‹ Grands écrivains français de la renaissanceChapitre 27 sur 95 · I. Aille · texte numérisé non relu

I. Aille

I>B ROMAN d'aMOLK DK CLKMli.NT MAROT /| 7

suit : M V ma dite Dame d'Alençon ». Il n'y a qu'à lire les quelques pièces adressées par Marot à cette princesse, avant son avènement an Irone de Navarre, pour se rendre compte de cette impossibilité '. Enfin, pour revenir au fond même de la pièce, il est à tous égards inadmissible, je le répète, de supposer que le poète ait pu se permctirc à l'égard de sa souvoiaine un tel hadinage.

Aucune hésitation ne saurait donc subsister : l'épigramme s'applique à la sœur d'xVnne, Marguerite d'.Vleneon ; elle complète admirablement, et de la manière la plus naturelle, la plus logique, la série des « alliances » du poète. La sœur de sa bien-aimée devient sa sœur par « alliance ». Et, détail charmant, nous apprenons, grâce à cette petite composition si alerte, que la sœur d'Anne était douée d'une mémoire exceptionnelle et qu'elle retenait par cœur toutes les productions de l'auteur de ï Adolescence, si bien que celui-ci l'appelait « son petit registre ». Nous avons déjà dit que Marguerite d'Alençon épousa, en i55o, Lancelot du Monceau, seigneur de Tignonville, premier maître d'hôtel de la reine de Navarre, et qu'elle mourut en couches en i55i. Nous l'imaginons volontiers récitant à la cour les

I. A partir du mariage de Marguerite avec le roi de Navarre, Marot quand il s'adresse à elle, l'appelle toujours, naturellement: « la royne de Navarre ». De toute manière, à partir de janvier 1027, l'appellation : « Marguerite d'Alençon », même si elle avait pu jamais s'appliquer à ^largucrite — ce qui n'est pas — ne pouvait assun'-meut tromper personne, puisque la princesse était devenue souveraine de Navarre. La reine ne s'est jamais appelée, du reste, Marguerite de Navarre, et c'est par un abus, que nous avons suivi nous-mèmeavcc tout le monde, que les historiens et critiques ont pris l'habitude, depuis le xix' siècle, de l'appeler ainsi. La sœur de François peut être nommée Marguerite d'Orléans, d'Angoulèine, de France ou de Valois,, mais non de Navarre, ni d'Alençon, ni de lierry.

fiH onvNns écrivains de la renaissance

poésies de l'ami de sa s(riir et animant les réunions des jardins de l'onlaincbleau on de Sainl-Cicrmain, par d'aimal)l(^s séances littéraires, pendant qu'Anne cliarmait le même public par la beauté de sa voix ou par son art de toucher l'épi net te. En réalité, si nous n'avions pas d'autre preuve de 1' « amitié » d'Anne et de Marot, l'étude que vous venons de faire de l'épif^ranime CXIV sutTirait à la démontrer.

Mais voici (|ue le nombre des épigrammes qui s'offrent à nous pour raconter à leur tour la passion du poète est si grand que nous ne pouvons songer à les examiner et encore moins à les citer toutes. L'une des premières en date est sûrement l'épigramme CXWIl : A Anne, lny declairani sa pensée. L'aveu est plein d'Iiumilité et de grâce. Marot pense à sa jeune beauté et au fallacieux Amour qui par trop sottement

A faicl son ciiour aymoi' si liaulloincnl,

si haultement, hélas 1 qu'il n'ose espérer le moindre allégement de sa peine, de quelque douceur que la belle Anne soit pleine. Nous placerions volontiers \ers la même période le mouvement si gracieux de la pièce CCVll :

Le cler soleil par sa présence efTace

El fait fuir les ténébreuses nuits ;

Ainsi pour moi rVnne; devant ta face

S'en vont fu vans mes langoureux ennuis...

et l'épigramme CCIX : A Anne, qui semble bien contemporaine de la première déclaration. Le j)oète se montre encore tout troublé. Il ne sait pas s'il doit se réjouir ou s'attrister de la « connaissance »

m: uom.w damolu dk clkmknt mauoi" ^9

inespérée {[u'il vient de faire. Son esprit est hors d'état de fornnuler un jng-ement. ^ous voici bientôt transportés au jour de la fête de la jeune fille; il est probableqiiela jolie pièce (Epi^n-. C\\\):^l Anne, du Jour de saincte Anne, est du 2(3 juillet lôaG, c'est-à-dire d'une épofpie voisine des premières supplications.

