C. /. A., III
(2) Punk {N, H., IX, xxxv, 118) dit clairement que ce qui amena la chute de Lollius^ ce furent les regum munera, les concussions : hU est rapinarum exittu, hoc fuit quare M. Lolliuê infamatui rêgwn munerilnu et in loto Oriente interdieto amieitia a C. Caesare,.. velenum biberet. Cette explication est plus précise que celle de Yellôius qui est trôs vague (II, 102 : per fida et plena subdoli ae vernUi ^nimi contiUa per Parthum indieata Cae$ari)t et cela est d'ailleurs très vraisemblable si Ton songe aux mœurs du temps et à Timmense fortune que laissa Lollius.
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sur ses autres compagnons tous jeunes et corrompus* s'attira^ au dire d'un historien^ à la fois beaucoup d'ëloges et de blAmes (i). Il engagea bien des pourparlers avec les Parthes, et demanda avec fermeté à Phraatacès de renoncer à l'Arménie et à ses frères; mais peu à peu le voyage, après avoir débuté avec une véritable solennité diplomatique, dégénéra en une course aux plaisirs. Loliius, à la condition qu'on ne le dérangeât pas dans les grandes rançons qu'il prélevait, ne dérangeait pas les autres de leurs amusements; Caîus n'avait ni assez d'expérience, ni assez d'énergie pour réprimer ces folies; et ses compagnons, leurs esclaves et leurs affranchis surtout, conmiettaient bien des abus (2). Encouragé par le succès, LoUius en venait à employer des moyens plus audacieux pour se faire de l'argent; il semble avoir tenté d'en tirer de Phraatacès lui-môme, en lui proposant dans les pourparlers de lui faire obtenir certaines concessions, s'il voulait lui verser de très grosses sommes (3).
Cependant, les préparatifs pour l'expédition conUnuèrent au printemps et pendant Pété de Tan 1 de l'ère vulgaire; les pourparlers avec les Parthes furent aussi poursuivis, et avec succès. Phraatacès, en effet, n'osant faire la guerre, dut consentir à évacuer l'Arménie et à
(1) Yellbius Paterculus, II, CI, 1 : tam varie $ê ibi getuî (C. Caesar) ut nec laudaiurum magna née vUuperaturum midiocris materia defieiat,
(2) Voyez Suétone, Néron, 6.
(8) C'est du moins de cette façon que l'on peut interpréter à mon sens la phrase obscure do Velléius, II, cii, 1 : {perfida et plena tubdoli ae versuti animi tomUia, pw Parthum indieata Canari) en la rapprochant de ce que Pline (IX, zxxv, 118) nous a dit des rêgwn munera qui furent reprochôs à LoUius. Qu'aurait bien pu révéler Phraatacès à Calus César, sinon que Loilius lui avait demandé de l'argent?
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renoncer à ses frères (i). A Rome, cependant, dans la partie la plus sérieuse de la noblesse, un mouvement en faveur de Tibère commençait à se produire, presque imperceptible d'abord et très lent. Tibère avait dans la noblesse, parmi ceux qui l'avaient vu à Tœuvre pendant la guerre, ou qui avaient combattu sous son commandement, des admirateurs, qui pouvaient n'être pas nombreux, mais qui étaient sérieux et sincères. Ces admirateurs ne reconnaissaient pas seulement ses défauts, mais aussi ses qualités. Qui pouvait nier qu'il fût le premier général de son temps? Et ils regrettaient qu'un homme d'une telle énergie fût condamné à rester inactif à Rhodes, tandis que la vieillesse d'Auguste apportait de plus en plus de la torpeur dans les affaires de l'État. Par suite de la dissolution de la noblesse et de l'épuisement du sénat, le président de la république, avec sa famille, ses amis intimes et ses esclaves était désormais le moteur suprême de tout l'État, et tandis que le monde dans son étemelle jeunesse se renouvelait alors, comme il se renouvelle toujours, Auguste, vieux, fatigué, seul au milieu de tant de jeunesse, n'osait plus rien innover. Depuis quelque temps déjà les rentrées qui se faisaient au trésor ne sufûsaient plus pour compenser les dépenses qui avaient augmenté (2); mais Auguste ne se décidait
(1) Dion, LV, 10.
