‹ Grandeur et décadences de Rome; (volume 4)Chapitre 21 sur 55 · M, F., V, XX · texte numérisé non relu

M, F., V, XX

(3)/rf., F., V, XX, 8.

(4) Id., A., VI, VII, 2.

(5) Id., F., XIV, V, 2.

(6)/rf...4.,VII, II, 3.

était très lié avec Atticus. fut prié de mettre à la disposition de Tiron. en les portant au compte de Cicéron. toutes les sommes dont il pouvait avoir besoin (1). Enfin il débarqua le 24 novembre à Brindes (2).

En Italie les esprits s'étaient un peu calmés après les élections, mais le monde politique et les hautes classes avaient été très surpris, en voyant apparaître à Rome un censeur d'une sévérité antique, un véritable émule du vieux Caton. L'événement était étrange en lui-même: mais plus étrange encore était le personnage en q^i s'était incarné soudain Tesprit de sévérité et de discipline des vieilles générations. C'était Appius Claudius, le frère de Clodius; l'ancien gouverneur de la Cilicie, remplacé par Cicéron qui avait eu tant de peine à réparer le mal fait ou laissé faire par lui dans la province. Publius Cornélius Dolabella, le fiancé de Tullia, l'avait même accusé de concussion ; mais Appius était le beau-père de Brutus et d'un fils de Pompée, et Brutus et Pompée ne l'avaient pas seulement fait absoudre, mais encore élire censeur (3). Et, une fois élu, Appius était devenu un censeur farouche. Il avait chassé du sénat de nombreux sénateurs, intenté des procès, tourmenté les propriétaires de domaines trop étendus et ceux qui avaient des dettes; il s'était attaqué même au luxe des tableaux et des statues (4). Au nombre de ses victimes fut Salluste, qui perdit son siège au sénat; Cœlius et Curion furent de ceux qu"il persécuta. Appius, en somme, avait voulu singer les répressions de Pompée; mais sa censure nétait quiine

(1) Cicéron, F., XVL iv. 2. Ce Curius est certainement le Manius Curiup de la lettre ad F., XIII, xvii.

(2) CiCERON, F., XVI, IX, 2.

(3) Lance, R. A., III, 389.

(4) Cicéron. F., VIII. xiv, 4: Dion, XL. 63.

parodie laissant après elle du mécontentement et des railleries. Tout s'usait vite à Rome; et cette sévérité à laquelle les conservateurs tenaient tant et que, deux années auparavant. Pompée semblait avoir rétablie comme règle du gouvernement, n'était bientôt plus devenue elle-même qu'un objet de risée. Le mal nétait pas grand, du reste, car l'Italie était pour l'instant suffisamment tranquille. Pompée était reparti pour Naples (1); et César, ayant pris toutes ses dispositions dans la Gaule transalpine, revenait dans la Gaule cisalpine, mais sans ai tre intention que d'y passer Thiver à pre'parer sa candidature pour l'année suivante. Il éta t si loin de croire à la possibilité d'une guerre civile, qu'il n'amenait en Italie qu'une seule légion pour remplacer dans les garnisons de la Cisalpine la légion que César avait détachée pour la guerre des Parthes, et qu'il laissait les huit autres en Gaule, quatre sous le commandement de Caïus Fabius, chez les Éduens, et quatre sous le commandement de Trébonius chez les Belges, c'est-à-dire aussi loin que possible de l'Italie (2) Pompée n'était plus son ami comme jadis, mais c'était un homme sage et prudent; ses autres ennemis étaient presque tous, à l'exception de Caton, des hommes de grande famille, mais sans autorité; ils ne pouvaient guère oser faire violence à l'opinion publique et à l'Italie tout entière qui voulait la paix. On pourrait sans aucun doute arriver à une entente avec Pompée et le sénat.

César raisonnait sagement; et c'est pourquoi il se trompait. Dans le désordre d'une grande crise sociale,

(1) Cela résulte du fait que les entretiens de Cicéron et de Pompée du mois de décembre eurent lieu probablement à Naples. Voy. Schmidt, B. W. C, 94.