Puisque vous portez le nom (r\nne,

Il ne faut point faire la bcsle ;

Dès aujourd'liuy je vous condamne

A solcnniser voslre fesle.

Ou autrement tenez vous preste

De veoir votre nom à néant ;

Aussi pour vous trop doulv il sonne :

\ eu la rigueur de la personne,

l,n dur nom vous est micuK scanl.

L'hiver arrive quelques mois plus tard; la jeune fdlejetteà Marot « par jeu > de la neige. Celui-ci riposte aussitôt par une é[)i^rinnme (X\T\) : il croyait la neige froide :

Mais c'estoit feu, l'expérience en ay je Car embrasé je fus soudainement.

L'aimée pourra, par sa seule grâce, éteindre le feu qui le dévore, non pas par eau, par neige ni par glace, mais en sentant un feu pareil au sien.

Il songe à elle à chaque heure du jour et de la nuit. Le dieu Vmour est devenu son hôte, se promenant toujours dans son cœur (Epigr. CXIII) :

Anne, ma sœur, vous l'ave/ faicl mon hoslc,

El le sera, me dcust il affoler.

Si celle là qui l'y mcit ne l'en osle.

La jeune fdlc se plaît à l'éprouver, à le taquiner

.)<> r.l«\M>S l( lUVVINS 1)1-, LA 1U;\AISSANGE

nirinc. hrs (|iril c^l un joui' sans la voir, clU^ \)\c- UmuI qu'il (Il ai lartlr qualrc » ; s'il larde deux jours, elle allirine {|u"ollo ne l'a au de (jualorze, et n'eu veut rien diminuer. Et lui, cependant, pour abattre l'ardeur de son amour, a une raison léf^ilime de nc^ pas la voir trop souvent :

Noyez, amans, iiosiro amour dilTcrcDlc : Languir la failz «luaiul suis loin de ses yenlx, Mourir me faicl quand je la voy présente : Jugez letjuel vous semble aymer le miculx.

S'il futjaniais un p;ira(lis en lerre. c'est bien, ù son ^^ré. là on elle se trouve (l^pigr. XW) ; èlre en sa grrâcc, quel rêve ! Heureux celui qui soutire [)Our un tel bien. L'éj)ig-ramrne de Ouv et >ienn\ est un spirituel badinage (Epigr. LXVIIl) où l'on retrouve la verve ironicpie du meilleur Marol. lue note grave et tout ensendile rcs|)e(iueuse et brûlante se dégage de répigrainino lAWH :

i)i; i;vMOi II cii.vsTi:.

... Car ma dame est à l'honneur laiil donnée,

Tant est bien chaste et conditionnée,

El tant cherchant le bien qui point ne fault,

(Mie de l'aymer autrement qu'il ne fault.

Seroil un cas par trop dur et amei'.

Elle est pourtant bien belle, et si le vault ;

Mais, quand je sens son cueur si chaste et li.iulJ,

Je l'ayme tant, que je ne l'ose aynicr.

V j)ropos (les (i'/kj jxiincl: en <tni(mi's. il envoie à sa dame et maîtresse le plus tendre éloge, d'allure tonte plaloni(|ue :

LE KOMA> D AMOUU DE CLEMENT MAUOT 5 1

Ouyr parler de ma Dame et Maistresse M'est plus de bien que toutes autres veoir ; Veoir son maintien, ce m'est plus de liesse Que bon propos des autres recevoir ; Avecques clic un bon propos avoir.

M'est plus grand licur que baiser une llelènc. Et ne croy pas si j'avois son aleine, J'enlens sa bouche, à mon commandement, Que ceulx qui ont leur jouyssance pleine N'eussent despit de mon contentement.

Ce doux baiser nous savons qu'il l'a reçu de sa « beauté admirable », grâce au témoignage de l'épigramme C WVI. Est-ce cette marque d'amour, non suivie d'une autre, qui lanble ? Mais l'épigramme CWXTX .De Anne qail aynie fovl. nous le montre alleigiiant à un degré singulier d'exaltation. Est-ce vers ce même temps qu'il vole un baiser à sa mie (Épigr. CCLXVI) ? Celle-ci se plaint de son audace. (( \ encz vers moi vous apaiser, lui repart le poète : je ne recommencerai pas sans votre congé. Quant au baiser que j'ai si bien osé vous prendre, il n'est pas perdu : je suis icy

En bon vouloir de vous le rendre.