(S) Les difficultés financières qui existaient alors nous sont prouvées : 1* par le fait qu'après sa réconciliation avec Tibère, Auguste qui reprend un peu de vigueur s'occupe presque uniquement de trouver de nouveaux impôts; 2« par la prolongation jusqu'à vingt ans du service militaire, décidée en l'an 5 après J. C. (Dion, LV, 23). Cette prolongation fut sans doute Irendue nécessaire par la difficulté où l'on était de payer tous es ans à un seizième de l'armée le prix du congé; S* par la création de Vaerariwm miliiare, et par les acte» qui précédèrent cette création, actes qui, nous le verrons plus loin, prouvent
pas à étudier une réforme des impôts qui aurait rétabli Féquitibre; il préférait vivre au jour le jour, se servir continuellement d'expédients. Tantôt il prenait sur sa fortune personnelle, au risque de ruiner sa famille; tantôt il recommandait au sénat et aux magistrats de se montrer économes; tantôt il négligeait les services publics, et renvoyait à plus tard les dépenses et les paiements. Comme il est naturel, les services publics, toujours défectueux, menaçaient de se désorganiser partout, même à Rome où la population croissait, et où Tannone, la police, les secours contre Tincendie, tout était désorganisé et insuffisant, malgré la réforme des vicomagistri (i). Il aurait été nécessaire de confier la ville à une autorité vigoureuse, pourvue de moyens suffisants qui aurait réformé et réorganisé tous les services, au lieu de compter sur une centaine d'affranchis ignorants que Ton récompensait en leur permettant de revêtir, en certaines occasions, la robe prétexte et de marcher accompagnés de deux licteurs. Mais Auguste ne se décidait à rien; le peuple manifestait son mécontentement; les choses allaient tant bien que mal. Si la volonté du président se montrait paresseuse à Rome^ comment aurait-elle pu manier les hommes et les choses aux limites extrêmes de l'empire? I^es hommes qui avaient été exilés pendant les années précédentes se moquaient de leurs condamnations et abandonnaient les tristes résidences qui leur avaient été assignées; ils se rendaient dans des villes et dans d'agréables endroits
que Ton manquait même d'argent pour entretenir l'armée. On peut alors imaginer ce qu'il en était pour les autres services.
(1) Gomme nous le verrons en effet, après la réconciliation d'Auguste avec Tibère, un praefêctm annonoê et des vigiUt furent nommés. U est fréquemment question dans Dion de graves incendies à cette époque.
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du voisinage où ils faisaient venir leurs esclaves et leurs affranchis, et où ils menaient joyeuse vie (4). Personne ne protestait et la lex de adulterixs disséminait pour de nouveaux plaisirs dans tout TOrient et l'Occident les viveurs et les femmes légères de Rome . En Orient comme en Occident, Auguste semblait se fier surtout à la sagesse immanente des choses, plutôt qu'à sa sagesse et à son initiative personnelles, et il en était ainsi même pour la question la plus vitale de toutes, celle de l'armée. Le recrutement devenait tous les ans plus difficile en Italie, où, par suite de la richesse croissante, les hommes libres pouvaient trouver à vivre mieux qu'en faisant la guerre dans des pays lointains; la dépense annuelle des pensions qu'il fallait fournir aux soldats prenant leur congé devenait excessive; on ne pouvait plus tenir les promesses qui figuraient dans la loi militaire de l'an 44, et congédier les vétérans après seize années de service (2); il était nécessaire d'accroître continuellement les auxiliaires, c'est-à-dire d'affaiblir l'unité morale et nationale de l'armée romaine par des troupes hétérogènes; enfin les exigences des soldats croissaient d'un bout à l'autre de Tempire (3). Ils se plaignaient de ne pas pouvoir, avec dix asses par jour, payer les frais de leur habillement, de leurs armes, de leurs tentes; et ils demandaient qu'on leur donnât au moins un denier (4). Et leur réclamation était assez
(1) En effet eu Van 10 après J.-C. on tenta de refréner ces abus. DioK, LV. 27.
(t) C'est ainsi que peut s'expliquer la réfonne militaire de l'an 5 après J.-C, et la création de VaerariuM miliiare (Dion, LV, 23 et 25).
(S) Dioif, LV, 23 : xotXeiC(5c 81 8i^ tûv «rpatuotûv icpoc t^ t«5v M>c0v ff|Aixp6t7)Ta... oOx -Ijxiora Ix^ciw...