(2) HiRTIDS, B. G., VIII, LIV.

l'équilibre moral des partis et des classes est si instable que la légèreté, l'animosité, les rancunes de quelques hommes ou de petites coteries deviennent des forces historiques très importantes, car elles peuvent faire éclater tout d'un coup les antagonismes latents, et précipiter des événements considérables. Marcellus ne voulait pas abandonner le consulat sans avoir pris une revanche sur Gurion. qui l'avait toujours battu jusque-là, et les ennemis de César ne renonçaient pas à leurs desseins,, maintenant surtout qu'ils étaient soutenus par une nouvelle espérance. Si les faits devaient bientôt montrer que la fidélité des soldats de César était à toute épreuve, il semble que parmi ses officiers, et surtout parmi ceux qui appartenaient à de grandes familles, il régnait un certain mécontentement, peut-être parce qu'ils avaient, plus que les soldatS;, ressenti la répercussion de l'impopularité croissante de César dans les hautes classes. Au nombre de ces mécontents était Labiénus lui-même. Or à Rome on prenait facilement ce mécontentement de quelques officiers pour celui de l'armée tout entière; par cette facilité à croire tout ce que l'on désire, on ajoutait foi volontiers au bruit qui courait que l'armée de César, fatiguée de la guerre, demandait à être licenciée; les adversaires de César espéraient qu'ils trouveraient un appui dans son armée elle-même ! Marcellus voulut donc dans la séance du 1" décembre tenter un effort suprême pour faire décider que les pouvoirs de César expireraient le i" mars, et pour faire repousser une proposition analogue dirigée contre Pompée. Sii y réussissait, il atteignait un double but : il humiliait Curion, et en rendant à Pompée un aussi grand service, il l'obligeait à s'unir ouvertement aux conservateurs et à devenir leur chef. Le 1" décembre, en effet, le

sénat se réunit. L'assemblée était presque au complet,

car quatre cents membres environ étaient présents (1); mais leur indécision était grande. Presque tous, inquiets et irrésolus, avaient peur de déplaire à César et peur d'offenser Pompée, redoutaient les conséquences de leurs délibérations^ et ne désiraient que deux choses : ne pas se compromettre et ne pas déchaîner une guerre civile. Marcellus etCurion seuls étaient venus avec des idées bien arrêtées : l'un voulait faire voter le rappel de Pompée, et l'autre le rappel de César. Au début de la séance^ Marcellus prit la parole et posa nettement la question de savoir si César devait rentrer à Rome^ comme homme privé, le 1" mars. Tout le monde pensait que Curion mettrait son veto, et qu'on ne serait pas obligé d'entrer dans une discussion aussi grave et aussi dangereuse. Mais, au grand étonnement de tous, Curion resta silencieux et immobile sur son banc. La proposition de Marcellus put donc être mise aux voix et elle fut approuvée à une grande majorité. Et alors aussitôt, sans que Curion eût pu intervenir, Marcellus reprit la parole et déclara soumettre au sénat l'autre question qui avait été posée : à savoir si Pompée devait résigner son commandement. Ainsi formulée, la proposition frappait directement Pompée, et elle semblait la violation d'une loi approuvée par le peuple. Marcellus le savait, et c'est pour cela qu'il avait voulu faire la proposition luimême et prévenir Curion. Le sénat^ qui avait peur d'offenser Pompée, la repoussa. La surprise avait réussi; Curion et César avaient subi un nouvel échec; et Marcellus, très content, était déjà sur le point de

(1) Appien, B. C, U, XXX. — NissEN,/f. Z., XLVI, page71, n. 1, me paraît avoir démontré d'une façon définitive que la séance eut lieu le 1" décembre.

lever la séance. Mais Curion, avec une grande présence d'esprit, demanda aussitôt la parole et dans un discours habile il présenta au sénat une autre proposition : César et Pompée devaient abandonner ensemble lun et l'autre leur commandement. Ainsi formulée, la proposition perdait son caractère dhostilité personnelle envers Pompée; elle semblait seulement une mesure de haute équité et de concorde, que seuls les mauvais citoyens pouvaient désapprouver. Marcellus cependant la mit aux voix, persuadé que le sénat, déjà engagé par le vote précédent, allait la repousser et que la défaite de Curion serait ainsi complète et définitive. Mais il arrive souvent que les assemblées se contredisent sans honte à quelques instants d'intervalle. La proposition de Curion correspondait au désir de tous, et quand on en vint au vote, il y eut 370 oui et 22 non (1). Curion remportait encore une fois; et léchée était d'autant plus honteux pour les ennemis de César, que l'on voyait ainsi qu'ils ne disposaient que de vingt-deux voix au sénat. Marcellus furieux congédia le sénat, s'écriant que l'on avait voté en faveur de la tyrannie de César.

