SCHMIDT, B. W. C
(2) CicÉRo.v, A., VIL V, 4. Surla date, voy. Schmidt, B. W.C, 101. L'iter Pompei est certainement le voyage à Lucerà.
(3) Cicéron, A. VII, viii, 5. Voy. Schudit, B. W. C, 98.
(4) Schmidt, B. W. C, 99.
(5) Voy. Cicéron, A., VII, m, 5, et le très intéressant passage : A., Vi;, VII, 7.
César réunit un conseil d'amis, où Curion proposa de rappeler l'armée de Gaule et de marcher aussitôt sur Rome. Puisque la guerre était inévitable^ il fallait la précipiter. Mais César, qui savait l'opinion publique favorable à la paix (1), espéra encore pouvoir interposer l'Italie entière entre ses ennemis et lui. On était loin des temps farouches de Sylla; il n'y avait plus de ces antagonismes terribles de classe à classe qui avaient provoqué la dernière guerre civile; si les querelles mesquines de quelques politiciens en déchaînaient une autre, ce serait là une chose monstrueuse. César rappela aussitôt en Itahe deux légions, la douzième et la huitième, et il ordonna à Caïus Fabius d'aller avec trois légions de Bibracte à Narbonne, pour s'opposer à une marche possible des légions que Pompée avait en Espagne (2). Mais il voulut encore tenter une conciliation. On était le 25 ou le 26 décembre; le sénat devait se réunir le 1" janvier; si un courrier pouvait arriver à Home avant ce jour, il serait encore temps de parer le coup que les ennemis méditaient certainement pour ce jour-là. Curion se déclara prêt à accomplir ce prodige de vitesse; César écrivit une lettre au sénat et une autre au peuple; et Curion partit le 27 au petit jour (3). Dans sa lettre au sénat, César se déclarait prêt à abandonner son commandement si Pompée en faisait de même; sans quoi il songerait à défendre ses droits. Dans sa lettre au peuple il se disait prêt à rentrer dans la vie privée et à rendre compte de ce qu'il avait fait; et il invitait Pompée à en faire autant (4).
(1) CiCÉRON, A., VII, VI, 2.
(2) NissEN, H. Z., XLVI, p. 75.
(3) ScHMiDT, B. W. C, 99.
(4) Cette lettre peut être reconstituée avec les passages de
Les derniers jours de l'année furent pour tout le monde très agités. Les déclarations de Pompée avaient en effet, bien qu'un peu à contre-cœur, rendu ennemis de César bon nombre de sénateurs et les hautes classes, qui n'osaient pas s'opposer trop ouvertement à un homme si puissant. Ce revirement d'opinion encourageait Pompée qui, irrité par les violents discours d'Antoine, avait déclaré à Cicéron le 25^ dans les environs de Formia, qu'il s'opposerait absolument à ce que César redevînt consul^ ni en 48, ni jamais. Un second consulat de César eût été trop fatal à la république. S'il était assez fou pour faire une guerre^ il n'avait qu'à essayer; lui^ Pompée, n'avait pas peur (1). En somme le petit peuple qui avait appuyé et admiré Catilina était seul maintenant à tenir pour César. Mais tout le monde, dans un camp comme dans l'autre, était inquiet et partagé entre des appréhensions et des craintes chimériques. Que se passerait-il à la séance du
Appien, II, xxxn;DioN, XLI, 1; Cœs., B. C, I, ix; Suétone, Cces., 29; Plutarque, Pomp., 59; Cœs., 30; Cicéron, F., XVI, xi, 2.
(1) Cicéron, A., VU, viii, 4. Cette lettre, qui nous rapporte un entretien avec Pompée est d'une grande importance parce qu'elle nous prouve que le 25 décembre de l'an 50 Pompée lui-même pensait que César ne voulait pas par ambition d'un plus grand pouvoir provoquer la guerre civile, mais seulement défendre sa position politique. Cicéron dit en effet que Pompée « pulat eum, quum audierit contra se diliyenter paruri, consula'.um hoc anno ncglecturuin ac potius exercitinn provinciamquc retcnturum. » Cicéron ajoute encore que Pompée ne voulait pas la paix : paeificationis... ne voluntas quidem. Que l'on rapproche ces paroles de celles d'HiRTius, B. G., VIII, lu, (Cœsar) judicabal... liberis sentenliis patrum conscriptorum causam suam facile obtineri; et Ton verra que deux autorités très sérieuses affirment directement ou indirectement que César ne voulait pas la guerre. En ajoutant à ces témoignages les actes mêmes de César, qui sont inexplicables si l'on n'admet pas qu'il croyait à la paix, n'arrive-t-on pas à cette conclusion absolue que ce ne fut pas lui, mais Pompée et les conservateurs qui furent responsables de la rupture?
i*' janvier? Gicéron regrettait presque d'avoir quitté sa province. Il se sentait plus d'obligations envers Pompée qu'avers César, et maintenant que la rupture était imminente, il regrettait de n'avoir pas entièrement payé ses dettes au proconsul des Gaules; mais il désirait par-dessus tout la paix, et comptait sur une conciliation pour éviter la plus absurde et la plus funeste des guerres civiles. Car lui, il ne se faisait pas d'illusions, comme tant de gens, sur les forces de César (1). En outre quadviendrait-il de son triomphe si la guerre éclatait ? Mais c'est à César, dans la petite ville de Ravenne, que ces affreuses journées durent apporter le plus de tourments. Malgré le scepticisme contracté au milieu de tant de luttes, de corruptions et de mensonges, il ne pouvait pas ne pas être en proie à une exaspération terrible contre les hommes, le monde et la fortune. Que serait pour lui l'avenir? 11 n'avait pas eu beaucoup de chance jusqu'alors. Tout ce qui avait si bien réussi à Pompée n'avait-il pas tourné au contraire au plus mal pour lui ? I1& avaient tous les deux courtisé la foule, flatté les passions démocratiques, corrompu le peuple, combattu le sénat, cherché à détruire les vieilles institutions pour acquérir de la gloire, de la puissance et de la richesse. Mais Pompée avait été trois fois consul, avait célébré plusieurs triomphes; il avait amassé un immense patrimoine et il en jouissait à Rome où il était bien vu du peuple et des grands; il était admiré comme le premier général de son temps et était devenu le représentant des hautes classes sans cesser d'être respecté parla multitude. Sa vie entière n'avait été qu'une suite de succès. A lui César, au contraire, que lui avaient rapporté de si
(1) Gicéron, A., VII, vu, 6.