Lamartine, Méditations, Le Lac
NÉCESSITÉ DE L'Erronr 261
Mais il ya, au proverbe, un sens plus profond et plus vrai encore : ‘‘ Pas de plaisir sans peine ” ! c'est-à-dire pas de jouissance — non plus simplement de jouissances sensibles — mais rien de ce qui plaît, — c'est l'étymologie du mot plaisir, — Ja fortune, le rang, le succès, la considération, les nobles joies de l'esprit et du cœur : rien de
tout cela sans peine, c'est-à-dire, sans effort, sans travail, sans abnégation, sans oubli de soi. Ainsi l'entendait Jeanne d'Arc quand elle disait de sa bannière : “ Elle a été à la peine ; il est juste qu'elle soit à l'honneur."
Cette pensée, Mesdames, vaut qu'on s'y arrête, parce qu’elle ne me paraît pas banale et surtout parce qu'elle est éminemment suggestive d'énergie et de générosité. C'est une tentation universelle que de se laisser emporter au Courant d’une vie facile, exempte de lutte et d'effort. Or, c’est ainsi que se perd une existence, qu’elle reste stérile, en proie à un ennui inexorable, à charge aux autres et plus souvent encore à soi-même.
Dans la Vie de la Mère Angélique Arnauld, l'écrivain exquis qu'est R. M. Monlaur, a tracé cette page que je ne puis résister au plaisir de vous citer :
“Au fond, si tant d’existences sont désolées et ternes, “sans cause apparente puisque tout semble leur sourire, “‘ c’est qu'aucun effort généreux n’est à la base, qu'aucune “impulsion noble ne vient soulever un égoïsme ou combler ‘un vide qui tue ; c’est qu'on se sent inutile ou médiocre.
“ Ah! la grande souffrance n'est-elle pas de passer sans “ laisser une trace bénie, sans jeter l'humble grain que ‘la bonté de Dieu fait lever! !"”
Lan dirait un commentaire du texte de 8. Paul : Que seminavcrit homo, hœe et metet ?, L'homme récolte ce qu'il a semé. S'il n'a rien semé, que récoltera-t-il? Tracer de pénibles sillons, y jeter péniblement la semence, voilà sur quoi repose l'espoir de la moisson. L'apôtre emprunte au monde matériel cette image pour montrer ce qui se passe dans le monde des âmes, et, en cela, il ne fait que suivre l'exemple de son divin Maitre. Notre-Seigneur, en effet, a dit : “Si le grain de blé qui tombe sur la terre ne meurt, il reste seul, mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit*.” Il faut dans le grain de blé la mort pour en faire jaillir la vie.
C'est toujours la même pensée, la même loi: rien icibas de grand, de beau, de noble, de fécond, qui ne vienne de l'effort, du travail, qui ne soit le prix de la peine, qui ne s’enfante en quelque sorte dans la douleur. — Ce n'est pas par un vain caprice qu'en latin le mot Labor signifie à la fois souffrance et travail. Et plus grande est l’œuvre accomplie et plus forte est la rançon. Le salut du monde est descendu d’un gibet où expirait un homme-Dieu.
Cette loi a été portée contre !'humanité coupable au jour de la condamnation : In sudore vultds tui :ssceris