‹ Grandeur et décadence de RomeChapitre 7 sur 40 · G, / , II, 58. B · texte numérisé non relu

G, / , II, 58. B

temps de la monarchie, l'adoration des rois vivants ne semble avoir été pratiquée qu'en Egypte, tandis que l'Asie Mineure attendait que ses souverains fussent morts pour les mettre au nombre des dieux. Pourquoi cette plante égyptienne qui n'avait jamais pu pousser sur le sol de PAsie, y prenait-elle soudain racine, et si rapidement? Pourquoi, alors qu'en Italie on cherchait à restaurer les institutions républicaines^ ce culte des souverains vivants, suprême exagération du sentiment dynastique, croissait-il si rapidement parmi les Grecs d'Asie Mineure, s'attachant comme un lierre à la personne du premier magistrat de la nouvelle république? En débarquant en Asie Mineure^ Auguste avait mis le pied dans une des trois plus grandes régions industrielles du monde antique, qui étaient justement PAsie Mineure,

► la Syrie et l'Egypte. Sur les côtes de l'Asie Mineure qui ne sont qu'une série de golfes et de promontoires, et qui ressemblent pour le climat et pour la culture

. aux côtes de la Grèce qui sont en face, dans les vallées fertiles des rivières qui s'étendent vers le plateau, dans les régions qui correspondaient aux anciens royaumes de Pergame et de Bithynie, un grand nombre de villes grecques s'étaient réparti, après la conquête macédonienne, le territoire peuplé de Phrygiens, de Cariens, de Lyciens et de Mysiens; elles étaient devenues des villes manufacturières, tout en continuant à administrer chacune leur territoire avec les institutions classiques de la république grecque : Yecdésia^ ou réunion de tous les citoyens, la boulè^ ou conseil de la cité élu par le peuple, les stratèges, les archontes, les prytanes, enfin les magistrats, quel que fût leur nom, qui .étaient élus par le peuple pour traiter les affaires publiques. C'est ainsi que Sardes, la métropole de la Lydie, expédiait dans toutes les régions de belles

couvertures de laine brodées (1), et une pourpre, moins appréciée peut-être que celle de Tyr, mais très réputée (2); on teignait à Thyateires des pourpres très recherchées (3); Pergame était célèbre pour ses rideaux et ses vêtements tissus d'or (4), et pour cette matière rivale du papyrus que l'on appelait pergamène (S); on teignait des pourpres à Hilet; on y tissait des vêtements et des couvertures de laine pour les lits et les portières (6); Tralles fabriquait et exportait des céramiques (7), ainsi que Cnyde (8) ; les cristaux d'Alabandes étaient partout réputés (9); Laodicée fabriquait et vendait différents tissus de laine qui portaient son nom(lO); ses teintureries donnaient à Hiérapolis la célébrité de la richesse (il); Rhodes chargeait tous les ans sur ses vaisseaux dinnombrables amphores pleines de son vin fameux (12), et fabriquait aussi en grande quantité des armes et des instruments en fer (13) ; Coos expor^ tait du vin^ et^ la seule peut-être parmi les villes de Tan* tiquité^ filait, semble-t-il, tissait et teignait la soie (14).

(1) Athéniêe, VI, 67 (255).

(2) Punk, N. H„ VU, lvi, 496.

(3) Aei. Apost., XVI. 16; C. /. G., III. 496. (poupeTç). D'autres inscriptions où il est fait allusion aux industries textiles de Thyateires se trouvent dans le C. /. G., 3480 et 3504.

(4) VALiRB-MAXiMB, II, 1, 5; Pline. N. H„ XXXIII. yi, 63; XXVI, XV, 116; XXXVII. I. 12.

(5) Pline, N., XIII. xi, 70.

(6) Sbrvius, ad Vtrg. Georg., III, 306; AtbiSn^b, II, 72 (486); XV. 42 (691); Pline, N, H., VIII, XLViii, 196.

(7) Pline. N. H., XXXV, xii. 161.

(8) Lucien. Lexiph., 7; voy. C. /. G.. 3, p. xiv-xvi. tab. II.

(9) Pline, N. H., XXXVI. vin. 62.

(10) RmsAT, The Cities and Bmkoprics of Phrygia. Oxford, 1895, 1. 1. p. 40.

(11) Sthabon. XIII, IV. 14; C. /. G.. 3924 (t^yacia tûv paç^wv).

(12) Voy. C. /. G., 8. p. v-xiii, tab. I. (18) Strabon. XIV. II, 5.

(14) Aristotb. Uist, Anim,, V, 19; Plive, N. if.. Il, xxn, 76-

Samos vendait de Phuile (1); Ghio^ son vin célèbre (2) et ses onguents. Ainsi les vaisseaux de ces villes portaient dans toutes les régions du monde antique, du vin, des étoffes et d'autres marchandises, et ils revenaient dans les ports de la mer Egée, rapportant beaucoup d'or ou d'argent, monnayé ou en lingots. Cet or et cet argent se répandaient peu à peu le long des côtes dans les maisons des marchands et des ouvriers, dans les campagnes, dans les belles demeures des propriétaires et dans les cabanes des paysans, et, par les vallées, ils remontaient vers la région des plateaux. Après Alexandre le Grand Thellénisme avait brillé dans les villes grecques d'Asie de tout l'éclat de cet or accumulé parles tisserands et les teinturiers. C'est avec cet or que Ton avait donné aux villes tant de luxe public et privé, encouragé les arts et les lettres^ augmenté la pompe des cérémonies religieuses, copieusement nourri un personnel nombreux d'ouvriers, continué utilement les institutions de la nikiç grecque, en les adaptant à des villes dont la population se composait surtout d'artisans et de marchands. Rhodes, cette petite Venise de la mer Egée, avait fait voir qu'une aristocratie de marchands et d'armateurs pouvait administrer avec les institutions grecques un État où la population était surtout une population ouvrière et par suite sujette aux troubles démagogiques^ à la condition de

77. — Un passage de Pline nous montre que le ver à soie de Coos n'était pas le bomhyx mori, qui se nourrit des feuilles de mûrier, mais une autre chenille se nourrissant des feuilles du cyprès, du thérôbinthe, du frône et du chôue. Le bitmhyx mori, qui seul aujourd'hui donne de la soie en Eiu'ope, a été Introduit beaucoup plus tard, au cinquième siècle de Tère vulgaire. Nous verrons plus loin que, d'après les fréquentes allusions des poètes, les eùm-^t$U$ furent très en vogue à cette époque-là à Rome.

(1) ÀTiriiNte, II, VII, I, (66.)

