nous prouvent pas clairement que Domitius ait été le sucesseur de Tibère en Germanie, mais c'est une supposition vraisemblable que fait WiNKELSESRR, De vebus Divi Augusti auspiciis in Germania (jeslis. Dctmold, 1901, p. 23.
(4) Bull. Corr. Hellen., 7, 1883, p. 62, v. 11.
d'Arménie, et à proposer au sénat l'annexion de la Paphlagonie qui serait unie à la Galatie (1); il continua à donner des avertissements à Julie, bien qu'il se rendit compte qu'il y perdait son temps (2 ) ; il s'efforça par tous les moyens de préserver au moins Caïus et Lucius de la contagion de l'universelle corruption ; au peuple qui demandait du vin, il indiqua pour se désaltérer les nombreuses fontaines dont Agrippa avait doté Rome (3), et pour donner plus de force à son conseil, il fit réparer cette année-là tous les aqueducs (4); mais il dut se résoudre, pour apaiser le peuple qui s'agitait, à faire une distribution d'argent, et à donner 60 deniers par tête à 320 000 personnes, en prenant bien entendu cet argent dans sa caisse personnelle (5). Ce fut encore avec son argent qu'il aida le trésor à payer cette année-là leur pension aux soldats congédiés (6). Les finances étaient toujours en très mauvais ■état. Pour les restaurer véritablement, il aurait été nécessaire d'exiger les tributs avec plus d'énergie, de refréner les vols des publicains, de reprendre aux particuliers, comme Tibère le proposait, les terres et les mines de l'État^ qui avaient été usurpées ou concédées en échange de vectigalia dérisoires. Mais comment ce gouvernement vieilli aurait-il pu oser se heurter à tant d'intérêts particuliers? Il semblait préférable de continuer à avancer ainsi un peu au hasard, en ayant confiance dans l'avenir, et surtout dans la bourse et dans la générosité d'Auguste, toutes les deux inépuisables,
(1) Franz Cumont, dans la Revue des études grecqves, 1901, p. 38.
(2) Voy. les anecdotes racontées par Magrobe (Sat., II, 5)
(3) Suétone. Aug., 42.