(4) Un passage de f aoits {Ann., I, 17) nous montre que telle était la solde et telle aussi la réclamation des soldats en l'an 14
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fondée : la prospérité, en effet, faisait hausser les salaires dans tout l'empire, grandir le prix de toute chose, et par suite la cherté de la vie; mais comment augmenter les dépenses^ alors qu'on n'avait même pas assez d'argent pour la solde et pour les pensions telles qu'elles étaient alors? Sourde et aveugle, bras croisés et poings fermés, l'avarice sénile d'Auguste n'entendait plus les réclamations des soldats, ne voyait plus les signes du mécontentement qui gagnait les légions. L'ordre des chevaliers continuait à dépérir de plus en plus; mais qui aurait osé proposer de nouvelles rigueurs contre cet égoïsme, maintenant que Tibère s'était attiré tant de haine pour avoir voulu ces rigueurs? Personne ne se souciait plus d'empêcher le lent suicide de l'aristocratie de Rome. Tous les États de l'Orient, les villes, les peuples alliés ou protégés pouvaient conserver leurs lois, leurs mœurs et leurs vices, sans que Rome osât intervenir dans leurs affaires, ni pour déraciner un mal, ni pour hâter quelque amélioration, ni non plus pour exiger des impôts plus élevés^ bien que la paix enrichît beaucoup l'Asie Mineure, la Syrie et l'Egypte. Archéiaûs n'avait pas tardé à montrer à la Palestine que, s'il avait la cruauté de son père, il n'avait ni son intelligence ni son énergie : mais Rome, malgré les engagements qu'elle avait pris avec le peuple juif^ feignait de ne pas s'en apercevoir. En Occident, au contraire, la Dalmatie et la Pannonie semblaient s'être résignées à subir le joug de Rome; mais l'exportation
après J.-C, au moment où Us se révoltèrent à la mort d'Aug:u8t6. Il me parait probable que la solde et la réclamation aient été les mêmes, quatorze ans auparavant, car il ne semble pas qu'il y ait eu dans cet intervalle aucune augmentation de solde. La loi de l'an 5 après J.-G. et Yaerarium militare assuraient plus de ponctualité dans le paiement, mais n'augmentait pas la solde.
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des métaux précieux, Tintroduction des mœurs exotiques, rimportation des marchandises orientales continuaient à miner l'ancien ordre de choses; le souvenir des dernières guerres s'affaiblissait, et une nouvelle génération arrivait qui était désireuse de tenter de nouveau la terrible épreuve. Il aurait été nécessaire de gouverner ces provinces avec une prudence toujours en éveil; et c'était à peine au contraire si Auguste pouvait y envoyer quelque médiocre legaius qui n'avait pas d'autre préoccupation que de prendre un peu d'argent au pays pour le trésor épuisé de Rome (1). Ainsi, au lieu de chercher de nouvelles ressources en Orient, où la paix accroissait la richesse, Rome s'obstinait à près-surer l'Occident pauvre et troublé. Mais la faiblesse incohérente de ce gouvernement sénile était encore plus manifeste qu'ailleurs dans les territoires récemment conquis au delà du Rhin. Auguste, depuis le 'départ de Tibère, n'avait pas osé imposer de tributs ou de lois aux populations soumises; il s'était contenté de faire séjourner des légions çà et là; d'établir des camps militaires qui, au milieu des villages barbares, étaient comme de petites villes rudimentaires; de former des corps auxiliaires; de corrompre la noblesse des différents peuples, en distribuant des honneurs et des saladres^ en donnant aux grands le droit de cité, la dignité équestre, en les nommant aussi à des commandements rémunérés dans les corps auxiliaires (2). Et assurément les camps militaires romains, avec les égionnaires et les nombreux marchands de tous les
(i) La grande insurrection commencée en Tan 6 après J.-C. fut en effet, comme les autres, occasionnée par les tributs que l'on voulait lever. Dion, LV, 29 : TaTç ^àp ifffOpaTc tûv Xpiiii^Tciiv oC AcXftdTai papuv6(uvot...
(8) Par exemple, le frère d'Arminius (Tacitk, il nna/es, II, 0}et Ségoste (Tacitb, AnnaUt, I. 5S).