(2) Plini, JV. h., XXXVI, vu, 59.

ilÈ GRANDEUR ET DÉCADENCE DE ROME

répandre des largesses dans le peuple, de lui offrir des fêtes et des distractions, en remédiant par des dons à la cherté des vivres si fréquente dans les villes populeuses, en distribuant des secours chaque fois que la situation était difficile (1). Avec cet or enfin, avec l'énergie que répandaient chez les Grecs et chez les populations hellénisantes la culture, Torgueil, l'esprit d'aventure, la cupidité mercantile, l'ambition^ la soif insatiable du pouvoir, du plaisb, de la science, enfin toutes les forces d'expansion de l'hellénisme, les forces belles, et les forces dangereuses, ces républiques avaient fait un long effort pour dominer les races indigènes de la campagne et des hauts plateaux, pour tirer d'elles tout ce qu'elles pouvaient donner et pour se les assimiler. C'était là une entreprise facile à certains points de vue^ et à d'autres difficile, dans laquelle Thellénisme s'était de son côté en partie dénaturé et corrompu. En remontant des côtes riantes vers le plateau qui, monotone et inmiense, est le commencement de l'Asie centrale^ l'hellénisme arrivait dans un pays étranger et ennemi^ où plus rien ne concordait avec le monde dans lequel il était né et avait grandi. Il n'y avait plus de villes riches et industrielles, mais comme aujourd'hui dans les régions les moins populeuses de la Russie, des bois immenses, de vastes champs de lin et de blé^ des pâturages, et à peine de temps en temps quelques pauvres viL lages et quelques troupeaux lointains. L'homme ne faisait qu'une apparition craintive et rare dans le silence sauvage et sinistre d'une nature abandonnée. U n'y avait plus là de petites républiques agitées, ardentes, séditieuses, dans un changement continuel, mais de vastes et somnolentes monarchies, d'autant plus véné-

(i) Strabox, XIV, II, 5.

LÀ RÉPUBLIQUE D*ÀUGUST£ 173

rées qu'elles étaient plus anciennes^ et qu'elles prëteti» daieqt faire remonter leur origine aux Achéménides et à l'empire des Perses. 11 n'y avait plus là des populations éveillées, mobiles et curieuses, rebelles à toutes les dominations humaines et divines, avides de puissance, de richesse, de savoir, de volupté, de danger. Seule la monarchie fondée au sud du Pont, au cœur de l'Asie Mineure, par les hordes des Gaulois immigrés au troisième siècle, était peuplée d'un mélange de Phrygiens et de Celtes, qui avaient conservé des envahisseurs Tesprit inquiet et hardi; mais partout ailleurs c'étaient des races barbares, dures, faites pour subir la domination des hommes et des dieux sous toutes ses formes, incapables d'initiative^ prêtes à servir comme esclaves, à se faire enrôler dans les armées, à obéir au souverain^ à vénérer les dieux et leurs prêtres. La mentalité de ces races excluait toute espèce d'esprit politique et de culture intellectuelle; elle se composait surtout d'un mysticisme grossier et violent, qu'alimentaient deux religions immenses et monotones, comme le plateau sur lequel elles s'étaient répandues, deux de ces religions métaphysiques, générales et cosmopolites^ qui en écrasant les esprits sous le poids de l'absolu, ont tant contribué à toutes les époques à mêler les peuples et à les préparer à l'esclavage. La plus récente était le culte de Blithra qui avait été apporté et répandu sur le plateau de l'Asie Mineure par la domination persane. Ce culte austère, né d'un mélange du mazdéisme primitif avec les doctrines sémitiques de. Babylone^ vénérait en Mithra à la fois le Soleil et. la Justice, le commencement sublime et presque inaccessible de la Vie et de la Vertu; il prétendait conduire la petite et faible humanité vers ce principe inaccessible, en la surchargeant de rites et de symboles obscurs; et il voyait dans les

rois une irradiation humaine de ce principe, et dans la monarchie, la pauvre mais yénérable image humaine de la divinité (i). Le culte de la Déesse Mère, appelée dans certaines régions Didymène^ dans d'autres Cybèle, était au contraire une religion très ancienne de la nature sauvage, fondée sur le mystère de la génération, qui avait été fondée par des prêtres habiles voulant surtout s'enrichir et dominer. Avant les conquêtes d'Alexandre le Grand ils avaient en effet su accumuler d'immenses biens de mainmorte et commander aux races barbares des hauts plateaux en leur enseignant à rechercher la divinité par delà les règles de la morale conventionnelle, et les liens artificiels de la famille et de la société, dans les deux violences extrêmes et opposées que domine l'instinct de la reproduction. La Déesse Mère, c'est-àdire la Nature^ ne visite pas les villes où les Grecs se pressent pour leurs trafics et leurs querelles, elle vit dans les montagnes désertes^ sur les rivages solitaires des lacs^ loin des hommes, et suivie d'une troupe d'animaux, lions et cerfs, qui vivent selon la nature. L'homme doit suivre la déesse, loin des villes, dans les sauvages retraites de la nature solitaire, là où s'accomplit librement le grand et divin mystère de la reproduction qui concilie l'unité éternelle avec la variété temporaire^ le mystère grâce auquel, si les êtres particuliers apparaissent, durent un instant et disparaissent, le tout demeure impérissable. L'homme se plonge dans la divinité surtout quand il affranchit cet instinct, dans lequel réside son essence divine, des liens et des chaînes dont l'a chargé la civilisation artificielle. C'était là une théologie obscure, mais qui n'était

(1) Franz Cumont, lei MytUres de Mythra. Bruxelles, 1902» chap. 1 et m; voy. spécialement les p. 78, 80.

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point dénuée de certaines idées profondes, et grâce à laquelle les prêtres avaient pu exploiter les deux forces mystérieuses et contraires qui sont dans les profondeurs obscures de l'amour, l'attraction et la répulsion des sexes. Ils avaient ouvert dans les temples des lupanars sous la protection de la Déesse Mère, et ils persuadaient aux femmes dévotes qu'elles accomplissaient une œuvre méritoire en se prostituant à l'ombre du temple et en laissant à la déesse, c'est-à-dire à ses ministres^ l'argent qu'elles gagnaient ainsi : ils exploitaient en même temps les tendances ascétiques, en mettant au nombre des œuvres de piété, à côté de la prostitution, la chasteté et même la castration; ils avaient constitué des corps de prêtres eunuques, et ils invitaient à des fêtes sanglantes tous ceux qui voulaient sacrifier leur virilité pour en faire hommage à la déesse (1).

