III
(4) III, S, ▼. 33 et suhr.
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la villégiature^ les festins, les jolies femmes^ les distractions. En se servant de strophes légères et des mètres grecs les plus souples, il adresse des invitations à ses amis ou leur demande de préparer un bon repas; ou encore il vient interrompre par ses exagérations comiques des convives avinés^ priant l'un d^eux de lui révéler le nom de sa belle (1). Il peint aussi en couleurs vives et avec une grande richesse de motifs mythologiques de petits tableaux erotiques où dominent tantôt le sentiment, tantôt la sensualité, et tantôt Pironie. Le poète reproche en plaisantant à Lydie d'avoir inspiré à Sybaris une telle passion qu'il n'est plus visible pour aucun de ses amis (2); ailleurs il dépeint avec de brûlantes images les tourments de la jalousie (3) ; ailleurs, en lui faisant de gracieuses descriptions, il invite Tyndaris à se retirer dans une vallée éloignée de la Sabine, où Faunus enfle ses pipeaux, pour y fuir les feux de la canicule et l'insolent Cirus qui trop souvent porte sur elle ses mains violentes (4); ailleurs encore il dit son amour pour Glycère « dont le corps brille d'un éclat plus pur que le marbre de Paros » (5). Un jour, tandis qu'il se promène seul et sans armes dans les bois en pensant à Lalagé, il rencontre un loup et le loup s'enfuit. Horace tire de là une singulière philosophie : c'est l'amour qui donne à l'homme un caractère sacré; l'amoureux est un homme pur. Aussi, quoi qu'il arrive :
Dulce ridentem Lalagen amabo, Dulce loquentem (6).
(1) III. 6, V. 33 et Buiv.
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Et nous voyons passer rapidement sous nos yeux d'autres femmes et d'autres amoureux. Voici Chloé qui s'enfuit, comme un faon effrayé par le vent qui mugit (i); des jeunes gens qui frappent en désespérés à la porte que leur a fermée brusquement Lydie (2); un amant qui se laisse dominer par une esclave avide^ rusée et autoritaire (3); un jeune homme qui s'est épris d'une fille qui arrive à peine à la puberté^ et à qui le poète, usant d'images compliquées, donne des conseils sages et ironiques, en lui disant qu'il a tort de vouloir du c raisin vert (4) i; la belle courtisane Barine, l'effroi des mères, des pères et des jeunes épouses, dont les serments font sourire le poète, n affirme avec une solennité plaisante qu'il est permis en amour de se parjurer.
Ridet hoc, inquam, Venus ipsa, rident Simplices Nymphœ, férus et Gupido (5).
Astérie qui attend Gygès, obligé de s'absenter pendant un hiver, et qui se laisse consoler par son voisin Énipée, est le sujet d'un petit tableau peint, conune à l'ordinaire, avec d'ironiques amplifications mythologiques (6). Plus loin c'est un gracieux dialogue entre des amants qui se querellent et excitent mutuellement leur jalousie, puis finissent par se réconcilier (7). D y a aussi des supplications adressées aux belles au cœur trop dur. Le poète y met toujours une légère ironie, comme dans sa prière à Mercure, à qui il dit que
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« pouvant conduire derrière lui les tigres et les forôts *, il doit aussi pouvoir apprivoiser une belle cruelle, et A qui il raconte tout au long, avec une exagération voulue^ rhistoire des DanaVdes (i). Et il termine aussi sur un ton plaisant ses poésies erotiques, en se comparant à un vieux soldat de l'amour, qui « après avoir combattu non sans gloire >, va déposer ses armes dans le temple de Vénus; mais il invoque aussitôt la déeàse qui Ta délivré de Chloé (2). La plupart de ces petits tableaux et de ces personnages étaient sans doute tirés de la poésie grecque et de la chronique galante de Rome; en tout cas cela devait être étranger au poète qui prend pour lui ce qu'il invente ou ce qui est arrivé à autrui. Ce n'est plus là, en effet, une poésie amoureuse personnelle comme celle de Catulle; c'est une poésie amoureuse littéraire, de réflexion, que le poète compose paisiblement, auprès de ses livres, au gré d'une fantai&de agile et heureuse, où se mêlent la sensualité et l'ironie, la fine psychologie et la virtuosité littéraire, et qui est dans la littérature le signe du changement qui se produisait dans les mœurs, à mesure que l'amour, l'ancien devoir civique de la propagation de la race^ dans la famille, devenait une stérile votupté personnelle, un spasme des sens, un caprice de l'imagination, une source de plaisirs esthétiques et un sujet de plaisanteries et de risées.
C'est ainsi que le poète exprimait tantôt la philosophie de la vertu qui dérivait de la tradition, et tantôt la philosophie du plaisir qui dérivait de l'art grec et des mœurs contemporaines. Horace ne fait aucune tentative pour concilier ces deux phiiosophies discor-