Rom. IV
moins ai-je confiance, avec l'aide de Dieu, de dire quelque chose qui vous confirme dans l'amour de votre sainte vocation, en rappelant : 1° les sacrifices qu'elle demande, et 2° les récompenses qui en seront le prix.
Faut-il un long raisonnement pour démontrer que l'âme qui veut se consacrer à Dieu doit faire un sacrifice, de nombreux sacrifices ? Notre-Seigneur n'a-t-il pas dit :
‘ Celui qui veut me suivre, qu'il se renonce lui-même ! ‘ ? q q
Il sera cependant utile à certaines âmes de le prouver, Elles se donneraient bien à Dieu, mais n'en font rien parce
qu'il en coûte trop à la nature. Elles attendent l'attrait, et, par l'attrait, elles entendent le Plaisir. A ne faire que ce qui plaît, quand fait-on ce qu'on doit ?
J'ai entendu dire souvent que des jeunes gens, des jeunes filles de dix-huit, vingt ans, vont à la vie religieuse, au sacerdoce, sans effort, d’un élan tout naturel, sans obstacles, sans regrets, sans une goutte d'amertune au fond du cœur. Et moi qui me souviens des luttes cruelles qui ont précédé et accompagné mon entrée au séminaire, le déchirement profond qui s’:st produit dans mon âme au pied du pontife qui m'a fait prêtre, je n’ai ni voulu ni pu le croire,
Luce, IX, 23.
LA
Re
Non, non! Ce n'est pas avec des sentiments de joie qu'un François-Xavier brise l'idole de ses espérances mondaines, que, partant à la conquête des âmes, il passe près du château paternel sans dire adieu à une mère tendrement aimée, qu'il ne reverra jamais ; qu'une Jeanne de Chantal, pour suivre l'appel divin, marche sur le corps d'un fils adoré qu'un Bernard, dans la fougue de ses vingt ans, quilte son vieux père, renonce à uu héritage prinsier, pour entbrasser une vie qui semble une mort de tous les jours. Mais ces grandes âmes ont entendu la parole du Sauveur : “Qu: sert à l'homme de gagner l'univers, s'il vient à perdre son âme!” :— Si vous voulez être parfsit, vendez ce que vous avez et suivez-moi.” ? Elles ont compris et elles ont répondu: Me voici, ps que vous m'avez appelé — Ecce ego quia vocasti me 5”.
Je lisais, il y a quelque temps, l'analyse, ou, comme on dit aujourd'hui, la psychologie d'une vocation et j'en ai admiré la finesse, la profondeur, la vérité. Je vous la rappelle parce qu'elle met dans tout son jour la pensée que je développe.
Une jeune fille vit heureuse au foyer paternel. Une
mère aimante ct dévouée, un père affectueux, distingué
autant par les qualités de l'esprit que par la fortune et le
rang, l'entourent de tendresse et de soins délicats. Pieuse
Mat. XVI 28.
Mat. XIX, 21.
1, Reg. IH, 6
joie 1onprès dre- » de Drps
ses tage t de u la gner
ulez
ie
arce e on
n äi
Une ngué et le
euse
et bonne, non seulement elle ensolcille la maison par sa présence et ses qualités aimables, elle fait encore au dehors des heureux par sa charité envers les malades et les pauvres.
Mais un jour une voix murmure en son cœur : £reelsior ! plus haut ! Dieu seul! Émue, troublée, elle ne veut pas entendre, elle a peur de comprendre. Hé quoi! quitter ses parents, dont elle est la plus grande, l'unique joie ? Dieu peut-il lui demander ce sacrifice ? Et l'appel devient plus fort, età mesure qu'ilest plus pressant, la résistance se fait plus obstinée. Mais Dieu est puissant et il est jaloux — Dominus Deus tuus fortis, zelotes 1 La paix a fui ce jeune cœur, le sourire s'est éteint sur ces lèvres rieuses, l'éclat printanier s'est fané sur ce visage d'enfant. Elle lutte, mais elle sent qu'elle sera vaineue. Elle se surprend à parcourir la maison paternelle pour revoir les meubles familiers, les portraits des vieux parents, à contempler les pelouses, les allées, les bocages où elle a pris ses ébats enfantins, tous ces objets insensibles qui pourtant nous lieunent au cœur par tant d'attaches secrètes, et qu'il faudra quitter, et elle pleure. Tout quitter ! tout quitter ! que n'y a-t-il pas dans ce mol ! Mais enfin le moment arrive où cette âme doit se rendre et faire ce sacrifice dont elle ne goûte à cette heure que l'amertune
et dont elle ne sentira que plus tard l'ineffable douceur.
Elle se jette aux genoux de cette tendre mère qui, inquiète,