Et cette immense diversité de climats, de races, de langues, de gouvernements, de religions avait néanmoins depuis longtemps activé en Asie Mineure un effort obscur^ invisible mais intense, d'unification et de synthèse. Cette contradiction apparente s'explique quand on considère la structure sociale de ces pays. Les routes par lesquelles les monarchies de l'intérieur conmiuniquaient avec le monde méditerranéen passaient par des territoires grecs; les routes par lesquelles les villes grecques communiquaient avec la Perse, passaient par les territoires des monarchies. Si les indigènes des hauts plateaux étaient agriculteurs et pfttres, les Grecs étaient artisans et marchands; ils vendaient aux autres beaucoup d'objets fabriqués dans

(1) Pour ce qui concerne ce culte, voy. Ràmsat» Ths Ctltei and Biihoprki of Phrygia, U l, p. 87, 93. Oxford, 189&,

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i76 GRANDEUR ET DÉCADENCE DÉ ROME

leurs villes; ils prenaient eh échange les peaux, les laines, le lin^ le bois, les minerais et surtout les esclaves. Si dans les villes grecques il y avait des vides à remplir par suite de l'usure naturelle de la population citadine, ou si Ton avait besoin de bras nouveaux, la Phrygie y pourvoyait, ainsi que la Lydie, le vaste royaume du Pont et la Cappadoce; les paysans de ces régions ne considéraient nullement comme honteux et cruel, d'engendrer et d'élever des enfants pour les vendre ensuite aux marchands d'esclaves qui les emmenaient dans les villes industrielles où Ton avait besoin d'hommes. Si l'hellénisme n'avait pas envahi tous les hauts plateaux, il en touchait du moins les cimes de ses rayons lumineux; les cours, qui toutes adoptaient les modes grecques, payaient des artistes, édifiaient ou agrandissaient à grands frais quelques villes qui étaient comme des serres d'hellénisme. De son côté, l'hellénisme d'Asie avait perdu, au contact des races indigènes, une bonne part de son esprit politique, en s'imprégnant d'esprit religieux. La plèbe ouvrière composée en partie de Cariens, de Phrygiens, de Lydiens, qui apportaient dans les villes leur religiosité native, devenait peu à peu plus attachée aux temples qu'aux villes; les hautes classes composées dans des proportions toujours plus grandes de riches marchands, au milieu de tant de religions étranges, agréables ou impressionnantes, qui frappaient l'imagination et excitaient les sens, avaient consacré volontiers aux dieux une partie du temps que, selon la conception grecque de la vie, elles auraient dû réserver à rÉtat. Peu à peu, les dieux helléniques avaient accueilli dans leurs temples les dieux indigènes, et avaient cherché à leur ressembler, comme l'Artémis d'Éphèse; les temples indigènes s'étaient ouverts aux

dieux grecs, et les divinités des deux religions métaphysiques, étaient devenues grecques de forme et d'aspect. En composant le groupe de Mithra tauroctone, l'école de Pergame avait personnifié dans un bel éphèbe grec, coiffé du bonnet phrygien^ cette vague splendeur de divinité conçue par Tesprit des Perses (i). Et ainsi^ tandis que l'esprit civique s'était affaibli^ on avait vu la religion avec ses sacerdoces innombrables, ses temples somptueux et très riches, ses cultes multiples, ses cérémonies et ses fêtes fréquentes et interminables, prendre la première place auprès de l'industrie et du commerce dans la vie publique et privée des Grecs d'Asie (2). Au contact enfin des races indigènes, faites depuis des siècles au régime monarchique, sous l'influence des intérêts industriels, et de l'esprit religieux asiatique, les villes grecques de l'Asie Mineure avaient même essayé de concilier la monarchie et la république, depuis que la monarchie, conquise par des aventuriers venus d'Europe^ était devenue grecque et s'était mise à protéger l'hellénisme, à aider ces républiques et à se servir d'elles au lieu de les combattre. Ayant presque toutes un très grand commerce, les villes grecques d'Asie avaient des intérêts beaucoup plus étendus que leurs territoires; elles avaient besoin de paix^ de tranquillité, d'ordre, dans des régions où ne se faisait plus sentir leur petitepuissance politique. D'autre part, le mysticisme, le commerce, la lente infiltration des idées monarchiques des hauts plateaux avaient affaibli chez les Grecs d'Asie l'esprit civique et républi-

(1) Franz Cumont, hi Myitirei de Mithra, BruxeUes, 1902, p. 18.

(2) Pour ce qui est de Timportance de la religion dans Thelléniame de TAsie Mineure, voy. le beau travail de Y. Chapot, la Province romaine proconsulaire (CAiie. Paris, 1904, p. 395 et 8uiv,

cain. Aussi les villes avaient-elles facilement reconnu dans la monarchie la force la plus étendue qui fût capable de coordonner leurs intérêts; les diadoques, tout en guerroyant entre eux, s'étaient rendu compte de leur mission commune, et non seulement ils avaient respecté les institutions républicaines des villes, en cherchant à s'en servir pour helléniser les races indigènes, mais ils avaient eux-mêmes fondé, surtout à rintérieur, plusieurs de ces républiques; à leur tour les Grecs avaient adoré cette coordination de leurs intérêts jusque dans la personne des rois. Dans cet air tout rempli d'un ardent mysticisme, les inclinations monarchiques elles-mêmes avaient pris une couleur religieuse ; et se trouvant ainsi entre l'exemple de FÉgypte lointaine et les doctrines indigènes du culte de Mittira, les Grecs d'Asie avaient compris^ eux aussi, qu'il n'y avait pas de meilleur moyen pour inculquer à tous les peuples de l'Asie Mineure le respect de ces rois que d'en faire des dieux et des demi-dieux. Ainsi la monarchie semi-divine et Tapothéose des rois morts n'avaient pas été en Asie Mineure la monstrueuse flatterie de Grecs dégénérés, mais un des nombreux procédés dont l'hellénisme se servait pour accomplir ses grands projets de domination économique et intellectuelle sur les races indigènes de l'Asie et de l'Afrique. Ces petites républiques de marchands, d'artisans^ de lettrés, ne manquaient pas d'argent, mais elles étaient faibles au point de vue militaire et diplomatique; elles s'étaient donc servi des nouvelles monarchies helléniques comme d*un rempart contre la Perse lointaine, contre les petites monarchies i demi persanes qui se trouvaient sur le plateau, entre l'ancien empire des Achéménides et les côtes; elles les avaient utilisées et adorées comme la synthèse de leurs existences particu-

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lières^ la force qui rayonnait au loin et protégeait leur commerce sur le continent et sur les mers.

Et maintenant, un siècle après la chute de la monarchie de Pergame, les Asiatiques n'adoraient plus des rois morts, mais un magistrat républicain encore vi- Tant; ils se prosternaient devant Rome, dont ils avaient pourtant plus de raison de haïr que d'aimer le nom. Succédant aux rois de Pergame, Rome en avait pour ainsi dire continué la tradition politique, mais non la mission historique. Elle avait déclaré libres, c'est-àdire exemptes du tribut, indépendantes du sénat et du proconsul, et alliées sur un pied d'égalité, différentes villes, Gnyde^ Hylases, Chio, Hytilène, Ilion^ Lampsaque, Cyzique, Rhodes, qui étaient encore dans cette condition-là au moment où Auguste arrivait en Asie (1)« Elle avait placé les autres sous l'autorité du proconsul et les avait soumises à un tribut^ en y laissant toutefois le peuple se réunir, légiférer, élire des conseils et des magistrats, se gouverner avec ses lois^ sauf l'intervention, peu fréquente du reste, du sénat et du proconsul; celui-ci n'était qu'un contrôleur et un trésorier chargé de récolter et d'expédier à la métropole tous les ans l'argent du tribut. Hais Rome ne s'était nullement occupée de défendre, comme les monarchies asiatiques, les intérêts vitaux de l'hellénisrae, de favoriser la diffusion de sa culture, de maintenir sa suprématie sur les races indigènes, de protéger et de favoriser son commerce, de coordonner les efforts des différentes villes. Rome était loin; elle avait toujours été représentée, dans ces territoires, pendant les deux siècles précédents, par un proconsul qui

