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Au Cap-Rouge, de 1883 à

années qu'il passa au Cap-Rouge, il se plut à orner un site déjà charmant, planta des arbres, agrandit les bocages, mais surtout déploya un grand zèle pour embellir l’église. C'est là, mes Frères, un éloge qui peut être adressé à tous vos curés, et qui vous est dû à vous-mêmes. Vous aussi, vous l’aimez, la beauté de la maison de Dieu, et vous avez toujours, pour l'augmenter, secondé fidèlement les efforts de vos pasteurs.

Tout le monde se souvient — c'est encore chose assez récente — avec quelle propreté exquise, quel ordre impeccable l'abbé Drolet faisait entretenir tous les « ts qui, de près ou de loin, touchaient au culte divin. Maigré ses soins, au cours d'un quart de siècle, l'église s'était défraîchie L'abbé Beaudet, dès 1884, lui fit revêtir une Parure nouvelle où la variété des couleurs se mariait à l'élégance du dessin. Cette décoration, elle aussi, mit un quart de siècle à se faner, à se ternir, et c'est l'an dernier que votre digne pasteur l’a fait remplacer par une robe d'une blancheur immaculée que rehausse ci et là, un filet d’or discret, et qui, me semble-t-il, sied mieux que des couleurs trop vives à votre jolie église et lui donne

plus de valeur artistique.

Un poète a dit :

Borné dans sa nature, infni dans ses vœux, L'homme est un Dieu tombé qui se souvient des cieux, 1

1. Lamartine, Méditations Ilème, L'Homme, dédié à Lord Byron,

L'abbé Beaudet avait-il la nostalgie du ciel? Etait-ce simplement une de ces âmes inquiètes, inconstantes, qui croient toujours que le bonheur est ailleurs? Ce bonheur, mes Frères, que tous nous cherchons, et qui est, hâtons-nous de le dire, surtout en nous-mêmes, dans l’apaisement des désirs et le refrénement de l’imagination, cet excellent prêtre croyait le trouver dans le changement. La Providence l'avait placé sur sa route, en ce lieu béni, et il passa tout à côté, sans le voir, sans même le soupçonner ! Au bout de cinq ans, il quittait le Cap- Rouge. Curé quelque temps à Kamouraska, retiré pendant quelques années du ministère, tantôt ici, tantôt là, il est »"6 finir à Sherbrooke, loin de ses amis, une vie ennuyée. Rendons-lui cet hommage que, s’il n’a pas su être heureux, il a su du moins répandre, d’une main généreuse et discrète, les bienfaits qui font des heureux.

Son successeur, M. l’abbé Odilon Marois ‘ est encore dans toutes les mémoires. Il m’a été donné d’admirer personnellement son zèle pour le salut des âmes et son goût exquis pour les pompes du culte. Mais il. est une œuvre qui lui fut particulièrement chère et à laquelle il consacra le meilleur de son temps et de son énergie, c’est

votre beau couvent que beaucoup de paroisses plus gran-

des pourraient vous envier. Déjà la commission scolaire avait compris l'immense avantage qu'offre, à tous égards,

1. Aujourd'hui curé de S.-Thomas de Montmagny. Au Cap- Rouge, de 1888 à 1898.

l'enseignement donnée par des religicuses, et, depuis 1881, les Révérendes Sœurs de la Charité étaient chargées de vos écoles paroissiales. Mais la maison qu’elles habitaient était plus que modeste et d’ailleurs trop éloignée de l'église. M. l'abbé Marois, malgré la dureté des temps, sut trouver des ressources Pour élever, en un site plus commode, cette maison qui a vraiment grand air et qui

restera comme le monument de son intelligente administration. En 1890, au mois de mai, Son Éminence le Cardinal Taschereau, entouré d’un nombreux clergé, en faisait la bénédiction solennelle. Au mois de septembre suivant, l’illustre Prélat voulait bien encore Y bénir une cloche, qui était un don du premier ministre de la province de Québec, l'honorable Honoré Mercier.

