‹ Grandeur et décadences de Rome; (volume 4)Chapitre 36 sur 55 · XXVII · texte numérisé non relu

XXVII

(3) Gicéron, A., XIII, xxvii, 1. /»(•*, ce sont Oppius et Balbus, comme le prouve l'autre passage de Gicéron, A., XIII, ii, 1.

pagne, et pendant la campagne d'Épire, ses soldats souffrirent de la faim (1). Un événement inattendv. et étrange vint détourner de la guerre d'Espagne pendant quelque temps l'attention de la haute société romaine. Brutus répudiait la fille d'Appius Claudius et épousait Portia, fille de Gaton et veuve de M. Bibulus (2), l'ancien collègue de César au consulat, l'amiral mort pendant la guerre d'Épire. Noble de grand lignage, amateur passionné d'art, de littérature et de philosophie, Brutus était un de ces privilégiés de la fortune à qui il arrive d'être admirés de tout le monde sans avoir rien fait. Doué de certaines vertus assez rares dans la haute société, telles que la sobriété, la chasteté, la maîtrise de soi-même, le dédain des ambitions vulgaires, il avait su non seulement se faire pardonner de petites fautes, comme celle de l'usure qu'il avait pratiquée en Cilicie, mais se faire admirer de touS; et même de César, comme un prodige de volonté et d'énergie (3). Ainsi on lui offrait spontanément ce que les autres ne pouvaient obtenir que grâce à de grands efforts, et il réussissait dans ce qui était impossible pour tout le monde. Il avait combattu pour Pompée, et César cependant, par égard pour Servilia, l'avait comblé d'honneurs; il était devenu un des membres les plus considérables du parti césarien aristocratique, mais cela n'avait pas empêché Gicéron et les pompéiens les plus éminents de rester ses grands amis. Et voici qu'il annonçait son mariage avec cette iolie veuve, dont le père et le premier mari avaient

(1) Dion, XLIII, xxxii.

(2) Les objections de Mommsen sur la parenté de Portia, Her vies, XY, p. 99 et suiv., me paraissent sérieusenaent réfutées pai Byndm, B., 33.

(3) Plutarque, Brut., 6; Cicéron, A., XIV, i, 2.

été deux des plus farouches ennemis du dictateur ! Rome tout entière se demanda ce que ce mariage signifiait. Brutus aussi était donc contraire au nouveau gouvernement de César? ou celui-ci allait-il se réconcilier avec ses anciens adversaires? Servilia, qui craignait que ce mariage ne fît perdre à son fils les faveurs du dictateur, chercha à l'en détourner; Cicéron se tint prudemment à l'écart; mais ce fut en vain. Il s'agissait sans doute d'une sympathie ancienne entre cousins, qui s'était réveillée après de longues années, et le mariage eut lieu. Brutus cependant n'avait pas l'intention de rompre avec César, et, dans le but peut-être de se faire pardonner son mariage, il écrivit une défense du dictateur, qui était une réponse à ceux qui l'accusaient d'avoir fait tuer Marcellus. César avait terminé cette fois encore par une victoire la guerre d'Espagne, mais après être passé par des difficultés et des périls que l'on n'avait pas soupçonnés. Il était lui-même tombé malade à différentes reprises; il avait conduit les opérations avec tant de lassitude qu'à Munda, le 17 mars de l'année 45, il s'en était fallu de peu qu'il fût battu et fait prisonnier. Ainsi la victoire n'avait pas été éclatante comme les autres, car il n'avait pas réussi à détruire tous ses ennemis; et si Cnéus Pompée et Labiénus avaient péri, Sextus Pompée avait encore réussi à s'enfuir plus au nord. Cependant le jeune Sextus ne semblait plus être un adversaire redoutable, et laissant à ses généraux le soin de le poursuivre. César se disposa à rentrer en Italie^ où la nouvelle de la bataille de Munda et de son retour avait produit une très vive émotion. Le moment décisif approchait. La guerre civile était définitivement terminée; les hautes classes jugeaient qu'en conséquence il n'y avait plus ni prétexte ni raison de prolonger la dictature. On allait donc enfin savoir si

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