Muis voici qu'arrive le moment quasi tragique de la séparation dont il a été ([ueslion plus haut. Anne est enlevée soudainement au poète, au mois de mai 1527 '. Son départ, amené par des causes qui

I. L'épigramme XXII, cili'e plus haut, nous a fourni le point de départ et la date de cette séparation. La sviivantc est également consacrée au départ de la jeune fille.

itO. (.UVMX ICllIXMNS ni', I,.\ UKNVISSANCK

soinhli'iil inyslrriciiscs, se rallaclic-l-il à la passion (le Marot ? C'est ce que nous ne pouvons déduire des textes (|iie nous avons réunis :

Kilo s'en va de inoy la niioulx ayméc, l'ilo s'en va (corics) ol si (lomcurc D.'d.iiis mon ciiciir Icllomcnl imprimée, (Mr(>ll(> V sora Jvis(|nos à ce qu'il iihmiio..

Pauvre Maiol : (piclle douleur fui la sienne ! Les eris déehiraiils dont ses œuvres nous apportent l'écho excileiil encore notre compassion, apics tant d'années. Ce fut, à la vérité, un elTond rement. 11 ne sait même pas où l'on emmèric sa « grand'Amyc ».

Où allez-vous, \nrio, ([uo je le sadic. Kt m'enseignez avant que de partir!'...

Kt avec cela, il lui iaul dissimuler sa douleur. Qu'elle eiu porte avec elle son cœur :

l'^l i)our autant qu'on ne pouil sans cueur vivre, Me laisserez le vostrc, el puis adieu.

Combien de temps se passa? Nous l'ignorons. \nne relniirna-t-elle à Alençon ; fut-elle emmenée en Hrarn par Marj^uerite, ou ailleurs? Le mystère reste profond, et il est à craindre qu'il ne puisse être percé. Cependant, un jour, la jeune fille revient à la Cour. L'immense allégresse de Maiol éclate dans plusieurs pièces, notamment dans l'épigramme C\\\l V, dans laquelle il salue Anne, l'aimable (iil;in(lre

Dont le chant faict joyeux les ennuyez : Ton dur départ me feit larmes cspandrc, Ton doulx revoir m'a les yeulx essuyez...

C'est le " Dieu gard » du retour.

LE ROMAN D AMOUH DE CLEMENT MAROT OCt

Les belles journées recoinincnccnt pour Marot. Le soleil, un moment caché, luit de nouveau pour lui. Plusieurs années s'écoulent et la passion de ce volage reste aussi intense qu'au premier jour. Il faut placer sans doute vers un mois de mai de cette période lépigramme CXLVII : Du tnoys de may et d'Anne. Anne est triste pendant que la nature entière se réjouit. Le cœur de son ami s'aillige avec le sien : ni les prés, ni les champs parés, ni les concerts des rossignols ne sauraient adoucir sa peine.

Et le temps passe. Lu Jeune lille ne se décide pas à couronner la flamme du poète et pas davantage à se marier. Admirée, courtisée, [)arée de toutes les grâces et de tous les talents, elle garde une réserve pudique infiniment touchante. Cetteatlitude quelque peu énigmatique nous prouve que la tendresse de Marot s'était tournée vers une àme vraiment supérieure : elle explique la continuité de ses sentiments, qui étonne un peu quand on s'en tient à la repu la lion, d'ailleurs sujette à une révision presque complète, qui lui a été faite.

Son amour durait toujours quand de longues et dures épreuves arrivèrent pour lui. On sait que l'affaire mémoral)l(' des placards (oct. i53.4) força Marot à se réfugier d'abord à Nérac, à la cour de la reine de Navarre, puis en Italie, à celle de Renée de France, duchesse de Ferrare, fille de Louis \ll. Il se trouvait à Ferrare au printemps de i535. Nous n'avons pas à raconter ici ce séjour qui se prolongea jusqu'au mois de mai, ou environ, de l'année suivante. Marot demeura ensuite à Venise durant quelques mois, jusque vers la fin de novembre, et

54 r.UANDS KCUIVAINS DE lA RENAISSANCE

irntia alors on l-'iance. où on lo rolromo, à Lyon, au ilcbnt (le (lécombro ij.îG. Or. pendant ces deux années dabsence des cours de France el de Navarre, le poêle continua, lidèleinent et mélancoliquement, d'aimer celle qui avait, comme il se plaisait à raCTirmer, jjardé son cœur. Un précieux texte, composé à Fcrrare (Epigr. CXLVUl), dut ètic envoyé à la jeune iille dans l'un des paquets fréquents qui parlaient ù destination de la cour do France, emportant, avec les lettres de Uenée, les poésies envoyées par Marot au Roi, au Dauphin, à la reine de Navarre, etc.

