XVI
(4) Vo3'. GiussANi, L. R., 147; Stampini, Il suicidio di Lucrezio. R. S. A.,\, fase. 4; CicÉnox, ad Q., II, xi, 4.
(5) Cicéron, ad Q., II, xiv, 1.
nent qui, placé pour un temps déterminé à la tête de l'État avec de grands pouvoirs, ferait respecter par tous les lois du peuple et du sénat. Malheureusement, tandis qu'il s'adonnait à ces profondes méditations politiques, Cicéron pris, lui aussi, de la manie du luxe, continuait à faire des dettes. Bien qu'il n'eût pas encore fmi de payer la maison qui avait été détruite par Clodius; bien que l'indemnité accordée par le sénat fut insuffisante pour reconstruire son palais et ses villas, il continuait à dissiper de l'argent pour sa villa de Pompei; il en achetait une à Pouzzoles; il faisait des constructions à Rome, et augmentait le nombre de ses esclaves (1). César choisit habilement un moment où il se trouvait gêné, et il lui fit accepter un prêt considérable (2).
Au contraire, Catulle, devenu un aristocrate enragé, lançait contre les hommes du parti populaire ses iambes violents. Revenu à Rome, il avait rompu définitivement avec Clodia; et après avoir écrit une dernière poésie d'adieu, amère et douloureuse (3), il avait changé de sujets, de mètres et de style. Il faisait maintenant de la politique conservatrice et cultivait la poésie erudite, mythologique et raffinée des Alexandrins; il écrivait sur le sauvage rythme galliambique l'étrange Carmen Lxm, qui a trait au culte orgiastique de Cybèle; il composait VÉpithalame de Téthys et de
(1) LicHTENBERGER, De Ciceronis re privata; Paris, 1895, p. 9 et 14.
(2) Il résulte de passages de Cicéron lui-même (^4., V, iv, 3; V, V, 2; V, VI, 2) qu'il fut le débiteur de César. Comme ces lettres, qui sont de l'année 51, parlent de la restitution, il me paraît vraisemblable que le prêt ait été fait à cette époque qui fut celle de la plus grande amitié entre César et Cicéron, et de la plus grande richesse de César.
(3) Catulle, Carm., xi.
Péléc (1) ; et il attaquait dans des poèmes brefs et violents César, Pompée et leurs principaux partisans (2), affectant, lui jeune provincial, des sentiments ultraaristocratiques, l'horreur de cette démocratie vulgaire, qui mêlait maintenant les classes, même dans les plus hautes charges : t Jusqu'à Vatinius qui jure qu'il est sûr de devenir consul ! — Que te reste-t-il, ô Catulle, sinon à mourir? » (3). Mais sa santé était ruinée. Pressentant sa fin prochaine, il se hâtait de recueillir ses meilleurs poèmes pour en faire un petit volume; et exhalait dans de belles poésies la tristesse profonde qui l'accablait : « Ton ami Catulle va mal^ ô Cornificius : il va mal et il est plein de souffrances (4)... > L'été arrivait; Crassus, sans déclaration de guerre, avait envahi la Mésopotamie et il en occupait les différentes villes; César, au contraire, tardait à envahir la Bretagne. A Rome, la lutte électorale commençait. Les candidats, très nombreux pour toutes les magistratures, n'étaient pas moins de cinq pour le consulat : Caïus Memmius Gémellus, l'ancien ennemi et maintenant aux élections le candidat favori de César; Marcus Valérius Messala, noble d'ancienne famille, bien vu des conservateurs; Marcus .^milius Scaurus; Caïus Claudius. un autre frère de Claudius et enfin Cnéius Domitius Calvinus (5). Mais ce qui fut surtout cause de scandales, ce fut la mêlée sauvage des ambitions qui éclata tout à coup. Rome n'avait jamais rien vu de semblable. Tous les magistrats en charge demandaient aux concurrents de largentpour leur venir en
(1) GiussAKi, L. R., Ì67.
(2) Catulle, Carm., xxix; liv; lvii; xcm.
(3) Catulle. Carm., lu.
(4) Catulle, Carm., xxxvrii.
(o) Lange. R. A.. III. 337.
aide (1); les deux consuls conclurent un traité régulier avec Memmius et Calvinus, en s'engageant à les aider à condition que, s'ils étaient élus, ils leur feraient avoir par une supercherie compliquée les provinces qu'ils désiraient, ou qu'ils leur paieraient, en cas d'échec, 400,000 sesterces (2); la corruption dépassa bientôt tout ce qu'on avait vu jusque-là; un candidat ayant fait accuser de corruption un de ses rivaux, les autres imitèrent son exemple. Bientôt tous furent à la fois accusateurs et accusés (3). Ahuri, effrayé, le public se demandait ce qui allait arriver le jour des élections : les accusations, les invectives, les menaces redoublaient de violence et la corruption d'audace à l'approche des comices; ce jour-là le sang coulerait sans doute à flots au Champ de Mars. Mais personne ne faisait autre chose que se lamenter. Caton, qui était préteur, fmit par faire déposer entre ses mains un million de sesterces, par tous les candidats au tribunat. en menaçant de les confisquer si on corrompait les électeurs (4). Mais Pompée, irrité et dégoûté, laissait aller les choses; les sénateurs ne voulaient prendre aucune initiative dangereuse et bien qu'ils eussent de longues et laborieuses séances, ils n'arrivaient pas à s'entendre (5). Les grandes chaleurs de l'été survinrent; tout le monde déclara qu'il n'avait jamais fait si chaud (6), et qu'il fallait se réfugier à la campagne; le sénat renvoya au mois de septembre les élections
(1) Appie.v, B. C, II, XIX.
(2) Drcmann, g. R., III, p. 4 ; Cicéron, i4., IV, xv, 7; IV, xvm,
(3) CicÉRON, A., IV, XVI, 8.
(4) Plutarque, Cat. U., 44, raconte cet épisode avec certaines inexactitudes, comme il ressort d'un passage de Gicéron, i4., IV, XV, 7.
(5) CicÉRON, Q., II, XVI, 2.
(6) CicÉRON, Q., III, i, 1.