(1) Appiex, B. C, II, xxx; Plutarque, Pomp., 58. Si l'on rapproche le passage d'AppiEX, B. C, II, xxx-xxxi, de celui de Plutarque, Pomp., 58, on voit que Plutarque fait entrer dans une seule séance les faits qui, selon Appieo, se sont passés dans deux séances et à quelque intervalle. C'est la version d'Appien qui doit être la vraie ; elle seule permet d'expliquer le coup d'État de Marcellus dont nous parlerons bientôt, et l'attitude de Pompée. Celui-ci s'était jusque-là tenu dans une grande réserve, bien qu'il fût en froid avec César ; il fallut un motif très sérieux pour qu'il se nsît résolument à la tète du parti révolutionnaire conservateur et qu'il acceptât à Naples le commandement des légions d'Italie. L'événement qui explique ce fait, c'est ce vote, et pour les raisons exposées dans le texte. Mais le coup d'État dut être combiné entre les chefs du parti conservateur et Pompée; et comme celui-ci était alors à Naples, la chose demanda quelque temps.

S'il n'avait pas voté en faveur de la tyrannie, le sénat avait sans le vouloir et malgré son désir de la paix décidé la guerre. Ce vote fut la cause occasionnelle et directe de la guerre civile. Marcellus et les ennemis de César^ furieux de cet échec, imaginèrent un expédient suprême pour se relever : proposer un coup d État à Pompée, qui devait autant qu'eux et plus encore être froissé du vote du sénat. Marcellus proposerait au sénat de déclarer César ennemi public; et si les tribuns intervenaient ou si le sénat n'approuvait pas, il déclarerait de sa propre autorité l'état de siège, et chargerait Pompée du soin des affaires politiques, en lui donnant le commandement des deux légions de César qui devaient aller en Perse et qui étaient encore à Lucerà (1). Le succès de ce coup d'État ne paraissait pas douteux. Avec les deux légions que lui aurait données le consul, l'armée de Pompée serait montée à neuf légions, c'est-à-dire à l'effectif dont disposait César. Pompée ayant des forces égales et faisant des menaces sérieuses, était-il possible que César et ses amis voulussent encore résister, au risque de provoquer une guerre qui eût été désastreuse pour eux? La majorité du sénat aurait alors cédé, et obéissant à la peur plus grande, voté tout ce que les ennemis de César voulaient. Un observateur impartial aurait pu, il est vrai, objecter que la situation militaire n'était pas aussi favorable à Pompée, parce que ses neuf légions étaient séparées, deux étant en Italie et sept en

(1) Nous n'avons aucun renseignement sur ce complot, mais il me paraît nécessaire de l'admettre, car il est absolument impossible que Marcellus ait tenté son coup d'État sans s'être entendu avec Pompée. Il se serait, en pareil cas, exposé à un échec retentissant. N'est-il pas probable que dans les paroles sinistres que Pompée adressait à Cicéron le 10 décembre (A., YII, iv, 2), il ait fait allusion au coup d'État qu'il savait imminent à Rome?

Espagne, tandis que César avait en Gaule ses neuf légions sous la main. Mais on avait partout confiance dans le prestige et dans l'habileté de Pompée; on était aussi porté à croire que César n'oserait pas provoquer la guerre, de crainte que la Gaule se soulevât de nouveau, s'il en avait retiré son armée (1). Des lettres et des messages furent donc expédiés en toute hâte et en grand secret à Pompée. Marcellus et ses amis avaient calculé justement. Pompée, qui n'avait jamais eu l'intention sérieuse de renoncer à son commandement proconsulaire, était après le vote du sénat plus résolu que jamais à ne pas céder aux intimations de Curion, qui agissait évidemment pour le compte de César; à ne pas renoncer à un droit qui lui avait été conféré par une loi; à ne pas reconnaître un vote de surprise arraché au sénat par un tribun trop remuant et en contradiction avec une décision prise quelques instants auparavant. Il aurait peut-être annulé de lui-même tous ses droits^ si cela était utile à la paix désirée par toute l'Italie; mais il ne pouvait capituler devant les menées d'un tribun tel que Curion, d'un politicien d'aussi bas étage^ lui l'homme qui avait été élu consul sans avoir exercé aucune magistrature, qui avait rendu tant de services à Rome, détruit les pirates, vaincu Mithridate, conquis la Syrie, doublé les revenus publics et rétabli Tordre. Si César, à court d'argent et incapable de tenir les promesses fallacieuses qu'il avait faites, voulait tout brouiller, en provoquant une guerre civile, lui, il l'attendait de pied ferme (2). Il comptait beaucoup sur son prestige, et certains officiers mécontents de César avec qui il était en relation

(1) Voy. CicÉRON-, F., XVL xii, 4.

