‹ Grandeur et décadence des classes moyennesChapitre 4 sur 6 · LA RENAISSANCE · texte numérisé non relu

LA RENAISSANCE

La classe bourgeoise, dont nous venons d'essayer de reproduire la physionomie en quelques traits, résista à la crise terrible de la guerre de Cent ans ; puis, après la tempête, aux premiers rayons du soleil, elle lit naître, en une éclosion joyeuse, les splendeurs de la Renaissance.

La Renaissance a été le produit éclatant de l’organisation sociale que nous venons d’observer. Cette organisation exigeait la perfection de l’objet manufacturé, perfection dont on tendait à se rapprocher de plus en plus. D’un autre côté, par le maintien des petits ateliers, elle entravait ce que nous appelons aujourd’hui la division du travail. Nous reviendrons plus loin sur ce point. Lehuchier ou l’imagier, l'armurier ou l’orfèvre, fabriquait dans tous ses détails le bahut ou la statuette, le haubert damasquiné ou le hanap d’or. Sous la direction du maître, il devenait un artisan, dans le sens brillant du mot. Son initiative individuelle conservait devant elle un champ où ses facultés créatrices pouvaient s’épanouir.

Transmises de père en fils, en se fortifiant, les traditions manufacturières brillaient d’un éclat inattendu sous la main d’un héritier particulièrement doué. Chaque fils de maître ouvrier avait, autour de lui, tous les éléments nécessaires à la création d’une œuvre d’art, et l’on voyait celle ci éclore spontanément entre ses doigts,

quand la nature avait allumé en lui l’étincelle qui fait le talent. Dans ces voies, l’orfèvrerie et la ciselure produisirent, de génération en génération, ces reliquaires, candélabres, penturesde fer forgé, serrures ouvragées, sceaux armoriés, que se disputent les musées modernes, puis cette incomparable phalange de médailleurs, honneur de la Renaissance française, d’où sortirent les Guillaume I)upré et les Germain Pilon. Arts et métiers sont alors si bien unis que les expressions sont synonymes. L’architecte est un maître maçon, ses plans sont rarement signés. En les réalisant, on voyait s’élever les cathédrales aux proportions héroïques, le Louvre sous Charles V, les rues de Florence ou la place de Bruxelles, dont chaque édifice est une œuvre d’art. Le sculpteur est un tailleur d’images, il est compagnon du tailleur de pierres ; mais il peuple les portails de ce monde de statues qui, par le style autant que par l’expression, rivalisent avec la statuaire grecque ; il peut s’appeler Michel Colombe, maître de l’œuvre d’une église de second ordre, l’église de Tréguier, et faire sortir du marbre le tombeau de Nantes. Les peintres relèvent de la sellerie ; comme Jean Clouet, on les voit ornementer des cotires ou des panneaux de voiture, et peindre ensuite des portraits de souveraines, et fonder toute une école d’artistes dont les œuvres sont les plus délicates que nous connaissions.

On a attribué le mouvement de la Renaissance, au contact des vestigesde l’art antique. L’inlluence de l’Antiquité fut à la Renaissance un accident — heureux selon les uns, malheureux selon les autres — elle n’en fut pas une cause génératrice.

Les Dürer, les Holbein, les van Eyck, les Memling, les Clouet, les Fouquet, 11e doivent rien à l’Antiquité. Semblables aux fleurs qui changent de teinte au soleil d’un autre climat, les arts s’épanouirent, sous l’influence de l’Antiquité, en des formes différentes ; mais l’Antiquité était morte et ne pouvait produire la sève qui les faisait germer. D’une part, les richesses que, par leur discipline sociale et leur activité, les classes moyennes avaient accumulées entre les mains de l’aristocratie — dans les villes en partie sortie de leurs rangs, — de l’autre, la perfection que leurs traditions manufacturières avaient donnée aux produits du travail, leur permirent de répondre, au moment propice, avec un éclat inconnu, à toutes les recherches de luxe, de décor et d’art.

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