Ephes. IV
la langue, les mœurs et les lois, souvent jalouses les unes des autres ? Dès qu'il s'agit de croyances, tout de suite les esprits se partagent, les uns croient une chose et les autres une autre, de sorte qu'il est littéralement vrai de dire que, sans une autorité doctrinale qui s'impose, il y a autant de sentiments divers que d'individus. Et c'est bien le spectacle que nous a donné le protestantisme séparé de la communion catholique : il s'est morcelé en mille sectes différentes qui continuent à se diviser, ayant chacune son symbole et son nom. Il n’y avait qu'un moyen de conserver l'unité, surtout celle de la foi : c'était l’a: : »rité d'un seul à qui tous rendissent obéissance et dont .s décisions ne fussent pas sujettes à l'erreur. De même, en effet, que plusieurs prov'nces indépendantes l'une de l’autre, ayant chacune ses lois et ses intérêts, sans un
chef commun, ne forment pas un royaume, de même sans l'autorité d'un seul à qui tous les chrétiens soient soumis,
il pourrait y avoir des églises, il n’y aurait pas d'Eglise. Et si, en outre, les décisions de cette autorité en matière de foi ne sont pas irréformables — et elles nc le seront pas si elles ne sont infaillibles — chacun pourra croire ce que bon lui semblera, et il n’y aura pas d'unité de foi, il n'y aura pas de vraie foi chrétienne. Ainsi donc, ou il faut dire que Notre-Seigneur n'a pas établi d'Église, où il faut admettre qu'il l’a établie, — comme il l’affirme lui-même, du reste, — sur cette autorité doctrinale et sociale à la
fois, unique et infaillible.
Et cette autorité, à qui a-t-elle été dévolue? A Pierre
et à ses successeurs.
1° Quiconque a feuilleté l'Évangile ne peut douter que le Christ n’ait établi S. Pierre chef de ses Apôtres. Voyez quelle conduite spéciale il tient à son égard. Pierre pourtant n’est pas le premier appelé : il ne vient que sur l’invitation de son frère André. Et néanmoins il n’y a que lui dont le Sauveur change le noin. “Tu t’appelles Simon, fils de Jonas, lui dit-il, dorénavant tu t’appelleras Pierre. ”’ Or on sait que Dieu ne donne pas de noms vides de sens. Ainsi changea-t-il le nom d’Abram, qui signifie saustre, en celui d'Abraham, qui veut dire père d'une multitude, et le nom de Sara, stérile, en celui de Sera, qui signifie féconde. Pour la signification du nom de Pierre, Notre-Seigneur la donne lui-même lorsqu'il dit à cet apôtre : ‘‘ Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église.” N'est-ce pas déjà fort clair? Mais qu’on poursuive ia lecture de l'Évangile. Quand le Christ opère quelque œuvre extraordinaire, Pierre est toujours présent. Ainsi la Transfiguration sur le Thabor, la résurrection de la fille de Jaïre, l’agonie au jardin des Oliviers. Quand il s’agit de payer le tribut, Notre-Seigneur opère un œiracle per l’entremise de Pierre et il paye pour lui-même et pour cet apôtre seulement. Les évangélistes le nomment toujours le premier et souvent seul : Pierre et
les onze autres ; Pierre et les autres apôtres. Tout cela sans doute ne forme qu'une présomption en faveur de la Primauté, mais ne laisse pas que de jeter une grande lumière sur les autres textes qu’on regarde comme décisffs. Et d’abord à Pierre seul est conféré le pouvoir des clefs: “Et tibi dabo clares regni cœlorum * — Je te donnerai les clefs du royaume des cieux.” Or, mes Frères, d’après les idées antiques et même les modernes, les clefs sont le symbole de la puissance souveraine. Ainsi quand le roi visitait son royaume, chaque ville où il passait lui apportait ses clefs en signe de soumission. Ainsi encore, quand une ville assiégée est contrainte de capituler,elle apporte ses clefs au vainqueur.
Maisilya quelque chose deplus précis et de plus fort. Apparaissant à ses Apôtres pour la troisième fois après sa résurrection, Notre-Seigneur mange avec eux et, le repas fini, il demande à Pierre : “ Simon, fils de Jonas, m'’aimes-tu plus que ceux-ci ?” Et celui-ci répond : “ Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime.” Jésus lui dit : “’Pais mes agneaux”: Et il répète sa question trois fois, de sorte que Pierre, tout en protestant, chaque fois, qu’il aime son maître, en est contristé, On a vu, mes Frères, et, certes, on a raison de voir dans cette triple interrogation une expiation du triple renoncement dont l’apôtre