(2) Suétone, Ces., 30.

semblent lui avoir donné des illusions : Labiénus, entre autres, qui avait déjà commencé à comploter avec lui: et l'officier chargé de conduire les deux légions destinées à la guerre des Parthes. qui lui avait dit que larmée de César ne combattrait jamais contre lui (1). En somme. Pompée se croyait maître de la situation : ritalie était prête à se soulever au premier signe et à lui donner toutes les légions qu'il voudrait; l'ennemi n'oserait lui faire face : la guerre civile n'était pas possible. Quand il se verrait menacé, César céderait Pompée accepta donc; et bientôt le public vit la situation devenir menaçante, sans en comprendre la raison. Cicéron qui, par la voie Appienne, s'acheminait vers Rome, s'arrêta à Naples et fit le iO décembre une visite à Pompée. Mais il fut surpris et attristé de le trouver très irrité, très pessimiste, de l'entendre déclarer que la guerre était certaine, et qu'il n'était plus possible de s'entendre avec César (2). Cicéron, qui ne connaissait pas les intrigues qui se tramaient entre Rome et Naples, se demandait pourquoi cette guerre était inévitable, et ne pouvait s'expliquer la nouvelle attitude de Pompée. A Rome les amis de César, et surtout Cornélius Baîbus, étaient très inquiets : ils flairaient le danger, espionnaient les vaincus du 1" décembre et leurs menées secrètes, et attendaient avec impatience l'arrivée de César, qui pendant ce temps se dirigeait

(1) Plutarque, Pomp., 57.

(2) CicÉRox, A., VII. IV, 2. En ce qui concerne la date et le lieu de celte entrevue, voy. Schmidt, B. W. C, 94. Ce changement imprévu, si Pompée n'était pas atteint de folie, ne peut s'expliquer que par quelque événement, et je n'en vois pas d'autre que le vote du 1" décembre. C'est une nouvelle preuve qu'il y eut deux séances importantes; en eSet quand Cicéron écrivit cette lettre, le coup d'État qui fut la conclusion d'une séance du sénat, n'était pas encore fait.

tranquillement sur la Cisalpine sans se douter de rien, s'imaginant même qu'à son arrivée l'accord avec le sénat serait déjà conclu. Le 6 décembre arriva à Home un officier de César, Hirtius, qui apportait des lettres pour Pompée, et il descendit chez Baibus. Très inquiet, celui-ci ne le laissa pas continuer sa route sur Naples; il se chargea de transmettre le message à Scipion, le beau-père de Pompée; et il fit repartir Hirtius le soir même, pour qu'il revînt à marches forcées auprès de César et lui apprit, mieux qu'on ne pouvait le faire par correspondance, le brusque changement de la situation et les grands dangers qui menaçaient. Mais cette situation incertaine et anxieuse ne dura pas longtemps. Dès que le consentement de Pompée fut arrivé, c'est-à-dire probablement le 9 décembre (1), Marcellus convoqua le sénat,, prononça un discours violent dans lequel il traita César de brigand et proposa de le déclarer ennemi public, en ordonnant à Pompée de

(1) NissEX, H. Z., XLVI, p. 72, place cette séance le 4 décembre ; ScHMiDT, B. W. C, 97, la place le 10 décembre. Ces deux dates me semblent également impossibles : la première, parce qu'on naurait pas eu le temps de s'entendre avec Pompée qui n'était pas, comme le croit Nissex, aux portes de Rome, mais à Naples, ou tout au moins dans un endroit distant de trois ou quatre jours de Rome, comme cela résulte du passage de CicÉ- Rox, A., YIL IV, 2. En outre si le coup d'État avait été fait alors, il aurait dû être l'objet principal de l'entretien qui eut lieu le 10 décembre entre Cicéron et Pompée et dont parle Cicéron, A., VII, IV. Au contraire Cicéron ne parle du coup d'Etat, qu'il désapprouve d'ailleurs, que dansA., VII, v,4.De même la seconde date est impossible parce que le 10 Curion n'aurait plus été tribun. Appiex, B. C, II, XXXI ; Dion, XL. 66; Plutarque, Pomp., 58 sont d'accord pour dire que le veto fut mis par Curion, et on ne peut pas supposer qu'ils aient tous écrit Curion au lieu d'Antoine. La supposition de Schmidt que Marcellus ait voulu attendre l'entrée en charge d*s nouveaux tribuns est inutile : dès que le coup d'État était décidé, la résistance ou la complaisance des tribuns n'avaient aucune portée. Je crois donc que la séance eut lieu le 8 ou le 9, dès que fut parvenu le consentement de Pompée.