(1) Chapot, la Province consulaire éTAste, Paris, 1901, p. 114 et suiv«

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changeait tous les ans et par un sënat trop affaire, légiférant d'une façon discontinue, comme toutes les assemblées, et connaissant mal les pays et les peuples; elle n'avait eu jusqu'alors d'autre souci que de voler aux villes grecques la plus grande partie de l'or et de l'argent qu'elles accumulaient en échange de leurs marchandises, et de veiller à ce qu'aucune des monarchies des hauts plateaux, le Pont, l'Arménie^ la Cappadoce, la Galatie, la Comagène, n'osAt un jour descendre sur les côtes pour recueillir l'héritage des Attalîdes avec plus de scrupules que Rome n'en avait eu. Aussi peu à peu elle avait tout laissé aller à la dérive en Asie Mineure, et affaibli^ sans les détruire tout à fait, les éléments vitaux de cette société hétérogène, l'hellénisme aussi bien que les traditions indigènes; elle avait à demi ruiné les républiques grecques^ presque éteint chez elles l'activité intellectuelle sous toutes ses formes; et elle avait en même temps affaibli aussi^ en les faisant et en les défaisant continuellement, toutes les monarchies du plateau, i l'exception peut-être de la Galatie. Dans ce pays du moins, à l'époque d'Auguste, sous une aristocratie de riches propriétaires et sous un roi qui était le plus riche de tous (i), vivait une forte population phrygioceltique de paysans et de soldats qui cultivaient la terre^ faisaient paître d'immenses troupeaux, exportaient la laine (2), la santonine (3), et certaines gommes médicinales extraites de l'acacia (4) ; alliés de Rome depuis des siècles, ils avaient accumulé beaucoup de richesses en faisant la guerre au service de Rome pen-

(1) Strabon, xii, yi, 1.

(2) Ihid.

(3) Plini, N. h., XXI, XXI. 160.

(4) Ibid., XXIV. XII, 109.

dant les cinquante dernières années, et surtout contre le Pont. Auguste après Actium avait jugé ce peuple assez vigoureux et son roi Amyntas assez capable, pour unir à son territoire la Lycaonie, la Pamphilie, la Pisidie, la Cilicie orientale, c'est-à-dire les parties les plus sauvages de l'Asie Mineure où étaient les nids du brigandage et de la piraterie qui désolaient TOrient; et il avait chargé Amyntas de les détruire tous. Mais Amyntas était mort au cours de cette entreprise; et Rome ne trouvant personne qui voulût se charger de son royaume^ l'avait transformé en province : il ne restait donc plus sur le plateau que des souverains faibles et craintifs, et parfois aussi fort pauvres. Rome les conservait pour profiter des derniers vestiges d'autorité qu'ils avaient encore sur les indigènes. Un lettré grec de Laodicée, Polémon, fils du célèbre orateur Zénon^ gouvernait le Pont, ce glorieux royaume de Mithridate qui^ à IMcart, isolé et oublié, semblait maintenant expier le grand rêve de l'empire de l'Asie, en s'adonnant tout entier aux travaux obscurs de la paix. Ses races nombreuses et différentes ne s'occupaient plus que de cultiver les terres^ d'exploiter les mines (1), de faire pattre les troupeaux, d'élever des enfants et de vénérer les dieux. Les quelques colonies grecques de la mer Noire, qui étaient les seules villes importantes du pays, Sinope^ Amisos^ Trébizonde, n'avaient plus ni ambition, ni esprit belliqueux; elles se contentaient d'exercer leurs industries, de pécher le thon, d'exporter le bois, la laine, le fer (2), et certains simples rares et

(1) Pour ce qui concerne les mines du Pont, voy. Strabon, XII, m, 19; XII, m, 30; XII, m, 40.

(2) Au sujet du Pont, voy. Blûmiier, VAttività induitriaU dei popoU deir antiehità dasiica, vol. II, partie I, de la BiblioUca di Storia Economica, publiée à Mil&n par la Société Editrice Libr&ria, p. 539.

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coAteux, tels que la réglisse (1) et rhellébore (2). La CappadcMse où régnait Archélafls était encore plus obscure, plus pauvre : c'était une vaste région habitée par une race peu intelligente qui se nourrissait, elle aussi, en cultivant la terre, en faisant pattre des troupeaux, en exploitant des mines (3), qui parlait une langue particulière et n'avait que deux villes, Hazaca et Comana (4). Mais si les races indigènes des hauts plateaux, à Texception des Galates, avaient été décimées, appauvries, humiliées par la politique romaine, si elles avaient perdu le meilleur de leur sang dans les terribles guerres que Rome avait allumées dans toute l'Asie Mineure, leurs anciens conquérants, les Grecs des villes, n'avaient pas eu moins à souffrir qu'elles et n'avaient pas moins perdu. Contraintes depuis un siècle, par un nouveau travail de Sisyphe, à reprendre à l'Italie, en échange de leurs marchandises, les métaux précieux que Rome leur avait pris par l'impôt et l'usure, pour être de nouveau * pillées quand elles en avaient sufflsanmient amassé, les villes grecques de l'Asie Mineure avaient fini par s'épuiser. Après l'invasion de Mithridate, la conquête faite de nouveau par Sylla, les dévastations des pirates, l'invasion des publicains romains, les confiscations faites par les généraux de Pompée, les rapines de Brutus et de Cassius, les exactions d'Antoine, tout le pays s'était trouvé dans une situation épouvantable. Les classes riches ruinées ou appauvries par tant de catastrophes financières, faiblement soutenues par Rome dont l'autorité déclinait, n'avaient plus été capables, surtout

(1) Plini, JV. h., XXII, IX, 24.

(2) Ibid., XXV. V, 49.

(3) Strabon, XII, II, 10.

(4) Id., XII, II, 6.

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depuis une trentaine d'années, de conserver leur ancienne splendeur aux coûteuses liturgies et en même temps le prestige de l'hellénisme qui en dépendait. Les institutions de la polis étaient donc tombées dans le plus grand désordre; les arts et les sciences étaient en décadence; dans toutes les villes des coteries corrompues de politiciens besogneux étaient au pouvoir et exploitaient les vices et l'ignorance du peuple; les finances étaient en piteux état, les monuments en ruine, les écoles négligées, la justice vénale, l'opinion publique capricieuse et violente, les honnêtes gens écœurés d'une corruption à la fois intolérable et incurable. Et en Asie Mineure, comme dans tout l'Orient, sur cette affreuse dissolution sociale que la politique romaine avait amenée dans l'hellénisme, silencieusement, avec lenteur et ténacité, deux forces avaient grandi, conmie les plantes qui poussent parmi les ruines : les brigands et les Juifs.

