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18 GRANDEUR ET DÉCADENCE DE ROMl::

donnait de nouveau des fruits! Dans la dissolution universelle de la noblesse, une des plus anciennes familles aristocratiques de Rome, celle des Claudes, fournissait à la république deux hommes qui tenaient bien leur place à côté des gloires passées, qui, entre vingt et trente ans, donnaient des preuves d'une énergie, d'une intelligence, d'une pureté de mœurs que l'on cherchait en vain dans les beaux palais et sous les grands noms de Rome. Le public ne tarda guère avoir en Drusus et en Tibère cette renaissance de la noblesse historique que l'on souhaitait si ardemment pour le salut de la république; et la joie, l'admiration, l'enthousiasme furent si grands, qu'Auguste demanda à Horace de célébrer dans ses vers cet heureux événement. Et Horace, qui cependant s'était refusé à célébrer les hauts faits d' Agrippa et d'Auguste, y consentit. Fat-il flatté par cet appel d'Auguste qui, en le choisissant ainsi, le désignait, maintenant que Virgile était mort, comme poète national, et l'imposait pour ainsi dire à l'admiration du public qui, jusque-là, s'était montré si tiède pour ce poète à demi grec de Venouse? Se laissa-t-il tenter par l'espoir qui tient toujours au cœur de tout poète, ennemi de la foule malgré lui, de devenir populaire comme Virgile, en traitant un sujet de poésie nationale? Ce qui est certain, c'est qu'il composa cent vingt-huit de ses vers si précieux, et deux odes, l'une pour Drusus, l'autre pour Tibère. Dans la première (c'est la quatrième du Uvre IV), il nous montre Drusus qui fond sur les Rhétiens et les Vindéliciens.

Qualeni ministrum fulininis alitem, Cui rex deorum regnum in aves vagas Permisit expertus lidelem Juppiter in Ganimede flavo,

Olim juventas et patrius vigor Nido laborum propulit inscium Vernique jam nimbis remotis Insolitos docuere riisus

Venti paventerà, niox in ovilia Demisit hostem vividus impetus, Nunc in reluctautes dracones Egit amor dapis atque pugnœ...

Celui qu'on prétend avoir été le poète de cour de la nouvelle monarchie ne voit dans la gloire des deux frères rien qui augmente le prestige récent d'une dynastie; il y voit au contraire la fleur de la vertu qui renaît sur le vieux tronc de la tradition aristocratique, foudroyé par tant de révolutions ; il y voit, personnifiée dans Auguste, la preuve vivante de la doctrine aristocratique, Tancienne famille romaine où les vertus se transmettent de père en fils par la voie de l'hérédité et de l'éducation.

sed diu

Lateque victrices catervse Consiliis juvenis revictse

Sensere, quid mens rite, quid indoles Nutrita faustis sub penetralibus Posset, quid Augusli paternus In pueros animus Nerones.

Fortes creantur fortibus et bonis; Est in juvencis, est in equis patrum Virlus, neque imbellem féroces Progenerant aquilae columbam.

Horace, comme tant d'écrivains modernes, justifie déjà l'aristocratie par des ari^uments biologiques sur la descendance et sur l'hérédité, même s'ils sont plus gros-

siers que ceux dont se servent aujourd'hui les disciples de Darwin. Mais l'hérédité, à elle seule, ne suffit pas, même pour Horace; l'aristocratie, si elle est une loi de la nature, est en partie aussi l'œuvre réfléchie de l'éducation et de la tradition dont la famille est l'organe.

Doctrina sed vim promovet insitam, Rectique cultus pectora roborant; Utcumque defecere mores, Dedecorant bene nata culpae.

Quid debeas, o Roma! Neronibus, ïestis Metaurum flumen et Hasdrubal Devictus et pulcher fugatis Ille dies Latio tenebris,

Qui primus aima risit adorea, Dirus per urbes Afer ut Italas

Geu fiamma per taedas vel Eurus Per Sicuias equitavit undas.

Post hoc secundis usque laboribus Romana pubes crevit, et impio Vastata Pœnorum tumultu Fana deos habuere rectos,

Dixitque tandem perfidus Hannibal.

€ Cervi, luporiim praeda rapacium, , Sectamur uitro, quos opimus Fallerà et efiugere est triumphus.

Gens, quaî cremato fortis ab Ilio Jactata Tuscis aîquoribus sacra Natosque maturosques patres Pertulit Ausonias ad urbes,

Duris ut ilex tonsa bipennibus Nigraî feraci frondis in Algido,

r*er damna, per caedes, ab ipso Ducit opes animumque ferro.

Non hjdra secto corpore firmior Vinci dolentem crevit in Herculem Monstrumve submisere Colchi Majus Echionseve Thebae.

Merses profundo, pulchrior evenit; Luctere, multa proruit integrum Cu m laude victorem gerilque Proelia conjugibus loquenda.

Carthagini jam non ego nuutios Mittam superbos ; occidit, occidit Spes omnis et fortuna nostri Nominis Hasdrubale interempto. »

Nil Claudiae non perficiunt manus, Quas et benigno numine Juppiter Défendit et curae sagaces Expediunt per acuto belli.

C'est ainsi que le poète le plus illustre de Tépoque, défe'rant au désir d'Auguste, célébrait les exploits accomplis en Vindélicie et la gloire nouvelle d'une des plus anciennes familles de l'aristocratie romaine, qui n'était pas celle des Jules mais celle des Glandes.

L'ode en l'honneur de Tibère était moins philosophique et plus descriptive. Horace y associait le mérite de Tibère à la gloire d'Auguste. C'est vers celui-ci qu'il se tournait tout d'abord. |

Quae cura patrum quaeve Quiritium (1) Plenis honorum muneribus tuas, Auguste, virtutes in œvum Per titulos memoresque fastus

Aeternet. . . ?

(1) Odes, IV, 14.

Puis, après avoir rappelé brièvement les guerres de Drusus, il décrivait longuement, avec un peu de rhétorique mais aussi beaucoup de coloris, Tibère combattant comme un guerrier d'Homère :

Spectandus in certamine Martio Devota morti pectora libérée Quantis fatigaret ruinis Indomitas prope qualis undas

Exercet Auster, Pleiadura choro Scindente nubes, impiger hostium Vexare turmas et frementem Mittere equum medios per ignés.

Et il continuait, en le comparant à l'Aufide grossi par les plaies, et en rappelant que le 1" août, jour de la victoire de Tibère sur les Vindéliciens, était aussi l'anniversaire du jour où Auguste était entré dans le palais abandonné de Cléopâtre. Il revenait, enfin, pour finir, au beau-père du jeune héros, et célébrait en Auguste la grandeur et la puissance de Rome :

Te Cantaber non ante domabilis Medusque et Indus, te profugus Scythes Miratur, o tutela prgesens Ilaliae dominaeque Romœ!

Te, fontium qui celât origines, Nilusque et Ister, te rapidus Tigris Te beluosus qui remotis Obstrepit Oceanus Dritaniiis,

Te non paventis funera Galbai Durœque tellus audit lliberia), Te cœde gaudentes Sygainbri Compositis venerantur armis.

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