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pays qui les suivaient, attiraient les barbares, qui venaient chercher dans les cannabas, dans les boutiques des marchands beaucoup d'objets ignorés d'eux jusque-là (i), du vin, des parfums, des étoffes, de belles céramiques, et donnaient en échange le peu d'or et d'argent qu'ils possédaient, de Tambre, des peaux, des bestiaux, des laines, des céréales. Dans beaucoup de camps il y avait même des marchés qui se tenaient à jours fixes. Mais il aurait fallu bien d'autres forces et des forces plus matérieUes que cette vague influence gréco-italienne qui rayonnait des camps militaires, pour tenir soumises les turbulentes tribus germaniques, qui violaient continuellement les traités oondus. Pendant la première année de notre ère, la Germanie était dans un état de révolte
(i) Le chapitre XVni du livre LVI de Dion est, malgré sa brièvetc, d'une importance capitale pour Thistoire de la conquôte de la Germanie. U noua donne en effet une description sommaire mais claire de l'état de la Germanie avant le gouvernement de Quintilius Varus et les campagnes de Tibère (i-6 après J.-C). c'est-à^lire une description de la Germanie à l'époque qui va de la mort de Drusua au retour de Tibère à la poUtique. On y reconnaît immédiatement l'opportunisme prudent et hésitant d'Auguste, que la vieillesse aviût rendu encore plus prudent et hésitant. Dion nous dit : a) que les Romains étaient les maîtres non pas sur un territoire continu, mais dans les régions di veines où la conquête avait été portée, ce qui veut dire que beaucoup de peuples n'étaient pas soumis, et qu'Auguste les laissait faire ce qui leur plaisait; b) qu'Auguste y faisait séjourner des oTpaTM&Tai qui icoXiic ouvcpxtCovro ; ces villes sont évidemment des camps militaires ; e) que les Germains avaient emprimté de nombreux usages aux Romains et tenaient dans ces viUes des marchés réguliers, tout en conservant leurs mœurs et leurs idées, n dit en somme qu'ils changeaient sans s'en apercevoir : 'tXdévdflcvov af6iç àX>Aw6y*iot. Il dit enfin, chose très importante, que Quintilius Varus, le premier, imposa des tributs aux Germains, ce qui veut dire qu'ils n'en payaient pas auparavsat C'est d'après ce passage de Dion que j'ai décrit l'état de la Ge^ manie à cette époque.
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véritable (i), et Auguste dut prendre le parti d'y envoyer un lëgat^ M. Vinicius, qu'il chargea de rétablir l'ordre dans cette prétendue province, dans ces territoires qui coûtaient au lieu de rapporter, où l'autorité romaine respectée un jour sur un point, ne l'était plus le jour après ou dans une autre région, mais où jamais et en aucun endroit personne ne payait de tribut.
C'est ainsi que la torpeur de la vieillesse gagnait peu à peu tous les membres de ce corps immense. Tout était vieux : l'armure et celui qui la portait. Pour rajeunir l'État, il aurait été nécessaire non seulement de mettre à la tète, de l'empire un homme énergique, mais de rompre hardiment lé cercle étroit des privilèges sénatoriaux, de ne plus chercher seulement parmi les sénateurs les magistrats, les gouverneurs, les fonctionnaires pour les emplois nouvellement créés; il aurait fallu les prendre plus souvent et avec moins de circonspection dans l'ordre équestre, dans la bourgeoisie aisée et cultivée de l'Italie. Bien que les mariages y fussent souvent stériles, l'ordre équestre devenait plus nombreux et plus riche dans toute l'Italie et surtout dans l'Italie du nord (2); et tandis que l'aristocratie
(1) Ce fait qui a une certaine importance» pnisqu'U nous aide à expliquer la réconciliation d'Auguste et de Tibôre, nous est rapporté par Velléius Patebculus (H, civ, 2) : m Germaniam... ubi ante triennium (avant la réconciliation) sub Jf. Vinicio.,, immenium exarterat bellum. Le péril germanique qui réapparaissait fut probablement la cause occasionneUe de la coiyuration de Cinna et aussi de la réconciliation entre le beau-père et le beau-fils.
(2) Voy. ce que dit Strabon (V, i, 7) au sujet du grand nombre de chevaliers qui vivaient à Padone. L'enrichissement de l'Italie du nord et les progrès de la classe moyenne dont nous avons parlé dans le chapitre IV, doivent avoir augmenté dans toutes les villes le nombre des personnes qui avaient le cens équestre, bien que dans l'ordre des chevaliers les mariages fussent peu féconds.