IV
Antoine et Cleopatra d'une alliance et en même temps d'une lutte, car il s'agissait de savoir lequel des deux serait l'instrument et la victime de l'autre. Cléopâtre qui, dès le début certainement, désirait le divorce d'Octavie, et qui était opposée à l'expédition de Perse, fit d'abord mine de se plier aux désirs d'Antoine, mais aussitôt après le mariage elle avança de nouvelles prétentions; elle lui demanda de lui faire présent de nouvelles possessions et se mit à intriguer contre Hérode qu'elle voulait faire déposer pour avoir la Judée (i); elle convoitait l'Arabie, Tyr et Sidon (2). Mais Antoine, qui savait encore résister aux charmes de la rusée Égyptienne, ne lui accorda rien; il lui conseilla même de ne pas trop s'entremettre dans les affaires des États tributaires (3). Et il hâta ses préparatifs.
Il n'est point douteux qu'Octave dut être très mécontent de cet étrange mariage politique, quand il l'apprit au commencement de l'an 36. Ce n'était pas l'outrage fait à sa sœur qui le préoccupait, mais l'augmentation de puissance que ce mariage pourrait apporter à son beau- frère. Antoine, après avoir ajouté la riche' Egypte à ses provinces, n'allait-il pas, s'il réussissait aussi dans l'expédition de Perse, devenir incomparablement plus puissant que lui et que tout le monde? Mais pour le moment, il n'y avait pour lui rien à faire, sinon à se hâter de faire la guerre de Sicile, de façon à ce qu'elle fût terminée avant qu'Antoine ne revînt de Perse. L'Italie au contraire ne s'émut guère de ce mariage, bien que ce fût un nouveau pas vers la séparation des provinces d'Orient d'avec les provinces d'Occident, qui devait ruiner la métropole. La nation demeu-
(1) JoiÈPHE, B. J., VIT, VIII, 4; X. /., XV. m, 5 et 8