prendre le commandement des légions qui étaient à Lacera, où elles devaient s'embarquer pour la Syrie. Mais Curion déclara qu'il n'y avait rien de sérieux dans tout cela et il opposa son veto. Alors Marcellus commença l'assaut à grand spectacle quii avait organisé d'avance : il déclara que puisque les factieux l'empêchaient de défendre la république; il aurait recours à d'autres moyens que les moyens légaux; il quitta le sénat, sortit de Rome le jour même, avec une troupe d'aristocrates furieux, et il se rendit en toute hâte à Naples, où il arriva le 43 décembre, pour aller trouver Pompée (1).

Ce départ dut jeter l'étonnement et l'inquiétude dans le pubhc, qui ignorait les intrigues qui l'avaient préparé. Pompée allait-il accepter l'offre téméraire qu'on lui faisait? Curion, dès qu'il fut redevenu simple citoyen, le 10 décembre, jugea qu'il était en tout cas prudent pour lui de s'éloigner de Rome, et il partit pour rejoindre César, qui échelonnant sa légion le long de la voie Émilienne (2), se rendait de Plaisance à Ravenne pour y passer Ihiver (3). César croyait touj ours au maintien de la paix î Mais vers le 18 ou le 1 9 dé-

(1) ScHMiDT, B. W. C, 97-78. La rectification de dates faite par Schmidt me paraît excellente.

(2) Voy. Schmidt dans le Rh. Muséum, XL VII, page 248.

(3) Il ne me parait pas nécessaire de modifier comme le voudrait Schmidt, B. W. C, 99, le récit vraisemblable d'AppiEx, B. C, II, XXXII, qui dit que Curion ne fit à marches forcées que le voyage du retour. Il est probable que Curion partit le 10 ou le 11 décembre, qu'il rejoignit César à Plaisance ou ailleurs et se rendit avec lui à Ravenne; et que, quand la nouvelle du coup d'État fut arrivée, il courut porter à Rome l'ultimatum de César. En tout cas il me parait certain que Curion partit de Ravenne, qui est à environ 260 milles de Rome et non de Plaisance ou de Milan, qui està plus de 400; il n'est pas possible, en efTet, qu'un homme ait pu faire 400 milles en trois jours. II faut donc accepter la correction proposée par Mendelssohn et au lieu de T(ii'7/ù.îoi: lire Si(7vt),(otç.

cembre une nouvelle terrible arriva à Rome (1), et trois ou quatre jours après à Ravenne : Pompée avait accepté la proposition de Marcellus, tout en prononçant un discours modéré en apparence, et s'était mis en route pour Lucerà, où il serait bientôt et où il prendrait le commandement des légions. La stupeur fut générale, ainsi que l'indignation et l'effroi. Les hommes impartiaux, et Cicéron parmi eux, désapprouvèrent la conduite de Pompée qui provoquait la guerre (2) ; Antoine, dans une réunion populaire, prononça un discours très violent contre lui, rappelant entre autres choses le grand nombre de victimes que ses lois et ses procès avaient faits à Rome (3). Seuls les conservateurs intransigeants étaient enchantés. Mais l'homme le plus déconcerté de tous fut César, quand à peine arrivé à Ravenne, le 24 ou le 25 décembre (4), il reçut la nouvelle et vit d'un coup toutes ses espérances tomber. Il ne pouvait se faire d'illusions. La conversion de Pompée faisait disparaître les derniers restes de faveur qu'il avait dans les hautes classes : tous les gens comme il faut seraient désormais pour Pompée, tandis que partisan de César deviendrait synonyme d'homme de rien (o); bien peu de gens auraient osé braver la colère de Pompée; et si celui-ci continuait à demander que César abandonnât son commandement l(j 1*' mars, le sénat n'oserait pas s'y opposer. César n'aurait plus alors qu'à se mettre ouverk- ment en révolte ou à se soumettre.

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