‹ Grands écrivains français de la renaissanceChapitre 28 sur 95 · LE ROMAN D AMOUR DE CLEMENT ^LVROT OQ · texte numérisé non relu

LE ROMAN D AMOUR DE CLEMENT ^LVROT OQ

de la terre et seigneurie des Porchcrons près de Paris. Comme preuve de la laveur dans laquelle il tenait le nouveau couple, le roi lui accorda en don viager la maison seigneuriale de J'remblevif et le jardin y attenant '. Ln an plus tard, Anne d'Alençon recevait encore de la reine ^largueritc un don de cent livies -.

Qu'advint-il de l'amour de MarotiMl est certain qu'étant donné le caractère si jioble et si délicat de celle qu'il aimait, c'en était fait dès lors, sinon de ses tendres sentiments, du moins de ses grandes espérances. On pourrait croire que ses œuvres resteront muettes à dater de ce moment, en ce qui touche la jeune femme ([ui jusque-là y occupait, ci^mme on vient de le voir, une place si belle et si continue. Et cependant, cest à lune de ses poésies, dont le sens et la destination ont été ignorés jusqu'ici, que nous emprunterons la conclusion piquante, et bien digne du Marot du meilleur temps, qui peut le mieux terminer l'histoire de ce long roman. Il composa, en efl'et, au début de l'année i54i, la série bien (Connue des Elrcnnes dans laquelle figurent toutes les femmes de la cour, depuis la Reine, la Dauphine, Madame Marguerite, la princesse de Navarre et Madame d'Etampcs, jusqu'aux

I. Arcli. \at., K902,f° J77v°. Caial. des Actes de FrançoisI",l.\i, p- GiC. La donation est du 12 janvier i5/ii ; elle est faite à Nicolas do Bernay et à Anne d'Alençon, sa femme. Tremblevif est aujourd'hui Saint-Viâtre (Loir-et-Cher). Le mariage devait être accompli à cette date.

a. Marguerite d\4n<jouléine : son livre Je dépenses (lôW-Iù't'J). Etude sur ses dernières années, par H. de la Ferrière-Percy, Paris, 18G2, in-12, p. 170. Le registre de Jehan de Frotté fait ligurer Anne d'Alençon comme ayant reçu cent livres, le 17 mars i5i!|2. Elle est mentionnée encore en décembre i5i3.

6o (.H\M1S KCIUVAINS DK LA UEXAISSANCE

(lames (riiomiiiii . ()i\ la u GiaiidAiiiyc » s'y trouve, la dernière: elle y est célébrée sous sou nom de dame et sou aueien suiuom de jeuue iillc. Marot adresse, eu effet. A Madame de Dernay dicte Saincl Pol, ce badiuagfe quelque peu risqué:

Voslrc mary a forlunc

Opportune :

Si le jour ne voull inaicher.

Il aura beau cliovauclicr

Sur la brune.

(Jiiel plus spirituel épilogue pouvions-nous imajiiner à ces quinze années d'adoration pour la séduisante <' hrunelte » !' Aucun comnienlairc n'est assurément nécessaire pour en souligner la grâce toute niarolique et rà-])ropos. En niénie temps, cette pièce, tl'un ton quelque peu vif et osé, nous donne le moyen d'aller demander au poète lui-même le mol de la fin, si l'on peut dire, et de noire dcmonslration cl du roman (pie nous avons essayé de faire revivre. Par lalliance des deux n(jms de Bernay et de Saint-1'ol. et aussi par son allusion caractérisli(|iie à la c biune », ce joli madrigal ajoute une preuve nouvelle, encore qu'il n'en soit nul besoin, à toutes celles que notre expose vient de grouper. L;i " brune » .\nne, cliantée par Marot, est bien loul ensemble Anne d'Alençon. comme on l'a vu dès le début. Mademoiselle de Saint Pol et enlin Madame de Bernay.

L'bistoire de cette passion si sincère, si profonde, si rniouvjinle. qui confère à lanl de pages de Marot, parmi les plus belles, comme une vie et un sens

LE ROMAN d'aMOI K DE CLEMENT MAHOT Gl

nouveaux, ajoutera, croyons-nous, quelque chose à la connaissance de révolution des sentiments dans laci\ ilisalion française, à l'époque de la Renaissance. Elle ne nous appoilr pas seulement la révélation d'une fif^ure de femme vraiment exquise ; elle montre (Micore en Marot une âme infiniment délicate cl luiancée. fort ditTérente de celle qu'où s'est plu Jus(ju"à présenta nous représenter. Ici, nul soupçon de littérature ni de fiction. C'est un cœur qui palpite et ([ui souffre dont nous suiprenons, en quelque sorte, les battements, après quatre siècles écoulés, ou presque. Autant les amours de la Pléiade comportent une part notable d'ima.iiination et d'invention liltt'-raire. oîi le cerveau Joue son rôle, où abondent les réminiscences; autant le grand amour de Clément Marot, que le cœur seul inspire, nous apparaît, par contraste, pur de tout alliage, vécu, réel, j)oignant et tout vibrant de vérité humaine.

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