En 1898, M. l'abbé Marois devenait desservant, puis curé de l’importante paroisse de St-Thomas de Montmagny. Mais je suis sûr que de même que ses anciens paroissiens lui gardent un fidèle souvenir, lui aussi ne les a pas oubliés. Même je n’oserais pas affirmer qu'il n’ait jamais eu une pensée de regret pour les beaux jours qu’il a passés parmi eux.

La direction spirituelle du Cap-Rouge tomba en d’autres mains, qui, espérons-le, pour le bien de la paroisse et la consolation des curés voisins, la conserveront longtemps encore.

En 1898, mon excellent ami, M. l'abbé Antoine Pampalon, devenait curé de Saint-Félix. Oserai-je bien, en sa

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présence, faire son éloge? Afin de ne pas soumettre son humilité à un trop long supplice, je me contenterai d’un mot. En parlant de l’abbé Lecours, qui le premier a desservi cette paroisse, j'ai dit que tous ceux qui l'ont connu ont gardé un souvenir impérissable de son angélique piété, et de sa douceur. Eh bien, j'ai la certitude que personne parmi vous, Messieurs et chers confrères, ni parmi vous, excellents paroissiens du Cap-Rouge, ne m’accusera d’outrer la louange si je dis que ce demi-siècle s'achève comme il a commencé : dans une piété qui touche le cœur de Dieu, dans une douceur, une bonté, un empressement à faire plaisir et à obliger, qui gagnent les cœurs des hommes.

Si les peuples ont les chefs qu'ils méritent, c’est faire, de cette paroisse, un bel éloge de dire qu’elle a toujours eu à sa tête des pasteurs si remarquables par leur zèle et par leurs vertus. Par leurs soins pieux, plusieurs âmes choisies ont gravi les sentiers — rudes en commençant, doux ensuite — de la vie religieuse ou du sacerdoce. C'est un honneur pour Saint-Félix du Cap-Rouge de voir un de ses fils : occuper une des charges les plus importantes de l’antique séminaire de Québec. Dans cette paroisse pourtant peu populeuse, combien de petites âmes * régénérées, revêtues de la robe d’innocence dans

1. M. l'abbé Tancrède Paquet, alors procureur du Séminaire. Le R. P. James Feeny, C. S. S. C., déc. à Porto-Rico, le 12 oct. 1906, était

aussi au Cap-Rouge. V. Sem. Rel. de Q., 3 nov. 1906. 2. Exactement 1033.

l’eau du baptême ! Combien d’autres, dont les parchemins de la terre ne gardent aucune trace, l'ont recouvrée dans le bain salutaire de la pénitence ! Combien ont été charitablement préparées au redoutable départ vers les plages de l'éternité ! Leur nombre nous effrayerait si nous pouvions voir cette multitude se lever devant noust. Elle dépasserait de beaucoup l'assistance qui m'écoute. Parents, amis disparus, qui de vous n’en compte quelquesnus dans l’étroite enceinte du cimetière ? Accordonsleur en ce jour un religieux souvenir avec de ferventes prières.

Telle est, mes Frères, en résumé, l’histoire du demisiècle écoulé. Dieu a béni cette paroisse et vous avez mille raisons de rendre grâce à sa paternelle providence.

Que vous réserve l’avenir ! Sans être prophète, il est permis d’en augurer favorablement au point de vue matériel. La prospérité des premiers temps a diminué peu à peu. Les fournaux à poteries sont éteints depuis longtemps et même ont complètement disparu : la rade est vide, les grandes jetées construites à grands frais sont

en ruines, on n’y voit plus les lourds et précieux trains de

bois carré. Mais voilà que sous une autre forme, le mouvement industriel renaît. Votre paisible vallon s’étonne d’entendre le sifflet strident, les soufflements saccadés et bruyants des locomotives. Une voie ferrée sus-

3. Exactement 560 sépultures. Le Cap-Rouge ne compte que 300 communiants, environ 450 âmes.

pendue à cent soixante pieds dans les airs, prodige de hardiesse, sinon d'élégance et de beauté, le traverse tout entier. Oh! sans doute, le charme des lieux y a perdu. Les oiseaux des bocages se sont enfuis effrayés, et avec eux, un peu la poésie. Mais il faut beaucoup pardonner à l'industrie, rui apporte le travail et le pain, et puisque nous ne sommes pas de purs esprits, mais de pauvres hommes sujets à mille besoins matériels, nous réjouir de ce retour de la prospérité et de la richesse.

