‹ Grands anniversaires [microforme]Chapitre 53 sur 93 · Exod. XX · texte numérisé non relu

Exod. XX

l’a souvent et en vain interrogée, et 'evant des mains suppliantes elle ne sait que dire : “O ma bonne mère, pardon de cette douleur que je vais vous causer ! Mais Dieu le veut...” La mère et l’enfant se comprennent et mêlent leurs larmes. Ces parents chrétiens donnent au Seigneur leur fille, honneur et espoir de leur maison, consolation et joie de leur vie. Que seront désormais leurs jours sans la lumière et la chaleur de cette tendresse ? Que sera ce foyer sans cette radieuse jeunesse pour l’animer et l'égayer? Comme la tige dont la fleur est tombée, comme l'arbre, dont l'oiseau chanteur s'est envolé, comme le berceau que la mort a désolé.

Si tous les traits de ce tableau ne conviennent pas à toutes les vocations, combien pourtant peuvent s’y appliquer ! Nos cœurs ne sont-ils pas faits tous de la même manière? sujets aux mêmes affections? Je comprends qu’un illustre missionnaire ait, au sujet de la vocation religieuse, choisi ce texte de l’Exode :, “ Sponsus sanguinum tu es mihi, — O Jésus, vous êtes un époux de sang”. Ce

que vous demandez, c’est le sang le plus pur, le plus ardent, le sang du cœur. ‘“ Celui qui aime son père, sa mère plus

que moi n’est pas digne de moi Ce sacrifice des ineffables joies de la famille, toutes vous

l'avez fait, mes chères Sœurs; quelque lointain qu’il puisse 1. IV,27.

2. Mat. X, 37. Qui amat patrem aut matrem plus quam me non est me dignus.

être dans le passé, pouvez-vous y songer sans que vos paupières se gonflent de larmes ?

Mais, disons-le, sans fausse pruderie, le cœur va à l’affection comme les rivières à la mer.

Il y a d’autres affections aussi profondes, plus profondes même , que celles dont nous venons de parler. Et le divin Maître ne l’oublie pas quand il dit: “ Celui qui aura quitté pour moi—non pas seulement son père, sa mère, ses frères, ses sœurs, — mais — son épouse, ses enfants...”’! L’épouse, les enfants, de droit naturel et divin, c’est plus que le père et la mère : Propter hoc, relinquet homo patrem et matrem et adhærebit uxori suæ *. — Pour cela, c’est-à-dire, fonder un foyer, l’homme laissera son père et sa mère et s’attachera à son épouse.

Que reste-t-il encore ? C’est qu’après avoir tout quitté, on se quitte encore soi-même, Et c’est bien cela que Notre-Seigneur demande. “Abneget semetipsum — Qu'il

se renonce lui-même et qu’il me suive !”’° Or, mes

chères Sœurs, selon la remarque de S. Grégoire le Grand, si l’homme peut encore sans trop d’efforts quitter ce qui est au dehors de lui, il lui est infiniment difficile de se quitter lui-même : — Waldè laboriosum est relinquere quod est. Et c’est pourtant ce sacrifice, tous ces sacrifices que

vous imposent vos vœux de religion.

1. Mat. XIX, 29. Et omnis qui reliquerit domum, vel fratres, aut sorores, aut patrem, aut matrem, aut uxorem, aut filios...

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