II
consulaires, espérant que cette fièvre électorale s'apaiserait tandis qu'on discuterait les procès (1).
Cicéron, lui aussi, partit pour Arpinum, pour y trouver la fraîcheur et y surveiller la construction d"une belle villa et d'autres importants travaux ordonnés par son frère Quintus, qui employait à cela l'argent gagné en Gaule (2). Pour Cicéron toutefois, qui aimait tendrement son frère, l'expédition britannique était la cause d'inquiétudes bien plus vives que la situation de Rome (3). Mais Texpédition allait-elle vraiment avoir lieu? Au commencement de juillet Quintus lui avait écrit que César était sur le point d'en abandonner l'idée. On avait appris, écrivait-il, que les Bretons s'apprêtaient à se défendre très vigoureusement, et que la conquête ne rapporterait ni métaux précieux ni esclaves de valeur (4). Mais une autre raison, que Quintus ne connaissait pas ou qu'il n'osait pas confier à son frère, faisait hésiter César; c'était la situation intérieure de la Gaule (5). La conciliation avec le parti national ne réussissait point; les institutions nationales fonctionnaient très mal sous le contrôle romain, et au Jieu d'assurer l'ordre et la paix, faisaient naître toute sorte de difficultés imprévues; les mesures inspirées par les meilleures intentions donnaient des effets tout à fait opposés à ceux qu'on attendait. C'est ainsi qu'à peine revenu en Gaule,
(1) Cicéron, Q., II, xvi, 3.
(2) Cicéron, Q., III, i, i-ii.
(3) Cicéron, Q., II, xvi, 4.
(4) Voy. Cicéron, A., IV, xvi, 13 et Cicéron, F., VII, vu. VoGEL, I. p. p., lo3, p. 276 et suiv., me paraît avoir démontré que le Britannici belli exitus expectatur de Cicéron, A., IV, xvi, 13; et le sine Britannia de Cicéron, F., VII, vu, 2, font allusion à l'idée d'abandonner l'expédition; et que les chapitres i à vu du dnquième livre des Commentaires confirment cette interprétation.
(5) Vov. Strabon, IV, V, 3 (200).
César avait dû faire une courte expédition dans le pays des Trévires, qui, comme il arrivait fréquemment à l'époque de l'indépendance, étaient sur le point d'avoir une guerre civile pour l'élection du premier magistrat. César avait arrêté la guerre en imposant Cingétorix, un des deux concurrents : mais sans acquérir par cette intervention la reconnaissance du peuple, il s'était aliéné tout le parti de l'autre concurrent, Indutiomarus, qui ne pouvait se résigner à abandonner la lutte sans avoir combattu. La guerre de Bretagne, cette diversion offerte à la noblesse gauloise, n'avait pas non plus produit l'effet espéré. Beaucoup de nobles gaulois ne l'approuvaient pas et Dumnorix les engageait à ne pas partir, prétendait que César voulait les faire périr tous pendant le voyage (1). Inquiété par ce sourd mécontentement, César s'était demandé un instant s'il ne serait pas plus prudent de renoncer à l'entreprise; et peut-être aurait-il définitivement abandonné son projet, si l'attente pour l'expédition n'avait été trop vive en Italie et les préparatifs déjà trop avancés (2). Il avait néanmoins réduit l'entreprise aux proportions les plus modestes, n'y destinant que cinq légions et deux mille cavaliers, n'amenant lui-même en Bretagne pour son service personnel que trois esclaves (3), laissant les trois autres légions en Gaule, sous les ordres de Labiénus; prenant en somme toutes ses dispositions pour revenir très vite et pour faire surveiller la Gaule pendant son absence. Toutes ces piécautions prises, César dirigea ses légions et les chefs gaulois qui l'accompagnaient sur un port qu'il est difficile de retrouver sur les cartes modernes; et dès