Les peuples qui vivaient de brigandage dans la Cilicie avaient peu auparavant tué Amyntas, et mis Rome dans un très grave embarras. En arrivant en Asie Auguste se trouvait en face d'une nouveauté singulière, qu'aucun homme intelligent n'aurait cru possible un biède plus tôt. Il s'apercevait que^ Amyntas étant mort^ le seul souverain de l'Orient qui s'imposât maintenant, sinon à l'admiration, du moins à la con« sidération de tous, était le roi des Juifs, Hérode. Celuici était un barbare, un Iduméen dont la famille s'était convertie depuis peu au judaïsme; dans le désordre des dernières guerres civiles il avait pu usurper en Judée, par une suite de manœuvres et de violences, la dignité souveraine i la vieille famille des Asmonéens. 11 était ainsi devenu le roi d'un petit peuple obscur et peu cultivé qui depuis de longs siècles ne semblait pas

avoir eu d'autre destinée au milieu des guerres qui avaient désolé TOrient, que de grossir le butin du vainqueur. Et cependant Hérode aspirait maintenant à prendre la première place parmi les vassaux de Rome en Orient; il ne laissait échapper aucune occasion d'attirer l'attention sur lui et sur le royaume de Judée. II avait fourni un contingent de soldats à l'expédition faite par ^Elius Gallus dans le Yémen. Il avait donné i Samarie le nom de Sébastè qui était la traduction grecque d'Auguste (i); il commençait la construction d'une ville qu'il voulait appeler Césarée (2); il voulait aussi établir en Judée parmi ces barbares une monarchie hellénisante pleine de faste et de munificence, et il faisait pour cela commencer sur tous les points de son royaume de grands travaux publics; il avait à Jérusalem établi des jeux quinquennaux en rhonneur d'Auguste; il s'occupait de faire construire un grand théâtre et un amphithéâtre; il faisait venir de partout des artistes grecs; et il faisait frapper en grec ses pièces de monnaie. Hérode ne voulait pas être seulement le premier vassal de Rome en Orient^ mais un protecteur de Thellénisme, lui, TArabe iduméen, le roi des Juifs si peu cultivés I Et pourtant ce n'était pas une folie de sa part que d'aspirer à jouer ce rôle, car la condition des Juifs avait changé pendant le cours du dernier siècle dans tout l'Orient. Les Juifs avaient déjà quelques-unes des qualités qui font aujourd'hui encore leur force : ils étaient travailleurs et économes; au milieu de tant de religions sensuelles ils vivaient sous la garde d'un Dieu masculin, qui était un gardien sévère des mœurs, et non

(1) JosÈPHÊ, A. /., XV, vm, 5.

(2) Ibid., XV, u. 10.

un entremetteur complaisant pour les vices; enfin, ce qui était une qualité très grande à une époque où la civilisation épuisait si rapidement les races^ ils étaient très prolifiques. Obligés depuis longtemps à émigrer en grand nombre, les Juifs avaient trouvé au siècle précédent une facilité merveilleuse d'expansion et les plus heureuses occasions de faire fortune dans la dissolution de rhellénisme; ils avaient formé des colonies considérables, riches et florissantes dans toutes les villes de l'Orient, dans celles de l'Egypte et spécialement à Alexandrie (1), dans celles de l'Asie Mineure (2), et aussi au delà de la frontière dans les villes de Perse, à Babylone (3) par exemple; ils formaient partout une partie nécessaire de la population urbaine comme artisans, marchands ou banquiers (4). La plupart vivaient très modestement; un certain nombre acquéraient une belle aisance; enfin quelques-uns avaient accumulé d'immenses richesses, — il y avait déjà des Rothschild en Orient; — et tous ensemble formaient des colonies qui avaient des mœurs, des lois^ des idées particulières, différentes de celles des Grecs, et qui ne voulaient à aucun prix les abandonner. Ils se révoltaient surtout contre l'éclectisme religieux si commun parmi les anciens; ils ne voulaient adorer que leur Dieu; ils cherchaient à propager leur culte, et prétendaient observer scrupuleusement partout où ils se trouvaient les rites de leur religion^ même s'ils blessaient les sentiments des indigènes; là où les lois de la ville

(1) JosÉPHE, CotWr. Apion., II, 6.

(8) PbilAmon, Légat, ad Caium, 33; JosàPHB,ii. /., XVI, ii. 3; Chapot, la Pravmce romaine proeonsulaire d'Aiie, Paris, 1904, p. 183.

(3) Philémon, Légat, ad Caium.

(4) Yoy. Ghapot, la Proviwe romaine proconsulaire d^Aiie. Paris, 1904, p. 185.

étaient en contradiction avec les préceptes de leur religion, ils voulaient à tout prix ne pas y être astreints, ou bien ils s'en allaient; ils ne se mêlaient guère à la population dont ils étaient les hfttes; ils vivaient entre eux, formant pour ainsi dire un peuple dans le peuple^ un État dans FÉtat (1). Nombreux^ unis, travailleurs^ haïs à cause de leurs singularités^ et redoutés à cause de leurs richesses^ ils ne cessaient point de tourner les yeux de leur esprit et les soupirs de leur ftme vers Jérusalem et son temple. Ils n'oubliaient jamais la terre sacrée où Jéhovah avait son sanctuaire; ils retournaient souvent dans leur patrie; ils lui envoyaient d'immenses sommes d'argent qui l'aidaient à vivre. Les Juifs avaient donc acquis dans tout l'Orient, avec leurs colonies^ leur commerce et leur argent, une grande puissance sur l'hellénisme en décadence. La politique d'Hérode n'était que la conséquence nécessaire de l'expansion spontanée du peuple juif, et Hérode comprenait bien que l'État juif ne devait plus s'enfermer en lui-même, alors que le peuple se répandait dans le monde; qu'il devait suivre son peuple, se faire connaître, se faire aimer, se faire craindre^ même au delà des frontières, pour pouvoir favoriser partout l'émigration des Juifs^ et pour diminuer autour de leurs colonies les aversions et les difficultés. Sa politique était fondée sur deux principes : accepter la condition de client et de vassal de Rome, sans regret^ sans arrière-pensée, loyalement, pour assurer partout aux colonies juives la protection de la grande république; tenter de concilier^ autant que cela était possible, le judaïsme qui^ aussi

(1) Voy. l'intéressant fragment de Nicolas de Damas dans MCllbr, Frag, Hitlar. Graec, t. III, p. 420.

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Là république D*ÀUauSTË 187

fort qu^i fût devenu, était incapable de dominer l'Orient à lui seul, avec l'hellénisme^ affaibli mais toujours vivant^ avide de puissance et de richesses, et encore capable d'une nouvelle renaissance.

