Génie du Christianisme, 1. IL. c
frappé au cœur par le trait empoisonné de la calomnie. Tous ou presque tous, nous avons vu ravir par le trépas les plus doux objets de notre tendresse.— Qui n’a pas connu le deuil ? Vous êtes abattu, brisé, vous doutez de l'amitié, de la justice, de la vie, venez! venez ici ! venez prier au pied des tabernacles. L’'Hôte divin qui les habite, nous y engage lui-même : “ Venez à moi, vous tous qui êtes chargés et dans la peine, et je vous soulagerai:.” Vous vous relèverez fortifié, consolé.
Ainsi, grâces de la régénération, de la foi, de la force, de la lumière, du pardon, de la consolation, voilà un pâle résumé des faveurs divines dont le temple chrétien est pour nous le théâtre. Et après tout cela, y a-t-il encore quelque chose que Dieu puisse nous donner ? Oui, mes Frères, et c’est ici le prodige le plus étonnant. Qu'est-ce donc qui reste ? C’est qu'après nous avoir tout donné, il se donne encore lui-même! A nous, bien mieux qu'aux Israélites, il convient de répéter : “Il n’y a pas de nation, si grande qu’elle soit, qui ait des dieux aussi proches d’elle que notre Dieu est proche de nous.*” Non seulement il veut habiter nos églises, mais, de notre âme, il se fait un tabernacle. Finissons par ce trait le plus touchant et le plus sublime de notre sainte religion. Un tableau. plein de charme se déroule devant mon esprit. Je vois avancer
1. Mat. X1.28. Venite ad me omnes quo laboratis, etc. 2. Dent. IV.7. ‘Non est œia nabio tam grandis, qua habeat deos appropinquantes sibi sicut Deus noster adest nobis.
sur deux rangs une longue file de petites filles vêtues de blanc, symbole de leur innocence, et de petits garçons, en habits de fête. Leurs mains sont pieusement jointes, la joie rayonne sur leurs fronts, mais une joie recueillie qu'on n’attend pas de leur âge.
La paroisse entière se presse dans l'église parée de ses Plus riches ornements et qui résonne de pieux cantiques. Quelle est cette fête? Ah! mes Frères, vous l’avez reconnue, c’est le jour qu’en tout pays catholique, et en toute langue, on appelle le plus beau des jours,— le jour de la première communion, le jour qu’on n'oublie pas. Il vous en souvient encore, vous, vieillards vénérables qui m'écoutez. Oh! il y a pourtant de longues années que ce jour a fui. Vous étiez un enfant ! votre mère était là, rayonnante de joie, et votre père, et vos frères, et vos sœurs.
. Vous les chercheriez en vain aujourd’hui autour de vous : vous êtes seul. Mais le souvenir reste et il suffit à réchauffer et à faire battre votre cœur que l’âge a ralenti.
La première Communion, certes, c'est un grand bonheur, puisque c’est Dieu avec moi pour la première fois. Et ce bonheur, il m'est permis de le renouveler
aussi souvent que je le désire, tous les jours, si je veux ; l'Église m'y invite, Notre-Seigneur lui-même m'y convie. La Communion, voilà la grande merveille de la religion catholique, la plus grande preuve de l’amour de Dieu pour les hommes.
C'est assez; j'ai, il me semble, suffisamment déraontré ce que j'affirmais en commençant : que dans le temple chrétien seul, Dieu reçoit un” gloire digne de lui, et que le temple chrétien est le théâtre des plus précieuses faveurs que Dieu fasse aux hommes. Combien donc nous avons raison d'aimer ns églises plus encore que les anciens Hébreux n’aimaient leur temple, et de redire: Qu'ils sont aimés, Seigneur, tes tabernacles !
Oui, paroissiens de Bienville, vous aimerez votre église. Je vous connais assez pour savoir que chez vous c'est une tradition et que ‘vous y serez fidèles. Vous aimerez à vous y presser en foule pour rendre à Dieu vos hommages. Vous aimerez à orner ses murs encore dénudés, à l’embellir afin de la rendre de plus e2 plus digne de la majesté du Dieu qui l’habite. ‘Les riches y contribueront par des dons précieur les pauvres apporteront leur obole, et Dieu. qui nese laisse pas vaincre en générosité, vous le rendra au centuple. “ Honore le Seigneur avec tes biens, dit l’Écriture, et donne-lui les prémices de tous tes fruits, et tes greniers seront remplis d’abondance et tes pressoirs regorgeront de vin:.” Ce temple élevé par vos mains et de vos biens, à la gloire du Très-Haut, sera pour vous la source des bénédictions les plus précieuses. Après avoir travaillé à la construction de la mai- 71 Prov. 111.9.10. Honora Dominum detua substantia et ds primitiis
omnium frugum tuorum da ei; et implebuntur horrea tua saturitate, et vino torcularia tua redundabunt.
son de Dieu, vous deviendrez vous-mêmes de ces pierres vivantes, dont parle la belle hymne de la dédicace des églises, pierres artistement ciselées et polies qui composeront la Jérusalem céleste. Ainsi soit-il,
Conférence aux dames charitables de l’Ouvroir de Québec,
1 fév. 1911.
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Conférence aux dames Charitables de l'Ouvroir,
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MapDauMe LA PRÉSIDENTE CA Mrsspaues,
C'est pour moi un grand honneur que d'adresser la parole à un auditoire aussi distingué, composé de l'élite de la société de Québec. Mais tout honneur a son contre. poids, et ce n’est Pas sans raison que dans notre belle langue française, si claire et si logique, les dignités civiles ou religieuses sont appelées des charges. Charge veut dire fardeau. Peut-être Madame la Présidente en sait-elle quelque chose, — ne fût-ce que par l’ennui de trouver des conférenciers? Je ne voudrais pas toutefois laisser croire que l'honneur qui m'est fait aujourd’hui, je l'estime un fardeau. Non, ce m’est un intime plaisir. Mais où donc est le contrepoids dont j'ai parlé? Dans mon amour-propre, — cet amour-propre qui, au dire de saint François de Sales, ne meurt qu’un quart d’heure après notre mort. Le mien, très flatté en ce moment