Mme Némèse Garneau
est en même temps très inquiet. Il a, Mesdames, une. peur mortelle de vous ennuyer. Et vraiment je n’en aurais rien dit, si cet aveu ne préparait, n’amorçait en quelque sorte, le sujet que je veux traiter.
Cette compensation entre plaisir et peine, ou entre peine et ; 'aisir, — car les termes peuvent être renversés, comme ceux d’une proportion algébrique, — est une loi universelle qui ne souffre pas d'exception.
Le proverbe populaire dit : “* Pas de plaisir sans peine.” L'esprit du peuple, tout de surface, entend par peine, la douleur, et par plaisir, les joies sensibles, bruyantes. Le sens de l’adage, pour lui, est donc qu'à toutes les joies se mêle de l’amertune. Et c’est très vrai, quand il s’agit des joies, des plaisirs mondains : l’Imitation de Jésus- Christ nous assure que ‘la veille joyeuse prépare un triste lendemain ”. N'y eût-il que la pensée que ces jouissances sont éphémères, c’est assez pour mettre au fond de la coupe où nous buvons la vie une goutte de fiel. Le poète l’a dit éloquemment en des strophes immortelles :
Coules, coules pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent, ‘ Oubliez les heureux !
Mais je demande en vain quelque moment encore : Le temps m’échappe et fuit ;
L'homme n’a point de port, le temps n’a point de r: . Il coule, — et nous passons ! 1...