Le temple de Pergame, le culte d'Auguste et de Rome montraient en effet que Thellénisme ne se résignait pas encore à mourir Depuis dix ans la paix était rétablie en Orient; il y régnait un certain ordre^ et la con* fiance renaissait; dans toute l'Asie Mineure les métiers des tisserands recommençaient à se faire entendre, les vasqu.es des teintureries à délayer les couleurs, les flottes marchandes à remettre à la voile. Eu même temps, là-bas^ à ce lointain horizon, où pendant un siècle il n'avait pu distinguer que la grise impersonnalité du sénat, Thellénisme asiatique avait vu apparaître et grandir la figure d'un homme, dans lequel il avait pu reconnaître de loin, par une illusion bien naturelle, la figure du monarque qui lui était si familière. Ce n'était point par esprit Iftche et servile que^ dans son Olympe rempli de dieux disparates venus de tous les pays, l'Asie mettait tant d'empressement à faire place au dernier dieu venu un peu à l'improviste, en chair et en os^ de lltalie. Ce dieu devait être une force non moins bienfaisante que le soleil que l'on adorait en Mithra ou que la nature que Ton adorait en Cybèle; il devait être la force cbordonnatrice des intérêts particuliers des villes grecques, leur rempart contre la Perse, le protecteur de leur commerce, comme l'ancienne monarchie des diadoques. Cette force bienfaisante, l'hellénisme d'Asie l'attendait, l'invoquait, la désirait en vain depuis un siècle; en vain il avait commencé par diviniser Rome, puis il avait tenté de diviniser, à leur passage, ces proconsuls qui ne faisaient qu'apparaître. Mais les désillusions éprou-

vëes pendant un siècle n'avaient pas suffi à décourager pour toujours les Grecs d'Asie. L'homme attendu semblait enfin venu; les temps devenaient plus tranquilles; rtiellénisme commençait à espérer qu'il pourrait se relever de sa décadence^ et son culte pour Auguste symbolisait cet espoir. En lui élevant^ à lui et à Rome, le temple de Pergame^ en instituant autour de ce temple un culte régulier^ Thellénisme asiatique invitait Auguste à remplir le grand râle historique qu'avait joué en Asie la monarchie hellénisante, et que Rome avait négligé.

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c ARMBNIA CAPTA^ SIGNIS RBGBPTIS. >

C'était une mission magnifique que l'Orient offrait à Auguste; mais pouvait-il l'accepter? Un liomme seul pourrait-il personnifier en Italie la vieille république latine et en Asie Mineure la monarchie hellénisante? S'il avait des temples en Asie Mineure, Auguste n'avait plus ce gigantesque patrimoine des rois de Pergame qui avait été la base solide de leur puissance : les forêts immenses, les grandes possessions, les innombrables fabriques de tapis, de brocarts d'or^ de pergamène^ la multitude des ^aOuxot ou esclaves royaux (i). L'annexion du royaume avait dispersé ce gigantesque patrimoine : les esclaves royaux une fois mis en liberté, les grandes usines s'étaient morcelées en un nombre infini de petits ateliers privés, qui dans leur ensemble avaient probablement beaucoup plus d'activité que les anciennes fabriques inmienses; les terres étaient devenues la propriété de la république romaine qui en avait fait le partage que Ton sait. Il est malaisé de dire ce qui n'avait pas encore été dilapidé; en tout cas, ce qui restait de cette grande fortune appartenait à Rome et non à Auguste (2).

(1) FoucART, La formation d$ la province romaine â^Atie, doiu Ui Mémoires de Vlnttitut national de France, Académie de» ImcHpUom et Bellei-Lettra, XXX VII, i'* paH.. Paris, 1904, p. 805 et suiv.

(f) Les empereurs avaient en Asie Mineui>e de vastes do-

Son patrimoine était considérable, il est vrai, et il avait aussi un grand nombre d'esclaves, mais il n'y avait pas de comparaison à faire avec les anciens rois de Pergame. Très riche pour son temps, Auguste ne possédait cependant qu'une modeste aisance, à côté des richesses infinies des anciens souverains d'Asie; et c'est en Italie quUl lui fallait dépenser la plus grande partie de ce qu'il possédait. Il était donc en Asie comme un dieu sans argent et sans tonnerre ; et les hommages qui lui étaient prodigués traduisaient plutôt les espérances démesurées que fondaient sur lui les Asiatiques, qu'un sentiment véritable de respect et de crainte^ dont ils auraient été saisis en sa présence. Si Auguste avait eu des illusions là-dessus, deux faits lui aiu^aient dessillé les yeux. Peu après son arrivée à Samos, c'està-dire sous les yeux du nouveau dieu, les habitants de Cyzique, à l'occasion de certains tumultes, avaient fait encore un de ces petits massacres de citoyens romains que depuis les grands carnages des temps de Mithridate^ les villes d'Asie, tantôt l'une et tantôt l'autre, répétaient périodiquement (1). Peu auparavant, Auguste, sur le conseil de son mattre, Athénodore de Tarse, avait voulu

maines : Voy. Chapot, la Province romaine proeonndaire d'Atie. Paris, 1904, p. 373 et suiv. Mais en dehors de l'allusion À Varea Liviana, les inscriptions et les renseignements que nous avons sont ti*ès postérieurs; et, d'autre part, il n'est pas bien sûr que Varea Liviana dé8ig:ne des biens possédés par la femme d'Auguste. Do toute façon les biens des rois de Pergame devinrent la propriété de la république ; et ils devaient être la proprîcté de la république À Tépoque d'Auguste, bien que, moyennant le payement d'un petit vecligal, ils aient été concédés à des membres de l'aristocratie au lieu d'être loués k dos publicains. Rien ne nous indique qu'Auguste se les soit appropriés, et la preuve manquant, nous ne pouvons supposer une cliose peu vraisemblable en elle-même, étant donné le caractère constitutionnel de sa réforme.

(1) Dion. LIV, 7.

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mettre fin à certains vols commis dans l'administration du gymnase de Tarse par une coterie de politiciens qui s'était formée là dès l'époque d'Antoine; et il avait envoyé Athénodore lui-même pour chasser ces voleurs. Mais malgré son âge vénérable, l'appui des honnêtes gens, la renommée et la protection d'Auguste, Athéno-. dore se trouva, dans sa ville méme^ exposé aux railleries et aux menaces du parti persécuté, qui était allé jusqu'à envoyer une nuit des gens qui avaient la diarrhée se soulager sur le seuil de sa maison. Et le philosophe avait dû ch&tier cette insulte par des jeux de mots, réunir le peuple, lui faire un discours et lui dire que Ton pouvait voir aux déjections de la ville combien elle était malade (i). Homme ou dieu, l'autorité d'Auguste en Asie lui venait de Rome, comme la lumière de la lune lui vient du soleil : il lui fallait donc avant tout, et même pour des raisons de politique asiatique, s^efforcer de conclure un accord avec les Parthes, accord dont la nouvelle frapperait l'Asie d'étonnement et augmenterait le prestige de Rome. Cette fois encore la fortune lui vint en aide. Les choses en Arménie se précipitèrent d'elles-mêmes et plus rapidement qu'il ne pensait là où il s'efforçait de les pousser lui-même. En effet, pendant l'hiver de l'an 21 à l'an 20, tandis que les forces romaines et les contingents de Cappadoce se réunissaient sur les confins de l'Arménie, pour l'envahir au printemps, une révolution éclatait dans le royaume, renversait le roi et se déclarait prête à accepter la suprématie romaine (2). Il n'y avait en Asie que deux grands

(1) Strabon, XIV, X, 14 : l'époque cependant n'est pas certaine. Strabon dit que la chose arriva quand Athénodore « revint vieux dans sa patrie ».