Les biens matériels, au reste, ne nuisent en rien à la sanctification des âmes. Vous ne serez pas, mes Frères, de ceux qui se servent, pour offenser Dieu, des bienfaits qu'il leur prodigue. Plus il se montrera libéral à votre égard et plus vous serez fervents à ron service. Vous resterez, comme vous l’avez été jusqu'ici, fidèles à la voix de vos pasteurs, dociles aux enseignements de l'Église, votre mère. Et ainsi à la prospérité matérielle s’ajoutera le progrès beaucoup plus important de la sanctification de vos âmes. Votre fidélité dans l’accomplissement de

vos devoirs religieux, votre fermeté dans la pratique des vertus chrétiennes, tout en étant une des meilleurs garanties de votre bonheur temporel, sera encore le gage de votre éternelle félicité. Ainsi soit-il.

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Société S.-Jean- Baptiste de Ste-Foy, 24 juin, 1919.

Pour le cinquantenaire de la fondation de la Société S.-Jean-Baptiste de Ste-Foy, 24 juin 1909,

Justitia elevat gentem; miseros autem populos facit peccatum 1, Prov. XIX, 34.

Les fêtes publiques, mes chers Frères, doivent avoir pour but d'élever les âmes, de les encourager dans le bien, de les exciter aux nobles actions. Agir pour le seul plaisir sensible, au dire de S. Thomas et de son école, est indigne d’un être raisonnable, à plus forte raison, d’un chrétien. Les fêtes religieuses sont un résumé de la religion dont elles rappellent les mystères et les héros, — les saints. Les fêtes civiles et patriotiques exaltent le souvenir des ancêtres, leurs luttes, leurs épreuves, leurs triomphes, afin de tremper les âmes, de les rendre fortes pour les combats présents et ceux de l'avenir.

La solennité de ce jour est à la fois religieuse et patriotique, mais surtout religieuse afin de faire voir que la reli-

gion pour tous les peuples, pour le nôtre particulièrement,

a été et sera toujours le flambeau qui leur montre le chemin du bonheur. Et cela parce que la religion est l'école des fortes vertus.

L. La justice élève les nations : le péché les rend malheureuses.

C'est elle, mes Frères, qui vous a donné pour patron le grand saint dont nous célébrons aujourd'hui la mé-

moire. Et, en vous le donnant, sans doute elle a voulu

qu’il étendît sur vous sa main protectrice. Mais c’est surtout un modèle qu’elle vous propose.

Jetons donc un regard sur celui que Notre-Seigneur a appelé le plus grand des enfants des hommes, et apprenons par ses exemples la véritable grandeur.

Qu'est-ce qui fait la prospérité d’une nation? Le Saint- Esprit répond : J'ustitia elevat gentem, la justice élève les nations; l’iniquité, au contraire, fait leur malheur.

Justitia, la Justice, en ce texte, au dire des commentateurs', ce n’est pas seulement la vertu cardinale de ce nom qui est désignée, c'est la sainteté, l’ensemble des vertus naturelles et surnaturelles : rendre à Dieu, au prochain, à soi-même ce qui est dû.

Il ne serait ni possible ni pratique d’embrasser en ce moment un si vaste sujet. Laissez-moi m'arrêter, mes Frères, à trois vertus qui ont brillé d’un éclat tout particulier en notre saint Patron et qui ont été et continueront d’être pour notre peuple, si nous y restons fidèles, des sources de noblesse, de vitalité, de vraie grandeur: 1° La foi qui éclaire notre route ici-bas et nous ouvre des horizons infinis ; 2° la chasteté, qui fait les peuples forts ; 3° l’abnégation, seule capable des grandes actions, des

œuvres durables.

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