DE SON FEU ET DE CELLUY QUI SE PRINT AU BOSQUET DE FERRARE' (i535).

l'uisqu'au milieu de l'eau d'un puissant fleu\c Le vert Hos(jnet par feu est consumé, IViurquoy mon cueur on cendre ne se trcnvc Au feu sans eau que lu m'as allumé ?

Le cueur est sec, le feu bien enflammé. Mais la rigueur (Anne) dont lu es jjleinc Le veoir souffrir a tousjours miculx aynié (Mic par la morl mettre fin à sa peine.

11 paraît que quelques personnes malintentionnées à l'égard du poète, protitèrent de son exil et de son éloignement des cours de France et d(; Navarre, j)our faire entendre à son amie, demeurée, elle aussi, obstinément fidèle à son <( alliance », que Marot l'oubliait et qu'il ne la rc\errait sans doute

I. Dans les vers adressés par lui à Arme de Parlliciiay. Marol célèljrc ce Ijosquel enchanteur, séjour <lcs rossignols; situé sur les bords du Pô, il servait de lieu de rendez-vous pour les plus aimables réunions de la cour ferraraise pendant les chaleurs do l'été. Il fut brûlé en i5.î5.

LE ROMAN D AMOLR HR CLEMENT MAROT i)Ù

<lo loiifi^lcmps. Lo\ilé l'apprit et se rit de leurs insinuations, fjui ne scr\ aient, dcelare-l-il. qu'à augmenter le feu d'adeetion de celle qu'il aimait, loin de l'éteindre par leur inxenlion méchante. O la pauvre finesse !

Hz sont plus loiiig lie leur inlcnlioa

Qu'ilz ne vouldroicnt que je fusse loing d'elle '.

Ilenlré en l'ranre. Marol rotrou\a Aime d'Mençon. II lui adressa une épigrammc qui prouve une lois de plus la constance de son sentiiuent :

Plaise au Roy me faire payer Deux ans d'absence de mes gaiges, Tant sculonienl pour essayer (vOinbion sont donlx les arrérages.

Lors Je ne cralndray les orages Qui loing de vous m'ont l'ait nager.

Et sçauray gré à mes contraires.

Qui, cuydans troubler mes afTaires, M'auront faict si bon mesnager.

Au mois d'octobre ïô'6-, il paraît plus épris que jamais. Son .[dieu <iiix dames de la Cour l'indique de la manière la plus touchante. Nous devons repro- <luire cette belle pièce, dont les allusions si caractéristiques étaient restées jusqu'à présent incomprises. Celles-ci vont même nous livrer une confirmation nouvelle de toute l'histoire dont le mystère ^ienl d'être dévoilé : auciui commentaire ne sera nécessaire en l'espèce. Après notre exposé, les voiles vont tomber d'eux-mêmes :

I. « Ils sont encore plus éloignés do leur méchante visée qu'ils ne voudraient que je fusse éloifçné d'elle, x Hitictain faict à Frrrarc. (Epigr. CL\ III). Nous sommes jiorté à croire que l'épigr. CWWI : D'une Dame de Monnandie, est adressée à Anne et que l'épigramnie suivante nous apporte une réponse faite par l'Amie cllo-mèrac.

r.ii\>ns ixnuvAiNS de l.\ uenaissance

Vdiou la ConrI. adieu los dames, Vdiou los lillesetles femmes

\dieu les regardz yracicnx.

Messagers des cueurs soucieux ; \dieu les jirofondes pensées.

Salisfaictes ou olTcnsées ; Adieu les armonieux sons De rondeaulx, dizains cl chansons : \dien. pileux depaileinenl.

\dieu regrelz, adieu tourmenl, \dieu la lettre, adieu la page.

Adieu la court el l'équipage.

Adien l'amylir si loyalle, (Ju'on la fxtarroil dire royalle, Eslnrit f lardée en ferme Joy l'ar J'cniic cueitr digne de roy.

Mais adieu peu d'amour semblable, El beaucoup plus de variable.