(S) Dion, LIY» 9, et Villbius, II, 94, qui contient toutefois beaucoup d'inexactitudes*

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I9t GRANDEUR ET DÉCADENCE DE ROME

Ëtats^ Rome et Tempire des Parthes; les petites monarchies intermédiaires^ le Pont, la Cappadoce, la Comagène. TÂrmënie, étaient des ombres négligeables plutôt que des réalités; Rome et la Perse, quand Tune ne serait plus empochée par l'autre, pourraient faire d'elles ce qui leur plairait. Auguste cependant n'annexa pas l'Arménie à l'empire^ et abandonnant la politique de son père, il revint, à cette occasion^ à la vieille politique du parti aristocratique (i). D*Éphèse le proconsul ou le propréteur romains gouvernaient facilement l'ancien royaume de Pergame, c'est-à-dire TAsie grecque, industrielle et républicaine; car ils avaient en effet sous la main les villes grecques entre lesquelles tout le territoire était réparti. Pour gouverner tant bien que mal, et, si Ton veut, plus mal que bien, tout ce territoire, il n'y avait qu'à maintenir les institutions de ces villes. Au contraire, sur le plateau, les monarchies une fois abolies, le proconsul aurait eu à gouverner une population disséminée dans de vastes régions, sans armée, sans l'appui des institutions indigènes, sans fonctionnaires qui connussent le pays, sans autre aide enfin que le respect et la terreur qu'inspirait le nom de Rome, respect et terreur qui diminuaient à mesure que Ton s'éloignait de la mer. Comme ces contrées avaient été depuis un temps immémorial habituées à n'obéir qu'à des prêtres et à des souverains dynastiques, il était plus sage pour les dominer, de s^emparer de leurs souverains, de gouverner avec leur bras et par leur bouche, en se

(1) Mon. ANC, V, 21-28 : Armeniam majorem,,., cum possem facere prownciam^ malui majorum nostrorum ezemplo regnum td... Tigrani tradere. Auguste oppose donc la politique récente de César et de Luculius à celle des anciens, c'est-àrdire à la politique aristocratique des cinquante années qui suivirent la seconde guerre punique, en avouant que c'est cette dernière qu'il a suivie.

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LA RÉPUBLIQUE D'AUGUSTE i»3

cachant derrière leur trône. Auguste prit donc le parti de donner à l'Arménie un nouveau roi, Tigrane, frère du roi mort, qui, pris par lui à Alexandrie après Actium, avait été élevé à Rome; et, ne pouvant se rendre personnellement en Arménie, il lui fit placer sur la tète le diadème royal par son beau-fils Tibère, dans une cérémonie solennelle qui eut lieu dans le camp romain (I). - Le protectorat avait un autre avantage sur l'annexion : il inquiéterait moins les Parthes, qui consentiraient plus facilement à le tolérer; tandis que pour l'Orient, si les Parthes reconnaissaient le changement jsurvenu en Arménie, cela signifierait toujours un agrandissement considérable de la puissance et du prestige de Rome. Mais les Parthes se résigneraient-ils à faire ce pas en arrière? Bien des gens en doutaient, et craignaient que la lutte entre Rome et la Perse ne reconmiençAt; toute l'Asie fut dans Tinquiétude; le commerce fut paralysé dans les villes maritimes, telles que Byzance, où le prix du blé augmenta (2). Mais il semble qu'Auguste avait déjà de bonnes raisons de croire que Phraatès céderait; car, tranquille au milieu de toute cette agitation, il commença à s'occuper des affaires d'Asie. Sans jouer ouvertement le rôle d'un véritable roi, successeur des Diadoques, il essaya de concilier, sur certains points du moins, les intérêts des villes d'Asie. La question la plus grave était celle des dettes. Si les métiers des tisserands recommençaient à marcher, si les vaisseaux remettaient à la voile, la pénurie d'argent était grande; les particuliers, les villes, les marchands, les propriétaires étaient couverts

(I) Mon. ANC, y» t4-S8; Suétonb, Tib., 9; Ybllbius PatmcuLUt, II, 94.

(S) Le passage de YalAu-Mauiu, VU, vi« 6, semble se rapporter à cette époque.

de dettes; Rhodes elle-même, qui était la ville la plus riche, avait subi de très grandes pertes dans les guerres civiles (i); les autres villes se trouvaient dans des conditions encore plus malheureuses. Nous avons déjà vu que beaucoup de villes éprouvées par le tremblement de terre avaient eu recours à Rome pour leur venir en aide; Chio laissait tomber en ruine son merveilleux portique (2) ; dans toutes les villes on voyait des dé» combres, des demeures abandonnées. Le mal se serait peut-être guéri de lui-même, mais avec quelle lenteur! Il semble qu'Auguste ait compris qu'il était nécessaire de prendre une mesure radicale et qu'il ait autorisé les villes à annuler purement et simplement leurs dettes (3)« On ne manqua pas de proflter de cette faculté en beau<coup d'endroits, bien que nous sachions que Rhodes s'y refusa. Auguste s'occupa ensuite de mieux propor* tionner à leurs forces les tributs que payaient les villes^ en diminuant ceux des villes qui s'étaient appauvries^ et en grossissant ceux des villes plus riches (4); il introduisit aussi certaines réformes constitutionnelles dans quelques-unes de ces villes qui probablement les demandaient (5) ; il fit expier à Cyzique le massacre des citoyens romains, en enlevant à cette ville sa liberté (6). Il rétablit enfin un peu d'ordre dans les régions des hauts plateaux. Il reconstitua, dans la partie orientale qui comprend la chaîne de l'Amanos, l'ancien

(1) Voy. JosâPBB, A. /., XIV, xiv, 3.

(2) Voy. JosftraB, A. J., XVI, ii, S.

(8) Dion Ghrtsostomb, Oral,, M, 1 66 (édit. Amim., Berl., 1893. — Voy. SuBTONB, Atiç,, 47... alioê (urbei) aer$ alieno Uvavit : Voy. Dion, LIV, 7.

(4) Dion. LIV. 7.

(6) Si toutefois c'est pendant ce voya^ que furent promulgués les édita dont parle PUne. EpUt. ad. Trajan., 79 et 84 (KelL)

(6) Dion, LIV, 7.

