Jean-Marie Robitaille, Michel Hamel et Dune teenv
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En traitant ces souvenirs où l'ordre matériel prédomine, il m'est bien arrivé, surtout en parlant de l'église, de m'aventurer dans le domaine spirituel. C'est pourquoi, mes chers Frères, la transition de l’un à l'autre se fera
sans effort et pour ainsi dire, insensiblement.
Que serait une église sans l'hôte divin qui l’habite ? Une maison comme une autre, plus belle, plus grande que beaucuup d'autres, mais aussi plus vide, plus froide, — comme le temple protestant. Pour qu'elle soit la maison de Dieu, pour que Dieu l’habite vraiment, il faut, au moins de temps en temps, le sacrifice de l'autel, il faut le sacrificateur, il faut le prêtre.
Il n’y eut pas d’abord, au Cap-Rouge, de curé résidant, et, pour les baptêmes, mariages et sépultures, on s'adressait comme auparavant aux paroisses voisines. Le premier acte inscrit dans vos registres est du 3 mai 1862. Un prêtre venait de l'évêché faire l'office du dimanche. C'était l'abbé Honoré Lecours, sous-secrétaire de Mgr Baillargeon, jeune prêtre plein d’espérances, moissonné de bonne heure'. Ceux qui l'ont connu ont conservé un souvenir impérissable de son angélique piété et de sa
douceur.
1. Décédé à l'Hôpital-Général en 1866, Agé de 30 ans, et inhumé dans le chœur de la cathédrale. C
C'était commencer sous d’heureux “ices, qui n'ont pas été trompeurs. Un coup d'œil jeté «-:- ce demi-siècle suffit à |, montrer.
Le premier curé en titre fut l'abbé Pierre-Olivier Drolet, mort le 9 février 1901, pasieur de l'importante paroisse de Saint-Jean-Deschaillon. Je ne veux d'autres preuves des qualités d'esprit et de cœur de cet excellent prêtre, de sa hauteur d'âme, que les vingt et une années qu'il a voulu consacrer à ce champ de lateur d'une si faible étendue et d’un rapport matériel si insuffisant. La tentation d'avoir plus grand, plus riche, plus brillant, est si commune — si vulgaire! Mais l'abbé Drolet s'était épris de cette population, peu nombreuse, ;! ::* vrai, mais si sympathique, de la ravissante beauté de ces lieux, de la richesse de leurs souvenirs.
Quel séjour idéal, pour un bon prêtre, que ce presby1.….e bâti près des eaux tranquilies, environné de vertes collines, caché comme un nid, sous la feuillée de ses grands chênes, en vue du Saint-Laurent superbe, dont on peut admirer la majesté sans redouter ses colères ! Mgr l’archevêque de Québec ne craignait pas de l'appeler, en ma présence, en 1906, “un coin du Paradis terrestre ”.
Un coin du Paradis terrestre ! Ce nom évoque l’idée d’un jardin et le jardin fait penser .ux fleurs. Oui, mes Frères, des fleurs à cultiver, non seulement ici, mais par-
tout, voilà bien le rôle du pasteur. Fleurs de toute sai.
son : fleurs printanières, vives, mais tendres et délicates,
âmes d'enfants, de jeunes filles qui exigent une sollicicitude toute particulière, qu'il faut développer, instruire, dont il faut protéger l'aimable innocence ; fleurs d'été, épanouies au grand soleil de la vie, pères et mères de famille, qu’il faut encourager, conseiller, souvent corriger ; fleurs d'automne, plus rares, moins éclatantes, qui ont déjà senti les premières morsur. du froid, présage de la mort, âmes de veillards déjà penchés vers la tombe, qu'il faut soutenir, consoler, cueillir pour les fêtes éternelles.
Et au milieu des travaux d'un ministère peu che gé, la prière et l'étude, ces deux ailes de l'âme d’un bon prêtre ; le tubernacle et les livres, ces délices d’une vie sacerdotale bien comprise !
L'abbé Drolet savait apprécier son bonheur et ce n’est pas sans un douloureux déchirement que, en 1883, il dut quitter ses chers paroissiens du Cap-Rouge, au milieu desquels il aurait voulu mourir. Mais une santé frêle et la fatigue qu’entraîne le jeûne dominical, même dans une paroisse peu nombreuse, exigaient impérieusement du repos, et le bon vieillard, bien à regret, dut accepter un autre poste où il pût déposer sur des épaules plus jeunes la partie la plus lourde de sa charge pastorale.
L'abbé Placide Beaudet : qui vint le remplacer était un homme distingué, d'intelligence cultivée. Il avait voyagé, connaissait, et aimait le beau. Pendant les cinq