Adieu celle qui se contente, De qui l'honnesleté présente Kt les verluz dont elle hérite Uecompensent bien son mérite.

Adieu les deux proches parentes Pleines de grâces apparentes.

Dont l'une a ce qu'elle prétend, lit l'autre non ce qu'elle attend.

Adieu les cueurs uniz ensemble, A qui lonfaicl tort, ce me semble, Quon ne donne fin amyable A leur fermeté si louable.

\dieu celle qui tend au poinct A veoir un qui n'y pense point, Kt qui refl'uz ne feroit mye D'estrc sa femme au lieu d'amye.

Adieu à qui gueres ne chault D'armer son tainct contre le chault.

Car elle sçait très bien l'usage De changer souvent son visage; Adieu, amyable autant qu'elle.

LE ROMAN D AMOLlt DK CLEMENT MAROT b'

CcUc que niaistres.sc j'appelle. ..

Adieu, ni'amye, la dernière.

En verluz et beauté première ; Je vous pry me rendre à présent Le cueur dont je vous feiz présent.

Pour en la guerre où il faull eslre, En faire service à mon maistre.

Or, quand de vous se souviendra, L'aiguillon d'honneur l'espoindra Aux armes et vertueux faict ; Et s'il en sortoit quelque cfTect Digrie d'une loucngc entière, ^ ous en seriez seule héritière.

De vostre cueur donc vous souvienne:

Car si Dieu veult que je revienne.

Je le rendray en ce beau lieu.

Or je fais fin à mon adieu.

Daiities amires passèrent. Que devint la fille du bâtard d'Alen^on ? Il est nécessaire de faire remar- ([uer quelle était désignée également à la cour sous le Mom de M"" de Saint-Pol, en raison de l'ancienne seigneurie de son j)èrc tlont nous avons eu l'occasion de parler. C'était une sorte de surnom, conservé en souvenir du princijial domaine possédé par le bâtard Charles et que le duc d'x\lençon, son frère, lui avait racheté vers i02^. Anne portait sans doute, étant enfant ou toute jeune fille, le nom de cette seigneurie, suivant ime habitude bien connue de lancienne l'rauce : on l'appelait Mademoiselle de Saint-Pol ou Saint-Pol tout court, Anne d'Alençon restant, bien entendu, son nom véritable et officiel. Quand le domaine fut échangé contre la seigneurie de Cany et Canyel — qui fut possédée plus tard par Marguerite d'Alençon, — Anne garda son ancienne appellation. C'est Marot qui nous en apporte la

58 «;uvNns kcuivains de l.s. renaissance

l»riMi\c (|uaiul il s'adresse à Anne, devenue Madame de Bernay, eu l'appelant, eouinie ou va le voir: Madame de hcrnay dicte Sainct Pol {Eslrenes, dernière pièce). Nous pouvons donc èlrc sur que Mademoiselle de Sainct Pol » qui ligure, en i53g, |)aiini les fdles dainoiselles de ^ladaine Alai «guérite dOrléaus. reine de Navarre, duchesse d'Alençon et de Berry, etc., est bien notre Anne d'Alençon. KUe reçoit en cette qualité des gages de cent livres par an '. Sa mère, qui avait gardé le même surnom, ligure sous le nom de iMadame de Sainct Pol, en tête <le la liste des pensionnaires de Marguerite d' A ngoulème. vers i5of), ])0ur une pareille somme, ce qui semble attester que son mari était déjà mort à cette <late -. l'jilin. en i5/|0, Anne se marie avec Messire Nicolas de Bernay, écuyer, seigneur dudit lieu de « Bernay en Pymont », et y demeurant, écuyer tranchant de Madame la Dauphine et de Madame Marguerite, fille du Roi. Le contrat de mariage, <lonl j'ai retrouvé le texte complet, figure aux Archives nationales ; il est daté du 2 décembre i3'|0-'. La cérémonie eut lieu peu de temps après ; elle était aecomj)lie le 20 février lô/u, quand les jeunes mariés donnèrent quittance des 2.000 livres tournois promises par Germaine de Ballue,mère d'Anne, dette dernière apportait avec elle la moitié de la terre et seigneurie de Canycl. Elle reçut en dot de sa mère, outre les 2.000 livres en question, la moitié

i. ij'jiuples de... .Mnifiiterile d'Angouléme, publ. par Aboi Ld'ranc et Jaa|iies Bftulenger. Paris, Champion, iyo5, p. 70 et 88.

Page 1