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royaume de ce Tarcondimèle qui était mort pendant la guerre d'Actium sous les ordres d'Antoine, en rappelant sur le trône et dans les biens du père son fils qui portait le même nom (i). Artavasde, roi de la petite Arménie, étant mort depuis peu, il fit encore don de ce pays à Archélaiis, roi de Cappadoce (2). A la frontière septentrionale de la Syrie, le petit royaume de Comagène était comme une sentinelle avancée surveillant la Perse; son trône, abandonné à la fois par la Perse et par Rome, était vacant depuis dix ans. Auguste profita de l'occasion pour y rétablir la dynastie nationale, dans la personne d'un enfant qui portait le nom de Mithridate (3). Cependant le 12 mai^ à ce qu'il semble (4), arrivaient au camp romain les prisonniers et les enseignes restitués par Phraatès, en même temps que les ambassadeurs chargés de conclure le traité de paix définitif avec Rome« L'Asie stupéfaite admira le grand triomphe de la politique romaine. Personne ne s'attendait à ce que l'empire des Parthes reculât' ainsi après trois guerres victorieuses. Auguste était donc un dieu véritable et sa venue avait tout changé* La Perse elle-même cédait^ et Rome faisait un grand pas en avant, puisqu'elle acquérait une suprématie indiscutable dans toute l'Asie Mineure. L'Italie aussi fut dans l'admiration, sans se rendre compte que le protectorat de l'Arménie était une petite chose en comparaison de la conquête de la Perse, qui avait été promise et sur laquelle on comptait. Auguste, prévoyant que bien des gens le blâmeraient de n'avoir même pas annexé l'Arménie et continué la politique de son père, avait prudemment inséré dans

(1) DiOK. LIV, 9.

(2) Ibid.

(3) Ibid.

(4) Gardtuausbii, Auifuihu, S, p. 476, n. 23.

les lettres qu'il écrivait au sénat, pour demander Tapprobation de ce qu'il avait fait, une dissertation sur la politique extérieure dans laquelle il renouvelait les vieilles doctrines de Scipion et de Taristocratie, en démontrant que Rome ne devait plus annexer de nouvelles provinces à l'empire (i). Mais la précaution était superflue; ses amis, en effet, s'étaient hAtés d'étendre sur le tableau véritable des événements d'Orient, qui était une œuvre sévère de style archaïque, une toile de légende peinte dans l'élégant style césarien^ et dans laquelle on représentait l'Arménie comme conquise et le roi des Parthes agenouillé devant Rome, demandant pardon des anciennes offenses, restituant les enseignes et implorant la paix. Si le sénat considéra la lettre d'Auguste comme un prodige de sagesse, le peuple admira Auguste, comme s'il avait conquis l'Arménie et la Perse, et fait justement l'opposé de ce qu'il avait déclaré utile et sage dans ses lettres.

... Jus împeriamque Phraates Caesaris accepit genibus minor.

écrivait cette année-là Horace (2), qui abusait un peu du privilège accordé aux poètes de dire des mensonges. On frappa des monnaies avec la légende : Armenia

(1) Dion (LIV, 9) nous dit qu'Auguste justifia sa poUtique asiatique dans une lettre au sénat, où il traitait en général de la politique extérieure de Rome, en se déclarant opposé À de nouvelles conquêtes. Gela nous prouve : a) qu'Auguste redoutait que l'on fit des critiques et des objections à sa politique; 6^ que par suite il voulait la faire ratifier par une approbation du sénaÂ. Ce renseignement que nous donne Dion, nous autorise à croire, bien que Dion ne le dise pas, qu'Auguste demanda au sénat d'approuver les actes qu'il avait accomplis en vertu de ses pouvoirs extraordinaires, comme le fit Pompée, après son grand proconsulat d'Asie.

(S) HoRACK, EpUru» I, xii, S7.

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capta (i), et sur lesquelles un Parthe à genoux tend les enseignes (2); la même scène fut divulguée dans des peintures dont Tune semble avoir été retrouvée sur le mont Palatin (3). L'Italie d'ailleurs, tout en se représentant si faussement les événements, avait plus de raisons qu'elle ne le pensait de se réjouir : en efiet, ce traité rétablit pour un siècle la paix en Orient, grâce à un compromis raisonnable entre deux grands empires rivaux. Les Parthes se désintéressaient définitivement par ce traité de la politique méditerranéenne; ils abandonnaient à Rome F Asie Mineure et la Syrie; ils renonçaient à descendre, en traversant les hauts plateaux, vers ces beaux rivages de la mer si ardemment convoités par la politique des Achéménides. Rome, de son côté, abandonnait le programme d'Alexandre le Grand et s'engageait à ne pas pénétrer dans l'Asie centrale. Nous connaissons assez bien les raisons qui amenèrent Rome à ce grand acte de sagesse; nous ne savons guère, au contraire, pourquoi les Parthes abandonnèrent Tancienne politique de l'empire persan, au moment même où Rome était si faible . Quoi qu'il en soit, c'est dans l'histoire une heure solennelle; car c'est au moment où cette paix se conclut que natt l'Europe dans laquelle nous vivons encore. Grâce à cette paix Rome recouvre sa pleine liberté d'action en Europe; et grâce à cette paix, eOe pourra bientôt commencer en Gaule cette politique d'où naîtra la civilisation européenne. Si Rome avait continué à être occupée dans des guerres continuelles avec les Parthes sur les bords de l'Ëuphrate, le Rhin, frontière sauvage et inconnue de la barbarie loint€Ûne, aurait attendu en vain les légions et les lois romaines.

(i) CoHBif, T, n«« 8-9; 11-12; 56.

(S) Id,, l 54 et 358.

(3) Bbrnouilli, Râmiuhê Ikanographie, t. I, p. 24.

Après avoir reçu les enseignes et les prisonniers, Auguste était allé en Syrie (1), ce pays des pantomimes que Ton aimait tant à Rome, à cette époque. Il voulait réorganiser le recouvrement des tributs syriaques (2) et trancher certaines difficultés que la politique d'Hérode avait fait naître en Judée. Bien que la conquête macédonienne eût porté les institutions de la pdi$ grecque, et répandu l'hellénisme jusqu'en Syrie, cette nation sémitique, sensuelle, mystique, indifférente à la politique, à la guerre^ à la philosophie, aux arts sévères, avide seulement d'argent et de plaisirs, ne travaillait^ avant comme après la conquête macédonienne, avant conmie après la conquête romaine, que pour entretenir dans le monde ce qu'on pourrait appeler l'empire syriaque de la volupté, et conserverie premier rang dans tous les commerces, les industries et les professions du plaisir. En se servant de paysans à demi esclaves, une classe de petits propriétaires très intelligents avaient su cultiver dans leurs jardins fameux (3) les fruits les plus exquis et les légumes les plus succulents; fabriquer surtout dans les territoires de Laodicée un vin qu'on envoyait jusqu'aux Indes (4) ; exporter partout leurs figues fameuses (5), leurs prunes sèches (6)

(1) Après l'équinoxe de printemps, JosàPHB, B, L, I, xz, 4; A, /., XV, X, 3; voy. Gardthadsbn, Auguttus und $eine Zeit, S, p. 469, n. 25.

(2) JosftPHB, B, /., I, XX, 4; A. /., XV, x, 6, dit qu'Auguste mit tous ses procureurs sous la direction d'Hérode : cela nous montre qu'Auguste n'était pas satisfait de la façon dont ses procureurs remplissaient leurs charges et qu'il jugeait qu'une réorganisation était nécessaire. De là cette supposition que c'était là un des buts de son voyage.

(3) Pf.iNB, N. H., XX, Y, 33 ; Syria in hortii operoiiiiima,

(4) Peripl. marii Brythroêi, 49.

(5) Plinb, XV, 83.

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